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  • il y a 1 jour
Avec Pierre Perret

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##LES_CLEFS_D_UNE_VIE-2026-04-09##

Catégorie

Personnes
Transcription
00:00Sud Radio, les clés d'une vie, Jacques Pessis.
00:03Sud Radio, les clés d'une vie, celle de mon invité.
00:06Vous revenez aux sources de vos chansons en racontant dans un livre
00:09votre mémé Anna, une grand-mère qui a été aussi une grande sœur.
00:14Ses mots, M-A-U-X, sont à l'origine de bon nombre de vos mots, M-O-T-S.
00:20Bonjour Pierre Perret.
00:21Salut.
00:22Alors une fois de plus, je ne sais même plus le nombre de fois que vous êtes venu dans les
00:26clés d'une vie.
00:26Merci de m'accueillir encore une fois, je dois dire, c'est vrai.
00:30Vous êtes le recordman, mais en même temps vous avez tellement de choses à dire et à chanter.
00:35Donc vous êtes le bienvenu.
00:36Alors on va évoquer ce livre Mémé Anna qui est sorti chez Mareuil Édition.
00:40C'est la suite de vos mémoires.
00:42Il y avait déjà eu le Café du Pont, il y avait eu Acapella.
00:45Et là, Mémé Anna, ça va être le fil conducteur de notre émission.
00:49C'est par celui-là que j'aurais dû commencer d'ailleurs.
00:51Exactement, on va en parler.
00:52Il y a également quatre coffrets magnifiques qui sortent avec vos chansons thématisées.
00:58Donc ça fait 80 chansons en tout, c'est quand même pas mal.
01:01C'est des splendeurs ça.
01:03Et puis, on va comme d'habitude évoquer des dates.
01:06Alors à chaque fois, une date est liée à une partie du livre.
01:09Le 11 avril 2019 par exemple, vous inaugurez une école dans cette ville que vous connaissez bien.
01:22C'est vrai qu'il a fallu des décennies pour que vous ayez une école chez vous à Castel-Sarrasin.
01:27Oui.
01:29Bon, je ne veux pas avoir l'air de critiquer.
01:31Mais ça a été les derniers à se réveiller quand même, c'est vrai, oui.
01:35Et je suis sûr qu'en l'inaugurant, vous avez pensé justement à cette mémé Anna, à votre grand-mère.
01:43Oui, et j'aurais dû le faire plus tôt parce que les chansons que vous avez citées plus haut, plus
01:48tôt, plus haut, sont nées après mémé Anna.
01:54Parce que mémé Anna était à l'origine de tout.
01:56C'est là que j'allais partout avec elle quand j'avais 6 ans, 7 ans.
02:01Et on va expliquer pourquoi justement ce parcours étonnant de cette femme.
02:06Mais surtout, Castel-Sarrasin, elle est venue justement parce qu'elle en avait assez dans une région.
02:13Elle a trouvé Castel-Sarrasin un peu par hasard.
02:15Par hasard, tout à fait par hasard.
02:17Parce qu'elle faisait des tournées déjà, elle, bien avant moi, mais avec de la mercerie.
02:26Et elle vendait de village en village, un peu partout, ce qu'il fallait pour coudre, pour broder, pour faire
02:34la cuisine, etc.
02:36Elle avait un petit âne et elle tournait avec son petit attelage partout.
02:40Elle faisait des kilomètres tous les jours.
02:42Elle était très vaillante.
02:44Il se trouve que si on analyse vos chansons, et vous le dites pour la première fois,
02:48elle est très présente, mais mémé Anna, dans beaucoup de vos chansons, Pierre Perret.
02:51Elle est présente.
02:53Même dans mon inconscient, je m'en suis aperçu après, mais elle est présente dans tellement de chansons.
02:59Parce qu'elle a tellement incarné la bagarre, le courage, la dignité.
03:08Elle a été avant tout digne.
03:11Elle n'a jamais consenti à remercier personne, parce que personne n'a été vraiment gentil avec elle.
03:20J'entends dans les gens les plus proches qui lui ont tapé dessus comme son salopard.
03:24On va en parler justement, on va expliquer tout ça.
03:27Alors, elle n'est pas arrivée de Somalie, mais je suis sûr que dans cette chanson, finalement,
03:30son arrivée à Castel-Sarrazin, vous y avez pensé.
03:43Cette chanson qui est devenue universelle, finalement, en filigrane, je me demande s'il n'y a pas mémé Anna.
03:48Il y a mémé Anna qui n'a jamais pratiqué la ségrégation vis-à-vis de personne.
03:56Parce qu'elle a trop souffert dans sa chair et elle a trop su ce que c'était le respect
04:02de la personne humaine.
04:04Et le respect de la personne humaine, ça commence par Lily, déjà.
04:08Et c'est un apprentissage qu'elle seule m'a appris, même dans mon inconscient.
04:13Et petit à petit, effectivement, cet apprentissage, il est resté sans savoir que c'était elle qui était derrière, finalement.
04:20Oui, dans mon inconscient, c'est bien ce que je répète.
04:24Quand elle est arrivée à Castel-Sarrazin, il y a à peu près 7000 habitants.
04:27En fait, la ville s'est développée en 1850 quand il y a eu l'arrivée du chemin de fer
04:32et une usine.
04:33Et c'est vraiment à ce moment-là que Castel-Sarrazin existait.
04:36Et je crois qu'elle a travaillé au Café du Pont avant que votre père en soit le propriétaire.
04:41Exactement.
04:41Bon, il en sait des choses, Jacques.
04:45Elle a travaillé là, elle était serveuse au Café du Pont.
04:48Et elle travaillait 7 jours sur 7, ce n'était pas les 35 heures.
04:51Il n'y avait pas ni 35 heures, ni 2 jours de congé.
04:54Il n'y avait aucun congé.
04:56C'est bien simple, on travaillait 7 jours sur 7.
04:59Et je crois que pour 12 francs par jour, c'est l'équivalent de quelques dizaines d'euros aujourd'hui.
05:02À peu près.
05:03Alors il se trouve qu'un jour, elle a une fille, Claudia, elle décide de la marier.
05:07Et puis, elle l'a repéré à un garçon très gentil, à Castel-Sarrazin, qui se prénomme Maurice.
05:14Oui.
05:14Eh bien, c'était papa.
05:16Voilà.
05:16C'est-à-dire qu'elle décide de le marier.
05:18Claudia n'est pas forcément amoureuse de lui au départ.
05:21Oui.
05:21Parce qu'il faisait le clown, c'est en vrai.
05:23Maman, elle trouvait ce type un peu bizarre.
05:26Mais il ne lui déplaisait pas.
05:28Mais bon.
05:30Mais à l'époque, c'est la maman qui choisissait presque...
05:32Exactement.
05:34C'est sa mère, c'est ma grand-mère, dont mémé.
05:37Mémé Anna, justement, qui lui a dit, celui-là, il me plaît bien.
05:41Maman lui a dit, mais attends, ce n'est pas toi qui choisis.
05:44Eh bien, si.
05:47Bon, finalement, maman était contente, parce qu'elle n'était pas follement amoureuse de papa,
05:52mais elle le trouvait rigolo et aimable, parce qu'il était très gentil avec elle.
05:57Oui, en plus, il avait une bonne situation, car avant de tenir le Café du Pont,
06:01votre père, Maurice, Pierre Perret, a été un des pionniers de la radio quand il vendait des CSF.
06:06Tout à fait.
06:08Il se baladait, il faisait le représentant des premiers postes de radio à vendre
06:14qu'il avait sur son porte-bagage, et il montrait ça à tous les gens qui pouvaient être intéressés
06:20en leur faisant même un petit essai pour leur montrer qu'on pouvait écouter Radio Paris ou Radio Toulouse.
06:26Voilà, c'était l'ancêtre de la TSF.
06:29Exactement.
06:29Et vous savez, il y a quelqu'un qui ensuite a fait collection de ces postes et les a réparés,
06:34et c'est le fils de Marcel Pagnol, Frédéric, qui a passé une partie de sa vie à réparer des
06:38postes de radio de l'époque.
06:39Ah, c'est drôle, ça.
06:40C'est fou, hein ?
06:41Oui, oui.
06:41Pagnol, Perret, il y a donc un point commun.
06:44Et la radio, effectivement, était en pleine expansion.
06:46Je ne sais pas si vous le savez, le premier jeu radiophonique, c'est Jean Noéen qui l'a créé.
06:50Oui, oui, oui.
06:51C'est un peu le jeu des bruits.
06:52Oui, je me souviens de ça.
06:53C'est fou, hein ?
06:54Oui, oui.
06:54Et à l'époque, on n'imaginait pas ce que la radio deviendrait.
06:57Donc, Maurice travaille beaucoup.
06:59Je crois qu'il travaille aussi comme téléphoniste la nuit.
07:01Il était très courageux, parce que dans la journée, il vendait ses postes partout,
07:07pendant des kilomètres et des kilomètres,
07:09et il devait se coucher le soir, harassé, vers 7 ou 8 heures du soir.
07:17Il mangeait un petit bout sur le pouce.
07:20Et à 11 heures, il avait dormi 3-4 heures, il partait,
07:27et il allait à la poste, et il était téléphoné de nuit,
07:31et il était tout seul dans la poste de Castel-Sarrazin
07:35pour répondre aux gens qui voulaient téléphoner à l'époque.
07:38Et il branchait sa fiche en disant, voilà, vous êtes branchés.
07:41Voilà, et c'était une époque du 22 à l'année de Ferdinand Rénaud.
07:45Oh, bien avant, même bien avant.
07:47On branchait les postes comme on voit dans les vieux films.
07:49Alors, je crois qu'en plus, Maurice et mémé Anna ont construit une maison
07:55où vous auriez dû habiter.
07:57Eh bien, j'ai commencé d'y habiter, mais ça a été vite interrompu,
08:02comme vous le savez, quand papa a finalement acheté ce fameux Café Dupont.
08:08Et c'est vrai que construire une maison à l'époque,
08:10on le faisait ses propres mains, on ne faisait pas appel à un architecte.
08:14Et non, tout le monde y allait de sa paire de bras
08:20pour soulever les briques, pour faire le mortier,
08:23pour tout le monde s'y mettait cette maison.
08:25Ça a été à la sueur de leur front, c'est vrai.
08:29Et puis ensuite, vous avez commencé dans la musique,
08:30et je crois que mémé Anna était un peu triste au départ
08:33où vous faisiez de la musique.
08:35Non, ça la privait un peu de me voir,
08:37mais on était tellement en fusion, tous les deux,
08:42qu'elle avait de la peine à me voir porter mon saxophone,
08:46parce qu'il était aussi lourd que moi, à peu près,
08:49quand j'étais petit.
08:51Et elle m'accompagnait à la gare le matin
08:55en me portant le saxophone quand j'allais au conservatoire à Toulouse,
08:59prendre le train pour aller à Toulouse.
09:01Et ensuite, quand vous avez commencé à chanter,
09:04vous avez des conseils,
09:05et je crois qu'il y a une chanson qui résume son propos,
09:09qui est votre chanson préférée,
09:10même si ce n'est pas la plus connue,
09:11ça s'appelle Voir.
09:12Voir, il faut voir, c'est du voir,
09:15ce qui compte, c'est de voir,
09:18les saisons, les pauvres gens,
09:20les vêtements portés trop longtemps,
09:22voire, il faut voir.
09:23C'est une chanson inconnue,
09:24mais qui est une des plus précieuses à mes yeux et à mes oreilles.
09:28Pourquoi ?
09:30Parce qu'il y a tout.
09:31Il y a tout ce que je pense,
09:34que dans la vie, d'abord,
09:36il faut savoir ouvrir les yeux,
09:38voir et comprendre.
09:39Et votre mémé Anna a vu et compris beaucoup de choses.
09:44Elle vous a donné des conseils, je crois,
09:46avant que vous commenciez à chanter.
09:47Elle vous a dit,
09:48Pierre Perret,
09:48si tu veux écrire des chansons,
09:50n'oublie jamais de voir ce que personne ne regarde.
09:53N'oublie pas de rire et de faire rire.
09:55Voilà, c'est le résumé de cette chanson.
09:58En gros, il y a tous les bonheurs,
10:01les petits bonheurs et les malheurs
10:03qui peuvent arriver dans une vie.
10:05Et elle avait déjà vu tout ça
10:07et ça m'a tellement marqué
10:09qu'une chanson comme ça est née
10:11aussi un peu à cause d'elle.
10:13Elle vous a dit aussi,
10:14il faut que tu apprennes à dénicher toujours le meilleur.
10:17Oui.
10:18Ça, ça a été aussi une leçon de vie
10:21et une leçon de travail
10:22parce que vous avez beaucoup travaillé pour ça.
10:24Il faut apprendre à préférer le meilleur
10:27et que tu le trouves tout de suite.
10:29Et toi, tu sauras le trouver, elle m'a dit.
10:31Et ses conseils,
10:32vous étiez très jeune quand elle vous faisait ses conseils ?
10:35Je n'avais même pas dix ans
10:36quand elle me parlait comme ça déjà.
10:39Et vous compreniez ce qu'elle disait ?
10:41Oui.
10:42Et ça vous est resté complètement ?
10:44Totalement.
10:44Il n'y a jamais rien qui s'était passé.
10:47Et je crois que s'il n'y avait pas eu de méhanna,
10:49on le comprend dans votre livre,
10:51vous n'auriez peut-être jamais écrit toutes ses chansons,
10:53Pierre Perret.
10:54Oui, parce qu'elle est présente dans
10:57tellement de chansons sur les femmes que j'ai pu faire.
11:01Parce que, tout à l'heure, j'ai fait le bilan
11:03dans une émission où on me parlait beaucoup
11:05des femmes que j'avais évoquées.
11:06j'ai fait le calcul sur presque cinq chansons que j'ai écrites aujourd'hui.
11:12Il y en a plus de 400 qui sont uniquement sur les femmes,
11:17sur une femme, à chaque fois.
11:19Eh bien, on va continuer à parler d'une femme qui vous est chère,
11:22votre mémé Anna,
11:23à travers une autre date, le 19 septembre 1971.
11:28A tout de suite sur Sud Radio avec Pierre Perret.
11:31Sud Radio, les clés d'une vie, Jacques Pessis.
11:34Sud Radio, les clés d'une vie, mon invité,
11:36le sociétaire favori des clés d'une vie,
11:39Pierre Perret,
11:40avec ce nouveau livre,
11:41Mémé Anna, la suite de vos mémoires,
11:43chez Marie Uédition.
11:44Un livre consacré à votre grand-mère.
11:46On a commencé à en parler.
11:48On va continuer à en parler.
11:49Et puis, il y a aussi une chanson qui est sortie,
11:51curieusement, en 57.
11:53Et j'ai repéré étonnamment
11:55que la première télévision où vous la chantez,
11:57c'est en 1971.
11:59C'est cette chanson.
12:00Moi, j'attends Adèle
12:02pour la vagatelle.
12:04Elle sait que c'est pour ça qu'elle vient.
12:06Pas besoin de lui faire un dessin.
12:07Je ne sais pas si vous en souvenez,
12:08mais vous êtes à la guitare devant Dalida
12:10dans l'invité du dimanche
12:11et vous chantez cette chanson
12:13et vous dites,
12:14alors qu'elle est sortie depuis 15 ans,
12:15c'est la première fois que je la chante à la télévision.
12:17C'est possible.
12:18Parce que finalement, cette chanson
12:20qu'on connaît aujourd'hui,
12:22elle n'a pas marché du tout au départ.
12:24Non, non, non.
12:25Il n'y avait rien qui marchait au départ.
12:27D'ailleurs, il a fallu attendre 63
12:33pour que la première chanson
12:35qui soit écoutée et avec succès
12:40transparaît dans tous les médias.
12:42C'était le Torboyau.
12:43Exactement, qui a été un succès
12:44et qui a touché plusieurs générations.
12:46Alors, effectivement,
12:48les débuts dans la chanson,
12:49vous êtes arrivé dans les cabarets,
12:50notamment à la Colombe,
12:51qui était d'ailleurs à l'origine
12:53le plus vieux bistrot de Paris.
12:54Je ne sais pas si vous le savez.
12:55Ah ben, c'est plus que ça.
12:57C'est à la Colombe
12:59que se réunissaient
13:00nos célèbres ancêtres,
13:05François Villon
13:06et les poètes de l'époque.
13:07Parce que c'était une taverne
13:09où se retrouvait François Villon.
13:11La Colombe date de cette époque-là.
13:13Et la bande de cartouches aussi,
13:15qui était une sorte de gredin,
13:16se réunissait aussi à la Colombe.
13:18Exactement, exactement.
13:19Ce n'était pas loin de Notre-Dame
13:24et de la place où se retrouvaient
13:26les coquillards le soir.
13:28Tu sais bien qui sont les coquillards.
13:30Exactement.
13:30Alors, il se trouve aussi
13:31que votre grand-mère a connu la misère.
13:35Et quand on voit votre livre,
13:37on imagine ce que peut être
13:39le destin d'une femme
13:40qui finalement n'aurait pas dû vivre,
13:41puisqu'elle a grandi,
13:44elle a été trouvée à sa naissance.
13:46Trouvée, oui.
13:48Par un charcutier.
13:49Sur le saloir d'un charcutier,
13:52emmailloté dans un torchon.
13:54Voilà.
13:55Et elle avait épinglé
13:57une petite étiquette.
13:59Je m'appelle Anda,
14:01je suis fille de personne.
14:03Et elle a gardé d'ailleurs
14:04je suis fille de personne.
14:05Quand on rentre dans la vie comme ça,
14:07c'est quelque chose quand même.
14:08Et ensuite, et c'est là où c'est étonnant,
14:10cette femme,
14:11parce qu'elle aurait dû ne pas survivre,
14:13a connu l'orphelinat à plusieurs reprises
14:15parce qu'elle est placée dans les familles.
14:17Et à chaque fois,
14:17alors que tout se passe bien,
14:18le drame arrive.
14:19Oui.
14:20C'est récurrent comme situation
14:26parce que chaque fois
14:27qu'elle tombe dans une famille
14:28où elle est bien,
14:29tout de suite,
14:30boum,
14:31le malheur arrive.
14:32Et il faut passer à autre chose.
14:34Rendez-vous à la case départ.
14:36Elle revient à l'orphelinat.
14:37On la replace.
14:39Et entre-temps,
14:40elle a appris à garder des moutons,
14:41à traire des vaches
14:42et même à faire la cuisine.
14:44Tout nécessitait fait loin.
14:46Elle était là
14:47chez des personnes un peu âgées déjà.
14:50Les gens de la campagne
14:52qui ont travaillé si dur tout le temps
14:54étaient précocement vieux.
14:56Et donc,
14:57elle faisait beaucoup de choses
14:58que des gens de 50, 60 ans
15:01ne pouvaient plus arriver à faire.
15:02Et elle avait sa part de boulot
15:04tous les jours.
15:05Et vous racontez
15:05qu'elle avait 9 ans ou 10 ans
15:07et qu'elle travaillait déjà
15:07comme une folle.
15:08Oui, oui.
15:09C'est vrai.
15:09Là encore,
15:10elle était obéissante
15:11et serviable.
15:13Et serviable.
15:14Et gentille, toujours.
15:16C'était une personne aimable.
15:17Alors, curieusement,
15:19elle n'a jamais été à l'école,
15:20n'a pas appris à lire elle.
15:22Et c'est ça son drame
15:23parce que,
15:25oui,
15:28sa mère,
15:30qu'elle n'a pas connue
15:31et son père,
15:32qu'elle n'a pas connue,
15:33placée dans les orphelinats,
15:35etc.,
15:36personne n'a jamais songé.
15:37Il y avait peut-être
15:38des privilégiés
15:39ou des fils à papa
15:40ou des filles à papa
15:41qui peut-être
15:42étaient mieux loties qu'elle.
15:44Elle n'a pas eu cette chance.
15:46Elle est restée
15:46en alphabète
15:47pratiquement toute sa vie.
15:48Mais en même temps,
15:50ça n'a pas empêché
15:50de tout savoir,
15:51notamment quand
15:54elle savait l'heure
15:55qu'il était
15:55alors qu'elle n'avait pas de contre.
15:56Oui, oui.
15:57Ah ben oui.
15:58Je me souviens de ça.
15:59Très bien.
16:00Elle regardait un peu
16:02la hauteur du soleil
16:03et elle savait l'heure
16:04qu'il était.
16:05C'est fou.
16:05Alors,
16:06elle s'est appelée
16:07Anna Foré.
16:08Oui.
16:09Quand c'est née, ça ?
16:11Dans une mairie,
16:12comme elle n'avait aucun nom,
16:14il y avait juste
16:15« Je m'appelle Anna »
16:17étiqueté sur son...
16:18son torchon-là.
16:20Et elle a été amenée
16:22dans une mairie
16:23en disant
16:23« Il faut lui trouver un nom. »
16:25Et les employés
16:27ont dit
16:28« On va l'appeler
16:30Anna Dupont. »
16:31L'autre a dit
16:32« Tu ne te foules pas
16:33la rate quand même.
16:36Dupont,
16:36Dubois,
16:37c'est quand même
16:40plus répandu
16:42que Foré. »
16:44Ah ben voilà,
16:45Foré.
16:45Tiens, on va l'appeler
16:46Foré.
16:47Pourquoi pas ?
16:47Et c'est des employés
16:49de l'Amérique
16:50qui l'ont appelé Foré.
16:51C'est extraordinaire.
16:52Mais il y a aussi
16:52des prénoms refusés.
16:53Je me souviens
16:54de René Goscinny
16:54quand sa fille Anne
16:56est née.
16:56C'était juste
16:57après mai 68.
16:58Et il est arrivé
16:59à l'état civil
17:00en disant
17:00« Je voudrais appeler
17:01ma fille
17:01Anne Barricade. »
17:03Et ça n'a jamais marché.
17:04Ça n'a jamais marché.
17:05Ça a été refusé.
17:08C'est trop
17:08on l'envoie.
17:09Alors il se trouve
17:10qu'il y a quelqu'un
17:11qui va être important
17:12dans ces jeunes années
17:13difficiles.
17:14C'est un médecin.
17:14Une famille de médecins
17:15qui va la recueillir.
17:17La famille La Cassagne,
17:18oui.
17:19Qui était vraiment
17:20très aimable.
17:21Et pour eux,
17:22ça a été un peu...
17:24Ils ont fait office
17:25de famille un peu
17:26parce qu'ils l'ont protégé.
17:28Ils l'ont mis
17:29une petite cagnotte
17:30à la caisse d'épargne.
17:32Ils ont essayé
17:33de tout faire pour...
17:34Bon.
17:35Tout ça n'a été
17:37interrompu
17:37que quand
17:38elle est tombée amoureuse
17:39un jour au bal.
17:41Voilà.
17:41Oui, mais en même temps
17:42dans ces jeunes années
17:43parce qu'elle a été
17:44aussi bien chez des paysans
17:45qui lui apprenaient
17:46à garder les moutons.
17:48Qui lui apprenaient
17:48la vie.
17:49La vie rurale,
17:50bien sûr.
17:51L'autre qui lui apprenait
17:52les recettes de cuisine
17:53parce que la cuisine
17:53elle l'a appris sur le terrain.
17:55Et c'était
17:56une excellente cuisinière,
17:57mais oui.
17:58Et à dix ans,
18:00elle savait faire
18:01le lapin
18:01et puis la tarte tatin.
18:03Exactement.
18:04Oui, c'est vrai.
18:05C'est extraordinaire.
18:05Je ne me souviens pas
18:06que j'avais mentionné ça
18:08dans le bouquin,
18:09mais c'est vrai,
18:09c'est la vérité.
18:11Et ce médecin
18:12a été important pour elle
18:14parce qu'elle ne savait
18:15même pas ce que c'était
18:16l'argent.
18:17Non, du tout.
18:18Elle s'est mise à pleurer
18:19quand il lui a donné
18:21des sous
18:22parce qu'elle n'avait
18:23jamais vu ça
18:23et elle a dit
18:25mais ça y est,
18:26je suis riche.
18:28En fait,
18:28il lui a ouvert
18:29un livret de caisse d'épargne
18:30et la caisse d'épargne,
18:31on ne le sait pas trop
18:32parce qu'aujourd'hui
18:32on a oublié,
18:33c'est une initiative
18:34du baron Joseph-Marie
18:36de Gérandeau
18:37avec des philanthropes
18:38en 1818
18:39qui a créé ce livret
18:41pour permettre aux gens
18:43de conserver
18:43la trace de versement
18:44et de reçu
18:46dans les temps difficiles
18:47pour avoir de l'argent.
18:49Eh bien,
18:49j'ai appris quelque chose
18:50là aujourd'hui
18:51grâce à vous mon cher.
18:53et donc effectivement
18:54l'argent
18:54d'abord à l'époque
18:57elle n'était pas
18:57un cas unique
18:58mais je pense
18:59qu'elle est un cas extrême
19:00de pauvreté
19:01et de débrouillardise.
19:02Il faut dire
19:03qu'elle avait le pompon
19:04de ce côté-là
19:04oui,
19:05elle a décroché
19:06un pompon malheureux
19:07mais elle était
19:09quand même assez championne
19:10dans le malheur
19:11la pauvre
19:11parce que ça rebondissait
19:13d'une situation
19:14sur une autre
19:15qui était toujours
19:15plus dramatique
19:16la fois d'après.
19:17En même temps
19:18l'adoption
19:18était plus facile
19:20qu'aujourd'hui
19:21puisqu'elle repartait
19:23à l'orphelinat
19:23on lui trouvait
19:24tout de suite
19:24une famille.
19:25Oui,
19:26c'était une famille
19:27bon,
19:29on les plaçait
19:31c'est pas pour autant
19:32qu'ils étaient adoptés
19:33on les plaçait
19:35c'était
19:37ils servaient
19:38ils gagnaient
19:40leur assiette de soupe
19:42c'est tout.
19:42Comment peut-on
19:43survivre moralement
19:44dans ces jeunes années
19:45comme ça
19:45elle vous l'a dit
19:46Mémé Anna
19:47Non
19:48Elle n'en parlait pas ?
19:49Non,
19:50elle n'en parlait pas
19:51c'était très secret
19:52et ce qu'elle avait
19:54comme
19:56ce qu'elle avait
19:57de caché
19:58en elle
19:59de sentiments
20:00étouffés
20:01refoulés
20:02etc.
20:03était plus lourd
20:03que ce qu'elle montrait
20:04parce qu'elle ne montrait
20:06pas grand chose
20:06mais on sentait
20:08qu'elle en bavait
20:08et moi je le sentais
20:10très bien.
20:11Et puis il y a une chanson
20:12qui n'a rien à voir
20:12et qui peut-être
20:13correspond également
20:15à ce qu'a vécu
20:16Mémé Anna.
20:16Elle ne prend jamais
20:18la parole
20:19en public
20:20ce n'est pas son rôle
20:21elle est craintive
20:23elle est soumise
20:24pas question
20:25de lui faire la bise
20:27on lui a appris
20:29la femme grillagée
20:30qui joue son actualité
20:30finalement
20:31si on écoute bien
20:33il y a des rapports
20:34avec Mémé Anna
20:35complètement
20:36parce qu'elle était grillagée
20:37à sa façon
20:38la pauvre
20:38elle n'a jamais été
20:40vraiment
20:40derrière un voile
20:42mais
20:44elle a été bridée
20:45tellement longtemps
20:48et il a fallu
20:49qu'elle-même
20:50rompe tous ces liens
20:52de tous ces liens
20:55qui lui liaient
20:56les poignets
20:57et les chevilles
20:59vers la liberté
21:00elle s'est battue
21:01toute sa vie
21:01pour sa liberté
21:02et son indépendance
21:03c'est pour ça que déjà
21:04quand son mari
21:06lui a fait son premier
21:08enfant
21:09blanche
21:10sa première fille
21:12elle est allée
21:13la déclarer
21:14elle l'a déclarer
21:15forée
21:17exactement
21:17née de père inconnu
21:19née de père inconnu
21:20et quand il a appris ça
21:21il était fou de rage
21:22il l'a à moitié démoli
21:24tellement il l'a tapé dessus
21:25on va en parler justement
21:26de ce monsieur
21:26pas très fréquentable
21:27mais il y a une chose
21:29que j'ai découvert aussi
21:29c'est que le premier cadeau
21:30qu'elle ait reçu
21:31de sa vie
21:32et c'était important
21:32c'était un Louis d'or
21:33pour son anniversaire
21:34oui c'est vrai
21:35c'est vrai
21:36c'est fou
21:36je sais pas
21:38c'est
21:39ces gens bienveillants
21:40le docteur
21:42et son épouse
21:43qui l'avaient prise
21:43un peu
21:44comme leur fille
21:46ils étaient tellement
21:47contents
21:48d'avoir une personne
21:50comme elle
21:51si dévouée
21:52si toute transparente
21:53qu'au bout
21:55de quelques mois
21:57même peut-être
21:58une année
21:58ou deux
21:59ils lui ont mis
22:00sur sa caisse d'épargne
22:02un Louis d'or
22:03et c'était rare
22:04quand même
22:05même à cette époque
22:06oui
22:06et moi je me souviens
22:07j'ai pas connu cette époque
22:09mais au Figaro
22:09dans les années 30
22:10on sortait le soir
22:11et le soiriste
22:12qui allait dans Paris
22:13en smoking
22:13il passait à la caisse
22:14il en sauvait un Louis d'or
22:16pour pouvoir s'amuser
22:17dans Paris
22:17c'est une autre époque
22:19ah bah oui
22:19c'est une autre époque
22:20c'est sûr
22:21et l'époque de Mémé Anna
22:22on va continuer à l'évoquer
22:24à travers une autre date
22:25le 28 mai 2015
22:26à tout de suite
22:27sur Sud Radio
22:28avec Pierre Perret
22:29Sud Radio
22:30les clés d'une vie
22:31Jacques Pessy
22:32Sud Radio
22:33les clés d'une vie
22:34mon invité
22:34Pierre Perret
22:35un nouveau livre
22:36Mémé Anna
22:37chez Marie Editions
22:38ce sont vos mémoires
22:40le troisième tome
22:41de vos mémoires
22:41vous aurez dû l'écrire
22:42en premier
22:43on expliquera pourquoi
22:44tout à l'heure
22:44alors
22:45la date du 28 mai 2015
22:47c'est la sortie d'un album
22:48un album
22:49où il y a cette chanson
23:07alors c'est un album
23:08qui s'appelle
23:09Mes Femmes
23:09et c'est la première fois
23:10dans un album
23:11que vous parlez
23:12de Mémé Anna
23:13dans cet album
23:14il y a cette chanson
23:15et elle n'est parue
23:17sur aucun album
23:18avant celui-ci
23:19ça c'est sûr
23:20voilà
23:21et à l'époque
23:22bon on remarque
23:23Mémé Anna
23:23mais on n'imagine pas
23:24le personnage
23:25qu'il y a derrière
23:25vous n'en parlez pas
23:26plus que ça
23:26non
23:28vous n'avez pas envie
23:28d'en parler à l'époque
23:30si mais c'était
23:32je ne savais pas
23:33par quel bout
23:34attaquer le sujet
23:36et
23:37il n'y a que vraiment
23:38le jour où j'ai décidé
23:39de faire ce bouquin
23:41et d'en parler
23:42abondamment
23:42et complètement
23:44que
23:45je ne voulais pas
23:46faire des allusions
23:47avant
23:47sans qu'on comprenne
23:48vraiment de quoi
23:49il s'agissait
23:50donc
23:50j'ai attendu
23:52mon moment
23:53exactement
23:54alors cette Mémé Anna
23:55donc qu'on évoque
23:57on a évoqué
23:58justement les enfants
23:59elle est devenue
24:00maman très jeune
24:01sous l'emprise
24:02d'un homme
24:02qu'elle avait rencontré
24:03dans un bal
24:04parce qu'elle ne connaissait pas la vie
24:05elle est tombée
24:06sur le premier venu
24:07elle ne connaissait rien du tout
24:08elle ne connaissait rien du tout
24:08et le premier
24:09qu'il a le pagué
24:10ça a été son malheur
24:11voilà
24:12parce que c'était un voyou
24:13il buvait
24:14il jouait
24:15et il la tabassait
24:17oui
24:18pas le premier jour
24:19sûrement
24:19mais après
24:20c'est tout ce qu'elle a découvert
24:22parce que la pauvre
24:23elle en a pris
24:23vraiment plein la poire
24:24en même temps
24:26elle est tombée dans le piège
24:27parce qu'elle n'avait pas d'éducation
24:28Mémé Anna Pierre Perret
24:29du tout
24:30personne
24:32personne ne l'avait éduqué
24:34depuis
24:35l'assistance
24:38on ne l'a jamais mis
24:39dans une école
24:40ni rien du tout
24:41elle a été placée
24:42comme on vient d'en parler
24:43de ferme en ferme
24:45et c'est tout
24:45et personne ne l'a jamais
24:46hormis lui faire garder les oies
24:48ou lui faire éplucher des patates
24:50et apprendre éventuellement
24:52à faire une tartata
24:54personne ne lui a rien appris de plus
24:55et en plus
24:56aujourd'hui on sait qu'il y a le mouvement MeToo
24:58elle serait une héroïne
24:59et elle serait un symbole
25:01parce qu'à l'époque
25:03personne ne se préoccupait
25:06elle était dans le malheur
25:07et en plus
25:08elle partait
25:09mais elle revenait à chaque fois
25:10et oui
25:12elle revenait
25:13parce que c'est le sort
25:15qui en a voulu ainsi
25:17et c'est récurrent
25:19parce que
25:20même quand j'ai écrit l'histoire
25:22avec tous les éléments
25:25dont je disposais
25:26même moi
25:27j'ai trouvé que c'était
25:29mais ce n'est pas possible
25:30quand même
25:30qu'à chaque fois
25:32et
25:33et donc
25:34j'ai suivi
25:35fidèlement
25:36la trame
25:38que j'avais réussi
25:40parce que
25:40j'ai reconstitué
25:41tout ce puzzle
25:42avec tous
25:43les ancêtres
25:45qui avaient pu
25:46m'en parler
25:47ou qui avaient laissé
25:47des traces
25:48et
25:48j'ai réussi à la resuivre
25:50à la trace
25:51tout le long
25:52de son existence
25:53voilà
25:53mais enfin
25:54elle avait peu d'argent
25:55dès qu'elle gagnait un peu d'argent
25:56il le prenait
25:58elle se faisait tabasser
25:59il lui faisait des enfants
26:00sans rien lui demander
26:01et elle revenait
26:02est-ce qu'il y a
26:03alors
26:04je suis le premier
26:05à me poser la question
26:06dans le bouquin
26:06me dire
26:08quelle était
26:10la motivation
26:11quelle était la crainte
26:12quelle était la sienne
26:13quelle était
26:13est-ce qu'elle a manqué
26:15de courage
26:15de vraiment partir
26:16parce que
26:17elle a quitté souvent
26:18la maison
26:19avec les yeux
26:20les cocards au beurre noir
26:21en disant
26:22c'est fini
26:22je reviendrai plus
26:23et elle revenait
26:24et l'autre salopard
26:27lui faisait les violons
26:28à chaque fois
26:29en disant
26:30je voudrais quand même
26:31voir ma fille
26:33ne serait-ce qu'une fois
26:34etc
26:34alors elle revenait
26:36avec sa fille
26:36et puis
26:38et puis
26:38il lui disait
26:39couche-toi là
26:40et puis à d'abord
26:41et puis
26:41c'est de la folie
26:42on ne pourrait pas imaginer ça
26:43moi je me souviens
26:44dans un autre genre
26:45je ne sais pas si vous vous souvenez
26:46de Jacques Vesside
26:47qui était le rédacteur en chef
26:48de l'Albanne à Vermeaux
26:49il avait été battu
26:50par sa femme
26:51il avait fait
26:51l'association
26:52des hommes battus
26:53dans les 70
26:54je suis entendu parler de ça
26:55je ne savais pas
26:56que c'était lui
26:57qui avait fait ça
26:58et ça
26:58ça s'est bien marché
26:59mais ça n'a pas abouti
27:00sur grand chose
27:01il n'y avait pas
27:02assez d'hommes battus
27:03non exactement
27:05nous sommes des privilégiés
27:06alors il y a une autre chanson
27:07aussi peu connue
27:08mais qui doit beaucoup
27:10à Mémé Anna
27:10le prince passe
27:12il va nous donner du pain
27:14le prince passe
27:17et leur donne du gourdin
27:21quand on a de l'eau à boire
27:22on voudrait du vin
27:24sans vin
27:25c'est la misère noire
27:26et c'est effectivement
27:26c'est l'histoire de Mémé Anna
27:28le prince passe
27:29oui
27:31tu sais que c'est la première chanson
27:33que j'ai écrite
27:34c'est pas vrai
27:35oui
27:36dans quelles circonstances ?
27:38comme ça ?
27:40alors
27:42je me baladais
27:43sur le boulevard Montparnasse
27:45à l'époque
27:46il y avait des bancs
27:49des bancs
27:50au milieu de l'avenue
27:51il y avait des bancs
27:53des bancs publics
27:54de Brassens
27:55tu vois
27:56et je me suis arrêté
27:58sur ce banc
27:58j'avais toujours
28:00des stylos
28:01des bouloques
28:03dans mes poches
28:03de mon grand
28:04default code
28:05
28:06et c'est là
28:07que j'ai commencé
28:08d'écrire ma chanson
28:09en face
28:10une brasserie
28:12qui existe toujours
28:14sur le boulevard Montparnasse
28:15qui s'appelle
28:16le chien qui fume
28:19et
28:20dans la misère
28:21que je décris
28:23dans ma chanson
28:25et jusqu'alors
28:27je suis un bon Dieu
28:27qui fumait sa queue
28:30et c'est à cause
28:32de ce détail
28:34d'avoir été assis
28:36devant cette brasserie
28:37que j'ai terminé
28:39mon premier couplet
28:40de chanson
28:41avec ce verre là
28:42et c'est drôle
28:44parce que
28:44et la chanson
28:45ne parle que de misère
28:47et c'était
28:49tout l'univers
28:50de mémé
28:51que j'avais encore
28:52dans la tête
28:52quand j'ai imaginé ça
28:53le prince passe
28:55il va nous donner du pain
28:56le prince passe
28:57et leur donne du gourdin
28:58voilà
28:59alors mémé Anna
29:00n'a pas
29:00arrêté de travailler
29:02effectivement
29:02elle avait une mercerie
29:03ambulante
29:04ce qui était très rare
29:05à l'époque
29:05ben oui
29:06parce qu'elle avait appris
29:07la mercerie
29:08oui elle a appris
29:10parce que
29:13les médecins
29:14le médecin
29:15chez qui elle était
29:15placée au départ
29:16la femme du médecin
29:18avait
29:19sa meilleure copine
29:20qui était mercière
29:21qui habitait pas loin
29:22donc
29:23elle a connu
29:24cette mercière
29:25mémé
29:25à l'époque
29:27qui disait
29:28parfois
29:29à la femme du
29:30Toubib
29:30est-ce que
29:31vous voulez bien
29:32me prêter
29:33Anna
29:35quand elle avait
29:36un coup de feu
29:39dans sa mercerie
29:40et qu'il n'y avait pas
29:41beaucoup de clients
29:42chez le docteur
29:43alors elle lui prêtait
29:44Anna
29:45et Anna a appris
29:46la mercerie
29:47de cette façon là
29:49et après
29:50de fil en aiguille
29:51est devenue
29:52mercière
29:52parce que
29:53c'est la femme
29:55du Toubib
29:55qui lui a dit
29:56un jour
29:57mais
29:57tu vas pas
29:58colporter
29:59comme ça
30:00à pied
30:00pendant des kilomètres
30:02avec le peu de choses
30:03que tu peux transporter
30:06et elle lui a trouvé
30:07un petit âne
30:08et une petite charrette
30:10et elle se promenait
30:11avec sa petite charrette
30:12son petit âne
30:13et toute sa mercerie
30:15toutes
30:15ses bretelles
30:16ses ceintures
30:17ses aiguilles
30:19etc
30:19ses pelotes de laine
30:20enfin
30:21la mercerie
30:22alors elle a beaucoup travaillé
30:23et Claudia
30:24votre mère
30:25a aussi beaucoup travaillé
30:26et je crois
30:27Pierre Perret
30:27qu'elle a commencé
30:28à travailler à 9 ans
30:29alors qu'on ne peut pas
30:30travailler avant 12 ans
30:31alors là
30:32c'était ça qui est
30:33je sais pas si c'est
30:35ce fameux syndrome
30:36de Stockholm
30:38qui fait que
30:40on applique
30:41ce qu'on vous a appliqué
30:43elle a été dure
30:44avec maman
30:45et maman
30:49j'ai senti souvent
30:50des illusions
30:51que maman
30:52lui en voulait
30:53quand même
30:53parce que
30:54se retrouver au boulot
30:56à 9 ans
30:58avec un travail
31:00aussi dur
31:00que le tri
31:01de la plume
31:02elle triait
31:04des plumes
31:05ce qui était
31:05totalement insalubre
31:07au milieu
31:08de sacs de plumes
31:09en vrac
31:10comme ça
31:10qui dégageaient
31:12une poussière
31:13et tout
31:13et qui lui encombraient
31:14les poumons
31:14et quand il y avait
31:16un agent
31:19qui venait
31:20pour contrôler
31:21un contrôleur
31:23pour voir
31:23contrôler
31:24si on a
31:25il fallait au moins
31:2612 ans
31:27pour travailler
31:27maman avait
31:28à peine 9 ans
31:29et il la cachait
31:31derrière les balots
31:32de plumes
31:33à l'époque
31:34elle était cachée
31:35je l'ai entendu
31:36raconter ça
31:3710 fois
31:37maman
31:37ça l'a marqué
31:39vraiment
31:39et c'est là
31:41où j'ai trouvé
31:41mémé
31:43dur
31:44oui
31:44car je crois
31:45qu'à 30 ans
31:45elle avait
31:46tellement souffert
31:47qu'elle a commencé
31:48à être dure
31:49avec ses enfants
31:49jusqu'à leur dire
31:50on ne mange pas
31:51de chocolat
31:51c'est pour les riches
31:52exactement
31:53c'est fou
31:54cette transformation
31:55c'était sûrement
31:56dur à entendre
31:57parce que
31:59maman
31:59et ses deux soeurs
32:02et son frère
32:03par la suite
32:05ont vraiment
32:06souffert de ça
32:07quand même
32:07parce que
32:08mémé était
32:09devenue
32:10dur
32:11dur
32:11dur
32:12avec eux
32:14comme elle avait
32:15finalement été dure
32:16toujours avec elle aussi
32:17comme on avait
32:18été dure avec elle
32:19et ça c'est
32:21quand même
32:21difficile à avaler
32:22et puis
32:23elle avait
32:24plusieurs enfants
32:25dont une fille
32:26porte un prénom
32:27qui vous est cher
32:28blanche était un volcan
32:30c'était plus
32:31qu'une flamme
32:34un brasier
32:35que nul homme
32:36n'avait pu allumer
32:39moi j'ignorais
32:40ses dons
32:40je ne sais rien
32:41des femmes
32:42c'est fou car cette chanson
32:43tout le monde la connaît
32:44alors que vous ne vouliez pas
32:46la chanter
32:47je ne voulais pas la chanter
32:49non
32:49quand je l'ai écrite
32:50ou que j'ai fini
32:51l'écriture
32:52j'étais en tournée
32:53à l'époque
32:53avec Charles
32:54avec Azdavour
32:55oui
32:55et on avait fait
32:58tous les jours
32:58on faisait une ville nouvelle
32:59et on s'était dit
33:02en tournée
33:03on était dans le même hôtel
33:05les trois quarts du temps
33:06tu vois
33:07bon il y avait un bon hôtel
33:08dans une ville
33:09on y allait
33:10on se retrouvait là
33:11on s'était dit
33:12on va travailler
33:14une heure
33:14tous les jours
33:15avant d'aller faire
33:16la balance
33:18et de chanter
33:19dans les théâtres
33:21et donc
33:21on se montrait
33:22ce qu'on écrivait
33:25et un jour
33:26Charles était en train
33:27d'écrire
33:28lui
33:29emmenez-moi
33:30au bout de la terre
33:31ce qui est une belle chanson
33:34et il me dit
33:35et toi
33:35qu'est-ce que tu as fait
33:37tu as fini
33:38j'ai dit
33:39écoute
33:40j'ai fini
33:41hier une chanson
33:42je crois
33:43je crois qu'elle est chantable
33:45si tu veux
33:45je te chante un petit bout
33:47prends ta guitare
33:47il me dit
33:48et je lui ai chanté blanche
33:50et le salaud
33:51il me dit
33:51c'est toi qui as écrit ça
33:55avec un air
33:56de super étonnement
33:57tu vois
33:58alors là
33:59il m'a mis en colère
34:00un peu
34:00je lui ai dit
34:00bah oui
34:01oui oui
34:01mais t'en fais pas
34:03je ne la chanterai pas
34:04sûrement
34:05il me dit
34:06pourquoi tu ne la chanteras pas
34:07mais je lui ai dit
34:08t'as vu
34:09t'as vu la tête du rigolo
34:11qui a écrit ça
34:12qui a écrit le torboïau
34:14qui fait rire les gens
34:15etc etc
34:16je ne pourrai jamais chanter
34:17une chanson comme ça
34:18et c'est lui
34:19qui m'a dit
34:20mais si tu la chanteras
34:21et il vous l'avait chanté
34:22oui
34:22alors dans ce livre aussi
34:24mémé Anna
34:25vous évoquez votre père
34:26et il y a une chose
34:27qu'on ignorait
34:27c'est que pendant la guerre
34:29il a été dans l'armée secrète
34:30votre père Maurice
34:31oui exactement
34:32j'ai retrouvé sa carte
34:33de l'AS
34:35et je l'ai retrouvée
34:38il n'y a pas tellement longtemps
34:39et il avait toujours caché ça
34:41il faisait partie
34:42de l'armée secrète
34:43et mon oncle
34:46alors celui qui a épousé
34:47Marthe
34:48la soeur de maman
34:49qui était très jeune
34:51lui il avait 17 ou 18 ans
34:53avait gagné avec son frère
34:55avait gagné le maquis
34:56autour de chez nous
34:58dans les bois
34:59il était là-bas
35:01et de temps en temps
35:02la nuit
35:02il allait chez mémé
35:05passer
35:07mémé elle le savait même pas
35:09la pauvre
35:09il lui ramenait des
35:12des sacs de mitraillettes
35:14des grenades
35:14des machins
35:15elle lui disait
35:17en patois
35:18elle lui disait
35:18mets ça là
35:20dans le tas
35:21elle avait un tas de charbon
35:23qu'elle mettait dans son petit poêle
35:25
35:25et il cachait ça
35:26derrière le tas de charbon
35:28et elle ne savait même pas
35:29ce qu'il y avait là-dedans
35:30et personne
35:31heureusement
35:32n'avait jamais tombé dessus
35:33personne n'avait fouillé
35:34chez une vieille mémé
35:36comme ça
35:37à la pauvre
35:39mais en même temps
35:40c'était une époque très difficile
35:41je crois que
35:41elle détricotait des vêtements
35:43pour en fabriquer d'autres
35:44il n'y avait plus rien
35:45à se mettre dessus
35:47on n'avait plus rien
35:48à la maison
35:48même maman
35:49c'était pareil
35:50on trouvait
35:51une vieille paire de chaussettes
35:53un vieux pull
35:54bouffé au mythe
35:55et tout
35:57je me souviens très bien
35:59gamin
36:00que je les vois
36:01elle
36:01ou maman
36:02ou ma tante
36:03en train de détricoter
36:05des trucs
36:06pour que mémé
36:07les retricote
36:08en paire de chaussettes
36:09en maillot de corps
36:11enfin
36:12il n'y avait rien
36:12on n'avait plus rien
36:14puisque
36:14même avec des tickets
36:16puisqu'on avait tout
36:17qu'avec des tickets
36:18à l'époque
36:19même avec des tickets
36:20les magasins
36:21n'avaient plus rien
36:22à vendre
36:22de toute façon
36:23alors ça ne servait à rien
36:24il fallait
36:25c'était
36:26système D
36:27il fallait
36:27démerde toi
36:28voilà
36:28tout cela est dans ce livre
36:30qu'on va continuer à évoquer
36:31à travers la date de sa sortie
36:33le 12 mars
36:342026
36:35à tout de suite
36:36sur Sud Radio
36:37avec Pierre Perret
36:38Sud Radio
36:39les clés d'une vie
36:40Jacques Pessis
36:41Sud Radio
36:42les clés d'une vie
36:43mon invité
36:43Pierre Perret
36:44donc le 12 mars 2026
36:47est sorti ce livre
36:48Mémé Anna
36:49chez Marreuil Édition
36:51troisième tome
36:52de vos mémoires
36:52et c'est vrai
36:53que vous auriez dû
36:54l'écrire en premier
36:55et vous avez un jour
36:56décidé quand même
36:56de mettre un terme
36:58à ces mémoires
36:58avec ce livre
36:59pourquoi ce retard
37:00et pourquoi ce livre
37:01aujourd'hui ?
37:02parce que j'ai réalisé
37:03que j'avais fait une connerie
37:04et que j'avais mis
37:05la charrue avant les bœufs
37:07et que ces deux bouquins
37:09que j'ai écrits
37:10mais ils venaient
37:13de quelque part
37:14et la source
37:15l'origine
37:16et bien c'était Mémé
37:17et c'était Mémé
37:18qui avait pondu Maman
37:21qui avait pondu Blanche
37:22qui avait pondu Pierrot
37:24le fils qui avait été
37:27en Allemagne
37:28prisonnier
37:29et qui est revenu
37:33dans des conditions
37:35tellement dramatiques
37:36enfin je ne vais pas
37:37raconter le bouquin
37:38mais il en a bavé
37:39aussi là-bas
37:40en même temps
37:41ce livre
37:42c'est un hommage
37:43aux femmes invisibles
37:44que l'histoire
37:45n'a jamais retenue
37:46ah oui
37:46ça je tenais beaucoup
37:47à mentionner ça
37:49parce qu'il y en a eu
37:51beaucoup des femmes
37:52comme Mémé Anna
37:54et qui sont restées
37:56bouche cousue
37:57et qui n'ont jamais
37:57raconté leur histoire
37:58mais qui en ont bavé autant
38:00et puis c'est une époque
38:02où la misère
38:02et la violence
38:03étaient courantes
38:04pour les femmes
38:05c'était très conjugué
38:07c'est vrai
38:09la misère
38:10accompagnait la violence
38:11avec la pauvreté
38:12au milieu
38:13voilà
38:13et puis dans votre répertoire
38:15et vous l'évoquez
38:16dans ce livre
38:16il y a une chanson
38:18qui justement
38:19évoque cette époque
38:20et vos jeunes années
38:21et qui évoque
38:22en filigrane
38:22Mémé Anna
38:23et chaque fois
38:24que je tombais
38:25dans un carré d'ortie
38:27il y avait une guette
38:29qui me piquait
38:29dans le cou
38:32pourtant ma chance
38:33aujourd'hui
38:33elle est là
38:34le temps d'établir
38:35bleu
38:35c'est une chanson
38:36peu connue
38:36mais qui est très importante
38:38pour vous
38:38par rapport à Mémé Anna
38:40ah bah oui
38:42oui c'est
38:44mais ça fait partie
38:45de ce cortège
38:46de chansons
38:47qui finalement
38:49lui sont dues
38:50parce que c'est
38:51des ricochets
38:52de toute son histoire
38:55qu'un jour
38:56ben voilà
38:57ils sont tombés
38:58sous ma plume
38:59et tout me revenait
39:00facilement
39:02en évoquant
39:03en me souvenant
39:04oui car vous avez
39:05partagé des années
39:07avec Mémé Anna
39:07ça a mal commencé
39:09vous auriez pu
39:09disparaître
39:10à cause
39:10d'une petite broche
39:12à bavoir
39:15oui
39:16tu te souviens
39:18de ça
39:18oui oui
39:21elle avait avalé
39:22sa broche
39:23c'est terrible
39:24oui oui
39:25alors finalement
39:26elle a été très présente
39:27parce que finalement
39:29à l'école
39:30vous étiez un garçon
39:33bavard
39:33espiègle
39:34et Mémé
39:35était toujours pas loin
39:36toujours présente
39:37ben oui
39:38parce que
39:39quand je faisais
39:39une connerie
39:40il y a qu'elle
39:40qui me
39:41qui prenait
39:42mes patins
39:43j'avais jamais
39:45tort avec elle
39:47elle parlait
39:48en patois
39:48elle disait
39:48mais laissez-le
39:50foutez-lui la paix
39:53elle me passait tout
39:54en fait
39:55elle ne parlait pas français
39:57elle parlait un mélange
39:57de patois
39:58et d'espagnol
39:59Mémé Anna
40:00surtout patois
40:01c'était vraiment
40:03oui
40:03elle était toujours
40:05restée dans
40:06dans la langue
40:09d'origine latine
40:11c'était le patois
40:12c'était vraiment
40:13l'occitan
40:14c'était pas facile
40:15à comprendre toujours
40:15moi je comprenais tout
40:17ah oui
40:18moi je comprenais tout
40:19mais justement
40:20il y en a beaucoup
40:21qui comprenaient pas
40:22quand elle avait un truc
40:23à dire un peu
40:26un peu hardi
40:28elle le formulait
40:30et les gens
40:30ne comprenaient pas
40:31et moi je comprenais très bien
40:32et je crois
40:33qu'elle est pour beaucoup
40:34dans votre goût olfactif
40:35dans la découverte
40:36notamment
40:37des fromages de chèvre
40:39et de tout ce qui peut tourner
40:40dans les herbes
40:41et les produits
40:42ah ça c'est
40:43sûrement l'empreinte
40:44la plus prégnante
40:46que
40:48dont j'ai hérité
40:49d'elle
40:50parce que
40:51les parfums
40:53les fleurs
40:53les herbes
40:55les décoctions
40:58tout ce qu'elle a pu
40:59m'apprendre
41:00à l'époque
41:01et d'ailleurs
41:02toutes ces herbes
41:03on n'allait pas
41:04chez l'herboriste
41:04les chercher
41:05on allait dans la nature
41:06et c'est là
41:07qu'elle me montrait
41:08la différence
41:09entre la mauve
41:10la salse pareille
41:13la menthe sauvage
41:14etc
41:15etc
41:17elle coupait
41:18des bouts
41:18de tout ça
41:19et
41:21elle me faisait
41:21découvrir tout ça
41:23et après
41:23il fallait que
41:24je m'en souvienne
41:25et
41:25j'avais une très bonne
41:27mémoire
41:27je m'en souvenais
41:28très bien
41:28et on en parlait
41:29tous les deux
41:30souvent
41:30en même temps
41:31elle l'avait appris
41:32elle-même
41:33elle était autodidacte
41:34en la matière
41:34oui parce que
41:37partout
41:37où elle a été
41:38placée à la campagne
41:39elle a appris
41:41très vite
41:41comment on avait
41:42du lait
41:43avec une chèvre
41:44ou avec une vache
41:45comment on avait
41:46du miel
41:46comment ça se faisait
41:47comment on faisait
41:48la cuisine
41:49comment on épluchait
41:50un légume
41:51la façon de ne pas
41:52le massacrer
41:53de ne pas le saccager
41:54comment on faisait
41:54les confitures
41:55les compotes
41:56elle a appris
41:57tout ça
41:57autant de choses
41:58qui aujourd'hui
41:59ont l'air
42:00d'extraterrestres
42:02quand on parle de ça
42:03et puis il y avait
42:04une façon de couper
42:04le pain aussi
42:05de le dorer sur la braise
42:06qui vous a marqué
42:07oui oui
42:08ah ben je me souviens
42:09il y avait des grosses miches
42:11comme ça
42:11de 5 kilos
42:12rondes comme ça
42:13elle prenait ça
42:14dans son petit bras
42:16elle arrivait jusqu'à peine
42:17à moitié de la miche
42:18elle avait un couteau
42:20qui me faisait peur
42:21qui était énorme
42:22gros comme ça
42:23et elle
42:25elle tranchait ça
42:26mais alors
42:26avec une précision
42:28tu peux pas savoir
42:29le pain était coupé
42:31à 2 cm d'épaisseur
42:32et sur toute la tranche
42:34elle sortait ça
42:35comme ça
42:36mais à chaque fois
42:37ça me laissait stupéfait
42:39et elle me coupait
42:40un petit bout
42:41pour me faire goûter
42:42et en même temps
42:43elle vous avait appris
42:44à frotter l'ail
42:45sur le pain
42:45ah oui ça c'était bon
42:47oui
42:48quand elle pouvait avoir
42:49un petit peu d'huile
42:51surtout pendant la guerre
42:52pendant l'occupation
42:55le pain frotté d'ail
42:56avec une goutte d'huile dessus
42:58oh là là là
43:00je connais aucun caviar au monde
43:02qui soit meilleur
43:02et puis je crois
43:04que vous avez fait du commerce
43:05avec elle
43:06du commerce de tabac
43:07je crois
43:07Pierre Perret
43:08mais oui
43:09elle connaissait tellement
43:10les herbes
43:11de toute façon
43:12qu'un jour
43:13au café
43:14personne n'avait plus rien
43:15à fumer
43:18pendant la guerre
43:19il n'y avait rien à manger
43:21il n'y avait rien à fumer
43:22et les gens
43:23les clients
43:25ils tiraient une langue terrible
43:26alors mémé
43:27elle m'a dit
43:27un jour
43:28on va leur faire du tabac
43:29j'ai dit
43:30mais comment mémé
43:31on va leur faire du tabac
43:32sans tabac
43:33t'occupes pas
43:34et alors elle a commencé
43:36à sélectionner
43:37des tas de plantes
43:38ça allait
43:40du pied de blé
43:43au pied d'armoise
43:44qu'on faisait sécher
43:47au queue d'ail
43:48qu'elle coupait
43:50les queues d'ail
43:51qu'elle mettait à sécher
43:52enfin
43:53il y avait au moins
43:5420, 30, 40 plantes
43:56comme ça
43:57qu'elle mettait à sécher
43:58et je lui avais fait
43:59des clés
44:00sur lesquelles on posait
44:02toutes ces herbes là
44:03et qu'on les mettait à sécher
44:05des clés avec des roseaux
44:07comme une table
44:08si tu veux
44:10qui prenaient bien l'air
44:12à clairvoye
44:15et quand c'était sec
44:16on hachait tout ça
44:18très menu
44:18et on vendait ça
44:20au client
44:2210 sous
44:23le paquet
44:24c'était des paquets
44:26dans une poche
44:29en journal
44:29que je faisais
44:30comme ça
44:30on vendait ça
44:3110 sous
44:32au client
44:33et les clients
44:34ils se régalaient
44:34parce que
44:35dans des papiers
44:37n'importe comment
44:38ils se roulaient ça
44:39et ils fumaient ça
44:40et c'était dégueulasse
44:42à sentir
44:43maman
44:44elle n'en pouvait plus
44:45dans le café
44:45elle disait
44:47arrête tes saloperies
44:49de leur vendre
44:50des machins comme ça
44:51parce que
44:52c'est intenable
44:53et dans le café
44:54on ne pouvait plus
44:55rentrer dans le café
44:56tellement
44:56il y avait de cette fumée
44:59dégueulasse
44:59qui te prenait les yeux
45:01la gorge
45:02tout
45:02c'était incroyable
45:04et en plus
45:05vous aviez rédigé
45:06l'étiquette
45:06à la plume
45:07sergent-major
45:07exactement
45:08avec ma plume
45:10sergent-major
45:11j'avais mis
45:13tabac
45:14maison
45:14voilà
45:15ah oui
45:15c'était maison
45:16effectivement
45:17alors il se trouve
45:18que quand
45:19votre père
45:19a racheté le café
45:20le café
45:21le café
45:22du pont
45:22elle aurait dû rester
45:23huit jours
45:24et puis elle est restée
45:25à vie pratiquement
45:26elle est restée
45:26oui
45:27je soupçonne même
45:29ça a l'air un peu
45:30prétentieux
45:31mais je
45:34sans Pierre-Hilde
45:35c'était moi
45:35et qu'elle ne voulait
45:37pas trop s'éloigner
45:38de moi
45:39voilà
45:39elle vous appelait
45:40Pierre-Hilde
45:40oui
45:41elle m'appelait
45:42mon Pierre-Hilde
45:43et il se trouve
45:45qu'il y avait
45:45une chose
45:45très importante
45:46pour elle
45:47la moindre chose
45:48perdue
45:49la moindre nourriture
45:50perdue
45:50était un véritable crime
45:51ah oui
45:52ah ben
45:53l'économie
45:55si avec Mémé
45:56on ne la connaissait pas
45:57on ne l'aurait jamais apprise
46:00un centimètre de pain
46:01c'était un centimètre de pain
46:04ah oui
46:05les épluchures de patates
46:07on les voyait à travers
46:09tellement
46:10elles étaient fines
46:11pendant la guerre
46:12en même temps
46:13c'était le résultat
46:14de tout ce qu'elle avait vécu
46:15exactement
46:17c'était
46:17c'était la monnaie
46:20de la pièce
46:20qu'elle avait
46:22qu'elle avait cultivée
46:23quand elle était jeune
46:24voilà c'est tout
46:25et dans ce livre
46:26vous expliquez
46:27Pierre Perret
46:27que vous n'avez jamais été
46:28à l'aise
46:29dans ce monde d'adultes
46:30et je crois
46:31que ça continue aujourd'hui
46:33moi j'ai toujours
46:34refusé de devenir adulte
46:36alors
46:37un jour peut-être
46:38je vais y penser
46:39mais pour le moment
46:40c'est pas au programme
46:41et puis vous dites
46:42dans ce livre
46:43qu'à trois ans
46:43vous ne saviez pas
46:44que vous l'aimiez
46:45et que vous avez découvert
46:45petit à petit
46:46ce que représentait
46:47l'amour de Mermiaga
46:48oui c'est vrai
46:50c'est vrai
46:50c'est là que j'ai commencé
46:54à gamberger
46:54déjà à plein de choses
46:56très petit
46:57j'avais deux trois ans
46:59je commençais déjà
47:00à penser à des choses
47:01importantes
47:02alors que les enfants
47:03de deux trois ans
47:05pensent pas trop
47:06à ces choses là
47:07déjà j'y pensais
47:08il y avait une espèce
47:09de mûrissement
47:10chez moi
47:11qui était généré
47:12par la présence
47:14de Mémé
47:15au quotidien
47:16même quand elle
47:17disait rien
47:17elle avait des choses
47:18à dire
47:19c'est à dire
47:19qu'elle observait tout
47:22et elle vous le
47:23transmettait
47:24et elle me regardait
47:25et je savais
47:26ce qu'elle voulait
47:27me dire
47:27ce qui est étonnant
47:28c'est que vous dites
47:29dans ce livre
47:30c'est que la sage-femme
47:31quand vous êtes née
47:32Pierre Perret a dit
47:33il sera chanteur
47:34oui parce que je criais
47:37la sage-femme a dit
47:38ah bah lui
47:39ça va être un chanteur
47:40elle a dit à maman
47:41et maman
47:42ça l'avait fait éclater
47:43de rire
47:43parce qu'il paraît
47:45que vraiment
47:45j'en mettais un coup
47:46quoi
47:46et alors en parallèle
47:48de ce livre
47:49sortent quatre coffrets
47:52Pierrot
47:52avec la révolte
47:53mes femmes
47:54les enfants
47:54la langue verte
47:55c'est à dire
47:56qu'ils ont été réunis
47:59par Rebecca
48:00des chansons
48:01par thème
48:02et ça pour vous
48:03c'est important
48:04parce que
48:04sans le savoir
48:05vous avez travaillé
48:06par thème
48:07Pierre Perret
48:08oui
48:08parce que ça a été
48:10omniprésent
48:11tous ces thèmes là
48:11et quand Rebecca
48:13m'a dit
48:15tu sais
48:16il faut faire un tri
48:18dans tout ça
48:18parce que
48:20chez Universal
48:20ils veulent sortir
48:21des coffrets
48:22splendides
48:23mais par thème
48:25comme ça
48:25et tu as écrit
48:26tellement de choses
48:27sur tellement de thèmes
48:28ils veulent faire
48:30un coffret
48:31sur la langue verte
48:32un sur les femmes
48:34et un sur les enfants
48:36qui ont tellement
48:37compté pour toi
48:38bon
48:41et j'ai dit
48:42écoute
48:43c'est d'accord
48:44mais moi
48:44je ne veux pas
48:45je ne veux pas
48:45trier les titres
48:47c'est mes enfants
48:48je ne veux pas
48:50et c'est elle
48:51qui a choisi
48:51tous les titres
48:53et finalement
48:54à l'arrivée
48:55c'est les mêmes
48:56que j'aurais choisi
48:57et ce sont
48:58des livres CD
48:59oui
49:00ah oui
49:01et puis en plus
49:04des belles explications
49:05des belles illustrations
49:07des belles choses
49:09à l'intérieur
49:09c'est des vrais petits bijoux
49:11vous vous rendez compte
49:12du parcours
49:12que vous avez accompli
49:13quand vous voyez tout ça
49:14Pierre Perret ?
49:15je ne regarde jamais
49:16derrière moi
49:17et l'avenir
49:18ce sont de nouvelles chansons
49:19alors ?
49:19oui
49:20ah oui
49:21vous m'aurez dans le café au lait
49:22à la fin de l'année
49:23parce que
49:24je suis en train
49:25de finir l'écriture
49:26d'un album
49:27sur lequel je bosse
49:28depuis 4 ans
49:30et là aussi
49:31c'est le travail à fond
49:32et encore une fois
49:33Mémé Anna
49:34sera présente
49:35entre les lignes ?
49:38oui
49:39oui
49:40parce qu'elle a été présente
49:41sans que vous vous en rendiez compte
49:43tout au long de
49:43tout au long de ma vie
49:45c'est vrai
49:47tout au long de ma vie
49:48et quand vous évoquez
49:50ce livre aujourd'hui
49:51vous dites que son histoire
49:52et votre histoire
49:53est plus proche
49:54des misérables
49:54que de Harry Potter
49:55ben oui
49:56ben heureusement
49:59heureusement que j'y mets
50:00un peu d'humour
50:02dans l'écriture
50:03et un peu de recul
50:05j'ai beaucoup de recul
50:06sur cette écriture
50:08de cette période-là
50:10parce que sinon
50:11c'est vrai que ça serait
50:12la porteuse de pain
50:13mais
50:15on
50:16on rit souvent
50:18des situations
50:19tellement
50:21burlesques
50:21engendrées
50:22et folles
50:23et on peut
50:26qu'admirer
50:27le parcours
50:29la vaillance
50:32la dignité
50:33de cette femme
50:34qui a traversé
50:35ces décennies
50:36sans jamais
50:37devoir rien
50:38à personne
50:39et qui s'est démerdée
50:40toute seule
50:40en disant
50:41c'est moi
50:43d'abord
50:44qui veut
50:45comme ça
50:45et vous pouvez me faire
50:47ce que vous voulez
50:47vous ne me changerez pas
50:48en tout cas
50:50vous l'avez voulu aussi
50:52ce livre
50:52vous l'avez écrit
50:52et moi je lui souhaite
50:53autant de succès
50:54que les misérables
50:55ce serait extraordinaire
50:57dans ces cas-là
50:57oui certainement
50:59ça n'aura sûrement
51:00pas le même succès
51:01mais
51:01si ça a un petit succès
51:03ça me fera plaisir
51:04pour elle
51:05pour elle
51:05et ce livre s'appelle
51:06Mémé Anna
51:06donc chez
51:08Mareuil Édition
51:09il y a ces quatre coffrets
51:11livres CD
51:11qui permettent de se rendre compte
51:13combien vous avez fait
51:14de chansons
51:14et de chansons
51:15sur des thèmes particuliers
51:16et puis il y a des nouvelles
51:17chansons
51:17qu'on retrouvera
51:18parce que vous reviendrez encore
51:19dans les clés d'une vie
51:20pour en parler
51:20vous êtes menacé
51:21de me revoir
51:22à la fin de l'année
51:23et bien avec joie
51:24Pierre Perret
51:25et bien écoutez
51:26continuez comme ça
51:27ne changez rien
51:27et heureusement
51:29que vous êtes là
51:29merci
51:30les clés d'une vie
51:31c'est terminé
51:31pour aujourd'hui
51:32on se retrouve bientôt
51:33restez fidèles
51:34à l'écoute de Sud Radio
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