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  • il y a 9 minutes
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##LES_CLEFS_D_UNE_VIE-2026-06-11##

Catégorie

Personnes
Transcription
00:00Sud Radio, les clés d'une vie, Jacques Pessis.
00:03Sud Radio, les clés d'une vie, celle de mon invité.
00:06Vous avez jadis vécu des moments au couleur des touches de votre piano,
00:10des jours noirs, avec des moments où vous auriez pu vous retrouver face à des hommes en blanc.
00:14Une vie aujourd'hui en couleur ne vous a pas fait oublier ces heures sombres
00:18et vous les racontez dans un livre. Bonjour Alexandre Tarot.
00:21Bonjour.
00:22Alors je vous avais reçu il y a trois ans dans les clés d'une vie,
00:24mais vous avez un tel parcours, vous avez tellement de choses que je vous réinvite aujourd'hui.
00:29pour à la fois toucher un livre chez Grasset, qu'on va évoquer longuement,
00:33et puis Piano Son, qu'on va évoquer également, qui est un album dédié à la chanson française
00:37et encore une fois un mélange de piano et de chansons.
00:40Alors vous connaissez le principe des clés d'une vie, ce sont des dates clés,
00:43et on va commencer avec justement la date de cet album, le 17 octobre 2025.
00:56Et vous improvisez l'hymne d'un amour sur un classique d'Edith Piaf.
01:00Oui.
01:01Comment est venue cette idée ?
01:03De mon enfance.
01:04De mon enfance.
01:05Comme quoi les disques, ils viennent parfois de très très loin, plusieurs décennies.
01:09J'étais déjà enfant happé par ce monde de la chanson francophone,
01:17happé par ces voix d'Edith Piaf, de Barbara, de Jacques Brel et de bien d'autres,
01:22Catherine Sauvage, des voix déchirées, des voix qui chantaient bien plus que des chansons,
01:28des mots, des musiques. On sentait que c'était des personnes qui avaient tant de choses à dire
01:35à travers ces chansons. Et voilà, vous me demandez pourquoi j'ai fait ce disque.
01:42Eh bien, tant d'années après, pour rendre hommage à ces personnalités-là,
01:47mais aussi aux arrangeurs de la chanson française. Vous savez, quand on dit, par exemple,
01:51l'hymne à l'amour, on dit Edith Piaf, mais ce n'est pas elle qui a écrit la musique.
01:55Et ça, vraiment, je trouve qu'il y a tout un travail à faire dans les années prochaines
01:59et les décennies prochaines pour mettre en valeur les compositeurs et les arrangeurs
02:04de la chanson française.
02:04Alors, il se trouve non seulement qu'il y a les arrangeurs, mais cette chanson,
02:08je ne sais pas si vous le savez, les deux premiers vers, c'est Charles Aznavour
02:11qui les a écrits. Il vivait chez Edith Piaf à l'époque.
02:14Et là-dessus, elle a enchaîné, elle a terminé la chanson, elle l'a lu à Aznavour.
02:17Et Aznavour lui a dit, ta chanson, c'est un hymne à l'amour.
02:20Très bien, ce sera le titre.
02:21Alors qu'il n'y a pas hymne à l'amour dans les paroles de la chanson.
02:25Exactement.
02:25Alors, c'est vrai que vous parliez des compositeurs, et c'est vrai que cette musique est de Marguerite
02:31Monod, qui a fait la Villa Médicis et qui est devenue ensuite compositrice de variété.
02:38Mais c'est vrai que la formation classique est importante pour un compositeur.
02:41Surtout à l'époque, surtout à l'époque. On a moins de compositeurs aujourd'hui issus, par exemple, du Conservatoire
02:46national supérieur de musique de Paris.
02:48Mais à l'époque, je pense à François Robert, par exemple, parce que c'est absolument unique dans l'histoire
02:53de la chanson.
02:53Un compositeur classique et pianiste, François Robert, aurait pu faire une carrière de virtuose en jouant du Chopin ou du
02:59Rekhpénilov.
02:59Eh bien, il s'est lié d'amitié avec Brel à la fin de l'adolescence et ils sont restés
03:06ensemble jusqu'au dernier disque de Brel.
03:08Je crois que c'est unique. Vous, le grand spécialiste de la chanson, je crois qu'il n'y a
03:11pas d'autre exemple dans l'histoire de la chanson française.
03:14Un auteur-compositeur dont l'arrangeur et compositeur, parfois, on peut dire qu'ils sont tous les deux compositeurs sur
03:21certaines des chansons, font tous les disques.
03:23Et vous avez, je crois, Alexandre Tarot rencontré François Robert.
03:27Oui, parce que mon père était garagiste et il n'habitait pas très loin de l'appartement de François Robert
03:33qui venait faire réparer sa Citroën dans le garage de mon père.
03:37Et puis, au bout d'un moment, vu que mon père était très fier de son fils et lui devait
03:40parler de moi à chaque fois que François Robert venait faire réparer sa voiture,
03:45au bout d'un moment, François Robert a du bas qui vient à la maison.
03:48Et c'est comme ça que j'ai connu François Robert, que je lui ai joué mes premières compositions et
03:52qu'on est restés amis jusqu'au bout.
03:53Il se trouve qu'en plus, votre père et votre mère avaient une passion commune, c'est l'opérette.
03:58Je crois qu'ils s'étaient connus à Lille.
03:59Lille, le Sébastopol, c'est le dernier musical où Pierre a fait chanter.
04:04Et vos parents se sont rencontrés à Lille.
04:06Incroyable.
04:07Fou, hein ?
04:08Oui, dans ce théâtre.
04:09Mon père était chanteur d'opérettes avant de devenir garagiste.
04:13Il n'y avait plus assez d'argent, il n'y avait plus de garagiste.
04:15Et ma mère était danseuse, première danseuse au théâtre du Châtelet, après avoir été à l'opéra.
04:21Première danseuse au théâtre du Châtelet.
04:22Et elle faisait Rose de Noël, une opérette immense succès à l'époque.
04:26Tel succès que du Châtelet.
04:28Ils sont tous partis, en tournée dans toute la France.
04:31Et ma mère s'est retrouvée, elle était danseuse volante.
04:34Donc vous imaginez, tenue par des filles dans les années 60, ça devait être assez drôle à voir.
04:38Et elle s'est retrouvée à ce fameux théâtre du Sébastopol.
04:41Et mon père était là en tournée aussi, mais pour un autre spectacle.
04:45Et nous voilà.
04:46Et piaf au milieu de tout ça.
04:48Et piaf au milieu de tout ça.
04:49Alors cet album, Piano Song, qui est sorti justement en 2025,
04:54vous avez choisi 30 classiques que vous avez adaptés à votre façon.
04:58Exemple, celui-ci.
05:05Ça c'est un arrangement de Jean Viennet.
05:10Mes jeunes années de Charles Trenet, revu par vous et par Jean Viennet ?
05:13Grand arrangé.
05:15Jean Viennet, c'est un compositeur.
05:18Je suggère, je conseille à nos auditeurs d'aller vers ce personnage incroyable.
05:24D'aller écouter ce qu'il a fait.
05:25C'était un jazzman.
05:26Il existe beaucoup d'enregistrements de lui.
05:27Un jazzman incroyable dans les années 20, puis organisateur de concerts.
05:30Après la guerre, il est devenu musicien de film.
05:33Il a fait plus de 300 musiques de film.
05:35C'est absolument hallucinant.
05:37Et un compositeur classique absolument phénoménal.
05:39Et il a arrangé, parce que c'était un grand ami de Charles Trenet.
05:42Ils avaient joué ensemble.
05:43Il a arrangé plusieurs chansons de Charles Trenet pour Piano Song.
05:46On vient d'entendre quelques notes.
05:47Et Mes jeunes années est né à Montréal.
05:50Il dîne avec les compagnons de la chanson en 1950.
05:52Ils sont tous les deux, tous en tournée à Montréal.
05:54Et à 3h du matin, après une chartreuse et un plat de spaghettis,
05:59sur une nappe, il a écrit Mes jeunes années.
06:01C'est incroyable.
06:02C'est moi qui devrais vous interviewer autour de ce disque.
06:05Parce que vous avez des anecdotes sur chaque chanson.
06:08Ah, il y a une autre chanson dont vous avez fait la musique,
06:11qui est une très belle chanson.
06:13Et ça, c'est beaucoup plus récent.
06:15C'est Au Parc Monceau.
06:26Au départ, c'est une chanson à la guitare au Parc Monceau, Alexandre Tarot.
06:30Et vous l'avez adaptée au piano ?
06:31Avec l'orchestrateur Dimitri Soudo-Platoff.
06:35Vous voyez comme une chanson, elle peut être réinventée.
06:38On a l'impression que c'est à l'infini.
06:40Dans n'importe quel style de musique,
06:41et combien de styles vont être créés dans les années, décennies futures.
06:46On peut reprendre une chanson.
06:48La chanson, c'est une ritournelle.
06:50C'est quelques notes.
06:51Ce n'est jamais très, très compliqué.
06:53Ce n'est pas de la musique contemporaine.
06:55C'est quelque chose qui doit parler à tous,
06:57qu'on doit se remémorer,
06:59qui doit circuler dans notre tête,
07:01presque toute notre vie,
07:02comme ça à intervalles réguliers,
07:03venir comme un contre-champ de notre vie.
07:06Et là, cette ritournelle-là,
07:09celle que l'on vient d'entendre d'Yves Duteil,
07:12qui est pour moi l'un des plus grands auteurs-compositeurs
07:13de la chanson française, vraiment.
07:16Eh bien, elle peut être adaptée dans un autre style.
07:19On a l'impression qu'elle pourrait jouer en samba,
07:24en jazz,
07:25en n'importe quel style de musique,
07:27en pop, en rock,
07:28tout ce qu'on veut.
07:29Ça marcherait quand même.
07:31Oui, en plus, Yves Duteil,
07:32c'est lié à ses souvenirs d'enfance
07:33qui passaient au Parc Monceau.
07:34Et je crois que vos souvenirs d'enfance
07:36sont liés, vous, Alexandre Terrois,
07:39à une nounou
07:39dont vous ne pouviez pas prononcer le prénom.
07:43Agent.
07:43Elle s'appelait Madame Jean
07:44et je l'appelais Agent.
07:48Voilà.
07:48Et je m'appelais d'ailleurs enfant,
07:49on m'appelait Lalande
07:50parce que je ne pouvais pas dire Alexandre.
07:52Donc, on a fini par m'appeler le petit Lalande.
07:56Voilà.
07:56Dans ma famille, on m'appelle encore Lalande.
07:58Et puis, il y a un autre prénom
07:59qui est présent dans cet album.
08:10Mathilde, Mathilde est revenue de Brel.
08:11Là aussi, Brel, pour vous,
08:12c'est un monument, Alexandre Terrois ?
08:15Un monument, absolument.
08:16Au même titre que Barbara.
08:17Pour moi, Barbara et Brel
08:18sont vraiment deux piliers essentiels
08:20de ma vie.
08:21Vous venez d'entendre aussi,
08:22c'est très très bref,
08:23mais l'orchestration de Dimitri Soudo-Platov
08:26qu'on fait presque un concerto de Bartók.
08:28Vous voyez, une sorte de musique de film,
08:30John Williams, quelque chose comme ça,
08:32de complètement fou,
08:34sur une chanson qui, musicalement,
08:36n'a rien à voir au départ.
08:37En tout cas, l'arrangement,
08:38l'orchestration du départ.
08:39En plus, Mathilde,
08:40s'il avait choisi ce prénom,
08:41ce n'est pas parce qu'il connaissait une Mathilde,
08:43il a eu beaucoup de femmes dans sa vie,
08:44Brel,
08:44c'est parce que le prénom rimait
08:46avec les mots qu'il avait à côté.
08:49Ça arrive souvent dans les chansons.
08:50Je ne connaissais pas l'anecdote,
08:51mais ça arrive souvent dans les chansons.
08:52On change un prénom,
08:54on change un mot pour que ça rime.
08:56Donc, cet album,
08:57vous l'avez réalisé au piano
08:58avec de nombreux orchestrateurs,
09:00Alexandre Tarot.
09:01Oui, et puis certaines pièces
09:03de cet album piano-song
09:04sont aussi pour piano seul,
09:07par des arrangeurs différents
09:08et parfois par moi-même.
09:10Et en même temps,
09:11c'est de l'improvisation
09:12à partir d'une rigueur totale.
09:15C'est-à-dire que vous improvisez,
09:16mais vous avez vos bases au départ,
09:18Alexandre Tarot.
09:18Certaines pièces,
09:19elles sont écrites,
09:20d'autres, je les improvise en effet.
09:22Mais vous savez,
09:22je ne suis pas un improvisateur.
09:25Enfant, j'étais très paresseux.
09:26Donc, en étant paresseux,
09:28ça m'a appris à improviser
09:30parce que le piano,
09:31c'était mon ami intime.
09:32C'était avec lui
09:33que j'avais envie de m'amuser.
09:34Mais sans travailler,
09:35que faire ?
09:36Alors, j'ai appris
09:36à apprendre très vite
09:38les pièces.
09:39Et comme ça,
09:40après, je pouvais m'amuser
09:41sur mon piano
09:42en improvisant,
09:43c'est-à-dire
09:44en imitant
09:45ce que j'entends
09:46dans une musique de film,
09:47une chanson,
09:47évidemment,
09:48la musique classique.
09:49Et c'est comme ça
09:51que je suis devenu
09:52improvisateur,
09:52mais pas professionnel.
09:54Je peux improviser
09:54comme ça pendant des heures.
09:56J'adore ça.
09:58Mais je ne suis pas
09:59comme certains jazzman
10:00absolument fabuleux.
10:01Je ne suis pas de ce niveau-là.
10:02C'est autre chose.
10:03Mais vous avez
10:04d'autres talents.
10:05Et puis, dans cet album,
10:06il y a également
10:07une mélodie.
10:08Et là aussi,
10:09le compositeur
10:10aurait pu devenir
10:11un musicien classique.
10:22Le poinceneur des Lilas,
10:23Serge Gainsbourg.
10:24Et là aussi,
10:25on sent
10:25les musiciens classiques.
10:26Quelque chose
10:27de très différent.
10:28Vous voyez,
10:28c'est presque une marche funèbre
10:29qu'on entend là.
10:30Donc, un tempo totalement différent.
10:33Encore une fois,
10:33une chanson réinventée.
10:35Et j'ai envie de parler
10:36d'Alain Goraguerre.
10:37Parce que si François Robert
10:39était l'arrangeur à vie
10:41de Jacques Brel,
10:42Alain Goraguerre,
10:43peut-être pas à vie,
10:44mais a quand même
10:46arrangé un très grand nombre
10:47d'albums de Gainsbourg.
10:49Et je pense que Gainsbourg
10:50n'aurait pas été Gainsbourg,
10:51en tout cas le Gainsbourg
10:52que l'on connaît,
10:55sans Alain Goraguerre,
10:56qui est donc celui
10:57qui orchestre,
10:58qui donne...
10:59L'orchestration,
11:00c'est vraiment donner
11:01des couleurs,
11:02donner une atmosphère
11:04à la chanson.
11:04Et parfois,
11:05la magnifier.
11:06Vous avez des chansons avec...
11:07Je ne parle pas de Gainsbourg
11:08parce que c'était vraiment
11:08un auteur considérable.
11:10Mais certains auteurs
11:11qui ne m'ont pas très doué,
11:13donc ils font
11:14un poème pas terrible
11:17avec une musique
11:19pas terrible non plus.
11:20Et l'orchestrateur
11:21arrive derrière
11:22et en fait un chef-d'oeuvre.
11:24mais Alain Goraguerre
11:25a travaillé
11:25avec France Gall
11:26qui a travaillé
11:26avec Gainsbourg,
11:27donc la boucle est bouclée.
11:29Alors ça,
11:29c'est Piano Song,
11:30cet album qui est sorti,
11:32mais il y a une autre date
11:33importante dans votre parcours
11:34qu'on va évoquer
11:34dans quelques instants,
11:35c'est le 3 décembre 2025.
11:37A tout de suite
11:38sur Sud Radio
11:38avec Alexandre Tarot.
11:40Sud Radio,
11:41les clés d'une vie,
11:42Jacques Pessis.
11:43Sud Radio,
11:44les clés d'une vie,
11:45mon invité Alexandre Tarot.
11:47Une double actualité,
11:48ce Piano Song
11:49qu'on a évoqué,
11:50ses chansons.
11:50Et puis ce livre
11:51Touché chez Grasset
11:52qui est un livre très touchant.
11:53On va en parler tout à l'heure.
11:55Et le 3 décembre 2025,
11:57donc récemment,
11:58il y a une...
11:59Au Théâtre du Châtelet,
12:00vous baptisez une fondation
12:01qui porte votre nom.
12:02Alors, c'est une surprise.
12:04Pourquoi ?
12:05C'est une fondation
12:06qui a pour but d'entourer,
12:08d'aider les musiciens classiques
12:11en difficulté.
12:12Alors, jeunes,
12:14beaucoup d'entre eux
12:14qui sortent des grandes écoles internationales
12:16sont dépourvus
12:19d'un vrai réseau
12:21digne de ce nom.
12:23Parfois,
12:23ils sont dans une situation
12:24de précarité, etc.
12:25ou des problèmes de santé.
12:27Et moi-même étant passé par là,
12:29j'ai eu des débuts difficiles
12:30jusqu'à 28 ans.
12:31Très, très difficile
12:33de gagner ma vie,
12:34d'avoir assez de concerts, etc.
12:35Donc, riche de cette expérience
12:37un peu difficile.
12:38Longtemps après,
12:39il me semblait que je pouvais,
12:41en créant une structure,
12:43une fondation
12:43qui est hébergée
12:44par la Fondation de France,
12:47aider nos bénéficiaires
12:48par des bourses,
12:49des aides au logement,
12:50un réseau justement,
12:51et tout ce dont ils ont besoin.
12:52L'idée, je vous ai lue,
12:54je crois,
12:54presque pendant le Covid.
12:57Depuis plus longtemps que ça,
12:58mais c'est vrai que le Covid
12:59a accéléré.
12:59Vous aviez des cas
13:00absolument incroyables
13:01de personnes,
13:02de musiciens
13:02qui n'avaient même plus
13:04de quoi payer leur loyer.
13:06Il faut savoir que les solistes,
13:07comme moi,
13:08la plupart des solistes
13:09ne sont pas intermittents
13:10du spectacle.
13:11L'intermittence du spectacle
13:13est quelque chose
13:13d'absolument fabuleux
13:14et unique au monde
13:15et qui a été préservé.
13:16On oublie de le dire
13:17aujourd'hui quand même.
13:18Pendant tout le Covid,
13:20ça, c'était vraiment
13:20là aussi unique au monde.
13:22Les artistes ont pu
13:24traverser cette période
13:26qu'un cas,
13:27mais quand même
13:28ils l'ont traversée.
13:29Par contre,
13:29ceux qui n'étaient pas
13:30intermittents
13:31n'ont rien reçu.
13:33Il y a des cas absolument
13:34désastreux
13:35pendant cette période.
13:36Ça m'a rendu fou
13:36et je me suis dit
13:38au sortir du Covid,
13:39ça y est,
13:39là, il faut que je trouve
13:40des personnes avec lesquelles
13:41je puisse créer cette fondation.
13:43Des bases solides.
13:45On a travaillé pendant un an
13:46et la fondation
13:48est née, en effet,
13:49il y a presque un an.
13:51En même temps,
13:52ce n'est pas simple
13:53de créer une fondation
13:54sous l'égide
13:54de la Fondation de France,
13:55Alexandre Tarou ?
13:56Ce n'est pas simple,
13:57mais quand on a la volonté
13:58et puis, vous savez,
13:59quand on veut aider les autres,
14:01c'est vraiment,
14:01on a l'impression que
14:02je n'ai jamais pu demander
14:04quelque chose pour moi
14:05dans toute ma vie.
14:05Par contre,
14:06prendre mon téléphone
14:07et appeler quelqu'un
14:08pour aider un jeune musicien,
14:10alors ça ne me pose
14:11absolument aucun problème
14:12et c'est une joie profonde.
14:14Quand vous donnez,
14:15vous recevez toujours plus.
14:16Donc, c'est bien agréable.
14:19Et ce que prévoit
14:20cette fondation,
14:20Alexandre Tarou,
14:21chaque année,
14:22vous allez aider
14:22un certain nombre de musiciens.
14:24Comment vous allez les choisir
14:25et quel nombre ?
14:26Alors, tout le monde peut se...
14:28Alors, il n'y a pas
14:28de limite d'âge
14:29et on peut s'inscrire
14:31pour la prochaine fournée,
14:33donc à partir
14:34du 1er septembre
14:35et pour toute la saison prochaine.
14:37Vous savez,
14:37chez nous,
14:37les musiciens,
14:38on parle en saison,
14:39c'est-à-dire de septembre
14:40à fin juin.
14:41les musiciens,
14:42donc classiques,
14:43solistes,
14:44peuvent s'inscrire
14:45sur notre site internet
14:47fondationalexcentarou.com
14:48et voilà,
14:51à partir de cette année,
14:52la saison dernière,
14:53c'était quatre structures,
14:54concertoires nationales,
14:55etc.,
14:56qui nous ont proposé
14:57une liste
14:57et on a fait
14:58avec un comité
14:59de sélection,
15:00la fameuse sélection,
15:01pour cette première année
15:02que j'ai appelée
15:03année test,
15:03on n'avait pas
15:04beaucoup de bénéficiaires.
15:05à partir de cet été,
15:06on en aura fin.
15:0720 personnes
15:07qui pourront bénéficier
15:08presque d'un système,
15:10de l'écosystème.
15:12Voilà,
15:13vous l'avez dit,
15:13un vrai écosystème,
15:15c'est eux qui nous disent
15:16ce dont ils ont besoin.
15:18Par exemple,
15:18une robe de concert,
15:19des cours de français,
15:20d'anglais,
15:21je ne sais,
15:21des photos,
15:22des vidéos,
15:24rencontrer tel compositeur vivant
15:25ou tel musicien vivant,
15:26avoir un concert,
15:27beaucoup de concerts
15:28en général,
15:30vouloir jouer avec orchestre,
15:32je ne sais pas,
15:33aller jouer aux Etats-Unis,
15:33mais il y a des lettres
15:36pour les aider,
15:38énormément de choses
15:39et ça diffère
15:39suivant chaque bénéficiaire.
15:42Ce qui est étonnant,
15:43c'est qu'on peut faire
15:44des années d'études de musique
15:45pour n'arriver à pas grand-chose.
15:47Moi, je pense à l'exemple
15:47de Vivaldi
15:48qui a eu beaucoup de succès
15:49et qui est mort ruiné.
15:50Alors, c'est le cas
15:51de tant d'artistes.
15:52On n'apprend pas ça
15:54dans les grandes écoles de musique.
15:55On n'apprend pas
15:56qu'on peut même faire
15:57un tout début de carrière
15:58absolument fabuleux,
16:00trois disques
16:00dans une major,
16:01grande maison de disques,
16:03puis tout d'un coup,
16:03être jeté comme un Kleenex.
16:05Ça, ça m'effraie aussi.
16:06Et vous avez des pianistes aussi
16:08qui durent,
16:08aller 10 ans, 20 ans,
16:09puis tout d'un coup, rien.
16:10Leur agent les lâche
16:11ou leur maison de disques.
16:12Et puis le public,
16:13le public qui adore ce pianiste,
16:15ne se rend pas compte
16:15qu'en deux ans,
16:16ce pianiste va être mis
16:17à la poubelle.
16:18Peut-être va-t-il,
16:19par la grâce
16:20d'un journaliste
16:21ou d'un critique
16:23d'une autre maison de disques,
16:26renaître
16:26dans les dernières années
16:27de sa vie.
16:28Mais c'est quand même,
16:29la vie d'artiste,
16:30ce n'est pas toujours facile.
16:31Et la première fondation
16:33que l'on connaît,
16:33c'est Marcel Bleustem Blanchet
16:34qui a créé en 1959
16:37une fondation pour aider,
16:38une fondation pour la vocation.
16:40Et je ne sais pas
16:40si vous le savez,
16:41mais l'idée lui en est venue
16:42pendant la guerre.
16:43Il était à Londres.
16:44Il avait peur
16:44de ne pas en réchapper.
16:46Il défendait la France libre.
16:48Il dit,
16:48si j'en réchappe,
16:49je créerai une fondation
16:50pour aider les autres.
16:51Et c'est comme ça
16:52que sont nées
16:52les premières fondations
16:53en France
16:54après la guerre.
16:55Le système de la fondation,
16:57surtout la fondation de France,
16:58c'est absolument fabuleux
16:59parce que les personnes
17:00qui veulent nous aider
17:03ont une réduction
17:04sur les impôts
17:05de 66%,
17:06ce qui est quand même
17:07assez énorme.
17:08Donc les gens
17:09sont tout à fait enclin.
17:12Vraiment,
17:12non seulement ont envie
17:13de nous aider,
17:14mais peuvent le faire
17:15en étant tout à fait rassurés.
17:17Alors,
17:17ce qui est étonnant
17:18avec vous Alexandre Taro,
17:19c'est votre emploi du temps
17:20parce que vous passez votre temps
17:21à jouer dans le monde entier
17:22et vous arrivez
17:23à faire une fondation.
17:24Comment est-ce que
17:24vous vous organisez ?
17:26Vous savez,
17:26on a beaucoup de temps
17:27quand on est un soliste.
17:28Beaucoup de temps,
17:29pas là à Paris,
17:30mais quand on est en voyage.
17:33Je reviens de Pologne,
17:35hier j'étais en Pologne
17:36et je pars à Rennes ce soir.
17:39Bon,
17:39eh bien,
17:40deux heures,
17:40rien que deux heures de train,
17:42c'est beaucoup de temps.
17:43Dans nos loges de concert,
17:46dans nos chambres d'hôtel,
17:49nous avons du temps.
17:51et dans un avion,
17:53aller au Japon,
17:54c'est 12 heures d'avion,
17:55on a beaucoup de temps
17:56pour réfléchir,
17:57pour écrire un livre,
17:58par exemple,
17:59et pour aider
18:00les gens qu'on a envie d'aider.
18:02Vous avez Wi-Fi
18:03dans l'avion maintenant.
18:04Enfin,
18:04vous voyez,
18:05tout est organisé
18:06pour qu'on puisse vraiment
18:08faire beaucoup de choses.
18:10Alors,
18:10c'est vrai qu'on a une image
18:12des solistes,
18:13des pianistes,
18:13par exemple,
18:15qui font beaucoup de choses.
18:17Au fond,
18:17on a une vie
18:19avec des plages
18:20que l'on peut consacrer
18:21à autre chose
18:22que le piano.
18:23Oui,
18:23mais en donnant
18:23beaucoup de concerts par an.
18:25Vous savez combien
18:26vous en donnez chaque année ?
18:27Aucune idée.
18:28On n'aime personne.
18:29Quand on aime,
18:29on ne compte pas.
18:30Quand on aime,
18:31on ne compte pas.
18:32On n'aime pas toujours.
18:33On n'a pas toujours
18:34envie d'aller sur scène.
18:35Le désir,
18:36il peut partir
18:37quand on est fatigué,
18:38quand on a fait justement,
18:39par exemple,
18:40un voyage
18:40qui ne s'est pas bien passé.
18:42Quand on n'a pas dormi,
18:43on peut perdre le désir
18:44d'aller sur scène.
18:45Ce n'est pas toujours
18:46un rêve de rentrer sur scène.
18:47Ce qui compte pour vous aussi,
18:49c'est la transmission.
18:50Ça,
18:50c'est quelque chose d'essentiel.
18:51Vous avez fait avec Bach
18:52et avec d'autres,
18:52Alexandre Tarot.
18:55Je crois qu'être
18:56un pianiste classique,
18:57c'est-à-dire au départ
18:58jouer Bach,
18:59Mozart,
19:00Beethoven,
19:00Ravel,
19:01c'est de toute manière
19:01être un transmetteur,
19:03c'est-à-dire
19:04être comme un médium,
19:06si vous voulez,
19:07qui est un catalyseur,
19:08qui vient prendre
19:09un texte,
19:10une musique,
19:11une partition.
19:13ce qu'a voulu transmettre
19:15un génie,
19:16un compositeur du passé,
19:17presque tous morts,
19:18les compositeurs que l'on joue
19:19quand on est un musicien classique,
19:21et par notre prisme,
19:23donc par notre vie,
19:24avec nous aussi,
19:25tous nos bagages,
19:25nos casseroles peut-être,
19:27faire passer ça
19:28jusqu'à l'oreille de l'auditeur.
19:29Et Bach a toujours été
19:30très important pour vous ?
19:33Bach,
19:34c'est vraiment
19:36le grand-père
19:37de toute l'histoire
19:38de la musique occidentale.
19:41c'est celui
19:41qui nous recentre.
19:43Dès qu'on écoute
19:44même quelques secondes
19:45de Bach,
19:46ça nous fait toujours
19:46du bien.
19:47Je pense que c'est
19:48un très bon médicament
19:49en Bach.
19:50Et quand on est
19:50instrumentiste,
19:52simplement,
19:53même sans connaître,
19:54si on fait un peu
19:55de piano par exemple,
19:56allez,
19:56une année de cours
19:57de piano,
19:58la journée se passe mal,
20:00mais allez au piano
20:01et puis jouer
20:02une mesure
20:03de Bach
20:04tranquillement,
20:06lentement,
20:06la main droite,
20:07puis la main gauche,
20:08peser,
20:09sous-peser
20:10chaque son,
20:11écouter,
20:11le prenez du plaisir
20:12à travailler lentement,
20:14juste une mesure
20:15et ça vous montre
20:17la voix,
20:18vous vous sentez
20:19beaucoup mieux après.
20:20Et puis,
20:21il y a aussi
20:21un autre musicien
20:22qui a compté
20:23récemment dans votre vie
20:24à travers un film
20:25en 2024.
20:27On va reconnaître
20:28ton excellence.
20:30Sont éliminés
20:31au premier tour,
20:32Ravel.
20:34où vous jouez
20:35le critique musical
20:36Pierre Lallot
20:36qui a été
20:37le démolisseur
20:37de Ravel.
20:38Oui,
20:38c'était très bon.
20:39Pour moi,
20:40Ravel,
20:40c'est vraiment
20:40l'un de mes compositeurs
20:41de chevet
20:42et que j'adore.
20:44J'ai commencé
20:44à travailler très jeune
20:45parce qu'il a écrit
20:46certaines pièces
20:46dont le prélude
20:48sur le...
20:48Non,
20:49le menuet
20:49sur le nom
20:50de Haydn,
20:51qui est une petite pièce
20:51qu'on peut jouer
20:52quand on a
20:53deux,
20:53trois ans de piano.
20:54Donc,
20:55je l'ai connu
20:55très,
20:55très jeune,
20:56Ravel.
20:56C'est un compositeur
20:57qui m'accompagne
20:58toute ma vie
20:59et me retrouver
21:00à faire,
21:00alors,
21:01ce n'est pas du tout
21:01mon métier,
21:02mais dans le cadre
21:02de ce film
21:03Bolero d'Anne Fontaine,
21:05en acteur,
21:07un monsieur
21:07absolument épouvantable,
21:09un critique musical,
21:10mais vraiment
21:10une caricature,
21:11mais il a existé,
21:12ce Lallot,
21:14et qui déteste Ravel
21:15et qui le détruit
21:16en quelques phrases,
21:17c'était assez truculent.
21:20Est-ce que je ne sais pas
21:20si Ravel imaginait
21:21que son Bolero
21:22passerait à la postérité ?
21:25C'est difficile à dire.
21:29Je pense qu'il avait envie
21:30de penser à la postérité,
21:32lui et sa musique.
21:33Ça,
21:33ça me paraît clair.
21:35Le Bolero,
21:36c'est quand même...
21:37Vous savez qu'après,
21:38il est tombé malade,
21:39il a perdu la mémoire,
21:40enfin,
21:41et il est mort.
21:42Et je ne sais pas si,
21:44entre l'immense succès
21:45du Bolero,
21:46de son vivant,
21:46c'est vrai,
21:47et sa mort,
21:48je ne sais pas
21:48s'il a eu le temps
21:50d'imaginer
21:55que cette œuvre
21:56pourrait
21:58potentiellement
21:58traverser les siècles.
21:59Ce qui est extraordinaire,
22:00quand on voit
22:00les photos de Ravel,
22:01il y a toujours
22:02une cigarette à la main.
22:04Ah oui ?
22:04Est-ce que ce n'est pas
22:05l'époque ?
22:06C'était un dandy,
22:07Ravel.
22:08Un dandy.
22:08Toujours très bien habillé
22:10et s'il avait
22:11une cigarette à la main,
22:12ça devait être
22:12une cigarette
22:13vraiment de très bonne qualité,
22:14de très bonne marque.
22:16Exactement.
22:16Et il a fait un tabac,
22:18si j'ose dire.
22:19Alors,
22:19ça,
22:20c'est le côté
22:222024-2025
22:22et puis 2026.
22:24C'est ce livre
22:24qu'on va évoquer
22:25à travers la date
22:26du 15 avril 2026.
22:27A tout de suite
22:28sur Sud Radio
22:29avec Alexandre Taro.
22:31Sud Radio,
22:32les clés d'une vie,
22:33Jacques Pessis.
22:34Sud Radio,
22:34les clés d'une vie,
22:35mon invité,
22:36Alexandre Taro.
22:37Donc,
22:37on a parlé
22:37du côté musique
22:38et puis du côté écrivain
22:39car le 15 avril 2026
22:41est sorti un livre
22:43chez Grasset
22:44qui s'appelle
22:44Touché.
22:45Et c'est un livre étonnant
22:46parce que
22:47vous avez décidé
22:48de vous raconter
22:49avant le succès.
22:51Je pense que
22:52c'est important
22:53de témoigner
22:54aussi
22:56quand je vois
22:56notamment
22:57avec ces jeunes musiciens
22:58que j'aide
22:58dans ma fondation,
23:00certains me disent
23:00j'ai 30 ans,
23:01c'est foutu,
23:02je suis trop vieux,
23:03c'est impossible.
23:04Je dis non,
23:04moi j'ai commencé
23:05à 30 ans,
23:06j'ai commencé
23:06à 29 ans,
23:07on va dire.
23:08Véritablement,
23:09j'entends une carrière
23:10internationale.
23:11Alors,
23:11pourquoi Touché
23:12comme titre ?
23:12Parce que je pensais
23:13à Touche avec le piano,
23:15mais...
23:15Touché avec un E
23:16accent aiguille.
23:17parce que je trouve ça...
23:18Enfin,
23:19c'est difficile
23:19de trouver un titre.
23:20J'en ai eu 50
23:21pour ce livre.
23:22Et finalement,
23:23Touché,
23:23c'est très court
23:24et on ne sait pas
23:25si c'est moi
23:25qui suis touché,
23:26si c'est le piano
23:27qui a été touché.
23:28Et puis ça évoque
23:29beaucoup de choses.
23:30Alors,
23:30vous évoquez vos débuts
23:31et je crois que la musique
23:32Alexandre Tarot,
23:33ça a commencé
23:34dans le ventre
23:34de votre mère.
23:36Oui,
23:37parce que ma mère
23:37était professeure
23:38de danse classique
23:40et elle a donné
23:41ses cours
23:41jusqu'au dernier jour,
23:42jusqu'au jour
23:43de son accouchement.
23:45Donc,
23:45je suis sorti
23:46de son ventre.
23:47Et donc,
23:47c'est vrai,
23:48on le sait maintenant,
23:49la musique
23:50a un fort impact
23:51sur un futur bébé
23:54quand il est
23:55dans le ventre
23:55de sa mère.
23:56C'est une forme
23:56de langage
23:57pour le fœtus,
23:58pratiquement.
23:58Oui,
23:58et ça soigne même,
23:59ça apaise en tout cas.
24:00On sait que par exemple
24:01les concertos de Mozart
24:02font beaucoup de bien
24:03à un fœtus.
24:05Et donc,
24:06je sais aujourd'hui
24:07que j'ai entendu
24:09sous les doigts
24:10d'une très mauvaise pianiste
24:11qui était,
24:12elle s'appelait Mireille,
24:13elle accompagnait
24:13les cours de danse
24:14de ma mère,
24:15mais elle jouait
24:16des pièces de Brahms,
24:17c'était très dur
24:18avec un son épouvantable,
24:20mais elle jouait
24:20des pièces de Brahms,
24:21de Schubert,
24:22des falses de Chopin
24:23pour accompagner
24:24les cours de danse
24:25de ma mère.
24:25Des cours de danse
24:26où votre mère
24:27travaillait à l'ancienne,
24:28c'est-à-dire qu'elle était
24:28très dure avec ses élèves.
24:30Pas toujours,
24:31pas toujours.
24:32Je pense que c'était
24:32une professeure exigeante.
24:36Peut-être qu'il est difficile
24:37d'être aussi exigeant
24:38aujourd'hui
24:39dans des cours de danse
24:39de conservatoire.
24:41C'était une autre époque,
24:42mais ses élèves
24:43en ont, je pense,
24:44un très bon souvenir.
24:45Oui, d'autant plus
24:46qu'elle avait beaucoup souffert,
24:47je crois,
24:48lorsqu'elle avait elle-même
24:50appris la danse
24:51parce qu'elle avait eu
24:52des coups de bâton,
24:53ce qu'on ne peut plus
24:53imaginer aujourd'hui.
24:54Oui, elle était à l'opéra.
24:55Oui, ce serait impossible
24:56aujourd'hui.
24:57Je crois qu'aujourd'hui,
24:57je pense qu'il y a
24:58beaucoup de souffrance
24:59à l'opéra de Paris.
25:00Mais à l'époque,
25:01c'était bien pire.
25:03Et les petits rats,
25:05les petites danseuses,
25:07étaient dans leur pointe.
25:08Il y avait du sang,
25:08mais elles continuaient
25:09à faire leur pointe.
25:11Et dès qu'il y avait
25:11un problème,
25:12le professeur
25:13où la chorégraphe
25:16ou le chorégraphe
25:16leur donnait
25:17des coups de bâton
25:18comme ça,
25:18avec un vrai bâton
25:19en bois.
25:20Donc, c'était
25:21un monde de souffrance.
25:23Et ce monde de souffrance,
25:24de toute façon,
25:25on l'a vu dans un feuilleton
25:26qui a marqué
25:27les années 60
25:28qui s'appelait
25:29L'Age Heureux.
25:34C'est votre mère,
25:36M. L'Age Heureux,
25:37L'Age Heureux.
25:39Très certainement,
25:39puisqu'elles se sont connues,
25:40je lui poserai la question.
25:42Parce que ce feuilleton,
25:43c'était la vie
25:44d'Odette Joyeux.
25:44Et ça a été
25:45un des gros succès
25:46de la télévision.
25:47On voyait des enfants,
25:48des petits rats
25:49monter sur les toits
25:50de l'opéra,
25:51ce qui était interdit.
25:51Et comme l'opéra
25:52n'avait pas donné
25:53l'autorisation,
25:54on a reconstitué
25:55l'opéra en studio
25:56pour que le feuilleton
25:58se tourne.
25:58et c'est Delphine Desieux
26:00qui a été petit rail
26:01et qui a ensuite
26:01travaillé avec Jacques Brel
26:02et qui est professeur
26:04de danse aujourd'hui.
26:05Alors, vous avez quand même
26:06un point commun
26:06avec votre mère,
26:07Alexandre Tarot,
26:08c'est la puissance
26:09de travail énorme.
26:11Comme je vous le disais
26:12tout à l'heure,
26:13contrairement à ma mère,
26:13j'étais un enfant paresseux.
26:15Et j'ai appris à travailler
26:16en rentrant au Conservatoire
26:18National de Paris,
26:19donc à presque 15 ans,
26:21où là,
26:22j'ai découvert
26:23une forme de compétition
26:25avec mes petits collègues
26:26du même âge.
26:27Et puis,
26:29l'adolescence,
26:29quand on décide
26:30de devenir pianiste,
26:31comme ça,
26:31c'est le moment
26:32où on devient
26:33un vrai virtuose.
26:34On joue de plus en plus vite
26:35comme une course de Formule 1
26:36et on a un plaisir fou
26:38à faire ça.
26:39Donc, j'ai commencé
26:40à travailler.
26:40Je me rappelle une fois
26:41dans ma chambre,
26:42j'ai travaillé 8 heures
26:43dans la journée.
26:44Je ne me vois pas jouer
26:458 heures de piano aujourd'hui.
26:47Enfin, quoi que quand on enregistre
26:48un disque,
26:48ça peut être plus que ça.
26:49Mais en tout cas,
26:50travailler seul dans sa chambre,
26:52c'était bien trop 8 heures.
26:54Mais je devais avoir ce plaisir
26:56de travailler d'un coup.
26:57C'était vraiment soudain
26:58à l'entrée au conservatoire.
27:00Ce qui est étonnant,
27:01c'est que vous dites toujours
27:02ne jamais avoir de piano
27:03à la maison.
27:04Oui,
27:05c'est à mes 28 ans.
27:06Ce livre,
27:07c'est jusqu'à mes 28 ans,
27:08en gros.
27:09Et à partir de ce moment-là,
27:10j'ai décidé juste un peu
27:12avant 30 ans
27:13de me séparer de mon piano
27:14que j'adorais,
27:15que j'appelais Bucéphale
27:17du nom du cheval
27:18d'Alexandre Legrand.
27:20Bucéphale,
27:20c'était un beau
27:21bosendorfer
27:22qui sonnait bien,
27:23que j'aimais humer,
27:24renifler à l'intérieur.
27:26C'était comme un être vivant
27:28dans mon appartement.
27:30Mais je m'en suis séparé.
27:31C'est comme ça
27:31que j'ai mieux travaillé
27:32sans improviser,
27:34sans trop m'amuser avec
27:35et travailler plus sérieusement
27:36chez les uns,
27:37chez les autres,
27:38mais pas chez moi.
27:39Parce que vous considérez
27:40que c'est...
27:40Moi, je connais plein de musiciens
27:42qui travaillent chez eux
27:43en permanence.
27:44Je connais aussi
27:45des musiciens
27:46qui préfèrent...
27:48Vous, par exemple.
27:49Est-ce que vous verriez
27:50avoir votre studio chez vous
27:52et ne jamais sortir
27:52de chez vous ?
27:53Vous voyez ?
27:53Il y a beaucoup de métiers
27:55et beaucoup de gens.
27:56Un médecin, par exemple,
27:57peut avoir son cabinet
27:58dans son appartement.
27:59Ça arrive souvent.
28:00Mais il peut aussi préférer
28:01faire 5 minutes de marche,
28:04mais au moins séparer
28:05ses deux vies.
28:05Il y a une chose
28:06qu'on apprend dans ce livre aussi,
28:07Alexandre Tarot,
28:08parmi d'autres,
28:09c'est que vous ne seriez
28:10peut-être pas né
28:10s'il n'y ait pas eu
28:11un vol dans un train.
28:14Ah oui,
28:14vous faites allusion
28:15à cette anecdote,
28:16mais qui n'en est pas une
28:17parce que c'est vraiment
28:18une...
28:18Alors là, pour le coup,
28:19une date essentielle,
28:20pas dans ma vie,
28:21mais dans la vie de mon père.
28:22c'est qu'il était jeune chanteur
28:24au conservatoire de Bordeaux.
28:26Ça marchait un petit peu
28:27et j'ai dit
28:28« Est-ce que je ne pourrais pas
28:29aller travailler
28:30avec un grand professeur
28:31de la Scala de Milan
28:32en Italie ? »
28:33Donc, il a pris le train
28:33de Bordeaux,
28:34vous imaginez,
28:35à l'horizontale,
28:36comme ça,
28:36il arrive jusqu'à Milan.
28:40Scala de Milan.
28:41Et là, il s'est fait
28:42voler son portefeuille.
28:44Donc, il pleurait,
28:45je crois,
28:45dans le petit hôtel
28:46et les quelques Italiens
28:47qui étaient là
28:48dans le lobby de l'hôtel
28:49lui ont tous donné
28:50un petit peu d'argent
28:51pour qu'il puisse reprendre
28:53le train,
28:53se payer un billet de train
28:54pour revenir.
28:55Et donc, il n'a fait
28:57de la Scala de Milan
28:58que le tour à pied
28:59sur le trottoir.
29:01Mais ce qui est beau,
29:02en même temps,
29:02c'est d'abord,
29:03il a eu une autre vie
29:04et je suis là.
29:06Et un jour,
29:06je l'ai appelé.
29:07Je lui ai dit
29:07« Écoute, papa,
29:08tu sais,
29:08tu n'as pas pu rentrer
29:10à la Scala de Milan
29:10il y a, je ne sais pas,
29:1230, 40, 50 ans.
29:13Mais moi, je suis dans la loge.
29:15Là, sache que je vais jouer
29:15le concerto en sol
29:16de Ravel dans 10 minutes.
29:18Je voulais te dire
29:19que je suis très heureux
29:20d'être peut-être à ta place.
29:22En tout cas,
29:23l'histoire,
29:23c'est bien terminé.
29:25Je rentre sur scène
29:26dans 10 minutes
29:27et je vais avoir
29:27beaucoup de plaisir.
29:28Je penserai à toi
29:29sur scène ce soir.
29:31Et puis, votre vie,
29:32justement,
29:32a commencé dans un univers de musique.
29:34Vous avez grandi
29:35rue Berger,
29:36juste à côté
29:36d'Ephanie Berger.
29:38Juste à côté
29:38des Folies Berger.
29:39Je suis allé d'ailleurs
29:40à 10 ans.
29:41J'ai été fasciné
29:42par la revue
29:43des Folies Berger
29:44avec des danseuses,
29:46des costumes
29:46absolument incroyables.
29:48Et le musical
29:49m'a...
29:50Vous voyez,
29:51j'avais ça déjà en tête.
29:52Et vous savez
29:53que les Folies Berger,
29:54ça a duré un mois,
29:56ils ont transformé
29:57le 19 mai 1881
29:58les Folies Berger
29:59en Folies Berger
30:00Concerts de Paris.
30:01Le directeur
30:02qui s'appelait
30:02Léon Sarri
30:03dit qu'on va organiser
30:04des concerts
30:04avec 60 musiciens
30:06et on va jouer
30:07Massenet,
30:07on va jouer
30:08Gounod,
30:08Mozart.
30:09Les spectateurs
30:10arrivent pour la revue,
30:11vous voyez ça,
30:11ils repartent.
30:12Ça a duré 10 jours
30:13et on est revenus
30:13à la revue.
30:14Pourquoi pas,
30:15mais vous savez
30:15qu'aujourd'hui
30:16au Folies Berger,
30:16il y a aussi du théâtre,
30:18des diverses formes d'art.
30:21Je trouve ça beau,
30:22ces théâtres.
30:22Je pense au théâtre
30:23de la ville.
30:24Tiens,
30:24vous voyez,
30:24des théâtres à Paris
30:25où il y a,
30:26où on peut jouer
30:27de la musique classique,
30:28tous les styles
30:28de musique,
30:30mais aussi faire
30:30de la danse classique,
30:32contemporaine,
30:33de l'opéra.
30:35J'aime les programmations
30:38très ouvertes comme ça.
30:39Et vos débuts sur scène,
30:40Alexandre Tarot,
30:41je crois que c'est
30:42le sofa du salon
30:43que vous utilisez
30:44comme trampoline.
30:46Quand j'avais 4 ans,
30:47il y avait un sofa,
30:48oui,
30:49dans le salon.
30:50On avait un 2 pièces,
30:51donc ce n'était pas énorme
30:51notre appartement.
30:53Et je sautais dessus.
30:55J'étais un enfant
30:56extrêmement sportif.
30:58Alors j'ai bien changé.
30:59Et surtout,
31:01j'avais envie
31:02de remuer les mains
31:03comme un chef d'orchestre.
31:04Et je demandais
31:05de mon immense sofa,
31:07il devait me paraître,
31:08ça devait être
31:08un paquebot pour moi,
31:09mais le sofa ne faisait
31:11peut-être même pas
31:12de mètres de large.
31:13Et je demandais à mon père
31:14de me passer
31:15les maîtres chanteurs
31:16de Wagner.
31:17C'était un gros coffret
31:18de velours rouge.
31:20Je ne sais pas
31:20de quelle marque,
31:21mais ma mère doit
31:22toujours l'avoir.
31:23Ça paraissait très,
31:24très lourd.
31:25Et puis,
31:25on me demandait
31:26de ne pas mettre,
31:27de ne pas prendre
31:28avec mes mains
31:29ces 33 tours.
31:30C'était des trésors,
31:31les 33 tours.
31:32Et on interdisait
31:34à un enfant
31:35de 3-4 ans
31:35de le mettre
31:36sur la platine,
31:37sur le tourne-disque.
31:39Mais vous aviez envie
31:40de devenir chef d'orchestre
31:41à 3-4 ans.
31:42C'était venu comment ?
31:44Comme ça ?
31:45Tout ça peut venir.
31:46Certainement d'images,
31:47parce que mes parents
31:48m'emmenaient,
31:49ils organisaient
31:49des spectacles,
31:51notamment dans le nord
31:52de la France.
31:53Mon père faisait
31:54des mises en scène
31:54d'opérettes.
31:55De week-end.
31:56Oui, ma mère faisait
31:57des ballets,
31:57des chorégraphes.
31:59Donc, tout bébé,
32:00j'ai déjà vu,
32:01certainement,
32:02un monsieur qui remuait
32:03les mains comme ça.
32:04En tout cas,
32:05j'avais vraiment envie
32:06de se faire se faire
32:07beaucoup plus
32:08que celui de pianiste.
32:09Et parmi les disques
32:10qu'il y avait,
32:11il y avait notamment
32:12Titi et Grominet
32:14offerts par votre sœur.
32:15Ça n'a rien à voir
32:16avec la musique classique.
32:17Oui, mais vous voyez,
32:19l'enfance se construit
32:21sur les premières musiques,
32:22les premiers bruits,
32:23les premiers disques
32:24que l'on a.
32:24Aujourd'hui,
32:25un enfant,
32:26je pense à Spotify
32:28ou des plateformes
32:29avec un million de musiques.
32:30Mais à mon époque,
32:32on avait quelques 45 tours
32:34chez soi,
32:35parfois des 45 tours
32:36qu'on m'offrait à Noël.
32:38Et oui,
32:39Titi et Grominet,
32:40j'ai encore la musique
32:40dans la tête.
32:41Donc,
32:41ce sont des musiques
32:42qu'on écoute beaucoup,
32:43surtout à 45 tours,
32:45ça durait quoi ?
32:453-4 minutes.
32:46Donc,
32:46on pouvait l'écouter
32:47des centaines de fois
32:48dans l'enfance
32:49et nourrir comme ça
32:51tout le reste de la vie.
32:53Toute une génération
32:54qui a vu Récré A2
32:55ou ça cartoon,
32:56je me souviens d'Arlette Thomas
32:57qui disait
32:58j'ai cru voir un Grominet.
32:59C'est exactement ça
33:00avec Titi.
33:02Et puis,
33:02je crois que votre sœur
33:03vous a rendu un grand service,
33:04Alexandre Taro,
33:05car il limitait
33:06la signature de votre mère
33:07sur le carnet de l'air.
33:08Je ne vois pas être le seul.
33:10Non.
33:10Ma sœur était vraiment adorable
33:11et j'étais encore une fois
33:13un enfant parisseux.
33:15Mais même
33:15quand je suis rentré
33:16au Conservatoire national
33:17de Paris
33:18et que j'ai beaucoup travaillé
33:19mon piano,
33:20j'étais encore très mauvais
33:21à l'école.
33:22J'étais vraiment...
33:23Et vous voyez,
33:23j'ai écrit un livre
33:24mais je n'y crois pas mes yeux.
33:27C'est mon deuxième livre.
33:29J'ai pu écrire
33:30deux livres dans ma vie
33:31mais en ayant au départ
33:33beaucoup de lacunes.
33:34Je me souviens
33:34à l'école
33:35puis au collège
33:37j'étais très mauvais
33:38par exemple en français.
33:40Et c'est venu comme ça
33:41directement ?
33:42Je pense être toujours mauvais
33:43mais je travaille.
33:45Parce que je pense
33:45que tout le monde
33:46peut écrire
33:47mais il faut travailler
33:48sa phrase,
33:49se dire non.
33:50Surtout quand on est musicien,
33:51on a toujours l'impression
33:52d'être à côté
33:52quand on dit,
33:54quand on parle,
33:54quand on utilise des mots
33:55pour s'exprimer.
33:56Nous, on est juste
33:57quand on joue de la musique.
33:59Mais dire les choses profondes
34:01avec des mots,
34:02on se sent un peu illégitime.
34:05Et puis il y a
34:06un autre parfum
34:07qui est lié à votre enfance
34:07c'est le chocolat.
34:10Oui.
34:11Vous n'avez pas le chocolat,
34:13moi j'ai l'impression
34:13que sans le chocolat
34:14la vie ne vaut pas
34:15d'être vécue.
34:16Vous êtes arrivé
34:17en même temps,
34:18vous avez 10 ans
34:19quand la maison du chocolat
34:20ouvre à Paris
34:21qui a changé le chocolat
34:23et où se trouvait
34:24la maison du chocolat ?
34:25Face à la salle Pléiel.
34:26Exactement.
34:27Oui, vous avez connu ça
34:28bien sûr.
34:28Et le gâteau s'appelait
34:29le Pléiel.
34:30Ah ça, je ne me souviens
34:31pas d'un Pléiel
34:32mais les chocolats
34:32de la maison du chocolat
34:33j'ai toujours aimé ça
34:35encore aujourd'hui.
34:36Et puis, votre premier instrument
34:37c'est un piano
34:39je crois hérité
34:40de vos arrières-grands-parents.
34:42Oui, c'est qu'encore une fois
34:44mes parents n'avaient pas
34:45vraiment d'argent
34:46et je ne sais pas comment
34:49c'est énorme
34:51quand vous avez 2-3 ans
34:53un piano droit
34:54on a l'impression
34:54que c'est un immeuble
34:55de 3 étages
34:56donc cet énorme piano
34:58en chaîne
35:00en noyé
35:01a atterri
35:02dans notre appartement
35:03et en tendant
35:05mes mains
35:05très haut
35:06au-dessus de ma tête
35:07j'atteignais le clavier
35:08et je pouvais faire
35:09quelques notes
35:10et j'ai trouvé ça magique.
35:12Je pense d'ailleurs
35:12que tout enfant
35:13au monde
35:14dès qu'il peut toucher
35:16un clavier de piano
35:17et qu'il y a là
35:18surtout des pianos
35:19j'allais dire
35:19des vrais pianos
35:20des pianos en bois
35:22en corde
35:23vous voyez
35:23il y a cette grosse boîte
35:24qui résonne
35:25je pense que tout enfant
35:27à ce moment-là
35:28ne peut être qu'ébloui
35:30par le son
35:31et puis il y a une autre mélodie
35:33qui a bercé votre enfance
35:34à votre insu
35:44Le cauchemar
35:45et le bruit continu
35:47entre 8 ans
35:48et 20 ans
35:48donc chez moi
35:49on habitait
35:50rue de Montion
35:50à Paris
35:51et il y avait
35:52au-dessus de notre tête
35:53une femme
35:53complètement folle
35:54qui avait décidé
35:56pour nous énerver
35:58ça était plus
35:59que de l'énervement
36:00parce que ça a quand même
36:01bouleversé
36:01beaucoup notre vie
36:02du harcèlement
36:04totalement
36:04elle criait dans la rue
36:07j'avais très peur
36:08de cette femme
36:08et elle avait
36:10insonorisé
36:11en quelque sorte
36:12la chambre
36:12ou le bureau
36:13je ne sais pas ce que c'était
36:14en tout cas c'était la pièce
36:15au-dessus de ma chambre
36:16et elle passait
36:17du matin au soir
36:19sauf la nuit
36:19parce qu'elle avait besoin
36:20de dormir
36:21ce 45 tours
36:22de plastique Bertrand
36:23donc je suis
36:24vous avez devant vous
36:25cher Jacques
36:26la personne au monde
36:27qui a entendu le plus
36:29sa plane pour moi
36:30de plastique Bertrand
36:31vous voyez
36:31j'ai fait une interview
36:33et on a passé aussi
36:34cette maison
36:34cette chanson
36:37et je suis rentré
36:38chez moi
36:38et j'ai fait une expérience
36:40j'ai mis cette chanson
36:41sur mon téléphone
36:42et ça ne me rappelait pas
36:44mon enfance
36:44mais j'ai mis un gros
36:45coussin dessus
36:46et là
36:47comme une madeleine
36:48absolument
36:50incroyable
36:51instantanée
36:51l'effet instantané
36:53je me suis retrouvé
36:54dans ma chambre d'enfant
36:54c'est-à-dire qu'il y avait
36:55pour moi
36:56c'était pas sa plane pour moi
36:57telle qu'on l'entend là
36:58c'était sa plane pour moi
36:59avec un son déformé
37:01par le plafond
37:02donc un sa plane pour moi
37:04un peu lointain
37:05avec un son mou
37:06vous voyez
37:06comme un téléphone
37:08qu'on met sous un oreiller
37:09ça c'est dans votre livre
37:11qu'on va continuer à évoquer
37:12vers une autre date
37:13le 26 mars 1994
37:15à tout de suite
37:17sur Sud Radio
37:17avec Alexandre Tarot
37:19Sud Radio
37:20les clés d'une vie
37:21Jacques Pessis
37:22Sud Radio
37:23les clés d'une vie
37:24mon invité
37:24Alexandre Tarot
37:25donc on évoque
37:26ce livre
37:26touché
37:27chez Grasset
37:27où vous racontez
37:29votre passé
37:30vos 29 premières années
37:31alors on a évoqué
37:32la date de sortie
37:33mais il y a une date
37:34importante
37:35à laquelle vous n'étiez pas
37:36convié
37:37hélas
37:37et vous le regrettez
37:38le 26 mars 1994
37:40ça s'est passé
37:41au centre de congrès
37:43Vinci
37:43à Tours
37:44la dernière
37:45de Barbara
37:46ma plus belle histoire
37:48d'amour
37:48c'est vous
37:52c'est vrai
37:52je ne fus pas
37:53un sage
37:54mais j'ai tourné
37:55je pense que ce soir-là
37:56elle a fait quelque chose
37:57qu'elle n'avait jamais fait
37:58elle est descendue
37:59dans la salle
38:00au milieu du public
38:01les bras croisés
38:02elle est descendue
38:03dans la salle
38:03ce qu'elle n'avait jamais fait
38:04ça a été refusé
38:05parce qu'il y a vraiment
38:06et ça quand on est
38:07un artiste de scène
38:09c'est sacré pour nous
38:10la frontière invisible
38:11certes entre la scène
38:12et vous
38:14et le public
38:14et là elle est descendue
38:16dans la salle
38:16elle a traversé
38:17l'allée centrale
38:19sur on va dire
38:2015 mètres
38:21à peu près
38:21elle est arrivée
38:21au centre de la salle
38:22les gens n'en croyaient pas
38:23leurs yeux
38:24mais ces musiciens sur scène
38:25n'en croyaient pas
38:25leurs yeux non plus
38:26et elle a fait ce geste-là
38:28comme si elle embrassait
38:29le public
38:30elle a sérivé contre elle
38:31et puis elle est remontée
38:32sur scène
38:33et après le spectacle
38:34elle s'est recroquillée
38:35dans sa
38:36dans sa
38:38dans sa voiture
38:39pardon
38:40elle est retournée
38:41à son hôtel
38:41sur scène
38:42elle avait dit
38:42comme ça de manière soudaine
38:44c'est le dernier
38:46la dernière fois
38:46que je monte sur scène
38:47personne ne l'avait cru
38:49ni même ses musiciens
38:50et c'était son dernier spectacle
38:52et les spectacles précédents
38:54qui étaient au Châtelet
38:55je crois que vous les aviez
38:56tous vus
38:57vous étiez beaucoup élus
38:58alors d'abord il y a eu
38:59juste avant le tour
39:00il y a eu une tournée
39:00où elle était
39:01c'est vrai
39:02assez affaiblie
39:03avec une voix
39:03et elle était taboue
39:06mais avant ça encore
39:08donc quelques mois avant
39:09il y avait
39:09la fameuse série au Châtelet
39:11il y a eu deux séries au Châtelet
39:11en 87 et en 93
39:13en 93
39:14où les dernières semaines
39:15malheureusement
39:15elle a dû annuler
39:16sauf trois soirées
39:18au milieu de ces dernières semaines
39:19mais dans ces trois soirées
39:22qui étaient absolument
39:24bouleversantes
39:25elle n'avait plus de voix
39:27c'est-à-dire qu'à la fin
39:28du spectacle
39:29on chantait à sa place
39:31donc il y avait quelque chose
39:32de très émouvant là-dedans
39:33c'est que
39:34il y avait une fusion
39:35entre nous
39:36c'est clair
39:36et on savait
39:37qu'elle vivait grâce à nous
39:39depuis des années
39:39mais là
39:40sa voix
39:42surgissait
39:43de nos cordes vocales
39:44de nos ventres
39:45à nous
39:45et j'y pense encore maintenant
39:48c'est-à-dire que Barbara
39:49est morte
39:50il y a maintenant
39:50presque 30 ans
39:51on approche du 30e anniversaire
39:53de son départ
39:55mais elle vit à travers nous
39:57ses fans
39:58mais aussi
39:58ceux qui ne sont peut-être
39:59pas des fans
40:00mais qui la reprennent
40:01qui reprennent ses chansons
40:02qui parlent d'elle
40:03c'est une grande leçon de vie
40:05une grande leçon d'artiste
40:06une grande leçon de femme
40:08une grande leçon de musicienne
40:10d'auteur
40:11et Barbara n'a pas fini
40:13de nous apprendre des choses
40:14et elle a un point commun
40:16avec ce que vous racontez
40:17dans ce livre
40:17c'est-à-dire les débuts difficiles
40:19elle a exercé divers métiers
40:21avant de chanter
40:22elle a été démarcheuse
40:23en assurance
40:24manutentionnaire
40:25elle a même tenu
40:26une loge de concierge
40:27dans le 14e arrondissement
40:28de Paris
40:28je crois que ça n'a pas duré
40:29très longtemps
40:30et puis surtout
40:31elle a été
40:31cette taille d'une femme
40:32avec un caractère absolument
40:33incroyable
40:34elle pouvait déplacer
40:35des montagnes
40:35elle a fait très tôt
40:36de la musique
40:37elle était auditrice libre
40:38au conservatoire national
40:39certes elle n'a pas étudié
40:40le chant au conservatoire national
40:41mais quand même
40:41elle a pris des cours
40:42de chant classique
40:43qui elle lui a donné
40:44cette voix bien posée
40:45en tout cas
40:46une grande partie de sa vie
40:47et elle avait envie
40:49d'être sur scène
40:50mais elle aurait fait
40:50n'importe quoi
40:51pour être sur scène
40:52et sa carrière
40:53même si elle est un peu tardive
40:55déjà à 30 ans
40:56elle faisait de belles scènes
40:58alors vous dites justement
40:59dans ce livre touché
41:01que si les futurs pianistes
41:03savaient ce qu'ils allaient vivre
41:04beaucoup s'enfuiraient
41:05dans la seconde
41:06Alexandre Tarot
41:07oui parce que
41:08je reviens juste
41:09sur Barbara
41:10je crois que c'est à 34 ans
41:11qu'elle a commencé
41:11à remplir les grandes
41:13ça
41:13vous avez commencé plus tôt
41:14mais je ne me compare pas
41:16à Barbara
41:17oui la vie de soliste
41:19de pianiste
41:20je pense qu'on ne
41:21on ne le dit pas assez
41:23ou peut-être même pas du tout
41:24aux jeunes
41:25qui veulent devenir pianiste
41:26soliste
41:27pianiste soliste international
41:28c'est-à-dire voyager tout le temps
41:30changer de matelas
41:31tous les jours
41:31être seul
41:32voyager seul
41:34avoir la pression
41:35d'un public
41:36vous voyez
41:36je pense que c'est comme Barbara
41:37à la fin de sa vie
41:39il y avait 30-40 personnes
41:40autour d'elle
41:40en fait c'était une véritable équipe
41:42les lumières
41:43le son
41:43les musiciens sur scène
41:44les machinistes
41:45nous pianistes
41:46on peut aller au Japon
41:47et être tout seul
41:48dans les coulisses
41:49on est tout seul
41:50sur scène
41:50on est tout seul
41:50c'est une véritable vie de solitaire
41:52ça ne veut pas dire
41:53qu'on se sent seul
41:54le sentiment de solitude
41:55c'est autre chose
41:56mais c'est une vie
41:57il faut avoir vraiment
41:59envie de le faire
42:00et non seulement
42:01il faut avoir envie
42:01mais il faut supporter
42:02les premières années
42:03et vous raconter dans ce livre
42:04combien vous avez souffert
42:06avec les doigts
42:07avec tout ce qui peut se passer
42:09quand on apprend le piano
42:10Alexandre Tarot
42:11c'est parce que j'avais
42:12une main petite
42:13j'ai grandi tard
42:15j'ai grandi tard
42:16mais j'ai fini par grandir
42:18quand même
42:18en même temps
42:19vous avez des astuces
42:20c'est à dire que vous jouiez
42:21en soi-disant en muet
42:22ce qui était tout à fait bidon
42:24alors l'exercice que je faisais
42:26qui était vraiment
42:27un exercice de torture
42:28vous voyez ici
42:28pour ceux qui voient la vidéo
42:30je me mettais comme ça
42:31au bord de la table
42:33du clavier
42:34plutôt sans enlever mon
42:36je veux dire
42:37en même temps
42:37je me dis
42:37s'il y a des enfants
42:38ne le faites pas
42:40mes chers enfants
42:41parce que ça ne sert à rien
42:42mais je
42:43enfin ça ne servait à rien
42:44j'ai quand même déformé ma main
42:46mes mains trop petites
42:47donc en concertant national
42:48je n'arrivais pas
42:49à faire des grands accords
42:49comme mes camarades
42:50donc je faisais
42:51le deuxième
42:52troisième doigt
42:53j'écartelais mes doigts
42:54comme ça
42:54à l'horizontale
42:56au bord du clavier
42:56sans relever le poignet
42:58et je criais
42:59à cet exercice débile
43:00mais c'est vrai
43:01que ma main
43:02s'est déformée un peu
43:03mais finalement
43:03elle a grandi
43:04un an
43:05deux ans après
43:05ça ne valait pas le coup
43:06de se faire mal
43:07à ce point
43:07et celle qui a été déterminante
43:09dans votre parcours
43:11jeune parcours
43:11c'est madame Tacon
43:12qui était un professeur
43:13que vous avez vu
43:14pendant des années
43:15et je crois que la première fois
43:16où vous êtes allé chez elle
43:17vous avez compris
43:18Alexandre Tarot
43:19qu'il se passait quelque chose
43:20oui
43:20le premier professeur de piano
43:23est très important
43:24dans la vie de quelqu'un
43:26qu'on devienne pianiste ou pas
43:27c'est vraiment la personne
43:28qui prend votre petite paume
43:30votre petite main minuscule
43:31qui l'attend vers le clavier
43:32et qui vous apprend
43:33peut-être même
43:34dans les premières secondes
43:35ce plaisir
43:36de créer un son
43:37soi-même
43:39ensuite
43:39de mettre deux sons ensemble
43:41de les faire
43:41se correspondre
43:43dialoguer ensemble
43:44et de créer
43:45tout un monde
43:46avec
43:46dix petits doigts
43:48et c'est vrai
43:49qu'elle vous a suivi
43:50et encouragé jusqu'au bout
43:51elle a été la première
43:52en croire en vous
43:53cette professeure
43:55oui
43:55avec mes parents
43:56quoique mes parents
43:57étaient très
43:57très stricts
43:59ils voulaient
43:59je n'étais pas un enfant prodige
44:02ça c'est certain
44:03mais bon
44:04ils voyaient
44:04notamment
44:05en écoutant mon professeur
44:06de piano
44:07il savait que j'avais
44:09des dons
44:09mais ça ne suffit pas
44:10on est des millions
44:11des milliards
44:12à avoir des dons
44:12ça ne suffit pas
44:13pour devenir un pianiste
44:14professionnel
44:15un musicien professionnel
44:16ils savaient aussi
44:17que j'avais
44:19une envie folle
44:20d'être sur scène
44:21donc ils m'ont suivi
44:22mais je pense qu'en effet
44:23c'est véritablement
44:24Mme Tacom
44:25mon premier professeur
44:26qui a cru
44:27qui s'est dit
44:28oui
44:28lui
44:29Alexandre
44:29il pourrait
44:31potentiellement
44:31être dans son métier
44:33et puis il y a quelqu'un d'autre
44:34qui a aussi compté
44:34dans votre parcours
44:35dans votre apprentissage
44:36c'est une profession
44:38qui n'existe plus aujourd'hui
44:39c'est les marchands de disques
44:43malheureusement
44:44c'était tellement bien
44:45les marchands de disques
44:46il y avait un monsieur
44:47qui s'appelait
44:48monsieur Vitose
44:49et son magasin
44:50je crois même
44:51que c'était le premier
44:52magasin disques
44:53pas de mon vivant
44:55mais donc au tout début
44:56du XXe siècle
44:57à Paris
44:58qui était passage Verdeau
44:59dans le 9e arrondissement
45:00et j'allais
45:01c'est un monsieur très gentil
45:03et j'allais très régulièrement
45:04dans son magasin
45:05dès que j'avais
45:06assez d'argent
45:07pour m'acheter un 33 tours
45:09ou un 45 tours
45:10et il me guidait
45:11et c'était ça
45:12mais il y a encore des disquaires
45:13il y a encore des disquaires
45:16moins sur moins
45:16mais aussi dans des grandes surfaces
45:18par exemple
45:18les centres Leclerc
45:19certains d'entre eux
45:20ont un vrai beau rayon
45:22de compact disques
45:23aujourd'hui
45:24avec des vendeurs
45:26qui peuvent vraiment
45:27vous conseiller
45:28c'était merveilleux
45:30parce qu'avec le
45:30vous alliez acheter
45:32un disque
45:32je ne sais pas
45:33de Mozart
45:33par Brendel
45:35et vous repartiez
45:35avec un chanteur de variété
45:37parce que
45:38vous parliez
45:39avec le vendeur
45:41et il vous disait
45:42ah vous aimez ça
45:42et vous savez
45:43que j'ai entendu ça
45:44l'autre jour
45:44et votre femme
45:45et on parlait
45:46de toute autre chose
45:47et au final
45:48on arrivait
45:49si vous voulez
45:50la conversation
45:53le résumé de la conversation
45:54devenait un disque
45:56et puis il y avait
45:57un magasin de disques
45:58Lido Musique
45:58très célèbre
45:59sur les Champs-Elysées
46:00et puis il y avait
46:01une jeune fille
46:01de 16 ans
46:02qui pour gagner sa vie
46:03travaille comme vendeuse
46:04et elle vend
46:05un disque
46:06qui était le sien
46:07c'était pas de décence
46:08de Sylvie Vartan
46:09et personne ne la reconnaissait
46:10parce qu'il n'y avait pas
46:11de photo sur la pochette
46:13et c'est comme ça
46:14que ça a débuté
46:14et puis il y a eu
46:15ce fameux conservatoire
46:17et c'est vrai
46:17que le conservatoire
46:18ça a été en même temps
46:19une belle victoire
46:20mais ça a été
46:21trois années
46:22très difficiles
46:23pour vous
46:23Alexandre Tarot
46:24c'est mon adolescence
46:26qui était difficile
46:27l'adolescence
46:28c'est pas toujours
46:29du gâteau
46:30et j'avais un professeur
46:31pour le coup
46:31conservatoire
46:32qui était très sévère
46:33et avec qui
46:34je l'adorais
46:35et en même temps
46:35je ne m'entendais pas avec
46:36et donc
46:37ces années
46:38de conservatoire national
46:40heureusement
46:41le conservatoire national
46:42a bien changé aujourd'hui
46:43mais c'était vraiment
46:44des années difficiles
46:46dans lesquelles
46:47je ne me retrouvais pas
46:48et où j'ai appris
46:49ce que je n'aurais
46:50jamais dû apprendre
46:51la peur
46:52le traque
46:53le dégoût
46:54de moi-même
46:54l'impression
46:56de ne pas être bon
47:01le manque de désir
47:03d'aller sur scène
47:03alors qu'il a été brûlant
47:05ce désir
47:05jusque là
47:06et vous racontez
47:07dans ce livre
47:07un moment terrible
47:08où vous avez voulu
47:10vous cassez le bras
47:11et mettre fin à vos jours
47:13parce que vous ne supportiez
47:14plus la musique
47:15c'est parce que
47:16je ne supportais pas
47:16l'idée
47:17de jouer le lendemain
47:18à l'audition
47:19des élèves
47:20de mon professeur
47:21où elle m'avait donné
47:22contrairement à d'autres
47:23un tout petit morceau
47:24de liste
47:25qui s'arrête
47:25ce qui s'appelle
47:25la ronde des lutins
47:27une sorte de casse-gueule
47:28comme ça en deux minutes
47:29et je ne me sentais pas prêt
47:30je trouvais ça injuste
47:32et je n'avais pas envie
47:33de jouer mal devant
47:34enfin voilà
47:35j'avais l'impression
47:36de jouer ma vie
47:37ou ma mort
47:37le lendemain
47:38et je me suis dit
47:39il faut absolument
47:40que je me casse le bras
47:41on habitait au premier étage
47:42et de la fenêtre
47:43j'ai regardé
47:44je me suis dit
47:44alors comment je peux
47:46tomber
47:46sans me casser
47:47d'autres membres
47:48que mon bras
47:49et vraiment
47:50je ne trouvais pas
47:50la solution
47:51donc après j'ai lancé
47:52mon bras
47:52sur la cheminée du salon
47:54enfin je me suis fait mal
47:55mais pas trop mal
47:56j'étais très étonné
47:57de voir qu'on ne peut pas
47:59facilement se casser un bras
48:00et puis vous avez appris
48:02à désapprendre
48:02ce qui vous a sauvé
48:05après le conservatoire national
48:07je me suis retrouvé seul
48:08sans professeur
48:10et c'était un moment
48:11très dur
48:13parce que je me sentais
48:14seul au monde
48:15et je ne savais pas
48:16je n'avais pas les clés
48:17pour devenir un pianiste
48:18un pianiste de scène
48:19et un pianiste de studio
48:20faire des disques
48:21mais aussi être sur scène
48:23aller à droite
48:24à gauche
48:25peut-être même
48:25à l'étranger
48:26et oui pourquoi pas
48:27aller jouer
48:28devant tous les publics
48:29du monde
48:30je n'avais pas les clés
48:31je ne savais pas
48:32comment faire
48:32et oui
48:35le fait de désapprendre
48:36c'est-à-dire
48:37pour moi désapprendre
48:38c'est apprendre
48:39en se libérant
48:42de l'académisme
48:43et de l'académie
48:44en se libérant
48:45de nos professeurs
48:46en se libérant
48:47d'aller jouer comme ça
48:49ne jouer pas comme ça
48:50en étant soi-même
48:52et puis vous avez fait
48:53tout ce qui est possible
48:54et imaginable
48:55comme gala
48:56devant des femmes
48:57en venteaux de vison
48:57vous avez même
48:58joué du piano
48:59chez Régine
49:01alors ça
49:02c'est pas une chose
49:02de vison
49:03c'était plutôt
49:03des paillettes
49:05des paillettes
49:06à 2h du matin
49:07j'ai fait un récitage
49:08chez Régine
49:09c'est quand même incroyable
49:10je m'étonne de le dire
49:11à voix haute
49:12j'ai joué du Chopin
49:14et je crois
49:14des préludes de Gershwin
49:16chez Régine
49:17un soir
49:17il n'y avait pas grand monde
49:18et c'était avant
49:18que dévalent
49:19toutes les personnes
49:20c'était vraiment
49:21les stars
49:21on est dans les années
49:23l'année 80
49:24et le Régine's Club
49:27à Paris
49:27était l'une des boîtes
49:29de nuit
49:29les plus connues
49:31j'ai d'ailleurs croisé
49:32
49:33ça a duré qu'un an
49:33je me suis ennuyé
49:35très vite
49:35chez Régine
49:36mais c'était une femme
49:37passionnante
49:37et j'ai parlé
49:39avec des gens
49:40incroyables
49:41à l'époque
49:41j'ai croisé
49:42de très grandes stars
49:43j'étais très fier
49:44en rentrant chez moi
49:45à 6h du matin
49:46et Régine avait un point
49:47commun avec vous
49:48Alexandre Taros
49:49elle supportait
49:50les décalages horaires
49:51elle pouvait être
49:52à Paris le soir
49:53ou à New York
49:53le lendemain matin
49:54et ça aussi
49:55c'est une chose
49:55que vous avez appris
49:57elle je crois
49:58que c'était naturel
49:58elle dormait
49:593h par nuit
50:00elle me disait
50:00Alexandre
50:01tu sais moi
50:03dormir ça m'esquinte
50:05je me rappelle
50:05de cette phrase là
50:06ça m'esquinte
50:07donc elle ne dormait pas
50:09et de mon côté
50:10j'ai eu toujours
50:11beaucoup de mal
50:12à m'adapter
50:12au décalage horaire
50:13et au sommeil
50:14je suis insomniaque
50:16un vrai insomniaque
50:17et vous voyez
50:18je suis rentré du Canada
50:19il y a une semaine
50:19je ne suis pas totalement
50:20remis de mon décalage horaire
50:22alors que normalement
50:23au bout d'une semaine
50:23on est totalement
50:24remis du décalage horaire
50:25donc il me manque ça
50:26pour faire ce métier
50:27mais on peut faire ce métier
50:29en n'ayant pas
50:30tout ce qu'il faut
50:31mes camarades
50:33pianistes, violonistes
50:34solistes
50:34qui parcourent le monde
50:35n'ont aucun problème
50:36de sommeil
50:37et aucun problème
50:38de décalage horaire
50:38en 24h
50:39paf
50:39ils se remettent
50:41de leur décalage
50:42moi pas
50:43mais ça ne m'a pas empêché
50:44en trouvant des astuces
50:46en faisant de la méditation
50:46en allant à la piscine
50:47en prenant la mélatonie
50:48en ayant des lunettes
50:50de luminothérapie
50:50en trouvant
50:51je trouve qu'il y a
50:52toujours des solutions
50:54si on veut faire
50:55quelque chose dans la vie
50:56on peut y arriver
50:56mais il faut chercher
50:58tout le temps
50:58et vous en êtes
51:28sortez comme ça
51:29comme par magie
51:30au milieu des interviews
51:31on apprend plein de choses
51:31avec vous
51:32et bien merci
51:33les clés d'une vie
51:33c'est terminé pour aujourd'hui
51:34on se retrouve bientôt
51:35restez fidèles
51:36à l'écoute de Sud Radio
51:37Sous-titrage Société Radio
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