00:00BFM Bourse, l'éco du monde.
00:03Gilles Mott nous rejoint pour le groupe AXA, chef économiste du groupe AXA.
00:07Bonjour Gilles, on est ravis de vous retrouver.
00:09On a des chiffres macroéconomiques américains plutôt pas mal encore aujourd'hui, Gilles,
00:13à savoir l'inflation quand même au plus haut depuis 2023, mais conforme aux attentes.
00:16Et puis la croissance américaine, elle est révisée à la hausse pour le premier trimestre.
00:20Elle est révisée à la hausse et semble-t-il, ça provient d'une nouvelle révision de l'investissement
00:27qui est, ça se confirme de trimestre en trimestre, qui est vraiment le moteur de la croissance américaine en ce
00:33moment,
00:34plus que la consommation, même si le dernier chiffre qu'on a eu pour le mois de mai est plutôt
00:38rassurant.
00:40On en arrive à une concentration de la croissance américaine qui est quand même impressionnante.
00:45J'en faisais quelques calculs à l'instant.
00:48Aujourd'hui, les composantes liées à la tech représentent à peu près deux tiers de l'investissement privé américain hors
00:56logement.
00:56Les deux tiers.
00:58Et voilà, on a eu la confirmation de ce moteur qui ne s'arrête pas.
01:04Ça, ça ne viendra pas calmer les ardeurs de la Fed, à mon avis, d'autant plus que, comme vous
01:09l'avez dit,
01:10sur l'inflation, les nouvelles continuent à être problématiques.
01:14C'est pour l'instant, en grande partie toujours, en tout cas sur l'épisode le plus récent, l'impact
01:20quasi direct de la crise dans le Golfe,
01:23puisqu'on a eu une augmentation supplémentaire des tarifs aériens.
01:27Ça a sans doute se calmer dans les mois qui viennent.
01:29Mais je répète ça à chaque fois, le problème américain, c'est que l'inflation était déjà trop élevée avant
01:34la crise du Golfe.
01:35Elle le restera sans doute après.
01:37– Gilles, parallèlement, les effets de change sont extrêmement puissants en ce moment en faveur du dollar.
01:41On a une vraie remontée du dollar depuis quelques jours, vraiment spectaculaire.
01:44Il y a un peu plus d'un mois, l'euro valait 1,19$ quasiment.
01:47Là, on est sous le dollar 14.
01:49À quoi est-ce que vous l'attribuez ?
01:50Est-ce que c'est un nouveau régime sur le marché d'échange qui se met en place en faveur,
01:53cette fois, du dollar ?
01:54– Oui, je pense qu'en fait, l'un des facteurs principaux, c'est la réassurance sur la Fed,
02:02avec un discours de Kevin Walsh qui est quand même assez largement différent de celui qu'il avait tenu
02:08lors de sa campagne d'investiture, entre guillemets.
02:11Donc on est rassuré sur la capacité à la volonté de la Fed à tenir l'objectif sur l'inflation
02:18et donc potentiellement à maintenir des taux d'intérêt, un différentiel de taux avec le reste du monde assez élevé.
02:24Et puis en même temps, on vient de le rappeler, on a une croissance américaine qui s'apporte très bien.
02:28Donc on a des moteurs assez habituels de la vigueur du dollar, différentiel de croissance positif,
02:35en tout cas vis-à-vis de l'Europe et du Japon, différentiel de taux qui continue aussi
02:39à aller dans le bon sens.
02:41Je pense que quand même, il reste une espèce d'inquiétude résiduelle sur le dollar
02:46autour de la volatilité politique de la Maison-Blanche.
02:51Mais c'est vrai qu'on est plutôt dans une phase de dollar fort.
02:54Et pour moi, l'événement central, c'était vraiment le discours de Kevin Walsh
02:58lors de sa première présidence du FOMC.
03:00Oui, qu'on a beaucoup expliqué et analysé, bien sûr, depuis.
03:03C'était la semaine dernière.
03:05Wall Street, les États-Unis, on a beaucoup parlé de la force du dollar, du rebond du dollar
03:09il y a un instant.
03:10Et parallèlement, l'Europe aussi en hausse sur les marchés, à la faveur cette fois
03:13de la baisse des cours du pétrole.
03:14Assez nette, cette baisse des cours.
03:16Au point de tout à l'heure, le Brent, Gilles, est passé sous ses niveaux de début de la guerre.
03:19On a retrouvé les cours d'avant-guerre en Iran sur le pétrole.
03:23Oui, ça va très vite.
03:25Je pense que ce qui est vraiment intéressant, c'est qu'il y a une espèce d'immunisation du marché
03:32vis-à-vis du bruit politique, du bruit autour des négociations.
03:38Ça m'a beaucoup frappé, c'est le fait que, alors qu'on a eu, entre guillemets, un mauvais week
03:42-end
03:42de ce côté-là, avec l'annonce d'une refermeture par l'Iran, une escalade, en tout cas verbale,
03:49entre Washington et Téhéran, à la réouverture dimanche soir, il s'était quasiment rien passé.
03:55Et ça, je pense que c'est vraiment le signe d'un marché qui a décidé, entre guillemets,
03:59et c'est à mon avis assez rationnel, que comme ce fameux mémorandum entre l'Iran et les États-Unis
04:06est quand même, je pense, assez favorable aux intérêts iraniens, il n'y a finalement
04:11pas grand intérêt pour Téhéran de faire remonter la pression, en tout cas de manière
04:16forte, dans les semaines qui viennent.
04:18Donc ça, ça se traduit par cette détente assez rapide des prix.
04:22C'est peut-être aussi un mouvement un tout petit peu exagéré, je pense qu'on aura
04:25d'autres moments de bruit, et puis il y a une vraie question qui se posera lorsqu'on
04:29sera sorti de la fameuse phase des 60 jours, mais voilà, je pense que c'est le résultat
04:34de l'analyse assez froide du MOI.
04:36Et pour l'économie européenne, cette baisse des cours du pétrole, c'est vraiment une
04:40manne, une aubaine importante, ça va changer la dynamique de croissance ou pas tant que ça ?
04:45Non, c'est effectivement absolument important, avec le bémol que la croissance européenne
04:50ne se portait pas extraordinairement bien avant la crise du Golfe, donc on ne peut pas
04:55non plus s'attendre à un redémarrage nécessairement sur les chapeaux de roue.
04:58Il faut vérifier ce qui se passe sur le gaz.
05:01Là, on a besoin d'un peu plus de réassurance du côté du Qatar et de sa vitesse de reconstruction,
05:08des champs qui avaient été très abîmés pendant les opérations militaires.
05:12Mais oui, c'est évidemment une très bonne nouvelle, je répète ça partout et tout le temps,
05:16l'Europe paye, expédie vers le reste du monde tous les ans entre 2 et 3% de son PIB
05:22pour
05:22payer ses factures pétrolières et gazières.
05:25Donc toute baisse du pétrole et du prix du gaz a un effet absolument significatif sur la
05:30conjoncture européenne.
05:32Gilles, comme le savent nos auditeurs réguliers, vous êtes basé à Londres.
05:36On sort du dixième anniversaire du Brexit, Keir Starmer sur le départ, on sent le pays
05:43économiquement avec un sentiment un petit peu inquiet, avec un petit peu d'appréhension.
05:50Comment vous sentez un petit peu l'état d'esprit des agents économiques britanniques ?
05:55Je pense que ce qui pèse énormément sur l'humeur, alors que les chiffres macro ne sont
06:01pas catastrophiques, on a une croissance faible, mais une croissance, il n'y a pas de
06:05risque de récession à court terme en tout cas, les chiffres budgétaires britanniques
06:10sont plutôt meilleurs que les chiffres français par exemple, mais on a une vague à l'âme
06:15qui, à mon sens, tient beaucoup à l'absence de narratif, pour utiliser un mot qu'on utilise
06:21beaucoup aujourd'hui, c'est-à-dire que ce qu'il manque c'est une stratégie.
06:24C'est un pays qui avait une stratégie assez claire lorsqu'elle était dans l'Union
06:28européenne, depuis le Brexit, c'est un pays qui a fait plusieurs tentatives, qui a
06:33expérimenté beaucoup, sans qu'on sache véritablement quel est le modèle de croissance
06:38finalement, qui est maintenant recherché.
06:41Et comme on a eu en même temps, et on a vu encore une fois la semaine dernière, une
06:44volatilité incroyable de leadership politique, ce récit fédérateur manque encore.
06:54Donc ce n'est pas tant, encore une fois, la conjoncture qui est médiocre, mais plutôt
06:57moins médiocre que ce continent, mais c'est l'absence de cadre, de perspectives qui pèse
07:02beaucoup, Gilles Moec avec nous, chef économiste du groupe AXA.
07:05Merci beaucoup Gilles de nous avoir accompagné.
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