00:00Good morning business, parole de patron.
00:048h23 sur BFM Business et sur AMC Live, notre invité ce matin c'est Eric Albert.
00:07Bonjour, fondateur du cabinet YouSide, vous êtes médecin psychiatre et vous alertez grâce à une étude sur la question du
00:14déficit d'attention des salariés.
00:16Un fléau insidieux qui altère les entreprises et sur lequel les managers n'ont pas du tout mis leur attention.
00:24Aujourd'hui on est déconcentré, mais vous donnez des chiffres, mais c'est en moyenne 4,7 interruptions toutes les
00:3013 minutes.
00:31C'est monstrueux, impossible de se concentrer.
00:33Non, c'est 4,7 interruptions par heure, mais on est population générale au travail, donc il y a une
00:39population postée et les gens qui sont en open space c'est beaucoup beaucoup plus.
00:46En fait on part d'un constat, c'est que quand on regarde la productivité, sujet fondamental par rapport à
00:53ce que c'est la croissance économique,
00:55depuis 20 ans la productivité elle n'a jamais aussi peu monté depuis qu'on la mesure.
01:03Et les économistes sont incapables de nous dire pourquoi.
01:07Or il y a 20 ans, il y a 20 ans, apparaît le téléphone portable, donc c'est lui la
01:13cause.
01:14Le téléphone portable, et le téléphone portable c'est quoi ?
01:17C'est l'outil d'une économie nouvelle qui n'existait pas, qui est une économie gigantesque, qui est l
01:23'économie de l'attention.
01:25C'est-à-dire que tous les gars, femmes, etc. sont basés sur le fait qu'ils nous captent en
01:32permanence notre attention.
01:33C'est très nouveau, dans l'histoire de l'humanité ça n'existe pas.
01:38Et donc on a un phénomène absolument massif, on s'aperçoit tous d'ailleurs qu'on est complètement dépendant de
01:45ces outils,
01:46on est complètement dans une relation à l'attention.
01:50Par exemple, plus personne ne regarde la télé sans regarder son téléphone en même temps.
01:55Difficile de tenir un film.
01:56Voilà, on n'a plus un seul écran.
01:58C'est pour ça que d'ailleurs certains vont au cinéma, c'est juste pour s'obliger à suivre.
02:03Et on voit bien que dès qu'on a un tout petit peu, une toute petite baisse de notre stimulation,
02:11on se précipite.
02:14Alors, nous ce qu'on a voulu mesurer, c'est que ce phénomène-là est un phénomène très insidieux,
02:18que tout le monde vit, mais que personne ne mesure réellement.
02:24Et notamment, quand on interroge les salariés, ils nous disent, 84% des salariés disent,
02:30ah oui, oui, les problèmes d'attention, ça a des conséquences.
02:33Ça a des conséquences sur mon stress, mais ça a surtout des conséquences sur ma productivité.
02:39Donc, premier point très très important, qui est massif, qui est majeur et qu'on sous-estime totalement,
02:46c'est que notre hypothèse, c'est qu'un des éléments majeurs qui impactent la productivité globalement de l'économie,
02:53c'est ça.
02:54Mais alors, qu'est-ce qu'on fait ? On l'interdit à l'entrée de l'entreprise ?
02:56Ou il y a un manager faire ça, Éric ?
02:59C'est smartphone banni ici ?
03:01Avant de savoir qu'est-ce qu'on fait, on va y venir, mais il y a d'autres conséquences
03:05de ça.
03:06Parce qu'il y a la tension, ça c'est la tension autour de la concentration.
03:09Et on voit bien que, d'ailleurs, l'IA va avoir encore un autre problème,
03:13on a, attention, déficit de concentration, déficit de concentration,
03:17on va avoir un problème de déficit de réflexion.
03:20Récemment, on a eu, nous on fait beaucoup de ce qu'on appelle l'assessment des top dirigeants
03:27pour les nouveaux jobs, sur leur capacité comportementale.
03:31Récemment, ça ne nous était jamais arrivé, on met les gens en situation,
03:36on leur provoque des émotions, et on a un sujet stratégique,
03:39on leur donne une vingtaine de pages à lire.
03:41Et on a quelqu'un de 50 ans, membre d'un comex du SBF 120,
03:48qui, on s'aperçoit qu'il n'a pas lu les 20 pages.
03:52Il n'a pas lu.
03:53On lui dit, mais alors, il dit, non, moi je ne sais plus lire,
03:56maintenant quand j'ai 20 pages, je donne à Claude,
03:59et Claude me dit ce que je dois penser.
04:01Donc, déficit d'attention, déficit de concentration, déficit de réflexion,
04:06c'est le premier point.
04:07Après, il y a la question de l'attention aux autres.
04:10Donc, la présence.
04:12L'attention aux autres, c'est la question de la présence.
04:15Et ce qui est extrêmement important à comprendre,
04:18c'est que quand je suis en déficit d'attention aux autres,
04:22que je passe ma réunion à régler mes sujets...
04:25pour les autres ?
04:26Alors, c'est très vexant.
04:28Un tiers des collaborateurs disent, effectivement,
04:30je ne suis pas attentif dans les réunions.
04:32Mais c'est surtout que je n'ai plus de plaisir.
04:38Donc, ma réunion à régler des sujets,
04:40c'est une réunion où j'ai fait acte de présence sans être présent.
04:43Et quand je fais acte de présence sans être présent,
04:46la présence, c'est ce qui fait le plaisir.
04:48On a tous vu des couples qui étaient au restaurant, chacun sur leur truc.
04:51C'est un dîner où ils n'ont aucun plaisir.
04:54Le plaisir passe par la présence.
04:56Le plaisir passe par la relation.
04:58Le plaisir passe par l'interaction avec les autres.
05:02Et donc, deuxième sujet qui est lié à l'attention,
05:06l'absence de plaisir.
05:07Donc, l'absence probablement d'engagement des acteurs dans l'entreprise.
05:14Si je n'ai plus de plaisir dans ce que je fais, je ne m'engage plus.
05:18Et donc, deuxième phénomène gigantesque qu'on a dans l'entreprise,
05:23c'est le désengagement.
05:25Et puis, troisième phénomène, c'est un phénomène de l'attention au monde.
05:28L'attention au monde, c'est comprendre ce qui se passe,
05:31comprendre ce qui se passe autour de moi,
05:34vouloir vraiment ne pas avoir la réponse toute faite
05:38qui me vient par ces mécanismes-là,
05:40mais justement continuer à essayer de comprendre,
05:46d'avoir du coup une capacité à agir.
05:49Et quand je n'ai plus d'attention au monde,
05:53ça donne un troisième phénomène qui est la victimisation.
05:56C'est-à-dire que je ne comprends rien,
05:57je donne des explications caricaturales et je me victimise.
06:01Donc, on a de la baisse de la productivité,
06:04on a le désengagement dans l'entreprise
06:06et on a la victimisation des acteurs.
06:07À la fin, j'interdis le téléphone à l'entrée, j'en reviens là, Éric.
06:11Alors, à la fin, on voit bien qu'on a un sujet absolument gigantesque,
06:16qui est massif, mais qui est complètement,
06:20je dirais, qui est sous-marin,
06:22qu'on ne perçoit pas.
06:24Mais c'est insidieux.
06:24C'est complètement insidieux.
06:26Et donc, par rapport à ce phénomène,
06:30nous, ce qu'on dit, c'est d'abord qu'il faut alerter.
06:33Il faut que tout le monde dans l'entreprise comprenne
06:35que cette économie de l'attention,
06:37a totalement impacté notre façon
06:40d'être aux autres, d'être au monde, de travailler.
06:43Et donc,
06:45à la fin,
06:46c'est quelque chose qui nous nuit personnellement
06:48très fortement.
06:49C'est ça qui est important à comprendre.
06:50Donc, avant l'interdiction, c'est la prise de conscience.
06:52Évidemment.
06:54Comme quand vous vous forcez au dîner à le mettre sur le côté.
06:57On sait bien qu'on n'y arrivera pas.
06:58Donc, la prise de conscience,
07:00montrer, donner envie aux gens
07:02de retrouver un peu plus de maîtrise
07:04sur leur capacité de concentration,
07:06sur leur capacité à agir,
07:09et puis à avoir du plaisir.
07:10C'est ce paradoxe.
07:12Ça vibre.
07:13Donc, j'ai une espèce de frustration.
07:15J'ai envie.
07:15Mais si je réponds,
07:17je n'aurai pas de plaisir
07:19dans ce que je suis en train de faire.
07:20Merci beaucoup, Eric Elbert,
07:22d'être venu ce matin
07:23dans la matinale de l'économie.
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