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  • il y a 3 mois
Ce mardi 23 juin, Éric Albert, fondateur du cabinet Uside, était l'invité dans l'émission Good Morning Business sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Good morning business, parole de patron.
00:048h23 sur BFM Business et sur AMC Live, notre invité ce matin c'est Eric Albert.
00:07Bonjour, fondateur du cabinet YouSide, vous êtes médecin psychiatre et vous alertez grâce à une étude sur la question du
00:14déficit d'attention des salariés.
00:16Un fléau insidieux qui altère les entreprises et sur lequel les managers n'ont pas du tout mis leur attention.
00:24Aujourd'hui on est déconcentré, mais vous donnez des chiffres, mais c'est en moyenne 4,7 interruptions toutes les
00:3013 minutes.
00:31C'est monstrueux, impossible de se concentrer.
00:33Non, c'est 4,7 interruptions par heure, mais on est population générale au travail, donc il y a une
00:39population postée et les gens qui sont en open space c'est beaucoup beaucoup plus.
00:46En fait on part d'un constat, c'est que quand on regarde la productivité, sujet fondamental par rapport à
00:53ce que c'est la croissance économique,
00:55depuis 20 ans la productivité elle n'a jamais aussi peu monté depuis qu'on la mesure.
01:03Et les économistes sont incapables de nous dire pourquoi.
01:07Or il y a 20 ans, il y a 20 ans, apparaît le téléphone portable, donc c'est lui la
01:13cause.
01:14Le téléphone portable, et le téléphone portable c'est quoi ?
01:17C'est l'outil d'une économie nouvelle qui n'existait pas, qui est une économie gigantesque, qui est l
01:23'économie de l'attention.
01:25C'est-à-dire que tous les gars, femmes, etc. sont basés sur le fait qu'ils nous captent en
01:32permanence notre attention.
01:33C'est très nouveau, dans l'histoire de l'humanité ça n'existe pas.
01:38Et donc on a un phénomène absolument massif, on s'aperçoit tous d'ailleurs qu'on est complètement dépendant de
01:45ces outils,
01:46on est complètement dans une relation à l'attention.
01:50Par exemple, plus personne ne regarde la télé sans regarder son téléphone en même temps.
01:55Difficile de tenir un film.
01:56Voilà, on n'a plus un seul écran.
01:58C'est pour ça que d'ailleurs certains vont au cinéma, c'est juste pour s'obliger à suivre.
02:03Et on voit bien que dès qu'on a un tout petit peu, une toute petite baisse de notre stimulation,
02:11on se précipite.
02:14Alors, nous ce qu'on a voulu mesurer, c'est que ce phénomène-là est un phénomène très insidieux,
02:18que tout le monde vit, mais que personne ne mesure réellement.
02:24Et notamment, quand on interroge les salariés, ils nous disent, 84% des salariés disent,
02:30ah oui, oui, les problèmes d'attention, ça a des conséquences.
02:33Ça a des conséquences sur mon stress, mais ça a surtout des conséquences sur ma productivité.
02:39Donc, premier point très très important, qui est massif, qui est majeur et qu'on sous-estime totalement,
02:46c'est que notre hypothèse, c'est qu'un des éléments majeurs qui impactent la productivité globalement de l'économie,
02:53c'est ça.
02:54Mais alors, qu'est-ce qu'on fait ? On l'interdit à l'entrée de l'entreprise ?
02:56Ou il y a un manager faire ça, Éric ?
02:59C'est smartphone banni ici ?
03:01Avant de savoir qu'est-ce qu'on fait, on va y venir, mais il y a d'autres conséquences
03:05de ça.
03:06Parce qu'il y a la tension, ça c'est la tension autour de la concentration.
03:09Et on voit bien que, d'ailleurs, l'IA va avoir encore un autre problème,
03:13on a, attention, déficit de concentration, déficit de concentration,
03:17on va avoir un problème de déficit de réflexion.
03:20Récemment, on a eu, nous on fait beaucoup de ce qu'on appelle l'assessment des top dirigeants
03:27pour les nouveaux jobs, sur leur capacité comportementale.
03:31Récemment, ça ne nous était jamais arrivé, on met les gens en situation,
03:36on leur provoque des émotions, et on a un sujet stratégique,
03:39on leur donne une vingtaine de pages à lire.
03:41Et on a quelqu'un de 50 ans, membre d'un comex du SBF 120,
03:48qui, on s'aperçoit qu'il n'a pas lu les 20 pages.
03:52Il n'a pas lu.
03:53On lui dit, mais alors, il dit, non, moi je ne sais plus lire,
03:56maintenant quand j'ai 20 pages, je donne à Claude,
03:59et Claude me dit ce que je dois penser.
04:01Donc, déficit d'attention, déficit de concentration, déficit de réflexion,
04:06c'est le premier point.
04:07Après, il y a la question de l'attention aux autres.
04:10Donc, la présence.
04:12L'attention aux autres, c'est la question de la présence.
04:15Et ce qui est extrêmement important à comprendre,
04:18c'est que quand je suis en déficit d'attention aux autres,
04:22que je passe ma réunion à régler mes sujets...
04:25pour les autres ?
04:26Alors, c'est très vexant.
04:28Un tiers des collaborateurs disent, effectivement,
04:30je ne suis pas attentif dans les réunions.
04:32Mais c'est surtout que je n'ai plus de plaisir.
04:38Donc, ma réunion à régler des sujets,
04:40c'est une réunion où j'ai fait acte de présence sans être présent.
04:43Et quand je fais acte de présence sans être présent,
04:46la présence, c'est ce qui fait le plaisir.
04:48On a tous vu des couples qui étaient au restaurant, chacun sur leur truc.
04:51C'est un dîner où ils n'ont aucun plaisir.
04:54Le plaisir passe par la présence.
04:56Le plaisir passe par la relation.
04:58Le plaisir passe par l'interaction avec les autres.
05:02Et donc, deuxième sujet qui est lié à l'attention,
05:06l'absence de plaisir.
05:07Donc, l'absence probablement d'engagement des acteurs dans l'entreprise.
05:14Si je n'ai plus de plaisir dans ce que je fais, je ne m'engage plus.
05:18Et donc, deuxième phénomène gigantesque qu'on a dans l'entreprise,
05:23c'est le désengagement.
05:25Et puis, troisième phénomène, c'est un phénomène de l'attention au monde.
05:28L'attention au monde, c'est comprendre ce qui se passe,
05:31comprendre ce qui se passe autour de moi,
05:34vouloir vraiment ne pas avoir la réponse toute faite
05:38qui me vient par ces mécanismes-là,
05:40mais justement continuer à essayer de comprendre,
05:46d'avoir du coup une capacité à agir.
05:49Et quand je n'ai plus d'attention au monde,
05:53ça donne un troisième phénomène qui est la victimisation.
05:56C'est-à-dire que je ne comprends rien,
05:57je donne des explications caricaturales et je me victimise.
06:01Donc, on a de la baisse de la productivité,
06:04on a le désengagement dans l'entreprise
06:06et on a la victimisation des acteurs.
06:07À la fin, j'interdis le téléphone à l'entrée, j'en reviens là, Éric.
06:11Alors, à la fin, on voit bien qu'on a un sujet absolument gigantesque,
06:16qui est massif, mais qui est complètement,
06:20je dirais, qui est sous-marin,
06:22qu'on ne perçoit pas.
06:24Mais c'est insidieux.
06:24C'est complètement insidieux.
06:26Et donc, par rapport à ce phénomène,
06:30nous, ce qu'on dit, c'est d'abord qu'il faut alerter.
06:33Il faut que tout le monde dans l'entreprise comprenne
06:35que cette économie de l'attention,
06:37a totalement impacté notre façon
06:40d'être aux autres, d'être au monde, de travailler.
06:43Et donc,
06:45à la fin,
06:46c'est quelque chose qui nous nuit personnellement
06:48très fortement.
06:49C'est ça qui est important à comprendre.
06:50Donc, avant l'interdiction, c'est la prise de conscience.
06:52Évidemment.
06:54Comme quand vous vous forcez au dîner à le mettre sur le côté.
06:57On sait bien qu'on n'y arrivera pas.
06:58Donc, la prise de conscience,
07:00montrer, donner envie aux gens
07:02de retrouver un peu plus de maîtrise
07:04sur leur capacité de concentration,
07:06sur leur capacité à agir,
07:09et puis à avoir du plaisir.
07:10C'est ce paradoxe.
07:12Ça vibre.
07:13Donc, j'ai une espèce de frustration.
07:15J'ai envie.
07:15Mais si je réponds,
07:17je n'aurai pas de plaisir
07:19dans ce que je suis en train de faire.
07:20Merci beaucoup, Eric Elbert,
07:22d'être venu ce matin
07:23dans la matinale de l'économie.
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