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Christophe Fouquet, PDG d'ASML, était l'invité de François Sorel dans Tech & Co, la quotidienne, ce mercredi 17 juin. Il s'est penché sur le leadership discret d'ASML dans l'univers des semi-conducteurs, la souveraineté technologique européenne, ainsi que sur la construction d'un écosystème tech européen, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au jeudi et réécoutez-la en podcast.
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00:01Tech & Co, la quotidienne sur BFM Business.
00:05Voilà Tech & Co, la quotidienne depuis VivaTech pour ce dixième anniversaire.
00:10Et c'est un invité exceptionnel Frédéric Simotel que nous recevons maintenant dans Tech & Co.
00:15Oui nous l'attendions impatiemment.
00:16Voilà, merci beaucoup Christophe Houquet d'être avec nous ce soir dans Tech & Co.
00:21Vous êtes le PDG d'ASML, alors une société qu'on évoque souvent dans cette émission.
00:27Une société assez méconnue du grand public, mais qui pourtant aujourd'hui fait la pluie et le beau temps dans
00:33la Tech.
00:34Alors c'est une entreprise néerlandaise, vous êtes un dirigeant français, vous travaillez, vous êtes ingénieur de formation.
00:41Vous connaissez bien ce système là, enfin en tout cas tout ce qui touche au processeur et à la lithographie.
00:45Vous allez nous expliquer ce que vous faites.
00:48Mais première question, comment présenteriez-vous en fait à ASML à des personnes qui n'y connaissent rien en fait
00:54dans la Tech ?
00:56Oui, c'est toujours un petit peu difficile et c'est la raison pour laquelle le nom de l'entreprise
01:02n'est peut-être pas très connu du grand public.
01:05Je pense que le grand public sait aujourd'hui de manière très détaillée ce qu'est l'intelligence artificielle.
01:12L'intelligence artificielle repose sur des puces électroniques très très performantes et ces puces doivent être créées par des fondeurs,
01:23des compagnies comme TSMC.
01:25Là qui sont à Taïwan bien sûr.
01:27Qui sont à Taïwan, qui peuvent être en Corée, aux Etats-Unis avec Intel.
01:30Et pour créer ces puces, il y a un besoin d'imprimer la fonction logique des puces et c'est
01:39la partie que doit faire la lithographie.
01:41Donc la lithographie, si vous voulez, c'est comme un projecteur d'une certaine façon qui permet d'imprimer l
01:47'information qui va créer la puce très performante sur du silicone.
01:52Et depuis plus de 40 ans, ASML a développé des machines très très perfectionnées pour imprimer des dimensions très très
02:05très petites sur du silicone.
02:07Et en faisant ça, on permet de créer des puces très très performantes.
02:13D'une autre façon, sans les machines ASML, sans les machines ASML les plus performantes,
02:18tout ce qui se passe aujourd'hui sur l'AI ne serait pas possible.
02:23Donc on est une partie intégrante de l'écosystème de l'AI.
02:26Et c'est pour ça qu'on est très important aujourd'hui.
02:28Alors vous parlez d'intelligence artificielle, mais je tiens un téléphone dans la main.
02:31Vous êtes dans ce téléphone.
02:33C'est-à-dire que sans vous, il n'y aurait peut-être pas cet iPhone qui existerait.
02:37Je parle depuis mon PC aussi.
02:41Pareil, il y a des composants qui sont fabriqués par justement vos systèmes de gravure ASML.
02:46Vous êtes partout en fait.
02:47On est à peu près de partout.
02:49Et si vous ouvrez votre téléphone, votre PC, vous allez voir quelques puces électroniques.
02:55Et toutes ces puces ont vu nos machines, on va dire, 40, 50 fois.
03:00Parce que le procédé requiert des expositions de plusieurs masses.
03:06Donc c'est vrai qu'un téléphone a été en contact avec nos machines de manière très très fréquente.
03:14Quels sont vos clients aujourd'hui ?
03:15Vous en citiez quelques-uns tout à l'heure.
03:17C'est TSMC qui fabrique des millions de puces pour à la fois les smartphones, mais aussi les tablettes, les
03:24PC.
03:24Vous travaillez aussi pour Intel, c'est ça ?
03:26On a deux types de clients.
03:28Donc on a la partie logique, ce qu'on appelle la partie logique.
03:31Donc c'est des clients qui créent des puces pour faire du calcul.
03:36CPU, GPU, CPU, Intel, TSMC, Samsung sont les principaux.
03:43Et on a des clients qui travaillent sur la partie mémoire pour stocker de l'information.
03:49Samsung, SKNX, Micron aux Etats-Unis.
03:52Donc ça, c'est les clients les plus avancés.
03:54Et au-delà de ça, on a énormément de puces, beaucoup moins avancées, avec des technologies qui sont aussi un
04:01peu plus anciennes, mais qui ont besoin aussi de nos machines.
04:05Donc des machines moins avancées, mais des machines à SML aussi.
04:10Si vous n'existiez pas aujourd'hui, comment on fabriquerait en fait tous les composants électroniques qui sont dans nos
04:17appareils ?
04:18Il y aurait une solution ?
04:19Il y a une alternative à ce que vous faites aujourd'hui ou pas ?
04:21Il y a un besoin pour la lithographie.
04:25La lithographie est absolument nécessaire pour imprimer le circuit sur le silicone.
04:31Donc il y a besoin de lithographie.
04:34On pourrait regarder une situation où les machines de lithographie sont moins avancées.
04:37Quand on parle d'ASML, on parle beaucoup d'EUV.
04:41EUV est une technologie qui a été utilisée depuis 2018-2019.
04:45C'est extrême ultraviolet, c'est ça ?
04:47Extrême ultraviolet, c'est en référence à la longueur d'onde de la machine, 13,5 nanomètres,
04:54qui nous permet d'imprimer des choses très très très petites.
04:58Sans cette machine, il n'est pas possible d'imprimer des transistors à des dimensions très petites.
05:03L'alternative, c'est d'en imprimer beaucoup plus,
05:05de remplacer d'une certaine façon la petitesse du transistor par une quantité plus grande.
05:11Mais ça crée des problèmes de coût, ça crée des problèmes de consommation d'énergie, de volume, etc.
05:20Donc c'est beaucoup plus difficile, on va dire.
05:22Il y a une course aussi, après je laisserai la parole à Fred, il y a une course aussi à
05:26l'infiniment petit.
05:28Votre unité de mesure, c'est le nanomètre.
05:30Aujourd'hui, on est à 1 nanomètre, on imagine des finesses de gravure encore plus petites.
05:38Pourquoi cette course justement à l'infiniment petit ?
05:42Alors, pour avoir des puces très performantes, il faut avoir des puces avec beaucoup de transistors.
05:49On parle de millions, milliards, trilliards de transistors sur des puces.
05:55Pour mettre ce nombre de transistors, il faut être capable de les faire très très très petits.
06:00Donc c'est la course à la petitesse.
06:03C'est très important.
06:05Et nos machines aujourd'hui, vous parlez de nanomètres,
06:08permettent d'imprimer des lignes qui font 8 nanomètres.
06:11Pour vous donner une idée, un cheveu humain a une taille de 80 000 nanomètres.
06:16Donc la taille des lignes qu'on imprime est, on va dire, beaucoup beaucoup plus petite.
06:2210 000 fois plus petite.
06:22Un facteur de 10 000 fois plus petite qu'un cheveu humain.
06:24Donc c'est le genre de dimension qu'on peut imprimer sur une plaque de silicone.
06:29Et quels sont vos...
06:30Là, ce sont des clients, c'était SMC,
06:32ou par exemple, je ne sais pas moi, des compagnies comme Apple ou Samsung
06:36qui vous disent, tiens, est-ce qu'on peut encore réduire la taille de ces gravures
06:41justement parce que j'ai designé un nouveau processeur ?
06:45Ce sont vos clients qui vous demandent de nouvelles machines de lithographie encore plus fines, c'est ça ?
06:51Ce sont nos clients et l'industrie depuis, on va dire, 50 ans, peut-être 60 ans,
06:57a essayé de suivre une certaine loi qu'on appelle la loi de Moores.
07:02Et cette loi requiert que tous les deux ans,
07:05le nombre de transistors dans une puce double, tous les deux ans.
07:11Donc c'est un petit peu la mission.
07:13Et ces dernières années, avec l'avènement d'un intelligence artificiel,
07:18au lieu d'avoir une demande de deux fois plus de transistors tous les deux ans,
07:23on a une demande de dix fois plus de transistors tous les deux ans.
07:26Donc on a eu une accélération énorme de la demande de transistors.
07:32Donc ça continue à générer une demande très forte sur la miniaturisation des transistors.
07:40Mais même ça n'est plus suffisant.
07:41Donc il y a aussi, on va dire, une course pour l'assemblage de différentes chips ensemble,
07:47de manière à créer ces performances.
07:49Fred ?
07:50Oui, je reviens toujours dans l'explicabilité de ce que vous faites.
07:54Lorsqu'on parle des machines à SML, on est dans des machines gigantesques.
07:57On vous parlait d'imprimantes, on est loin de la petite imprimante 3D, évidemment.
08:02Est-ce que c'est ça ? On en parle à chaque fois.
08:04Donc ça fait une trentaine de mètres.
08:06Il faut six mois pour l'emmener sur site, six mois pour la paramétrer.
08:10C'est ça ? C'est aussi long à partir du moment où une entreprise signe le bon de commande
08:14?
08:14Quel est le délai avant qu'elle réceptionne la machine et qu'elle soit prête à fonctionner ?
08:19Et même à travers tout ça, après, une fois qu'elle est paramétrée, est-ce qu'il y a beaucoup
08:22de déchets ?
08:23Racontez-nous.
08:24Déjà, la première chose, c'est que pour être capable de faire la machine la plus avancée qu'on fait
08:29aujourd'hui à SML,
08:31on a eu besoin d'apprendre pendant presque 40 ans.
08:35Donc, d'une manière générale, il est impossible de faire la machine que l'on fait aujourd'hui
08:41sans avoir fait la machine précédente et celle d'avant, et celle d'avant, et celle d'avant.
08:45Donc, une accumulation de savoir qui nous permet d'arriver vers cette complexité et ces performances.
08:52Donc ça, c'est déjà très important.
08:54Ça veut dire qu'aussi la possibilité de copier une machine...
08:58Le reverse engineering...
09:00C'est très, très difficile.
09:01La deuxième chose, on va parler de taille.
09:03La taille d'une machine, c'est la taille d'un bus londonien, en gros.
09:07Juste la machine, si on tient en compte, on va dire, le support autour de la machine, vous pourrez ajouter
09:142-3 bus.
09:16Plus de 20 000 parts.
09:18La plupart sont développés spécialement par des partenaires pour cette technologie.
09:23Vous l'avez dit, 4 à 6 mois pour fabriquer la machine à SML.
09:29Une fois qu'elle est fabriquée, on la démonte, on l'envoie chez nos clients, on la remonte.
09:36Ça prend 3-4 mois encore une fois.
09:37Et après, une qualification.
09:39Donc, entre le moment où on commence la machine et le moment où le client commence à exposer des plaques
09:45de silicone avec la machine,
09:46ça prend à peu près un an.
09:47Donc, cette complexité se traduit dans, on va dire, le knowledge, le savoir, pardon, en français,
09:54se traduit dans le nombre de composants qui composent la machine et, je dirais, la partie opérationnelle.
10:02Parce que, bien sûr, on a des experts aussi qui sont capables de construire, de démonter, de réparer ces machines.
10:08Vous avez signé récemment un partenariat avec Mistral.
10:12Et Mistral vient vous...
10:13Même plus qu'un partenariat, puisqu'il y a un investissement dans Mistral.
10:16Vous investissez dans Mistral.
10:17Vous investissez dans Mistral.
10:18Et d'ailleurs, c'est aux alentours de 1 milliard, 1 milliard calme, je crois, le montant.
10:22Et Mistral vient...
10:23Vous allez utiliser leur IA pour justement améliorer votre process industriel.
10:27C'est ça, l'idée ?
10:28C'est exactement ça.
10:29Donc, quand on regarde encore une fois la complexité de ce qu'on fait en ISML,
10:34l'idée d'avoir une intégration verticale de tous les savoirs est presque impossible.
10:41Donc, au lieu de suivre ce modèle d'une intégration verticale, on travaille avec les meilleurs partenaires.
10:49Donc, c'est vrai pour la partie, on va dire, hardware.
10:51Donc, pour créer une machine, on assemble la machine à ISML, on intègre la machine à ISML.
10:59Mais on travaille avec des partenaires comme Zeiss pour l'optique, Trump pour la partie laser.
11:06On travaillait avec pas mal de sociétés aussi en France pour la partie, on va dire, frame des machines.
11:13Et on emmène tout ce savoir ensemble de manière à pouvoir gérer cette complexité.
11:19L'EA est très important pour ISML.
11:21Nos machines sont complexes, elles génèrent énormément de data.
11:25On a 16 000 ingénieurs, on a 4 000 ingénieurs software.
11:30L'utilisation de l'EA peut à la fois améliorer les performances de nos produits,
11:35mais aussi les performances de notre société.
11:39Donc, on a besoin de cette compétence.
11:41Et au lieu d'essayer de développer cette compétence à ISML,
11:44on a fait le choix de travailler avec Mistral,
11:46de manière à apporter, je dirais, une société avec tout le savoir,
11:50toute l'expertise et d'accélérer notre propre voyage sur l'intelligence artificielle.
11:58Deux questions, Christophe Fouquet.
12:01Combien avez-vous de machines à ISML qui fonctionnent aujourd'hui dans le monde ?
12:04Et quelle est la durée de vie d'une de vos machines ?
12:07Parce que c'est vrai qu'il y a une course à l'innovation.
12:09J'imagine quand même qu'il y a une obsolescence qui est relativement rapide, non ?
12:13Alors, c'est une très bonne question.
12:15On a plusieurs milliers de machines.
12:17Et les machines qu'on a commencé à envoyer chez nos clients il y a 30 ans sont encore en
12:22opération.
12:23Donc, c'est, on va dire, un côté assez extraordinaire aussi de ces machines.
12:27Elles sont encore en opération parce que même si on a besoin de technologies plus avancées
12:31pour travailler sur des puces d'intelligence artificielle,
12:35on a encore besoin de technologies beaucoup moins avancées.
12:38Par exemple, pour créer la puce qui va être dans votre four, dans votre frigidaire,
12:43ou un peu partout dans la machine à laver, le micro, etc.
12:46Où là, ça ne nécessite pas de puissance de calcul.
12:48Exactement.
12:49Donc, ces machines, non seulement sont toujours utilisées, des fois elles se revendent.
12:52Donc, on a aussi un commerce où on rachète et on revend de ces machines.
12:57Et malgré la complexité de ces machines, on est capable de les faire tourner chez nos clients
13:0395% du temps, sans interruption, et pendant 20-30 ans, je dirais,
13:11de manière à réduire la partie d'obsolescence de ces technologies.
13:15Donc, c'est assez exceptionnel aussi d'une certaine façon.
13:17Avant de parler de la situation d'ASML qui est vraiment stratégique au cœur de l'Europe,
13:21parce que rappelons-le, vous êtes une société européenne,
13:23vous-même, vous êtes le dirigeant français de cette société.
13:27Un mot sur le futur, en fait, de votre métier.
13:31Est-ce que vous arrivez déjà à imaginer à quoi ressemblera l'une de vos machines
13:34que vous fabriquerez dans quelques années ?
13:36On sait qu'il y a énormément de R&D, on sait qu'Apple travaille sur la quatrième génération d
13:43'iPhone
13:43dans 4-5 ans.
13:44Vous avez aussi une vision de ce qui va se passer dans votre métier ?
13:48Nous avons la vision parce que...
13:51Deux raisons pour ça.
13:52Alors, la première, c'est que le temps dont on a besoin pour développer une machine
13:57est généralement 10 ans, 15 ans.
14:00Ce qui veut dire qu'aujourd'hui, quand on regarde un petit peu à notre futur,
14:03on essaye déjà de concevoir des produits qui seront utilisés par nos clients,
14:08on va dire, après 2035.
14:11Ça se passe déjà aujourd'hui, ASML.
14:14La dernière machine d'ASML, la machine EUV ANA, a commencé à être designée il y a plus de 10
14:22ans.
14:22Et on entre la phase de production chez nos clients.
14:26La deuxième raison, c'est que nos clients font la même chose.
14:29Donc, nos clients nous disent, aujourd'hui, on travaille sur 2 nanomètres.
14:32Dans 2 ans et demi, on va travailler sur du 1.4.
14:35Dans 5 ans, on va travailler sur 1.0.
14:38Et dans 7 ans et demi, on va travailler sur du 0.7.
14:42Et ils ont déjà une idée assez, on va dire, claire de ce à quoi cela peut ressembler.
14:49Et on doit se préparer à être capable de fournir les machines dont ils auront besoin à cette époque.
14:57La seule chose qu'on ne sait pas, c'est ce à quoi ces technologies vont être utilisées.
15:04Donc, ça paraît un petit peu bizarre, mais l'émergence très rapide de l'intelligence artificielle
15:09a été une surprise pour la plupart des acteurs de l'industrie du semi-conducteur.
15:14Le iPhone que vous montriez tout à l'heure a été une surprise énorme.
15:19Mais c'est la partie aussi, je dirais, très saine.
15:22Donc, on crée des technologies qui, à leur tour, créent des opportunités
15:27pour des produits aussi innovants que le PC, d'abord l'iPhone
15:31et aujourd'hui l'intelligence artificielle.
15:34Est-ce qu'on est à l'aube d'une rupture technologique
15:37dans la fabrication des processeurs et justement dans votre métier ?
15:41Et est-ce que le quantique, dont on parle énormément dans Tech & Co,
15:46on a d'ailleurs des startups françaises qui sont très en avance dans ce domaine,
15:49c'est un sujet qui vous intéresse aussi ?
15:51Alors, la réponse à la première question, c'est non.
15:53Je crois que ça fait 50 ans que cette industrie existe
15:57et depuis 50 ans, les gens se demandent quand est-ce que cette disruption va venir.
16:01Quand on parle avec nos clients, quand on voit ce qu'on fait avec ASML,
16:04on a une très bonne idée de ce qui va se passer dans les 10, 15, 15 années.
16:08Évolution incrémentale, c'est ça ?
16:08Évolution incrémentale, donc l'innovation continue.
16:12La partie quantique est, je dirais, assez perpendiculaire à ce qui se passe sur le semi-conducteur.
16:18Ce sont des applications très différentes, des applications qui vont se tourner sur des calculs très compliqués
16:24avec un nombre de variables très importants.
16:28Ce qui est très différent de ce qui se passe, par exemple, avec l'intelligence artificielle.
16:32L'intelligence artificielle est basée sur énormément de données et un apprentissage sur les données.
16:40Maintenant, une combinaison des deux, avec le temps, va certainement se produire.
16:45Donc, on commence à imaginer des systèmes, on va dire, dans 10, 15 ans,
16:50où on pourrait avoir une partie quantique et une partie, on va dire, traditionnelle.
16:56Plus traditionnelle, oui.
16:57Mais ce n'est pas un remplacement, c'est plutôt une addition sur ce qui est déjà construit.
17:01Est-ce que pour vous, le quantique est une vraie révolution ? Vous y croyez ou pas ?
17:06Je pense que c'est une révolution si c'est attaché à d'autres technologies.
17:14Quand vous parlez aujourd'hui du quantique, aux gens qui font des quantiques,
17:18ils ont beaucoup de mal à dire sur quelle application ça va être utilisé.
17:23Et je pense qu'une fois que la technologie est démontrée, un peu plus mature,
17:31les gens qui font des applications vont commencer à l'utiliser.
17:35Donc, je pense qu'à un certain point, il y aura un aspect révolutionnaire.
17:40Mais jusqu'à présent, ça a été plus une promesse qu'une réalisation.
17:44Fred ?
17:45Parlons un peu d'Europe et de votre situation sur ce marché.
17:48Il y a quelques jours au Financial Times, ça fait beaucoup de bruit cette interview,
17:52je pense que vous le savez, vous appeliez l'Union européenne à favoriser l'émergence
17:56de leaders technologiques plutôt qu'à vouloir contrôler les chaînes d'approvisionnement.
18:00Vous vouliez dire quoi ?
18:01Et ma deuxième question, c'est, vous pensez vraiment que l'Europe est capable d'avoir
18:05toute une chaîne de valeur sur le semi-conducteur aujourd'hui ?
18:09La première chose, je pense qu'on se rend compte aujourd'hui que le dialogue entre l'industrie
18:16et les gouvernements, ça peut être l'Europe, ça peut être bien sûr les gouvernements
18:20français, allemands, etc., etc., est très importante.
18:24Et je pense qu'en Europe, par rapport à ce qui s'est passé aux États-Unis, en Chine,
18:30le dialogue a été assez faible.
18:32Et c'est une responsabilité, je dirais, des deux parties, à la fois des gouvernements
18:36mais aussi de l'industrie.
18:39Ça, c'est la première chose.
18:40La deuxième chose, c'est de comprendre quel est le rôle et les responsabilités de chacun.
18:46Et ce que j'ai expliqué il y a quelques jours, c'est que le rôle des gouvernements
18:53européens ou nationaux est de créer des conditions pour l'industrie, de manière à ce que l'industrie
19:01puisse se développer et puisse être compétitive.
19:06Ce doit être un élément très important.
19:09C'est pour ça que quand vous parlez avec certains de mes collègues, ils parlent beaucoup
19:12de dérégulation, de simplification, de réduction du temps pour obtenir des permis, de flexibilité,
19:21etc., etc.
19:22Tous ces éléments participent à créer un environnement qui sera favorable à l'innovation, à l'industrie
19:32et à la compétitivité de l'industrie.
19:35Parce que ce n'est pas suffisant d'innover.
19:37Il faut aussi innover plus rapidement et de manière plus efficace que la Chine ou les États-Unis.
19:44Le rôle de l'industrie, d'un autre côté, dans cet environnement, est de créer de la valeur
19:49et de créer cet écosystème dont vous parlez.
19:53Est-ce que c'est possible ?
19:55Bien sûr que c'est possible.
19:57Mais on va dire aujourd'hui qu'on est assez loin.
20:00Donc si on regarde l'écosystème entier pour la partie AI, semi-conducteurs en Europe,
20:06par rapport à ce qu'on voit aux États-Unis, par rapport à ce qu'on voit en Chine,
20:10il y a beaucoup de cases qui nous manquent.
20:14Le marché européen représente à peu près 20% de l'économie mondiale.
20:19Pour vous donner un exemple, pour ASML, l'Europe représente 1% de notre business.
20:27Quand on regarde les chips, la fabrication de puces avancées, c'est très peu.
20:36La seule usine qui fabrique des puces avancées est en Irlande.
20:39Elle appartient à Intel.
20:41Quand on regarde les applications AI, c'est encore moins.
20:44Donc il y a énormément de trous, si je puis dire, dans l'écosystème,
20:49sur lesquels il faut travailler de manière à construire avec le temps.
20:54Et c'est important, ce n'est pas du court terme, c'est du long terme,
20:57avec le temps, reconstruire ce tissu industriel.
20:59Et vous pensez que c'est possible ?
21:01C'est possible parce que quand vous regardez les sociétés en Europe,
21:05il y a énormément de sociétés avec beaucoup de talents.
21:09Nous avons créé ce groupe de tech creators.
21:12On travaille avec Siemens, Airbus, Nokia, Ericsson, SAP.
21:17Je vais en oublier quelques-uns.
21:18Mais l'interaction qu'on a avec ces sociétés montre qu'il y a un savoir,
21:22qu'il y a une capacité à entreprendre qui est très, très importante.
21:27Donc on a des acteurs qui sont capables de faire ça,
21:31mais beaucoup plus d'obstacles pour créer ces champions européens.
21:39Et c'est une discussion qu'on est en train d'avoir avec la Commission,
21:42avec plusieurs gouvernements nationaux aussi.
21:45Est-ce que vous pourriez être un peu le détonateur de tout ce que vous nous dites
21:51en tant qu'acteur européen ?
21:53Est-ce que vous pourriez être médiateur et détonateur un peu de tout ça pour faire avancer ?
21:59On essaye.
22:00Je pense que l'idée de créer ce groupe de tech creators,
22:04d'avoir huit sociétés qui vont ensemble vers la Commission,
22:10vers les gouvernements pour expliquer ce qui est nécessaire pour l'Europe,
22:15non, pas pour nous,
22:16parce qu'on ne va pas de manière individuelle,
22:20de manière à défendre notre propre intérêt.
22:22Je dirais non, nous y allons ensemble avec le message
22:25que pour l'Europe, il est nécessaire de changer plusieurs choses.
22:29Donc je dirais que c'est une étape.
22:32Il est clair qu'ASML comprend,
22:35comme je dirais le reste de ces sociétés,
22:37que nous avons un rôle à jouer
22:39et que nous devons passer beaucoup plus de temps à essayer d'expliquer ça.
22:42On n'a pas beaucoup parlé de la Chine depuis le début.
22:45Et c'est vrai que la Chine subit, on va dire,
22:48des embargos technologiques assez importants,
22:50que ce soit aux Etats-Unis.
22:52On se souvient de Huawei qui avait été enlevé d'Android, notamment.
23:00Aujourd'hui, vous travaillez avec la Chine ?
23:02Nous travaillons avec la Chine sur des technologies moins avancées.
23:07Parce que vous avez l'obligation de ne pas donner,
23:09de leur donner les dernières technologies, je crois.
23:11Exactement.
23:12Donc il y a un certain, on va dire, un certain laps de temps
23:17entre les machines que l'on envoie en Chine.
23:19Les machines que l'on envoie en Chine ont été fabriquées ASML
23:22pour la première fois en 2015.
23:24Donc elles ont plus de 10 ans d'âge.
23:28Depuis ces machines, nous avons créé, on va dire,
23:317, 8 autres générations de machines.
23:34Donc ces machines sont disponibles en Chine
23:38et permettent de créer des puces,
23:41mais des puces qui sont bien sûr beaucoup moins avancées
23:43que les puces que TSMC ou Intel peuvent créer aujourd'hui.
23:47Et votre point de vue sur cette interdiction,
23:50parce que j'imagine que pour votre business,
23:52ce n'est pas forcément très bon,
23:53vous respectez cette décision ?
23:54Vous êtes pour, vous êtes contre ?
23:56L'aspect du business est, je dirais, un aspect court terme.
24:00Donc ce n'est pas une partie très importante de la discussion.
24:05Je pense que l'équilibre à trouver entre interdiction
24:09et, on va dire, non-interdiction pour ces technologies,
24:15c'est de décider, d'essayer de comprendre
24:17quel est l'impact de l'interdiction.
24:19Donc quand on interdit une technologie,
24:22on motive de manière très forte
24:24l'autre partie pour développer cette technologie.
24:28Oui, à trouver en fait une autre solution.
24:30À trouver une autre solution.
24:32Si on garde un certain écart entre les technologies
24:35que l'on produit, que l'on fournit à un pays,
24:39par rapport aux technologies plus avancées,
24:41on crée une certaine gap de génération
24:44qui permet d'avoir un avantage technologique,
24:47mais qui aussi permet de ne pas motiver,
24:49peut-être de manière trop forte,
24:51l'autre pays de créer sa propre technologie.
24:54Donc je pense que ce qu'il faut,
24:55c'est de trouver un équilibre.
24:57Depuis des années, on va dire,
24:59il y a des restrictions technologiques sur la Chine
25:02pour beaucoup, beaucoup de produits.
25:04Dans la partie semi-conducteurs,
25:06dans notre élément, je dirais,
25:08la discussion sur quel est l'espace à autoriser
25:12n'est pas encore conclu.
25:17On a beaucoup d'entreprises européennes aussi
25:19qui sont dans cet écosystème du semi-conducteur.
25:23Vous les voyez où, les champions européens de demain ?
25:25En ce moment, les Soitec, STMicro, Infineon,
25:28NXP, XFAB,
25:29ces entreprises vont avoir les moyens
25:32de rester dans le jeu aujourd'hui, selon vous ?
25:36Oui, je pense que chacune de ces entreprises
25:39participe de manière efficace
25:41dans une certaine partie de l'écosystème.
25:44Donc elles vont continuer à faire ça.
25:46Maintenant, si la question est-ce que ces sociétés
25:48vont être capables de se développer
25:52au niveau d'une société comme TSMC ou Intel,
25:55la réponse est non,
25:56parce que l'écart sur ce qu'ils font
25:58par rapport à ce que ces autres sociétés font
26:00est énorme.
26:01Mais je ne pense pas que ce soit aussi leur intention.
26:04Donc pour créer aussi ces champions,
26:06il peut y avoir un besoin en départ
26:08d'attirer aussi des sociétés étrangères
26:11de manière à contribuer
26:13et à construire cet écosystème.
26:15L'idée que l'on doit tout faire de nous-mêmes
26:17est assez, on va dire, compliquée.
26:21C'est beaucoup trop.
26:23Voire irréaliste.
26:24C'est très certainement irréaliste.
26:26Ce qui est important dans un écosystème,
26:29c'est d'avoir assez de compétences,
26:31assez de valeurs,
26:33de manière à ce que quand les discussions se produisent,
26:36nous soyons invités à ces discussions.
26:39Donc il n'y a pas besoin de tout faire,
26:42mais il y a besoin de faire certaines choses
26:44de manière unique,
26:46de certaines façons à ce que les autres pays
26:50ont besoin de nous.
26:51Et je pense qu'ASML est un bon exemple
26:52de ce côté-là.
26:54Christophe Fouquet, merci d'avoir été avec nous
26:55pendant cette petite demi-heure dans Tech&Co.
26:57Je suis persuadé que tous ceux qui nous regardent
26:59ou qui nous écoutent vont considérer
27:01leurs smartphones ou leurs appareils électroniques
27:03totalement différemment suite à vos propos.
27:06Merci beaucoup d'être passé par le plateau
27:08de Tech&Co ici à VivaTech.
27:10Merci beaucoup Frédéric.
27:11Tech&Co Business, bien sûr, etc.
27:13avec énormément d'émissions.
27:15Oui, tout au long de ce VivaTech.
27:16Évidemment.
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