00:00Justement, on va se poser la question sur l'Europe.
00:03Est-ce que c'est le moment d'accélérer un petit peu ses investissements en Europe
00:06et de sous-pondérer la partie américaine ?
00:08Bonjour Laurent Chauder, je remercie de nous accompagner ce matin.
00:11Vous êtes membre du comité d'investissement de BDL Capital Management.
00:14Alors hier matin, en plus on était en direct sur Good Morning Market,
00:18on voyait l'Europe gagner 1,7%, quasiment 2%,
00:22avec donc Donald Trump qui a annoncé un accord avec l'Iran.
00:25Et puis au fur et à mesure de la séance, en fait ça a un peu fait.
00:28Et puis seulement 0,4% pour le CAC 40 quand le Nasdaq a gagné 3%.
00:33Comment vous regardez un petit peu ce qui se passe ?
00:36Est-ce que cet accord qui devrait être signé en fin de semaine pourrait inverser la tendance ?
00:40En tout cas pour l'instant, c'est compliqué d'avoir un avis clair.
00:44Alors je pense que, bon premièrement, il ne faut pas forcément être étonné
00:47que dès la première séance, la nouvelle tendance ne soit pas marquée
00:49parce qu'on a vu qu'il y avait eu des faux départs depuis 2-3 mois dans les négociations.
00:54Mais je pense que si c'est confirmé, c'est effectivement un signal important
00:58d'un versement de tendance et probablement de revenir sur l'Europe.
01:01Vous le disiez en introduction, mais effectivement l'Europe a fortement sous-performé
01:05depuis le début du conflit au Moyen-Orient, ce qui n'était pas du tout le cas avant.
01:08On avait très bien démarré l'année et on se souvient que le début d'année,
01:12c'était l'histoire sur le déploiement du plan allemand,
01:15les taux de la BCE qui ont baissé, donc ça devrait faire repartir
01:19notamment le marché de la construction et à l'inverse, une fête qui allait devoir monter les taux.
01:24Donc tout était fait pour l'Europe et puis le Moyen-Orient a cassé la dynamique
01:27parce que le Moyen-Orient a inversé l'histoire, c'est-à-dire que tout d'un coup,
01:30le prix du gaz, le prix du pétrole augmente.
01:33Attention, quelle est la région la plus impactée par ça ?
01:35C'est l'Europe et pas les États-Unis.
01:38Et attention au risque de récession et qui n'est pas impacté par la récession, c'est l'IA.
01:42Et donc tout d'un coup, il y a eu des flux inverses.
01:44Depuis le début de l'année et depuis l'année dernière,
01:46chaque semaine, vous aviez des flux souscripteurs sur l'Europe
01:49et dès que le conflit a démarré, les flux ont été vendeurs sur l'Europe.
01:53Et pour avoir parlé à beaucoup de gestionnaires d'allocations d'actifs,
01:56la plupart disaient la même chose.
01:57Ils avaient démarré l'année sur Pond d'Europe et ils ont vendu dès que le conflit a commencé.
02:01Donc je ne serais pas étonné que si le conflit se termine,
02:05enfin l'arrêt du conflit est signé vendredi,
02:07on aura une inversion de tendance.
02:09Et à mon avis, ce qui n'a pas fonctionné commencera à bien fonctionner.
02:13Parce que l'arrêt du conflit, ça veut dire moins de pression inflationniste,
02:17parce que moins de pression sur les prix du pétrole et du gaz,
02:20moins de pression sur les hausses de taux.
02:22Donc on arrête ce risque-là.
02:24Et à partir de là, je pense qu'il y a au moins deux segments
02:27qui devraient fonctionner plutôt bien en Europe.
02:30C'est tout ce qui est construction, parce qu'on va reparler du déploiement du plan allemand.
02:34Et quand vous vérifiez, parce qu'on n'en parle plus, on ne parle que du Moyen-Orient,
02:36mais quand vous vérifiez les dépenses du plan allemand depuis le début de l'année,
02:40vous êtes tout à fait dans l'objectif de l'année entière.
02:43Ce qui est important parce que les gens disaient l'année dernière,
02:45ils n'ont pas assez dépensé.
02:46S'il se trouve, ils ne vont pas dépenser ce qu'il faut.
02:48Quand vous regardez de janvier à fin avril,
02:51ils ont dépensé 0,8 point de PIB de plus que l'année dernière.
02:55Et sur l'année entière, donc s'ils font leur objectif, ce qui est le cas,
02:58ça va être 1,5 point de PIB allemand.
03:00Donc ce n'est pas négligeable.
03:01Donc on va reparler de ça.
03:02Et du coup, ce secteur notamment de construction et infrastructure
03:05devrait bien fonctionner.
03:06C'est pour ça que nous, on a des gros investissements dedans.
03:08Nos plus grosses participations, ça inclut Saint-Gobain, Vinci et Fage.
03:12Et puis un autre segment qui a beaucoup souffert,
03:14qui à notre avis devrait se reprendre,
03:16c'est tout ce qui est consommation courante,
03:19donc visibilité, rentabilité, peu de cyclicité,
03:21parce que c'est des métiers,
03:22donc dans tout ce qui est alimentation, boissons,
03:26produits du quotidien, hygiène, etc.
03:29C'est des métiers qui sont très rentables, très visibles
03:31et qui sont très sensibles au taux d'intérêt.
03:33Et donc si la pression haussière sur les taux d'intérêt diminue,
03:37ce segment qui a peu marché, en fait, devrait bien performer.
03:40Oui, justement, j'allais y venir au taux d'intérêt,
03:42parce que dernièrement, ce que retient le marché,
03:44c'est la BCE a remonté ses taux.
03:47Là, aujourd'hui, certes, le marché d'action est proche de ses records historiques,
03:51l'Eurostox 50, l'Eurostox 600,
03:53mais le marché obligataire, lui, il n'a pas retrouvé ses niveaux d'avant-guerre,
03:56c'est-à-dire que le Bund est toujours à 3% ou presque,
03:59le 10 ans français à 3,6.
04:01En début d'année, on était proche des 3,2, 3,3.
04:04Donc bon, ce n'est pas énorme,
04:05mais en attendant, on a un marché obligataire
04:07qui redoute encore et toujours cette inflation
04:10et sur la partie action qui redoute des conséquences,
04:14notamment pour le secteur de la construction, typiquement.
04:17Alors, c'est vrai, parce que de toute façon,
04:19ils ne vont pas retourner tout de suite au taux d'avance.
04:21Il faut quand même cranter qu'il y a eu un mouvement d'inflation
04:24qui a été fait.
04:26Et d'ailleurs, nous, quand on parle aux entreprises,
04:28elles nous disent toutes que dès le mois d'avril-mai,
04:30elles ont commencé à monter les prix
04:32pour compenser leur hausse de coût.
04:34Donc, on va voir de l'inflation dans le système
04:36au deuxième semestre.
04:37Et c'est pour ça que la BCE a été contrainte
04:39de monter les taux.
04:40Mon propos, c'est que le risque d'un dérapage
04:43des hausses de taux à la hausse, à mon avis,
04:45est derrière nous, puisque si le conflit s'arrête,
04:47le risque d'un dérapage des prix du pétrole
04:49est derrière nous aussi.
04:50Et comme le marché résonne beaucoup sur la dérivée seconde,
04:53plutôt que le niveau absolu des choses,
04:55c'est ça qui pourrait faire que ce segment
04:57des biens de consommation courants puisse repartir.
05:00Marché américain, il ne faut pas le négliger.
05:02Loin de là, puisque là aussi,
05:03on peut trouver des aspects défensifs,
05:05mais également des valeurs de la construction.
05:07Enfin bon, il n'y a pas que l'intelligence artificielle
05:09du côté de Wall Street,
05:10même si ce sont ces valeurs
05:11qui, ces dernières semaines, ont tiré la performance.
05:14Comment aujourd'hui, on peut diversifier son portefeuille ?
05:17Vous avez cité des exemples en Europe,
05:19mais aussi sur d'autres marchés.
05:22Alors nous, on est principalement sur l'Europe,
05:24donc je ne m'aventurerai pas trop
05:26sur l'émergence, etc.
05:27Mais un autre secteur que nous, on privilégie,
05:29et qui, à mon avis, est probablement vrai aussi
05:31pour d'autres régions,
05:32c'est le secteur de la santé,
05:33notamment tout ce qui est bien d'équipements médicaux.
05:36Quand vous regardez ce secteur,
05:37il est au plus bas depuis 20 ans quasiment.
05:40Là où, historiquement, il avait une prime
05:41de valorisation d'à peu près 50-60%,
05:43on est quasiment à parité avec le marché européen.
05:46Vous avez une conjonction de choses
05:47des dernières années,
05:50les inventaires qui étaient trop élevés post-Covid,
05:52les tarifs de Trump, notamment,
05:54les pressions inflationnistes.
05:56Tout ça a fait que le secteur s'est beaucoup dégonflé.
05:59Et aujourd'hui, vous avez des très beaux métiers,
06:01leaders mondiaux, je pense, dans l'imagerie médicale,
06:04dans l'ostomie, etc., dans la dialyse,
06:06qui sont des valorisations que vous n'avez pas vues
06:08depuis 15-20 ans.
06:09Donc là, c'est vrai en Europe,
06:10mais à mon avis, c'est vraiment vrai
06:11dans d'autres régions aussi.
06:12Oui, parce que c'est l'ensemble du secteur de la santé
06:15qui a été boudé, même du côté de la Suisse.
06:18Typiquement, l'an passé,
06:19le marché n'a pas du tout acheté les valeurs suisses
06:21parce qu'il y avait une grosse incertitude
06:23sur ce secteur pharma,
06:25secteur qui offre de la visibilité.
06:27Après, il faut pouvoir choisir les bonnes valeurs,
06:29dans le sens où on le voit,
06:30à chaque fois, tout se fait sur certaines annonces
06:33et sur le leadership,
06:34notamment sur certains blockbusters.
06:36Alors c'est vrai,
06:37et c'est pour ça d'ailleurs que nous,
06:39chez BDL,
06:39on n'investit pas dans les laboratoires pharmaceutiques
06:41parce que c'est compliqué de modéliser
06:43le prochain médicament,
06:45quand il arrive dans le générique, etc.
06:46Donc on se concentre sur les équipements entiers médicaux.
06:49C'est pour ça que je parlais de Philips,
06:50de Siemens et de Seniors, par exemple,
06:52de Fraisienus dans la dialyse,
06:54de Biomérieux dans les tests, etc.
06:56Donc là, c'est des métiers,
06:57vous n'avez pas de problème de générique,
06:58et par contre,
06:59c'est des métiers qui restent très oligopolistiques,
07:01avec souvent 2-3 acteurs
07:02qui contrôlent 80% du marché.
07:04Et des bailes à l'entrée assez fortes,
07:05parce que vous avez des problèmes
07:06de réglementation,
07:08de conformité
07:08pour mettre vos produits sur le marché.
07:10Merci beaucoup, Laurent Chauder.
07:12Je nous ai accompagnés ce matin
07:13pour nous donner des idées d'investissement,
07:16des pistes pour diversifier son portefeuille.
07:18Je rappelle que vous êtes membre du comité d'investissement
07:20de BDL Capital Management.
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