00:00Il est 7h15 et vous êtes bien sur RMC et RMC Story.
00:03Comment adapter notre pays aux canicules ?
00:0554 départements en vigilance rouge aujourd'hui.
00:08La moitié ouest de la France va une nouvelle fois souffrir et dépasser les 40 degrés.
00:12Bonjour Franck Lirzin.
00:13Vous êtes diplômé de l'école polytechnique, ingénieur des mines,
00:16et vous venez de publier Habiter un monde qui brûle.
00:19C'est aux éditions de l'Aube.
00:20Votre parti pris ce matin, c'est que face à cette situation,
00:23il faut créer de toute urgence des refuges climatiques dans les villes.
00:27De quoi on parle ?
00:28Des refuges climatiques, c'est des lieux où on peut se rendre à toute heure de la journée pour se
00:32rafraîchir.
00:33Ce sont des lieux qui sont climatisés ou qui sont frais.
00:36Ça peut être des églises, ça peut être aussi des musées, des bibliothèques ou des gymnases.
00:41Tous les endroits où on peut venir naturellement pour passer quelques heures et se sentir mieux.
00:47En quelque sorte des oasis de fraîcheur au milieu de la ville.
00:51Quand on voit qu'il y a près de 5500 écoles totalement ou partiellement fermées hier
00:56et encore aujourd'hui, est-ce qu'on pourrait même imaginer de faire cours dans ces églises ou dans ces
01:02gymnases ou dans ces refuges climatiques ?
01:04Alors oui, tout à fait, parce que les enfants se retrouvent à la maison et les maisons peuvent être en
01:08surchauffe.
01:09Ce qui est effectivement...
01:10Presque pire parfois.
01:11Et pire, donc trouver des endroits plus frais pour les enfants, ce serait une solution pour organiser des classes et
01:18que les cours puissent continuer.
01:19L'exemple des gymnases, il est très intéressant parce qu'en fait les gymnases sont déjà réquisitionnés dès qu'il
01:26y a des catastrophes,
01:27dès qu'il y a des déplacés, dès qu'il y a des problèmes d'inondation.
01:29Donc au fond, on sait réquisitionner les gymnases.
01:32Pour vous, il faudrait juste le faire aussi en cas de grosse chaleur ?
01:34Exactement, il y a des plans grands froids, il faudrait des plans grands chauds qu'on puisse déclencher et qui
01:40permettent effectivement d'aller directement dans ces refuges.
01:43Les plans grands froids et les plans grands chauds, c'est effectivement tout à fait logique quand on vous écoute
01:48et on se dit que c'est assez étonnant qu'on ne l'ait pas imaginé comme ça.
01:51Voilà, ça c'est l'urgence.
01:52Et puis il y a aussi l'adaptation à plus long terme.
01:56Qu'est-ce qu'on fait ?
01:57Les changements, ça prend du temps, ça coûte très cher.
01:59J'ai l'impression que ça fait des années qu'on nous dit qu'on va adapter le bâti, mais
02:03que ça prendra très très très longtemps.
02:05On a même le directeur du centre scientifique et technique du bâtiment qui nous dit qu'il faudra plusieurs siècles
02:09pour rénover l'ensemble du parc immobilier.
02:12Il a raison ou pas ?
02:13Alors pour tout rénover, oui.
02:14Pour installer rapidement des climatisations, des volets ou ces refuges climatiques, ça peut se faire de façon beaucoup plus rapide.
02:23Ça nécessite une mobilisation collective, c'est ça la clé.
02:26Et en particulier au niveau des mers et des villes, puisque c'est là où ça se passe.
02:31Et ça, ça peut se faire sur une dizaine d'années.
02:33On a eu des déploiements de fibres, des déploiements d'électricité dans le passé qu'on a fait de façon
02:39assez rapide sur quelques années ou quelques décennies.
02:41Donc c'est tout à fait envisageable.
02:42On a su faire la fibre, pourquoi on ne sait pas faire les volets ?
02:45On pourrait tout à fait.
02:47Il y a 5 millions de Français qui sont dans les zones critiques de la chaleur.
02:49Donc c'est eux qui devraient être en priorité concernés.
02:52En priorité, les personnes les plus vulnérables.
02:54Et donc le blocage, il est souvent passé à l'action par des financements, par une mobilisation politique pour effectivement
03:01déployer des solutions dont certaines peuvent être très simples.
03:04Je suis quand même frappée que quand on va dans des villes plus méditerranéennes, quand on va même à Rome
03:09ou quand on va à Madrid, il y a ces habitudes.
03:12À Rome, l'été, vous ne voyez que des volets fermés ou un peu entre-ouverts, où on aperçoit vaguement
03:19une silhouette derrière.
03:20Les gens ont l'habitude de laisser les volets fermés.
03:23Comment est-ce possible qu'on ait perdu ?
03:25Qu'est-ce qui a fait qu'à un moment, il y a eu une sorte de rupture ?
03:27Ils existaient ces volets. Pourquoi on les a enlevés et jamais remis ?
03:29Alors pas toujours. À Paris, dans l'Espanien, il n'y a pas toujours des volets.
03:32On n'a pas de culture climatique en France, surtout dans la partie nord, parce qu'on a un climat
03:35qui est historiquement tempéré.
03:37Le problème, c'était le froid. Et donc la chaleur, c'est nouveau. C'est aussi quelque chose qu'on
03:40apprend, alors un peu dans la difficulté.
03:42Mais on apprend à fermer les volets la journée, à ouvrir les fenêtres la nuit.
03:46Et c'est un premier rempart contre la chaleur.
03:48Est-ce qu'il y a une forme de déni de la classe politique ?
03:50Quand on écoute les réactions, notamment du président de la République depuis deux jours, c'est
03:54« Attention, veillez bien les uns sur les autres, être attentif à nos aînés, à nos enfants, aux personnes isolées
04:00», tout cela, c'est évident.
04:01Mais est-ce que là, on n'est quand même pas face à, année après année, une forme de déni
04:07des grands plans qui n'ont jamais été vraiment mis en œuvre ?
04:11Il y a à la fois un décalage entre ce que vivent les gens, qui sont au quotidien impactés, qui
04:15le vivent dans leur chair,
04:16et effectivement les actions, les discours qui sont menés derrière.
04:20On voit dans d'autres pays, comme en Espagne, en Italie, vous le citiez, il y a des plans panicules
04:24qui sont mis en place, effectivement,
04:26ce qui suppose cette mobilisation. Et aujourd'hui, c'est ça qui manque en France, c'est le passage à
04:31l'action.
04:31Et une question sur nos centrales nucléaires, est-ce qu'elles vont tenir le coup ?
04:35Le réacteur numéro 2 d'une des centrales du Tarn-et-Garonne est à l'arrêt depuis hier soir parce
04:40que la rivière est trop chaude,
04:41parce qu'il fait trop chaud. Est-ce qu'on a les moyens de tenir du point de vue de
04:45l'électricité ?
04:47Alors, il faut espérer que oui. Après, la difficulté, c'est que les canicules se répètent, et donc le niveau
04:52de l'eau baisse,
04:53les températures augmentent, donc on voit que petit à petit, ça s'affaiblit.
04:56Il faut espérer qu'il n'y ait pas une nouvelle canicule qui arrive en juillet et qui, là, serait
05:00sans doute plus critique encore que celle qu'on vit aujourd'hui.
05:03Et on va croiser les doigts. Merci beaucoup, Franck Lirzin, d'avoir été avec nous ce matin.
05:07Des réactions également de tous ceux qui souffrent de la chaleur ?
05:10Et chacun voit son refuge climatique à sa porte.
05:13On a d'abord Anto qui nous dit, moi j'ai demandé à mon maire d'ouvrir la salle des
05:16fêtes,
05:17qui est tout juste rénovée, ou alors l'autre école d'à côté, une salle de la mairie.
05:21Et on m'a répondu que ce n'était pas possible.
05:22On a aussi Julien, qui a une solution un peu plus insolite, qui nous dit,
05:26chez nous, en Touraine, il y a des caves qui sont aménagées,
05:28qui pourraient accueillir des centaines de personnes à 15 degrés pour faire refuge climatique.
05:33Les caves de Tufo de la Touraine.
05:36Merci en tout cas.
05:37On en reparlera avec Cécile Duflo à 7h50.
05:39On en reparlera aussi à 8h30 avec Patrick Martin, le patron des patrons.
05:43Je lui poserai aussi la question du congé climatique que proposent les écolos.
05:48Patrick Martin qui sera mon invité à 8h30.
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