00:00Il est 7h12 et vous êtes bien sûr RMC et RMC Storymore pendant son stage d'observation en entreprise,
00:06écrasé par des marchandises tombées d'un camion en train de décharger.
00:09C'était en juin 2025 et c'était votre fils, Arnaud Dartenay.
00:14Bonjour.
00:14Bonjour.
00:14Merci d'être en studio avec nous ce matin.
00:17Axel avait 16 ans et depuis vous vous battez pour supprimer ces stages d'observation obligatoires pour les élèves de
00:24seconde.
00:24Pour vous, les enfants n'ont rien à faire dans l'entreprise, ce n'est pas leur place.
00:28Non, ce n'est pas leur place et il faut savoir que ce stage de seconde générale a été mis
00:32en place juste pour les occuper pendant la période du bac,
00:35juste pendant les 15 jours du bac, uniquement pour ça, parce que l'éducation nationale ne sait pas quoi faire
00:40de nos enfants pendant ces 15 jours.
00:42Donc, elle les envoie en stage.
00:43Vous distinguez bien ce qui relève des stages pour les bacs pro, par exemple, qui sont des stages véritablement de
00:49pré-embauche,
00:50en quelque sorte, ou en tout cas de travail à proprement parler, de ces stages d'observation de tous les
00:54élèves de seconde.
00:54Les stages de bacs pro, pour nous, ils sont importants, puisque l'enfant est en train d'apprendre un métier,
00:59donc il faut qu'il découvre aussi le métier.
01:01Mais les stages d'observation ne servent pas à grand-chose.
01:05Souvent, c'est très compliqué de trouver un stage.
01:07C'est souvent par le réseau familial, par les amis, par la famille.
01:11C'est des chefs d'entreprise que l'on connaît et qui disent « bon, ok, je le prends ton
01:15enfant pour te dépanner ».
01:16Et malheureusement, pendant les stages d'observation, l'enfant ne peut rien faire du tout.
01:21Donc, en l'occurrence, pendant le stage du bac, pendant les 15 jours, l'enfant reste à côté du tuteur
01:25ou du maître de stage et ne fait rien. Regarde.
01:28Comment ça s'est passé pour votre fils ?
01:31Pour mon fils, l'accident est arrivé le deuxième jour, la fin du deuxième jour.
01:36Donc, on ne connaît pas vraiment ce qui s'est passé, puisque l'enquête est encore en cours.
01:43Logiquement, ça devrait être fini début juillet, au niveau de l'enquête, parce que du coup, il y a l
01:47'inspection du travail et la police qui est en cours.
01:52C'est ça aussi que je n'arrive pas à comprendre, c'est que mon fils, moi, il ne travaillait
01:56pas.
01:56Il n'avait pas de contrat de travail, il n'avait pas de salaire.
01:58Et on parle d'accident du travail.
02:00De mort au travail.
02:02Et ça, pour moi, je n'arrive pas à le concevoir, en fait.
02:06Votre fils, il était scolarisé.
02:08Oui.
02:08Et donc, c'était effectivement dans ce fameux cadre du stage.
02:11Je le rappelle, c'est à partir de lundi que l'ensemble des élèves de seconde de France vont être,
02:17donc, pour deux semaines dans ces stages d'observation dans toutes les entreprises de France.
02:21Le problème, et c'est ce que vous avez révélé aussi au fur et à mesure des enquêtes que vous
02:25-même vous avez menées, de ce travail aussi de recherche que vous avez mené,
02:29c'est que l'encadrement pour ces stages obligatoires d'observation n'est pas à la hauteur.
02:33En fait, moi, c'est suite à un constat.
02:35Je suis chef d'entreprise, j'ai pris des stagiaires.
02:37Il n'y a pas de préparation, il n'y a pas d'encadrement.
02:40Quelquefois un appel téléphonique pour savoir comment se passe le stage, comment se comporte l'enfant.
02:45Ce n'est même pas à savoir comment ça se passe exactement.
02:49Déjà, je trouvais ça inadmissible.
02:51Donc, depuis le décès d'Axel, c'est monté d'un cran, on va dire.
02:54Vous-même, vous ne prenez plus, alors que vous êtes chef d'entreprise, vous ne prenez plus de stagiaires ?
02:57Non, parce que nous, ce que l'on veut, c'est qu'il y ait une réelle préparation au stage,
03:02c'est-à-dire que l'éducation nationale se déplace dans l'entreprise pour l'arrivée de l'enfant
03:06et qu'il puisse voir dans quelles conditions est reçu l'enfant, ce qu'il peut éventuellement faire,
03:10et qu'il y ait un réel suivi aussi pendant le stage, que l'éducation nationale se déplace dans l
03:15'entreprise.
03:16Outre la mort de votre fils, Axel, selon les syndicats, il y a eu six mineurs qui sont décédés.
03:21Ce n'est pas selon les syndicats, ce sont les chiffres du ministre du Travail.
03:25Ce sont les chiffres du Travail, six mineurs décédés l'an dernier pendant leur stage.
03:30Cinq l'année dernière et un cette année, donc il y a eu Calvin au mois d'avril.
03:34Donc, ça fait six mineurs en un an, en fait.
03:36L'éducation nationale avait réagi, alors aussi à la mort d'un élève de lycée pro à Nîmes
03:42qui avait été écrasé par un chariot élévateur.
03:45Le ministre avait dit qu'il allait renforcer les conditions de sécurité. Vous y croyez ça ?
03:49Du tout, parce que là, les enfants, ils repartent dans les stages la semaine prochaine et il n'y a
03:53rien de fait.
03:54Il n'y a aucune préparation, il n'y a rien.
03:56Il n'y a rien. Je voudrais qu'on puisse donner la parole à Laurent qui vient nous appeler au
03:593216 pour réagir.
04:00Laurent, vous êtes professeur enseignant en sciences de l'ingénieur, justement, en Gironde, ces stages de seconde.
04:08Comment vous les vivez, vous, du côté de l'éducation nationale ?
04:11Alors, nous, on le vit bien parce qu'il ne se passe rien.
04:13Comme je le disais, votre interlocuteur, pour nous, c'est complètement transparent.
04:17Nos élèves ont beaucoup de mal à trouver des stages.
04:19Moi, je suis comme votre interlocuteur.
04:21Je trouve qu'ils n'ont rien à y faire parce qu'à l'âge où ils ont, ce n
04:24'est pas l'idée du siècle de les envoyer dans une entreprise pour soi-disant découvrir quelque chose alors que
04:29c'est juste pour les occuper.
04:31À un moment donné, on aurait pu les laisser 15 jours.
04:33On n'est pas 15 jours d'école dans une année.
04:36Et effectivement, après, il n'y a pas de suivi.
04:37On ne peut pas demander un suivi au prof parce qu'ils sont en train de faire passer les examens.
04:41Donc, qui irait en stage ?
04:43Les gamins, ils reviennent début juillet.
04:46Qui va leur faire passer une évaluation pour dire qu'on va faire un rapport de stage ?
04:50Ça ne va pas être faisable non plus.
04:51Vous voyez ce que je veux dire ?
04:52Et de toute façon, votre interlocuteur l'a bien dit.
04:55C'est une mesure qui a été inventée pour pallier quelque chose.
04:57De base, ça ne pouvait pas marcher.
04:59C'est-à-dire que pour vous, c'était pour remplir, pour reconquérir le mois de juin ?
05:02Je me souviens de l'expression.
05:03Oui, c'est ça.
05:03La fameuse reconquête du mois de juin.
05:05Donc, en réalité, c'est plus un bouche-trou qu'autre chose.
05:10Non seulement, effectivement, Arnaud d'Artenay le dit à l'instant, c'est dangereux.
05:14C'est une mise en danger de nos enfants.
05:16Au point de vue de l'éducation et du professeur que vous êtes, ce n'est même pas utile ?
05:19Non, c'est complètement inutile.
05:21C'est-à-dire que ponctuellement, on vous dira assis pour mon gamin, ça l'a permis 2.
05:24Donc, ponctuellement, vous trouverez un contre-exemple.
05:26Mais c'est des gamins qui n'étaient pas bien dans le système scolaire
05:29et qui ont proposé déjà des passerelles pour découvrir d'autres formations ou des métiers.
05:33Donc, ponctuellement, on le faisait déjà.
05:35Mais c'était ponctuel, vous voyez.
05:36C'est ciblé, c'est par rapport à un certain type d'élèves.
05:39Là, vous envoyez tous les secondes.
05:40Je ne sais pas si vous vous rendez compte de ce que c'est.
05:41C'est que tous les secondes, vous les envoyez, allez, coup de pied aux fesses, vous allez faire un stage.
05:46Alors déjà, s'ils n'ont pas de réseau, ils n'en trouvent pas.
05:49On nous laisse au lycée, on ne sait pas quoi en faire.
05:52Et ça, c'est la grosse difficulté aussi, cette inégalité des élèves dans la chasse au stage.
05:58Une question aussi sur cette proposition de loi qui va être présentée aujourd'hui,
06:02précisément pour mettre fin au caractère obligatoire de ces stages.
06:05C'est-à-dire ne pas empêcher ceux qui souhaitent le faire et qui en ont la possibilité,
06:08mais ne pas le rendre obligatoire.
06:10C'est une initiative du député LFI, Paul Vannier,
06:13qui est aussi très spécialisé dans les questions d'éducation.
06:16C'est lui qui avait porté le combat sur Bétarame.
06:20Vous, vous soutenez cette initiative et cette proposition de loi ?
06:22On soutient complètement cette initiative.
06:24On y est cet après-midi avec lui et aussi une députée Smith,
06:28qui va aussi présenter quelque chose au niveau européen
06:30pour mettre fin à ces stages obligatoires, en fait.
06:33Éviter de mettre la vie de nos enfants en danger, tout simplement.
06:36Et je voudrais aussi revenir sur le stage de seconde générale,
06:38c'est qu'il n'y a aucune vertu pédagogique,
06:40puisqu'il n'y a aucun compte-rendu à effectuer de la part de l'enfant à la sortie du
06:43stage.
06:44Et au niveau de l'orientation, en fait, ça ne sert pour ainsi dire à rien,
06:47puisque l'orientation est déjà décidée en janvier et février.
06:50Donc les choix d'orientation, c'est vraiment fini en juin.
06:54Merci beaucoup. Merci Arnaud d'Artenay d'être venu défendre votre combat ce matin
06:59après la mort de votre fils Axel.
07:02Et merci à Laurent pour son témoignage, Laurent, professeur en Girondi.
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