- il y a 23 heures
1936. La gauche est au pouvoir. Léon Blum, le chef du gouvernement du Front Populaire fraîchement arrivé aux commandes de la France, offre quinze jours de congés payés pour tous les Français. Léo Lagrange, un député du Nord est nommé sous-secrétaire d'Etat aux sports et loisirs. C'est un visionnaire. Avec le billet populaire de congés annuels, il permet à des milliers de personnes de quitter la grisaille des villes et de découvrir la mer. Année de Production :
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00:10Il y a beaucoup qui y a à côté de la forêt qu'on prenne l'eau là-bas.
00:14Il y a 5 mois, ils n'allaient pas sur la côte d'Azur parce qu'en ce jour ils
00:18n'allaient pas loin.
00:18Non, ils allaient à Dieppe.
00:20Ils sont partis en vélo.
00:22En vélo en tandem.
00:23La femme était derrière.
00:24Ah oui, bien sûr. Sauf que les peignants mettaient la femme devant.
00:29J'en ai connu un qui avait été jusqu'à Nice.
00:31Ah bon ?
00:32Il n'avait jamais vu la Méditerranée.
00:34La mer, les gens ne la voyaient pas.
00:37On était heureux parce qu'on avait moins de choses.
00:39Le peu qu'on avait, ça nous donnait du bonheur.
00:46Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux ?
00:49Qu'est-ce qu'on attend pour faire la fête ?
00:53La route est prête, le ciel est bleu.
00:56Il y a des chansons dans le piano.
01:00Il y a de l'espoir.
01:01À l'été 1936, ils sont des centaines de milliers.
01:04Ces jeunes ouvriers, ces couples sans enfants, ces familles modestes à quitter la cité et sa grisaille.
01:10Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux ?
01:12Les fameux conches payent.
01:13Ce sont eux, sur ces images retrouvés, nos parents, nos grands-parents, nos aïeux.
01:18Et ils inventent un temps nouveau.
01:20Pour la première fois, la France ouvrière quitte la ville à la recherche du grand air, ou mieux, pour de
01:25vraies vacances.
01:26On détraîne des vélos et des tentes de camping.
01:28Les auberges de jeunesse refusent du monde.
01:30On invente l'autostop et on découvre le bronzage.
01:36Pour eux, c'est l'en un du bonheur.
01:38Et personne ne résume mieux cette époque, glorieuse et ambiguë, que le cinéaste Jean Renoir.
01:42Il fut un temps où les Français crurent vraiment qu'ils allaient s'aimer les uns les autres.
01:55Cet été-là, sur les postes de radio, le chansonnier Georgius fait un tabac avec cette orangienne.
02:03« Merci Léon, merci Léon ! »
02:07Léon ? C'est Léon Blum, le chef du Front populaire qui vient de remporter les élections.
02:12C'est lui qui va décider d'ajouter au programme du nouveau gouvernement cette mesure qui n'y figurait pas.
02:1715 jours de congés et payés.
02:24L'autre homme des congés payés, c'est Léon Lagrange, un député d'une heure de 36 ans, un visionnaire.
02:30Grâce à eux, les vacances, ce privilège jusque-là réservé aux rentiers, aux bourgeois, aux fonctionnaires, aux employés de commerce
02:36ou du métro parisien, est étendu à tous.
02:44« Du travail et du fort ! Du travail et du fort ! »
02:49A l'origine du Front populaire, il y a la crise mondiale de 1929.
02:53Elle frappe la France de plein fou et trois ans plus tard, les usines ferment, les faillites se multiplient, la
03:00misère gagne, le pays aggrave son retard social en Europe.
03:03Alors, pour ces ouvriers, le Front populaire, c'est la sortie du 19e siècle industriel, celui de Zola.
03:11« Jusqu'au Front populaire, les luttes syndicales étaient extrêmement difficiles.
03:18Il y avait les gardes urnes dans les grands magasins.
03:21Quand on voulait distribuer un tract, ils pourchassaient les gars qui distribuaient les tracts et ils les attrapaient, les déchiraient.
03:28Et il n'y avait aucun droit syndical, aucune liberté.
03:34Un employé qui était connu pour ses opinions, qui déplaisait la direction, ben on le virait du jour au lendemain.
03:53Le directeur, il se plantait devant nous et il fumait son gros cigare devant nous.
04:03Ils nous regardaient d'un œil méfiant, voyant si on faisait bien notre travail, si on ne perdait pas de
04:11temps, si on ne parlait pas.
04:13Et il ne fallait même pas chanter, parce que quand on chantait, ça l'énervait.
04:21Ils ne voulaient pas qu'on se mêle du travail que nous faisions.
04:26Il fallait l'exécuter ou alors on n'était pas des bonnes ouvrières.
04:31Le temps qu'on en mettait en plus, c'était zéro. On n'avait pas le droit de toucher un
04:37centime.
04:40C'était le monde d'hier. Un monde sans véritable règle du jeu social.
04:45Pour les employés, c'était le vouvoiement entre collègues.
04:48Ou le port obligatoire du chapeau.
04:51La casquette étant, elle, réservée aux ouvriers.
04:55Le déclencheur politique du Front populaire, ce sera la menace fasciste.
04:58Le 6 février 1934, des milliers de ligueurs d'extrême droite tentent de s'emparer de la Chambre des députés.
05:04La République vacille et en réaction, les partis de gauche se réunissent spectaculairement six jours plus tard.
05:09C'est l'acte de naissance du Front populaire.
05:13Paris, rassemblée dans cette manifestation, signifie aux hommes du fasciste et du royalisme qu'ils ne passeront pas.
05:25Vive l'unité prolétarienne sans laquelle aucune victoire n'est possible.
05:32Vive le peuple ouvrier de Paris !
05:37La peur qu'a eu une certaine partie de la bourgeoisie avait déterminé, au contraire, chez les salariés, chez le
05:45peuple,
05:46l'idée que peut-être on pouvait parvenir à quelque chose.
05:50L'idée que les salopards en casquette pouvaient mettre un chapeau, ça n'est pas venu.
05:55Mais l'idée qu'ils pouvaient aussi avoir droit à la parole, oui, je l'ai senti très fort à
06:01cette époque.
06:04Le 3 mai 1936, la France élit ses députés.
06:08Le président Lebrun donne l'exemple, la mobilisation est impressionnante.
06:13Mais ce deuxième tour est serré.
06:16Finalement, les socialistes, les communistes, les radicaux l'emportent.
06:19C'est le choc à droite.
06:21C'est la liesse à gauche.
06:23Et c'est une situation inédite, la gauche.
06:25Cette gauche-là au pouvoir.
06:36Quand on dit Front Populaire, c'était la première fois que vous disiez
06:43« Tu n'es pas tout seul, tu es impressionné, tu es subitement une importance, tu n'étais plus anxieux,
06:54courbé. Est-ce que tu vas avoir du travail ? »
06:58« Maintenant, tu es détroit. »
07:07Quelques instants plus tard, M. Léon Blum est appelé par M. Albert Lebrun qui le charge de former le nouveau
07:13ministère.
07:13Quelques heures plus tard, M. Léon Blum vient présenter au chef de l'État les membres de son cabinet,
07:18parmi lesquels on compte, pour la première fois en France, trois femmes ministres.
07:22Dans mon milieu et ma famille, qui n'était pas d'extrême droite, mais qui était de la droite bourgeoise,
07:29L'atmosphère, c'était la stupéfaction. D'abord, que la France est un gouvernement de socialo, de rouge, ça, c
07:40'était la stupéfaction.
07:59Léon Blum forme son gouvernement dans un pays qui s'est mis en grève.
08:03L'impatience ouvrière est grande, celle des communistes surtout.
08:06Ils ont choisi le soutien sans participation.
08:08Les occupations d'usines se sont multipliées. C'est la contagion dans le pays.
08:13Et très vite, la paralysie.
08:16« Les problèmes de la nourriture sont résolus par la solidarité des organisations et des municipalités ouvrières. »
08:24« La corvée de patates. »
08:31« Chacun sa part. »
08:35« Il y avait presque en face de chez moi une usine célèbre. Et nous, on était tous là autour.
08:42Quand on sortait de l'école, c'était sur le chemin. J'allais à l'école 315 rue de Charenton.
08:46En rentrant chez moi, je passais devant et puis je voyais les bobonnes arriver avec les sacs de nourriture pour
08:51les passer. Et c'était les grilles. Et je me souviens d'une nénette qui m'a dit, « Petit,
08:59tu peux monter sur la grille et passer ça à mon mari ? »
09:03« Alors, je suis monté sur les grilles de l'usine. J'ai pris le paquet de nourriture et je
09:07l'ai passé de l'autre côté aux ouvriers qui se marraient comme des baleines. »
09:19« Le problème du couchage est rapidement résolu par les hommes qui, seuls, occuperont les usines pendant la nuit. Certains
09:28se sont confectionnés des hamacs avec des couvertures. »
09:33« Deux ou trois camarades comme moi, qui étaient très dynamiques, nous avons dit, « Mais pourquoi qu'on laisserait
09:39les bons hommes faire leur grève ? »
09:42« Et puis nous, alors, c'est nous qui sommes les plus malheureuses dans la tôle parce qu'on n
09:48'a pas d'eau pour se laver dans les cabinets de toilettes. »
09:52« On gagne 6 francs 82 l'heure. C'est vraiment erroné alors que les hommes avaient le double et
09:57plus. »
09:58« On a réuni un petit peu les femmes et on leur a demandé si elles consentaient à venir faire
10:05la grève avec les hommes. »
10:07« Alors c'est là qu'on nous a traité de gigolettes. »
10:17« Et on a passé toutes les nuits après dans les ateliers, les femmes qui avaient voté. Mais on nous
10:25faisait la tête pour pas dire la gueule. »
10:34« Ce perpétuel temps des cerises, c'était pour Aragon. Un grand bal bleu et blanc dans la ville en
10:40bras de chemise. »
10:42« C'était comme une féerie. Aujourd'hui, ce peuple est le maître. Il se promène dans Paris qui met
10:47des chapeaux aux fenêtres. »
10:53« Et pendant que les guinguettes ouvrières se mettent à rêver, ça négocie sérieusement à Matignon et dans les ministères.
11:00»
11:01« Les pressions sont nombreuses. Celles des syndicalistes, celles de la bourse, celles du patronat et celles de l'opinion,
11:08bien sûr. »
11:14« Et nous obtenons les contrats collectifs, les délégués ouvriers, les 40 heures, 15 jours de congés payés pour tout
11:27le monde. »
11:33« C'est Léon Blum qui, en 1919, lorsqu'il discute au sommet du futur programme du Parti Socialiste, avant
11:46l'éclatement entre socialistes et communistes,
11:47a mis l'accent sur une lacune de ce programme, les loisirs, 1919.
11:52Et 17 ans plus tard, d'une certaine façon, l'histoire lui donne raison.
11:56Alors, j'allais dire, il profite de l'occasion et il met les loisirs au programme de son gouvernement.
12:00Personne ne le lui demandait, je dirais, un mois avant. »
12:04Les loisirs, cette idée neuve en Europe, ce sera donc le travail de Léo Lagrange.
12:08Léon Blum le nomme sous-secrétaire d'État aux sports et aux loisirs.
12:13Chez les détracteurs du Front populaire, on parle déjà du « ministère de la paresse ».
12:18Drôle de ministère, en fait.
12:20Ils sont une dizaine de fous généreux dans un petit appartement de la rue de Tilsite.
12:24Sans moyens, sans administration.
12:27Madeleine Lagrange, sa femme, Robert Fusier, un dessinateur de bandes dessinées,
12:31trois chômeurs et l'écrivain Clara Malraux.
12:34Mais c'était une équipe enragée de volonté, pas de réussir,
12:40volonté d'amener des idées nouvelles, et beaucoup d'idées nouvelles.
12:44Car je crois que ce qui a été vraiment nouveau dans ce gouvernement du Front populaire,
12:52c'est Léo Lagrange qui les a apportés, en liaison avec Blum qui le couvait un peu.
12:58Le problème concret pour Léo Lagrange, c'est l'organisation de ses premières vacances.
13:03Comment faire partir des ouvriers sans moyens ?
13:06Comment leur faire profiter de cette expérience ?
13:09Alors un bras de fer va s'engager entre Léo Lagrange et les patrons des chemins de fer français alors
13:14privatisés.
13:16Alors ce qui est resté mémorable, c'est la rencontre entre Léo Lagrange et alors la direction des chemins de
13:22fer.
13:24Il a dit, mais alors la mesure de Lagrange, c'est une mesure anti-ferroviaire.
13:29Le 30 juillet, Léo Lagrange a gagné.
13:33Il peut annoncer in extremis la création du billet populaire de congé annuel.
13:3940% de réduction pour le billet unique, 50% pour le billet collectif, sans parler des trains spéciaux.
13:47Le 1er août, début de ses premiers congés payés, c'est la ruée dans les gares.
13:51On n'a pas connu cela depuis la mobilisation de 1914.
13:57Et dans les trains, les trains bondés.
14:00Les gens qui se poussent ou qui passent même par les fenêtres,
14:03parce qu'il n'y avait pas assez de place pour entrer tous par les portières.
14:08C'était extraordinaire.
14:12Le mythe voudrait que toute la France soit sur les routes cette année-là.
14:16C'est faux, bien sûr, mais il se vendra tout de même 560 000 billets, Léo Lagrange.
14:21Et pour la première fois depuis 1928, les compagnies ferroviaires sont bénéficiaires.
14:41Partir deux, trois jours l'été, c'était ruineux.
14:45Et brutalement, ils ont la possibilité d'aller plus loin.
14:46La fameuse découverte de la mer, ce n'est pas un mythe.
14:50Ce n'est pas un mythe, puisque, excepté les travailleurs qui étaient à proximité des côtes,
14:55c'est vrai que trouver le temps et l'argent pour passer ne serait-ce que 5 jours au bord
15:00de la mer,
15:00c'était un grand luxe.
15:03Un luxe qui était réservé jusque-là aux grandes familles, aux rentiers ou aux aventurières.
15:14À Nice, cet été-là, le député communiste Virgile Barrel accueille les congés payés à la gare.
15:21Brassard rouge et point tendu avec cette pancarte, le Front populaire abolit ce privilège,
15:26la Côte d'Azur réservée aux riches.
15:29Ailleurs, les privilégiés changent leurs habitudes.
15:33On déserte Biarritz pour ne pas se mélanger.
15:43Aller à la mer, c'était quelque chose de fabuleux, c'était une espèce de paradis entrevue,
15:49et une émotion énorme.
15:55La mer, on s'imagine, mais quand on arrive, ça fait un choc, vraiment ça fait un choc.
16:01Je me rappelle, c'était, la mer était haute quand on est arrivés la première fois,
16:05et ça m'a, j'étais émue, je dois dire, j'étais émue.
16:09Alors on s'est précipité dans l'eau parce qu'il faisait très chaud.
16:31Les ouvriers, je crois que les hommes, il y avait des hommes qui nous accompagnaient quand même,
16:36et bien il y avait des hommes qui savaient assez bien nager,
16:40mais les femmes ne nageaient pas, n'avaient jamais nagé pour la plupart.
16:45Mais moi, j'avais quand même été nager, mais pas dans la mer, dans les rivières.
16:52Au Tréport, plage plus populaire, de nombreux trains amènent dès le matin,
16:57mains de famille avides de respirer l'air du large.
17:04On arrive, la première fois, quand on voit la mer,
17:11subitement, mais le monde, il est beaucoup plus grand, beaucoup plus large.
17:17Un horizon, le ciel, le ciel vous enveloppez comme ça.
17:23De voir cette mer-là, c'était subitement dire,
17:28mais écoute, tu t'es enfermé à toute ta vie.
17:32Tu vois, la mer, les plages, le sable, les vagues et la lumière.
17:46Des concours de récits de vacances sont lancés dans le populaire ou dans l'humanité.
17:51À l'hôtel Matignon, on reçoit un déluge de cartes postales
17:55adressées à M. Léon Blum.
17:58Des cartes postales comme celle-ci.
18:01« Monsieur le Président, j'ai vu la mer. Merci. »
18:09Un ouvrier signale même au président du conseil
18:11le chic avec lequel nos jolies salopards portent le short
18:15à faire pâlir les vieilles duchesses tricolores.
18:21Ou encore, « Monsieur le Président,
18:25nous n'oublierons pas ce que vous avez fait pour nous. »
18:29Un groupe de travailleurs.
18:40Il y avait un très grand mépris de la part de la classe bourgeoise
18:46parce que d'abord, elle se sentait comme envahie et dépossédée
18:52de son terrain de distraction privilégiée.
19:02Les congés payés, ça scandalisait.
19:06Ma bonne famille, quoi, et d'ailleurs moi, et d'ailleurs moi aussi.
19:10Mais on se moquait.
19:11Sur la plage à Royan, nous allions en vacances en août à Royan,
19:16sur la part, il y avait un coin où il y avait « Ah, la matin, c'est des congés
19:20payés. »
19:21C'est des congés payés.
19:21Ils étaient un petit peu ridicules.
19:23Ils étaient un peu empruntés.
19:25Ils avaient des maillots de bain noir.
19:35Des dames venaient habillées.
19:38Elles se mettaient dans l'eau habillées.
19:41Les dames riches.
19:43Et puis quand elles nous voyaient, nous, les ouvrières,
19:45parce qu'elles ont su que c'était des ouvrières d'usines
19:50qui venaient pour la première fois,
19:53eh bien, elles nous regardaient à mauvais oeil.
19:54Alors nous, on étions presque, pas à poil, mais presque,
19:59parce qu'on était contents de sentir la mer autour de nous.
20:19Ils étaient des intrus.
20:21Alors voilà, ils étaient des intrus.
20:22Ils n'étaient pas invités.
20:24Ce n'est pas l'ennemi.
20:25C'est l'intrus.
20:26C'est le type, comment il est dans cette réception.
20:29On est là, on le mariage.
20:31Puis quelqu'un qui n'est pas invité, qui est là.
20:33Il y avait un côté incongru.
20:36Il y avait des gens qui, vraiment, aux environs du casino et du Westminster,
20:43nous considéraient vraiment comme la lit de la terre.
20:46Il y avait un clivage extraordinairement précis.
20:50Je veux dire, nous, on était proprement habillés.
20:53Eux, ils étaient élégants.
20:54C'est tout à fait différent.
20:56Leurs filles, moi, je reliquais déjà les filles.
21:00Je veux dire que les filles de la bourgeoisie aristocratique de Deauville,
21:05c'était pas rien à voir.
21:06C'était très beau.
21:10Sur le plan strictement personnel,
21:13c'était les plages,
21:15avec d'autres jeunes femmes intellectuelles,
21:18plutôt qu'avec des ouvrières
21:20auxquelles j'aurais pu essayer de compter fleurettes.
21:23Elles étaient dans d'autres ensembles que les miens.
21:35Des vacances rêvées par Blum
21:37sont ternies par une campagne terrible
21:39de la presse d'extrême droite.
21:41Elles se déchaînent, sauf l'écrivain brasiliaque,
21:44contre le viol du paysage français
21:47par les pattes de l'ogresse laïque.
21:50Les dessinateurs du canard enchaîné, eux,
21:53répondent par l'humour.
21:57Poix, se baignaient dans la même eau que ces bolcheviques?
22:05Et ça a joué malheureusement.
22:07C'est-à-dire, quand on a commencé à perdre la guerre,
22:11beaucoup de membres de la bourgeoisie française,
22:16vichistes, se sont dit,
22:18vous voyez, tout ça, c'est la faute du Front populaire.
22:20Si on n'avait pas cédé comme on l'a cédé
22:23à ces syndicalistes et à ces ouvriers,
22:26on aurait eu une France plus forte,
22:28on n'aurait pas perdu la guerre.
22:32Dangereuse argumentation.
22:35Blum le sait bien,
22:36la France n'est pas qu'un îlot de bonheur.
22:38Il va accélérer le réarmement.
22:41Les périls montent en Europe.
22:43Le 18 juillet 1936 commence la guerre d'Espagne.
22:46La République espagnole, cet autre Front populaire,
22:51élu en février, doit faire face à la rébellion militaire d'un obscur général,
22:55Francisco Franco.
23:00C'est la première épreuve internationale pour le Front populaire
23:03et un terrible cas de conscience pour Blum.
23:06Intervenir ou ne pas intervenir pour sauver ce régime frère.
23:11La mort dans l'âme, Blum choisira la non-intervention.
23:15On vous engueule drôlement, vous qui êtes en France.
23:17On se dit, mais qu'est-ce qu'ils foutent ?
23:20Oh, pour les congés payés les 40 heures,
23:22tout le monde était d'accord pour faire grève.
23:25Mais pour l'Espagne,
23:26vous êtes sûr d'avoir fait tout ce que vous pouviez faire,
23:28tout ce que vous deviez faire ?
23:30Non.
23:30Et pourtant, si vous ne le faites pas aujourd'hui pour l'Espagne,
23:34c'est chez vous que vous devrez le faire demain.
23:36Ne l'oubliez pas.
23:37Vous voyez donc pas que les autres incendiaires
23:39sont en train de foutre le feu aux quatre coins du monde ?
23:45Et puis il y a l'Allemagne nazie.
23:47Adolf Hitler en est le maître depuis trois ans.
23:50Le 1er août de cet été 1936
23:53s'ouvre les Jeux olympiques de Berlin.
23:56Une gigantesque opération de propagande pour le régime.
24:00Et c'est un autre cas de conscience pour le Front populaire.
24:04Y participer ou pas,
24:06Léo Lagrange y est opposé.
24:08Les athlètes français s'y rendront finalement.
24:10Ils feront même,
24:11à la différence des Anglais et des Américains,
24:14un salut romain très ambigu dans le stade olympique.
24:22L'entre-deux-guerres est une période obsédée par la jeunesse.
24:25Dans sa modalité totalitaire, bien sûr,
24:27jeunesse hitlérienne,
24:29Balilas en Italie,
24:31jeunesse communiste en Union soviétique,
24:33et puis dans ses modalités démocratiques.
24:35Alors ça, c'est très intéressant.
24:36Parce qu'à l'époque, il y a une polémique, évidemment.
24:38Une partie de la droite dit,
24:40« Oh, on a compris, vous voulez nous faire marcher au pas.
24:42Organisation des loisirs,
24:44jeunesse encadrée, etc. »
24:45Et Léo Lagrange est très conscient de ça,
24:47et il a un discours très cohérent en disant,
24:48« Mais nous allons prouver que nous pouvons proposer
24:51une solution alternative complètement démocratique. »
24:53Le modèle à l'époque, c'est la Tchécoslovaquie.
24:54« Démocratie » de référence,
24:56avec des mouvements de jeunesse très dynamiques,
24:58mais absolument pas obligatoires.
25:00Sur le stade de Colombes,
25:02les septièmes Jeux universitaires internationaux d'été
25:05sont solennellement ouverts
25:07par M. Léo Lagrange,
25:09ministre des Sports et Loisirs.
25:12Léo Lagrange, lui, a créé
25:14un brevet de base
25:16que l'on passait à la fin de la scolarité,
25:20parce qu'il estimait que tout jeune
25:21devait savoir nager,
25:24sauter en hauteur, en longueur, etc.
25:26Il avait fixé des normes
25:28et par conséquent, généralisé ça.
25:43Il a créé le sport travailliste.
25:46Alors ça, c'était le sport,
25:47pas pour les ouvriers, quoi.
25:54Les réalisations de l'équipe Léo Lagrange
25:56sont impressionnantes.
25:57On développe toutes sortes de sports modernes,
25:59la moto, le cyclotourisme.
26:01En six mois, on a fait construire
26:03200 stades et gymnases,
26:0540 piscines.
26:09Et par passion,
26:10autant que par nécessité militaire,
26:12Léo Lagrange, ami de Saint-Exupéry,
26:14lance l'aviation populaire.
26:17Des dizaines d'aéroclubs sont créés.
26:26Pour Léo Lagrange,
26:27le ski doit aussi devenir un sport populaire.
26:30L'équipe de la rue Tilsite se mobilise là encore
26:32et participe à la création de stations
26:35de deuxième génération,
26:37plus jeunes, moins chères,
26:38comme Val d'Isère
26:39ou l'Alpe d'Huez.
26:42Les grandes gares parisiennes ont connu
26:43pendant les fêtes de Noël
26:44une animation sans précédent
26:46en raison des départs massifs
26:47vers les terrains enneigés des Alpes,
26:49des Pyrénées,
26:50du Jura,
26:51des Vosges
26:51et du Massif Central.
26:53À Paris, le 22 décembre,
26:55entre 19h et minuit,
26:5667 trains bondés
26:58d'une foule multicolore et joyeuse
26:59ont emmené plus de 50 000 skieurs
27:01vers les belles montagnes de France.
27:03La raison de cette vogue,
27:05tout d'abord l'appel de la neige
27:07et aussi les facilités offertes
27:08par les chemins de fer,
27:09des trains rapides et pratiques,
27:11des voitures hamacs,
27:12des modes de transport tout particuliers
27:14pour les skis,
27:15des billets
27:15et des abonnements à prix réduits.
27:17La saison des sports d'hiver
27:18commence seulement.
27:19C'est le premier grand départ.
27:21La saison battra son plein
27:22de janvier à mars
27:23et continuera jusqu'à Pâques
27:25puisque les grands trains de neige
27:26circuleront jusqu'à cette époque.
27:42L'été 1937,
27:44c'est la deuxième année
27:45des congés payés.
27:47Le système se perfectionne
27:49et c'est le vrai coup d'envoi.
27:501 500 000 billets
27:52Léo Lagrange sont vendus
27:53trois fois plus qu'en 1936.
27:55Et l'événement de cet été-là
27:57c'est l'exposition universelle de Paris.
28:01Toute la France,
28:02toute l'Europe s'y précipite.
28:05Je suis venu le matin
28:07de l'inauguration
28:10et qu'est-ce que l'on voit ?
28:11On voit énormément
28:13de pavillons dépendants de la France
28:15qui ne sont pas terminés.
28:16Le président fait l'inauguration
28:19l'après-midi dans les gravats.
28:21Et naturellement,
28:22ça a été l'occasion de ricanements
28:24dans les milieux qui n'étaient pas
28:25pour le pouvoir de l'époque.
28:27des retards,
28:28les pavillons qui n'étaient pas finis.
28:30Voilà,
28:31c'est toujours les grèves.
28:32C'est rouge,
28:33ils savent que prendre des congés payés
28:37ils ne travaillent pas convenablement.
28:39Ce genre de ricanement,
28:40je l'ai beaucoup entendu.
28:42C'est moi le guide de l'exposition,
28:48je m'appelle Daniel Pinoche.
28:50Suivez-moi les grands et les mioches,
28:52je suis l'as des explications.
28:54À gauche,
28:55voilà le pavillon grec,
28:56l'aquarium et ses poissons rouges.
28:58Remarquez qu'il n'y en a pas un qui bouge,
29:00on vient de les peindre,
29:01ils ne sont pas secs.
29:02Là,
29:02les pavillons étrangers,
29:04l'italien et l'anglais qui louche,
29:06le russe et l'allemand à côté.
29:12Il y allait en bande de copains
29:15en sortant du lycée de sixième
29:17et on parcourait tout.
29:20Il y avait plein de pavillons commerciaux en plus,
29:23on pouvait manger des Pâques,
29:25buitonni,
29:27pour rien.
29:28Et on était crevés le soir
29:30en rentrant chez soi,
29:31c'était inimaginable,
29:32on avait de la poussière
29:33jusqu'au-dessus des genoux.
29:35On était bien entendu en culette courte,
29:37à cette époque-là,
29:38quand on avait douze ans.
29:46La grande sensation,
29:47c'était les deux pavillons
29:49de l'URSS et du Troisième Reich
29:52face à face.
29:53Là,
29:54on avait l'impression,
29:55on a eu quand même
29:56une photographie de la guerre.
30:04Nous, à cette époque-là,
30:06on était très épris
30:07de l'URSS.
30:10Pour nous,
30:10c'était la première fois
30:12où il y avait
30:14le socialisme.
30:17Et là,
30:18il y avait deux figures,
30:20un couple
30:21qui se tenait par la main
30:22et avec les mains,
30:24il s'était dans un mouvement
30:26vers l'avenir,
30:27vers le ciel
30:29et il tenait
30:30le marteau
30:32et la faucille.
30:44Si on prend la liste
30:45des artistes importants
30:46de l'époque,
30:48à peu près tous
30:49s'engagent politiquement
30:50à ce moment-là.
30:51Et je dirais,
30:51le rapport,
30:53ça vaut aussi d'ailleurs
30:53pour les savants,
30:54les physiciens,
30:54les chimistes,
30:55le rapport est de neuf
30:56à un en faveur
30:58du Front populaire.
31:01Et il s'engage
31:02les intellectuels
31:03et les artistes
31:04et il crée
31:05et il croit
31:05parfois naïvement
31:07à un monde nouveau
31:08à l'exemple de Jean Renoir
31:09là encore
31:10qui dira
31:10« Je dois à ces deux films,
31:12La vie est à nous
31:13et La marseillaise,
31:15d'avoir vécu
31:16dans l'esprit exaltant
31:17du Front populaire. »
31:22« Au plus profond
31:23de ta détresse,
31:24tu n'es pas seule ! »
31:26« Le ciel est sombre,
31:27l'avenir t'apparaît noir,
31:29la vie te semble
31:30sans espoir.
31:32Camarade,
31:33reprends courage,
31:34tu n'es pas seule ! »
31:35Qu'il s'agisse
31:36du théâtre,
31:37du cinéma,
31:38Ciné Liberté,
31:39une association
31:39qui essaye de produire
31:41des contractualités
31:43prolétariennes
31:44qui met sur pied
31:46une souscription
31:48pour produire
31:48le film La Marseillaise
31:49et donc
31:49dont le secrétaire général
31:51et Jean Renoir.
31:53Ça vaut pour la musique,
31:54la fédération musicale populaire,
31:56les chorales populaires
31:56qui se multiplient
31:57un peu partout.
31:58Il y a même
31:59des domaines
31:59tout à fait étonnants.
32:00Il y a une association
32:01populaire
32:01des Amis des musées
32:02qui décident
32:03d'encourager
32:04la visite des musées
32:05c'est le moment
32:06où le Louvre
32:07expérimente des nocturnes
32:08absolument sans précédent
32:10au printemps 1936
32:11d'ouvrir ces musées
32:13aux syndicalistes
32:15à des groupes
32:15de syndiqués organisés
32:16et même la notion
32:17de musée
32:18se trouve complètement
32:19explosée
32:20puisqu'on va
32:21faire visiter
32:22conduit par Picasso,
32:23l'atelier de Picasso
32:24où on va faire visiter
32:25des usines.
32:26Donc on a l'impression
32:27qu'on est en 1980-90
32:28on est en 1936
32:30et dans à peu près
32:31tous les domaines
32:31vous voyez exploser
32:32les associations
32:34disons de popularisation
32:35on disait à l'époque
32:36de popularisation
32:37on dirait aujourd'hui
32:37de démocratisation culturelle.
32:48et pour ceux qui ne peuvent pas
32:50partir en vacances
32:51en cet été 37
32:52la plupart en fête
32:53les municipalités
32:54se mobilisent
32:55au bord de la Seine
32:56où l'on peut alors
32:57se baigner
32:58c'est un peu partout
32:59Paris-Plage
33:00avec 70 ans d'avance.
33:08Paris a voulu avoir
33:10aussi sa côte
33:11non pour faire oublier
33:12celle d'argent
33:13d'émeraudes
33:13ou d'azures
33:14mais simplement
33:15pour offrir
33:16à ceux qui ne peuvent
33:17s'éloigner des rives
33:18de la Seine
33:18les plaisirs de la plage
33:20c'est à Vilaine-sur-Seine
33:22que vient d'être aménagé
33:23ce point plein d'agrément.
33:33Si le 2 en arithmétique
33:35est le chiffre le plus charmant
33:38de tous les sports
33:39que l'on pratique
33:40le tandem est assurément
33:42le sport rêvé
33:43pour les amants
33:46je fais du tandem
33:48tu fais du tandem
33:50c'est toi qui m'entraîne
33:52c'est moi qui t'emmène
33:53et lorsque tu donnes
33:55un bon coup de pédale
33:56je pédale
33:57en même temps
33:58ça nous emballe
34:00je fais du tandem
34:01tu fais du tandem
34:02c'est bon pour l'hygiène
34:04et ça nous promène
34:06je t'aime
34:07en avant
34:08les cheveux au vent
34:09on s'aime
34:10en faisant du tandem
34:12je t'aime
34:13mon frère
34:13dont j'ai fait mon cousin
34:15dans les allumettes suédoises
34:17et je sais pas pourquoi
34:18il s'appelait Edouard
34:19et sa femme Marinette
34:21et alors c'était amusant
34:23parce qu'ils avaient acheté
34:23un tandem
34:25à l'époque
34:25c'était le grand luxe
34:27le tandem
34:28la plupart des jeunes couples
34:30avaient un tandem
34:31alors quand ils partaient
34:33ils étaient habillés
34:34tous les deux
34:35de la même façon
34:36s'il faisait chaud
34:37c'était avec un short
34:38s'il faisait froid
34:39c'était avec des culottes
34:40de golf
34:40je me souviens
34:42d'un petit bonnet
34:42à pompon
34:43le même maillot de corps
34:46et ils partaient
34:47ils étaient heureux
34:48mais c'était
34:49c'était un bonheur
34:50extraordinaire
35:01dans les manuels
35:03de géographie
35:04on regardait
35:05les photos
35:06de la France
35:07avec ses fleuves
35:09ses montagnes
35:10ses côtes
35:11on rêvait
35:12mais on avait un peu
35:14l'impression
35:14de rêver
35:15un peu comme
35:16on rêve
35:17d'un voyage
35:17dans la lune
35:18parce qu'on n'avait pas
35:19le sentiment
35:20qu'on aurait
35:22un jour
35:22l'occasion
35:24la possibilité
35:26de connaître
35:27ce qu'on voyait
35:28dans ces manuels
35:30d'histoire
35:30nous sommes à environ
35:321000 mètres d'altitude
35:33un air vivifiant
35:35et pur
35:35chargé des odeurs
35:37balsamiques
35:37des sapins
35:38emplit nos poitrines
35:39on vit dans une atmosphère
35:41de délassement physique
35:42et intellectuel
35:43tous les soucis
35:45sont oubliés
35:46c'est le repos
35:47vraiment complet
35:48tout concours
35:49à la régénération
35:50de notre être
35:51que nous sommes venus
35:51chercher
36:00on parle alors
36:01de la civilisation
36:02du sac à dos
36:04c'est l'invention
36:05du loisir de plein air
36:06le camping s'impose
36:08avec 200 000 pratiquants
36:09recensés
36:10cette année là
36:11l'année où un fabricant
36:12de toiles de bâche
36:13invente la triganette
36:15première tente
36:16canadienne familiale
36:18on avait grelotté
36:19je me pensais
36:21d'un sous-set-tente
36:22sans tapis de sol
36:24sans double toit
36:25et il n'avait plus
36:27par le sur le marché
36:28mais quand on ouvre la tente
36:30il y avait un soleil radieux
36:32on s'est allé nu sur l'herbe
36:35on s'est séché
36:36mais on était heureux
36:41et il y a un monsieur
36:43bien habillé
36:44en costume
36:45qui s'approchait
36:47qui dit
36:47vous m'excusez
36:48ce que je vous dérange
36:50mais je vous envie
36:51comment vous êtes
36:53vous êtes en plein air
36:56torse nuit
36:57tout ça
36:58voyez-vous
36:58moi
36:59moi j'habite
37:00dans les grands hôtels
37:01dans les grands hôtels
37:03chez toi
37:04pour aller
37:05pour aller
37:07mettre à table
37:08chez toi
37:09mettre une gravette
37:10chez toi
37:10je vous envie
37:12alors
37:13nous on a dit
37:14mais écoutez
37:16vous
37:17vous pouvez
37:18vous imiter
37:19j'avais pitié
37:21de lui
37:27ce nouveau temps libre
37:29les syndicats
37:29la cgt surtout
37:30le prennent en main
37:31au château de baillet
37:33par exemple
37:36et ce château
37:37je sais pas comment
37:38il devait être à vendre
37:39ou il ne l'était pas
37:39et puis avec les cotisations
37:41donc qui avaient été données
37:42par les salariés
37:43par leur code pour
37:44en adhérant
37:45parce qu'il y avait
37:46une affluence
37:46d'adhésion nouvelle
37:48dans cette période
37:48au syndicat cgt
37:50ils avaient acheté le château
37:51pour les ouvriers
37:52et c'était
37:53c'était
37:54un peu une revanche
37:55pour un grand nombre
37:56non
37:57d'être dans un château
38:12on était très bien
38:13on était contents
38:14c'est là où j'ai fait
38:16mes expériences de cuisinier
38:17parce que ma mère
38:18m'avait donné des haricots
38:19des petits pois
38:21de peur qu'on n'ait pas
38:23pour assez à manger
38:24j'ai écossé les petits pois
38:25je les ai mis dans la gamelle
38:25sans rien mettre dedans
38:26et ça sautait
38:28le grand air donne faim
38:30et les métallos
38:31font honneur
38:31au repas champêtre
38:41l'appétit n'attend pas le nombre
38:43des années
38:47les petits citadins vivent dans un air vicier
38:49où les arbres eux-mêmes s'étiolent
38:52souhaitons que l'an prochain
38:53les projets en cours se réalisent
38:55et permettent à tous les enfants
38:57de quitter la ville
38:58pour jouir des bienfaits d'un séjour dans la nature
39:00ainsi les vacances contribueront à l'amélioration de la race française
39:07et je me rappelle madame
39:09que samedi soir
39:10vous prenez la parole
39:11au grand gala
39:12donné pour les vacances
39:13des enfants de chômeurs
39:15à la salle pléienne
39:16très bien
39:16nous nous occupons encore
39:18des questions pressantes du moment
39:21c'est-à-dire
39:21de l'envoi des enfants
39:23en colonie de vacances
39:25les enfants des métallurgistes
39:27passent leurs vacances
39:28au domaine de Vouseront
39:29en 1937
39:30la colonie a abrité
39:32554 enfants
39:34totalisant 20 161 jours de vacances
39:37ils partent
39:38impatient
39:39pour la colonie
39:40où les attendent déjà
39:4150 petits réfugiés espagnols
39:43adoptés par le syndicat
39:57c'est le front populaire
39:59qui lance la dynamique
40:00des centres de vacances pour enfants
40:02la première maison de campagne
40:04des écoliers est ouverte
40:05en juillet 1936
40:06à Saint-Maurice-sur-Moselle
40:08c'est une sorte de colonie
40:10de vacances innovantes
40:11dans sa référence
40:11à l'éducation nouvelle
40:27à Biarritz
40:28les vacances se terminent
40:29pour les enfants nécessiteux
40:30de Dordogne
40:31c'est le temps
40:32où les politiques
40:32découvrent la jeunesse
40:34et le font savoir
40:36dis-moi ma petite fille
40:37depuis combien de temps
40:38es-tu ici ?
40:40il y a 28 jours
40:41il y a 28 jours
40:43et tu t'es bien amusée ?
40:44tu te portes bien ?
40:46est-ce que la soupe est bonne ?
40:48ah et vous aussi ?
40:49est-ce que la soupe est bonne ?
40:50oui !
40:52ah bravo
40:52et bien mes chers enfants
40:54il y a quelque chose
40:55qu'il faut encore dire
40:56il faut que j'exprime
40:58en votre nom ici
40:59toute votre gratitude
41:01aux excellents maîtres
41:03qui vous entourent
41:04à toutes les personnes
41:06qui dans nos campagnes
41:08se sont occupées
41:09de vous grouper
41:10à toutes les oeuvres
41:12qui vous ont
41:13qui ont fait des sacrifices
41:14importants
41:15pour que vous soyez ici
41:16je te goûtez mes chers enfants
41:18je vous ai fait peur
41:18par madame Andrieux
41:27au 20ème siècle
41:28l'été 1936
41:29reste
41:30un peu comme mai 68
41:32une date rupture
41:34un mouvement est lancé
41:36une nouvelle société s'invente
41:38les femmes sortent de l'ombreau
41:39sans avoir le droit de vote
41:41leur corps se libère
41:42se défont du corset
41:44la gymnastique
41:45à ses premiers adeptes
41:48au début des années 30
41:48on est entièrement
41:50dans le refus
41:51du hal et du soleil
41:53et dès les années 40
41:54on sent bien
41:55que le mouvement
41:55est lancé
41:57en sens inverse
41:58et le basculement
41:59se situe pour la France
42:00au milieu des années 30
42:01alors les congés payés
42:03ne sont pas la cause principale
42:04mais ils ont certainement
42:05accéléré le mouvement
42:06et un exemple décisif
42:08c'est l'apparition
42:09d'un nouveau
42:09magazine féminin
42:11qui est hebdomadaire à l'époque
42:12qui s'appelle Marie Claire
42:13qui naît en 1937
42:15et le discours de Marie Claire
42:16est extrêmement différent
42:18sur la question du bronzage
42:19du discours
42:20du journal dominant
42:21pour les femmes
42:22qui est le petit égo de la mode
42:23le petit égo de la mode
42:24se méfie du soleil
42:25pour la première fois
42:26on voit un magazine féminin
42:27qui fait l'éloge du bronzage
42:29on sent bien
42:30que le rapport au corps
42:31est en train de basculer
42:32et puis il y a cette utopie
42:58de nos ancêtres
42:59une bizarrerie vue d'ici
43:01les auberges de jeunesse
43:03on en compte des centaines
43:05qui fleurissent
43:06des auberges de jeunesse catholiques
43:08issues du mouvement Le Sion
43:09des laïcs les plus nombreuses
43:11et même des utopistes absolus
43:13groupés autour de Jean Gionneau
43:15en Provence
43:16ce qui m'a attiré
43:18c'était un certain nombre de valeurs
43:22qui me plaisait
43:24il y avait
43:25l'internationalisme
43:27le pacifisme
43:29la mixité
43:30et puis
43:32le goût de l'effort
43:34le sens de la communauté
43:36de la vie collective
43:39où chacun apportait
43:40ce qu'il pouvait donner
43:42chacun participait
43:44aux travaux
44:01il n'y avait pas de tâches
44:02réservées aux filles
44:03tâches réservées aux garçons
44:06on faisait aussi bien
44:07la vaisselle
44:07la cuisine
44:08les corvées de bois
44:09les corvées d'eau
44:10et les filles
44:11exactement pareil
44:12les filles
44:13savaient monter une tente
44:14aussi bien que nous
44:14il n'y avait pas de
44:15le garçon fort
44:17qui plantait un piqué
44:19ça n'existait pas
44:19les filles étaient aussi fortes que nous
44:21quand on faisait des randonnées
44:23de 30 ou 40 kilomètres
44:24les garçons et les filles
44:26on faisait pareil
44:27c'était l'égalité
44:29la plus complète
44:34la mixité pour nous
44:36c'était une dimension
44:37de la vie collective
44:38extrêmement importante
44:39parce que
44:40beaucoup de mouvements
44:42ne la pratiquaient pas
44:43le scoutisme
44:43par exemple
44:47c'était quand même
44:48mal vu vous savez
44:49en 36
44:50des filles en short
44:51et puis cette mixité
44:52dans les tentes
44:53vous pensez
44:54ça laissait des soupçons
44:55bien entendu
44:56je ne dirais pas
44:57qu'il n'y a pas eu
44:57d'amourette
44:58et même des mariages
44:59mais
45:01les gens
45:01qui nous voyaient
45:02coucher dans la même tente
45:04je suis sûre
45:05qu'ils employaient
45:05le mot lupanard
45:06quand ils parlaient de nous
45:11et c'est le début
45:13effectivement
45:13de la liberté sexuelle
45:16j'ai connu
45:17des soirées
45:19aux auberges
45:20au clage
45:21où on parlait
45:22de contraception
45:23et curieusement
45:24c'est aux auberges
45:26à jeunesse
45:26à une soirée
45:27que j'ai vu
45:28la première fois
45:29des préservatifs
45:31je ne savais pas
45:31ce que c'était
45:43ma vie aurait été
45:45tout à fait différente
45:46si je n'avais pas
45:46connu les auberges
45:47de jeunesse
45:49parce que
45:49finalement
45:50toutes ces valeurs
45:51nous sont restées
45:52d'ailleurs
45:52ces valeurs
45:53elles ont fait
45:54leur chemin
45:55individuellement
45:56vous avez l'écologie
45:57vous avez des mouvements
45:58pacifistes
45:59vous avez des mouvements
46:00féministes
46:00tout ça
46:02c'était comme
46:03un creuset
46:03dans lequel
46:05il y avait
46:05justement
46:06toutes ces valeurs
46:06c'est un peu
46:07comme des parents
46:08qui auraient eu
46:09des enfants
46:09qui ont pris
46:10leur indépendance
46:11leur essor
46:11et développer
46:29le Sénat lui ayant
46:30refusé les pleins
46:30pouvoirs
46:31le ministère
46:32le ministère Blum
46:32est démissionnaire
46:32et monsieur
46:33Daladier
46:33est chargé
46:34de former
46:34le nouveau cabinet
46:35et dans l'après-midi
46:36de dimanche
46:37moins de 48 heures
46:38après la chute
46:38du précédent ministère
46:40c'est fini
46:42la chute
46:43du deuxième gouvernement
46:44Blum
46:44en avril 1938
46:45marque la fin
46:46de l'expérience
46:47du front populaire
46:49Blum s'en va
46:51il est remplacé
46:52par Daladier
46:54tandis qu'à l'est
46:55Hitler vient
46:57de dévorer
46:57l'Autriche
46:59la France
47:00de Daladier
47:01justement
47:01et l'Angleterre
47:02de Chamberlain
47:02vont bientôt
47:03lui offrir
47:03la Tchécoslovaquie
47:04avec les accords
47:06de Munich
47:09pour Léo Lagrange
47:10aussi c'est fini
47:12proche des thèses
47:13du colonel De Gaulle
47:14sur la nécessité
47:15des blindés
47:15dans la guerre moderne
47:17il est le seul
47:18parlementaire
47:18à s'engager
47:20volontairement
47:20à la déclaration
47:21de guerre
47:22il meurt en héros
47:23le 9 juin 1940
47:26à partir de l'été 38
47:27tout a basculé
47:29c'est désormais
47:30la question de la guerre
47:31qui est obsessionnelle
47:31c'est pas la question
47:32des réformes sociales
47:33ça permet d'ailleurs
47:34au gouvernement
47:34de revenir en arrière
47:36sur pas tellement
47:38les congés payés
47:38mais les 40 heures
47:39et il faudra la libération
47:41pour que le mouvement
47:41soit relancé
47:42c'est un mouvement
47:43qui ne s'est pas arrêté
47:45et qui a frappé
47:47tellement la gauche
47:47à ce moment là
47:48et la gauche
47:49par la suite
47:50que chaque fois
47:52qu'il y a eu
47:52un gouvernement de gauche
47:53on a ajouté
47:53une semaine
47:54de congés payés
47:5415 jours
47:56avec Léo Lagrange
47:57et Blum
47:58une semaine supplémentaire
48:00avec Guy Mollet
48:00ça fait 3 semaines
48:01la quatrième semaine
48:03c'est le syndicat
48:04c'est De Gaulle
48:05c'est le syndicat Renault
48:06qui a demandé
48:08la quatrième semaine
48:09et la cinquième semaine
48:10avec Mitterrand
48:11et moi
48:11pour 5 semaines
48:13pas de congés payés
48:2314 juillet 1939
48:25c'est le dernier été
48:26pour les congés payés
48:27on ginge dans les balles
48:29de quartier
48:30mais le coeur
48:31n'y est plus vraiment
48:34on était à la terrasse
48:36de la
48:37du Dôme
48:39avec mon père
48:40et lui
48:41et c'était le soir
48:43et il y avait un feu d'artifice
48:44sur les invalides
48:47on ne les voyait pas
48:48les invalides
48:48mais on voyait le reflet
48:50du feu d'artifice
48:51par là
48:53à gauche
48:55et je me souviens
48:57de Dominguez
48:57disant
48:58l'année prochaine
48:58ça ne sera plus
48:59un feu d'artifice
49:00ça sera des fusées éclairantes
49:03il y aura la guerre
49:19ça a été affreux
49:20quand je pense
49:21à cette période
49:22mais d'une telle joie
49:24d'une telle exaltation
49:27suivie
49:29par l'abomination
49:30c'est quelque chose d'affreux
49:33si vous voulez
49:34ce contraste
49:35entre cette joie
49:37des gens
49:38qui par les conquêtes
49:40sociales
49:41arrivaient petit à petit
49:43à mieux vivre
49:44à envisager l'avenir
49:46avec optimiste
49:47et puis
49:47brusquement
49:4939
49:50la guerre
49:51tout s'écroule
49:58sur une branche
50:00de bois mort
50:01le dernier oiseau
50:03de l'été
50:04se balance
50:06dernier dimanche
50:08en ce décor
50:10où meurt
50:11le sourire enchanté
50:13des vacances
50:14dernier soleil
50:17qui nous salue
50:18et qui s'éclipse
50:20au fond des nues
50:21dans sa gloire
50:24demain sera
50:25fini l'amour
50:26et nous n'aurons plus
50:28ces beaux jours
50:29qu'en mémoire
50:32à quoi bondir
50:34à l'an prochain
50:36quand on n'est pas
50:37du tout certain
50:38d'être ensemble
50:41la vie se plaît
50:42à séparer
50:44ceux qui dans le bonheur
50:46d'aimer
50:47se ressemblent
50:49que viens-tu chercher
50:51en ces lieux
50:53toi qui s'envoie
50:54fit tes adieux
50:56à l'enfance
50:57c'est toi la branche
51:00de bois mort
51:01c'est toi l'oiseau
51:03la mer
51:04le port
51:05les vacances
51:06qui s'envoie
51:08qui s'envoie
51:09qui s'envoie
51:10qui s'envoie
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