- il y a 2 jours
C pas si loin propose de décrypter les enjeux contemporains en France et à l'international depuis les Outre-mer. Présenté par Karine Baste, C pas si loin explore le monde depuis les Outre-mer. Cette France des trois océans, au carrefour de frontières et d'influences croisées, répond autrement aux dynamiques économiques, écologiques, géopolitiques et culturelles. Ce magazine propose un regard singulier sur nos enjeux contemporains et la place des territoires ultramarins dans le monde. Année de Production :
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00:10Bonjour à tous, très heureuse de vous accompagner pour ce nouveau numéro de C'est pas si loin.
00:14Le chanteur lyrique Fabrice Di Falco est notre invité aujourd'hui.
00:18Son actualité, son infatigable mobilisation en faveur de la jeunesse ultramarine,
00:23il nous en parlera bien sûr.
00:25Ensemble, on reviendra aussi sur plusieurs thématiques abordées dans votre magazine.
00:29A commencer par le mondial de foot qui a démarré, ça y est, et dès dimanche, Haïti entre en lice.
00:3552 ans que la sélection ne s'était pas qualifiée.
00:37Nous avons suivi l'équipe dans ses préparatifs en Floride.
00:42Plus de 325 millions d'euros mobilisés depuis 2018 pour la restauration du patrimoine en péril.
00:491000 sites patrimoniaux dont plus de 70% sont aujourd'hui restaurés ou en cours de restauration.
00:55Illustration entre la Martinique et l'île de la Réunion.
00:59Et puis nous reviendrons aussi sur ces danses et musiques inextricablement liées à l'histoire de l'esclavage.
01:05Des rythmes aussi puissants que des mots, des gestes qui brisent le silence.
01:09On parlera notamment du guoka et du ballet dans un court instant.
01:15Bonjour Fabrice Difalco.
01:17Bonjour.
01:17Je suis ravie de vous accueillir sur le plateau de C'est pas si loin.
01:20Alors votre actus est notamment le 30 juin prochain au Théâtre des Champs-Elysées,
01:24l'opéra Porgy & Bess adapté d'une pièce créée en 1935 et dont vous serez le récitant.
01:30Exactement, j'aurai la chance d'être le récitant avec Claudia Tagbo.
01:34Nous allons faire découvrir au public du Théâtre des Champs-Elysées l'histoire de Porgy & Bess,
01:40revisité à la rue Cazenègre avec justement ce petit clin d'œil à Joseph Zobel et Eusanne Palsy.
01:46Parce que c'était très important pour nous que pour la première fois,
01:49nous ayons un casting essentiellement d'afro-descendants français.
01:54Et donc on aura bien sûr, on va retrouver les plus grandes stars des voix des Outre-mer,
01:58comme Marie-Laure Garnier, Axel Saint-Cyrel, Livia Louis-Joseph Doguet et tant d'autres
02:03qui vont justement nous émouvoir avec cette histoire qui est très très belle.
02:07Et on va revenir, je dirais, avec ce summertime qu'Ella Fitzgerald a pu chanter,
02:12ou Louis Armstrong, avec cette œuvre qui berce notre enfance.
02:16Axel Saint-Cyrel, qu'évidemment le monde entier a découvert.
02:19Lorsque, durant la cérémonie d'ouverture des JO, elle a chanté la Marseillaise à Paris, évidemment.
02:25Il est très important pour vous justement de mettre en avant tous ces afro-descendants
02:30lorsque vous intervenez, que ce soit ici, à Paris ou en Outre-mer,
02:34quel que soit ce que vous faites.
02:35C'est très important de détecter dans les territoires des talents,
02:39de les former gratuitement, de les faire entrer dans des conservatoires,
02:42que ce soit municipaux, régionaux ou national supérieur de musique de Paris ou de Lyon,
02:47et ensuite de les professionnaliser, de leur permettre même de devenir intermittents du spectacle.
02:52Alors en huit années, en huit éditions du concours des Outre-mer,
02:55on est ravis que des personnes comme Axel Saint-Cyrel,
02:58pris du CNSM de Paris comme Marie-Laure Garnier,
03:01justement deviennent des professionnels.
03:03Et comme Livia Loujoseph-Doguet, qui vient de rentrer à l'Académie de l'Opéra Comique,
03:08ou Winona Berry à l'Académie de l'Opéra de Paris,
03:10où la jeune Elikia, qui est rentrée à la maîtrise de l'Opéra de Paris,
03:18c'est important justement de montrer qu'on peut découvrir des talents
03:21et les emmener à devenir professionnels et de réussir d'autres concours,
03:25comme par exemple sur France 2, prodige que vous avez entendu.
03:29Exactement, tout à fait.
03:29Et Marie-Laure Garnier, que nous avons eu le plaisir de recevoir ici même sur le plateau.
03:33Alors toutes ces voix ont été découvertes à travers le concours que vous portez,
03:38le concours Voix des Outre-mer, et dont vous préparez actuellement la neuvième édition.
03:43Qui vous soutient dans cette mission, Fabrice Nifalco ?
03:46Alors déjà, qui me soutient dans cette mission, c'est Julien Leleu,
03:49le président de l'association Les Contrecourants,
03:51organisatrice de cette émission Voix des Outre-mer,
03:53qu'on a eu la chance d'ailleurs de faire ensemble.
03:56Absolument.
03:57Justement, c'est important d'avoir des soutiens dès le début,
04:01des personnes qui ont cru en nous, des institutions qui ont cru en nous,
04:05et puis des mécènes qui ont cru en nous,
04:06parce que c'est important de rappeler que le concours Voix des Outre-mer
04:09est le seul concours où il n'y a pas de frais d'inscription,
04:12il y a des cours gratuits toute l'année,
04:15il y a également toute la prise en charge, transport, logement et nourriture.
04:20Et oui, d'où ma question d'ailleurs, justement, en termes de soutien.
04:23Les collectivités jouent le jeu ?
04:25Toutes les collectivités font de leur mieux.
04:28Je dirais toutes les régions font de leur mieux,
04:31tous les ministères font de leur mieux,
04:32parce que c'est important que, même si la situation économique mondiale est difficile,
04:38il faut quand même soutenir l'artistique.
04:40Et je me bats pour pouvoir dire à toutes les institutions
04:43que même si l'argent est de moins en moins possible,
04:47mais n'oublions pas la détection, la professionnalisation d'artistes ultramarins
04:51qui veulent réussir ce métier extraordinaire.
04:55Fabrice Difalco, le conseil exécutif de Martinique vient d'approuver
04:58la création d'un conservatoire artistique
05:00avec une première ouverture pédagogique dès le mois de septembre.
05:03Vous qui avez dû quitter votre île natale, la Martinique justement,
05:06pour réaliser votre rêve de devenir chanteur d'opéra,
05:09est-ce que vous vous en êtes remis de ce déracinement dont vous parlez souvent ?
05:13On ne se remet pas d'un déracinement
05:15quand elle est obligée de quitter ses parents à l'âge de 18 ans
05:18pour venir dans une île.
05:20Moi, je suis venue à Paris, l'île de France, loin de ses parents,
05:24parce qu'en fait, c'est très douloureux, si vous voulez, pour moi,
05:28parce qu'on quitte ses parents, on quitte sa mère, on quitte son père,
05:31on quitte ses amis.
05:32On vient dans un environnement, bien sûr, qu'on connaît à travers la télé,
05:37qu'on connaît quand on vient en vacances, mais on est très loin.
05:40Et puis, on arrive à un conservatoire, on est souvent le seul noir dans une classe.
05:46Et donc, on se retrouve avec un niveau, bien sûr, d'enseignement
05:50pour l'artistique dans le lyrique,
05:51mais très différent de celui qu'on a dans les territoires.
05:55Et donc, en fait, c'est très important pour moi qu'enfin,
05:58après des années où j'ai demandé à toutes les politiques en Martinique
06:03qu'on ait un conservatoire,
06:04mais je suis ravi qu'enfin, en septembre,
06:07on puisse ouvrir ensemble ce conservatoire en Martinique.
06:09Allez, on en vient au thème de la semaine, Fabrice Di Falco,
06:12avec d'abord le Mondial de foot qui est lancé.
06:15Entrée en liste de la France mardi prochain, ce sera face au Sénégal.
06:17Et dès ce dimanche, pour l'inattendue sélection haïtienne,
06:20sélection que nous avons suivie lors d'un match amical préparatoire,
06:24début juin en Floride.
06:25Regardez.
06:28Dans les gradins, l'excitation est palpable.
06:31Côté Nouvelle-Zélande, tribune vide.
06:34Mais côté Haïti, l'ambiance, survoltée,
06:38monte encore d'un cran lorsque l'hymne retentit.
06:51Sous-titrage Société Radio-Canada
07:19Et au final, le score est sans appel.
07:404-0 pour Haïti.
07:424-0 pour Haïti.
07:424-0 pour Haïti.
08:034-0 pour Haïti.
08:19Fabrice Di Falco, lorsqu'un ténor entre en scène,
08:22il porte souvent avec lui une histoire bien plus grande,
08:25une histoire qui le dépasse.
08:26Les joueurs haïtiens, est-ce que selon vous,
08:29ils vont entrer dans le stade lors de ce mondial
08:33avec autre chose qu'un maillot de foot,
08:36avec une fierté collective, une mémoire, une dignité peut-être ?
08:39Une fraternité, une équipe soudée qui a envie de réussir.
08:45C'est comme nous à l'Opéra, on n'est jamais un soliste tout seul.
08:48On est avec d'autres solistes, d'autres choristes,
08:51avec justement une mise en scène commune.
08:53Je pense que quand on est soliste ou footballeur,
08:57on est dans la même, je dirais, équipe,
08:59parce qu'on n'est pas là pour soi-même.
09:01On ne veut pas gagner soi-même.
09:02On veut gagner une œuvre.
09:04On veut gagner Carmen de Georges Bizet.
09:06On veut gagner les Contes d'Hoffmann de Jacques Offenbach.
09:08On veut gagner Porgy & Bess.
09:10Et je suis très admiratif, justement, des sportifs du football
09:13parce qu'en fait, c'est une équipe qui va,
09:17qui essaye par tous les moyens d'être harmonie
09:19parce que c'est important de gagner en humanité.
09:23L'équipe haïtienne composée de jeunes et d'anciens,
09:25c'est une compétition qui fédère le mondial.
09:27À chaque fois, tous les quatre ans, c'est pareil.
09:29Il y a de là quelque chose de populaire comme le chant.
09:33Est-ce que vous diriez que le sport et la culture
09:35jouent exactement le même rôle ?
09:37Le sport et la culture, le chant d'opéra,
09:40mais c'est la même chose parce que c'est populaire.
09:42Il ne faut pas oublier que l'opéra, né en Italie,
09:44était une œuvre populaire.
09:46Les compositeurs composaient ce qu'ils voyaient autour d'eux,
09:49de leurs voisins, de leurs copains, des personnes influentes, etc.
09:53C'est après, quand des mécènes ont commandé des œuvres,
09:57que c'est devenu élitiste.
09:58Moi, je pense que le football, tout sport confondu,
10:01tant que c'est populaire, c'est comme l'art lyrique, c'est populaire.
10:04Haïti qui est donc qualifié pour la première fois depuis 52 ans
10:07à un mondial de foot, Fabrice Di Falco,
10:09un pays que vous incluez totalement dans votre concours de chant Voix des Outre-mer.
10:13Deux des lauréats par le passé étaient d'ailleurs haïtiens.
10:16Pour quelles raisons avez-vous choisi d'inclure Haïti
10:18dans un concours qui, a priori, est dédié au territoire français d'Outre-mer ?
10:21Dans un concours Voix des Outre-mer dédié au territoire français,
10:24c'était important aussi de donner une lumière à toutes les îles avoisinantes des Caraïbes.
10:30Et pour moi, j'étais très content qu'Anglore Blaise,
10:33Haïtiens, puisse gagner le Grand Concours Voix des Outre-mer
10:35et qu'Auguste Truel gagne le prix Jeune Talent.
10:38Et encore, nous avons des chanteurs venus d'Haïti.
10:42Pour moi, les Haïtiens, c'est à côté de la Martinique,
10:45c'est à côté de la Doube.
10:46Ce sont des frères, ce sont des sœurs.
10:48À partir du moment où vous êtes dans le même territoire avoisinant,
10:51à partir du moment où vous nagez dans les mêmes eaux,
10:54à ce moment-là, c'est important.
10:55Et j'ai même créé un concours au-delà du concours Voix des Outre-mer
10:59avec un prix, prix Christiane et Dapierre,
11:01qui souffre à tout, comment dirais-je, afro-descendant.
11:06Ça veut dire qu'en cas de victoire d'Haïti,
11:08ce sera un peu une sorte de victoire régionale ?
11:10Ah, mais moi, je pense que quand un chanteur d'opéra
11:14gagne, je dirais, une victoire à l'Opéra de Paris en tant qu'Haïtien,
11:20c'est la même victoire que ceux qui sont actuellement sur le terrain
11:23doivent avoir le même sentiment, le succès d'un pays.
11:27Entrée en liste d'Haïti ce dimanche face à l'Écosse.
11:30Allez, on en vient au deuxième thème de la semaine,
11:32Fabrice Di Falco, le 14 avril dernier.
11:3518 sites régionaux étaient sélectionnés
11:37et dévoilés par la mission patrimoine dans le cadre du loto du patrimoine.
11:41Tous bénéficieront d'un soutien financier pour leur sauvegarde
11:44et cinq se situent Outre-mer.
11:46Regardez.
11:51Sérieusement endommagés par une série de catastrophes naturelles,
11:54dont le tremblement de terre de 2009,
11:56l'église de la commune est fermée.
12:07Monsieur Valar, tu as vu, malgré la bâche,
12:10tu as des petits points où c'est...
12:11Oui, c'est noir un peu.
12:13Oui, c'est parce qu'au fait, il y a encore des infiltrations d'eau.
12:17Il y a de l'eau qui est...
12:18L'objectif de la première phase, la phase zéro, c'est de la mise en eau d'eau.
12:21Aujourd'hui, monsieur le maire fait l'inventaire d'un chantier
12:24qui va bientôt commencer.
12:26L'église vient d'être sélectionnée par le loto du patrimoine.
12:30Un coup de pouce décisif qui permet de lancer les travaux de rénovation.
12:36Les fidèles ont besoin d'avoir leur bâtiment.
12:38Mais c'est le parcours du combattant.
12:41Vous savez, au fait, il y a des procédures.
12:42Quand il faut bénéficier,
12:44que ce soit inscrit au bâtiment des bâtiments de France,
12:47qu'ensuite, on puisse bénéficier des aides.
12:49Et c'est peut-être pour ça qu'il y a des choses
12:51qu'on aurait déjà dû rénover,
12:52qui sont là parfois, où les gens sont dégoûtés
12:55et abandonnent et ça tombe en décrépitude.
12:59Mais le mur est détaché du poteau qui est là.
13:03De l'autre côté, là, ça se voit.
13:05Oui, le mur a bougé.
13:07Et là, on voit aussi qu'il est complètement pourri.
13:09Ah oui, oui, là, effectivement,
13:12les termites ont déjà abîmé.
13:16Philippe Villard, retraité,
13:18est bénévole à la Fondation du patrimoine.
13:20C'est lui qui a poussé la candidature de l'église
13:23au loto du patrimoine.
13:25Pourquoi s'intéresser à un bâtiment
13:27qui est aussi fragile et aussi en difficulté ?
13:31C'est évident.
13:31Si on ne le sauve pas,
13:33un bourgeois va disparaître.
13:35Ça fait partie du patrimoine martiniquais,
13:37évidemment.
13:38Pour moi, c'était une évidence.
13:39Il fallait s'intéresser à cette église-là.
13:44En Martinique, où vous êtes née,
13:45où vous avez grandi,
13:45la maison d'Émée-Césaire a également été restaurée
13:47grâce à ce loto du patrimoine.
13:49C'était en 2018.
13:52La renaissance de ce type de lieu,
13:54est-ce que ça a du sens ?
13:55Est-ce que ça a de l'importance
13:57pour les populations concernées, selon vous ?
13:59Moi, je pense que c'est très important,
14:00en tant que martiniquais, bien sûr,
14:02de redécouvrir des villes
14:04grâce justement à des institutions
14:07comme le loto du patrimoine
14:08qui vont mettre en lumière cette église,
14:10par exemple au Gros-Morne.
14:11Je pense que c'est très important
14:12pour le touriste aussi
14:14de pouvoir aller au Gros-Morne
14:15grâce à cette église
14:16qui va être remise en lumière.
14:18C'est pareil pour Saint-Pierre,
14:20la cathédrale de Saint-Pierre.
14:22C'est pareil parce qu'en fait,
14:23en Martinique, dans le nord de la Martinique,
14:25cette cathédrale de Saint-Pierre
14:26aussi est importante.
14:27Quand on arrive par bateau, par avion,
14:28on la voit.
14:29Je pense que tous les lieux mémoriels,
14:31tous les lieux traditionnels,
14:33toutes les maisons aussi sont importantes,
14:36d'hommes aussi influents
14:37et intéressants comme Aimée-Césaire
14:39parce que c'est aussi une chance
14:42pour que le touriste puisse découvrir
14:44nos îles avec des patrimoines
14:47qu'on a remis en lumière.
14:49Et puis peut-être pour la transmission aussi
14:50parce que c'est vrai que ce sont des lieux
14:51qui, sans cela, pourraient disparaître,
14:54disparaître aussi de nos mémoires
14:55et donc de notre histoire.
14:56Qu'est-ce qui est plus fragile finalement ?
14:58Le bâti ou la mémoire ?
14:59Je pense que le bâti et la mémoire
15:01sont tous les deux très fragiles
15:03parce qu'en fait, à partir du moment
15:05où dans la musique,
15:06on ne peut pas faire de musique
15:08sans les notes blanches,
15:09sans les notes noires.
15:10On ne peut pas faire de musique
15:11sans bémol et sans dièse.
15:13Donc je dirais que ces deux mots
15:15sont importants
15:16pour que nous puissions toujours
15:18trouver essentiel
15:19de mettre en lumière
15:21des...
15:22je dirais des évidences
15:24qui deviennent ensuite évidents.
15:26On parlait d'Haïti tout à l'heure,
15:28Fabrice Di Falco.
15:28C'est un pays qui a donné au monde
15:30une révolution,
15:31une littérature incroyable,
15:33une musique sans frontières,
15:35la jeune Naïka qui perce en ce moment,
15:37qui est franco-haïtienne,
15:38qui vit aux États-Unis.
15:39Pourtant, son patrimoine
15:40est souvent moins connu
15:42que ses difficultés,
15:44ce qui est vraiment dommage.
15:45Preuve que si le bâti s'évapore,
15:47vraiment l'histoire disparaît avec.
15:50Vous savez, je pense que
15:51la majorité des bâtis
15:53peuvent rester debout
15:56pendant des siècles
15:57s'il n'y a pas de guerre
15:58qui détruise tout.
16:00Mais s'il y a bien quelque chose
16:01qui va rester,
16:02c'est quand on entend
16:03la voix de la calasse,
16:05la calasse est restée vivante.
16:07Quand on entend des chanteurs
16:09et des chanteuses
16:10de tout style confondu,
16:12grâce aux disques et aux enregistrements,
16:14ils restent vivants.
16:14Et c'est important que nous tous,
16:16nous puissions laisser vivre des choses
16:20et c'est important aussi
16:21qu'on soit tous ensemble
16:23pour qu'aussi bien des bâtis
16:24que de la mémoire
16:25puissent continuer à survivre
16:27et nous survivre.
16:28Si vous aviez, Fabrice,
16:30une richesse ultramarine
16:32à inscrire au patrimoine mondial,
16:35quelle serait-elle ?
16:37Je sens que la question est compliquée là.
16:39Je dirais que le théâtre opéra
16:41de Saint-Pierre,
16:43dans le nord de la Martinique,
16:46bien sûr, les gens oublient
16:47que des productions de l'Opéra de Paris
16:50partaient par bateau
16:51pour livrer une production entière
16:54au théâtre de Saint-Pierre
16:56et que tous les Afro-Américains
16:57venaient, non pas à l'Opéra de Paris,
17:00voir un opéra,
17:00mais venaient le voir
17:01au Grand Théâtre de Saint-Pierre.
17:03Donc je dirais que cette ville
17:06mérite qu'on s'y attarde
17:08et ce Grand Théâtre de Saint-Pierre,
17:10où en tant que citoyen d'honneur
17:11de cette ville de Saint-Pierre,
17:12toutes les Pierrotines
17:14et toute cette nouvelle municipalité,
17:16nous sommes d'accord
17:17pour que le Grand Théâtre de Saint-Pierre
17:19puisse encore faire parler d'elle.
17:21Allez, on va continuer
17:22à parler culture,
17:23à parler art,
17:24la musique et la danse
17:25ont-elles permis aux esclaves
17:28de préserver leur humanité ?
17:30Durant plus de deux siècles,
17:31ces pratiques leur ont été interdites,
17:33mais dans les cales
17:34des navires négriers,
17:35le rythme a subsisté
17:36et de tout cela est né
17:37le Gospel aux Etats-Unis,
17:39le Sega à la Réunion,
17:40Wokka et Belay aux Antilles,
17:42extraits.
17:44C'est une musique
17:45qui est associée à la danse,
17:47c'est une danse de convivialité,
17:50les gens tout autour
17:51qui regardent le danseur,
17:52qui l'admirent
17:53et qui, tour à tour,
17:54rentrent dans la danse.
18:01C'est vraiment une pratique
18:03du bas de la société,
18:05musique à vieille nègre,
18:07c'est-à-dire la musique
18:08des nègres méprisables,
18:10des nègres moches,
18:11des nègres infréquentables.
18:13Et cette musique,
18:15elle va se fédérer petit à petit
18:18au cours du XXe siècle
18:20en rassemblant plusieurs rythmes.
18:29Le gros K,
18:30ce n'est pas un rythme,
18:32c'est une musique.
18:33Et dans cette musique,
18:34il y a plusieurs rythmes.
18:35Je vais commencer par le Tomblaq,
18:37le rythme le plus populaire.
18:381, 2, 3, 4, 1, 2, 3, 4.
18:51Le rouler,
18:531, 2, 3, 1, 2, 3, 1, 2, 3, 1, 2, 3, 1, 2, 3, 1, 2, 3, 1.
18:59Le Groca, ce n'est pas que le rythme, c'est beaucoup la mélodie aussi.
19:05« Musicien Guadeloupe, faut-il faire attention, faut-il arrêter, copier ainsi les autres. »
19:11Là, j'ai chanté du Groca, mais je n'ai pas de tambour.
19:16Parce qu'avec la mélodie, c'est là que tu peux exprimer encore mieux ta journée.
19:23Parce que le Groca, c'est ça aussi.
19:24C'est l'expression de ce qu'on vit, c'est la joie, c'est la gaieté, c'est la
19:30tristesse, c'est l'amusement.
19:34Fabrice Defalco, je le disais à l'instant, Groca et Belès sont nés de l'esclavage, l'opéra, lui, dans
19:39les cours européennes.
19:41Pourtant, vous voyez tellement de passerelles, finalement, entre ces deux univers que tout semble opposer,
19:45que vous avez créé un air d'opéra avec des musiciens de Groca.
19:50Exactement, j'ai eu cette grande chance en Guadeloupe de mélanger la voix lyrique avec les instrumentistes de Groca.
19:56Et c'était pour moi extrêmement libérateur.
19:59Je me suis dit, enfin, on est libre.
20:01Parce qu'en même temps, j'aurais pu faire du zouk, j'ai voulu faire du lyrique.
20:06Mais quand même, quand je vais en Guadeloupe, je me sens aussi guadeloupéen.
20:09Et le Groca a réveillé chez moi, je dirais, énormément de sensations.
20:14Et donc, mélanger ces airs lyriques avec le Groca, c'est extraordinaire.
20:18Dans nos productions en Martinique, nous le faisons aussi avec le Belès.
20:21Nous rajoutons le Belès dans nos opéras, même dans Carmen, justement, on rajoute du Belès dans les opéras.
20:28Parce que c'est important de mélanger des musiques traditionnelles et des musiques populaires.
20:33Donc, pour moi, c'est normal de prendre la musique populaire italienne et l'emmener dans les territoires
20:39avec, justement, les traditions de chaque territoire, de chaque région, de chaque pays d'outre-mer.
20:44Il y a une forme de militantisme ?
20:46Ah, mais moi, je pense qu'il y a une forme de militantisme quand vous êtes métissé comme moi.
20:50Moi, je pense que tout le monde devrait être métissé.
20:53Parce qu'en fait, on l'est tous dans le métissage.
20:55Parce qu'à partir du moment où dans votre sang se mélange l'Italie par mon père et la Martinique
21:02et toute l'Afro-descendance, je ne peux pas chanter quelque chose
21:06sans penser, justement, à tous ces rythmes afro-américains,
21:09ces rythmes antillais, ce Guoka, ce Belès.
21:12Ah non, non, ce n'est pas possible, ça.
21:15C'est marrant parce que ça vient des tripes quand vous en parlez.
21:18Vous qui travaillez beaucoup sur la voix, évidemment, Fabrice Di Falco,
21:21lorsque vous écoutez un chanteur de Guoka,
21:25est-ce que vous entendez quelque chose que nous, que le public, ne perçoit pas ?
21:29J'entends son âme.
21:31Vous savez, l'opéra vous permet d'aller au-delà de vous-même.
21:34L'opéra est quand même une institution, une éducation
21:38qui vous permet de chanter fort sans micro.
21:41Mais quand j'entends ces chanteurs de Guoka ou de Belès chanter fort,
21:46chanter quelquefois sans instrument,
21:48et chanter avec leur trip, c'est aussi ça, l'opéra.
21:52Et c'est pour ça qu'il y a cette mixité, ce grand amour,
21:57cette grande harmonie entre le Guoka, le Belès et l'opéra,
21:59parce que je sens, quand j'entends ces instrumentistes et ces chanteurs traditionnels,
22:05mais j'entends leur âme.
22:06Est-ce qu'on peut imaginer qu'un jour, le Guoka soit enseigné dans les conservatoires
22:11avec la même dignité que Mozart ou Verdi ?
22:15J'espère bien qu'au Conservatoire de Martinique, nous aurons aussi bien une classe de Belès que de Guoka,
22:22et j'espère bien que dans un conservatoire proche, en Guadeloupe, nous aurions aussi du Guoka et du Belès,
22:27et aussi une classe au Conservatoire national supérieur de musique de Paris et de Lyon,
22:32que nous puissions aussi avoir une classe de Guoka et une classe de Belès.
22:36C'est important, nous sommes Français avec toutes nos originalités, avec tout notre métissage,
22:43donc ce serait important qu'au Conservatoire de Paris et de Lyon,
22:47nous puissions avoir une classe de Guoka et une classe de Belès.
22:50On va terminer Fabrice Di Falco avec votre photo du jour,
22:53elle va s'afficher, je la découvre en même temps que les téléspectateurs.
22:57Est-ce que vous pouvez la voici, nous la décrire s'il vous plaît ?
23:00Cette photo est assez magique pour moi, parce que dans les ruines du Théâtre de Saint-Pierre,
23:06ancien opéra Théâtre de Saint-Pierre en Martinique, un 8 mai 1902, malheureusement,
23:11la grande dame de la Martinique, la montagne Pelée, a décidé un jour de brûler cette ville
23:18qui était anciennement la petite capitale de Venise, la petite capitale de Paris, etc.
23:24Et donc en fait, j'ai voulu avec l'association Les Contrecourants,
23:27tous les artistes de Voix des Outre-mer, avec Julien Leleu et toute une équipe de bénévoles
23:31et les Pierrotines et les Pierrotins faire revivre ce théâtre.
23:35Et cette photo n'est autre que Carmen, Carmen la Matador.
23:39Carmen qui est normalement, bien sûr, espagnole, nous avons voulu qu'elle soit martiniquaise.
23:45Donc elle est là, vous la découvrez, avec des lumières superbes,
23:49avec une équipe Voix des Outre-mer superbe,
23:51et surtout, vous allez pouvoir voir et découvrir cette production
23:56qu'Armène la Matador sur France Télévisions dans quelques mois.
23:59Donc après cela, vous allez venir en Martinique redécouvrir notre festival
24:03qui est du 1er décembre au 15 décembre 2026 à Saint-Pierre,
24:08parce que c'est important pour nous que les Pierrotines et les Pierrotins nous la épisodent.
24:13Ça veut dire, nous sommes là avec vous.
24:15Un mot de la 9e édition du concours Voix des Outre-mer,
24:17dont vous parliez encore à l'instant.
24:19Les candidatures sont closes depuis la mi-mai.
24:21Est-ce que vous êtes déjà en plein travail avec les candidats retenus ?
24:24Alors je suis toujours ravi de voir que de plus en plus,
24:27il y a des réceptions de vidéos du monde entier,
24:30parce que nous sommes sous les trois océans, Atlantique, Indien et Pacifique.
24:34Nous avons des candidats de Wallis et Futuna, de Saint-Pierre-et-Miquelon,
24:38de Guyane, bien sûr, de Martinique, Guadeloupe, bien sûr,
24:41de Mayotte et de La Réunion, de Nouvelle-Calédonie et de la Polynésie française,
24:46et les candidats, bien sûr, qui sont nés et qui résident en Ile-de-France.
24:50Et d'année en année, nous voyons quand même des candidats extraordinaires,
24:54des candidats qui ont envie de travailler, des autodidactes.
24:57Si vous êtes autodidacte, vous chantez sous votre douche ou dans la cuisine,
25:00vous pouvez vous inscrire au concours Voix des Outre-mer.
25:02Si vous êtes semi-professionnel, bienvenue.
25:04Et même quand vous êtes professionnel,
25:06ça vous emmène à chanter sur le toit du Grand Palais de la Marseillaise
25:10ou lors du Grand Concert du 14 juillet sous la Tour Eiffel.
25:14Donc, si vous voulez, nous sommes toujours contents du nombre de vidéos reçues
25:18et cette 9e édition à l'Opéra de Paris en janvier 2007 sera assez hallucinante.
25:23Ah non, pas douter à suivre sur France Télévisions.
25:26Merci infiniment Fabrice Di Falco d'être venu sur le plateau de C'est pas si loin.
25:29Un grand merci à vous d'être fidèles à ce magazine
25:32que vous pouvez évidemment retrouver sur la plateforme France.tv
25:35ainsi qu'en podcast sur toutes les plateformes audio.
25:39C'est la fin aujourd'hui de cette 2e très belle saison de C'est pas si loin à vos
25:43côtés.
25:44Je vous souhaite de très très belles vacances si vous avez la chance d'en prendre.
25:47Et je vous dis à bientôt sur France Télévisions.
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