- il y a 17 heures
Il y a 90 ans, les Français découvraient les congés payés… Ces semaines qui nous permettent de prendre des vacances sans que notre salaire en pâtisse. Ils sont l’une des avancées sociales les plus marquantes du 20ème siècle et en France, c’est le gouvernement du Front populaire dirigé par Léon Blum qui les a instaurés transformant ainsi en profondeur la société française, bien au-delà de ce que l’on imagine. Alors, qu’est-ce que cette réforme a changé de façon si profonde et durable ? Notre rapport au travail ? Notre rapport aux loisirs ? Que reste-t-il de l’esprit 36 ? Et Qui est l’héritier du Front populaire ? Rebecca Fitoussi et ses invités ouvrent le débat. Année de Production :
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00:00Tes adieux à l'enfance
00:02Été 36, les premières vacances des Français, signés Georges-Marc Benhamou et Emmanuel Descombes.
00:09Voilà un film qui nous replonge 90 ans en arrière avec une certaine tendresse, mais aussi avec une certaine lucidité.
00:15C'est un moment charnière de notre histoire. Pourquoi ? Qu'est-ce qui change à ce moment précis du
00:20XXe siècle ?
00:21Est-ce que c'est là qu'émerge un nouveau rapport au travail, aux loisirs et même un nouveau monde
00:26peut-être ?
00:26Ou en tout cas, la société moderne telle qu'on la connaît aujourd'hui.
00:30On va se poser toutes ces questions avec nos invités.
00:32Éric Errouge, bienvenue. Vous êtes sénateur socialiste des Landes, membre de la Commission des lois, directeur de recherche au CNRS.
00:38Et vous avez récemment publié avec le chercheur Martial Foucault, le casse-tête démocratique, l'avenir des communes françaises aux
00:44éditions de l'Aube.
00:46Daniel Tartakovsky, bienvenue à vous également. Historienne, spécialiste des mouvements sociaux, autrice de très nombreux ouvrages.
00:51Je vais citer 1945, les Français ont la parole, les cahiers de doléances chez Champvalon, les syndicats ont leur mur,
00:59le pouvoir est dans la rue, crise politique et manifestation en France XIXe et XXe siècle chez Flammarion,
01:05ou encore la part du rêve, histoire du 1er mai en France chez Hachette.
01:10Pascal Perrineau, bienvenue, politologue, professeur des universités associées au Cevipof,
01:14co-auteur avec Anne Muxel de cet ouvrage « Inventaire des peurs françaises, la société à l'aune d'un
01:20sentiment »
01:21et c'est paru chez Odile Jacob. Frédéric Dhabi, bienvenue à vous également.
01:25Directeur général opinion du groupe IFOP, spécialiste en sociologie politique en analyse des comportements électoraux,
01:32co-auteur avec Brice Socol de « L'écharpe et les tempêtes » aux éditions de l'Aube.
01:36Merci à tous les quatre. Disons-le, nous sortons de ce film avec une image très positive de ce moment
01:41de l'histoire.
01:431936, congés payés, le monde des travailleurs goûte aux loisirs, aux sports, à l'égalité.
01:48On voit émerger un mouvement écolo, une forme de féminisme.
01:51On croit même percevoir les débuts de la libération sexuelle dans ces auberges de jeunesse qu'on découvre dans le
01:56film.
01:57Au fond, après la démonstration de ce film, on se dit que le Front populaire a jeté les bases du
02:02monde moderne,
02:03d'un type de société finalement assez proche de celle que nous vivons aujourd'hui.
02:07Est-ce que je me trompe, Daniel Tartakovsky ?
02:09Non, vous ne vous trompez pas. Je crois que c'est un moment de rupture qui a marqué pour ces
02:18hommes et ces femmes
02:18qu'on voit dans le film, la dignité, la dignité retrouvée, le corps, le corps qui n'est plus l
02:28'appendice de la machine,
02:30mais qui trouve les lieux où s'exprimer, où paraître, c'est ce que vous évoquiez il y a un
02:35instant.
02:38Je dirais que c'est à la fois un moment d'émancipation pour les hommes et les femmes,
02:43même s'il faudrait un tout petit peu nuancer sur la révolution sexuelle,
02:46mais c'est vrai que ça apparaît bien dans le film.
02:48Il y a un début, il y a quelque chose.
02:50Il y a un début, il y a les phénomènes de mixité quand même qui apparaissent.
02:54Et puis, une irruption dans le champ politique, mais avec un élargissement de ce qu'est la politique.
03:03Jusqu'alors, faire de la politique, c'était pour les hommes âgés de plus de 21 ans,
03:08mettre un bulletin de vote dans l'urne.
03:11Brusquement, on s'est mis à entrer dans le champ politique, à agir sur le champ politique,
03:18par d'autres voies articulées, sans opposition, articulées à l'élection,
03:24à savoir les manifestations bien sûr, les fêtes,
03:29toutes ces associations qu'on voit apparaître dans le film,
03:32les grèves qui ont été aussi une des modalités pour obtenir ces acquis.
03:41Et ça veut dire que les jeunes, mais qu'est-ce que c'est qu'un jeune en 36 ?
03:46On travaille à 13 ans, on vote à 21 ans.
03:49Les femmes, vous en parliez, les immigrés sont entrés en politique.
03:54Et je dirais, ils y sont restés.
03:57Un grand moment de modernité, Pascal Perrineau, c'est frappant.
04:00Pourtant, en 36, on n'y pense pas forcément, on pense qu'on j'ai payé,
04:02mais ça va bien au-delà, finalement.
04:04Oui, ça va bien au-delà.
04:05D'ailleurs, quand vous regardez les mesures qui sont vite actées
04:09par le gouvernement Blum, il y a bien autre chose, en effet,
04:13que les congés payés.
04:16Même si, symboliquement, ces congés payés jouent un rôle,
04:20ont encore un écho jusqu'au jour d'aujourd'hui.
04:23Puis, en plus de ça, on l'a vu dans le film.
04:25Ce sont des images de joie.
04:29Et Simone Veil, quand elle revenait sur le Front populaire,
04:36insistait beaucoup sur cette joie,
04:37sur le Front populaire comme un moment émotionnel extrêmement fort.
04:43Mais, bien sûr, il y a bien autre chose.
04:45Il y a la semaine de 40 heures.
04:47Il y a la scolarité obligatoire à 14 ans.
04:51Il y a les hausses de salaire, entre 7 et 12 %,
04:55sur la durée hebdomadaire.
04:58La durée hebdomadaire de travail, c'était plutôt 48 heures.
05:02Donc, ça change.
05:03Ça va changer véritablement.
05:06Donc, il y a de multiples mesures.
05:09Mais c'est vrai que c'est le Front populaire de 36.
05:12C'est le moment solaire, j'allais dire, du Front populaire.
05:17Assez vite, les choses vont changer.
05:20Parce que ce Front populaire, qui était né, d'ailleurs,
05:22et qui était un des échos sur le plan politique de la crise économique,
05:27va connaître ses premières difficultés économiques.
05:31C'est bien sûr la dévaluation.
05:33C'est le fait que, bon, sur le chômage, les tensions restent fortes.
05:40Et puis, il y a des tensions inflationnistes réelles.
05:43Et en plus de ça, il y a des déceptions très vite
05:46sur le terrain de la politique étrangère.
05:49Et on le voit, le conflit espagnol, la guerre civile,
05:54les hésitations du gouvernement Blum,
05:58la difficulté de ces gouvernements du Front populaire.
06:02Il n'y a pas simplement les gouvernements Blum,
06:03il y a ensuite les gouvernements Chautant,
06:05puis il y a le retour de Blum à la fin.
06:06Les difficultés à trouver une position forte
06:09par rapport à la montée des autoritarismes et des fascismes en Europe.
06:16Donc, dès 1937, si vous voulez, voilà,
06:19on rentre dans une période de...
06:20C'est l'autre visage du Front populaire.
06:23Mais...
06:23Sans monopoliser la parole,
06:24je voudrais juste en appui à ce que vous venez de dire,
06:28quelques semaines après le vote des grandes lois que vous venez d'évoquer,
06:31un journaliste demande à Léon Blum,
06:33et si les grèves n'avaient pas eu lieu,
06:35est-ce que les choses se seraient déroulées de la même manière ?
06:36Et Léon Blum répond, peut-être pas tout de suite,
06:40et en tout cas pas dans ce sens-là.
06:41Et donc, ce moment solaire que vous évoquez,
06:43il est très important.
06:44La rapidité avec laquelle les lois ont été votées
06:47est absolument essentielle.
06:48Un côté parenthèse enchanté,
06:50évidemment, ça tournera mal quelques mois plus tard,
06:52mais quand même, une parenthèse,
06:53c'est ce que montre ce documentaire Éric Ayrouge.
06:56C'est plus qu'une parenthèse,
06:58parce que les conséquences continuent à se voir longtemps dans le temps.
07:04C'est, en tout cas pour la classe populaire,
07:08les classes populaires de l'époque,
07:10une rupture avec une espèce de fatalité sociale,
07:12avec une domination qui est extrêmement forte,
07:17avec une soumission qui l'est tout autant,
07:20et avec des droits qui sont limités.
07:22Et donc, c'est la prise de conscience aussi collective
07:26pour ces classes populaires
07:28qu'elles peuvent avoir une victoire
07:30et que cette victoire peut durer,
07:33que ça peut transformer durablement leurs conditions de vie.
07:37Et de ce fait, c'est aussi un moment fondateur,
07:42même s'il y a des lectures différentes,
07:43c'est un moment fondateur pour la gauche
07:46dans l'ensemble du XXe siècle,
07:48quand bien même il y aurait un épuisement du mythe,
07:52il n'en demeure pas moins,
07:53que ça reste, avec toutes les difficultés,
07:55avec le fait que ça ne se termine pas aussi bien
07:57qu'on le souhaiterait,
07:59ça reste un moment vraiment solaire politiquement aussi.
08:04On rentrera dans le détail sur les conséquences politiques
08:06pour chaque courant, Frédéric Dhabi.
08:08Est-ce que cette période change quand même,
08:09pour ce qui est des Français,
08:10un rapport au travail, un rapport au loisir ?
08:13Il y a une rupture ?
08:13Oui, il y a clairement une rupture.
08:15Et au début, il est dit que c'est loin du bonheur,
08:17c'est un temps nouveau,
08:18qui est avant le temps des rentiers.
08:20On voit les réactions d'une bourgeoisie
08:22qui se dit dépossédée,
08:24qui se disent, nous, nous sommes élégants,
08:26eux sont simplement bien habillés,
08:27ce sont des intrus.
08:29C'est vrai que, moi, ce qui m'a frappé,
08:30c'est deux choses.
08:32D'une part, c'est le décalage entre ce bonheur,
08:35cette parenthèse enchantée,
08:36qui n'en est pas une,
08:37mais par rapport à la montée des périls,
08:39qu'on voit bien dans le film,
08:40c'est aussi le 1er août 1936,
08:42les JO de Berlin,
08:44la guerre d'Espagne.
08:45Et j'ai retrouvé des archives de l'IFOP de 1938, 1939.
08:48On a une opinion publique
08:49qui a tout à fait conscience
08:50de la montée des périls
08:52et qui, c'est loin,
08:53mais qui, dès mars 1939,
08:55après l'invasion finale
08:57de la Tchécoslovaquie
08:59et son démembrement,
09:00souhaite une confrontation
09:00avec l'Allemagne.
09:02Et puis, ce n'est pas une parenthèse enchantée,
09:04parce que la question des congés payés
09:07reste dans la mémoire populaire,
09:09de toutes les catégories.
09:10J'ai retrouvé une enquête IFOP
09:11pour la Fondation Jean Jaurès de 2021,
09:1440 ans après le 10 mai 1981.
09:16On interroge les Français
09:17sur la mesure de l'ère Mitterrand
09:20qui a le plus marqué.
09:22Arrive en tête,
09:23ce n'est que d'un point,
09:23mais symboliquement,
09:24la cinquième semaine de congés payés.
09:26Donc, c'est quelque chose qui est...
09:27C'est pour ça que je suis d'accord
09:29avec Eric Carouche.
09:29Ce n'est pas une parenthèse enchantée.
09:31C'est un moment qui irrigue
09:32le rapport des Français
09:34au travail, aux vacances,
09:35même si, je rappelle souvent,
09:37on a dans les enquêtes actuelles
09:38entre 35 à 40% des Français
09:40qui ne partent jamais en vacances.
09:41Et on y viendra peut-être, oui ?
09:43Peut-être, rappelons quand même
09:44que cette loi sur les congés payés,
09:45elle est votée à l'unanimité.
09:46Moi, une voix.
09:47Moi, une voix.
09:48On ne sait pas qui.
09:49On ne sait pas qui.
09:51La loi sur les 40 heures
09:53ayant eu moins de suffrages,
09:54mais ayant été votée
09:56par davantage élus
09:57que les élus trompeurs privaires.
09:58Donc, ça correspond effectivement
10:00à quelque chose de très profondément.
10:00Le payement est en phase
10:01avec la classe politique.
10:02Oui.
10:02Congé payé,
10:03une réforme qui est loin d'être anodine
10:04sur le plan social et sociétal,
10:05on l'a compris.
10:06Une réforme qui deviendra aussi
10:07très vite un objet politique.
10:08Vous l'avez un petit peu dit,
10:09la gauche en fera son totem,
10:10sa victoire.
10:11Mais la droite et l'extrême droite
10:13s'en serviront aussi
10:13pour accuser le Front populaire
10:15d'avoir créé une France
10:16feignante,
10:17mal préparée à la guerre
10:18et donc perdante.
10:19Écoutez.
10:20Ça a joué malheureusement.
10:22C'est-à-dire,
10:22quand on a commencé
10:23à perdre la guerre,
10:26beaucoup de membres
10:27de la bourgeoisie française,
10:30vichistes,
10:31se sont dit,
10:32vous voyez,
10:33tout ça,
10:33c'est la faute du Front populaire.
10:35Si on n'avait pas cédé
10:37comme on a cédé
10:38à ces syndicalistes
10:39et à ces ouvriers,
10:41on aurait eu une France plus forte,
10:42on n'aurait pas perdu la guerre.
10:47Dangereuse argumentation.
10:50Daniel Tartakovsky,
10:51ça c'est peut-être
10:51ce qu'on redécouvre un peu
10:52dans le documentaire.
10:52C'est que ça lui a été reproché
10:53à cette gauche d'avoir créé.
10:54Alors, rappelons peut-être
10:56qu'à la veille
11:00de la présentation
11:01par Léon Blum
11:02de son cabinet à la Chambre,
11:05la Confédération Générale
11:07de la Production Française,
11:08à l'époque CGPF,
11:09l'ancêtre de notre MEDEF,
11:11a pris contact discrètement
11:13avec Léon Blum
11:14pour faire savoir
11:15sur quel point
11:15ils étaient prêts à négocier.
11:16C'est une augmentation
11:18des salaires à débattre,
11:21c'est les délégués ouvriers,
11:23ils ne disent pas syndicaux,
11:24mais en pratique
11:25ils seront syndicaux,
11:26et c'est les conventions collectives
11:28qui sont ensuite
11:29invalidisées par la loi.
11:30Ils font savoir à Léon Blum
11:32qu'ils n'engageront pas
11:34leurs responsabilités
11:35sur ce qui concerne
11:36le temps de travail.
11:37Et c'est pourquoi
11:38les 40 heures
11:39et les congés payés
11:40sont passés par la loi
11:42et ne sont pas inclus
11:43dans l'accord bâtiment.
11:44Donc, la question
11:46du temps de travail
11:47va être effectivement
11:49mobilisée très vite
11:50par la droite
11:51et quand on dit
11:52le temps de travail,
11:53la cible,
11:54ça ne sera pas tellement
11:54les congés payés.
11:55Bon, les congés payés,
11:56la cible,
11:57c'est les caricatures
11:58de l'extrême droite
11:59qu'on voit apparaître.
12:00La cible,
12:01c'est les 40 heures.
12:02C'est sur la question
12:02des 40 heures
12:06que la suite de l'histoire
12:08va en partie se jouer
12:09et que la question
12:10de la production
12:12va se jouer.
12:13Et que cette idée
12:14de qu'il y a une droite
12:15qui met les Français
12:16au travail
12:17et une gauche
12:17qui met les Français
12:18en vacances un peu.
12:19C'est à ce moment-là
12:20que ça commence,
12:21c'est là que ça prend racine.
12:22Il y a une droite
12:23qui est à droite
12:25et qui se sert
12:27de ses congés payés
12:28pour dire à la gauche
12:29regardez, vous nous a fait
12:30de la même façon
12:33que Vichy dit
12:33que le Front populaire
12:34a fait perdre
12:35la France militairement
12:36alors qu'en fait
12:37Blum engage
12:38une logique
12:39de remilitarisation
12:41qui est beaucoup plus forte
12:42que ce qui n'avait jamais été fait
12:43depuis 1919.
12:44Donc,
12:45c'est toujours
12:46un jeu
12:47de présentation
12:48et un jeu
12:49de mise en débat
12:50de deux conceptions
12:51de la société.
12:52Mais ce débat,
12:54il va être récurrent.
12:56il suffit d'aller
12:58un petit peu plus loin
12:59sur les 35 heures
13:01pour dire que
13:01toujours
13:02quand on donne
13:03plus de droits
13:04à certains
13:05qui, à mon sens,
13:07le méritent
13:07et en ont besoin
13:09et bien
13:10c'est vu
13:11comme une trahison
13:12de ceux
13:13qui possèdent
13:14parce qu'en fait
13:15il y a quand même
13:16au moment de 1936
13:17une opposition
13:18de classe extrêmement forte
13:21entre
13:21d'une part
13:22les possédants
13:23d'autre part
13:24les classes ouvrières.
13:25Les 200 familles,
13:26il y a une présentation
13:27du monde
13:27qui est très dichotomique.
13:29Moi, je viens
13:29du département des Landes
13:30et déjà 20 ans avant
13:32on avait eu
13:33la révolte
13:33des métaillés
13:34contre cette domination sociale
13:36qu'on n'arrive plus
13:37à mesurer maintenant
13:38tellement elle était forte.
13:39Mais plus loin
13:40que la propriété
13:41ou l'idée de propriété,
13:42l'idée de travail
13:43Frédéric Dhabi.
13:43Encore aujourd'hui,
13:44il y a toujours
13:45cette idée,
13:45peut-être qu'elle prend
13:46racine en 1936
13:46sur le fait que
13:48la gauche a tendance
13:49à pousser les Français
13:50aux vacances
13:51et aux projets.
13:52Vous avez tout à fait raison.
13:53Vous citiez
13:54d'une époque historique
13:55les 35 heures.
13:56On peut même remonter
13:57un peu en arrière.
13:57En 1981,
13:59la création du ministère
14:00du Temps Libre
14:01et c'est une occasion
14:02pour la droite
14:02de réactiver
14:05cette gauche
14:05qui veut non pas
14:06désarmer le pays
14:07mais qui ne veut
14:07plus les faire travailler.
14:10Donc on a,
14:11effectivement,
14:11c'est un élément
14:12essentiel
14:13de l'opposition
14:15gauche-droite
14:15alors que de nos jours,
14:16sur énormément
14:17de sujets,
14:19on a une opinion
14:21publique gauche-droite
14:21des Français
14:22qui,
14:22un clivage droite
14:23qui s'est beaucoup réduit,
14:25y compris sur la question
14:26du rapport au travail.
14:28Dans une enquête IFOP,
14:29toujours pour la fondation,
14:30je le reste à l'époque
14:31de Nicolas Sarkozy,
14:33les salariés français,
14:35alors au sens large,
14:35y compris ceux
14:36du secteur des services,
14:38sont d'abord
14:38sur l'idée
14:39de gagner plus
14:40plus que d'avoir
14:40du temps pour eux.
14:41Désormais,
14:42puisqu'il y a
14:42une moindre centralité
14:44du travail,
14:45d'à part des Français
14:46qui considèrent
14:46que le travail
14:47est très important
14:48dans leur vie
14:48à reculer,
14:50tenez-vous bien,
14:50d'une trentaine de points
14:51depuis les années 90,
14:53la question du temps
14:54est une question
14:55qui va être,
14:56parfois,
14:56dans certaines catégories,
14:58pas dans les catégories
14:58populaires,
14:59supérieure à la question
15:00du salaire
15:01et du coût
15:02du travail.
15:03Là aussi,
15:04sur le rapport au travail,
15:05cette question
15:05des congés payés
15:06a irrigué
15:07un nouveau rapport au temps.
15:09Encore une fois,
15:10je crois que c'est davantage
15:11les 40 heures
15:11que les congés payés
15:12parce que ça touche
15:14au cœur de la production.
15:16Mais regardez encore
15:16très récemment,
15:17on a vu ce débat explosif
15:19Pascal Perrineau
15:20autour du 1er mai.
15:21Gabriel Attal
15:21a voulu faciliter
15:22l'ouverture de certains commerces
15:23le 1er mai.
15:24La gauche s'est insurgée
15:25avec tous les syndicats,
15:26elle a menacé
15:26le gouvernement de censure.
15:28Gauche et droite
15:28se sont opposés,
15:29j'allais dire un peu
15:30à l'ancienne.
15:31Et puis là,
15:31encore très récemment,
15:32un député LR
15:33qui a proposé une loi
15:34pour laisser la possibilité
15:35aux salariés
15:36de sacrifier
15:37leur cinquième semaine
15:38de congés payés
15:39pour gagner au pouvoir d'achat.
15:41On y est,
15:41on est encore là.
15:42Oui, oui,
15:42on y est.
15:44Et si vous voulez,
15:46comment dire,
15:49le moment Sarkozy,
15:50la présidence Sarkozy
15:51a laissé des traces
15:52parce que la victoire
15:54de Nicolas Sarkozy
15:56se fait beaucoup
15:57autour de la réhabilitation,
16:00avec des guillemets,
16:01de la notion de travail.
16:02Travailler plus
16:03pour gagner plus.
16:04Et c'est quelque chose
16:06en effet qui va réactiver
16:07cet enjeu du travail
16:10comme marqueur fort
16:11entre la droite
16:13et la gauche.
16:15Et c'est resté encore aujourd'hui.
16:16Regardez,
16:17dans la perspective
16:18de 2027,
16:20la manière
16:20dont les forces politiques
16:22sont en train
16:22de se positionner.
16:24Regardez,
16:25à partir de ce que l'on sait,
16:27le programme
16:28qu'avance
16:29Bruno Retailleau
16:30aujourd'hui,
16:31la notion
16:32de travail,
16:33le discours
16:35de David Lissnard,
16:36vous avez,
16:37la notion de travail
16:38est au cœur
16:39de ce qu'ils sont
16:40en train
16:41d'essayer
16:42de mettre en place.
16:45Pour la gauche,
16:46il faut attendre
16:46que la gauche
16:47ait réglé
16:47le trop-plein
16:48de candidats
16:49pour savoir
16:50ce qu'il en sera
16:51et quel sera
16:52le discours
16:53de la gauche
16:53sur le travail.
16:54Parce que,
16:54comme l'a dit
16:55Frédéric Daby,
16:56l'opinion publique
16:57a changé,
16:58elle a évolué
16:59et il faudra aussi
17:01que les responsables
17:02de la gauche
17:03et je pense en particulier
17:04à la gauche
17:04non-mélenchoniste
17:05et,
17:06comment dire,
17:07plus qu'un discours,
17:08des mesures
17:09sur le travail
17:11afin de reprendre
17:13contact
17:13avec cette partie,
17:15on va peut-être
17:15en parler,
17:16des couches populaires
17:17qui l'a tout de même
17:18incroyablement
17:20abandonnée.
17:21Et quand vous discutez
17:22beaucoup
17:23avec ces ouvriers,
17:25ces employés
17:26qui aujourd'hui
17:27considèrent
17:28que leur destin politique
17:29n'est plus à gauche
17:30mais est ailleurs
17:32éventuellement
17:33à la droite
17:34de la droite,
17:35la question du travail,
17:37la manière
17:37dont ils revisitent
17:39les mesures prises
17:40par la gauche,
17:41la gauche Jospin,
17:42etc.,
17:43les 35 heures.
17:44On est dans une remise
17:45en question
17:45des acquis sociaux ?
17:46Vous trouvez
17:47qu'on est dans une période
17:47de remise en question
17:48des acquis sociaux ?
17:49Moi, je reviendrai
17:49un peu sur ce que vous disiez
17:50quand vous disiez
17:52qu'on en est encore là,
17:53droite-gauche,
17:54d'accord ?
17:54Non, vous trouvez
17:54qu'on régresse.
17:55Mais, en fait,
17:56on a une longue durée
17:57qui part de la...
17:59Enfin, une longue durée
18:00qui débute, en fait,
18:02avec la loi
18:02sur le travail
18:03du dimanche,
18:04qui, évidemment,
18:05prend un tour nouveau
18:06avec 1936,
18:08où toute une série
18:09de mesures gouvernementales
18:11dans des périodes
18:13d'un rapport de force
18:14qui le permet
18:15ont amené
18:16à une diminution
18:17du temps de travail
18:18s'agissant des retraites,
18:20s'agissant de la durée
18:22du travail
18:22des 35 heures
18:23ou s'agissant
18:24des congés payés.
18:25Et Pierre Moroy,
18:26le souligne bien
18:28presque à la fin
18:29du documentaire,
18:32il y a un tournant
18:33qui s'opère
18:34et qui n'est pas...
18:36Je suis tout à fait
18:37en accord
18:37avec ce que vous disiez,
18:38mais il y a un tournant
18:39politique qui s'opère
18:40et qui...
18:42On connaît ce texte
18:44de Dick Hessler
18:45qui disait en 2007
18:46qu'il fallait défaire
18:48méthodiquement
18:48le programme du CNR.
18:49Je dirais qu'on a aussi
18:50des mesures
18:51qui s'attachent
18:51à défaire méthodiquement
18:52les acquis
18:53du Front populaire.
18:54C'est vrai
18:55sur le temps
18:57de travail
18:57que vous évoquiez
18:58le 1er mai,
18:59les retraites
19:00et les attaques
19:02contre les 35 heures,
19:04c'est le travail et plus,
19:06mais c'est un travail et plus
19:07qui est rentré
19:07dans la loi.
19:08Et puis,
19:09s'agissant
19:09des conventions collectives,
19:11c'est la refonte
19:12du Code du Travail
19:13avec l'inversion
19:14des normes.
19:15Donc,
19:16il y a deux grandes
19:17séquences politiques
19:18par-delà
19:20les évolutions
19:21que vous évoquiez.
19:22Mais je dirais
19:22que l'opinion publique,
19:23pour prolonger
19:24ce que vous dites,
19:25décode complètement ça.
19:26Quand on voit
19:27le rejet viscéral
19:29qui va bien au-delà
19:30du peuple de gauche
19:31du projet
19:32de François Bayrou,
19:33c'est ce qui a précipité
19:34un peu sa chute,
19:35c'est-à-dire
19:35les deux jours
19:36fériés supprimés,
19:37ça devait être
19:37l'indique Pâques
19:38et le 8.
19:38Oui, on ne touche pas
19:40au temps.
19:40Mais c'est vraiment,
19:41vous avez tout à fait raison,
19:42c'est question
19:43que tout projet
19:44dans ce cadre
19:45est vu comme une remise
19:46en cause
19:47absolument inacceptable
19:50des acquis sociaux.
19:51Qu'est-ce qui s'est passé
19:52en 2010 ?
19:53Les Français
19:54ont accepté
19:55à une petite majorité,
19:56très petite,
19:57passée de 60
19:58à 62 ans.
19:59C'était vu
20:00comme un effort raisonnable,
20:01c'était la loi
20:02Sarkozy-Fillon-Wertz,
20:04un effort raisonnable
20:06pour sauver
20:06le système des retraites
20:07dans une logique
20:08de der-der-der.
20:09À chaque réforme,
20:10on dit c'est pour sauver
20:10le système
20:11et puis après
20:11on remet l'ouvrage
20:13sur le métier.
20:14En revanche,
20:15la proposition
20:15d'Emmanuel Macron
20:16en 2022,
20:17c'était 65 ans,
20:18celle de Mme Borne,
20:1964 ans,
20:20c'était vu
20:21comme une sorte
20:23de retour
20:24aux années Giscard,
20:25c'est-à-dire
20:25aux années hantées 81
20:26où on était
20:27à 65 ans.
20:28Et très clairement,
20:29c'est un,
20:30regardez comme
20:30Jean-Pierre Raffarin
20:31avait eu du mal
20:31sur le lundi
20:32de Pentecôte,
20:33clairement,
20:34sur la question
20:34du temps chômé,
20:35sur la question
20:36des jours fériés,
20:36la question
20:37des acquis sociaux.
20:38Le peuple de France,
20:40massivement,
20:40il n'y avait pas
20:41le moindre clivage
20:42sur les familles politiques,
20:43se lève contre.
20:45Éric Guérouche,
20:45le peuple résiste
20:46face aux tentatives
20:48politiques
20:48de renier
20:49sur les acquis sociaux.
20:50Parce que,
20:51ça a été dit
20:51par Frédéric Dhabi,
20:53le rapport au travail
20:55a changé.
20:56Je veux dire,
20:57ce n'est plus,
20:58d'abord,
20:59ce n'est plus imposé
20:59de la même façon
21:01par nécessité
21:02et ce n'est plus
21:03la centralité
21:03de la vie.
21:05on travaille
21:07pour vivre
21:08et on ne vit pas
21:08pour travailler.
21:09Et donc,
21:09le rapport au temps,
21:12l'investissement
21:13dans le temps
21:15hors travail,
21:16notamment
21:17le temps familial,
21:18il est essentiel.
21:19Et cette remise en cause,
21:21quand il y a
21:22une remise en cause,
21:23c'est vécu
21:23comme une remise en cause
21:25qui est existentielle.
21:27Alors,
21:27pourquoi les responsables
21:27politiques tentent,
21:28quand on parle
21:29du premier mai chômé,
21:30qu'on voudrait refaire
21:30travailler dans certains cas
21:32ou quand on parle
21:33de cette mesure
21:34du député LR
21:35qui veut laisser
21:36la possibilité
21:37aux salariés
21:37de sacrifier
21:38leur cinquième semaine
21:38de congés payés ?
21:41Parce que la droite,
21:42elle invoque toujours
21:43le bon sens.
21:44Et le bon sens
21:45de droite,
21:46c'est toujours moins
21:47pour certains
21:47et plus pour d'autres.
21:49Je suis désolé
21:49de caricaturer,
21:51mais je fais un peu...
21:53Le contexte économique
21:53ne doit pas
21:55entrer en ligne de compte ?
21:56Non, mais...
21:57Dans ce cas-là,
21:58ce n'était pas possible.
22:02En 1945,
22:03ce n'était pas possible.
22:04En 1981,
22:05ce n'était pas possible.
22:05Ce que je veux dire par là,
22:06c'est que pour la droite,
22:07ce n'est jamais possible.
22:09C'est possible
22:10pour certains
22:11d'avoir plus d'avantages
22:12que d'autres.
22:13Et dans cette vision sociale,
22:16il y a des droits
22:17qui ont été conquis
22:19et leur remise en cause,
22:21c'est un peu
22:22la remise en cause
22:23aussi du modèle français.
22:26Et c'est ce risque porté
22:27de comment on arrive
22:29à maintenir
22:30une spécificité
22:31qui est la nôtre
22:32dans un contexte
22:34qui est compliqué.
22:35Parce qu'on est un modèle
22:36dans le monde
22:37en matière d'acquis sociaux ?
22:38Vous diriez
22:39que les autres pays
22:40nous envient ?
22:40Je ne sais pas
22:41si on est un...
22:43Les Français ont toujours
22:44l'impression
22:45de se penser
22:45comme des modèles,
22:46mais je ne sais pas
22:47si nous sommes un modèle.
22:49Nous avons néanmoins
22:52encore des spécificités
22:55en la matière.
22:56Et la question,
22:58c'est un peu
22:59celle qu'évoquait
23:01Pascal Perrineau,
23:02c'est comment
23:04dans un monde
23:06qui est chamboulé
23:06aussi bien à gauche
23:07qu'à droite
23:08qu'à l'extrême gauche
23:09qu'à l'extrême droite,
23:10comment on tient
23:11ce cap
23:12de ce que nous sommes ?
23:14Il n'y a plus
23:14de réponse univoque,
23:16il y a un brouillage
23:16politique extrêmement fort
23:18avec,
23:19de manière très paradoxale,
23:22les héritiers
23:24d'une certaine conception
23:25de la France
23:26qui sont en situation
23:27maintenant
23:28ou qui seraient
23:28en situation
23:29de se présenter
23:31en sauveurs,
23:32ce qui est complètement
23:34paradoxal,
23:34historiquement parlant.
23:35Alors, on parle...
23:36Je voudrais dire un mot
23:36sur les spécificités,
23:37enfin, une spécificité.
23:40On parlait de la rapidité
23:42tout à l'heure.
23:42Les grèves ont lieu
23:43en juin.
23:44La loi,
23:46les décrets
23:47d'application
23:48de la loi
23:48sur les congés payés,
23:50c'est la fin juin.
23:53La mise en place
23:54par Léo Lagrange
23:55des billets
23:57congés payés,
23:57c'est le 28 juillet.
23:59Et le 1er août,
24:00tout le monde
24:00n'a pas vu la mer,
24:01mais le 1er août,
24:02ces hommes et ces femmes
24:03qui ne s'étaient jamais arrêtés
24:04pour le travail
24:05se confondent
24:06avec la vie,
24:07ou la vie se confondent
24:08avec le travail plutôt,
24:10ils sont partis.
24:12Ils ont respiré.
24:13Et la temporalité,
24:14excusez-moi,
24:15a été aussi rapide
24:16en 68
24:17et en 80.
24:18Et je trouve
24:19qu'on le sent
24:20terriblement bien
24:21dans le film,
24:22cette dimension
24:24existentielle.
24:26La découverte
24:27de son pays,
24:28déjà.
24:29Et la connaissance
24:32du fait
24:32qu'on le doit
24:33à la lutte.
24:33C'est-à-dire que
24:34l'idée,
24:34on parlait tout à l'heure
24:35des mutations,
24:35l'idée que la lutte paye,
24:37ça ne s'est jamais senti
24:38aussi viscéralement.
24:41Et ses acquis sociaux,
24:42la gauche,
24:42évidemment,
24:43s'en est servie,
24:43elle aussi,
24:44pour en faire une fierté.
24:45Et on peut le comprendre.
24:46C'est Pierre Moroy
24:47qui l'exprime très bien
24:48dans le film.
24:48Un peu d'ailleurs
24:49comme si c'était
24:50la gauche seulement
24:51qui avait réussi
24:52à obtenir des avancées sociales.
24:53On l'écoute
24:53et on en parle après.
24:54C'est un mouvement
24:56qui ne s'est pas arrêté
24:58et qui a frappé tellement
25:00la gauche
25:00à ce moment-là
25:01et la gauche
25:02par la suite
25:03que chaque fois
25:04qu'il y a eu
25:05un gouvernement de gauche,
25:05on a ajouté une semaine
25:06de congés payés.
25:0815 jours
25:08avec Léo Lagrange
25:10et Blum,
25:11une semaine supplémentaire
25:12avec Guy Mollet,
25:13ça fait trois semaines.
25:14La quatrième semaine,
25:16c'est le syndicat,
25:16c'est de Gaulle,
25:18c'est le syndicat Renault
25:19qui a demandé
25:20la quatrième semaine
25:22et la cinquième semaine
25:23avec Mitterrand et moi
25:24pour cinq semaines
25:26pas de congés payés.
25:28Pascal Pérenault,
25:29il n'y a que la gauche
25:29qui ait fait des choses
25:30pour les acquis sociaux
25:31des Français ?
25:33Elle a fait des choses
25:35mais le discours
25:36est un peu simpliste.
25:37On retrouve cette fameuse trilogie
25:38qui donne du sens
25:40et de la profondeur
25:41à la gauche
25:42qui gagne en 1981,
25:44c'est-à-dire
25:44la trilogie
25:45Jaurès-Blum-Mitterrand.
25:47Voilà.
25:49Très bien.
25:50Mais quand on regarde ça
25:52dans le détail
25:53et le Premier ministre
25:55de François Mitterrand
25:57le reconnaît,
25:58le général de Gaulle
25:59à la libération
25:59a lui aussi
26:02fait,
26:03a été une pièce
26:04importante
26:05dans l'amélioration
26:07de la condition sociale
26:08des Français
26:08et quand vous regardez
26:10les indicateurs
26:11économiques et sociaux
26:12au début
26:13de la Ve République
26:14et que vous vous penchez
26:15sur la République gaullienne,
26:17vous vous apercevez
26:18que la République gaullienne
26:20est une période
26:22importante
26:22d'amélioration
26:24du pouvoir d'achat
26:26parce qu'à la fin des fins
26:27c'est ça
26:28qui est important.
26:29Donc il ne faut pas
26:30avoir un raisonnement simpliste.
26:31D'ailleurs on le disait
26:32tout à l'heure
26:32même au moment
26:33du Front populaire
26:35cette loi
26:37sur les congés payés
26:38et les votés
26:38elle a quasi
26:40l'unité.
26:40Oui,
26:41donc tous les partis politiques
26:42sont pour.
26:43il y a
26:44le combat
26:46extrêmement agressif
26:47dont vous parlez
26:48c'est le combat
26:49de l'extrême droite
26:50et du patronat
26:51et du patronat.
26:52Je me suis penchée
26:53sur les réformes
26:54lancées par Valéry Giscard d'Estaing
26:56C'est le 60ème anniversaire
26:58de sa naissance.
26:58Exactement
26:59et il y a pas mal
27:00d'acquis sociaux
27:01d'avancées sociales
27:01mensualisation des salaires
27:03maintien du salaire
27:04en cadar et maladie
27:05extension du réseau
27:05des conseils de prud'homme
27:06à tout le territoire
27:07prévention des accidents
27:09du travail
27:09c'est vrai que
27:10Éric est rouge.
27:11Honnêtement,
27:12je pense pas
27:13qu'on puisse comparer.
27:14D'accord.
27:15S'agissant simplement
27:17du général De Gaulle
27:19à la fin
27:20de l'ECNR
27:22est quand même
27:23d'une certaine façon
27:24dans les mesures
27:25héritiers
27:26du Front Populaire.
27:28La constitution
27:29de 1946
27:30avec le droit au travail
27:31etc.
27:32ça reprend des choses
27:33qui avaient été mises
27:35alors on parle toujours
27:35de la...
27:36enfin bon
27:38voilà
27:38Vichy c'est
27:39travail, famille, patrie.
27:40travail.
27:41Donc revenir
27:42contre ce qu'avait fait
27:43le Front Populaire.
27:45Ce que je veux dire
27:46simplement
27:46c'est qu'il s'agit pas
27:47de dire que
27:49il n'y a pas des choses
27:50qui sont faites
27:51par des gouvernements
27:54de droite
27:55mais d'une part
27:56un, il y a la conjoncture
27:57s'agissant du général De Gaulle
28:00la phase de croissance
28:01que connaît
28:02la France
28:03à ce moment-là
28:03est sans égal
28:05dans le XXe siècle.
28:07Mais
28:07si on parle
28:08simplement
28:09des ruptures
28:10je ne dis pas
28:10qu'il n'y a eu
28:11pas d'accompagnement
28:12d'une partie
28:14possiblement de la droite
28:15mais si on parle
28:16des ruptures
28:17je suis désolé
28:18les ruptures
28:18sont des ruptures
28:20de gauche
28:20d'ailleurs
28:21la vérité
28:22c'est que
28:22ça nous est tellement
28:25reproché par la droite
28:26que ça montre bien
28:27que cette droite
28:27n'a toujours pas
28:29en partie
28:30accepté
28:31ces ruptures
28:32donc voilà.
28:33Mais cette gauche
28:34elle s'articule
28:35enfin
28:35elle est une gauche
28:37qui intègre
28:38à chaque fois
28:39une mobilisation
28:40collective
28:42dans les différents
28:43moments que nous avons cités
28:44bon il y a évidemment
28:44les grèves de 36
28:45mais cette mobilisation
28:46populaire
28:47contre l'extrême droite
28:49qu'on appelle le fascisme
28:51qui a débuté en 34
28:53il y a bien évidemment
28:55le CNR
28:55mais le CNR
28:56qui est porté
28:57par cette mobilisation
28:58collective
28:58qui a été la résistance
28:59moi j'ai travaillé
29:01il y a peu
29:02sur les cahiers
29:03de doléances
29:03qui sont rédigés
29:04à la demande du CNR
29:05en 45
29:05la valeur travail
29:07elle est au cœur
29:08il y a même
29:09des communes
29:10où on demande
29:11que le travail
29:11soit obligatoire
29:12pourquoi ?
29:13parce qu'on est dans une phase
29:14où on construit l'avenir
29:16on construit
29:17le pays
29:17on construit le pays
29:18mais on construit son avenir
29:19rencontré dans le pays
29:20les grèves Renault de 53
29:22et puis 68
29:23donc ces grands
29:2481 étant une exception
29:26dans la relation
29:27mouvement social
29:28mais jusqu'en 81
29:29c'est des moments
29:30où la gauche
29:31elle se définit aussi
29:33par la relation
29:33qu'elle entretient
29:34avec le mouvement social
29:35et donc le mouvement syndical
29:36Frédéric Dhabi ?
29:37Non mais c'est vrai que
29:38quand même
29:38quand on regarde les années
29:39jusqu'à l'estin
29:40je pense
29:41je pense notamment
29:42à l'IVG
29:43à la majorité
29:44à 10 ans
29:44on ne peut pas dire
29:45qu'il n'y ait pas eu
29:46d'avancée
29:47c'est vrai aussi
29:47c'est au niveau
29:49de la liberté culturelle
29:50j'entends
29:51il n'y a pas eu de rupture
29:52en plus
29:53la loi Veil
29:54a été quand même
29:54largement votée
29:55grâce
29:56à la minorité
29:59de gauche
30:00mais c'est vrai
30:00que dans
30:01l'imaginaire
30:02des français
30:02les grandes réformes
30:04les ruptes de société
30:05c'est la gauche
30:06la bonne gestion
30:07c'est la droite
30:08alors que
30:09quand on regarde
30:10laissez-moi finir
30:11parce que je vais
30:12faire plaisir
30:13quand on regarde
30:14les choses
30:14quand on regarde
30:15par exemple
30:15le quinquennat
30:16Hollande
30:17les déficits
30:18ont infiniment
30:19moins progressé
30:20que sous le quinquennat
30:21Sarkozy
30:22et sous l'ère Macron
30:23Et alors aujourd'hui
30:24qui est à même
30:25de porter
30:25les futures
30:26avancées sociales
30:27si tenter
30:27qu'on puisse en avoir
30:28encore d'autres
30:29Pascal Perrineau
30:31Alors je crois
30:31que si vous voulez
30:32cette gauche
30:32dont on parle
30:33c'est une gauche
30:35dont l'action
30:36se comprenait
30:37se structurait
30:38dans un cadre
30:38avant tout national
30:39mais les choses
30:40ont profondément changé
30:41le monde s'est ouvert
30:43la globalisation
30:44est passée par là
30:46et les solutions
30:47de la gauche
30:48aujourd'hui
30:48nécessitent
30:49on l'a vu d'ailleurs
30:50les interrogations
30:52dans toute
30:52la social-démocratie
30:54européenne
30:54je pense
30:55ce qui s'est passé
30:55en Grande-Bretagne
30:56ce qui s'est passé
30:57avec Schröder
30:58en Allemagne
30:59les socialistes
31:00ont tenté
31:01après des décennies
31:03qui étaient
31:03au fond favorables
31:04pour eux
31:05un état-providence
31:07agissant
31:08dans le cadre national
31:09et voyant
31:10l'efficacité
31:10de son action
31:11bien sûr
31:12depuis les années
31:13fin des années
31:1480
31:14années 90
31:16ça a profondément
31:17changé
31:17qu'est-ce que
31:18cette gauche
31:19peut
31:20vis-à-vis
31:20des couches
31:21populaires
31:22dans le cadre
31:23d'un monde
31:24ouvert
31:25d'un monde
31:26globalisé
31:27et d'une économie
31:28globalisée
31:28et pour l'instant
31:31on le voit
31:31quand vous regardez
31:32la couleur
31:33des différents
31:33gouvernements
31:34politiques
31:34en Europe
31:35cette gauche
31:36n'a pas réussi
31:37si vous voulez
31:38à prendre la suite
31:39de la gauche
31:40du Front Populaire
31:41de la Libération
31:43de 1980
31:44ça se confirme
31:44dans les banquettes
31:45depuis
31:45les catégories populaires
31:46voilà
31:46et c'est une des
31:48grandes interrogations
31:49d'aujourd'hui
31:50parce que
31:51cette interrogation
31:53s'est traduite
31:53peu à peu
31:54par ce que
31:55beaucoup de politologues
31:56ont appelé
31:56la gentrification
31:57l'embourgeoisement
31:59de l'électorat
32:01de la gauche
32:01qui était une réalité
32:03et la fuite massive
32:05des couches populaires
32:07qui étaient profondément
32:09associées
32:09à la gauche
32:11regardons encore
32:12les scores
32:12de François Mitterrand
32:13en 1980
32:15et de sa réélection
32:16en 1988
32:17et bien voilà
32:18aujourd'hui
32:18ça n'est plus le cas
32:20les ouvriers
32:21et les employés
32:22sont ailleurs
32:22et le premier
32:24parti
32:25ouvrier
32:26en France
32:27en termes de
32:27composition électorale
32:28c'est le Rassemblement
32:29National
32:30vous voyez bien
32:31qui aurait dit ça
32:32il y a encore
32:33un quart de siècle
32:34ou il y a 30 ans
32:35oui
32:35Pascal Perrineau
32:36a tout à fait raison
32:37sachant que
32:38le premier comportement
32:39électoral
32:39des ouvriers
32:41c'est d'abord
32:41l'abstention
32:42et le non-vote
32:43il y a clairement
32:44un vote
32:45RN
32:46c'est le vote
32:47Jean-Marie
32:48historique
32:48puisque Jean-Marie Le Pen
32:49arrive de mémoire
32:50en tête
32:51chez les ouvriers
32:51dès 95
32:53en 88
32:53c'est encore
32:54François Mitterrand
32:55en 95
32:55c'est Jean-Marie Le Pen
32:57et d'un autre côté
33:00il y a aussi
33:00une séduction
33:01croissante
33:02d'un électorat populaire
33:03plus diplômé
33:03vers la proposition
33:05Jean-Luc Mélenchon
33:06il leur a envoyé
33:07quelques signes
33:07notamment à son meeting
33:08de samedi
33:08il y a quelques jours
33:09pour conclure
33:12parce que la gauche
33:15déçoit aussi
33:16parce que
33:17quand on a
33:18Blair
33:18quand on a
33:19Schröder
33:19quand on tente
33:20d'accompagner
33:22uniquement
33:22la libéralisation
33:24au détriment
33:25d'une grande partie
33:26de la classe ouvrière
33:28au détriment
33:29des implantations locales
33:30enfin il n'y a qu'à
33:31le choix
33:32de la désindustrialisation
33:33parce que c'est un choix
33:34c'est un choix en France
33:35il a saigné
33:36des parties entières
33:37de nos territoires
33:38il les a marquées
33:39C'est ça déterminant
33:39Éric Errouge
33:40dans l'écriture
33:41du programme
33:41du Parti Socialiste
33:42auquel vous participez
33:43proposer des avancées sociales
33:45parler aux classes populaires
33:46je vais faire simple
33:47là
33:49d'une certaine façon
33:50l'ensemble
33:50des catégories
33:51des catégories populaires
33:53elles ont substitué
33:55on n'est pas
33:55dans une demande sociale
33:57le Rassemblement National
33:59a réussi
33:59à substituer
34:00à cette logique
34:01une logique
34:02purement identitaire
34:04sur des bases
34:05identitaires
34:06et donc
34:07d'une certaine façon
34:09Oui même en proposant
34:10une semaine à 32 heures
34:11ou une sixième semaine
34:12de congé payé
34:12c'est pas comme ça
34:13qu'on amènera
34:13il faut répondre
34:14aussi
34:15à ce versant là
34:16mais on a tellement
34:18déçu
34:19politiquement
34:20parce qu'on n'a pas aidé
34:21ceux que nous devions
34:22à mon sens
34:23aider
34:24qu'il ne faut pas
34:25s'étonner du résultat
34:26Un petit mot de conclusion
34:27Daniel
34:27Je sais qu'on va crier
34:28à l'utopie
34:28mais je voulais
34:29attirer l'attention
34:30sur le récent rapport
34:32qui a été publié
34:33par le laboratoire
34:34sur les égalités mondiales
34:35par rapport
34:36à la dimension internationale
34:38par le labo
34:39de Thomas Piketty
34:41qui parmi les mesures
34:44comme projet
34:45entendons-nous bien
34:47prône une semaine
34:48qui serait une semaine
34:49de deux à trois jours
34:50Ah une semaine
34:51de deux à trois jours
34:52Voilà donc peut-être
34:52une avancée sociale future
34:54qui fera largement débat
34:56j'en suis convaincue
34:56Merci à tous les quatre
34:57d'avoir participé
34:58à cette émission
34:59Merci d'avoir réactualisé
35:00ce beau documentaire
35:01sur l'été 36
35:02et merci à vous
35:03de nous avoir suivis
35:03comme chaque semaine
35:04Émission et documentaire
35:05à retrouver en replay
35:06sur notre plateforme
35:07publicsénat.fr
35:08A très vite
35:08Merci
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