00:01Bonjour Alexandre, chef analyste d'IG. Je le disais en préambule, Nasdaq a perdu 6,3 % sur les
00:07quatre dernières séances, donc on est sur un repli assez significatif, même si quand on dézoome,
00:13on est vraiment sur l'épaisseur du trait. Comment vous expliquez un petit peu ce revirement ? Alors
00:18c'est vrai qu'il y a une semaine ou presque qu'on a eu les résultats de Broadcom, le
00:21titre avait
00:21perdu 10 %, bon hier c'est Oracle qui était à moins 10 là aussi après la publication de ces
00:26résultats. Est-ce qu'il y a une forme un petit peu de lassitude de ces augmentations de capital,
00:31que ce soit sur SpaceX, que ce soit sur Oracle, là encore hier qui dit on va lever 20 milliards
00:36de
00:36plus, Supermicro 7 milliards, bref tout le monde en ce moment souhaite de lever de l'argent pour l'IA.
00:41C'est un peu la grosse différence par rapport au cycle qu'on a observé pendant les années
00:45précédentes en fait. On était dans un schéma depuis 2000 grosso modo de rachat d'actions récurrents de
00:51ces groupes, à chaque fois qu'ils annonçaient leurs résultats, on était sur des annonces. Alors
00:55les dividendes progressaient relativement peu, ça c'est pas le fort de la tech parce que c'est
00:58des boîtes de croissance, mais en revanche ce qui est très souvent annoncé c'est des niveaux de
01:01rachat d'actions, donc on diminue le flottant, on diminue le nombre d'actions en circulation et ça
01:06forcément c'est favorable aux actionnaires, ça renforce les bénéfices par actions et ce qu'on
01:10observe et vous l'avez bien décrit depuis quelques semaines maintenant, c'est des annonces de l'autre
01:15côté, à la fois Alphabet qui explique qu'ils vont émettre pour 80, 85 milliards d'actions nouvelles
01:20et puis des sources qui laissent entendre que Meta pourrait faire pareil également donc pour financer le
01:24développement de l'IA, donc cette fois-ci c'est plus seulement un recours au fonds propres, au cash,
01:29c'est plus seulement un recours à la dette classique, c'est-à-dire par émission obligataire,
01:32désormais on voit que les méga caps américaines parlent très clairement de démettre des actions
01:36nouvelles, donc c'est l'opposé de rachat d'actions en fait, vous diluez un petit peu l'actionnaire
01:40existant et vous l'avez décrit, c'est à la fois, c'est un mix en fait cette correction-là,
01:44elle n'est pas
01:44délirante, rappelons que le Nasdaq a pris plus de 30% en deux mois et demi et le semi-conducteur,
01:48l'indice des semi-conducteurs a doublé en deux mois et demi, donc avoir 6, même 10% de baisse
01:53derrière
01:53ne serait pas dramatique, mais c'est effectivement à la fois Broadcom, des résultats qui sont très
01:57légèrement en dessous des attentes, ces émissions d'actions nouvelles, la question des taux aussi
02:01qui reste toujours élevée, l'incertitude géopolitique qui pèse un petit peu et puis probablement
02:04certains font un peu de place effectivement dans leur ligne pour accueillir la gargantuesque
02:10IPO de SpaceX qui va nécessiter de la liquidité et donc il est aussi possible qu'on ait quelques arbitrages
02:15au sein des portefeuilles, un petit peu en amont de cette introduction en bourse avec à l'horizon
02:19des anthropiques et des open airs également. En tout cas, l'Europe ces derniers jours surperforme
02:23par rapport aux Etats-Unis, l'Europe a été pénalisée par l'absence de grandes valeurs technologiques,
02:28bon là ces derniers temps c'est une force, typiquement le CAC 40 gagne 0,3 alors qu'il y
02:31a Wall Street
02:31a perdu 2, donc on est quand même sur un écart assez important. Maintenant la question c'est,
02:37c'est quoi le relais ? C'est quoi le relais en dehors de l'intelligence artificielle ?
02:41Le premier relais il va être dans le géopolitique, c'est-à-dire qu'on voit tout à fait en
02:46Europe
02:46et tous les indicateurs se sont retournés exactement au moment du début de la guerre en Iran,
02:51qu'on va regarder les indices de confiance en France, consommateurs par exemple,
02:55les indices en Allemagne, le ZU, l'IFO, qu'on va regarder les PMI aussi, ces fameux indices
02:59d'activité en zone euro, regardez bien sur les 10 derniers mois, vous allez voir que la cassure
03:04à la baisse est très nette à partir de mars, avril, mai, toute cette partie liée au début
03:08de la guerre en Iran. Et si vous regardez les indices européens, c'est ça qui les a aussi
03:12empêchés d'aller chercher de nouveaux records, contrairement aux indices américains
03:14beaucoup plus sensibles à la tech, en Europe on a des valeurs effectivement plus sensibles
03:17à l'énergie, l'Allemagne aussi, et je dirais que le premier gros catalyseur pour l'Europe
03:21sera la détente du conflit géopolitique parce que vous allez avoir une réaction en chaîne
03:25positive qui se créera à ce moment-là. Détente géopolitique égale pétrole qui retombe,
03:31égale taux qui se détendent, égale banque centrale qui diminue la rhétorique agressive
03:37par rapport aux hausses de taux, et puis également vous aurez une diminution du coût de l'argent.
03:41Donc on verra, je pense de manière instantanée, si la géopolitique se détend réellement
03:45avec de vrais accords, et que le pétrole retombe bien sous les 80 dollars, il ne faut pas
03:49rester au-dessus de 80, mais entre 70 et 80, vous verrez que les indices européens
03:52à ce moment-là, d'un seul coup, auront des réactions beaucoup plus positives, parce
03:55que c'est vraiment ça le frein des derniers mois. Et puis aussi ne pas oublier que l'Europe,
03:59alors c'est historique, on sait que l'Europe est moins chère que les marchés américains
04:02en termes de valorisation, mais si vous prenez le stock 600, donc l'indice élargi des
04:07valeurs européennes, il se paie 15 fois les bénéfices anticipés, c'est-à-dire exactement
04:11sa moyenne de valorisation des dix dernières années. C'est-à-dire qu'on n'a pas un marché
04:14qu'on peut considérer comme cher en Europe. Il n'est pas non plus donné, mais il n'est
04:17pas cher, alors que les marchés américains, eux, par rapport à la moyenne de valorisation,
04:21sont assez nettement au-dessus. Donc l'Europe n'attend pas grand-chose en termes de catalyseurs,
04:25et la géopolitique sera le principal d'entre eux, je pense.
04:26L'ABCE, cet après-midi, qui a probablement remonté ses taux, en tout cas c'est très
04:31largement intégré par le marché, qui anticipe au moins 70 points en termes de resserrement
04:37monétaire. Est-ce que c'est un sujet, ou non, au final, ce n'est pas un sujet, et au
04:40final tout est dans les cours déjà ?
04:42C'est un vrai sujet. Une hausse de taux n'est pas un très gros sujet à court terme,
04:46parce qu'effectivement on a une inflation sous-jacente en zone euro, c'est-à-dire
04:48hors alimentation, hors énergie, qui est remontée à 2,5%. Donc là-dessus, on a un taux
04:53de dépôt de l'ABCE qui est à 2%, le ramener à 2,25% avec une inflation à 2
04:56,5%, c'est
04:58tout à fait correct comme politique monétaire. Ce qui est plus problématique, et ce qu'il
05:01ne faudra pas faire, et espérons que l'Iran sera réglé ici-là, c'est la deuxième hausse
05:06de taux potentiellement en septembre, voire la troisième d'ici la fin de l'année.
05:10Le marché aujourd'hui, si on regarde les anticipations, les probabilités de marché,
05:13c'est 55% de probabilité pour une hausse en septembre, ce qui n'est pas négligeable,
05:17et on me demandait à l'instant qu'est-ce qu'ils pourraient faire, bouger un peu les indices
05:19européens, typiquement ça, des anticipations de hausse de taux,
05:23qui redescendent en dessous des 50% pour septembre. Et ça, ça va être lié à quoi ?
05:27Ça va être lié exclusivement à ce qu'on va voir sur les prix de l'énergie et sur l
05:30'évolution
05:30de la géopolitique. Donc la réunion du jour va être intéressante, on sait qu'il y aura
05:34une hausse de taux, donc ça c'est acquis, c'est vraiment le discours de Christian Lagarde
05:37qui va être intéressant, c'est le communiqué de l'ABCE qui va être intéressant, donc
05:41c'est vraiment les projections qui vont nous intéresser aujourd'hui, plus que le résultat
05:43de la réunion où on sait qu'il y aura hausse de taux.
05:45On est dans une séquence banque centrale, mercredi prochain, la Fed, hier on a eu des données
05:49d'inflation aux Etats-Unis, l'inflation qui est sur des plus hautes 2023, au-delà
05:53des 4%, 4-2, alors bien sûr les prix de l'énergie, notamment l'essence, plus 40%
05:57au mois de mai, donc forcément ça a pris une place importante dans cette inflation
06:01aux Etats-Unis. Alors Donald Trump a toujours l'air de surprendre, hier il a dit qu'il aime
06:05l'inflation, ce sont des super chiffres, alors bon c'est assez étonnant. Est-ce qu'il
06:09faut voir là le mania de l'immobilier qui parle et donc qui trouve que l'inflation
06:13c'est super ? En attendant, il essaye de rassurer à l'approche des mid-terms,
06:17bien sûr, après il dit, ne vous inquiétez pas, ça va tomber comme une pierre une fois
06:20que la guerre sera finie. Bon, en attendant, 4% c'est pas neutre quand même.
06:23Voilà, alors là où il n'a pas tort, c'est qu'effectivement, je pense qu'effectivement
06:25une fois que la guerre sera terminée, le pétrole retombera, on voit aussi qu'aux
06:29Etats-Unis, il y a eu des effets, ici on les a en Europe, évidemment aussi aux Etats-Unis
06:32ces effets liés au pétrole, mais le problème des Etats-Unis, que nous n'avions pas
06:35en Europe, c'est qu'avant la guerre en Iran, vous aviez déjà une inflation
06:39qui était assez nettement, toujours assez nettement, en dessous de l'objectif.
06:41Alors qu'en zone euro, si on aurait aidé l'inflation avant l'Iran, on était aux
06:44un taux de 2%, donc dans l'objectif, il n'y a pas de soucis de ce côté-là.
06:47Donc c'est ça le problème américain, c'est que leur économie, alors c'est pas un problème,
06:50mais ils ont une économie qui est plus résiliente, l'inflation s'est maintenue déjà avant la guerre
06:53en Iran, et puis il y a aussi l'effet des taxes douanières, ça n'en parle pas trop,
06:56mais beaucoup de banques américaines, JP Morgan, Goldman Sachs, estiment que les tarifs
07:00douaniers ajoutent actuellement entre 0,5 et 0,7% à l'inflation sous-jacente,
07:04ce qui est beaucoup donc, c'est grosso modo, s'il n'y avait pas les tarifs douaniers
07:07et pas la guerre en Iran, eh bien la Fed serait toujours en train de discuter,
07:11il y aurait même probablement, peut-être réaliser une baisse de taux là au printemps.
07:14Donc on voit qu'il y a deux gros paramètres pour l'économie américaine,
07:17effectivement les taxes douanières, il faut que ces effets s'estompent,
07:19et puis la fin de la guerre en Iran, et à ce moment-là, oui, Kevin Walsh,
07:22on parlera de baisse de taux, mais Donald Trump, effectivement,
07:24il essaie de minorer l'inflation, mais 4,2% d'inflation globale,
07:27rendez-vous compte, il y a aussi un élément, il ne faut pas oublier,
07:30c'est que si l'inflation est très forte, les salaires réels aux Etats-Unis,
07:33c'est-à-dire votre pouvoir d'achat réel, il est retombé négatif pour la première fois,
07:37c'est-à-dire que les salaires qui progressent de 3 et quelques pourcents
07:40avec une inflation à 4%, c'est la première fois depuis plusieurs années
07:43où vous avez un salaire réel qui redevient négatif aux Etats-Unis,
07:46ce qui implique donc, ce qui signifie une perte de pouvoir d'achat pour les Américains.
07:49Au milieu de tout ça, aujourd'hui, quel est votre biais, Alexandre Baradès,
07:52pour le marché actions en termes d'allocations de secteurs ?
07:54Qu'est-ce qui vous intéresse ?
07:55Pour moi, il y a trois strates, si vous voulez, les marchés américains assez chères
07:57et portées par la tech, donc en ce moment, je ne suis pas très chaud
08:00pour y aller sur ces niveaux de valorisation.
08:02L'Europe me paraît attractive sans attente de miracles à court terme,
08:05il y a 15 fois les bénéfices anticipés, avec encore une fois un début d'année
08:08qui s'était plutôt bien passé pour l'Europe, une fois que la guerre en Iran sera passée,
08:12les nuages vont se dégager et il sera temps d'y aller.
08:15Et puis la troisième strata, c'est la partie émergente,
08:17mais pas les émergents incluant la tech, c'est les émergents, surtout Chine,
08:20en fait, voilà, plus trop émergents aujourd'hui,
08:22mais je trouve que la Chine est vraiment à des niveaux de prix qui sont plus qu'attractifs actuellement,
08:26sur des gros indices type Hang Seng notamment,
08:28la tech chinoise n'en vaut pas grand-chose en bourse aujourd'hui,
08:30donc voilà, il y a un marché comme ça, autant la Corée du Sud,
08:32ça a flambé avec les Samsung et autres,
08:35autant les actions chinoises n'ont pas profité du boom qu'on a eu ces deux derniers mois,
08:39donc je dirais de manière très discrète, mais la Chine reste attractive,
08:43et sur les Etats-Unis, je méfie un peu de toutes ces annonces, IP ou autres,
08:46et surtout sur la tech, que je trouve clairement chère en ce moment.
08:48Merci beaucoup Alexandre Baradès de l'avoir accompagné ce matin en plateau,
08:52chef analyste d'IG.
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