00:007h42 sur BFM Business et sur AMC Live, le grand entretien aujourd'hui c'est avec Florent Ménégaud qui répond
00:05aux questions de Nathan Cocampo depuis l'Andalousie.
00:09Bonjour Florent Ménégaud, président du groupe Michelin, merci de cette interview aujourd'hui.
00:14Alors d'abord parlons un petit peu du lieu, le SEMA, c'est un endroit où vous testez les pneus
00:18de spécialité,
00:19donc ça peut être les immenses pneus utilisés dans les mines ou alors les pneus des avions.
00:2417% de votre chiffre d'affaires, c'est un domaine ultra stratégique pour le groupe Michelin ?
00:29Tout à fait, parce que ce sont des produits dans lesquels l'excellence de l'innovation, l'excellence de la
00:34performance se trouve résumée dans nos produits.
00:38Ce sont des conditions extrêmes soit d'usage, soit de type d'engin.
00:43Donc ce sont des engins hors normes, un avion c'est pas courant, mais les engins de génie civil ce
00:50sont des camions qui portent 600 tonnes de charge,
00:53ce sont des matériels agricoles qui permettent d'aller exploiter des champs sans impacter le sol.
01:01On a plusieurs types de technologies qui permettent de s'exprimer dans ces pneus et dans des conditions extrêmes.
01:09Des secteurs en croissance, à peu près 2-3% pour chaque à peu près ?
01:12Oui, ce sont des secteurs parce que les sous-jacents, l'extraction minière va continuer à monter parce que le
01:18développement humain nécessite d'avoir plus de matériaux.
01:21L'agriculture va continuer à se développer parce que la population continue de grandir.
01:26On aura plus besoin de matériaux agricoles dans le futur et nous n'aurons qu'une faible croissance d'états
01:34arables.
01:35Et donc il faut augmenter la productivité. Sur l'aviation, le besoin de se déplacer, le mouvement c'est la
01:41vie pour les êtres humains.
01:43Donc l'aviation va continuer de se développer. Et puis on a aussi nos activités de compétition qui vont aussi,
01:48elles, continuer de se développer
01:51parce que ça nous permet de comprendre les usages extrêmes et de tester très rapidement des nouvelles technologies.
01:57Par rapport au secteur de la défense, vous testez aussi des pneus qui seront utilisés sur le champ de bataille.
02:02Et puis concrètement, est-ce que vous voyez un bond des commandes ? On voit par exemple aussi Renault qui
02:06va commencer à développer un drone dans son usine, un drone terrestre.
02:09Est-ce que vous allez équiper ce drone de pneus Michelin ? Et puis surtout, est-ce que vous pourriez
02:13passer, le cas échéant, en économie de guerre et produire massivement pour l'armée française ?
02:18Alors Michelin a déjà eu dans son passé le besoin de participer à l'économie des guerres.
02:24Donc nous l'avons fait et nous le referons si c'est nécessaire.
02:27Maintenant, dans les activités de défense, Michelin a toujours été aux côtés des armées qui défendent.
02:33Et donc nous sommes toujours présents et nous serons à Eurosatorie dès la semaine prochaine.
02:38Michelin sera présent dans beaucoup de stands parce que nos pneumatiques sont très utiles pour permettre à nos armées et
02:46à nos soldats d'aller sur le champ de bataille et d'en revenir en sécurité.
02:51Il y a plein de crises en ce moment, mais on a plutôt l'impression que le groupe se porte
02:54assez bien par rapport à d'autres.
02:56Vous annoncez en France un plan de départ volontaire jusqu'à 1500 personnes, quand même assez conséquent.
03:01Comment vous expliquez cette décision ?
03:03Alors en fait, ce plan de départ volontaire, il est sur trois ans. Il concerne effectivement 1500 postes.
03:08Mais c'est, je dirais, de l'activité classique d'adaptation d'une entreprise à différentes circonstances.
03:17Les technologies évoluent, les métiers changent.
03:20Et à certains moments, on a aussi des personnes qui, finalement, aspirent à faire d'autres choses dans leur vie
03:26professionnelle.
03:27Et donc, la conjonction de tout ça fait qu'on souhaite proposer aux personnes qui souhaiteraient développer un autre futur
03:36professionnel de pouvoir le faire dans des conditions bonnes.
03:39C'est pour ça qu'on a fait un plan de départ volontaire. Il n'y a aucun départ contraint.
03:43Effectivement, il y a un certain nombre de postes qui évoluent dans le temps.
03:47La comptabilité d'il y a 50 ans n'est plus du tout la même comptabilité qu'aujourd'hui.
03:52Vous avez l'intelligence artificielle, vous avez les nouvelles technologies qui arrivent.
03:56Et donc, il faut anticiper tout ça et permettre aux personnes de ne pas être coincées dans un développement professionnel.
04:02À quel point, justement, l'intelligence artificielle vous pousse à peut-être réévaluer un petit peu vos effectifs très nombreux
04:08en France, 17 000 salariés ?
04:09Alors, chez nous, l'intelligence artificielle est utilisée pour augmenter la capacité des individus, pas pour supprimer des postes.
04:17Alors maintenant, l'évolution des métiers, elle n'est pas uniquement liée à cette technologie d'intelligence artificielle.
04:25C'est un processus continu qui existe, c'est le progrès technologique, c'est le progrès humain.
04:30Ça existe depuis des siècles, depuis que les entreprises existent.
04:34Donc, il ne faut pas avoir peur du fait que les métiers changent et bougent.
04:38Et nous, ce qu'on fait, c'est qu'on accompagne toutes les personnes avec des formations pour les aider
04:44à transformer,
04:45à accompagner les transformations et les mutations des marchés.
04:47Il y a quelques mois, vous avez annoncé quand même la fermeture de Vannes et Cholet, deux sites, 1250 employés.
04:54On a l'impression quand même que c'est de plus en plus compliqué pour vous de garder l'industrie
04:58en France.
04:58Donc, cette question, quelle est selon vous la place de la France dans les prochaines années pour le groupe Michelin
05:04?
05:04Est-ce que ça reste une priorité ?
05:05Alors, ce que j'ai dit, c'est qu'au moment de la fermeture des usines de Vannes et de
05:10Cholet,
05:10c'est que nous n'étions plus en condition d'exporter de France.
05:15Mais nous sommes toujours en condition de produire en France pour servir le marché français ou le marché européen.
05:20Et c'est ce que nous continuons à faire.
05:22Nous continuons d'investir.
05:24Michelin aura investi 4,5 milliards d'euros en France sur les dix dernières années.
05:30La France, c'est plusieurs milliers d'emplois.
05:32Nous avons près de 17 000 personnes employées en France.
05:35La France, c'est le cœur de notre recherche et de développement.
05:38La France, c'est aussi le siège mondial.
05:40C'est là où beaucoup d'activités naissent et créent d'autres activités.
05:45Nous avons ouvert l'année dernière une nouvelle usine qui fabrique une nouvelle génération de matériaux.
05:50Donc, on est loin du schéma un peu simple d'imaginer que Michelin est en train de quitter la France.
05:55Ce n'est pas du tout à l'agenda et ça ne sera pas avant de nombreuses années, si jamais
06:01ça devait l'être.
06:02Concernant le replacement des salariés de ces deux sites, est-ce que vous pouvez me dire à peu près où
06:06on en est ?
06:06Oui, aujourd'hui, il y avait 1246 postes supprimés.
06:10Sur ces 1246, il y en a plus de 60% qui ont trouvé un poste stable.
06:14Ce qui vous pénalise fortement aujourd'hui, c'est la concurrence chinoise qui monte en qualité dans les pneus.
06:20Est-ce que ça vous inquiète vraiment pour les prochaines années ?
06:22C'est ça le gros enjeu pour vous ?
06:24Est-ce que vous demandez des règles européennes pour bloquer avec des taxes, des droits de douane ?
06:30Je sais qu'il y a une enquête anti-dumping sur le sujet en ce moment.
06:33Qu'est-ce que vous attendez de tout ça ?
06:35En fait, d'abord, Michelin aime la concurrence.
06:38Donc, Michelin, on pense que la concurrence, elle est indispensable pour la vitalité d'un tissu économique
06:44et pour le développement d'une entreprise, pour favoriser l'innovation.
06:47Donc, nous, on est favorable à la concurrence.
06:49Là où ça ne va pas, c'est quand les conditions, les règles du jeu de cette concurrence ne sont
06:53pas équitables.
06:55Et or, aujourd'hui, en Europe notamment, on est un peu naïf dans notre façon d'administrer notre marché européen.
07:03On est totalement ouvert aux importations, alors que d'autres pays n'appliquent pas les mêmes règles du jeu
07:11en matière fiscale, sociale, environnementale et d'autres natures.
07:17Donc, ce qu'on dit simplement, nous, on a besoin pour que le jeu de la concurrence se fasse sainement,
07:22et il faut de la concurrence, il faut simplement qu'on ait ensemble des règles du jeu équitables.
07:27On a beaucoup de constructeurs automobiles qui décident de s'allier avec des constructeurs chinois
07:31pour essayer d'être plus forts dans la bataille.
07:33Est-ce que vous pourriez vous allier avec un fabricant chinois de pneumatiques ?
07:37Alors, on l'a fait dans le passé.
07:40On a eu des... Quand on est arrivé sur le marché chinois,
07:44on a commencé en faisant une entreprise commune, avec une entreprise chinoise.
07:48Puis, progressivement, on est sortis de cette entreprise commune pour être 100% entre nous, en Chine.
07:55Et on a essayé une autre fois de faire une activité commune pour faire des pneus d'entrée de gamme
08:01en prix.
08:02Et on s'est rendu compte que l'objectif de notre partenaire, c'était de prendre nos technologies
08:07et finalement ne donner pas grand-chose.
08:09Donc, on est sortis de ça aussi.
08:11Maintenant, la Chine, il y a des tas de choses qui se développent en ce moment en Chine,
08:15qui peuvent être intéressantes.
08:16Et là-dessus, on souhaite préserver notre autonomie en matière de recherche et de développement,
08:23préserver nos savoir-faire et en même temps, d'être ouvert à tout le champ d'innovation possible
08:30en faisant des partenariats, mais pas uniquement avec la Chine, en fait.
08:33Cette démarche-là, on l'a aussi avec le Brésil, les États-Unis, le Canada et plein d'autres pays
08:38dans le monde.
08:38On a parlé des droits de douane qu'on pourrait mettre en place face à la Chine.
08:42Vous subissez aussi les droits de douane américains.
08:44Ça a été très compliqué pour vous, cette période aux États-Unis ?
08:47Ce qui a été compliqué, c'est l'instabilité qui a été créée à l'occasion de ces droits de
08:52douane,
08:53parce que derrière, c'était extrêmement instable et c'est toujours pas encore stabilisé.
08:57C'est-à-dire qu'on ne sait pas encore exactement quel droit de douane doit être appliqué,
09:01sur quel domaine, à quel moment.
09:03L'impact net pour le groupe en matière d'argent, c'est 400 millions d'euros.
09:09C'est assez conséquent sur notre compte de résultats.
09:13Et donc, oui, on est impacté.
09:15Maintenant, Michelin est solide, vous l'avez très bien dit au départ.
09:17Donc, on saura gérer ça.
09:20Ce dont on a besoin, c'est d'avoir un système stabilisé.
09:24Quand vous avez des règles, ce qu'il faut, c'est qu'elles ne changent pas toutes les trois minutes.
09:27Or, c'est ce qui s'est un peu passé en 2025.
09:29Concernant la guerre en Iran, à quel point vous êtes impacté ?
09:31Est-ce que vous avez des pénuries de matériaux ?
09:33Alors, pour l'instant, nous n'avons rien jusqu'à fin juin, début juillet.
09:39Ensuite, on ne sait pas.
09:41Il est certain qu'il y a un certain nombre de capacités de transformation du pétrole,
09:47enfin, ce qu'on appelle les produits dérivés du pétrole,
09:51qui devraient se retrouver en pénurie dans quelques temps.
09:55Parce qu'aujourd'hui, il y a beaucoup de...
09:57La consommation peut continuer de fonctionner normalement parce qu'on consomme des stocks.
10:02Mais une fois que ces stocks seront consommés, là, on aura des pénuries.
10:07Donc, les pénuries, nous, on n'aura pas trop de problèmes pour trouver des approvisionnements.
10:12Mais quand il y a moins d'offres que de demandes,
10:16ce qui se passe, c'est qu'en général, les prix montent.
10:18Et donc, on risque d'avoir de l'inflation qui arrive du fait de ces pénuries.
10:22Mais sans qu'on soit aujourd'hui capable de dire précisément là où elles vont intervenir.
10:27On arrive au bout de cet entretien.
10:29Une question quand même sur la présidentielle qui approche dans moins d'un an maintenant.
10:32Quelle est votre position ?
10:33Est-ce que vous redoutez cette échéance ?
10:35Le résultat de ces élections ?
10:37Et une deuxième petite question.
10:39Est-ce que vous rencontrez les candidats ?
10:40Vous discutez avec eux ?
10:42Peu importe le parti.
10:43Pour voir un peu la suite du contexte économique politique de la France.
10:48Alors, par rapport à votre première question, moi, j'ai une foi dans la démocratie.
10:54Et donc, je fais confiance à l'intelligence collective d'une nation.
10:58Et donc, je dis simplement à toutes les personnes que je côtoie,
11:02y compris tous les salariats de Michelin, je leur dis, allez voter.
11:06Quand vous avez la possibilité de le faire, le droit de vote, c'est un acquis incroyable.
11:12C'est un acquis social incroyable.
11:14Donc, exprimez votre droit de vote.
11:16Et ensuite, le résultat des élections, il sera ce qu'il sera.
11:18Et on verra, on s'adaptera.
11:21La deuxième partie de votre question, c'est vis-à-vis des candidats.
11:26Donc, je ne vais pas, Michelin ne va pas, à la rencontre directe d'un candidat.
11:31Par contre, nous faisons partie de la société.
11:35Et donc, si des personnalités veulent comprendre quels sont les sujets de Michelin
11:42et qu'elles souhaitent nous voir, on les recevra, quelle que soit leur partie.
11:47Merci beaucoup, Florent Ménégaux, le président du groupe Michelin.
11:50Merci à vous.
11:50Merci à vous.
11:51Merci.
11:51Merci.
11:51Merci.
11:51Merci.
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