00:00Chaque jour, un expert de marché nous rejoint pour déconstruire les idées reçues.
00:04Aujourd'hui, il est à distance avec nous.
00:05Lucas Evig, fondateur de Finance Data, il nous rejoint.
00:08Bonjour Lucas, on est ravis de vous retrouver.
00:10Warren Buffett.
00:11Bonjour Pion.
00:12Warren Buffett est le seul et unique meilleur investisseur du monde.
00:14Il n'y en a qu'un, c'est lui, c'est ce que beaucoup pensent.
00:16Ben pas vous, vous vous dites bullshit.
00:19Eh oui, Lucas, vous foudroyez cette idée qu'Warren Buffett serait l'unique meilleur investisseur du monde.
00:24Pour vous, un autre homme peut prétendre au titre.
00:27Ouais, exactement. Warren Buffett, c'est l'icône absolue et c'est mérité.
00:31Mais il y a un homme qui, sur la période où il a investi activement, a fait très fort, avec
00:36des performances vraiment incroyables.
00:37Et pourtant, il y a quand même très peu de gens qui peuvent connaître son nom, qui sont capables de
00:41le citer.
00:42Et cet homme, c'est Peter Lynch.
00:44Et ce qui est fascinant avec Peter Lynch, c'est que pour lui, l'investisseur particulier est capable de battre
00:49les professionnels
00:50parce qu'il vit dans le monde réel et qu'il est capable de dénicher des opportunités qu'on peut
00:55voir dans le monde réel,
00:56que les professionnels ne voient pas tout de suite.
00:58Vous parlez de faire mieux que Warren Buffett, c'est une affirmation forte.
01:01Qu'est-ce que les chiffres disent vraiment ?
01:04Dans les chiffres, c'est vrai que c'est assez impressionnant.
01:06Peter Lynch était gérant du fonds Magellan chez Fidelity, un gérant de fonds à Wall Street.
01:12Et entre 1977 et 1990, pendant 13 ans, il a été actif.
01:17Il a fait plus de 29,2% par an, ce qui est énorme.
01:21Et si on compare sur la même période, le S&P 500, il fait plus de 13%.
01:24Donc Peter Lynch, il a fait plus que doublé la performance du S&P 500, son indice de référence.
01:31Donc c'est vraiment une performance exceptionnelle.
01:34Et c'était vraiment une des stars de Wall Street à l'époque, avec un track record excellent.
01:38Donc si on compare à Warren Buffett, qui a fait plus de 20% par an,
01:42lui, c'est pendant 60 ans Warren Buffett.
01:43Donc forcément, il y a la longévité qui prime, d'où le titre un peu de meilleur investisseur de tous
01:48les temps.
01:49Mais Peter Lynch, lui, sur la période où il a été investisseur actif,
01:52il a fait des niveaux exceptionnels, des performances exceptionnelles.
01:55Et ce qui est assez intéressant, c'est que lui, il a été dans une démarche un peu différente de
02:01Warren Buffett.
02:02On en parlait un peu après.
02:03Et aussi, pourquoi on en parle au passé, Peter Lynch ?
02:06Parce qu'il a pris sa retraite à 46 ans seulement, au sommet de son art, pour se consacrer à
02:10ses proches.
02:11Julien.
02:13Alors attendez, Julien, on allume votre micro.
02:15Ça y est, le micro est là, il tape... Allez-y.
02:17La retraite à 46 ans, ça fait rêver.
02:19Et du coup, pour atteindre...
02:20Vous avez déjà 46 ans, c'est trop tard.
02:22Vous n'avez pas 46 ans ?
02:22Non, je n'ai pas 46 ans, moi.
02:24C'est 7 ans de moins.
02:25On a 7 ans d'écart, Julien.
02:26C'est vraiment que vous voulez savoir.
02:27Ah, vous avez 46 ans ?
02:28Oui.
02:28Donc vous prenez votre retraite cette année ?
02:31Je ne n'en ai jamais été aussi proche, mais vous non plus.
02:33Vous ne pouvez pas se faire mal contre.
02:34Bon, Lucas, pardon.
02:35Pour atteindre ses performances, en fait, quelle philosophie l'adoptait en réalité, Peter Lynch ?
02:40Il avait une phrase qui peut paraître un peu bateau, mais il disait
02:44« Investissez dans ce que vous connaissez ».
02:45Et pour lui, c'était vraiment quelque chose de vraiment concret,
02:48parce que pour trouver ses meilleurs investissements,
02:50les pépites qu'il a eues dans son portefeuille,
02:53Peter Lynch, il allait chercher dans sa vie quotidienne.
02:56Si je prends un exemple qu'il citait dans un de ses livres,
02:59« One up on Wall Street »,
03:00il a repéré, par exemple, Dunkin' Donuts,
03:02donc une entreprise, une enseigne qui vendait des donuts aux États-Unis,
03:06en voyant les files d'attente.
03:08Le matin, quand il allait au bureau,
03:09donc il partait au bureau à Wall Street,
03:11et il voyait qu'il y avait beaucoup d'engouements sur cette enseigne-là,
03:15que les gens adoraient aller aux donuts.
03:17Et donc, il a fait ses recherches, il a testé le produit,
03:19et il a trouvé l'entreprise derrière.
03:21Il a investi en bourse, ça a été un carton.
03:23Et ce n'est pas le seul type d'investissement qu'il a pu trouver vraiment dans sa vie quotidienne.
03:27Il le disait aussi dans son livre,
03:29il a acheté une entreprise qui vendait des collants,
03:31parce que sa femme lui avait dit « Ces collants sont géniaux,
03:34ils viennent de sortir, tout le monde se rue dessus,
03:36toutes les femmes se ruent dessus au supermarché ».
03:39Donc, il a fait ses recherches, il a trouvé l'entreprise, pareil,
03:42un gros carton derrière.
03:43Donc, assez intéressant de voir ça.
03:46Lui, Peter Lynch, vraiment, il disait que les meilleurs investissements,
03:48ils se trouvaient dans la vie quotidienne,
03:50et qu'on est touché par des entreprises qui sont cotées en bourse dans la vie de tous les jours,
03:55quand on fait nos courses, quand on part en vacances, quand on fait notre sport.
03:59Et pour lui, c'est tout simplement là où peuvent naître les meilleures idées d'investissement,
04:03et pas forcément dans les excels des financiers.
04:06Cela dit, c'est vrai que ça peut être une piste pour investir en bourse,
04:11des marques qu'on aime, des marques qu'on voit,
04:13des marques dont on constate le succès vraiment de manière palpable.
04:16Malgré tout, il y a deux, trois autres critères qui rentrent en ligne de compte.
04:19Quels critères il avait, lui, pour investir dans les entreprises ?
04:22Oui, le premier critère, il a dit, un produit, un service de qualité,
04:27ça c'est une bonne intuition, mais ce n'est pas un critère suffisant pour investir dans une entreprise.
04:32Ça, on le sait tous.
04:33Lui, une fois qu'il avait trouvé un bon produit, il allait voir l'entreprise,
04:37il allait un peu l'analyser, et le premier critère là-dedans,
04:40c'était de voir si l'entreprise est capable de générer des bénéfices.
04:43Parce que pour Peter Lynch, il y a une raison mathématique.
04:48Qu'est-ce qui fait monter l'action en bourse à long terme ?
04:51C'est la croissance des bénéfices de l'entreprise.
04:53Donc, si l'entreprise a des bénéfices qui augmentent,
04:55l'action a toutes les chances de progresser à long terme.
04:57Donc, voilà, c'était déjà son premier critère.
04:59Trouver des entreprises qui font de la croissance,
05:02qui ont des bénéfices en croissance sur le long terme.
05:04Après, forcément, il y avait d'autres critères,
05:06comme le fait que l'entreprise n'ait pas trop de dettes,
05:09que l'entreprise ait aussi des bonnes marges,
05:12et que les dirigeants soient intéressés au capital
05:14pour qu'il y ait un aliment d'intérêt.
05:16Donc, voilà, il s'assurait quand même de la qualité de l'entreprise derrière.
05:20Et ça, c'était quand même la seconde étape
05:22qui lui permettait de valider une idée d'investissement.
05:25Exactement, s'ancrer dans le quotidien,
05:27tout en analysant, bien sûr, la qualité du business.
05:29Et je crois que Peter Lynch avait aussi des critères
05:31de sélection des valeurs un peu plus originaux.
05:35Oui, dans son livre, il le disait,
05:37il y avait un peu des critères un peu plus fun, on va dire,
05:39et un peu plus originaux.
05:40Par exemple, il adorait les entreprises avec des noms moches.
05:44Parce que selon lui, si le nom de l'action est sexy,
05:47qu'il est simple à retenir, qu'il peut évoquer quelque chose de sympa,
05:51on va avoir tendance à le regarder, en fait.
05:54Donc, il y a plus de moins qui le regardent.
05:56Et si, au contraire, le nom est moche de l'entreprise,
05:59il y a souvent moins de concurrence, moins de regard sur cette action.
06:02Elle passe un peu plus sous les radars,
06:04et donc, il y a plus d'opportunités.
06:05Donc, voilà, si on a des actions avec plein de K, de H, de Y, de Z, de W,
06:10ou des noms imprononçables, jetez-y un oeil.
06:14Ça peut être intéressant.
06:16Et ça, c'était donc un critère positif.
06:18À l'inverse, il y avait un critère aussi négatif
06:20qui nous permettait d'éliminer des actions.
06:22Et dans ce sens-là, il évitait, par exemple,
06:25les « hot stocks in hot industries »,
06:27comme il disait, donc les actions à la mode,
06:28dans les secteurs à la mode.
06:30Justement, vous parliez un peu du secteur de l'IA, justement.
06:33Je ne pense pas qu'aujourd'hui, Peter Lynch,
06:35si on appliquait sa philosophie actuelle,
06:38il achèterait du sound disque.
06:39Je ne pense pas qu'il achèterait non plus du Samsung,
06:41ou je ne pense pas qu'il achèterait du micro-ondes technologies,
06:43parce que c'est des entreprises qui sont vraiment à la mode,
06:46dont tout le monde parle,
06:47qui font le tour des réseaux,
06:48qui font le tour des investisseurs.
06:49Et pour lui, souvent, quand on en parle trop,
06:51c'est que le potentiel est déjà consommé,
06:53et donc il n'y a pas trop d'intérêt de se placer.
06:55Mais ça, d'une certaine façon,
06:56c'est ce qu'il rapproche de Warren Buffett,
06:58parce que Warren Buffett, c'est un peu pareil,
06:59et d'ailleurs très méfiant sur l'IA, Warren Buffett,
07:01sur la tech, etc.,
07:02il était un peu à l'écart ces dernières années.
07:03En quoi Peter Lynch était donc si différent que ça de Warren Buffett ?
07:08C'est vrai que Warren Buffett et Peter Lynch
07:11sont quand même similaires sur le fond.
07:13Ils achètent des actions de qualité,
07:15ils achètent des entreprises qu'ils connaissent aussi,
07:17qu'ils comprennent vraiment,
07:18et qui ont des bénéfices en croissance à long terme,
07:20et ils évitent un peu la tendance.
07:23Mais franchement, quand on regarde dans la pratique,
07:24ils sont vraiment différents.
07:26Pour Warren Buffett,
07:26il avait toujours un portefeuille hyper concentré,
07:28une dizaine de valeurs, de convictions,
07:31qu'il achetait à prix Bradé,
07:32et qu'il détenait vraiment très très longtemps.
07:35Peter Lynch, lui, c'était beaucoup plus actif,
07:37quand même, sa méthodologie.
07:39Il avait par exemple jusqu'à 1400 actions en portefeuille,
07:42à l'instant T.
07:43Forcément, il avait des équipes,
07:44il ne gérait pas 1400 actions tout seul,
07:47mais voilà,
07:48il était quand même beaucoup plus dynamique que Warren Buffett,
07:51et surtout,
07:52même s'il gardait des actions plusieurs années,
07:54il avait quand même tendance à aller plus vers des actions de croissance,
07:57tant que la croissance a justifié la valorisation actuelle,
08:01il n'était pas dérangé d'acheter l'action.
08:04Là où Warren Buffett, lui, il achète vraiment des actions qui sont hyper bradées.
08:07Donc voilà, Peter Lynch, il a un peu un style différent,
08:09et pour moi, il avait quand même fait des meilleures performances ces dernières années que Warren Buffett.
08:13Et c'est hyper intéressant, parce qu'on voit que même à travers ces deux génies,
08:16Peter Lynch et Warren Buffett,
08:17bien sûr, transparaît une analyse, une stratégie,
08:20mais aussi un comportement face au marché.
08:22Merci beaucoup, Lucas, de nous avoir accompagné.
08:24Lucas Evig, fondateur de Finance Data,
08:26dont c'était la première ici dans BFM Bourse.
08:29Merci beaucoup, Lucas.
08:29– Sous-titrage Société Radio-Canada
08:29–
08:30–
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