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  • il y a 15 heures
Cette 61e édition de la Biennale de Venise restera sans doute dans les mémoires. Entre tensions diplomatiques, débats et polémiques autour des pavillons nationaux, la Biennale 2026 montre une nouvelle fois qu’elle n’est pas seulement un grand rendez-vous artistique : elle est aussi une scène de démonstration culturelle et géopolitique. Pour mieux comprendre les puissances culturelles en jeu, Nathalie Obadia, galeriste et autrice de La Géopolitique de l’art contemporain et Figures de l'art contemporain, publiés aux éditions Le Cavalier Bleu est l'invitée d'ART & MARCHÉ.

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00:04Cette 61e édition de la Biennale de Venise restera sans doute dans les mémoires.
00:09Entre tensions diplomatiques, débats polémiques autour des pavillons nationaux,
00:12la Biennale 2026 montre une nouvelle fois qu'elle n'est pas seulement un grand rendez-vous artistique,
00:18mais qu'elle est aussi une scène de démonstration culturelle et géopolitique.
00:22Pour mieux comprendre les puissances culturelles en jeu, j'ai le plaisir d'être avec Nathalie Aubadia.
00:26Bonjour.
00:26Bonjour.
00:27Merci beaucoup d'être avec nous. Vous êtes directrice de la galerie Nathalie Aubadia
00:30et aussi autrice de la géopolitique de l'art contemporain, publiée aux éditions Le Cavalier Buleux.
00:36Tout d'abord, est-ce que vous pouvez nous raconter rapidement la semaine que vous avez passée ?
00:40C'était le 9 mai dernier. Comment est-ce que vous avez ressenti cette ouverture de Biennale ?
00:46Est-ce que justement les tensions se ressentaient sur le terrain ? Comment ça s'est passé sur place ?
00:50On va dire que la Biennale avait commencé quelques semaines auparavant,
00:54puisqu'il y a eu des polémiques très publiques, notamment sur la volonté de participants des pavillons nationaux,
01:05associés à des curateurs, associés à ce qu'on appelle les travailleurs de l'art,
01:10demandant à ce que le pavillon du pays d'Israël soit fermé, ne soit pas ouvert au public.
01:18Et entre-temps, il y a eu aussi le fait que la Russie, qui était absente, qui n'était pas
01:24présente il y a deux ans,
01:28soit autorisée à ouvrir son pavillon.
01:31Alors là, on a vu qu'il y avait une dissension d'ailleurs au sein même du gouvernement de Mélonie,
01:35entre ceux qui pensaient que le pavillon devait rester fermé ou plutôt ouvert.
01:40Et c'est le président de la Biennale, M. Buttafroko, qui a décidé justement que la Russie devait ouvrir.
01:46Donc voilà, toutes ces polémiques se sont accélérées et on peut dire qu'avant même d'arriver à la Biennale
01:52de Venise,
01:53le mardi ou le mercredi, on était déjà dans le bain.
01:56Oui, on ne va pas revenir sur toutes ces polémiques.
01:59Je me demandais, à l'heure où il y a quand même une démultiplication des canaux de communication,
02:05il y a les réseaux sociaux, il y a plein de choses, est-ce que la Biennale de Venise,
02:07ça reste vraiment une démonstration de force de ces pays qui veulent montrer leur soft power culturel ?
02:14Alors, je ne sais pas si à la fin, on va dire qu'il y a le résultat vraiment d
02:21'un soft power de chaque pays.
02:23En tout cas, c'est absolument essentiel.
02:25Et comme vous le dites, on est informé, surinformé toute l'année par les réseaux sociaux, par la presse.
02:30Mais le besoin de se retrouver dans un lieu, dans une espèce d'hétérotopie,
02:34qui est la Biennale de Venise pendant une semaine, évidemment ça dure jusqu'au mois de novembre,
02:39mais le vernissage cette semaine intense est absolument incontournable.
02:43On se rend compte que la présence des pavillons nationaux,
02:45que le voyage sur place des décideurs, ce qu'on appelle les test makers,
02:50de tous les pays du sud global aujourd'hui,
02:54qui est très en pointe sur les sujets des Biennales,
02:58parce que justement c'est une manière de montrer la scène artistique de l'Indonésie ou d'Amérique latine.
03:05Enfin voilà, c'est très important.
03:07Donc on peut dire que la Biennale de Venise reste, malgré la centaine, voire 150 ou 200 Biennales dans le
03:13monde entier,
03:13reste la Biennale, qui est un lieu de rendez-vous très politisé.
03:18Et on va le dire justement, puisque vous voyez, elle était ouverte en avance avec les polémiques sur les pays,
03:23et on a vu aussi sur place, par exemple, la polémique autour du pavillon des Etats-Unis,
03:28avec un artiste, on va dire, Trumpien,
03:32ou Trumpiste, alors même qu'il ne l'est pas.
03:34Mais si vous voulez, forcément, occuper le pavillon des Etats-Unis sous Trump,
03:38ça signifie quelque chose.
03:39Comme on a vu aussi, pour la première fois, le pavillon du Qatar,
03:43qui va être maintenant au sein des jardins,
03:45alors même que normalement il n'y avait plus de place pour des pavillons,
03:49et qui va être placé en face de celui des Etats-Unis.
03:51Donc on voit bien, effectivement, quand même les enjeux de soft power,
03:54des nouveaux pays ou des nouvelles puissances,
03:57ceux qui arrivent, on va dire, à entrer dans ce jeu
04:00qui était celui des pays occidentaux,
04:03lorsque la Biennale a été créée en 1895.
04:06L'aspect un peu délicat, c'est que,
04:08est-ce que tous les artistes sont vraiment représentants de leur pays ?
04:11Est-ce qu'un artiste est représentant de son pays dans cet environnement de Biennale,
04:15ou pas ? Parce que c'est vrai qu'ils se sont désolidarisés par rapport aux polémiques,
04:19mais ça montre que, justement, est-ce qu'un artiste est représentant de son pays
04:23à travers les pavillons, ou pas ?
04:25Alors, ça, c'est justement la polémique.
04:27Quand il y a eu la pétition, justement, signée par des artistes représentant leur pays,
04:31demandant que le pavillon d'Israël soit fermé,
04:33c'est un, voilà, voici l'exemple,
04:35c'était intéressant de voir qu'il y avait des artistes représentant des pays
04:40qui reconnaissaient, évidemment, Israël,
04:43qui reconnaissent tout d'ailleurs aussi la Palestine,
04:46c'est le cas d'ailleurs de la France,
04:48et qui ont dit, je signe la pétition en tant qu'individu,
04:51et non pas comme représentant de mon pays.
04:53C'est le cas d'Hito Barada pour le pavillon de la France, par exemple.
04:56Donc, c'est toute l'ambiguïté, justement,
04:57comme on peut se dire que la biennale,
05:00enfin, que la pétition demandait, justement,
05:03la fermeture du pavillon d'Israël,
05:05alors même que le représentant,
05:07alors pas cette année,
05:08parce que c'est une personnalité un peu âgée,
05:10qui est moins politique,
05:11mais il y a deux ans,
05:12l'artiste qui représentait Israël
05:14avait choisi, justement,
05:16de laisser le pavillon fermé,
05:18on pouvait voir l'exposition de l'extérieur,
05:19donc c'était, je suis israélienne,
05:21mais je ne suis pas forcément d'accord,
05:23je ne suis pas d'accord avec la politique qui s'y passe,
05:25et je préfère, effectivement, rester fermée.
05:27Donc, voilà, il y a toute l'ambiguïté entre,
05:29on va dire, le passeport qu'on détient
05:30et ses opinions politiques.
05:33Vous avez parlé, justement, du pavillon du Qatar,
05:35comment est-ce qu'on fait pour être présent à la biennale ?
05:38Parce qu'effectivement,
05:39il y a plein de pays qui n'y étaient pas présents
05:41il y a plusieurs dizaines d'années,
05:43aujourd'hui, ils le sont.
05:44Comment est-ce qu'on organise sa présence et son pavillon ?
05:48Alors, on va dire qu'il y a plusieurs marches dans l'escalier.
05:53Alors, il y a les jardins,
05:54dans lesquels il y a une trentaine de pavillons qui existent,
05:57qui sont comme des ambassades.
05:58Après, il y a eu une extension,
06:00quand le monde sait beaucoup,
06:02des nouveaux pays comme la Chine, notamment,
06:04ou comme les Émirats Arabes Unis,
06:07ils sont dans l'arsenal, à notre endroit.
06:09Et puis après, avec la multiplication des pays,
06:11ils sont sans aujourd'hui à participer,
06:14il y a des locations de lieux dans toute la ville de Venise.
06:17Mais le lieu le plus prescripteur,
06:20le plus important, reste les jardins.
06:21Et donc, le dernier pays à y avoir,
06:24à construire un pavillon permanent,
06:26c'est la Corée, en 1996,
06:28après une période de dictature.
06:30C'est une manière de montrer qu'elle rentrait,
06:32si vous voulez, dans le rang,
06:33et dans ce concert des nations importantes
06:35et des puissances économiques de premier rang.
06:38Le Qatar, qui se retrouve maintenant dans les jardins,
06:41on peut imaginer, effectivement,
06:42que c'est pas du tout proportionnel
06:44par rapport à la taille du pays,
06:46mais non seulement à ça,
06:47mais surtout par le fait
06:49qu'elle n'a pas une scène nationale artistique
06:51qui est connue.
06:52Voilà, il n'y a pas d'artiste.
06:54Moi, c'est vraiment en cours de développement.
06:57On doit absolument marginales
06:58se retrouver dans la partie centrale des jardins.
07:01Montre bien qu'effectivement,
07:02il y a des passe-droits.
07:06Et le passe-droit était officiel.
07:08On sait que le Qatar a donné
07:10plus de 50 millions de dollars
07:11à la ville de Venise
07:12pour restaurer certains bâtiments,
07:16pour les aider à restaurer aussi la bibliothèque.
07:19Donc, il y a un arrangement avec la ville de Venise
07:21qui fait que notre arrangement en contrepartie,
07:23c'était de pouvoir construire
07:24un pavillon permanent dans les jardins.
07:27Voilà.
07:27Donc, il y a effectivement des intérêts économiques
07:31qui font que,
07:32on ne peut pas dire la même chose avec le PSG,
07:33si demain, ils peuvent acheter le stade à Paris.
07:38Voilà, c'est exactement la même chose.
07:39Justement, d'ailleurs,
07:40on les compare souvent aux JO.
07:43Tout à fait.
07:43On compare souvent à la Biennale et les JO.
07:45Et en termes d'autres pays présents,
07:47est-ce que justement,
07:47on voit une nouvelle émergence de certaines scènes ?
07:50Qu'est-ce que vous avez vu ?
07:51Alors, cette année, c'était vraiment intéressant
07:52parce qu'il y a deux ans déjà,
07:54il y avait quand même,
07:55on le voyait déjà depuis une dizaine d'années,
07:57il y avait l'entrée de plusieurs pays africains
08:00comme le Nigeria,
08:01comme le Sénégal,
08:02comme le Ghana.
08:04On voit que l'Afrique aujourd'hui
08:05quand même a certains problèmes.
08:06Donc, des pays ne sont plus présents
08:08ou sont d'une manière beaucoup plus marginale
08:11dans des endroits plus petits,
08:12plus extantrés du centre de la ville
08:15où les pavillons sont organisés.
08:20Et cette année,
08:20ce qui était très intéressant,
08:21c'était de voir l'Inde.
08:22Alors, l'Inde, vous voyez,
08:23qui est quand même, on va dire,
08:24la troisième, quatrième puissance,
08:25enfin, économique aujourd'hui,
08:28avec plus d'un milliard,
08:29500 millions de personnes,
08:30n'a participé que trois fois
08:31à la Biennale de Venise,
08:32ce qui est quand même incroyable
08:33par rapport à son importance,
08:34alors que la Chine est là maintenant
08:36depuis plus de 20 ans.
08:37Et ils ont décidé d'arriver,
08:39on va dire en force,
08:40avec un énorme lieu,
08:42justement, ouvert dans l'arsenal,
08:44qui est loué.
08:45Vous voyez, s'il y a bien un pays
08:46dont on pourrait se dire,
08:46il pourrait y avoir un grand pavillon
08:48en dur dans les jardins,
08:49ça serait la Chine ou l'Inde.
08:51Alors, il reste un petit peu à l'écart,
08:53peut-être aussi une manière
08:53de rester à l'écart
08:54de ces problématiques politiques.
08:56Et on a vu un pavillon
08:59organisé de manière absolument opulente,
09:01avec un certain nombre d'artistes,
09:04il y a des trois ou cinq,
09:04je ne sais plus,
09:05avec des pratiques plutôt traditionnelles.
09:07Une manière de se montrer présent,
09:09mais pas dans les avant-gardes occidentales.
09:12Ça, c'est vraiment important.
09:13Vous voyez, le software,
09:14il est là.
09:14C'est-à-dire, c'est montrer,
09:15l'Inde, nous sommes là,
09:16mais nous ne sommes pas là
09:18dans les avant-gardes occidentales.
09:21Nous mettons en avant
09:22plutôt des artistes qui travaillent,
09:24le tissu, le bois,
09:26enfin, vous voyez,
09:26des matériaux très traditionnels
09:28pour montrer que l'Inde,
09:29voilà, est un pays à part entière,
09:30une culture à part entière,
09:32et qu'elle n'a pas, voilà,
09:33se coller, je veux dire,
09:35à des dictates d'avant-gardes occidentaux.
09:37Et il se trouve que j'étais dans le pavillon
09:39au moment de l'inauguration,
09:40avec le ministre de la Culture indien
09:43et avec la famille Ambani,
09:45dont on sait que c'est une des plus grandes fortunes
09:47maintenant au monde,
09:48et qui est derrière, si vous voulez,
09:49cette avancée de soft power culturel
09:51de l'Inde à l'intérieur
09:53de la Biennale de Venise.
09:54Donc, ça, c'était quand même
09:56quelque chose de très important.
09:57Ils ont fait un dîner absolument fastueux,
09:59où ils ont reçu, évidemment,
10:00tous les décideurs.
10:01Donc, voilà, c'est eux qui ont,
10:03on va dire,
10:04marqué, voilà,
10:05marqué leur présence
10:07ainsi que celle du Qatar.
10:09Il nous reste deux minutes,
10:10mais justement,
10:12l'exposition In Minor Keys,
10:14commissariée par Koyoko,
10:16montrait particulièrement aussi
10:19différentes tendances culturelles
10:20de pays dont on avait
10:21un peu moins l'habitude
10:23de voir l'art.
10:24Alors, écoutez,
10:25ça, c'est un petit peu difficile
10:27de le résumer ainsi,
10:28parce qu'effectivement,
10:29c'est ce qui est dit,
10:29mais quand on regarde
10:30l'histoire de la Biennale de Venise,
10:32depuis le début des années 2000,
10:35il y a une multiplication,
10:38je veux dire,
10:38de la présence d'artistes
10:39de pays non occidentaux.
10:41Et il faut remonter,
10:42je crois que c'est à 2002,
10:43ou peut-être un peu,
10:452012, pardon,
10:46mais au début des années 2000,
10:47où c'est un Américain,
10:50Storff,
10:50qui a effectivement donné des prix
10:52à des artistes du continent africain,
10:55à un artiste palestinien,
10:56et ensuite, tout ça,
10:58c'est plutôt multiplié.
10:59Donc, si vous voulez,
11:00on n'a pas attendu
11:01la Biennale de 2026
11:03pour voir l'entrée en force
11:05des artistes,
11:06pour résumer,
11:07du Sud global.
11:08Voilà,
11:08ce n'est pas du tout la situation.
11:09Par contre,
11:10ce qu'on a beaucoup plus vu,
11:11c'est effectivement des artistes
11:12venant des pays non occidentaux
11:14avec des pratiques,
11:15justement,
11:16c'est ce que se rapproche de l'Inde,
11:18avec des pratiques
11:19qui font effectivement,
11:20qui sont très éloignées
11:21des codes
11:23de l'avant-garde occidentale.
11:25Ça, c'est plus ça
11:25qu'on a vu
11:26que des artistes
11:27venus
11:29du continent,
11:29de la partie non-excentale.
11:32Oui, une affirmation vraiment
11:32de chaque individualité,
11:35identité.
11:36Voilà,
11:36mais qu'il ne faut pas non plus
11:38ramener à quelque chose
11:39de radical,
11:40c'est-à-dire que ce n'est pas
11:40parce qu'on est un artiste,
11:41on va dire,
11:42de cette partie du Sud global
11:43qu'on ne doit pas,
11:44on ne peut pas travailler,
11:46justement,
11:46en s'inspirant aussi
11:47des artistes
11:48de l'hémisphère nord,
11:51du globe.
11:53C'est intéressant de le dire,
11:55je pense que c'est important
11:55de le dire
11:55parce que dans certains textes
11:57que j'ai lus
11:58dans le catalogue,
11:59justement,
11:59de la Biennale
12:00qui est très intéressant,
12:01c'est ça que l'on voudrait
12:03nous faire croire.
12:05C'est-à-dire qu'à un moment donné,
12:06si on est du Sud global,
12:08eh bien,
12:09on n'a pas à appliquer,
12:10on va dire,
12:10des règles,
12:11on va dire des règles
12:12ou en tout cas
12:12les théories
12:13ou les pratiques.
12:14Un formalisme.
12:15Voilà,
12:15un formalisme
12:16venu d'Occident.
12:18Merci beaucoup Nathalie Obadia
12:19de nous avoir donné
12:20vos analyses
12:22de ce premier mois
12:24de la Biennale de Venise
12:25qui se terminera
12:26donc en novembre.
12:27Je rappelle que vous êtes
12:27directrice de la galerie
12:28Nathalie Obadia
12:29et vous avez également
12:30été l'autrice
12:31de la géopolitique
12:33de l'art contemporain
12:33publiée aux éditions
12:34Le Cavalier Bleu.
12:35Et merci beaucoup
12:36à vous toutes et tous
12:37de nous avoir suivis.
12:38C'était Arrêt Marché.
12:48Sous-titrage Société Radio-Canada
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