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  • il y a 24 minutes
Ce lundi 8 juin, la réunion très attendue de la BCE, ainsi que les chiffres de l'emploi américain publiés vendredi qui ont marqué les économistes avec 172 000 créations de postes au mois de mai, ont été abordés par Stéphane Colliac, économiste chez BNP Paribas, dans l'émission Good Morning Market sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:01Avec Stéphane Koliak qui est aujourd'hui avec nous en plateau. Bonjour Stéphane, merci d'être avec nous ce matin,
00:07économiste chez BNP Paribas.
00:08Avec vous on va en effet parler de la BCE qui tient sa réunion jeudi, qui est très attendue, et
00:13puis également sur ces chiffres de l'emploi quand même
00:15qui ont marqué beaucoup d'économistes vendredi après-midi en ce qui concerne la dynamique de création de postes aux
00:23Etats-Unis.
00:24172 000 créations de postes aux Etats-Unis au mois de mai, c'est deux fois plus qu'anticipé, sachant
00:28que dans le même temps les chiffres du mois d'avril ont également été révisés à la hausse.
00:32Donc c'est deux surprises positives en quelque sorte.
00:34Oui exactement, et ça veut dire que l'emploi se comporte maintenant mieux que l'année dernière.
00:39On se souvient que la Fed avait baissé ses taux directeurs trois fois en réaction à un refroidissement sur le
00:44marché de l'emploi.
00:46Donc là on s'attendait à ce qu'il soit temporaire ce refroidissement.
00:49Donc effectivement il a été temporaire, il y a deux aspects, notamment les créations d'emplois dans les services, les
00:56loisirs, ce qu'ils appellent l'hospitalité en franglais.
01:01Il y a la coupe du monde, ça aide à court terme, à voir si ça tient dans la durée,
01:04mais en tout cas ce secteur hôtellerie et restauration a créé beaucoup d'emplois dernièrement.
01:09Exactement, et puis il y a la santé aussi qui là est en train.
01:13Il y a un vieillissement de la population aussi aux Etats-Unis, même s'il est un peu moins prononcé
01:16qu'en Europe, il est quand même là.
01:18Donc l'emploi est dynamique, ça veut dire qu'en fin d'année le chômage ira probablement en deçà de
01:23ce qu'il est en ce moment, il est à 4,3.
01:25On sait que la Fed surveille ça de près, nous on nous anticipons maintenant qu'il ira à 4.
01:30Donc ça veut dire que la Fed devrait baisser ses taux.
01:35Pardon, monter ses taux, il m'arrive de faire des inversions, monter ses taux et quand ?
01:41C'est ça la grande question, les marchés anticipent que ça soit à 100% d'ici à la fin
01:44de l'année, mais quand ?
01:45Et c'est vrai que Warch arrive ce mois-ci, qui regarde plutôt le Dallas Trimmin qui est à 2
01:52,5, donc qui n'est pas vraiment aussi élevé que le Core PCI ou que le CPI.
01:58Et donc, comme en 2021 d'ailleurs, on peut anticiper que comme 2021, la Fed attend un peu.
02:05Est-ce que ça sera avant les midterms ou après ?
02:07Évidemment, après, il peut y avoir un peu plus de confort pour ça.
02:10Nous, on anticipe décembre pour la première hausse de taux de la Fed et deux hausses dans les meetings qui
02:14suivent.
02:15On est un peu tard par rapport au marché qui anticipe ça un peu avant.
02:19Ça pourrait avoir lieu objectivement un peu avant parce que le Trimmin de Dallas, même s'il est plus bas
02:24et que c'est ce que le prochain gouverneur,
02:27enfin le gouverneur Warch, qui va inaugurer son mandat lors du prochain FOMC, regarde plus particulièrement.
02:33Ça va monter aussi, cet indicateur-là. Donc, il y aura des raisons d'augmenter les taux directeurs à un
02:38certain moment.
02:39L'argent qui coûte plus cher, ça serait une mauvaise nouvelle pour le secteur technologique qui doit massivement lever des
02:44capitaux en ce moment,
02:45que ce soit avec SpaceX en fin de semaine, mais aussi avec les futures augmentations de capitaux à venir.
02:51En temps en temps, c'est quand même une bonne nouvelle pour les États-Unis, ces créations de postes et
02:54puis également pour les ménages.
02:56Parce que c'est vrai que sur ce plateau, ces derniers temps, on disait que le moral des Américains est
02:59dans les chaussettes,
02:59il est sur des plus bas historiques, etc.
03:00Bon, là, mine de rien, s'il y a des créations de postes, ça veut dire, in fine, que la
03:05consommation devrait tenir dans les prochaines semaines.
03:07Oui, peut-être de façon moins en cas, la lettre K, que ce qu'on pouvait dire jusqu'ici.
03:13Parce qu'on avait les hauts revenus dont la consommation tenait bien grâce à l'effet richesse sur quelques valeurs.
03:18Et puis, les ménages plus modestes dont la consommation tenait beaucoup moins bien.
03:22Donc là, il y a aussi un effet emploi versus IA qu'on pensait négatif, mais qui semble à court
03:29terme positif.
03:30Parce qu'il peut y avoir un effet substitution entre l'un et l'autre, mais il y a une
03:35telle augmentation du volume d'activité,
03:37le fameux effet Jevons dont on en a parlé de temps en temps, une telle augmentation du volume d'activité
03:42en parallèle,
03:42qui a probablement un détriment plus favorable sur l'emploi, y compris dans ce secteur-là.
03:46Voilà donc la situation des États-Unis. En Europe, on n'est pas du tout dans la même situation, en
03:52tout cas d'un point de vue monétaire,
03:53dans le sens où les marchés anticipent très clairement une hausse des taux dès cette semaine du côté de Francfort.
04:00Est-ce que Christine Lagarde a le choix de remonter les taux ou non ?
04:04Aujourd'hui, en termes de crédibilité, elle doit faire cette hausse de taux de 25 points de base.
04:08Alors, on a toujours le choix. Ça dépend de ce qu'on mobilise comme argument.
04:13C'est vrai que la BCE met à jour ses prévisions économiques ce mois-ci, et que ça sera probablement
04:19un bon prétexte,
04:20parce qu'on s'aperçoit que l'inflation est plutôt sur le scénario adverse de la BCE, pas si loin,
04:25plutôt que sur le scénario central qui avait été décrit au mois de mars.
04:28Donc ce scénario adverse devait inclure des hausses de taux en conséquence.
04:32Donc l'argumentaire, il est présent.
04:35Maintenant, l'inflation sous-jacente accélère quand même encore assez peu.
04:39Donc il y aurait aussi un argument pour attendre.
04:41Mais on a vu que les anticipations d'inflation commencent déjà à augmenter.
04:45Et c'est ce qui est décisif pour la BCE, puisque 2%, c'est à moyen terme pour elle.
04:49Ce n'est pas 2% demain.
04:50Et si les anticipations d'inflation à un an commencent déjà à réagir,
04:54et à 5 ans à fortiori, ça veut dire qu'il peut falloir agir dès juin.
04:58Sur l'ensemble de l'année, le marché s'attendait il y a quelques jours à 50, à 75 points
05:04de base de hausse de taux.
05:05Comment vous vous placez, vous, chez BNP Paribas, au milieu de toutes ces projections qui sont quand même très volatiles
05:10?
05:11Parce que c'est vrai que tout cela dépend bien sûr de la situation en Iran.
05:13Des corps du pétrole, on le voit encore ce matin, plus 4% pour le Brent à 97 dollars.
05:17Ce n'est pas évident aujourd'hui de tenir la barre sur le long terme.
05:21Oui, c'est vrai que le pétrole joue beaucoup.
05:23La transmission aux autres prix joue aussi.
05:25Il y a deux éléments. Le pétrole, effectivement, on est redescendu un peu.
05:28Et puis là, ce matin, on remonte parce qu'il y a eu ce week-end quelques bombardements ici et
05:32là.
05:33Donc, il y a la question des stocks de pétrole aussi qui est importante.
05:36On voit quand même qu'il y a une relation entre le niveau des stocks de pétrole et le prix.
05:40Et aujourd'hui, on a eu une hausse des exportations américaines,
05:43une baisse des importations chinoises qui ont équilibré les choses sur les 2-3 derniers mois.
05:48Mais ce ne sont pas des choses qui vont pouvoir durer éternellement.
05:51Et à un certain moment, si on ne réouvre pas la détroit d'Hormuz pendant l'été,
05:54on risque d'avoir un prix du pétrole qui monte.
05:56Donc, ça, c'est le premier effet additionnel.
05:58Et le deuxième effet, c'est la transmission.
06:00Pour l'instant, on n'est pas comme en 2022.
06:02On n'a pas les contraintes d'offres qu'on avait à l'époque.
06:04On n'a pas les pénuries de semi-conducteurs qu'on avait à l'époque.
06:07Il y a tout un tas d'éléments qui sont différents.
06:09Donc, la transmission au sous-jacent est quand même assez modérée.
06:12Mais on sait qu'elle prend du temps.
06:14C'est aussi normal de ne pas l'observer tout de suite.
06:16Il est important de ne pas resserrer non plus à tort,
06:19parce qu'il peut y avoir des conséquences pour l'activité.
06:22Mais quelle est la capacité de la zone euro à pouvoir absorber cette hausse de taux de 25 points de
06:26base ?
06:27Est-ce que, in fine, c'est négligeable ?
06:29Ou est-ce que, non, il y aura vraiment un impact en dehors, bien sûr, du message
06:33qui est donné aux entreprises, aux acteurs économiques ?
06:38Si c'est que 25 points de base, c'est absorbable.
06:40Évidemment, c'est une directionnalité qu'on n'anticipait pas en début d'année.
06:44Les taux étaient plutôt en train de s'assagir.
06:45On se demandait même si la BCE n'allait pas baisser ses taux à certainement.
06:49Donc, effectivement, la directionnalité n'est déjà pas excellente.
06:52Mais les marchés l'ont déjà intériorisé.
06:55Quand on regarde les taux swap auxquels les banques se financent,
06:57ils anticipaient déjà que quelque chose est déjà dans les prix, pour tout dire.
07:02Donc, les taux à l'immobilier ou les taux aux entreprises, en conséquence,
07:07sont déjà un tout petit peu rebondis de quelques points de base.
07:09Donc, si c'est 25 points de base, c'est la même chose que quand ça baisse.
07:14Mais ce n'est pas une hausse de 400 points de base comme en 2022.
07:17Donc, il faut savoir proportion garder.
07:2050 points, là, ça commence à se sentir.
07:22On passe au niveau d'au-dessus ?
07:23Alors, ça dépend.
07:24Si les 50 points, on les fait deux meetings de suite et qu'on laisse la porte ouverte aux prochains.
07:28Et là, on peut anticiper que ça ne s'arrête pas à 50.
07:32Et il peut y avoir un impact plus conséquent.
07:35Mais je pense que la situation dans le détroit d'Ormouz est vraiment la clé.
07:39Si on reste dans ce qu'on a aujourd'hui,
07:41on anticipe que ça se règle dans les prochaines semaines
07:43et où le prix du pétrole est en dessous de 100 dollars,
07:45le choc d'inflation est plus limité.
07:4750 points de base, on peut vivre avec.
07:49Par contre, si on a véritablement des pénuries que l'on commence à craindre avant qu'elles surviennent,
07:54que le pétrole va à 140, 150, là, on entre dans autre chose.
07:57Mais en tout cas, le scénario favorable dans lequel un consensus est formé au mois de mars,
08:01au début de ce conflit, c'est de se dire que ça va se terminer avant la fin de l
08:04'été,
08:04d'ici le mois de juin.
08:05Bon, là, on voit que c'est de plus en plus compliqué,
08:07même si Donald Trump n'arrête pas de dire qu'un accord va bientôt se faire.
08:09Est-ce que là, chez Bienne Paris-Bas, Stéphane Colliag, vous êtes économiste,
08:13vous êtes en train de revoir un petit peu vos modèles ?
08:15Non, parce qu'on avait déjà tous les scénarios.
08:17C'est simplement choisir le scénario dans lequel...
08:19Est-ce que là, le curseur commence un petit peu à changer de scénario
08:22ou est-ce que vous vous mettez dans les différents scénarios qui ont été dessinés ?
08:25Alors, pas encore.
08:26On est toujours dans un scénario où ça se règle un peu avant l'été.
08:29Donc, pensez...
08:30Enfin, pensez...
08:32On avait scénarisé plus exactement que ça se règle à la fin du mois de juin,
08:35qu'on ait une réouverture et qu'à ce moment-là,
08:37il y a des flux qui se normalisent en partie.
08:40Si c'est après, par exemple, en octobre, si on scénarise ça,
08:44on entre dans complètement un autre scénario.
08:46Le prix du pétrole va beaucoup plus haut, plus longtemps.
08:48Et on a des conséquences qui sont beaucoup plus importantes,
08:51même pire que le scénario adverse de la BCE, pour dire les choses.
08:55Et dans ce cadre-là, on éviterait difficilement la récession en même temps.
08:58Merci beaucoup Stéphane Colliag de nous avoir accompagnés ce matin
09:00afin de nous partager vos projections chez BNP Paribas
09:03en ce qui concerne la Fed, mais également la Banque Centrale Européenne
09:06qui s'apprête donc à remonter ses taux cette semaine
09:08pour la première fois en l'espace de trois ans.
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