00:01Avec Stéphane Koliak qui est aujourd'hui avec nous en plateau. Bonjour Stéphane, merci d'être avec nous ce matin,
00:07économiste chez BNP Paribas.
00:08Avec vous on va en effet parler de la BCE qui tient sa réunion jeudi, qui est très attendue, et
00:13puis également sur ces chiffres de l'emploi quand même
00:15qui ont marqué beaucoup d'économistes vendredi après-midi en ce qui concerne la dynamique de création de postes aux
00:23Etats-Unis.
00:24172 000 créations de postes aux Etats-Unis au mois de mai, c'est deux fois plus qu'anticipé, sachant
00:28que dans le même temps les chiffres du mois d'avril ont également été révisés à la hausse.
00:32Donc c'est deux surprises positives en quelque sorte.
00:34Oui exactement, et ça veut dire que l'emploi se comporte maintenant mieux que l'année dernière.
00:39On se souvient que la Fed avait baissé ses taux directeurs trois fois en réaction à un refroidissement sur le
00:44marché de l'emploi.
00:46Donc là on s'attendait à ce qu'il soit temporaire ce refroidissement.
00:49Donc effectivement il a été temporaire, il y a deux aspects, notamment les créations d'emplois dans les services, les
00:56loisirs, ce qu'ils appellent l'hospitalité en franglais.
01:01Il y a la coupe du monde, ça aide à court terme, à voir si ça tient dans la durée,
01:04mais en tout cas ce secteur hôtellerie et restauration a créé beaucoup d'emplois dernièrement.
01:09Exactement, et puis il y a la santé aussi qui là est en train.
01:13Il y a un vieillissement de la population aussi aux Etats-Unis, même s'il est un peu moins prononcé
01:16qu'en Europe, il est quand même là.
01:18Donc l'emploi est dynamique, ça veut dire qu'en fin d'année le chômage ira probablement en deçà de
01:23ce qu'il est en ce moment, il est à 4,3.
01:25On sait que la Fed surveille ça de près, nous on nous anticipons maintenant qu'il ira à 4.
01:30Donc ça veut dire que la Fed devrait baisser ses taux.
01:35Pardon, monter ses taux, il m'arrive de faire des inversions, monter ses taux et quand ?
01:41C'est ça la grande question, les marchés anticipent que ça soit à 100% d'ici à la fin
01:44de l'année, mais quand ?
01:45Et c'est vrai que Warch arrive ce mois-ci, qui regarde plutôt le Dallas Trimmin qui est à 2
01:52,5, donc qui n'est pas vraiment aussi élevé que le Core PCI ou que le CPI.
01:58Et donc, comme en 2021 d'ailleurs, on peut anticiper que comme 2021, la Fed attend un peu.
02:05Est-ce que ça sera avant les midterms ou après ?
02:07Évidemment, après, il peut y avoir un peu plus de confort pour ça.
02:10Nous, on anticipe décembre pour la première hausse de taux de la Fed et deux hausses dans les meetings qui
02:14suivent.
02:15On est un peu tard par rapport au marché qui anticipe ça un peu avant.
02:19Ça pourrait avoir lieu objectivement un peu avant parce que le Trimmin de Dallas, même s'il est plus bas
02:24et que c'est ce que le prochain gouverneur,
02:27enfin le gouverneur Warch, qui va inaugurer son mandat lors du prochain FOMC, regarde plus particulièrement.
02:33Ça va monter aussi, cet indicateur-là. Donc, il y aura des raisons d'augmenter les taux directeurs à un
02:38certain moment.
02:39L'argent qui coûte plus cher, ça serait une mauvaise nouvelle pour le secteur technologique qui doit massivement lever des
02:44capitaux en ce moment,
02:45que ce soit avec SpaceX en fin de semaine, mais aussi avec les futures augmentations de capitaux à venir.
02:51En temps en temps, c'est quand même une bonne nouvelle pour les États-Unis, ces créations de postes et
02:54puis également pour les ménages.
02:56Parce que c'est vrai que sur ce plateau, ces derniers temps, on disait que le moral des Américains est
02:59dans les chaussettes,
02:59il est sur des plus bas historiques, etc.
03:00Bon, là, mine de rien, s'il y a des créations de postes, ça veut dire, in fine, que la
03:05consommation devrait tenir dans les prochaines semaines.
03:07Oui, peut-être de façon moins en cas, la lettre K, que ce qu'on pouvait dire jusqu'ici.
03:13Parce qu'on avait les hauts revenus dont la consommation tenait bien grâce à l'effet richesse sur quelques valeurs.
03:18Et puis, les ménages plus modestes dont la consommation tenait beaucoup moins bien.
03:22Donc là, il y a aussi un effet emploi versus IA qu'on pensait négatif, mais qui semble à court
03:29terme positif.
03:30Parce qu'il peut y avoir un effet substitution entre l'un et l'autre, mais il y a une
03:35telle augmentation du volume d'activité,
03:37le fameux effet Jevons dont on en a parlé de temps en temps, une telle augmentation du volume d'activité
03:42en parallèle,
03:42qui a probablement un détriment plus favorable sur l'emploi, y compris dans ce secteur-là.
03:46Voilà donc la situation des États-Unis. En Europe, on n'est pas du tout dans la même situation, en
03:52tout cas d'un point de vue monétaire,
03:53dans le sens où les marchés anticipent très clairement une hausse des taux dès cette semaine du côté de Francfort.
04:00Est-ce que Christine Lagarde a le choix de remonter les taux ou non ?
04:04Aujourd'hui, en termes de crédibilité, elle doit faire cette hausse de taux de 25 points de base.
04:08Alors, on a toujours le choix. Ça dépend de ce qu'on mobilise comme argument.
04:13C'est vrai que la BCE met à jour ses prévisions économiques ce mois-ci, et que ça sera probablement
04:19un bon prétexte,
04:20parce qu'on s'aperçoit que l'inflation est plutôt sur le scénario adverse de la BCE, pas si loin,
04:25plutôt que sur le scénario central qui avait été décrit au mois de mars.
04:28Donc ce scénario adverse devait inclure des hausses de taux en conséquence.
04:32Donc l'argumentaire, il est présent.
04:35Maintenant, l'inflation sous-jacente accélère quand même encore assez peu.
04:39Donc il y aurait aussi un argument pour attendre.
04:41Mais on a vu que les anticipations d'inflation commencent déjà à augmenter.
04:45Et c'est ce qui est décisif pour la BCE, puisque 2%, c'est à moyen terme pour elle.
04:49Ce n'est pas 2% demain.
04:50Et si les anticipations d'inflation à un an commencent déjà à réagir,
04:54et à 5 ans à fortiori, ça veut dire qu'il peut falloir agir dès juin.
04:58Sur l'ensemble de l'année, le marché s'attendait il y a quelques jours à 50, à 75 points
05:04de base de hausse de taux.
05:05Comment vous vous placez, vous, chez BNP Paribas, au milieu de toutes ces projections qui sont quand même très volatiles
05:10?
05:11Parce que c'est vrai que tout cela dépend bien sûr de la situation en Iran.
05:13Des corps du pétrole, on le voit encore ce matin, plus 4% pour le Brent à 97 dollars.
05:17Ce n'est pas évident aujourd'hui de tenir la barre sur le long terme.
05:21Oui, c'est vrai que le pétrole joue beaucoup.
05:23La transmission aux autres prix joue aussi.
05:25Il y a deux éléments. Le pétrole, effectivement, on est redescendu un peu.
05:28Et puis là, ce matin, on remonte parce qu'il y a eu ce week-end quelques bombardements ici et
05:32là.
05:33Donc, il y a la question des stocks de pétrole aussi qui est importante.
05:36On voit quand même qu'il y a une relation entre le niveau des stocks de pétrole et le prix.
05:40Et aujourd'hui, on a eu une hausse des exportations américaines,
05:43une baisse des importations chinoises qui ont équilibré les choses sur les 2-3 derniers mois.
05:48Mais ce ne sont pas des choses qui vont pouvoir durer éternellement.
05:51Et à un certain moment, si on ne réouvre pas la détroit d'Hormuz pendant l'été,
05:54on risque d'avoir un prix du pétrole qui monte.
05:56Donc, ça, c'est le premier effet additionnel.
05:58Et le deuxième effet, c'est la transmission.
06:00Pour l'instant, on n'est pas comme en 2022.
06:02On n'a pas les contraintes d'offres qu'on avait à l'époque.
06:04On n'a pas les pénuries de semi-conducteurs qu'on avait à l'époque.
06:07Il y a tout un tas d'éléments qui sont différents.
06:09Donc, la transmission au sous-jacent est quand même assez modérée.
06:12Mais on sait qu'elle prend du temps.
06:14C'est aussi normal de ne pas l'observer tout de suite.
06:16Il est important de ne pas resserrer non plus à tort,
06:19parce qu'il peut y avoir des conséquences pour l'activité.
06:22Mais quelle est la capacité de la zone euro à pouvoir absorber cette hausse de taux de 25 points de
06:26base ?
06:27Est-ce que, in fine, c'est négligeable ?
06:29Ou est-ce que, non, il y aura vraiment un impact en dehors, bien sûr, du message
06:33qui est donné aux entreprises, aux acteurs économiques ?
06:38Si c'est que 25 points de base, c'est absorbable.
06:40Évidemment, c'est une directionnalité qu'on n'anticipait pas en début d'année.
06:44Les taux étaient plutôt en train de s'assagir.
06:45On se demandait même si la BCE n'allait pas baisser ses taux à certainement.
06:49Donc, effectivement, la directionnalité n'est déjà pas excellente.
06:52Mais les marchés l'ont déjà intériorisé.
06:55Quand on regarde les taux swap auxquels les banques se financent,
06:57ils anticipaient déjà que quelque chose est déjà dans les prix, pour tout dire.
07:02Donc, les taux à l'immobilier ou les taux aux entreprises, en conséquence,
07:07sont déjà un tout petit peu rebondis de quelques points de base.
07:09Donc, si c'est 25 points de base, c'est la même chose que quand ça baisse.
07:14Mais ce n'est pas une hausse de 400 points de base comme en 2022.
07:17Donc, il faut savoir proportion garder.
07:2050 points, là, ça commence à se sentir.
07:22On passe au niveau d'au-dessus ?
07:23Alors, ça dépend.
07:24Si les 50 points, on les fait deux meetings de suite et qu'on laisse la porte ouverte aux prochains.
07:28Et là, on peut anticiper que ça ne s'arrête pas à 50.
07:32Et il peut y avoir un impact plus conséquent.
07:35Mais je pense que la situation dans le détroit d'Ormouz est vraiment la clé.
07:39Si on reste dans ce qu'on a aujourd'hui,
07:41on anticipe que ça se règle dans les prochaines semaines
07:43et où le prix du pétrole est en dessous de 100 dollars,
07:45le choc d'inflation est plus limité.
07:4750 points de base, on peut vivre avec.
07:49Par contre, si on a véritablement des pénuries que l'on commence à craindre avant qu'elles surviennent,
07:54que le pétrole va à 140, 150, là, on entre dans autre chose.
07:57Mais en tout cas, le scénario favorable dans lequel un consensus est formé au mois de mars,
08:01au début de ce conflit, c'est de se dire que ça va se terminer avant la fin de l
08:04'été,
08:04d'ici le mois de juin.
08:05Bon, là, on voit que c'est de plus en plus compliqué,
08:07même si Donald Trump n'arrête pas de dire qu'un accord va bientôt se faire.
08:09Est-ce que là, chez Bienne Paris-Bas, Stéphane Colliag, vous êtes économiste,
08:13vous êtes en train de revoir un petit peu vos modèles ?
08:15Non, parce qu'on avait déjà tous les scénarios.
08:17C'est simplement choisir le scénario dans lequel...
08:19Est-ce que là, le curseur commence un petit peu à changer de scénario
08:22ou est-ce que vous vous mettez dans les différents scénarios qui ont été dessinés ?
08:25Alors, pas encore.
08:26On est toujours dans un scénario où ça se règle un peu avant l'été.
08:29Donc, pensez...
08:30Enfin, pensez...
08:32On avait scénarisé plus exactement que ça se règle à la fin du mois de juin,
08:35qu'on ait une réouverture et qu'à ce moment-là,
08:37il y a des flux qui se normalisent en partie.
08:40Si c'est après, par exemple, en octobre, si on scénarise ça,
08:44on entre dans complètement un autre scénario.
08:46Le prix du pétrole va beaucoup plus haut, plus longtemps.
08:48Et on a des conséquences qui sont beaucoup plus importantes,
08:51même pire que le scénario adverse de la BCE, pour dire les choses.
08:55Et dans ce cadre-là, on éviterait difficilement la récession en même temps.
08:58Merci beaucoup Stéphane Colliag de nous avoir accompagnés ce matin
09:00afin de nous partager vos projections chez BNP Paribas
09:03en ce qui concerne la Fed, mais également la Banque Centrale Européenne
09:06qui s'apprête donc à remonter ses taux cette semaine
09:08pour la première fois en l'espace de trois ans.
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