Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 7 heures
Jamais la pêche et l'aquaculture n'ont occupé une place si centrale dans l'alimentation humaine. Pourtant, ce monde vital vacille : poissons et pêcheurs disparaissent, les écosystèmes s'effondrent, et les ressources s'épuisent. Face à la surpêche industrielle, à la course aux quotas et à l'essor de l'aquaculture mondialisée, des voix s'élèvent. Des pêcheurs artisans bretons aux activistes sénégalais, en passant par les scientifiques, eurodéputés ou coopératives danoises, tous posent la même question : une pêche durable est-elle possible ?
Au nom de la mer décrypte les rouages d'un système mondial qui n'a jamais été aussi performant pour courir à sa perte et interroge sur notre capacité à pêcher de façon réellement « durable ». Année de Production :

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:05C'est l'histoire d'un monde en crise qui se bat pour survivre.
00:11Un secteur qui le premier s'est confronté aux limites de notre planète et au changement climatique.
00:20Poissons comme pêcheurs sont en voie de disparition.
00:24Le 30 mars dernier, les pêcheurs manifestent leur colère et ciblent par des fusées de détresse le pôle maire de
00:30l'Office français de la biodiversité.
00:32Pêcheurs, femmes transformatrices de poissons, habitants de Caillard, ils assignent en justice l'usine Barna Sénégal.
00:42Ça fait 30 ans qu'on sait réellement en matière de pêche fracasser contre la finitude de notre planète.
00:51Pour continuer à attraquer les poissons de plus en plus loin et de plus en plus profond, la pêche est
00:57devenue high-tech.
00:58Elle utilise les satellites et l'intelligence artificielle.
01:04Elle exploite aujourd'hui au moins 55% de la surface des mers, soit quatre fois la superficie occupée par
01:12l'agriculture sur terre.
01:14Le poisson est devenu une ressource ultra mondialisée.
01:19Le pire moment, c'était probablement dans les années 1990.
01:24Beaucoup de populations de poissons s'étaient effondrées ou elles étaient sur le point de l'être.
01:28On a alors pris conscience qu'il fallait changer les choses.
01:33Comment en arrivons-nous à mettre en péril la vie sous-marine et le métier qui en dépend ?
01:40Une pêche durable est-elle possible afin que pêcheurs et poissons continuent d'exister ?
01:57C'est parti.
02:02C'est parti.
02:29Mon père pêchait.
02:30Moi, j'allais en mer avec lui tout petit.
02:32Quand je pense que j'avais 12 ans, j'étais déjà en mer avec lui.
02:37Quand j'ai commencé la pêche ici à Sainte-Marine, Tom, tu décales un peu vers le milieu.
02:43Il y avait 14 bateaux à Bénodet, donc le port d'en face, et 14 bateaux à Sainte-Marine.
02:47Aujourd'hui, il reste un bateau à Bénodet qui pratique la crabe, omar et crevette.
02:53Et nous, notre côté, on voit vraiment qu'il y a un déclin sur la petite pêche.
02:56C'est parti.
03:14Vas-y, vas-y, vas-y.
03:15On n'a pas le temps.
03:18Alors nous, on pratique une pêche, on est plutôt ardormant.
03:21C'est-à-dire qu'on pose des lignes, on les laisse à l'eau quelques heures et on les
03:25ramasse.
03:30On a un poisson qui est pêché vivant.
03:32C'est vraiment une chair qui fait une grosse différence par rapport à un poisson qui est resté trop longtemps
03:36dans un filet ou dans un chalut.
03:38Le poisson est mort.
03:39Mais nous, on fait tout pour que notre poisson soit d'une meilleure qualité.
03:47Alors moi, je suis président d'une association, ça s'appelle les Ligneurs de la Pointe de Bretagne.
03:51Et dans le cahier des charges, on s'arrête pendant un mois, un mois et demi.
03:55Certains deux mois, par exemple, c'est deux mois.
03:57Et ça correspond à la période de reproduction du bar.
03:59Ça fait partie aussi de respecter le poisson.
04:03Voilà, c'est dans notre nature d'être comme ça.
04:10J'estime que si aujourd'hui, la ressource est en déclin, le bar est en déclin, il ne faut pas
04:14s'en cacher.
04:16Je ne suis pour rien.
04:17Moi, j'ai prélevé ce que j'avais besoin pour vivre, mais je n'ai pas été au-delà.
04:26Gwenn, sur son ligneur, correspond à l'image du pêcheur ancré dans notre mémoire collective.
04:32Mais la réalité de la pêche est bien plus complexe.
04:37Il n'y a pas une pêche, mais des pêches.
04:40Et leurs définitions sont régulièrement débattues.
04:45Au niveau international, un bateau artisanal désigne généralement une embarcation de moins de 12 mètres.
04:53En France, les navires jusqu'à 25 mètres sont aussi considérés comme artisans si le propriétaire travaille à bord.
05:01Au-delà de 25 mètres, la pêche est dite industrielle.
05:09Les engins de pêche utilisés entrent également en jeu.
05:13Les pêcheurs artisans utilisent majoritairement des arts dormants, tels que les casiers ou les lignes.
05:20Les industriels pratiquent principalement la pêche au chalut, un engin globalement plus impactant.
05:33Les géants des mers peuvent mesurer jusqu'à 145 mètres et pêcher plus de 400 tonnes de poissons par jour.
05:42En Europe, la majorité de ces mastodontes, comme l'anelysilléna, plus grands chalutiers au monde,
05:49débarquent leur prise au port d'Aimuiden, aux Pays-Bas, royaume des multinationales de la pêche.
06:06Ceux qui travaillent sur ces navires pénètrent un univers parallèle, où la politique du secret s'impose.
06:16J'ai travaillé environ 7 ans dans la pêche industrielle, de gros bateaux de plus de 200 mètres.
06:24J'ai surtout travaillé en Mauritanie, mais aussi dans le golfe de Gascogne, la Manche, la mer du Nord.
06:34Dans ce genre d'entreprise, on s'attend à ce que tu ne racontes jamais ce que tu fais.
06:42Certains doivent même signer un contrat disant qu'ils n'en parleront jamais.
06:46Sinon, ils te feront suivre. Ils trouveront où tu vis, ce que tu fais.
06:52Ils pourront te poursuivre en justice.
06:55Quand j'ai commencé la pêche, je voulais aller en mer.
06:59Je voulais attraper des gros poissons, voir le monde.
07:04Ce sont parmi les meilleures équipes de travail au monde, parce qu'on dépend les uns des autres.
07:10On veut gagner de l'argent, on veut de l'aventure, c'est ça qu'on cherche.
07:15On est des gens à part.
07:17Mais plus tard, j'ai découvert que derrière cette belle façade, il y avait aussi beaucoup de choses qui tournaient
07:22mal.
07:30Aujourd'hui, même ce qui se passe en mer est scruté depuis le ciel.
07:36Chaque jour, 300 000 navires de toute taille envoient 60 millions de signaux de géolocalisation.
07:45Les experts de l'ONG Global Fishing Watch compilent ces données grâce à l'intelligence artificielle
07:52afin d'analyser l'activité maritime, en particulier la pêche.
07:59Dans les eaux de l'Union européenne, les navires de pêche de plus de 15 mètres
08:06sont obligés d'utiliser un système d'identification par satellite.
08:12Vous voyez là ?
08:13Ils font des carrés quand ils pêchent.
08:17Nous utilisons donc l'intelligence artificielle
08:21et en analysant simplement les déplacements des navires,
08:24on peut déterminer le type de pêche et identifier la zone où ils pêchent réellement.
08:37Une chose est sûre, l'océan subit une pression énorme.
08:41Le tiers des pêcheries mondiales a franchi les limites durables.
08:46La pêche illégale et destructrice provoque d'immenses dégâts sur les écosystèmes.
08:51Elle nuit aux communautés côtières et met en péril la durabilité des pêcheries.
08:57Souvent, ceux qui doivent prendre des décisions sur les océans
09:00n'ont pas accès sur le moment à des informations claires.
09:04Alors, en prenant du recul,
09:06en observant la planète depuis l'espace grâce aux satellites,
09:10on peut montrer la réalité de l'activité
09:14et aider à comprendre concrètement l'empreinte humaine sur les océans.
09:22La grande majorité de l'activité de pêche a lieu le long des côtes.
09:29On observe une très forte intensité de pêche tout le long du littoral,
09:34notamment ici, en Afrique,
09:37mais aussi en Asie,
09:39au Vietnam, en Chine, en Corée,
09:42c'est toujours très proche des rivages.
09:50La zone des 12 000 délimite les eaux territoriales d'un pays.
09:55La pêche y est réservée aux bateaux nationaux
09:57ou à des bateaux étrangers si des accords ont été conclus.
10:02Jusqu'à 200 000,
10:03c'est la zone économique exclusive de l'État côtier.
10:07En Europe, c'est un espace commun.
10:12Au-delà des 200 000,
10:14ce sont les eaux internationales.
10:16Là, les ressources appartiennent à tous.
10:23En Manche, le Zeland,
10:26chalutier néerlandais de plus de 100 mètres,
10:28bénéficie d'accords historiques
10:30pour pêcher légalement très près des côtes,
10:32sur le territoire des petits bateaux artisans.
10:37L'ONG environnementale Blum,
10:39engagée pour la protection des écosystèmes marins,
10:42se rend sur la zone
10:43pour dénoncer, image à l'appui,
10:45cette concurrence disproportionnée.
10:48On est à quelle distance de la côte, là ?
10:51Là, on est entre 8 000 et 9 000.
10:54On est entre 8 000 et 9 000 de la côte.
10:57Donc, il pêche à l'intérieur de la bande côtière des 12 000,
10:59un bateau de 116 mètres.
11:01On voit clairement qu'il est en pêche,
11:02il est en train de tirer les filets avec tous les oiseaux autour.
11:11Ce sont des zones où on trouve de la pêche normalement artisanale.
11:16Des bateaux qui partent à la journée,
11:17qui ne peuvent pas faire beaucoup de trajets.
11:19Et on a des navires inus qui viennent comme ça, près des côtes.
11:23Alors, il n'est pas censé toucher le fond,
11:25mais quand on a des filets qui mesurent 400, 500 mètres,
11:28forcément, quand il est lesté de plusieurs dizaines de tonnes,
11:32le fond est touché.
11:50Ça y est, ça y est, ça monte.
11:52Je sors plus de poche, dis-moi ce que tu peux, là, la mettre.
11:55Si tu le vois, est-ce bon, un peu ?
11:57Genre un peu sous-en-dessous, dans l'écran.
11:58Ouais, d'accord, OK.
12:00Comme ça, c'est bien.
12:04Regarde, il est en train d'aspirer avec le tuyau, là.
12:07Il va le raccorder et en fait, on ne va même pas voir le poisson.
12:09Il ne va même pas rentrer le filet à bord.
12:11On va ensuite directement transférer le poisson vers l'usine
12:15où il va être transformé.
12:33C'est fou, c'est fou.
12:36Avant de voir le prêve,
12:38je me suis dit que c'est bon hier.
12:40En fait, c'est un immeuble, c'est fou.
12:50Les hommes ont longtemps voulu croire
12:52que la mer était inépuisable.
12:54Mais contrairement à l'agriculture,
12:56le poisson n'est pas produit.
12:58C'est un animal sauvage que l'homme chasse
13:00et il ne maîtrise pas son renouvellement.
13:07Dès les années 30,
13:09les scientifiques ont identifié le risque de surexploitation
13:12et imaginé le concept du RMD.
13:18Le RMD, Rendement Maximum Durable,
13:20c'est un concept qui est absolument central
13:22en matière de gestion des pêches aujourd'hui.
13:23L'idée, elle a apparu dès les années 1930.
13:26Il y avait un scientifique en Angleterre,
13:28Graham, qui a été connu,
13:28qui a réalisé que s'il n'y avait pas de bateau,
13:31il n'y avait évidemment pas de capture.
13:33Que si on mettait beaucoup trop de bateau,
13:35il y a un moment donné où il n'y aurait plus de poissons dans la mer,
13:37donc pas de capture,
13:39et que forcément, entre ces deux situations extrêmes,
13:41il y avait un nombre de bateaux intermédiaires
13:43qui donneraient une capture maximum.
13:45Donc c'est ça, le rendement maximum du rap.
13:50Mais ce seuil reste théorique.
13:52Il n'y a à cette époque
13:53ni législation,
13:55ni réel moyen de contrôle des captures.
13:58Les alertes sur l'épuisement des ressources
14:00sont peu compatibles
14:01avec le développement du capitalisme
14:03et l'idée du progrès.
14:07Après la guerre,
14:08les pêcheurs comme les paysans
14:10doivent nourrir la population.
14:15Bénéficiant des avancées technologiques,
14:17les engins de pêche deviennent
14:19de plus en plus performants.
14:25Je voudrais demander que vous me donniez
14:26les caractéristiques de ce bateau
14:28qui vous a permis de faire un tonnage aussi important.
14:30C'est un chalutier ultra moderne,
14:32il est à 60 mètres de long,
14:3311 mètres de large,
14:35avec une puissance motrice de 10,740 chevaux.
14:40L'augmentation de la puissance des moteurs,
14:42de la taille des filets
14:43et la possibilité de congeler le poisson à bord
14:46transforment radicalement les pratiques.
14:50La quantité de poissons prélevés
14:52dans le milieu naturel explose.
14:54Commence alors le cercle infernal.
15:03Augmenter constamment sa puissance de pêche
15:05entraîne une diminution progressive
15:07de la population de poissons.
15:09Et pour continuer à en capturer autant qu'avant,
15:13il faut sans cesse accroître cette puissance.
15:17Le pic de production en matière de pêche
15:19a été atteint dans les années 90.
15:20On y dit souvent,
15:21le pic du pétrole, ça sera en telle année, etc.
15:24La pêche, nous, c'est déjà il y a 30 ans en arrière.
15:26Ce n'est pas une notion théorique.
15:28On sait là qu'on peut avoir ce nombre de tonnes
15:30et qu'on ne peut pas le dépasser.
15:32Chaque fois qu'on essaie de le dépasser,
15:33en fait, ça n'a engendré
15:35que des catastrophes supplémentaires,
15:36des ressources qui se dégradent,
15:37des pêcheries qui ferment, etc.
15:42Depuis 30 ans,
15:43la quantité de poissons pêchés dans le monde
15:45stagne autour de 100 millions de tonnes par an.
15:50Pourtant,
15:51la puissance déployée pour pêcher
15:52a plus que doublé.
15:58L'un des grands défis
15:59pour ceux qui font les règlements,
16:00c'est de limiter la capacité de pêche
16:02pour qu'elle reste en équilibre
16:03avec les ressources disponibles dans la mer.
16:06Bien sûr, sans régulation,
16:08les prises de l'année suivante
16:09seraient plus faibles.
16:10Donc, en réalité,
16:11les règlements sont bénéfiques à l'industrie.
16:14Mais l'industrie est en perpétuel conflit
16:16avec les règlements.
16:23Dans l'Union européenne,
16:24les réglementations se sont concrétisées
16:26avec la politique commune des pêches.
16:29Cette gestion a permis
16:30de limiter les captures
16:31par un système de quotas.
16:36Bien évidemment,
16:37aujourd'hui, avec le travail des scientifiques,
16:39la tendance a complètement changé.
16:40On a des quotas de pêche
16:41et on a une tendance, justement,
16:45positive
16:45sur une ressource
16:49qui tend à aller de mieux en mieux.
16:53Aujourd'hui,
16:54on en est à plus de 60%
16:56de nos débarquements réalisés en France
16:58qui sont issus de stocks pêchés durablement.
17:05Des labels de pêche durable
17:06ont même été créés
17:08pour garantir que le poisson vendu
17:09provienne d'un stock en bonne santé
17:12et d'une pêcherie bien contrôlée.
17:16Mais les labels eux-mêmes sont controversés.
17:21Le problème est qu'aujourd'hui,
17:23on n'a pas les bons critères de durabilité.
17:25On continue à calculer les quotas de pêche,
17:28population par population,
17:29comme si elles n'interagissaient pas entre elles.
17:31C'est-à-dire qu'aujourd'hui,
17:32un bateau qui va pêcher des centaines de tonnes,
17:34a fortiori si c'est dans la manche
17:36de petits poissons pélagiques,
17:38va dire « je respecte le quota ».
17:40C'est vrai, ils respectent le quota.
17:41Sauf que le quota a été calculé
17:43sans intégrer les effets qu'aurait cette capture
17:46sur toutes les populations de prédateurs
17:48de cette ressource qu'on exploite.
17:54Les impacts sur les autres espèces
17:56et les rejets de poissons
17:57sont une des problématiques masquées
17:59par certains armements industriels.
18:04Alors que nous pêchons déjà trop,
18:06des tonnes de poissons pêchés accidentellement
18:08sont rejetées à la mer.
18:13En mer, on ne sait jamais vraiment
18:16ce qu'on va attraper.
18:17Le filet est au fond ou en pleine eau
18:19et il y a toutes sortes d'espèces
18:21qui nagent autour.
18:25Par exemple, quand on pêchait le chinchard,
18:29on capturait aussi beaucoup de macros.
18:31Mais on n'avait pas de quota de macros,
18:34alors on devait les rejeter.
18:36Parfois, on rejetait 400, 600,
18:38jusqu'à 1000 tonnes de très bons poissons.
18:43On vérifie le filet,
18:45mauvaise espèce.
18:46Alors on l'ouvre,
18:47tous les poissons morts tombent au fond,
18:49gâchés.
18:50On referme le filet
18:51et on recommence.
18:53On ne peut pas voir ce qu'il y a sous la mer.
18:55Et puis, pour obtenir du beau poisson,
18:58on doit en jeter beaucoup.
19:00Ceux qui ne sont pas de bonne qualité
19:02ou pas de la bonne taille.
19:03C'est ce qu'on appelle le high-grading.
19:07On n'aimait pas vraiment ça.
19:08On savait qu'on jetait du bon poisson.
19:12La pêche durable,
19:14ça n'existe pas.
19:16Bien sûr, ils respectent les règles,
19:17les quotas,
19:19mais la règle,
19:20ce n'est pas ce qui se passe sous la mer.
19:22La mer, c'est autre chose.
19:24Personne ne le voit.
19:26Personne ne dit rien.
19:27Tout le monde se tait.
19:30Je ne voulais plus faire partie de ça.
19:33Non.
19:34Alors, j'ai arrêté.
19:35À cause du ça.
19:41La pêche durable,
19:43c'est la pêche qui, en permanence,
19:45met tous les processus d'innovation,
19:47toutes les connaissances scientifiques,
19:48toute l'intelligence des acteurs
19:50autour de cette question,
19:51comment je fais pour le prélever
19:53avec le moins d'impact sur les écosystèmes ?
19:57Alors, c'est clair qu'il y a une vraie révolution
19:59des engins de pêche à faire.
20:01Il faut des engins de pêche sélectifs
20:03qui permettent d'ajuster la capture
20:05espèce par espèce
20:07à ce que chacune ne peut produire.
20:12Cette réflexion sur l'amélioration
20:15des engins de pêche
20:16fait partie des fonctions
20:17de l'Institut français de recherche
20:19pour l'exploitation de la mer à l'Orient.
20:23Dans leur bassin d'essai,
20:24les ingénieurs expérimentent
20:26des nouvelles techniques
20:27pour tenter d'améliorer la sélectivité.
20:38Tu verrouilles les bras ?
20:49À l'IFREMER, on travaille forcément
20:52sur cette nouvelle technologie émergente
20:53qui arrive sur le marché
20:55et pour laquelle on vient regarder
20:56comment elles peuvent répondre
20:58aux problématiques actuelles.
21:00Pendant les années 80-90,
21:03ça a été vraiment comment pêcher plus,
21:05comment être plus efficace
21:07dans le process de capture de poissons.
21:10Aujourd'hui, c'est vraiment
21:11comment pêcher mieux.
21:13On a plus cette approche de quantité,
21:15mais plutôt de qualité.
21:23On va commencer à 0,6 du coup.
21:28Avec le programme Game of Trolls,
21:31les chercheurs misent
21:32sur l'intelligence artificielle
21:34et la reconnaissance faciale
21:36des poissons.
21:42L'objectif, c'est de mettre une caméra
21:45dans le chalut
21:46et ensuite piloter
21:48un actionneur mécanique
21:49pour venir basculer le chalut
21:51en mode pêche
21:52ou en mode relâche.
21:59Le système jaune,
22:00c'est vraiment le système d'aiguillage
22:02qui va venir forcer les poissons
22:03soit à retourner directement dans l'océan,
22:05soit à aller vers le fond du chalut.
22:06Donc il faut absolument
22:07que cette plaque soit bien
22:09positionnée dans le chalut
22:10et qu'elle vienne bien se positionner
22:11à la fois en haut
22:12ou alors en bas
22:13en fonction de
22:14s'ils sont des espèces ciblées
22:16ou non ciblées.
22:19Franchement, c'est du prototype,
22:20donc c'est des modèles un peu uniques.
22:28Il ne suffit pas de réussir
22:29à sélectionner quel poisson pêcher,
22:32il faut déterminer aussi par qui.
22:38Cette lutte pour la répartition
22:40des quotas entre pêcheurs
22:42commence à la Commission européenne.
22:49Dans l'écosystème de Bruxelles,
22:52quatre espèces se côtoient,
22:54s'allient ou s'affrontent.
22:55Les politiques,
22:56les scientifiques,
22:58les lobbyistes
22:59et parfois,
23:00quand ils peuvent quitter
23:01leur navire,
23:02les pêcheurs.
23:06La plateforme Life,
23:08dont fait partie Gwen Pénarin,
23:10fédère environ
23:1010 000 pêcheurs artisans européens.
23:14Bonjour à tous.
23:15Merci de nous donner l'occasion
23:17de vous raconter
23:18ce que la petite pêche
23:19et de partager avec vous
23:21notre vision
23:22de ce qu'est une pêche durable.
23:24Et merci aussi
23:25de nous donner financièrement
23:27les moyens
23:28de venir ici
23:29parce que c'est déjà très important
23:31de se faire entendre
23:32au niveau de Bruxelles.
23:34Il faut savoir juste
23:34que quand on assiste
23:35à des réunions comme aujourd'hui,
23:36le bateau,
23:37il est accueilli
23:38pour 3-4 jours
23:38et comme on est tout seul,
23:40c'est 3-4 jours
23:40où il n'y a aucun argent
23:42qui rentre.
23:43Donc merci encore
23:44de pouvoir être là.
23:47On est un peu
23:48dans un monde irréel.
23:50Entre toutes ces femmes
23:51habillées toutes pareilles,
23:53ces messieurs en costume,
23:55les ONG
23:55qui sont habillées
23:56beaucoup plus détentes,
23:57tout ça,
23:57ça se côtoie,
23:58ça se croise.
24:00Et quand je pense
24:01que toutes les décisions
24:02sont prises ici,
24:06ça me change
24:07de mon monde
24:08plus vrai,
24:09c'est sûr,
24:10quand je suis
24:10dans mon petit port
24:11à Sainte-Marie.
24:13C'est assez étonnant.
24:15Je trouve ça très irréel.
24:22Les enjeux sont colossaux
24:24car chaque année,
24:25la Commission européenne
24:26distribue les quotas
24:28entre les États membres.
24:29Au niveau national,
24:31chaque pays répartit
24:32ensuite ses quotas
24:33entre ses pêcheurs.
24:35Face à la puissance
24:37des lobbies industriels,
24:38les petits pêcheurs
24:39peinent pour obtenir
24:40leur part.
24:41Ils viennent à Bruxelles
24:42alerter les eurodéputés.
24:46C'est l'occasion
24:47de rencontrer
24:47des députés européens,
24:49des ONG,
24:50et du coup,
24:51d'essayer d'avancer
24:51nos pions
24:53là où les choses
24:54se décident.
24:56C'est un monde
24:56qu'il faut connaître,
24:57autrement,
24:58on perd son énergie
24:59et son temps.
24:59encore.
25:00Moi, je viens d'être
25:01élue députée
25:02européenne
25:03et donc,
25:05je suis à jour
25:06au PPE,
25:07le Parti populaire européen.
25:09Quasiment aucun pêcheur
25:11dans des segments
25:12petits bateaux
25:13comme nous,
25:13jusqu'aux 24 mètres,
25:15sont contents
25:15d'être structure
25:16aujourd'hui.
25:17On se sent
25:18complètement abandonnés.
25:19L'Europe impose
25:24des choses en France.
25:25Je ne veux pas dire
25:26que la France dispose,
25:27mais ils ont tout lieu
25:28de faire traîner
25:29et notamment
25:30pour l'article 17.
25:32Merci en tout cas
25:33à vous.
25:35L'article 17.
25:37Selon cet article
25:38européen
25:39de la politique
25:40commune des pêches,
25:41les quotas
25:42devraient être
25:42distribués
25:43en toute transparence
25:44selon des critères
25:45sociaux,
25:46économiques
25:47et environnementaux.
25:48Mais aucun
25:49pays ne respecte
25:50cet article,
25:51pourtant obligatoire.
25:53L'eurodéputée
25:55écologiste Caroline Rouze
25:56se bat
25:57pour qu'il soit
25:58enfin appliqué.
25:59L'enjeu,
25:59c'est que les professionnels
26:01puissent continuer
26:02à vivre de leur pêche
26:03dans le futur,
26:04dans des écosystèmes
26:06en bonne santé.
26:14En Méditerranée,
26:15Caroline Rouze
26:16continue son soutien
26:17aux petits pêcheurs.
26:19ils luttent
26:20contre la répartition
26:21particulièrement
26:21déséquilibrée
26:22des quotas
26:23de thon rouge.
26:24Salut !
26:25Tu vois là ?
26:26Eh ouais !
26:26Alors ?
26:27Ça va ?
26:27Des françoises
26:28et pêcheurs
26:28artisantes.
26:29La répartition
26:30des quotas
26:31bénéficie beaucoup
26:32à une petite poignée
26:34d'industriels.
26:35Si je prends
26:35le thon rouge,
26:35il y a peut-être
26:36maximum 5 familles
26:37qui bénéficient
26:38de 90%
26:38des quotas.
26:40C'est vrai
26:41que c'est plus facile
26:42à gérer
26:425 familles
26:43que 150 artisans.
26:44En 2-3 jours,
26:46on a ces industriels
26:47qui pêchent
26:49quasiment la totalité
26:50de leur quota,
26:51alors que les pêcheurs
26:53artisans ne pêchent
26:53même pas en une année,
26:54ce qu'ils pêchent
26:55en 2-3 jours.
26:56C'est une aberration totale.
27:02Les petits pêcheurs
27:03ont déposé un recours
27:04auprès du tribunal
27:06administratif de Montpellier
27:07en 2017.
27:12On est 5 entités
27:13à avoir traîné
27:13l'État français en justice,
27:15ce qui est assez rigolo,
27:16je trouve.
27:17Donc on a gagné
27:18en première instance,
27:19on a gagné
27:20en deuxième instance,
27:21ils étaient obligés d'agir
27:21et encore une fois,
27:22ils ne l'ont pas fait.
27:24Donc en fait,
27:24on a été ignorés
27:25sur toute la ligne
27:26et ça n'a jamais été appliqué.
27:27Pourtant,
27:28on a gagné
27:28deux fois d'affilée.
27:29En sachant que
27:31c'est l'application
27:32d'un article
27:32de la politique commune
27:33de la pêche,
27:34c'est ça.
27:34Et c'est une obligation.
27:35Ce qui veut dire
27:36qu'en fait,
27:37les pêcheurs
27:37qui ont justement
27:38un impact plus faible
27:40sur l'environnement,
27:41sur les fonds marins,
27:43devraient justement
27:44être en priorité
27:45sur l'obtention des quotas.
27:46Et ce n'est pas du tout le cas
27:47puisqu'on donne des quotas
27:48à des gros industriels.
27:50Le pouvoir au Parlement
27:51se rendit
27:52oui,
27:52mais vous êtes contre
27:53la pêche industrielle.
27:54Je ne suis pas contre.
27:55Ils se complémentarisent.
27:56Mais si les quotas,
27:57ils sont respectés
27:58et s'ils sont distribués
28:00normalement et équitablement.
28:02Et ce n'est pas le cas du tout.
28:10J'ai eu
28:12plusieurs intimidations
28:13quand j'étais
28:14justement
28:15sur les négociations
28:16de ton rouge
28:17où on est bon voir
28:18en me disant justement
28:19que j'avais franchi
28:20la ligne rouge.
28:21Et puis,
28:22j'ai été menacée
28:23par le président
28:24du comité national des pêches.
28:26D'ailleurs,
28:26je déposais une main courante
28:27et on m'a dit
28:28« En gros,
28:30les députés
28:31qui travaillent
28:32avec les ONG
28:33extrémistes,
28:34on va leur faire
28:35cramer leur maison. »
28:43Toutes personnes
28:44qui essayent
28:45de lancer le débat
28:45sur le thème
28:46« Mais quelle pêche
28:47on veut ?
28:47Est-ce qu'on veut
28:47favoriser celle-là
28:48ou celle-là ? »
28:49Assez vite
28:50apparaît comme
28:51un traître
28:53à la cause
28:54de la pêche
28:54et donc ce débat
28:56n'existe pas.
28:58Il y a très peu
28:59de débats en France
28:59sur quel modèle
29:01de pêche on veut.
29:03La pêche durable
29:04c'est aussi
29:04une pêche
29:05qui est au service
29:05des sociétés.
29:06C'est une pêche
29:07qui cherche
29:07à non pas enrichir
29:09quelques riches armateurs
29:10mais à réellement
29:11profiter à la société,
29:13créer de l'emploi,
29:14créer de l'activité,
29:15créer une côte
29:16qui est vivante
29:16parce que la pêche
29:17elle contribue
29:18à l'équilibre
29:19des sociétés humaines.
29:26Le maintien
29:26de ces communautés
29:27de bord de mer
29:28est d'autant plus précaire
29:30dans les pays
29:30où ont été mis en place
29:31les quotas individuels
29:33transférables.
29:35En permettant aux pêcheurs
29:36de louer,
29:37acheter ou vendre
29:37les quotas,
29:38le système choisit
29:39de privatiser
29:40un bien commun.
29:42Les industriels
29:43peuvent ainsi acquérir
29:44massivement
29:44ceux des petits pêcheurs
29:45en difficulté.
29:50Le Danemark
29:51est avec la Hollande
29:52le pays où l'industrie
29:54de la pêche
29:54est la plus concentrée.
29:57Dans le nord
29:58du Jutland,
30:00Torupstrand,
30:00un petit village
30:01danois
30:02a trouvé une parade.
30:21Un marché de quotas
30:23s'est créé.
30:24Un système
30:25où l'on peut acheter
30:26et vendre des quotas.
30:27et à Torupstrand,
30:29nous avons été menacés.
30:32Des spéculateurs
30:33sont venus
30:33en disant
30:34« On va vous racheter
30:35vos quotas,
30:36on vous en donnera
30:37un bon prix. »
30:42Dans le village voisin,
30:44la flotte a été vendue
30:45en un mois.
30:49En réponse à ça,
30:52ici,
30:53les habitants
30:53ont décidé
30:54de se regrouper.
30:57Ils ont décidé
30:58de créer
30:59une coopérative
31:00afin de gérer
31:01collectivement
31:02les quotas.
31:03nous avons acheté
31:051000 tonnes
31:05de quotas
31:06de plis
31:06et 200 tonnes
31:08de cabillauds.
31:12Et grâce à cela,
31:15nous avons pu intégrer
31:16une nouvelle génération
31:17de pêcheurs
31:18pour que l'activité
31:19puisse continuer
31:20ici,
31:21à Torupstrand.
31:38Nous possédons
31:39et gérons
31:39nous-mêmes
31:40le site de débarquement,
31:41le treuil
31:42et toutes les infrastructures.
31:44Les gens
31:45ont leur maison
31:45dans le coin.
31:49Ils veulent rester ici
31:50parce qu'il y a
31:51une bonne qualité de vie.
31:55On est en circuit court.
31:58On peut ramener
31:59au dépôt du poisson frais,
32:00pêcher le jour même
32:01et le lendemain,
32:03il est déjà
32:04sur le marché
32:05à l'export.
32:06C'est un poisson
32:07haut de gamme.
32:29Oui, c'était important
32:31pour moi aussi
32:31de participer
32:32à l'achat des quotas
32:33comme les autres.
32:35C'est toute notre enfance.
32:38Nous passions notre temps
32:39à courir sur la plage.
32:42Je veux continuer
32:43à être pêcheur
32:44en vieillissant.
32:45Aujourd'hui,
32:46je pêche avec mon petit frère.
32:48Nous avons pêché
32:48avec notre père
32:49et lui avec notre grand-père aussi.
32:51Nos ancêtres
32:52étaient pêcheurs.
32:53C'est une culture ici.
32:55C'est notre lieu de travail
32:56et notre lieu de vie.
32:58Je ne pense pas
32:58que je puisse faire autre chose
32:59qu'être un pêcheur.
33:09La communauté de Torupstrand
33:11a certes gagné
33:12une première bataille,
33:13mais son avenir
33:14est encore incertain.
33:18Si en théorie
33:19les fileilleurs du village
33:20ont le droit
33:21de capturer plis,
33:22morues et sol
33:23dans leurs eaux,
33:24en pratique,
33:25faut-il encore y parvenir.
33:28Des chalutiers industriels
33:30hollandais
33:30viennent pêcher
33:31très près des côtes
33:32et depuis,
33:33les pêcheurs locaux
33:34peinent à atteindre
33:35leurs quotas.
33:40Nous avons 1000 tonnes
33:42de quotas de plis.
33:43L'année dernière,
33:45on n'en a pêché
33:45que 68 tonnes.
33:48Donc c'est très peu
33:49pour pouvoir ensuite
33:49payer les intérêts,
33:51rembourser les banques
33:52et même juste subvenir
33:54aux besoins des familles.
33:56Beaucoup ont dû se tourner
33:58vers des activités annexes
33:59pour survivre.
34:05Ici,
34:06il y a environ
34:07une vingtaine
34:08de chaluts à perche.
34:09Ils restent ici
34:109 mois par an.
34:16Ils labourent les fonds
34:17avec leurs chaînes.
34:19Cela effraie les poissons
34:21tout en faisant
34:22remonter leur nourriture.
34:24Les poissons reviennent
34:26ensuite pour la manger.
34:28Avec cette méthode,
34:30ces bateaux
34:31vident entièrement
34:31les zones de pêche.
34:33Peut-être que cette nourriture
34:35ne reviendra pas
34:35pendant 5 ou 10 ans.
34:43si tout ça disparaît,
34:46à mon avis,
34:47il y aura encore
34:48des gens ici,
34:49mais peut-être
34:50que ce sera plutôt
34:51un site touristique.
34:53On aime bien
34:54les touristes,
34:55mais ce qui compte ici,
34:57c'est la pêche.
35:05Il ne s'agit pas
35:06d'interdire demain matin
35:07les grands bateaux.
35:08Je suis complètement conscient
35:09qu'il y a des investissements,
35:11il y a des hommes,
35:12il y a des entreprises,
35:13etc.
35:13C'est plutôt une réflexion
35:14sur le moyen
35:15ou sur le long terme.
35:16Donc, des bateaux
35:17de taille intermédiaire
35:18pour aller pêcher
35:18les ressources du large,
35:19oui, on en a besoin.
35:20Des gros bateaux
35:21qui viennent en zone côtière
35:23pêcher là où sont
35:23les petits artisans,
35:24je pense que ce modèle
35:25est une absurdité
35:26économique et sociale.
35:33L'océan est quadrillé
35:35et divisé en zones
35:36de pêche numérotées.
35:39Le poisson est une denrée
35:40de masse.
35:41Sa chaîne de production
35:42fait le tour de la planète.
35:47L'Union européenne
35:48importe les deux tiers
35:49de sa consommation.
35:52Cabillots, saumons
35:53et crevettes,
35:54plébiscités par les acheteurs,
35:55proviennent
35:56de l'autre bout du monde.
36:00La Chine possède
36:01la plus grande flotte
36:02industrielle,
36:03estimée à plus de
36:042000 navires.
36:07En Europe,
36:09deux véritables empires,
36:10les industriels néerlandais,
36:12Cornelis Vrolis
36:13et Parleviët van der Plas,
36:15possèdent la quasi-totalité
36:17des superchalutiers européens.
36:21ces flottes industrielles,
36:23qu'elles soient asiatiques
36:24ou européennes,
36:25sont fortement subventionnées.
36:28Sans aide,
36:29notamment au gasoil,
36:31elles ne seraient pas rentables.
36:35Grâce aux subventions,
36:36ces navires peuvent aller pêcher
36:37toujours plus loin
36:38et accentuent le déséquilibre
36:40nord-sud.
36:43Les eaux poissonneuses
36:45d'Afrique de l'Ouest,
36:46où la surveillance
36:47et les règlements
36:47sont moins contraignants,
36:49attirent les convoitises
36:50de ces bateaux étrangers.
36:56Tout ça, c'est le côte sénégalais.
36:58Ça, c'est Joal,
36:59mon village,
37:00qui est là.
37:02Donc, à partir de là,
37:03on peut se positionner
37:05pour savoir exactement
37:06quels sont les bateaux
37:07qui sont dans la zone.
37:09Est-ce que c'est des bateaux,
37:10de gros bateaux,
37:10les bateaux appartiennent à qui ?
37:12Maintenant, c'est bon,
37:14je vois des bateaux
37:15qui sont dans la zone.
37:16Le premier bateau que je vois
37:18ici à côté,
37:19plus proche,
37:20c'est
37:21Sagunda San Rafael,
37:23qui batte pavillon
37:24avec le drapeau sénégalais,
37:25mais qui est un bateau espagnol.
37:30Il y a une porte
37:31qu'on a ouverte
37:32qu'on appelle
37:33les bateaux mixtes,
37:34c'est-à-dire 51% sénégalais,
37:3649% étrangers.
37:38Et à partir de là,
37:39le bateau peut pêcher
37:40dans les eaux sénégalais
37:41sans observateurs,
37:42parce qu'il est sénégalais.
37:48En plus des bateaux mixtes,
37:50des navires étrangers
37:51viennent illégalement
37:52pêcher le long des côtes.
37:55Ces bateaux étrangers,
37:56à 90%,
37:57c'est des bateaux chinois,
37:59en tout cas,
38:00c'est des bateaux asiatiques.
38:03Ils prennent les carcasses
38:04des bateaux
38:05qui n'ont plus le droit
38:06de pêcher dans ces eaux,
38:07parce que c'est des bateaux
38:08interdits par les lois.
38:10Et ces bateaux,
38:10c'est ce qui amène en Afrique.
38:12Ils pêchent là où ils veulent,
38:14comme ils veulent,
38:14où ils veulent,
38:15d'une façon anarchique.
38:16Ils sont en train de transformer
38:18les eaux africaines
38:19en désert liquide.
38:28La menace sur la pêche sénégalaise
38:30se joue aussi à terre,
38:32le long des côtes,
38:33où depuis une dizaine d'années,
38:35des usines étrangères
38:36se sont implantées.
38:39Des usines de farine de poisson,
38:41décriées par la population
38:43comme à Kayar.
38:59Les usines de farine de poisson,
39:01c'est comme si un pays
39:02avait un feste.
39:03Parce que tout ce poisson
39:04que vous voyez à côté de vous,
39:06ce poisson qui était là,
39:08transformé et consommé,
39:09va directement maintenant
39:10dans les usines de farine de poisson.
39:12Et ces usines de farine de poisson
39:14le transforment en farine
39:15et les amènent en Europe
39:17pour nourrir leurs poissons
39:19ou bien pour donner à ça
39:21des poulets ou des porcs.
39:23Donc c'est plus grave.
39:28Ces Africains ont besoin
39:29de ces ressources
39:30parce qu'on est dépendants.
39:32Le Sénégalais est dépendant
39:34du poisson,
39:35comme vous le voyez.
39:36C'est des milliers
39:36et des milliers de personnes,
39:38non seulement sur le protéine animal,
39:39sur la sécurité alimentaire,
39:40mais aussi sur le plan emploi.
39:43Dans trois ans,
39:44dans quatre ans,
39:45on sera à 20 millions
39:47et on aura plus d'être de ressources.
39:53Cette pêche dite minotière
39:55menace la sécurité alimentaire.
40:00Dans le monde,
40:01la demande en poisson
40:02augmente sans cesse.
40:04mais les rendements
40:05de la pêche en mer stagnent.
40:09Alors l'aquaculture explose
40:11et avec elle,
40:12la demande en farine de poisson.
40:17Entre 1 et 3 kg de poissons sauvages
40:19sont nécessaires pour produire
40:211 kg de poissons d'élevage.
40:25Des projets d'aquaculture
40:26voient même le jour sur la Terre.
40:28Le saumon,
40:30une espèce migratrice,
40:31sera élevé ici,
40:33dans des bassins
40:34hors de la mer.
40:35Un poisson de luxe,
40:36devenu aussi banal
40:37que du poulet,
40:39nourri avec de la farine
40:40venue des pays du Sud.
40:43Ainsi,
40:44l'aquaculture
40:44aggrave la surpêche.
40:47Mais les scientifiques,
40:49comme ceux
40:50de l'Institut océanographique
40:51des Zambiers,
40:53testent des alternatives
40:54pour tenter
40:55de la rendre plus vertueuse.
41:04On travaille,
41:05entre autres,
41:06à l'identification
41:07des solutions concrètes
41:10pour le développement
41:11de nouveaux aliments.
41:15Une des pistes,
41:16c'est notamment
41:17la farine d'insectes.
41:20Ce qui est très intéressant,
41:21c'est que ces insectes
41:22peuvent être produits
41:23à partir de compost,
41:24notamment,
41:25de déchets coproduits
41:27des activités humaines.
41:28Ils peuvent être
41:29transformés en farine
41:30et en venant remplacer
41:31la partie constituée
41:33par les farines de poisson.
41:36Le seul point limite
41:38pour l'instant,
41:38c'est que la production
41:39de cette farine d'insectes
41:40est toujours plus onéreuse
41:41que la production
41:42de la farine de poisson.
41:46Le centre de recherche
41:47multiplie les expérimentations
41:49pour maîtriser
41:50toute la chaîne
41:51d'alimentation,
41:52production de phytoplankton,
41:54culture de larves,
41:56mais aussi pour favoriser
41:57l'élevage
41:58de poissons herbivores
41:59afin d'imaginer
42:00un autre futur
42:01pour l'aquaculture,
42:03un futur low-tech.
42:07Mais une solution
42:09encore plus low-tech existe.
42:12Moi, généralement,
42:13mon premier conseil,
42:14c'est qu'il faut diminuer
42:15la consommation de poissons.
42:16On en mange
42:17beaucoup trop en France
42:18par rapport à ce que
42:19la nature peut nous fournir
42:20ou en tout cas
42:21à ce qu'une répartition
42:22équitable à l'échelle planétaire
42:24de ce que la nature
42:25nous fournit permettrait.
42:26En gros,
42:27on mange en France
42:27aujourd'hui 34 kg de poissons.
42:29Il y en a une dizaine
42:30qui vient de l'aquaculture,
42:32notamment le saumon
42:33dont je viens de parler
42:33qu'il faut éviter à tout prix.
42:35Et il en reste 24 pour la pêche.
42:37La dose de poissons
42:39qu'elle a droit à un terrien moyen,
42:41aujourd'hui,
42:42elle est autour de 8 kg.
42:43Donc, en matière de poissons pêchés,
42:45on mange trois fois
42:46notre dose au niveau national.
42:51Face à l'urgence
42:52de la préservation des poissons
42:54et des écosystèmes marins,
42:56les espaces protégés
42:57se multiplient
42:57sur l'ensemble du globe.
43:02L'Union européenne
43:03s'est fixée l'objectif
43:04d'atteindre 30 %
43:06d'aires marines protégées.
43:08Elles deviennent même
43:09des outils
43:09de communication politique.
43:12Nous avons dépassé
43:14l'objectif de 30 %
43:16cette année
43:17grâce au décret
43:18qui a été signé
43:19ce matin
43:20et qui permet
43:21l'extension
43:22de la réserve naturelle
43:23des terres australes françaises,
43:24ce qui permet d'atteindre
43:2533 %
43:26de la superficie française
43:28classée en aires protégées.
43:33Mais la définition
43:34de ces zones
43:35reste équivoque.
43:36Dans la majorité
43:38de ces aires marines protégées,
43:39la pêche
43:40et notamment le chalutage
43:41sont autorisées.
43:44On ne peut pas
43:46dire qu'on protège
43:47une zone
43:47si on permet
43:48le passage
43:49des bateaux
43:51qui traînent des filets,
43:52des chalutiers pélagiques
43:54ou des chalutiers de fond.
43:55Ça ne peut pas
43:56être protégées.
43:58Bloom publie
43:59des vidéos
43:59coup de poing
44:00afin d'alerter
44:01l'opinion publique
44:02sur la réalité
44:03de ces zones protégées.
44:05Bienvenue
44:06dans les Bans des Flandres.
44:07C'est le nom
44:08d'une aire marine protégée
44:09située dans la Manche
44:10entre Calais
44:11et l'Angleterre.
44:12Tous les points
44:12que vous voyez
44:13sur cette carte
44:14ce sont les navires
44:15présents dans les Bans des Flandres.
44:16Une véritable armada.
44:18Ces navires
44:19anéantissent à grande échelle
44:20cette aire marine protégée
44:21et la vie qu'elle abrite.
44:22En ce moment même,
44:24en toute impunité,
44:24à quelques kilomètres
44:26dans ces zones,
44:26il y a très peu
44:27de profondeur d'eau.
44:28Donc on voit bien
44:29que même l'ouverture
44:29du filet pélagique
44:31est aussi haute
44:33quasiment que la colonne d'eau.
44:34Donc c'est impossible
44:35que ça ne racle pas les fonds.
44:36Enfin, c'est mécaniquement impossible.
44:37Donc on est vraiment
44:38sur le summum
44:40de l'imposture
44:40de l'aire marine
44:41non protégée.
44:42Et dire le contraire
44:43est un mensonge.
44:47Et si les aires marines
44:48étaient des zones
44:49totalement protégées ?
44:54En Adriatique,
44:54entre Croatie et Italie,
44:57ONG, pêcheurs et scientifiques
44:59ont fait le pari ensemble
45:00d'instaurer une zone
45:02de protection intégrale permanente
45:04au niveau de la fosse de Jabouka.
45:09Ça, c'est pas le nôtre.
45:11Il est où le nôtre ?
45:13Ils sont allés là,
45:15près de la limite.
45:17Vas-y, mets le tracker
45:19pour voir.
45:21La plupart des bateaux
45:22tournent autour
45:22de la zone de Jabouka.
45:25Les autres sont par ici.
45:28Oui, c'est ça.
45:29Près de la zone de Jabouka,
45:30oui.
45:33Nous avons un secteur
45:34totalement interdit
45:35à la pêche.
45:36Mais près de cette zone,
45:37il y a beaucoup de poissons.
45:38C'est là qu'on va
45:39pour pêcher plus.
45:45Il y a quelques années,
45:49les scientifiques
45:50sont venus nous voir
45:50en nous proposant
45:51de fermer une des zones
45:52où nous travaillons.
45:56Au début,
45:57on était un peu sceptiques,
46:01mais on voulait préserver
46:02la pêche
46:02pour les futures générations.
46:06Alors,
46:06nous avons accepté
46:07le défi
46:08et nous avons soutenu
46:10les scientifiques,
46:11ainsi que l'administration
46:12pour que cette interdiction
46:13devienne permanente.
46:21Nous n'avons pas vu
46:22les résultats en une nuit.
46:23Ils sont arrivés
46:24au bout de 4 ou 5 ans.
46:26Les poissons ont commencé
46:27à se multiplier,
46:28puis à déborder
46:29sur les zones
46:29où nous pêchons.
46:31Et maintenant,
46:31on voit qu'on pêche
46:32plus de poissons
46:33et qu'ils sont plus gros.
46:35Donc la pêche
46:36est bien meilleure.
46:57Nous avons protégé
46:593 500 km²
47:00divisé en trois parties.
47:03La partie centrale,
47:04d'environ 1 500 km²,
47:07est l'endroit
47:08où aucune capture
47:09n'est autorisée,
47:10quel que soit
47:10le type de pêche.
47:13Ensuite,
47:15il y a deux zones tampons.
47:16Ici, en jaune,
47:17c'est la zone croate
47:19et de l'autre côté
47:20de la ligne,
47:21la zone tampon italienne.
47:28Pour nous,
47:29les scientifiques,
47:30il s'est produit
47:31quelque chose
47:32de très intéressant.
47:35Il y a eu plus de merlues,
47:37plus de homards,
47:38plus de crevettes.
47:40Mais on est surtout contents
47:42parce qu'il y a eu
47:43un accroissement
47:43des chondrichtiens,
47:45c'est-à-dire
47:46des requins
47:46et des raies.
47:50Et la présence
47:51de ces animaux
47:52indique que la situation
47:54s'est améliorée.
48:00C'est primordial
48:03que tous les types
48:03de pêche soient interdites
48:05et qu'il y ait
48:06un contrôle vraiment
48:07efficace de la zone.
48:12Et surtout,
48:13troisième point capital,
48:15notre approche
48:16part de la base.
48:18c'est-à-dire
48:19que les scientifiques,
48:21les pêcheurs
48:22et les autorités locales
48:23se sont concertés
48:25pour établir
48:26cette réglementation.
48:28Elle n'est pas venue
48:29de Bruxelles,
48:29de Zagreb
48:30ou de Rome.
48:32Jabouka n'est pas simplement
48:32un succès
48:33pour les scientifiques,
48:35c'est aussi un succès
48:36pour les pêcheurs,
48:36les ONG.
48:37Tout le monde est gagnant.
48:43J'étais très jeune
48:45quand cela a commencé.
48:48Pour moi,
48:49maintenant,
48:49c'est complètement normal.
48:51On sait que c'est protégé.
48:52On n'y va pas.
48:56Je pense que c'est
48:57une bonne chose.
48:59Peut-être qu'à l'avenir,
49:00on pourrait se concerter
49:01encore davantage
49:02afin de multiplier
49:04ces zones.
49:05Ça nous permettra
49:06de continuer
49:07à pêcher
49:07de cette manière
49:08dans le futur.
49:18Continuer à pêcher
49:19dans le futur,
49:21la bataille doit se jouer
49:22sur les différents fronts
49:23grâce aux alliances
49:25vertueuses
49:25entre pêcheurs,
49:27ONG,
49:28scientifiques
49:28et politiques.
49:31Gwen Penarin
49:32est devenu président
49:34de la plateforme
49:34des petits pêcheurs
49:35LIFE
49:36et vient défendre
49:37leurs intérêts
49:38à Bruxelles.
49:40Comment encourager
49:41une nouvelle génération
49:42à reprendre le flambeau
49:43si l'accès à la ressource
49:45est bloqué
49:45et si la petite pêche
49:47n'a plus de place
49:48dans la politique européenne ?
49:50La communauté
49:51des pêcheurs
49:52de Torupstrand
49:53cherche des soutiens
49:54pour faire interdire
49:55l'accès aux chalutiers
49:57industriels
49:57dans sa zone côtière.
50:01Au Sénégal,
50:02la surveillance
50:03des zones de pêche
50:04s'accroît
50:04pour prévenir
50:05la présence
50:06des bateaux étrangers.
50:09Dans ce combat
50:10pour l'avenir
50:11d'un bien commun,
50:12une certitude,
50:13la pêche doit être
50:15réglementée plus
50:16et mieux.
50:19Si les responsables politiques
50:20veulent réellement
50:21honorer les engagements
50:22qu'ils ont signés,
50:23ils doivent mieux gérer
50:24les pêcheries.
50:25Les pêcheries doivent
50:26être intégrées
50:27à une réflexion plus large
50:28sur la protection
50:29de l'environnement.
50:31C'est la seule manière
50:32de parvenir
50:32à atteindre
50:33tous ces objectifs.
50:35Il faut donner
50:36à la vie sauvage
50:37une chance
50:38de réagir positivement
50:39aux changements climatiques
50:40plutôt que de subir
50:41un impact supplémentaire.
50:43de l'environnement.
50:55Sous-titrage Société Radio-Canada
51:25Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires

Recommandations