- il y a 22 heures
C'est en authentique enquêtrice que se transformera Claire Chazal pour ce nouveau numéro de « Au bonheur des livres » ... Notre émission s'intéressera en effet au genre policier, en recevant deux romanciers qui l'illustrent avec brio, chacun à sa façon.Bernard Minier, qui publie « Ruptures » (Ed. XO), est une star incontestée en ce domaine : il a créé le personnage féminin de Lucia Guerrero pour résoudre des énigmes mettant en jeu les aspects les plus inquiétants du monde contemporain, comme ici les dangers de la technologie numérique.Jean-Christophe Rufin, en honorable académicien qui a publié déjà des livres de toutes sortes, s'amuse quant à lui à changer de registre avec le personnage du consul Aurel dont il a fait le héros récurrent d'enquêtes savoureuses, qui l'emmènent cette fois sur les traces de Napoléon, dans « La folie Sainte-Hélène » (Ed. Calmann-Lévy).Interrogés par Claire Chazal, nos deux invités livreront sans aucun doute quelques-uns de leurs secrets pour réussir comme ils le font à captiver les lecteurs ! Année de Production :
Catégorie
📺
TVTranscription
00:05Générique
00:18Bienvenue dans l'émission littéraire de Public Sénat.
00:20Je suis ravie de vous retrouver pour un nouveau numéro d'Au bonheur des livres.
00:24C'est notre émission hebdomadaire au cours de laquelle, vous le savez,
00:26nous essayons tout simplement de vous donner envie de lire des livres
00:30et puis aussi de découvrir et de mieux connaître leurs auteurs.
00:33Ces deux auteurs, aujourd'hui, aiment les intrigues, les enquêtes
00:37et attirent leurs lecteurs, tous les deux, je précise,
00:40grâce à des héros récurrents, des investigateurs à la personnalité attachante.
00:45L'un et l'autre aiment aussi insérer, on va le comprendre,
00:48leurs récits policiers, donc dans ou l'histoire ou la géographie du monde.
00:52Jean-Christophe Ruffin, bonsoir.
00:54Bonsoir.
00:54Merci beaucoup de venir nous voir.
00:56Vous êtes académicien et auteur de grandes fresques romanesques, bien évidemment.
01:01Et on vous retrouve pour la septième fois, ce héros sympathique,
01:05cet enquêteur en chef, ce drôle de consul qui s'appelle Aurel Timechkou.
01:10Et le roman publié chez Calman Lévy a pour titre La folie sainte Hélène.
01:15Il nous emmène évidemment dans l'île lointaine où Napoléon est mort.
01:18Et puis Bernard Minier, merci beaucoup de venir nous voir.
01:20Vous aussi, vous êtes évidemment un éminent auteur de roman policier, spécialiste de roman noir.
01:26Vous nous proposez le troisième volet des aventures d'une policière espagnole,
01:31elle aussi tout à fait attachante.
01:32Elle s'appelle Lucia Guerrero.
01:35Et tout cela se passe sur fond de guerres technologiques, de surpuissances, d'intelligence artificielle et d'autres Elon Musk
01:44que l'on aperçoit au travers les lignes.
01:47Oui, un petit peu.
01:48Un petit peu.
01:48Le livre s'appelle Rupture au ployel et il est publié chez Ixo.
01:53Alors Jean-Christophe Ruffin, alors bien sûr vos livres ont beaucoup de similitudes et on est ravis de vous recevoir
01:57ensemble et nous ont tenu en haleine tous les deux.
02:00Je rappelle que vous avez été médecin, Jean-Christophe, diplomate, écrivain, académicien depuis 2008.
02:06Vous avez reçu le prix Interalli en 1999 pour les Cofs perdus et puis le Goncourt en 2001 pour Rouge
02:11Brésil.
02:12Vous avez écrit donc, je le disais, de très nombreux romans bien évidemment, historiques souvent, grandes fresques.
02:18Et puis depuis quelques années, vous avez inventé ce héros singulier, passionné par les énigmes à résoudre.
02:25Il le fait tout seul, un peu dans son coin, mais il aime ça.
02:28Il s'appelle Aurel Timechkou et c'est donc le septième volet qui s'appelle la folie Sainte-Hélène.
02:33Alors évidemment, parlons d'abord du cadre un peu étrange quand même, Jean-Christophe Ruffin,
02:37dans cette île Sainte-Hélène si lointaine qui se situe donc, j'allais dire, par un seul vol hebdomadaire de
02:46l'Afrique du Sud, c'est ça ?
02:47Oui, parce que ça se situe entre le Brésil et l'Afrique du Sud, mais c'est plus près de
02:52l'Afrique quand même.
02:53D'accord.
02:53Donc autrefois, il n'y a pas si longtemps, jusqu'à il y a 10 ans, il y allait en
02:58bateau.
02:59Jean-Paul Kaufmann avait fait un très très beau livre.
03:01Merveilleux, la chambre de Langoude.
03:03La chambre de Langoude et lui était encore allé en bateau à ce moment-là.
03:05Oui, absolument.
03:06Mais aujourd'hui, alors que je ne sais pas s'il faut s'en féliciter, il y a un avion.
03:10Mais quand je dis un avion, c'est vraiment un avion par semaine.
03:13Il ne faut pas le louper.
03:14Et puis il n'atterrit pas toujours parce qu'il y a beaucoup de vent.
03:17C'est ça.
03:17Et l'aéroport est considéré comme un des plus dangereux du monde parce qu'il y a un précipice de
03:22chaque côté.
03:23D'accord.
03:23Bref.
03:24Et du coup, il n'y a plus de bateau.
03:27Donc on est obligé d'y aller en avion.
03:29Mais qu'est-ce que vous êtes allé faire, vous, cette île de Sainte-Hélène ?
03:32Oui, d'abord, je suis...
03:34C'est un aventurier.
03:35J'ai accompagné Aurel.
03:37Non, ce qui m'avait interpellé, intrigué, c'est que cette île britannique, très britannique, très, très britannique.
03:44Elle est dominée, je vais dire gouvernée par les Britanniques.
03:47C'est un territoire britannique.
03:48Mais les lieux où a vécu et où est mort Napoléon sont territoires français.
03:53C'est comme une ambassade.
03:54Il y a trois enclaves.
03:55Il y a trois enclaves.
03:56Il y a le domaine de Longwood, là où il est mort.
03:58En 1821.
04:00Voilà, il y a la maison des Briards, là où il a débarqué, enfin, il a logé en débarquant.
04:07Et puis sa tombe, qui est vide, évidemment, parce que son dépouille maintenant est aux Invalides.
04:11Voilà, mais ces trois territoires sont français.
04:13Et alors, pour s'en occuper, eh bien, il y a un consul.
04:17Alors moi, quand on dit consul, en général...
04:19– Ah oui, c'est que pour ça, vous y êtes allé parce qu'il y avait un consul.
04:22– Oui, et pour l'écart des misères, d'ailleurs, parce que je l'ai fait disparaître.
04:26Enfin, voilà, mais...
04:28Non, c'est un homme charmant.
04:30Il était extraordinaire.
04:31Je l'avais rencontré à...
04:32– Il s'appelle Michel Danquois de Martineau.
04:34– Voilà, Danquois de Martineau.
04:36– Danquois de Martineau.
04:36Il est toujours là.
04:38– Il est toujours là.
04:39– Depuis donc, combien d'années ?
04:40– Une quarantaine d'années.
04:42Il a lui-même écrit des livres, notamment un très beau livre qui s'appelle
04:45« Je suis le gardien d'un tombeau vide ».
04:47Parce qu'il est... Voilà, il a cette espèce de...
04:50– Quel titre d'arrêt, c'est magnifique.
04:51– Oui, c'est le livre.
04:51– Et ça correspond en plus à ce qu'il fait.
04:54– À la réalité.
04:54– C'est-à-dire qu'il s'occupe de ses domaines, il s'en occupe très bien.
04:57Michel, quand il est arrivé, lui, c'est un horticulteur,
05:00donc il a fait fleurir les jardins, il a tout restauré, etc.
05:05Ça devient presque sympa, pourtant...
05:07– Oui, pourtant, on peut regarder le temps sur son petit téléphone portable,
05:10c'est pas une géographie, un climat très, très hospitalier, on peut dire.
05:14– Non, c'est-à-dire que Sainte-Hélène,
05:16c'est... Il y a trois étages, si vous voulez.
05:18Vous arrivez en bateau, vous avez d'abord la lave,
05:23les paquets de lave noires, c'est ça, c'est très rébarbatif.
05:26– C'est très... – En fait...
05:28– Très tentant, ça.
05:28– Ah oui, non, c'est terrible.
05:30– Le fils du tourisme ne va pas être content.
05:32– Non, mais c'est comme ça que...
05:34La capitale, c'est une espèce de couloir avec des maisons,
05:37comme ça, entre deux paquets de lave.
05:39Mais à un étage intermédiaire, c'est plus fertile.
05:42La maison, justement, des Brouillards, c'est plus fertile.
05:45– Oui, et puis il y a des fleurs.
05:45– Il y a même un truc très amusant, c'est qu'il y a des...
05:49À certains endroits, au long des champs,
05:51vous avez des arbres plantés tous les 3 mètres.
05:54Alors vous dites pourquoi vous avez planté des arbres tous les 3 mètres ?
05:56Ils vous disent, mais ce n'est pas des arbres.
05:58On avait acheté des piquets en Afrique du Sud, des bouts de bois,
06:01on les a plantés, et c'est tellement fertile que c'est redevenu des arbres.
06:04Vous voyez, c'est pour ça qu'ils sont tous les 3 mètres.
06:06– Donc c'est fertile, c'est arrosé, il faut bien reconnaître.
06:08– Très fertile, sauf que...
06:09Alors là, on l'a mis là au début, alors il s'est dit, c'est sympa.
06:12– Oui.
06:12– Non, non, non, attendez-vous, c'est tout en haut, sur le plateau.
06:17– Alors le plateau, là, c'est l'horreur,
06:19parce que c'est un plateau qui est battu par les vents, par les alizés,
06:22tous les arbres sont penchés comme ça,
06:24il n'y a rien qui pousse en réalité, c'est humide,
06:28il fait tout le temps la même température, le jour, la nuit,
06:31c'est morne, c'est monotone, c'est terrible.
06:33– Il ne se passe rien.
06:34– Il ne se passe rien, et imaginez qu'ils ont transporté là
06:36leur petit bout de cour, puisqu'il y avait 4 généraux avec Napoléon,
06:41alors il les obligeait le soir à se mettre en grande tenue,
06:44autour d'une petite table, enfin, c'était misérable,
06:47et c'était poignant, cet endroit, c'est très, très, très impressionnant.
06:50– Vous n'y êtes pas allé, Bernard ?
06:52– Non, du tout, et là, je n'ai pas tellement envie d'y aller non plus.
06:55– Ah, mais vous avez tort, c'est simple, mais il faut avoir quelque chose de différent.
06:59– Enfin, il faut avoir…
06:59– Si vous n'êtes pas un fan de Napoléon…
07:02– Oui, parce qu'il n'était pas tellement votre cas non plus, Jean-Christophe Ruffin.
07:05– Non, mais moi, j'ai le sens du sacrifice, si vous voulez.
07:08– Bien sûr, pour l'écriture, pour la littérature, pour le réel, il faut y aller.
07:12– Non, mais c'est un endroit qui est quand même très intéressant,
07:16parce que, d'abord, ce n'est pas si petit que ça, en fait,
07:20il y a presque 300 kilomètres de route,
07:23ce ne sont pas des très bonnes routes, mais on peut circuler,
07:26et puis il y a des souvenirs partout,
07:28et il y a cette espèce de choc des cultures,
07:32parce que nous, Français, évidemment, quand on dit Sainte-Hélène,
07:35on pense Napoléon, mais les Anglais, pas du tout.
07:37– Bien sûr.
07:38– Quand vous arrivez à l'aéroport, il y a une grande carte de l'île,
07:42et sur Longwood, donc Longwood, on s'attend à ce qui est marqué Napoléon,
07:46non, il y a marqué toilette, air de pique-nique, station-service, c'est tout.
07:50C'est-à-dire que, si vous allez voir ailleurs, vous voyez, ça, c'est les Anglais.
07:55– Vous vouliez rajouter quelque chose, Bernard ?
07:57– Non, du tout, j'imagine que les bonapartistes, ils vont en pèlerinage ?
08:00– Ah, ben alors, précisément, on va les rencontrer dans le livre.
08:03Parce que, qu'est-ce qui va se passer ?
08:04Évidemment, il faut bien qu'il y ait une intrigue qui va se présenter à cette horaire de le consul,
08:07il est envoyé à Sainte-Hélène parce que le consul qui y a disparu.
08:11– On ne sait pas pourquoi, bien sûr, il s'appelle Hubert Bouize,
08:15et c'est mystérieux, et évidemment, ça va être l'objet de l'enquête.
08:18Alors, il ne va pas être tout seul pour la faire, j'allais dire cette fois-ci,
08:21mais il a une jeune fille, une jeune chercheuse, et puis un historien.
08:25En général, d'ailleurs, oui, il y a toujours quelqu'un.
08:26– Il y a toujours une femme qui l'accompagne, ou qui retrouve, ou qui découvre.
08:31Là, c'est une fille qui est venue faire une thèse,
08:34donc elle est là, et très attachée à ce consul, et il a disparu.
08:38Il faut comprendre que disparaître sur une île, c'est très bizarre,
08:43parce qu'il n'y a pas de bateau qui vienne,
08:46il y a quelques exilés fiscaux américains qui passent en temps avec leur bateau,
08:52mais enfin, là, on sait que ce n'est pas eux qui l'ont emmené.
08:55Donc, où est-ce qu'il peut être ?
08:57– Voilà, c'est toute l'intrigue, alors évidemment, il va croiser,
09:01et c'est ce que disait Bernard Minier, des drôles de personnes
09:04qui s'appellent les reconstituteurs, parce qu'effectivement,
09:06il y a des fans de Napoléon qui se rhabillent en tenue de l'Empire,
09:11et qui reconstituent ces batailles, la présence de Napoléon, etc.
09:15– Mais Napoléon rend fou, encore aujourd'hui.
09:18Napoléon, c'est un thème qui, pour certaines personnes,
09:22et dans le monde entier d'ailleurs, peut produire des manifestations,
09:27j'allais dire, qui sont comparables à la drogue, on pourrait dire.
09:30– Ou à une secte.
09:31– Ou à une secte, oui, c'est ça.
09:33– Avec une sorte de fanatisme.
09:34– Parce qu'il y a les reconstitueurs, comme vous dites,
09:36mais il y a aussi les collectionneurs, il y a des gens qui paient très cher,
09:40on connaît bien Pierre-Jean Françon, qui est très célèbre en France
09:44pour sa collection extraordinaire, mais il y en a d'autres, beaucoup.
09:49Tout est intense autour de Napoléon, et le consul d'ailleurs qui est là-bas,
09:54il a été obligé de, ça c'est vrai, il a été obligé de se retirer des réseaux sociaux,
09:59parce qu'il recevait des injures, des menaces, quand il parlait…
10:03– Déjà sur l'esclavage par exemple, il y a forcément des ennemis de Napoléon,
10:06puisqu'il l'a rétabli.
10:07– Il avait fait restaurer la case de Tobie,
10:09qui était l'esclave que Napoléon voulait affranchir,
10:13et ça a déclenché une véritable indignation de la part des gens
10:18qui ne veulent pas qu'on touche justement à cette opprobre
10:22qui touche Napoléon, puisque Napoléon est accusé par ces gens-là,
10:27et à juste titre d'ailleurs, d'avoir rétabli l'esclavage
10:30que la Révolution avait aboli.
10:32Donc il y a tout ça.
10:33Alors les reconstitueurs, évidemment, c'est les plus folkloriques,
10:35parce qu'ils sont… alors il y en a beaucoup évidemment en France,
10:39il y en a un peu partout, il y en a en Russie…
10:42– Et vous les avez vus là-bas, vous ?
10:43– Alors moi je les ai vus d'abord en France,
10:46je les ai rencontrés, j'ai un ami d'abord qui fait ça,
10:50qui est grand maréchal du palais, enfin voilà,
10:54mais il y a des tas de gens qui font ça, ils sont garagistes dans le civil,
10:59ou ils ont une pizzeria, enfin, puis le soir, ou le week-end, enfin, ils s'habillent,
11:04mais alors ils ne s'habillent pas comme ça avec deux chiffons, non, c'est très très précis,
11:08tout est nickel.
11:10– C'est ce que vous décrivez, oui.
11:11– Donc ils vont aussi à Sainte-Hélène, on va les croiser,
11:14ils vont avoir un rôle, on va finalement les trouver attachants,
11:18finalement ces personnages.
11:19– Ils sont très attachants.
11:20– Ils sont très attachants, et puis Aurélien Le Consul va évidemment résoudre l'énigme,
11:24on ne va pas le dire plus, parce qu'il faut lire ce livre qui est savoureux,
11:27parce qu'à la fois ça nous évoque l'histoire, bien sûr ce personnage de Napoléon,
11:30puis cette île perdue, qu'on n'a peut-être pas envie d'aller visiter,
11:33mais encore que, on ne sait pas, on va évidemment retrouver après,
11:37à la fin de cette émission, cette Aurélien Le Consul,
11:39mais d'abord, parlons de votre héros, c'est une héroïne,
11:43cher Bernard Minier, alors je précise que vous aviez publié
11:45votre premier roman qui s'appelait Glacé en 2011,
11:48il y avait beaucoup de succès, vous avez, j'allais dire,
11:51inventé un premier héros récurrent, le commandant, n'est-ce pas ?
11:55– Oui, Servaz.
11:56– Servaz, qui était une sorte de lettré, un peu…
11:59– Oui, il n'y en a pas beaucoup, forcément, dans la police,
12:02mais c'est pas moi qui le dis, c'est les policiers eux-mêmes.
12:04– C'est ça, il était plutôt cultivé,
12:06mais alors là, vous nous proposez une nouvelle série depuis 2022,
12:08avec cette lieutenante espagnole, elle s'appelle Lucia Guerrero,
12:13et donc, rupture au pluriel, est le troisième volet de cette série-là.
12:19Alors, ce livre va nous emmener, pas simplement, bien sûr,
12:22à la suite de cette policière espagnole,
12:25mais aussi dans des univers bien particuliers,
12:27que nous commentons tous les jours, j'allais dire, dans l'actualité,
12:30puisque c'est celui des nouvelles technologies,
12:32des milliardaires de la tech, de ces personnages,
12:36qui sont d'ailleurs, qui feraient un peu avec Donald Trump,
12:41et, j'allais dire, vous partez d'un fait réel,
12:43qui est la grande panne qui s'est produite à la fois en Espagne et au Portugal, en 2025.
12:48Pourquoi ? Ça vous a particulièrement marqué ?
12:50Vous avez pensé que c'était le signe d'une décon...
12:52d'une rupture, d'ailleurs, de notre équilibre ?
12:56Oui, et puis d'une vulnérabilité aussi.
12:59Ça m'a marqué parce que je l'ai vécu, en réalité.
13:01Ah oui, d'accord.
13:02J'étais avec quelqu'un qui se trouve...
13:05Mon ami qui est à Madrid,
13:06et à un moment donné, les messages ne passaient plus,
13:09les messages dans WhatsApp ne rentraient plus,
13:11comme quoi je critique beaucoup les nouvelles technologies,
13:13mais je les utilise aussi.
13:14Vous en avez besoin, oui.
13:15Et je me suis posé la question, qu'est-ce qui se passe ?
13:17Est-ce que son téléphone est déchargé ?
13:20Et le temps passant,
13:22je commençais à me poser plus en plus de questions,
13:24puis j'ai allumé ma télé française,
13:26et là, j'ai vu sur les chaînes d'info,
13:28parce qu'en Espagne, ils n'avaient plus rien.
13:29Bien sûr, 55 millions de personnes, Espagne, Portugal...
13:32J'ai vu deux pays entièrement paralysés par une panne d'électricité,
13:35et comme du reste, j'avais déjà pensé à remettre en selle Lucia Guerrero,
13:40qui apparaissait déjà dans les deux romans...
13:41Eh bien, c'était tout trouvé, on était en Espagne.
13:43Je me suis dit, il faut absolument que j'utilise ce début-là.
13:46Je crois que c'est Italo Calvino qui disait,
13:48la force d'un roman réside dans son début,
13:50et là, j'avais le début parfait.
13:51Et en plus, j'avais aussi un sujet, quelque part,
13:55qui était la vulnérabilité des sociétés dans lesquelles on vit,
13:58et c'était technologique.
13:59C'est une réflexion que nous pouvons tous mener,
14:01et on va en parler.
14:03Alors, cette lieutenant, cette Lucia,
14:06va enquêter sur la mort de plusieurs jeunes femmes,
14:08qui ont des similitudes.
14:10D'abord, elles étaient enceintes,
14:11et puis elles appartenaient toutes à un groupe
14:12qui s'appelle, que vous avez appelé Starco,
14:15qui est un gérant mondial de la technologie,
14:17des voitures électriques, des robots, etc.,
14:21dirigé par un certain Milton Gale.
14:23On peut dire que c'était l'homme rusque,
14:25enfin, sans réellement...
14:27– Enfin, on peut le dire sans le dire.
14:28– Oui, on peut le dire sans le dire, parce que...
14:29– Je n'ai pas envie d'avoir des bataillons d'avocat à ma porte.
14:32– Non, ce n'est pas nécessaire.
14:33– Il y a quelques ressemblances, oui.
14:34– Voilà, mais il y a quelques ressemblances, forcément.
14:37Alors, cette Lucia, elle est mère d'un jeune garçon de 15 ans,
14:40et elle va essayer de trouver un lien entre ces victimes,
14:43et ça va la faire voyager dans le monde entier,
14:46enfin, dans le monde, en tout cas,
14:48et notamment aux États-Unis, bien sûr.
14:50Mais décrivez-la nous, son caractère,
14:52elle est intelligente, elle est assez...
14:55– Mais c'est mieux, parce qu'en personne,
14:56je suis un peu... – Oui, c'est mieux, oui.
14:57– Un peu stupide, ce n'est pas très intéressant.
15:00– Non, parce qu'Aurel, derrière sa finesse,
15:03il paraît un peu bonnet, parfois, mais...
15:05– Oui, mais il n'est pas du tout...
15:06– Mais il n'est pas du tout, bien sûr.
15:08– Il cache son jeu, et puis en plus,
15:10il est un peu fantasque, il est un peu...
15:12– Oui, très original.
15:13– Si un personnage n'est pas original,
15:14on s'enlut très vite. – On ne peut pas s'y attacher, bien sûr.
15:16– Donc, oui, elle est...
15:18Elle a un côté aussi... – Oui, elle est nerveuse,
15:20elle est très tenace. – Elle n'est pas les angles.
15:22– Oui, voilà. – Comme disent les nouvelles générations,
15:24elle est un peu badass. – Ah oui.
15:26– Donc, elle a un côté comme ça, cache.
15:27En fait, on rêve tous des personnages comme ça,
15:29c'est merveilleux, avec des personnages qui disent
15:31tout ce qu'ils pensent, qu'on ne peut pas faire dans la vie,
15:33évidemment, ou en tout cas, je le déconseille.
15:36C'est merveilleux quand on a des personnages comme ça
15:38qui n'arrondissent pas les angles,
15:39qui rentrent dedans, qui...
15:42Et elle a à la fois une vraie force de caractère,
15:45du tempérament, et aussi...
15:46– Et une fragilité. – Une fragilité.
15:48– Et donc, on apprend qu'elle est atteinte d'une maladie,
15:50enfin, le cancer, ce n'est pas un secret,
15:52c'est dans le livre, mais...
15:53Et donc, ça lui donne...
15:56Ça lui confère, évidemment, une faille et quelque chose de...
15:58– Une dimension nouvelle, peut-être,
16:00par rapport aux deux romans précédents,
16:01où elle n'avait pas cette maladie qu'elle découvre tout d'un coup.
16:04– Pourquoi ? Parce que vous avez pensé
16:05que ce serait un personnage plus...
16:06Enfin, que c'était plus humain ?
16:07– Non, je ne l'ai pas fait avec des arrières-pensées comme ça,
16:10en me disant, je vais...
16:11Je l'ai fait, en fait, parce que déjà,
16:14j'étais plus ou moins concerné par le sujet.
16:17Et puis...
16:18– D'accord.
16:18– Et puis, finalement, c'est une métaphore aussi
16:21de ce qui se passe dans tout le roman,
16:24dans le monde entier, avec ces géants de la tech,
16:26qui, quelque part, sont une forme de cancer aussi.
16:29– Oui.
16:29– C'est comme des cellules cancéreuses,
16:31ça métastase partout.
16:33On est tous sur nos téléphones,
16:34comme ça, vous montez dans un train,
16:35aujourd'hui, tout le monde a le nez collé à son téléphone,
16:38les jeunes générations, c'est encore pire,
16:40c'est du matin au soir, c'est même la nuit.
16:42Et donc, quelque part, c'est un cancer aussi,
16:46c'est viral, ça se métastase dans toutes les strates de la société.
16:51– C'est à la fois utile, et en même temps, ça nous empoisonne.
16:54– C'est des outils, mais oui, c'est des outils qui nous empoisonnent.
16:57– Qu'est-ce que vous en pensez, Jean-Christophe ?
16:59Vous avez cette même vision, enfin, c'est aussi peut-être
17:01notre génération qui pense ça, mais...
17:03– Oui, mais je pense que ça va même au-delà,
17:05avec l'IA générative, ça prend vraiment un aspect
17:10qui est encore plus inquiétant, parce que là,
17:14Bernard parle de l'outil, c'est-à-dire les téléphones,
17:17mais il y a le service qui le rend,
17:20et qui remplace l'humain de plus en plus, c'est ça qui est terrible.
17:24– Oui, donc il n'y a pas que de l'addiction,
17:25mais il y a aussi une inquiétante transformation de l'homme, quoi, finalement.
17:28– Oui, je pense qu'il y a un changement de paradigme,
17:31il y a peut-être même, on est à l'aube d'une nouvelle révolution,
17:34à la fois cognitive, à la fois humaine,
17:37on sent que, en tout cas, c'est vers ça que ces gens-là,
17:41puisque c'est derrière, on l'a dit,
17:43il y a une sorte de Milton Gay, lui,
17:45c'est un de ses représentants, de ses géants de la tech,
17:48on sent que c'est vers ça qu'ils veulent nous amener,
17:50qu'ils veulent nous diriger, ils veulent, c'est pas...
17:54parce qu'il y a une idéologie derrière tout ça,
17:55il y a une idéologie qu'on appelle la néoréaction,
17:58et la néoréaction, c'est pas les nouveaux conservateurs
18:00qui, eux, sont pour le statu quo.
18:03La nouvelle droite américaine, c'est des révolutionnaires,
18:06Oui, oui, ils veulent forger une nouvelle société, finalement.
18:08Complètement, ils veulent changer l'entièreté de l'humanité.
18:12Oui, ça s'appelle rupture, c'est pas pour rien.
18:14Voilà, exactement.
18:15Et ils ont les moyens de le faire, en plus,
18:17parce qu'ils peuvent passer par-dessus la tête des États,
18:19ils ont des moyens financiers colossaux,
18:21et ils s'adressent à des milliards de personnes,
18:23des milliards d'individus.
18:24Et puis, qui va les arrêter ?
18:26Ce pouvoir qu'on leur donne,
18:28chaque fois qu'on est sur notre téléphone
18:30ou qu'on utilise ses applications, etc.,
18:32on leur donne du pouvoir,
18:34non seulement financier, mais du pouvoir tout court.
18:37Et qui va renoncer à son téléphone ?
18:39Qui va dire, aujourd'hui, j'arrête tout,
18:40j'arrête les réseaux sociaux, j'arrête les applications ?
18:43Ça serait le seul moyen, finalement, de les stopper.
18:45Et personne ne va le faire.
18:47Et là, donc, cette héroïne,
18:48forcément, elle va enquêter aussi aux États-Unis,
18:50parce qu'il faut bien aller au siège de cette compagnie, Starco.
18:53Et là, on voit, on ne va pas faire toute la description,
18:56mais vous la faites de façon très intéressante et très étrange.
18:58On est dans une troisième dimension,
19:00avec des usines de robots, enfin, évidemment.
19:03Qui existent, je ne les ai pas inventés.
19:05Ce n'est pas une dystopie, ça se passe déjà.
19:07Vous avez fait comme Jean-Christophe,
19:09vous faites les voyages pour aller voir les choses avant d'écrire.
19:11Alors, il y a un peu plus d'un vol par semaine ou par mois.
19:14Quand on va à Seattle, ça va, on peut rentrer assez vite.
19:17Si on sature, on peut revenir assez rapidement.
19:19Il y a plusieurs vols.
19:21Mais ce n'est pas une dystopie.
19:22Ça ne se passe pas dans le futur.
19:24Moi, j'adore les dystopies, j'en lis beaucoup.
19:26J'ai lu, comme tout le monde,
19:27Fahrenheit 451, 1984, La Servante et Carlate.
19:32Mais là, ça se passe ici.
19:33Et maintenant, c'est déjà là, en réalité.
19:35Et ça vous permet, évidemment,
19:36comme on se trouve aux États-Unis,
19:38de nous mettre en perspective cette amie de Trump
19:40que vous ne portez pas vraiment dans votre cœur.
19:42Je ne suis pas le seul, mais...
19:43Oui, mais vous vous êtes autorisé à le dire.
19:45Enfin, c'était aussi un peu le but du roman.
19:49Complètement.
19:49D'écrire des non...
19:51C'est-à-dire que j'avais déjà écrit un roman
19:52qui se passait aux États-Unis,
19:54qui s'appelait Une putain d'histoire,
19:55il y a quelques années, pardon pour ce mot,
19:59et qui se passait dans la même région,
20:01Seattle, les îles Saint-Rouan, etc.
20:03Et qui parlait un peu de ça aussi.
20:05Et là, je vois, en quelques années,
20:07ce n'est plus du tout la même Amérique.
20:10Ce n'est absolument pas le même paysage politique.
20:12que même paysage...
20:14Il y a vraiment...
20:15Il s'est passé quelque chose.
20:16La rupture, elle est là aussi.
20:17Oui, bien sûr.
20:17L'Amérique d'aujourd'hui,
20:18c'est Amérique maga et pas que.
20:20Ce n'est plus du tout l'Amérique d'il y a 7 ou 8 ans
20:23quand j'ai écrit ce précédent roman.
20:25Donc, ça m'intéressait, effectivement,
20:27de faire une sorte de bilan aussi.
20:29Et on est tous, je pense,
20:31en état de sidération
20:33face à ce personnage
20:36totalement barré, étrange et imprévisible
20:38qu'est Donald Trump.
20:41Alors là, il faudrait consulter
20:43l'ancien diplomate
20:44pour voir ce qu'il en pense.
20:46Jean-Christophe, oui.
20:47Moi, je ne le vois pas du tout
20:47comme quelqu'un de...
20:50comme un fou.
20:50Je pense que c'est quelqu'un
20:52qui a une cohérence
20:53et qui a des méthodes.
20:55Il déstabilise l'adversaire.
20:58Il a toujours fait comme ça.
21:00Mais c'est plus de l'ordre tactique
21:02parce que je pense que c'est quelqu'un
21:04qui est beaucoup plus structuré
21:05et qui n'en a l'air.
21:06Et quelque part...
21:08C'est plus inquiétant encore.
21:10Oui, voilà.
21:10C'est-à-dire que...
21:12Je pense qu'on se rassure beaucoup
21:14en disant qu'il est fou.
21:15C'est-à-dire qu'on dit
21:16que c'est inquiétant.
21:17C'est-à-dire qu'il fait des allers-retours.
21:18On sent bien qu'il est très construit
21:20dans la prise de décision, etc.
21:21Moi, je pense qu'il a les deux.
21:22Oui, il y a peut-être les deux.
21:23Même les fous ont une logique.
21:25Je pense qu'on ne construit pas
21:26un pouvoir comme ça
21:29pour la deuxième fois,
21:30la deuxième fois qu'il a été élu,
21:33sans avoir une forme d'intelligence
21:37vraiment politique très profonde.
21:40Simplement, il l'a théorisé,
21:41notamment dans son bouquin
21:42sur « How to make a deal ».
21:51Il réduit le monde en bons et méchants.
21:54Et avec les méchants,
21:55il se comporte comme ça,
21:57en déstabilisant,
21:58en disant n'importe quoi,
21:59en étant extrêmement brutal, etc.
22:01Mais je pense qu'il ne faut pas rester
22:02à ce niveau-là de compréhension du personnage
22:04parce que c'est très superficiel
22:06et il y a une réalité de fond.
22:09Qu'est l'Amérique aujourd'hui ?
22:10Qu'est l'Amérique profondément diversifiée ?
22:12Comme l'a dit lui-même.
22:13Et qu'on ne comprend peut-être pas
22:15beaucoup par certains aspects.
22:18En fait, c'est une Amérique profonde.
22:20C'est une Amérique...
22:21Mais on a un peu la même chose chez nous aussi.
22:23C'est une Amérique anti-élite,
22:25qui est anti...
22:26Tout ce qui est intelligentsia, élite, etc.
22:28Il déteste ça.
22:29Et je pense que c'est pour ça aussi
22:30que Trump a été élu deux fois.
22:32C'est pas quelque part.
22:33Il prétend lui aussi détester
22:36Washington,
22:37toute cette intelligentsia,
22:39New York,
22:39toute la côte Est,
22:40tout ce qu'il représente.
22:41Et je crois que c'est aussi pour ça
22:43qu'il a été réélu.
22:44C'est parce qu'il représente ces gens-là,
22:45qui ont les mêmes animosités,
22:47les mêmes ressentiments que lui.
22:49C'est quelqu'un qui a aussi
22:50un esprit de revanche,
22:50il ne faut pas l'oublier.
22:51Il a souvent été sous-estimé,
22:53voire humilié.
22:54Parce qu'il a aussi beaucoup échoué,
22:55même dans ses affaires, d'ailleurs.
22:57À l'époque d'Obama,
22:58il avait quand même été humilié
22:59pendant le fameux gala avec la presse,
23:01où Obama s'était payé sa tête.
23:06Certains disent que c'est ce jour-là
23:08qu'il a dit
23:08que je serai président des États-Unis.
23:10Voilà, je me vengerai.
23:11Donc il y a un esprit de revanche aussi derrière.
23:13Alors, il faut bien préciser
23:14que vos deux livres,
23:15évidemment, ils sont intéressants
23:16parce qu'on suit un héros
23:17qu'on aime bien.
23:18On finit par les bien et les aimer,
23:20vos héros et héroïnes.
23:22Et puis donc,
23:23parce qu'il y a, on l'a compris,
23:24ce cadre historique
23:26pour Jean-Christophe Ruffin
23:27et sociologique et politique,
23:29j'allais dire,
23:29pour vous, Bernard Minier.
23:30Bon, c'est ça qui nous intéresse.
23:32Jean-Christophe,
23:33vous n'imaginez pas
23:34d'écrire un livre
23:35sur un endroit
23:36où vous ne seriez pas allé ?
23:38– Non, c'est…
23:40– Il a été partout en même temps.
23:42– Il a été un peu partout,
23:43il faut reconnaître.
23:43– Non, non, je n'ai pas été partout,
23:44mais c'est vrai,
23:44il a écrit beaucoup.
23:45– En fait, j'avais créé
23:46ce petit personnage
23:47quand je suis revenu
23:48de cette expérience diplomatique
23:50que j'avais eue au Sénégal
23:52comme ambassadeur de France.
23:54L'ambassadeur,
23:55il voit beaucoup de choses,
23:56il sait beaucoup de choses,
23:57il n'a pas forcément
23:58beaucoup de pouvoir,
23:59même pas du tout,
24:02mais c'est un bon lieu d'observation.
24:05Simplement, on ne peut pas en parler,
24:06c'est-à-dire qu'on est tenu
24:07par le devoir de réserve, etc.
24:10Moi, j'avais créé ce personnage
24:12pour être en quelque sorte
24:14l'interprète d'expériences
24:15que j'avais pu vivre
24:17ou de ne plus être le témoignage.
24:18– Oui, c'est cool.
24:19– Ça marche une fois, deux fois.
24:23Après, on ne raconte pas forcément
24:24des histoires passées,
24:26on les vit avec le personnage.
24:28C'est-à-dire que s'il prend vie,
24:30si vous voulez,
24:31on a envie qu'il se balade ailleurs.
24:34– Il se balade, voilà.
24:34Il aime toujours le vin blanc
24:36et le piano.
24:37C'est toujours roumain
24:38et un peu étrange.
24:39– Voilà, il a son...
24:40Alors, bon, c'est terrible
24:42parce qu'il est inspiré
24:43quand même un peu
24:44de mon expérience.
24:46– Oui, même s'il ne vous ressemble
24:48pas complètement.
24:49– Non, mais il ne me ressemble
24:51pas physiquement,
24:52il ne me ressemble pas dans sa...
24:53– Il a un goût de la solitude,
24:54il est un peu...
24:55– Il a surtout une sorte
24:57d'indignation devant
24:59l'injustice.
25:00C'est-à-dire, voilà,
25:00c'est un personnage
25:01qui ne veut pas travailler,
25:04qui se fout vraiment
25:05complètement de sa carrière,
25:06etc.,
25:06si on peut appuyer
25:07une carrière, d'ailleurs.
25:09Mais quand il est confronté
25:10à quelque chose
25:11qui le remue profondément,
25:13alors là,
25:14il peut se montrer
25:15très courageux,
25:16très intelligent,
25:17très actif.
25:17– Très entreprenant, évidemment.
25:19– Et ça, j'aime bien.
25:20J'aime bien
25:20parce qu'il y a cette...
25:22D'abord, je trouve
25:23que c'est toujours touchant
25:25de voir qu'il y a
25:26beaucoup de gens
25:27comme ça,
25:28qu'on peut croiser,
25:29sur lesquels on peut
25:30porter un regard
25:30très négatif en disant
25:32voilà, ils ont un peu
25:32raté leur vie,
25:33ils sont un peu...
25:34Et puis, dans des circonstances
25:35particulières,
25:36ils sont capables
25:37de se révéler
25:38et d'être extrêmement...
25:40– Et on s'y attache.
25:41Même chose pour votre héroïne,
25:43alors c'est une femme,
25:43vous, vous avez choisi
25:44pour ce deuxième héros.
25:46– Oui, c'est pas tout à fait
25:46un hasard.
25:47– J'imagine,
25:48mais avec peut-être
25:49des exemples autour de vous,
25:50des gens avec qui vous êtes...
25:52– Oui, oui,
25:52en fait,
25:54pour le coup,
25:55j'ai changé radicalement
25:55puisqu'avant,
25:56j'avais Martin Serves
25:57qui lui est un homme
25:58un peu plus jeune que moi
25:59mais pas beaucoup,
26:00qui a grandi dans le sud-ouest,
26:02donc même si je ne suis pas
26:04Flaubert disant
26:04Madame Bovary, c'est moi,
26:05il y avait quand même
26:06beaucoup de points communs
26:07entre les deux.
26:08Là, c'est un changement,
26:09c'est aussi une rupture.
26:10– Voilà.
26:11– Et je ne me sentais pas
26:13très sûr non plus
26:14de créer une enquêterie,
26:17beaucoup plus jeune,
26:18une autre génération.
26:19Donc en fait,
26:20qu'est-ce que j'ai fait ?
26:20J'ai pris un modèle
26:21qui lui ressemble beaucoup,
26:23qui a aussi des tatouages,
26:24qui a aussi le même caractère,
26:25qui est espagnol
26:27et là, tout d'un coup,
26:29ça a été beaucoup plus facile
26:30parce qu'en plus,
26:30c'est ma première lectrice.
26:32Donc si le personnage...
26:34– Si ça lui plaisait,
26:34– Si le personnage dit des choses
26:36qui ne vont pas
26:36ou se comportent
26:38d'une manière
26:38qui ne colle pas,
26:40je le sais tout de suite.
26:41Et ça, c'est un peu
26:41un filet de sécurité,
26:42ça me rassure beaucoup.
26:43– Mais c'est vrai
26:44que l'intérêt,
26:45c'était d'avoir
26:46une enquêtrice
26:47et des victimes
26:48qui sont aussi des femmes
26:48parce que j'ai remarqué
26:51comme beaucoup
26:51un truc,
26:52c'est que ces géants de la texte
26:53sont déjà tous des hommes.
26:54– Oui,
26:55et c'est ce que vous dites aussi
26:55dans le livre.
26:56– Et ils ont une idéologie
26:57très masculiniste.
26:58Derrière tout ça,
26:59il y a quand même...
26:59– Il y a aussi ce message.
27:01– Oui, complètement.
27:01– Ça s'appelle Rupture
27:03au pluriel,
27:03c'est chez Ixso
27:04et la Folie Sainte-Hélène,
27:06ça c'est chez Calman Lévy,
27:07c'est notre horaire
27:08de le consul
27:09de Jean-Christophe Ruffin.
27:10Merci beaucoup
27:11à tous les deux
27:12d'être venus nous voir.
27:13Alors, quelques coups
27:14de cœur littéraires,
27:14bien sûr.
27:15Florence Cévoz,
27:16ça c'est un livre de poche,
27:17un livre qu'on avait
27:18beaucoup aimé,
27:18Un perdant magnifique.
27:19Et puis,
27:20dans ce registre policier,
27:22si on peut dire,
27:22l'auteur de La proie et la meute,
27:24Simon François,
27:25qui là nous propose
27:27la plupart des hommes.
27:28Et puis, pour ma part,
27:30il y a aussi
27:31un couple récurrent,
27:33j'allais dire,
27:33chez Joseph Massescaron
27:34qui lui est journaliste
27:35et qui s'est empressé maintenant
27:37de faire des livres policiers.
27:39C'est tout à fait passionnant
27:39et celui-ci s'appelle
27:40Les Remplacés.
27:41Merci beaucoup
27:42pour votre attention,
27:43merci de nous suivre.
27:44On se retrouve très vite
27:45pour un nouveau numéro
27:46de Bonheur des livres.
27:50– Sous-titrage Société Radio-Canada
27:58– Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires