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Lundi 1 juin 2026, retrouvez Natacha Polony (Essayiste et éditorialiste) et Jérôme Hénique (CEO, Orange) dans SMART TECH, une émission présentée par Delphine Sabattier.
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00:07Bonjour à tous, édition spéciale de Smartech tournée aux assises du numérique organisée par le DigiWorld Institute.
00:14Aujourd'hui je propose deux grands entretiens, le premier avec Jérôme Hennig, directeur exécutif, CEO d'Orange France.
00:20On va parler de la transformation du secteur des télécoms, notamment par l'intelligence artificielle,
00:25des nouveaux enjeux aussi d'infrastructures et puis évidemment de cette consolidation qui se joue en ce moment en France
00:31sur le marché.
00:33Deuxième entretien que vous allez découvrir juste après avec Natacha Polony, essayiste, qui va nous partager sa vision critique de
00:40l'Europe.
00:49Natacha Polony est avec nous, bonjour.
00:51Merci beaucoup d'accepter cette interview alors qu'on est ici au top départ des assises du numérique qui sont
00:56organisées par le DigiWorld Institute.
00:59Natacha Polony, essayiste, autrice aussi de cet ouvrage que je tiens entre les mains et que vous voyez,
01:05La France, corps et âme, paru chez Plon tout récemment.
01:08On vous prête d'ailleurs des ambitions sur 2027, mais vous avez dit, ce n'est pas le moment d
01:13'en parler.
01:14C'est surtout que les ambitions qu'on peut se permettre d'avoir, ce sont des ambitions intellectuelles, idéologiques, politiques
01:21pour la France,
01:22c'est-à-dire simplement mettre au cœur du débat les sujets qui sont essentiels.
01:27Le reste, honnêtement, ça n'a rien à faire là.
01:31Moi, ce qui m'intéresse, c'est de savoir comment on va faire pour ne pas rater les débats des
01:36années et des décennies à venir.
01:38Donc j'essaye de participer à la chose publique de cette façon-là.
01:42Allons-y, partons sur le fond, qui est évidemment beaucoup plus intéressant.
01:46Vous êtes pour la deuxième fois, c'est la deuxième édition à laquelle vous participez des Assises du numérique.
01:52Ce discours autour de la souveraineté, de l'indépendance de l'Europe en matière de technologie,
01:56on l'entend de plus en plus fortement, y compris dans les discours politiques.
01:59Est-ce qu'il vous semble pour autant que l'Europe, la France, ont pris la mesure des enjeux ?
02:03Alors, je peux déjà me réjouir qu'on puisse prononcer ces mots.
02:10Souveraineté, réindustrialisation, production, ça n'était pas le cas il y a encore peu de temps.
02:14C'est-à-dire que tout le monde se contrefichait de voir la France et l'Europe devenir des terres
02:19de consommation pure
02:21avec une déperdition de l'ensemble de la machine productive.
02:25D'ailleurs, pour l'instant, on en est au stade des mots.
02:27Mais pour ce qui est de la réalité, la mesure n'a absolument pas été prise.
02:32Je prends un exemple.
02:32Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?
02:33Je prends un exemple.
02:34Au mois de janvier, Sir Radcliffe, le patron d'Ineos, donc 9e groupe mondial de chimie,
02:41était au sommet des industries chimiques en Europe.
02:44Et il alertait sur le fait que depuis février 2024, l'Europe a perdu 101 sites de production d'industries
02:51chimiques.
02:52C'est l'équivalent de 25 millions de tonnes de capacités qui ont disparu, 70 000 emplois.
02:58Et ce qu'il expliquait, c'est qu'il faudra 70 milliards pour recréer ces emplois.
03:04Donc on ne le fera pas.
03:05Et combien d'années ?
03:06Exactement.
03:07Et combien d'années ?
03:08Et évidemment, derrière, si vous n'avez plus d'industrie chimique, vous n'avez plus d'industrie automobile,
03:13vous n'avez plus d'industrie pharmaceutique, vous n'avez plus d'industrie d'armement.
03:16Il faut être lucide.
03:17Tout cela est une chaîne.
03:18Donc entre le moment où on commence à prononcer le mot « souveraineté » dans les discours politiques
03:23et le moment où on prend les mesures réelles, hélas, il se passe beaucoup trop de temps.
03:28Est-ce qu'on prend quand même des décisions, semble-t-il, justifiées au niveau politique ?
03:34Est-ce qu'on va dans le bon sens ?
03:35Je crois que vous avez quand même une vision assez critique de l'Europe.
03:38Regardez, il y a eu une tentative, par exemple, de Stéphane Séjourné, vice-président de la Commission européenne,
03:44pour mettre en avant la préférence européenne en matière de commande publique.
03:50Ce qui est une excellente initiative.
03:52Il faut quand même rappeler qu'en 1957, quand le traité de Rome a été signé,
03:58l'idée de l'Europe, c'était quoi ?
04:00Un marché de six pays à peu près homogène économiquement,
04:05qui pratiquerait la préférence communautaire, tout simplement.
04:08C'est-à-dire que dans un marché fermé à l'extérieur,
04:11on libéralisait, on échangeait les excédents et tout le monde s'enrichissait.
04:14Ça n'avait rien à voir avec ce qu'est l'Europe aujourd'hui,
04:17qui est la zone la plus ouverte économiquement au monde.
04:20Et là, le malheureux Stéphane Séjourné a donc essayé de mettre en avant la préférence européenne.
04:26Le reste de la Commission a immédiatement retravaillé le reste,
04:30le texte, pour mettre en avant un élément.
04:34D'accord, préférence européenne, mais on inclut tous les pays
04:36qui ont des traités de libre-échange avec l'Europe.
04:39Donc en gros, la préférence européenne, ça permet d'acheter des produits mexicains,
04:42des produits vietnamiens.
04:43C'est quand même une vision assez baroque de la défense de la production sur le sol européen.
04:48Et bon, évidemment, tout cela part en eau de boudin, on le sait très bien.
04:52Mais pourquoi ? Ce n'est pas le tout de le dire.
04:53Il faut comprendre exactement les mécanismes.
04:56Ce qui se joue, c'est le fait que les économies divergent en Europe.
05:01De plus en plus, pourquoi ?
05:02Parce que la construction européenne a dévié de son objectif premier,
05:06qui était de s'enrichir mutuellement, au profit d'une vision assez dogmatique
05:12qui s'appuyait sur le libre-échange généralisé, l'extension des chaînes de valeur.
05:16Et tout cela a été fait au forceps, sans harmoniser ni la fiscalité, ni le droit social.
05:23Donc nous avons des économies qui divergent massivement.
05:25Et dans ce cadre-là, vous avez des modèles économiques différents.
05:29Et le problème, c'est que, par exemple, notre voisin allemand a un modèle économique
05:33qui est fondé sur les exportations.
05:35Donc quand il s'agit de discuter droit de douane avec Donald Trump,
05:39l'Allemagne n'a qu'un objectif, éviter la guerre commerciale pour préserver ses exportations.
05:44Quitte à abandonner tout le reste.
05:46Et donc on se retrouve avec un accord, celui de Sarnbury,
05:49qui est totalement contraire aux règles les plus fondamentales de l'OMC.
05:53Mais ça ne dérange personne.
05:55Alors justement, vous parlez de ces journées, vous parlez de l'Allemagne.
05:57C'est fini le couple franco-allemand, il vous semble, sur cette question de la souveraineté ?
06:02Le problème, c'est que si vous allez en Allemagne et que vous cherchez la traduction du mot couple franco
06:06-allemand,
06:06vous ne la trouvez pas.
06:07Ça n'existe pas.
06:08Il n'y a que les Français qui pensent en termes de couple franco-allemand.
06:12Ça ne veut pas dire...
06:13Vous voyez, soyons clairs, la réconciliation franco-allemande après la Seconde Guerre mondiale
06:19est un pas absolument extraordinaire pour l'Europe.
06:23C'est fondamental.
06:24Vous imaginez ce que c'était pour des gens qui s'étaient entretués dans des conditions absolument atroces
06:29quelques années avant.
06:31Et quand De Gaulle et Adenauer signent le traité de l'Elysée,
06:34en fait, c'est une œuvre politique immense.
06:37Le problème, c'est qu'eux ont voulu, avec le traité de l'Elysée, une Europe européenne, indépendante.
06:44Et en fait, ce qui s'est passé, c'est que Ludwig Erhard, qui était le successeur d'Adenauer à
06:52la tête de la CDU
06:53et qui était d'un atlantisme forcené, a torpillé le traité de l'Elysée
06:58en faisant ajouter, lors de la ratification devant le Bundestag, un petit codicile disant
07:05Bon, ce traité est très bien, mais il doit rentrer dans le cadre des traités existants,
07:11donc de l'OTAN, et il a torpillé l'idée d'une Europe européenne.
07:14Et nous vivons là-dessus, c'est-à-dire la difficulté à arrimer l'ensemble des pays européens
07:22à cette idée d'indépendance qui est pourtant essentielle,
07:26mais que nous, Français, nous avons hérité du gaullisme.
07:28Mais c'est un hasard de l'histoire.
07:31Alors, il n'y a pas que l'Allemagne dans l'Union européenne, est-ce que la France est isolée
07:36?
07:36Est-ce qu'elle porte une parole, il vous semble, particulière sur ce sujet de la souveraineté ?
07:40La France a une histoire qui lui permet de porter une vision essentielle aujourd'hui
07:47pour la liberté des citoyens des pays européens.
07:51C'est-à-dire que l'idée que nous nous faisons de l'indépendance, je le disais, c'est hérité
07:54du gaullisme.
07:55C'est-à-dire qu'il faut bien comprendre, au sortir de la Seconde Guerre mondiale,
07:58l'Europe est occupée, l'Allemagne, l'Italie sont dans le camp des perdants
08:03et sont occupés par les États-Unis.
08:06C'est-à-dire, normalement, nous aurions dû faire partie de ça.
08:10C'est-à-dire qu'il faut bien comprendre que quand les Allemands viennent signer la capitulation,
08:14ils disent « mais enfin, ce n'est pas possible, même les Français sont là, c'est quand même dingue
08:16».
08:16Ils ne s'y attendaient pas, on avait vocation à être dans le camp des perdants.
08:19Et c'est de Gaulle qui joue cette carte extraordinaire,
08:22c'est-à-dire qu'il prend de vitesse les Américains pour défendre l'indépendance de la France.
08:26Ça veut dire que derrière, nous avons perpétué cette indépendance,
08:30notamment à travers l'arme atomique, le plan Messmer pour l'indépendance énergétique
08:36au moment où nous en avions besoin, l'indépendance en matière aéronautique.
08:40Et tout ça, ce sont des briques qui ont constitué aujourd'hui la solidité de la France.
08:47Et je pense que pour le reste de l'Europe, ce serait absolument nécessaire.
08:52Le problème, c'est que nous sommes prêts, hélas trop souvent, à abandonner cet avantage-là
08:59au nom du mythe du couple franco-allemand, de l'idée qu'il faut absolument faire l'Europe
09:03à quelque prix que ce soit, en oubliant que si ce n'est pas une Europe indépendante,
09:07ça n'a pas d'intérêt.
09:09Et derrière, nous n'arrivons pas à combattre le lobbying américain
09:14qui est quand même extrêmement puissant.
09:16Parce qu'en matière de numérique et de technologie, on ne l'a pas vu, cette indépendance,
09:21en tout cas ce souci d'indépendance y compris en France.
09:24Vous savez pourquoi ?
09:25Tout simplement parce que le numérique prend son essor,
09:29au tournant des années 1970, quand même, les technologies de communication
09:33se développent à cette vitesse-là, à ce moment-là, au moment même
09:37où en France, on abandonne cette idée de souveraineté
09:41et où vous avez des élites politiques qui, au contraire, adhèrent au néolibéralisme,
09:47au doc du libre-échange et donc à la dérégulation généralisée.
09:50C'est ça le problème.
09:51Alors même que si vous regardez ce qu'était le plan calcul de De Gaulle,
09:54c'était l'idée de souveraineté en matière d'ordinateur.
09:58Il avait prévu déjà.
10:00Et derrière, nous étions en avance.
10:02Nous avons créé la puce, la carte à puce.
10:05Nous avions le Minitel.
10:06Nous avons énormément de choses qui montraient que nous avions les ingénieurs
10:09capables de concevoir les outils du futur.
10:11Et en fait, nous nous sommes désarmés progressivement.
10:14Il y a un problème de confiance finalement aussi dans nos forces, nos ressources.
10:18Et en matière de numérique, c'est beaucoup ce qu'on entend du côté de l'écosystème.
10:22Qu'est-ce qu'elle doit faire aujourd'hui, la puissance publique,
10:24pour aider un peu à reprendre la main sur ce sujet ?
10:28La puissance publique doit déjà utiliser les armes qu'elle a.
10:31Et par exemple, cet outil absolument gigantesque qu'est la commande publique.
10:358% du PIB en France.
10:38Or, quand vous avez par exemple l'éducation nationale qui signe des contrats avec Microsoft,
10:43je ne pense pas que ce soit une manière intelligente d'utiliser l'argent des contribuables.
10:47Et au moment où ça a été fait, ça date le premier contrat de 11 milliards et sous François Hollande,
10:53ça a détruit tout l'écosystème français qui commençait à se mettre en place de logiciels pédagogiques indépendants.
10:59Donc c'est une absurdité.
11:01Et depuis, on continue.
11:02Alors là, on a vu l'Allemagne choisir une entreprise française,
11:06Chape Vision, face à Palantir, alors que nous, on utilise Palantir.
11:10C'est quand même formidable.
11:11Ce qui signifie que nous avons encore énormément de travail à faire
11:16pour prendre conscience de ce que c'est véritablement que l'indépendance.
11:20Encore une fois, il ne s'agit pas de s'enfermer dans des frontières.
11:23Il s'agit de comprendre que dans le monde qui vient, qui est un monde brutal,
11:28qui est un monde de concurrence entre puissances,
11:30où vous avez une guerre pour les matières premières et les technologies critiques
11:35qui est en train de se mettre en œuvre.
11:36Et bien dans ce monde-là, si nous ne préservons pas notre capacité à produire, à créer, à inventer,
11:41donc notre outil industriel et technologique, nous serons tout simplement des vassaux.
11:46C'est-à-dire que ce qui est en train de nous arriver en matière technologique,
11:50c'est que nous sommes des purs consommateurs.
11:52Et le problème, c'est que l'Europe a été conçue pour ça,
11:55l'Europe telle que nous la connaissons, c'est-à-dire à partir de l'acte unique de 1986.
12:00C'est une Europe qui considère que la norme crée le marché
12:03et donc, en décidant de la norme, on va garantir la liberté
12:08puisqu'on pourra décider quels sont les produits qui vont rentrer
12:11et donc orienter la façon dont ces produits sont faits.
12:15Sauf que quand on a une puissance comme les États-Unis qui dit
12:18« Mais vos normes, je m'assieds dessus, je suis le plus fort
12:21et je vais vous interdire de réguler les GAFAM »,
12:24si on n'a pas préservé son outil de production,
12:28de toute façon, on est pieds et poings liés.
12:30Regardez, quand vous avez l'administration américaine
12:34qui force Microsoft à couper les boîtes mail de juges à la Cour pénale internationale
12:40parce qu'ils ont lancé une enquête contre Benyamin Netanyahou pour crime de guerre,
12:45mais vous vous rendez compte, ça veut dire, en effet,
12:48la notion de « kill switch » qui est reparue dans le débat public,
12:53elle devrait être dans toutes les têtes,
12:56c'est-à-dire en matière numérique, en matière d'armement.
12:59Si on ne prend pas conscience que d'avoir des F-35 dans toutes les armées européennes,
13:03ça veut dire que le jour où il y a une guerre,
13:05il faut demander l'autorisation du Pentagone pour faire décoller des avions,
13:07on aura perdu.
13:09Donc la souveraineté, ça n'est pas un concept abstrait,
13:13c'est extrêmement concret.
13:15Et on parle de souveraineté européenne, on est bien d'accord ?
13:17Alors, bien entendu, je dirais indépendance européenne.
13:22Ce qui signifie quoi ?
13:23Pourquoi je dis indépendance européenne ?
13:25Parce que, en fait, la souveraineté, ça signifie la capacité à décider pour soi-même en dernier ressort.
13:32Donc, c'est la définition même de la démocratie.
13:36C'est-à-dire qu'en démocratie, ce sont les citoyens qui décident pour eux-mêmes.
13:39Et nous, nous avons décidé de nous associer, de nous allier entre pays européens
13:44pour être plus puissants.
13:45Parce que, de fait, tout seul, on n'a pas la taille critique.
13:48C'est une folie de croire que la France toute seule, l'Italie toute seule pourraient exister.
13:54Ce n'est pas le problème.
13:54Donc, nous avons un marché européen qui devrait nous permettre la puissance.
13:59Mais si nous ne réfléchissons pas en termes d'indépendance dans les domaines qui relèvent des enjeux vitaux,
14:06nous ne pouvons pas assurer cette puissance.
14:08Quels sont les enjeux vitaux ?
14:09L'alimentation, l'énergie, c'est la base.
14:12Si vous n'avez pas d'énergie, vous n'avez rien.
14:14Ensuite, le numérique.
14:15Aujourd'hui, c'est indispensable.
14:16Le militaire.
14:18Et dans un monde idéal, le financier et la monnaie.
14:22Or, nous n'avons jamais cherché à faire de l'euro une monnaie de réserve et une monnaie internationale.
14:27Donc, vous voyez, ce travail est à faire, à conquérir.
14:30Il ne peut pas se faire sans les peuples.
14:32C'est pour ça que j'insiste sur cette notion, sur l'idée que la souveraineté se confond avec la
14:38démocratie.
14:39On a besoin des citoyens.
14:41Natacha Polony, je suis vraiment ravie parce qu'il y a tellement peu d'éditorialistes aujourd'hui qui s'emparent
14:45de ces sujets technologiques et numériques.
14:47C'est un grand plaisir de vous avoir reçu dans Smartech.
14:50Merci encore.
14:50Merci à vous.
14:51Et donc, je rappelle votre livre que je vais tenir à l'endroit.
14:54Alors, La France, Cors et M, paru chez Plon.
14:57Merci beaucoup.
14:57Merci Natacha.
15:06Toujours en édition spéciale, ici, tournée aux assises du numérique organisée par le DigiWorld Institute.
15:12Et on a la chance de croiser Jérôme Ennick.
15:14Bonjour Jérôme.
15:15Bonjour Delphine.
15:16Le CEO d'Orange France.
15:18Alors, vous avez présenté tout récemment un grand plan stratégique que vous avez nommé Trust the Future.
15:24Donc, on comprend que la confiance, c'est au centre de la stratégie d'Orange, en tout cas, 2026-2030.
15:30Pourquoi avoir choisi ce thème de la confiance en particulier ?
15:33Il y a tellement d'enjeux aujourd'hui dans le numérique.
15:36Oui, alors, ce plan, il a été présenté en février par Christelle Edman, la directrice générale du groupe et puis
15:41l'ensemble du comité exécutif.
15:43Pourquoi la confiance ?
15:44D'abord, ça marque notre confiance dans l'avenir du groupe.
15:47Après, un premier plan Lead the Future 2022-2025 qui a été réussi.
15:52Mais ça marque aussi le rôle d'Orange comme opérateur de confiance dans un monde fragmenté, dans un monde soumis
16:00à des crises géopolitiques, sécuritaires, des crises climatiques aussi.
16:05Et face à toutes ces crises, Orange est là, l'opérateur de confiance.
16:08Ça, c'est votre slogan, ça.
16:09Voilà, l'opérateur de confiance des Français.
16:12Quand on pose la question aux Français sur quel est l'opérateur Télécom qui est, selon vous, le plus digne
16:16de confiance, Orange est 11 points au-dessus de ses concurrents, de son premier concurrent, et plus de 16 points
16:22au-dessus du second.
16:24Donc, on a déjà ça dans notre ADN.
16:25Ça fait partie de notre capital.
16:26On veut le réaffirmer et on veut le réaffirmer au travers des solutions qu'on va apporter à nos clients,
16:32qu'ils soient entreprises ou particuliers, et des solutions de confiance qui sont particulièrement importantes en ce moment autour de
16:39la souveraineté numérique, autour, évidemment, de la cybersécurité aussi.
16:43Oui, parce que même en termes de business unit, j'ai envie de dire, vous avez rajouté une brique supplémentaire
16:48avec l'arrivée de Guillaume Poupard pour incarner ce sujet de la confiance.
16:52Mais vous auriez pu aussi l'appeler intelligence artificielle, votre plan, non ?
16:56C'est quand même le mot, aujourd'hui, de transformation majeure.
17:01Oui, et pour aborder la disruption technologique que représente l'intelligence artificielle avec confiance, il faut qu'on ait des
17:09acteurs comme Orange qui s'engagent autour de l'écosystème,
17:13qui va permettre d'aborder ce virage de l'intelligence artificielle de façon positive, volontariste, mais aussi dans un environnement
17:21qui va être contrôlé, à la fois du point de vue des données des utilisateurs, du point de vue de
17:28la sécurité d'accès, des connectivités.
17:30Et c'est là où l'opérateur de confiance et notre rôle sur ces solutions de confiance, il est indissociable
17:36de cette arrivée massive de l'intelligence artificielle dans notre vie quotidienne.
17:40Qu'est-ce que ça va changer l'IA pour un opérateur de télécom ? Il y a énormément de
17:45défis, celui-ci, ça en fait partie, parce que c'est une transformation interne, mais aussi vis-à-vis de
17:49vos clients, vis-à-vis de vos métiers.
17:51Alors c'est partout, effectivement. Ce qu'on dit souvent, c'est que les opérateurs de télécom doivent préparer leur
17:57réseau pour l'IA et que l'IA va changer leur réseau.
18:00Donc les réseaux pour l'IA, l'IA pour les réseaux. Les réseaux pour l'IA, ce qu'on voit
18:04beaucoup, c'est que les comportements d'usage, les comportements de trafic, de consommation de données des clients changent.
18:11Avant, on était massivement sur du trafic descendant. Vous consommez une vidéo, donc c'est du trafic qui est envoyé
18:17depuis un data center vers le client final.
18:20Aujourd'hui, avec l'intelligence artificielle, on voit augmenter énormément de choses.
18:24D'une part, la voie remontante, parce que vous allez prendre une photo, puis l'envoyer à une IA ou
18:29faire un prompt et l'envoyer à une IA.
18:31Et puis les objets connectés aussi envoient énormément de données vers les data centers.
18:35Donc il faut adapter nos réseaux, l'architecture de nos réseaux à ça.
18:38Et beaucoup de demandes de calcul au plus proche des clients, ce qu'on appelle le compute, avec des raisonnements
18:45sur des réseaux adaptés au edge,
18:49permettant de faire ce calcul au plus proche des terminaux des clients.
18:52Ça change vraiment même le sujet de l'infrastructure, du cœur de réseau ?
18:56Oui, ça change le sujet de l'architecture de nos infrastructures, du dimensionnement aussi,
19:03parce que c'est extrêmement consommateur de données.
19:06Le streaming était déjà une disruption pour nous.
19:09L'IA rajoute un élément qui va énormément augmenter les trafics.
19:15Et puis ça change nos métiers au quotidien, dans tous les métiers de l'opérateur.
19:19Le plus visible par les clients, c'est souvent la relation client.
19:21On a des conseillers clients qui sont maintenant augmentés par l'IA.
19:25On propose à nos conseillers clients, nos 2500 conseillers en France, un assistant qui s'appelle Maya, mon assistant IA,
19:32et qui leur permet pendant la conversation avec le client d'avoir accès à des informations pertinentes
19:36pour lui faire la meilleure proposition, mieux répondre à sa demande,
19:39que ce soit une demande d'assistance commerciale ou d'assistance technique.
19:43Et puis très récemment, on a introduit pour nos clients Soch un agent conversationnel virtuel de toute dernière génération.
19:50On est un des premiers opérateurs au monde à introduire ces technologies dites de speech-to-speech,
19:54parce qu'un agent vous répond, un agent virtuel vous répond en temps réel,
19:59sans avoir besoin de passer par une traduction textuelle.
20:01Donc là, on est vraiment dans l'agentique la plus poussée.
20:04Ça traite aujourd'hui à peu près 2000 conversations par semaine.
20:08Ça devrait traiter d'ici la fin de l'année à peu près 20% des échanges de nos clients
20:12Soch en service client.
20:15Donc ça, je pense que ça va être une valeur ajoutée d'un point de vue commercial pour vous,
20:19et puis pour les clients en matière de qualité, de SAV, service après-vente.
20:25Qu'est-ce qu'on peut imaginer d'autre comme bénéfice, j'ai envie de dire, pour les usagers ?
20:30Alors, ce qui est visible aussi pour les clients, c'est des offres de plus en plus personnalisées,
20:35fondées sur une connaissance client de plus en plus intime.
20:38Et d'ailleurs, c'est un des axes stratégiques de notre nouveau plan Trust the Future,
20:42la proximité client, finalement, au travers de l'ensemble des échanges que vous avez avec nos points de contact.
20:46On vous connaît mieux et on est capable de vous proposer aussi,
20:49en fonction de vos habitudes de consommation, via une intelligence artificielle,
20:53de proposer la bonne offre, le bon service, à valeur ajoutée que vous attendez,
20:59de vous le proposer proactivement, et puis de vous le proposer par le bon canal aussi,
21:04celui que vous souhaitez privilégier.
21:06Et de nouveaux services ?
21:07Est-ce qu'on peut imaginer de nouveaux services grâce à l'IA, quand on est un opérateur de télécom
21:12?
21:12On ne va pas tout révéler aujourd'hui, mais pour le grand public,
21:16évidemment, ce que souhaite le grand public, c'est avoir accès au dernier LLM,
21:21Large Language Model du marché, et de façon la plus packagée possible avec la connectivité.
21:25Donc on y travaille, on a déjà fait des annonces en ce sens.
21:28Et puis pour les clients entreprises aussi, c'est très important de pouvoir les accompagner
21:32dans leur propre adoption de l'intelligence artificielle, de façon sécurisée à nouveau,
21:37et puis de façon pédagogique.
21:40Et on a pour ça développé une gamme de solutions qu'on appelle Live Intelligence,
21:43qui repose sur nos solutions cloud sécurisées,
21:46et qui est basée aussi sur notre propre expérience de développement de nos cas d'usage au sein d'Orange,
21:51à la fois pour accompagner la culturation des salariés des grandes entreprises,
21:55et pour trouver les bons cas d'usage pertinents avec un retour sur investissement pour eux.
22:00C'est-à-dire que de la même façon que vous avez aidé les entreprises dans leur digitalisation,
22:05en leur proposant de la connectivité, là vous voulez jouer un rôle aujourd'hui dans l'adoption de l'IA
22:10?
22:10Tout à fait, c'est notre rôle des PME, des grandes entreprises, des multinationales.
22:15Mais elles sont déjà très accompagnées, très conseillées.
22:17Elles sont déjà très accompagnées, mais on les accompagne depuis toujours sur la connectivité,
22:21on les accompagne aussi beaucoup sur la cybersécurité,
22:23on est l'un des acteurs et le leader européen aujourd'hui de la cybersécurité,
22:27avec plus de 3000 experts,
22:29et on les accompagne évidemment maintenant sur l'IA.
22:32C'est une continuité finalement,
22:33parce que cette proposition globale, connectivité sécurisée, cloud, IA,
22:39ça forme un ensemble.
22:41Quand vous parlez à un DSI d'une grande entreprise,
22:43ils souhaitent avoir un interlocuteur qui sache de quoi ils parlent
22:45et qui est capable de faire jouer les synergies entre ces trois briques.
22:49Et alors, Orange, c'est d'importantes équipes,
22:52donc ils voient leur métier transformé par l'intelligence artificielle.
22:55Comment est-ce que vous faites pour rassurer le corps social ?
22:58Il y a beaucoup d'inquiétudes aujourd'hui sur l'emploi,
23:00sur la transformation des métiers.
23:01Oui, alors on n'a pas de boule de cristal pour savoir quels seront les impacts
23:05à horizon 10 ans ou à horizon 20 ans,
23:08mais on a d'abord une volonté qui se traduit par notre engagement
23:13autour d'une IA positive et responsable, ce qu'on fait depuis 2021.
23:16Qu'est-ce que ça veut dire ça, très concrètement ?
23:17On est l'un des fondateurs de Positive AI.
23:20Ça veut dire que chaque cas d'usage,
23:23on en a aujourd'hui plus de 300 qui sont en cours d'implémentation,
23:26est revu par un comité éthique pour vérifier qu'il n'induit pas de biais,
23:29qu'il n'induit pas de biais sociaux,
23:32mais aussi de biais qui peuvent être d'autres types,
23:36sur les données de nos clients, sur d'autres impacts qui pourraient être négatifs.
23:40Et à un avis, avant de donner le no-go au déploiement d'un nouveau cas d'usage,
23:46c'est très important d'avoir une gouvernance en place,
23:48elle est très stricte chez nous.
23:49Et puis du point de vue social, du dialogue social,
23:53il faut qu'on invente collectivement la meilleure façon
23:58de présenter ces sujets au corps social sans ralentir l'innovation
24:02et la transformation de l'entreprise,
24:04mais en étant transparent sur ce qu'on souhaite mettre en place.
24:07Par exemple, l'assistant IA dans la relation client dont je parlais tout à l'heure,
24:12il a fait l'objet d'un dialogue en instance de représentation du personnel
24:17et il a été décidé qu'il serait fait uniquement sur la base du volontariat.
24:21Donc c'est les conseillers eux-mêmes qui décident ou non d'utiliser cet agent IA.
24:25Vous avez déjà une idée du taux d'adoption ?
24:26Oui, il y en a 90% qui l'utilisent et 98% qui en sont contents.
24:30Donc souvent on se met aussi parfois des freins psychologiques
24:35qui sont assez vite levés par le service que rend la technologie
24:40à nos collaborateurs et à nos métiers.
24:42Et c'est comme ça qu'on pense l'IA.
24:44L'autre aspect de l'IA responsable, c'est une IA au service des collaborateurs,
24:47au service du métier, pas à la place d'eux.
24:50Et donc ça, ça se fait par le dialogue social, c'est ça que vous dites ?
24:53Ça se fait par le dialogue social.
24:55On discute ensemble de ce qu'on a envie de déployer, mais ça ralentit l'innovation ou pas ?
24:59Pas forcément parce qu'on a intégré ça dans la chaîne très en amont.
25:02On a un IA studio qui lui-même, dès la conception des cas d'usage,
25:06va injecter dans la réflexion des développeurs ces aspects éthiques et responsables
25:13pour être certain qu'en bout de course, quand ça passera devant ce comité éthique,
25:17on aura bien répondu à ces différents critères qui sont les mêmes que ceux prônais par l'Europe
25:24au niveau de l'IA European Act.
25:26Donc on est en conformité avant l'heure.
25:29Bon, avant de vous laisser partir, je ne peux pas ne pas vous interroger sur la structure du marché français,
25:34sa consolidation en cours.
25:37Je ne vais pas vous révéler de grand secret sur le sujet, sinon qu'on l'appelle de nos voeux.
25:44On y travaille, c'est un projet complexe parce que trois concurrents qui proposent en consortium
25:49de racheter un quatrième, c'est forcément un projet complexe.
25:54Vous savez qu'on est dans une période d'exclusivité qui a été allongée jusqu'au 5 juin.
26:00Donc on espère trouver un accord avec le vendeur.
26:02Et ensuite, ce sera évidemment soumis, si accord il y a, aux autorités de la concurrence.
26:08On l'appelle de nos voeux parce qu'on pense que ce projet, il est bon pour la capacité d
26:12'investissement des opérateurs.
26:13Et on a devant nous, face à cette IA qui déferle, de gros besoins d'investissement,
26:18mais aussi pour la résilience de nos réseaux, pour leur modernisation, pour le 100% au débit demain.
26:26Et donc un marché avec moins d'opérateurs, avec trois opérateurs, ça permet d'amortir nos coûts fixes sur une
26:32base de clients plus large.
26:33C'est très bon pour le secteur.
26:34Surtout ces gros investissements qui sont à mener, parce que c'est vrai qu'il y a un sujet d
26:37'entretien aussi des réseaux existants, notamment de fibre optique.
26:40Tout à fait. Alors il y a à la fois l'entretien de nos réseaux historiques, puisqu'on a encore
26:45des réseaux cuivres qu'on est en train de démanteler.
26:46Ce démantèlement, il va se faire progressivement jusqu'en 2030. Et puis aujourd'hui, 94% des locaux, donc les
26:53foyers ou les entreprises, sont éligibles à la fibre.
26:56Mais il faut aller chercher les derniers déploiements. Et ça aussi, ça coûte surtout que ces derniers déploiements, ils sont
27:02souvent les plus complexes à réaliser.
27:07Et qu'il y a derrière les big tech en embuscade. Donc ça fait beaucoup de défis à relever tout
27:12ça.
27:12Merci beaucoup Jérôme Ménique d'être passé par le studio de Smartech délocalisé aux assises du numérique organisé par le
27:19DigiWorld Institute.
27:20Merci à vous de nous avoir suivis avec une grande fidélité. Et puis à toutes les équipes de Bsmart qui
27:25se sont mobilisées ici.
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