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  • il y a 16 heures

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00:01:00Comme nous l'a enseigné Monseigneur d'Abeville, mon illustre prédécesseur,
00:01:06comme Dieu pauvre, l'industrie et la science doivent concourir elles aussi à l'élévation de l'âme humaine.
00:01:16Et comme lui, je fustige cette science d'urluberlu qui croit découvrir les lois qui régissent les hommes.
00:01:29Je fustige cette science qui prétend dominer le monde, cette science fille de l'impiété et de l'engueil.
00:01:37Bravo, bravo, bravo, bravo.
00:01:39Je dirais qu'il entend que l'autre.
00:01:41C'est vrai, Mortimar s'est écroulé juste après avoir reçu la lettre.
00:01:44Il y a si mille ans que la vengeance divine a enchaîné Prométhée sur son rocher.
00:01:54Aussi, je ne suis point de ceux qui redoutent la foudre dérisoire des hommes.
00:02:04Je ne crains que le tonnerre de Dieu.
00:02:14Ils sont morts lorsqu'ils ont voulu chasseoir sur le fauteuil hanté.
00:02:18Hanté par le diable, par Odez, TTT, Hélène.
00:02:21Je ne connais pas ce diable-là.
00:02:22Chut, je ne vous ai rien dit.
00:02:25Monsieur, ce diable, c'est le mage Eliphas de Taillebourg de l'Anox.
00:02:29Mais surtout, ne le répétez pas.
00:02:31C'est un assassinat.
00:02:32C'est une mort naturelle.
00:02:33Malheureux.
00:02:34Chut, taisez-vous.
00:02:35Ce n'est pas un homme.
00:02:36C'est un fantôme, il est partout à la fois.
00:02:40L'époque, demandez l'époque.
00:02:42L'énigme du fauteuil hanté.
00:02:45Demandez l'époque.
00:02:47Tous les détails.
00:02:48La lettre de menace reçue par Maxime Donnet avant sa mort.
00:02:53Demandez l'époque.
00:02:54L'époque, l'énigme du fauteuil hanté.
00:02:57Demandez l'époque.
00:03:11Je souhaite bonjour à monsieur le secrétaire perpétuel.
00:03:13Bonjour, mon ami.
00:03:14Merci.
00:03:15Est-ce que monsieur le secrétaire perpétuel a lu ce matin l'article de l'époque au sujet du fauteuil
00:03:19hanté?
00:03:21Mêlez-vous de ce qui vous regarde.
00:03:22Vous le savez, vous, s'il y a un fauteuil hanté, moi je ne le sais pas.
00:03:26Mais ce que je sais, c'est qu'il y a ici une loge qui ne désemplit pas de journaliste.
00:03:30A bon entendeur, salut.
00:03:42On sait que Jean Mortimar, l'immortel poète des parfums tragiques,
00:03:46reçut avant de mourir une lettre ainsi libellée.
00:03:49Les parfums sont quelquefois plus tragiques qu'on ne le pense.
00:03:53Tiens, tiens.
00:03:53On sait également que Maxime Donnet, auteur de l'impérissable ouvrage Voyage autour de ma cabine,
00:03:59reçut juste avant de s'écrouler une lettre ainsi libellée.
00:04:03Il y a des voyages plus dangereux que ceux qu'on fait autour de sa cabine.
00:04:08Et l'on voudrait que ces lettres ne soient pas des lettres de menace.
00:04:12Surtout quand on sait qu'elles sont toutes signées E-D-S-E-D-T-D-L-N,
00:04:17Eliphas de Saint-Elme de Taillebourg de l'Anox.
00:04:19Celui-là même qui avait brigué le fauteuil de Mgr d'Abbeville
00:04:22et auquel l'Académie avait préféré Jean Mortimar.
00:04:26On sait par des témoins dignes de foi que le mage,
00:04:29en sortant d'une séance du club des pneumatiques,
00:04:32de pneuma-âme...
00:04:34Les pneumatiques ont une âme, tiens, tiens.
00:04:36...qu'il a lui-même fondée avec Madame de Bittigny...
00:04:38Ah, je la connais.
00:04:40Tu connais cette créature ?
00:04:41Non, non, Fifi, je disais que je connaissais les pneumatiques.
00:04:43Les petits bleus, les pneumatiques des postes et télégraphes.
00:04:47Ah bon.
00:04:48Eliphas a prononcé cette phrase lourde de sens caché.
00:04:52Malheur à ceux qui auront voulu s'y asseoir avant moi.
00:04:56Il a dit ça.
00:04:56Eh oui.
00:04:58Quand on saura qu'Eliphas de l'Anox a disparu,
00:05:00à qui fera-t-on croire que tout cela est un fouillis de coïncidence ?
00:05:04À qui fera-t-on croire que ces deux morts sont naturelles ?
00:05:08C'est une chose qui peut arriver à tout le monde
00:05:10que de mourir de la rupture d'un anébrisme.
00:05:14Même en lisant un discours à l'Académie française.
00:05:19Cela peut arriver à chacun de nous.
00:05:23On ne meurt pas naturellement le plus beau jour de sa vie.
00:05:25Ça ne se fait pas.
00:05:26Attends, ça n'est pas tout.
00:05:33Le fauteuil hanté.
00:05:35Quelle plaisanterie.
00:05:36Malheur à ceux qui auront voulu s'y asseoir avant moi.
00:05:40Sacré farceur d'Eliphas.
00:05:41Eh bien, moi, Hippolyte Patard,
00:05:45je me moque du mauvais sort
00:05:47et de monsieur de saintaine de taille-bour de l'Anox.
00:05:51Et je vais m'asseoir sur toi,
00:05:53poteuil hanté.
00:05:56Et puis non, je ne m'asseoirai pas.
00:05:58C'est trop bête à la fin.
00:05:59On ne doit pas attacher d'importance à de pareilles bêtises.
00:06:03Nous sommes arrivés, monsieur Loustallot.
00:06:05Où l'on va ?
00:06:06Mais à l'académie.
00:06:08L'académie ?
00:06:09Oh, gros Dieu, j'avais déjà oublié.
00:06:11Bonjour, monsieur Loustallot.
00:06:13Vous venez pour la séance extraordinaire ?
00:06:15Comment la séance ? Quelle séance ?
00:06:16Mais monsieur le chancelier vous attend dans la loge
00:06:18pour vous conduire comme d'habitude.
00:06:32Ah !
00:06:37Mon cher Loustallot, quelle catastrophe !
00:06:40Qu'est-il-en, mon cher ami ?
00:06:41Comment, vous ne savez pas ?
00:06:43Monsieur le chancelier ne vous a rien dit ?
00:06:44Il aura oublié, il est si distrait.
00:06:47Maxime Doulnet est mort.
00:06:49Dieu est son âme.
00:06:51Mort, comme géant Mortimar,
00:06:53à l'académie en prononçant son discours.
00:06:54Eh bien, tant mieux.
00:06:56Voilà une bien belle mort.
00:06:58Glorieuse comme celle d'un soldat au combat.
00:07:00Et c'est pour ça que vous m'avez dérangé.
00:07:02Mon cher Loustallot, j'ai un aveu à vous faire.
00:07:05J'ai trompé la presse.
00:07:07L'élection du successeur de Mgr d'Abville
00:07:10aura lieu aujourd'hui même.
00:07:12Parfait, parfait.
00:07:13Tout c'est bien qui finit bien.
00:07:17Vous prenez le fauteuil de Mgr d'Abville ?
00:07:19Oh, il porte pas malheur, je pense.
00:07:22Oh, ben si ça vous ennuie.
00:07:30Et Martin Latouche,
00:07:31les journaux disent...
00:07:33Je ne lis pas les journaux, M. le chancelier.
00:07:35Vous avez su de ces nouvelles ?
00:07:36Je n'en sais rien.
00:07:37Comment ?
00:07:38Je n'ai pas encore ouvert mon courrier.
00:07:40Mais le doux !
00:07:41Vous êtes bien pressé, M. le chancelier.
00:07:43Pas tard, je ne vous comprends pas.
00:07:44Vous êtes bien pressé d'apprendre
00:07:46que Martin Latouche,
00:07:48le seul qui ait osé maintenir sa candidature
00:07:51contre Maxime Doulnet
00:07:52après la mort de géant Mortimar,
00:07:54que Martin Latouche, le seul qui reste,
00:07:57renonce maintenant à la succession
00:07:59de Mgr d'Abville.
00:08:01Oh, pas tard, je vous comprends.
00:08:04Tant mieux, M. le chancelier, tant mieux.
00:08:06Et votre courrier, vous ne l'ouvrirez qu'à point.
00:08:10Il sera toujours temps d'apprendre
00:08:11quand il sera élu que Martin Latouche
00:08:13ne se présente pas.
00:08:16Ah, c'est qu'ils ne sont pas nombreux
00:08:18les candidats au fauteuil hanté.
00:08:22Qu'est-ce que j'apprends ?
00:08:24Nous allons procéder à une élection.
00:08:26La cour est envahie par les journalistes.
00:08:28L'académie et l'ivraille en ont encore.
00:08:30C'est vrai.
00:08:32J'ai avancé l'élection pour forcer le mauvais sort.
00:08:35Dès que nous serons au complet,
00:08:36nous procédons à l'élection de Martin Latouche.
00:08:38En tout cas, moi,
00:08:40je donne encore une fois ma voix
00:08:41à Eliphas Delanox.
00:08:43Ah, ce bandit !
00:08:43Vous plaisantez !
00:08:44Oh, cher collègue !
00:08:46Et néanmoins amis !
00:08:47Je sais que M. Eliphas Delanox
00:08:49fut en Égypte le collaborateur de Mariette Vey,
00:08:52l'illustre continenteur de Champollion.
00:08:55Et il déchiffrait les textes mystérieux
00:08:59gravés depuis des millénaires à Saqqara
00:09:02sur les parois funéraires
00:09:03des pyramides des 4e et 5e dynasties.
00:09:07Et si cet homme m'a surpris,
00:09:09comme il le prétend,
00:09:10le secret de Tote,
00:09:12il est plus fort que vous et moi,
00:09:14je vous prie de le croire.
00:09:16Et si j'avais eu le malheur
00:09:17de m'en faire un ennemi,
00:09:19j'aimerais mieux rencontrer la nuit
00:09:21une trompe de bandits armés
00:09:22qu'en pleine lumière,
00:09:24cet homme les mains nues.
00:09:25Et c'est Tote, sans doute,
00:09:26qui lui a appris à se promener
00:09:28dans les salons de Mme de Bittigny
00:09:29pour présider les séances pneumatiques
00:09:31enveloppées d'une robe phosphorescente.
00:09:35Chacun ses petites manies.
00:09:37Que voulez-vous dire ?
00:09:39Rien.
00:09:40Seulement, mon cher secrétaire perpétuel,
00:09:43permettez-moi de m'étonner
00:09:44qu'un mage aussi sérieux
00:09:45que le sard Eliphas de l'Anox
00:09:48trouve pour le railler
00:09:50le plus fétichiste d'entre nous.
00:09:53Moi, fétichiste ?
00:09:54Vous avez-vous pris, monsieur de la Bessière,
00:09:55que j'étais fétichiste ?
00:09:56En vous voyant toucher du bois
00:09:58quand vous croyez
00:09:58qu'on ne vous regarde pas.
00:10:00Vous en avez menti, monsieur.
00:10:02Il nous en vient à la face,
00:10:04celui-là, avec son Eliphas,
00:10:05de feu de Saint-Elme,
00:10:06de taille,
00:10:06qui arbure de la brosse.
00:10:07Monsieur le secrétaire perpétuel,
00:10:09je n'ai jamais menti de ma vie.
00:10:11Et ce n'est pas à mon âge
00:10:12que je commencerai.
00:10:14Eh bien, pas plus tard qu'hier,
00:10:16à la séance lamelle,
00:10:18je vous ai vu embrasser le manche
00:10:19de votre parapluie.
00:10:20Mon parapluie ?
00:10:22Mon parapluie ?
00:10:23Je vous défends de parler
00:10:24de mon parapluie.
00:10:30Messieurs,
00:10:31dès que nous serons au complet,
00:10:33nous procéderons au scrutin
00:10:34et je vous demanderai
00:10:34de me mandater,
00:10:35procédure exceptionnelle,
00:10:36mais les circonstances l'exigent,
00:10:38pour aller annoncer moi-même
00:10:39à monsieur Martin Latouche
00:10:40l'heureux événement.
00:10:41Je voterai pour Eliphas.
00:10:45Mais qu'allez-vous lui dire
00:10:46à ce Martin Latouche ?
00:10:47Je veux le voir
00:10:48pour être sûr qu'il se présente.
00:10:51Sinon,
00:10:51qu'est-ce que vous voulez
00:10:52que je lui dise ?
00:10:54Je lui dirai
00:10:56du courage, mon ami,
00:10:58du courage.
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00:11:50C'est parti.
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00:22:42On s'enferme à clé dans son bureau et on n'ouvre que quand on a mis enfoncer la porte.
00:22:46Bon, ben, je ferme ce que je veux et j'ouvre ce que je veux. Je vais le mettre ici.
00:22:48Toujours le mettre de faire des bêtises.
00:22:50On reçoit en secret des inconnus.
00:22:52Quoi ?
00:22:52Des inconnus de l'académie.
00:22:54Ma bête, il n'y a pas d'inconnus à l'académie. Allez, puis on va lancer.
00:22:59Monsieur, après ce que vous venez de faire, je peux m'attendre à tout.
00:23:02Vous allez peut-être me tuer.
00:23:05Mais j'ai tout dit à monsieur le perpétuel.
00:23:09Et qu'est-ce que vous avez dit à monsieur le secrétaire perpétuel ?
00:23:12Je lui ai dit que j'avais entendu votre voix qui disait.
00:23:16Non, non, ce n'est pas possible.
00:23:17Il n'y aurait pas de plus grand crime au monde.
00:23:21On a voulu te faire peur, vieille belle.
00:23:24Allez, tu es une brave fille, je t'aime bien.
00:23:27Maintenant, j'ai à causer avec monsieur le secrétaire perpétuel.
00:23:30À demain, babette.
00:23:31À demain, monsieur, que Dieu vous garde.
00:23:35J'ai fait mon devoir.
00:23:37Entrez, cher monsieur Patin. Entrez donc.
00:23:39Bon, je crois que cette fois, il a compris.
00:23:44Il a compris que ce soir, encore, il n'y avait rien à faire.
00:23:49De qui parlez-vous ?
00:23:50Du vieilleux, comme dirait cette vieille folle de babette.
00:23:54Voyez-vous, monsieur le secrétaire perpétuel ?
00:23:56Ici, je suis vraiment chez moi, oui.
00:23:58Oui, ce n'est pas aussi bien rangé que dans les autres pièces, mais ici, babette n'a pas le
00:24:02droit d'y mettre les pieds.
00:24:04C'est ici que je cache mes instruments de musique, oui.
00:24:08Toute ma collection.
00:24:09Oh, si, si babette les voyait, elle jetterait tout ça au feu.
00:24:12Au feu !
00:24:13Ma harpe de menestrelle et ma vieille lyre du Nord, qui date ni plus ni moins de plus du XIVe
00:24:18siècle.
00:24:19Et mon nabulon, mon psalterion, ma guiterne.
00:24:24Monsieur le secrétaire perpétuel, avez-vous vu ma guiterne ?
00:24:26Regardez, regardez, mon archilutte, mon théorbe, ma mandor.
00:24:32Ah, vous appréciez ma guiterne.
00:24:35C'est la plus vieille guitare qu'on connaisse, savez-vous bien.
00:24:38Babette jetterait tout ça au feu.
00:24:40Oui, oui, c'est comme je vous le dis.
00:24:41Que voulez-vous ? Elle n'aime pas la musique.
00:24:46Je ne saurais jamais toutes les imaginations qu'il m'a fallu pour faire entrer ici ces instruments.
00:24:50Tenez, en ce moment, je veux acheter un orgue de barbarie.
00:24:53Le plus vieil orgue de barbarie qui soit.
00:24:56Je l'ai rencontré un soir au coin du Pont-Neuf et du Quai.
00:24:59Le vieux bonhomme demandait presque l'aumône pour cette merveille.
00:25:02Nous nous sommes mis d'accord sur le prix, mais pour la livraison.
00:25:05C'est comme une fatalité.
00:25:07Elle se trouve toujours là quand l'autre est arrivé.
00:25:08Alors, c'est une chasse de tous les diables.
00:25:11Ce soir, il était convenu que, Babette couchée, je hisserais l'instrument avec des cordes.
00:25:18J'avais ouvert la fenêtre, j'étais grimpé sur le fauteuil et je m'apprêtais à lancer la corde quand
00:25:24il a basculé.
00:25:25C'est à ce moment-là que vous êtes arrivés tous les deux, croyant qu'on m'assassinait.
00:25:30Ah, vous étiez bien drôle, monsieur le secrétaire perpétuel, avec votre parapluie.
00:25:36Oui, enfin, bien drôle, mais bien brave tout de même.
00:25:40Qui saura décrire la tyrannie des vieilles servantes sur les hommes de l'air ?
00:25:44Non, non, non, ne me plaignez pas trop, non.
00:25:46Si j'avais pas la Babette, mais je serais depuis longtemps sur la paille avec mes manies.
00:25:51Elle est obligée de couper les sous en quatre.
00:25:53Elle se prive pour moi.
00:25:54Elle me soigne comme une mère.
00:25:56Mais elle ne veut pas entendre la musique.
00:25:58Mais voilà qui est bien malheureux.
00:26:00Non, non, non, je ne suis pas malheureux, monsieur le secrétaire perpétuel.
00:26:03Croyez-moi, j'ai mon piano.
00:26:08Je peux jouer tous les airs que je veux.
00:26:10Des airs magnifiques.
00:26:12Des ouvertures tonitruantes.
00:26:15Des marches à renverser les montagnes.
00:26:17Ah, c'est un piano magnifique.
00:26:20Et qui ne dérange pas Babette.
00:26:31J'en joue quelquefois toute la journée.
00:26:33Il n'y a que moi qui l'entends.
00:26:39Vous êtes un maître de la poggiature.
00:26:42Simple dextérité.
00:26:44Mais il est bien tard.
00:26:45Comment êtes-vous venu si tard, monsieur le secrétaire perpétuel ?
00:26:48Eh bien, le bruit courait que vous refusiez le fauteuil de Monseigneur d'Abville.
00:26:52Oh, c'est des bêtises, c'est des bêtises.
00:26:55Je vais me mettre tout de suite au triple élanche de Monseigneur d'Abville,
00:26:59de Géant Mortimar et de Maxime Donnet.
00:27:01Je vais vous raccompagner.
00:27:02L'escalier est plutôt sombre.
00:27:04Pardonnez-moi si je suis indiscret, mais vous m'avez fait tant de confidence.
00:27:09Est-ce que vous connaissiez bien, messieurs Mortimar et Donnet ?
00:27:14Ah oui, très bien, très bien.
00:27:16Suivez-moi, monsieur le secrétaire perpétuel, suivez-moi.
00:27:20Oui, je connaissais très bien Jean Mortimar et Maxime Donnet.
00:27:24Nous étions d'excellents amis, de très vieux camarades.
00:27:28Et l'histoire des menaces d'Eliphas après l'élection de Jean Mortimar
00:27:33fut pour nous un sujet de conversation plutôt amusant.
00:27:39Pardonnez-moi si je montre de l'indiscrétion,
00:27:42mais de quel crime parliez-vous donc quand vous disiez
00:27:46« Non, non, ce n'est pas possible, il n'y aurait pas de plus grand crime au monde »
00:27:50?
00:27:51Eh bien, mais Jean Mortimar, bien qu'il en plaisanta,
00:27:56avait été touché par les paroles menaçantes d'Eliphas,
00:28:00qui d'ailleurs avaient disparu après les avoir prononcées.
00:28:03Et ce même jour, Maxime Donnet,
00:28:07tout en félicitant Jean Mortimar de son élection,
00:28:11lui avait conseillé, toujours en plaisantant,
00:28:15de se tenir sur ses gardes,
00:28:16parce que la vengeance du sard le guettait.
00:28:21Alors moi, je ne trouvais rien de mieux,
00:28:24attention aux dernières marches, monsieur le secrétaire perpétuel,
00:28:27je ne trouvais rien de mieux que de renchérir sur cette sorte de jeu.
00:28:32Vous faites attention, il y a encore deux marches avant la cour.
00:28:36Et je m'écriais,
00:28:37« Tournez à gauche, monsieur le secrétaire perpétuel,
00:28:40et je m'écriais avec en face,
00:28:42« Non, non, ce n'est pas possible,
00:28:43« il n'y aurait pas de plus grand crime au monde. »
00:28:46Nous sommes arrivés.
00:28:51Tout est tranquille, vous pouvez rentrer.
00:28:54Merci, mon cher Latouche.
00:28:57Permettez-moi de vous serrer une dernière fois la main.
00:29:01Une dernière fois ?
00:29:02Croyez-vous donc que je vais mourir comme les autres ?
00:29:04Non, non, je suis stupide.
00:29:06Mais si j'en ai pas du tout envie.
00:29:07D'ailleurs, je n'ai pas de maladie de cœur, moi.
00:29:10Espérons que des temps meilleurs viendront
00:29:11et que nous pourrons un jour rire de tout cela.
00:29:15Allons.
00:29:17Adieu, mon cher collègue.
00:29:19Comme on est heureux d'être d'une compagnie
00:29:22où il y a un homme tel que vous.
00:29:24Mon cher patard, la foule envahit la salle des séances.
00:29:27Les rues voisines sont noires de monde.
00:29:31Trois heures avant la cérémonie.
00:29:33Et Martin Latouche ?
00:29:35Il viendra, j'en suis sûr.
00:29:36Et l'iface de l'anox n'a pas été retrouvée.
00:29:40Madame de Bittigny n'est pas venue.
00:29:41C'est bon signe.
00:29:49Laissez-moi passer.
00:29:52Laissez-moi passer.
00:29:54Laissez-moi passer.
00:29:55Laissez-moi passer.
00:29:58C'est lui.
00:30:01Ça va !
00:30:02Vous me l'avez tué.
00:30:04Vous me l'avez tué.
00:30:07Assassin, c'est un crime.
00:30:09Martin Latouche est mort.
00:30:11C'est Eliface.
00:30:12Comme les deux autres.
00:30:13Martin Latouche est mort.
00:30:15Que fait la police ?
00:30:16Assassin.
00:30:17Ces noms ne sont pas naturels.
00:30:18Eliface.
00:30:19Eliface.
00:30:20C'est lui d'assassin.
00:30:21Eliface reste en couvrant.
00:30:23Eliface.
00:30:24Eliface.
00:30:25Trouvez-le.
00:30:25Trouvez-le.
00:30:28Si ce remue, ménage continué, moi je vais changer de pont.
00:30:32Ils ont fait l'autopsie de Latouche, et de Maxime Doulnet, et de Jean Mortimar.
00:30:38C'est la grande affaire.
00:30:39Et à l'académie, tu te rends compte, à l'académie.
00:30:42Les médecins légistes n'ont relevé aucune trace de poison.
00:30:45Cependant, sur le visage de Maxime Doulnet, les médecins ont noté des brûlures légères, en forme de soleil de sacristie.
00:30:51Ces stigmates étoilés sont dus à la décomposition normale des chaires.
00:30:55Chez Martin Latouche, les médecins ont décelé une hémorragie dans la trompe de Stache, due à la chute du corps
00:31:01sur le plancher.
00:31:02Ces morts, donc, sont on ne peut plus naturels.
00:31:06Babette, la servante de Martin Latouche, a déclaré que son maître était mort en écoutant un air joué par un
00:31:11orgue de barbarie nouvellement livré,
00:31:13et qu'il aurait été assassiné par la chanson qui tue.
00:31:17Cette vieille servante doit être complètement toquée.
00:31:19Ce n'est pas si bête. La musique provoque des émotions, et les émotions ne sont pas recommandées au cardiaque.
00:31:25Ce qui m'amuserait, ce serait d'examiner cet orgue de barbarie.
00:31:29Ah ?
00:31:30Et aussi la collection d'instruments anciens de ce Latouche.
00:31:34Il a peut-être des héritiers.
00:31:36Et ces héritiers n'aiment peut-être pas les instruments anciens.
00:31:40Et ils ne connaissent peut-être pas la valeur que ces instruments rares peuvent prendre.
00:31:45Hé, hé, hé, au fait, ne suis-je pas expert en antiquité auprès des tribunaux, pipille ?
00:31:53Prends un papier en tête, écrit.
00:32:00Monsieur le procureur de la République française.
00:32:05Mais je vous l'ai déjà dit, c'est la chanson qui tue qui a tué mon maître.
00:32:10J'ai reconnu l'air.
00:32:11Chantez-le.
00:32:12Qu'est-ce que c'était ?
00:32:14Mendelssohn ou Chopin ?
00:32:15C'est l'air que jouaient les vieilleux pendant qu'on assassinait.
00:32:18Monsieur Fualdès.
00:32:19Alors, un docteur.
00:32:20Madame, je suis l'expert désigné par la justice pour examiner l'orgue de monsieur Latouche.
00:32:25Ah, cet orgue.
00:32:26Depuis qu'il est là-haut, je n'endors plus.
00:32:29Emportez-le et mettez-le en prison.
00:32:32Va-y, va-y.
00:32:36Le voilà.
00:32:39Quand l'air a commencé de jouer, j'étais en bas dans ma cuisine.
00:32:41J'ai d'abord cherché dehors.
00:32:44Pas de vieilleux.
00:32:45Et ça chantait, ça chantait.
00:32:48Je suis montée.
00:32:50J'ai écouté derrière la porte.
00:32:51L'air du crime venait d'ici, du bureau de mon maître.
00:32:56Et c'était triste, c'était triste.
00:32:59C'était un air qui avait l'air de pleurer tous ceux qu'on avait assassinés depuis le commencement du
00:33:06monde.
00:33:08J'ai appuyé mes deux mains à la porte, elle s'est ouverte et j'ai vu, j'ai vu.
00:33:15Il y a eu un grand grincement de déclenchement de la manivelle dans la nuit de l'air du crime.
00:33:28Il a fait floc.
00:33:31Comme ça.
00:33:35Permettez.
00:33:38Est-ce là un orgue comme les autres?
00:33:40Non, non.
00:33:42C'est une des pièces les plus curieuses et les plus anciennes qui nous soient venues d'Italie.
00:33:46Y découvrez-vous quelque chose d'anormal?
00:33:48Non, non, il est comme il doit être.
00:33:53Ah, non, pas ça!
00:33:54Je ne veux pas, non, non, non, ça!
00:34:09Croyez-vous cet orgue complice du crime?
00:34:12Non, je n'ai rien. Je n'étais pas là lors du grand grincement de déclenchement de la manivelle dans
00:34:17la musique de l'air du crime.
00:34:19Vous croyez donc qu'il y a eu crime?
00:34:22Qu'entendez-vous par là?
00:34:25Vous rendez-vous compte, monsieur l'expert, que cette E.E. là peut laisser supposer bien des choses.
00:34:33Eh bien, mon cher monsieur, maintenant vous savez tout sur le secret de Tote.
00:34:38Mais vous avez déclaré, je crois, qu'Éliphas Dolanox était un homme très dangereux.
00:34:42Le croyez-vous coupable?
00:34:44Mon cher monsieur, mon attitude était une plaisanterie.
00:34:47Je suis un vieil anticonformiste.
00:34:49La pataphysique est mon vieux long d'un.
00:34:52Et si j'ai voté pour Éliphas, c'est pour faire enrager mes collègues.
00:34:58Mais si vraiment les formules cabalistiques accompagnant le secret de Tote pouvaient être utilisées?
00:35:05Monsieur Lalouette, vous avez sans doute lu dans les livres que abracadabra était qu'une formule magique.
00:35:15Si je vous le dis avec conviction, abracadabra, abracadabra, que tu sois transformé en rat, que se passe-t-il?
00:35:35Il ne se passait rien.
00:35:39Et les Égyptiens étaient comme nous.
00:35:41Ils gravaient dans leurs livres, qui étaient de grandes pierres, de jolis contes à tournure magique.
00:35:47Mais dans la réalité, il ne se passait rien.
00:35:50Croyez-moi, cher monsieur, toutes ces morts sont bien tristes.
00:35:54Surtout pour des immortels.
00:35:56Mais on ne peut plus la tuer.
00:35:57Il ne se passait rien.
00:36:27Merci.
00:37:07Votre visage reflète votre inquiétude.
00:37:10Il y a devant vos pas comme une grande ombre qui s'étend.
00:37:14Vos yeux cherchent, cherchent la lumière et ne la voient pas.
00:37:19Les tarots égyptiens s'en rendent.
00:37:22La table tournante trois s'en rendent.
00:37:25Madame de Bittigny, Madame de Bittigny, je suis M. Lalouette, officier d'académie
00:37:28et je m'intéresse beaucoup à M. Eliphas de l'Anox
00:37:31et aux secrets de Tote et aussi aux morts mystérieuses de l'académie.
00:37:34Que le disiez-vous plus tôt, cher monsieur ?
00:37:36Venez dans mon coin intime, nous pourrons parler plus librement.
00:37:50Voyez-vous, cher monsieur, lorsqu'avec mon grand ami Eliphas de l'Anox,
00:37:55nous avons fondé le club des pneumatiques,
00:37:58notre grande idée était la rénovation de la matérialité moderne
00:38:03par la spiritualité antique.
00:38:06noble dessein.
00:38:08Eliphas de l'Anox est un grand homme simple.
00:38:12En dehors de nos préoccupations métaphysiques,
00:38:14il ne pense qu'à sa vieille mère
00:38:16qui vit encore en Provence,
00:38:19tout au fond de la vallée du Carré.
00:38:22Les médiocres, cher monsieur,
00:38:25pardonnent rarement aux esprits supérieurs
00:38:27de vouloir transcender la condition humaine
00:38:31avec du lait.
00:38:33Volontiers, chère madame.
00:38:38Alors, humilié, déçu, il a fui.
00:38:43Non pour échapper, comme l'ont prétendu ses ennemis, à la justice,
00:38:46mais pour retrouver la sérénité indispensable
00:38:49à ses importants travaux.
00:38:51Oui, chère madame, oui, oui.
00:38:54Pour nous, pneumatiques,
00:38:57Eliphas de l'Anox est notre homme de lumière.
00:39:00Il est comme le miel
00:39:01et le sang de nos artères.
00:39:05Et sa parole
00:39:06resplendit
00:39:07comme une éblouissante
00:39:09et pure vérité.
00:39:12Que lisez-vous dans mes yeux?
00:39:29Dites-moi, facteur,
00:39:30est-ce bien par là
00:39:31la maison de monsieur Loustalot de l'Académie?
00:39:33Ah, sûr, le portail est là, juste après le tournant.
00:39:36Eh bien, fiez-vous des chiens, hein?
00:39:37Ils sont féroces.
00:39:38Merci.
00:40:02Qu'est-ce qu'il y a?
00:40:03Je voudrais parler à monsieur Loustalot.
00:40:06Qu'est-ce qu'il voulait faire?
00:40:08Dites-lui que c'est au sujet de l'affaire de l'Académie.
00:40:13Jacques, Achille,
00:40:15gardez-lui, monsieur.
00:40:22C'est vous, Gaspard Lallouette?
00:40:24Oui, c'est moi.
00:40:25Entrez.
00:40:43Vous avez de beaux chiens.
00:41:02Pardon, pardon.
00:41:03Ne nous égarons pas.
00:41:05Y a-t-il un rapport quelconque
00:41:07entre la chanson qui tue
00:41:09et le secret de Thoth?
00:41:10Peut-être, maître.
00:41:12Je vous consulte pour cela.
00:41:14Vous êtes l'homme le plus savant de ce temps.
00:41:16Oh, j'ai quelques collègues.
00:41:18Je suis venu vous demander
00:41:19si un être qui connaît le secret de Thoth
00:41:22peut en tuer un autre par des moyens inconnus.
00:41:24Ce que je veux savoir, moi, Gaspard Lallouette,
00:41:27que les circonstances sont amenées à dire son mot.
00:41:29Vous avez dit, je crois,
00:41:33Martin Latouche peut-il avoir été assassiné?
00:41:36Maxime Doulnet peut-il avoir été assassiné?
00:41:39Jean Mortimar peut-il avoir été assassiné?
00:41:50Cher monsieur Lallouette,
00:41:52donnez-moi quelques détails sur le secret de Thoth.
00:41:55Votre collègue,
00:41:56le distingué égyptologue Raymond Delabessier...
00:41:59Oh, t'es un vieux fou.
00:42:00Enfin, m'a dit que la lettre du secret était
00:42:02Tu mourras, si je veux,
00:42:04par le nez, les yeux ou les oreilles.
00:42:07Car je suis le maître de l'air,
00:42:08de la lumière et du son.
00:42:10Non, c'était un type épatant que ce vieux Thoth.
00:42:14Mais ils ne sont pas morts assassinés.
00:42:16Voyons, c'est pas possible.
00:42:18La courbe de gauche.
00:42:20Évidemment, c'est un fère de l'académie
00:42:22et bien regrettable, n'est-ce pas?
00:42:24Non, la loi de poisson,
00:42:26c'est trois morts.
00:42:28sublimes, entre nous.
00:42:30Le calcul des probabilités
00:42:32serait au bout de son rouleau
00:42:33pour justifier une quatrième mort.
00:42:35Il faudrait pour cela
00:42:37que l'académie existait depuis dix mille ans.
00:42:40Nous sommes assez loin de compte.
00:42:46Vous avez entendu ce cri?
00:42:49Oh, quelques braconniers sur la marne.
00:42:52Quelques querelles
00:42:53avec un garde ou un maraudeur.
00:42:56Là,
00:42:58nous serons plus tranquilles.
00:43:01L'endroit est isolé,
00:43:03c'est pourquoi j'ai de si gros chiens.
00:43:06Mais nous parlions de Thoth, je crois.
00:43:08Oui.
00:43:09Oui.
00:43:09La liaison, comme le prétend,
00:43:11il y fasse des forces du passé
00:43:13et de l'avenir
00:43:14pouvant à distance faire passer
00:43:15les gens de vie à trépas.
00:43:17Mon cher Lalouette,
00:43:18la poudre-canon fait ça très bien.
00:43:22Pour Martin Latouche,
00:43:23les journalistes prétendent
00:43:25qu'il y a une force
00:43:25qui tue en chantant.
00:43:27À l'opéra,
00:43:28sort un soir.
00:43:29Mais j'étais branlé,
00:43:31car chez Latouche,
00:43:32j'ai trouvé ceci.
00:43:34C'est l'embouchure
00:43:35de quelques buxins.
00:43:37Oui.
00:43:37Et il y avait dans l'orgue
00:43:38un trou
00:43:39qui correspondait exactement
00:43:41à cette embouchure.
00:43:42Et je me suis dit
00:43:43que c'était peut-être
00:43:43l'embouchure destinée
00:43:45à conduire le son qui tue.
00:43:47Mon cher Lalouette,
00:43:49le secret de Thoth
00:43:50est tout simplement
00:43:51le secret des imbéciles.
00:43:54Mais, maître,
00:43:55les prêtres égyptiens
00:43:56des quatrième et cinquième dynasties
00:43:58n'avaient-ils pas découvert
00:43:59l'électricité ?
00:44:00T'es chouette, Lalouette.
00:44:03Ne pouvaient-ils connaître
00:44:05les forces inconmesurables
00:44:07de la dématérialisation
00:44:08de la matière
00:44:09et les doutaient ?
00:44:10Je l'ai dit, vous, fille.
00:44:11J'ai l'impression
00:44:12que vous trouvez cela
00:44:13bien ridiculement,
00:44:14cher maître.
00:44:15Super, Charles.
00:44:16Je ne suis pas fâché
00:44:18de vous voir prendre
00:44:18les choses sur ce ton.
00:44:20J'avais fini par me laisser
00:44:21impressionner par les journalistes
00:44:22qui, affirmant
00:44:23qu'Éliphas détenait
00:44:24le secret d'Hotter
00:44:25avait bâti des romans.
00:44:27Allez-donc !
00:44:28Et selon eux,
00:44:29Jean Mortimar,
00:44:31auteur des parfums tragiques,
00:44:32avait respiré
00:44:33un poison subtil
00:44:34dans la lettre
00:44:35qu'on lui avait apportée.
00:44:36L'eau nez !
00:44:38Et Maxime Doulnet,
00:44:39avant de tomber foudroyé,
00:44:44aurait fait le geste
00:44:45de celui
00:44:46qui veut chasser
00:44:47de son visage
00:44:48une mouche
00:44:48ou se garantir
00:44:50d'un éclat lumineux
00:44:50qu'il gêne.
00:44:52Ça, c'est envoyé
00:44:53pompe dans l'œil.
00:44:54Comme c'est drôle.
00:45:01Oh, quel soulagement !
00:45:04Oh, que c'est bon
00:45:05que vous êtes bon,
00:45:06que vous êtes grand.
00:45:07Quel génie !
00:45:09Ceux qui croient
00:45:10d'un tel balivernes
00:45:11sont des fous,
00:45:12des tout fous.
00:45:13Des tout fous, oui.
00:45:20Et si c'était
00:45:21le grand moment ?
00:45:24Caspar,
00:45:24tu ne dors pas ?
00:45:26Non, Madame Lalouette,
00:45:27je pense.
00:45:30Monsieur Lalouette,
00:45:32non, vous ne pensez pas à ça ?
00:45:33Si, j'y pense.
00:45:35Et j'y pense même
00:45:36de plus en plus.
00:45:41Caspar, non, ne fais pas ça,
00:45:42tu n'as pas le droit.
00:45:43N'oublie pas le secret.
00:45:44Ça sera en ce moment
00:45:45ou cela ne sera jamais.
00:45:48Tout le rêve de jeunesse
00:45:49enfin réalisé.
00:45:50Oh, Caspar !
00:45:51Dès demain,
00:45:52j'enverrai ma candidature.
00:45:54Oh, Caspar,
00:45:55l'académie ?
00:45:56L'académie.
00:45:57Oh, l'académie.
00:45:59Oui, Fifi,
00:46:00l'académie française.
00:46:05La culture française est menacée.
00:46:08Demande une hypoche.
00:46:09L'académie réduite la 39 morts.
00:46:12La culture française est menacée.
00:46:14Nous sommes désormais
00:46:16la risée de la France entière.
00:46:20L'enquête est close.
00:46:24L'affaire classée.
00:46:28Et aujourd'hui,
00:46:29de toute cette terrible aventure,
00:46:30il ne reste plus qu'un fauteuil vide
00:46:32dans lequel personne ne veut s'asseoir.
00:46:38trente-neuf, messieurs.
00:46:42Trente-neuf.
00:46:45L'académie est déshonorée.
00:46:48Notre prestige détruit.
00:46:50C'est bien triste.
00:46:52Bien triste.
00:46:54Mais comment trouver un candidat ?
00:46:56Il n'y en a pas.
00:46:57Il n'y en a plus.
00:46:59Ah, où est-il le temps
00:47:01où être parmi nous
00:47:02était le plus grand honneur
00:47:04qui se puisse concevoir.
00:47:08Messieurs,
00:47:10nous sommes condamnés
00:47:12à la mort lente.
00:47:16Monsieur,
00:47:16ce qu'on dirait au perpétuel,
00:47:18c'est une lettre.
00:47:18Oui, une lettre.
00:47:31Un candidat, messieurs.
00:47:32En voici un.
00:47:34J'ai l'honneur de poser
00:47:35ma candidature au fauteuil
00:47:36laissé libre par la mort
00:47:37de Mgr D'Abbeville,
00:47:38de Jean Mortimar,
00:47:39de Maxime D'Aulnay
00:47:41et de Martin Latouche,
00:47:43signé Jules-Louis Gaspard Lallouette,
00:47:46homme de lettres,
00:47:48officier de l'académie,
00:47:5032 bis rue Laffy de Paris.
00:47:53Quelle joie !
00:47:54Nous sommes sauvés.
00:47:56Du calme, messieurs,
00:47:57du calme.
00:47:57Il faut agir.
00:47:59Nous avons un candidat.
00:48:00Ne lui laissons pas
00:48:01le temps de réfléchir.
00:48:02Allons le ferrer
00:48:04immédiatement
00:48:04à son domicile.
00:48:05Mais c'est contraire
00:48:06au règlement.
00:48:07Il n'importe le règlement
00:48:08pourvu qu'on ait le candidat.
00:48:08Oui, oui,
00:48:09ne perdons pas le temps.
00:48:10Partons, partons, partons.
00:48:15C'est, messieurs, désire.
00:48:17Annoncez l'académie.
00:48:21Madame Lallouette,
00:48:22sans doute.
00:48:23Fort belle personne.
00:48:24Avez-vous remarqué
00:48:25ces effets libres ?
00:48:26Oh, charmante.
00:48:30C'est vous, monsieur,
00:48:31qui êtes monsieur
00:48:32Gaspard Lallouette,
00:48:33officier d'académie,
00:48:34homme de lettres
00:48:35qui posait votre candidature
00:48:36au fauteuil
00:48:36de Mgr d'Abbeville.
00:48:38S'il en est ainsi, monsieur,
00:48:40permettez à monsieur
00:48:40le directeur de l'académie,
00:48:42à monsieur le chancelier,
00:48:44à mes collègues
00:48:45et à moi-même,
00:48:46Hippolyte Patard,
00:48:47de vous féliciter.
00:48:48Merci, monsieur.
00:48:50Grâce à vous,
00:48:50il sera entendu
00:48:51une fois pour toutes
00:48:52qu'on trouve toujours
00:48:52en France
00:48:53un citoyen de courage
00:48:54et de bon sens
00:48:55pour faire honte
00:48:56par son exemple
00:48:57à la foule stupide.
00:49:02Eh bien, réponds, Gaspard.
00:49:04C'est trop d'honneur.
00:49:06Permettez-moi, messieurs,
00:49:07de vous présenter mon épouse.
00:49:10Voyons, Gaspard,
00:49:11ces messieurs
00:49:11veulent sans doute te causer
00:49:12au frôleur des sièges.
00:49:14Messieurs ?
00:49:22Oh, on se croirait
00:49:24au lourd.
00:49:25Vous nous comblez.
00:49:31Monsieur Lallouette,
00:49:32vous êtes
00:49:33homme de lettres.
00:49:36Cela veut-il dire
00:49:37que vous aimez
00:49:38les lettres,
00:49:39simplement,
00:49:40ou que vous avez
00:49:41déjà publié
00:49:43quelque chose ?
00:49:44J'ai déjà,
00:49:45monsieur le secrétaire
00:49:46perpétuel,
00:49:47j'ai déjà publié
00:49:47deux ouvrages
00:49:48qui sont,
00:49:49j'ose le dire,
00:49:50fort appréciés
00:49:51des connaisseurs.
00:49:51Très bien,
00:49:52très bien.
00:49:53Et leur titre ?
00:49:54De l'art de l'encadrement.
00:49:56Et puis ?
00:49:57Et le second,
00:49:58Comment authentifier
00:49:59la signature
00:50:00des peintres célèbres.
00:50:01Bravo.
00:50:02Évidemment,
00:50:03ces ouvrages
00:50:04ne sont pas répandus
00:50:04dans le gros public,
00:50:05mais tous ceux
00:50:06qui fréquentent
00:50:07l'hôtel des ventes
00:50:07les connaissent.
00:50:08Monsieur Lallouette
00:50:09est trop modeste.
00:50:10Nous avons ici
00:50:11une lettre de félicitation
00:50:12d'un personnage
00:50:13qui a su apprécier
00:50:14mon mari
00:50:15à sa juste valeur.
00:50:16J'ai nommé
00:50:17Monseigneur
00:50:17le prince
00:50:17de Condé.
00:50:20Monseigneur
00:50:20le prince
00:50:21de Condé.
00:50:23Comment ?
00:50:23Monseigneur
00:50:24d'Abbeville ?
00:50:26Voici la lettre.
00:50:27Elle ne me quitte
00:50:28jamais.
00:50:29Après,
00:50:29M. Lallouette,
00:50:30c'est ce que j'ai
00:50:31de plus cher au monde.
00:50:38Mon cher collègue,
00:50:39vous êtes un brave.
00:50:40L'académie s'honore
00:50:41d'accueillir un brave
00:50:42en son simple.
00:50:44N'y a-t-il pas,
00:50:45M. le secrétaire
00:50:45Perpuffel,
00:50:46trop d'ambition
00:50:47à briller un tel honneur
00:50:49pour un pauvre
00:50:49plumitif comme moi ?
00:50:51Eh bien,
00:50:52cela fera réfléchir
00:50:53les imbéciles.
00:50:55Mais tout ceci
00:50:56est charmant.
00:50:59Enfin,
00:50:59je vais pouvoir
00:51:00revivre grâce
00:51:01à ce galant homme.
00:51:02Ma parole,
00:51:03je n'étais plus
00:51:04que l'ombre de moi-même
00:51:04et il m'était venu
00:51:05de véritables abajous.
00:51:07Oh,
00:51:07M. le secrétaire
00:51:08Perpétuel,
00:51:09on dit de véritables
00:51:10abajous.
00:51:11Abajous,
00:51:12mais le mot
00:51:12n'est pas français.
00:51:13Mais me dites donc,
00:51:14vous n'allez tout de même
00:51:14pas m'apprendre comment...
00:51:15Croyez-moi,
00:51:16je suis certain
00:51:16de ce que j'avance.
00:51:18Le mot...
00:51:18Abajous,
00:51:19altération du mot
00:51:20abajous substantif
00:51:21féminin.
00:51:22Poche que certains
00:51:23singes quairoptères
00:51:24portent dans l'épaisseur
00:51:25des joues
00:51:25de chaque côté
00:51:26de la bouche.
00:51:27Les abajous
00:51:27sont des réservoirs
00:51:29pour les aliments
00:51:29non consommés
00:51:30immédiatement.
00:51:31Dans les chauves-souris
00:51:32du genre dictaire,
00:51:33elles facilitent le vol
00:51:34en permettant
00:51:35l'introduction de l'air
00:51:36dans le tissu cellulaire
00:51:37sous-cutané.
00:51:38Par extension et plaisamment,
00:51:39joue pendante,
00:51:41partie latérale
00:51:41du groin de cochon
00:51:42et de la tête de veau.
00:51:44Quel homme cultivé !
00:51:45Ah, la culture !
00:51:47La culture !
00:51:52Oh, comme c'est curieux !
00:51:54Ah, c'est l'abac.
00:51:56Qu'est-ce donc une abac ?
00:51:58On dit un abac,
00:51:59monsieur le directeur.
00:52:01Abac, substantif masculin,
00:52:02vient du grec abax.
00:52:05Dablier, buffet comptoir.
00:52:07Chez les grecs,
00:52:08table préparée dans le sanctuaire
00:52:10pour y recevoir les offrandes.
00:52:11Chez les romains,
00:52:13buffet sur lequel on attalait
00:52:14la vaisselle de prix.
00:52:15Mathématiques,
00:52:16machine à calculer
00:52:17d'origine grecque.
00:52:18Architecture,
00:52:19tablette qui s'interpose
00:52:20entre le chapiteau de la colonne
00:52:21et l'architrave.
00:52:22Vitruve, monsieur le directeur,
00:52:24emploie le mot plainte
00:52:25pour désigner la bac.
00:52:29Le fauteuil de Monseigneur d'Abbeville
00:52:32sera dignement occupé.
00:52:43Monsieur le secrétaire perpétuel,
00:52:45j'aurais quelque chose à vous dire.
00:52:48Va-t'en, Fifi, va-t'en.
00:52:51Qu'y a-t-il pour votre service,
00:52:52mon cher collègue ?
00:52:54Monsieur le secrétaire perpétuel,
00:52:55j'ai eu une confidence à vous faire.
00:52:58Il faut que ceci reste entre nous,
00:52:59mais je crois nécessaire
00:53:00de ne rien vous cacher.
00:53:01A nous deux,
00:53:02nous pourrons certainement
00:53:03remédier aux inconvénients
00:53:04de la chose.
00:53:06Pour le discours, par exemple.
00:53:07Eh bien, quoi,
00:53:08le discours, expliquez-vous,
00:53:08mon cher collègue,
00:53:09ne sauriez-vous pas
00:53:10composer un discours ?
00:53:11Si, oh si,
00:53:12oh, ça n'est pas cela
00:53:13qui m'inquiète.
00:53:13Eh bien, alors.
00:53:15Alors, on le lit.
00:53:16Mais naturellement,
00:53:17c'est beaucoup trop long
00:53:17pour qu'on l'apprenne par cœur.
00:53:19Mais voilà bien
00:53:19ce qui me tracasse.
00:53:25Je ne sais pas lire.
00:53:30C'est pas possible.
00:53:33Ah ça, mais vous voulez rire.
00:53:35Oh non, je ne ris pas.
00:53:37Mais qu'est-ce que c'est
00:53:38que cette histoire ?
00:53:40Répondez, voyons.
00:53:43Regardez-moi un peu.
00:53:48Oh !
00:53:52Oh, ça, c'est embêtant.
00:53:58Je vous l'aurais bien caché
00:53:59comme aux autres.
00:54:00Mais comme vous êtes
00:54:00au secrétariat perpétuel
00:54:02que vous aurez certainement
00:54:03à me soumettre
00:54:04vos écritures,
00:54:04j'ai pensé
00:54:05que vous en apercevriez
00:54:06tout de suite.
00:54:07Mon Dieu, que c'est embêtant.
00:54:08Mais que c'est embêtant.
00:54:10Voilà enfin un candidat.
00:54:11Il ne sait pas lire.
00:54:12Il fait l'affaire.
00:54:12Il fait tout à fait l'affaire.
00:54:13Et il ne sait pas lire.
00:54:15Mais enfin,
00:54:15comment se fait-il
00:54:16que vous ne sachiez pas lire ?
00:54:17Ça dépasse toute imagination.
00:54:18Attention !
00:54:19Il se fait que
00:54:19je ne suis jamais allé à l'école.
00:54:21Mon père me faisait travailler
00:54:22dans son magasin
00:54:23comme un ouvrier
00:54:24dès l'âge de 6 ans.
00:54:25Il a jugé inutile
00:54:26de me faire apprendre
00:54:27une science qu'il ignorait,
00:54:28mais il m'a enseigné son métier.
00:54:29Et à 7 ans,
00:54:30je savais distinguer
00:54:31un point de Cluny
00:54:32d'un point d'Alençon.
00:54:33Et à 10 ans,
00:54:34on ne m'aurait point trompé
00:54:34sur la signature d'un tableau.
00:54:36Ce qui m'a permis
00:54:37d'éditer deux ouvrages
00:54:38qui ont fait l'admiration
00:54:39de Monseigneur le Prince de Condé.
00:54:43Mais pourquoi m'avez-vous dit cela ?
00:54:45Il ne fallait pas me le dire.
00:54:50C'est incroyable !
00:54:51Mais on n'aurait jamais pensé
00:54:53ça de vous,
00:54:53à vous voir,
00:54:54à vous entendre.
00:54:55Et ce qui est tout à fait inuit,
00:54:56c'est que vous vous exprimez
00:54:57comme un savant.
00:54:58Enfin, où avez-vous appris
00:54:59tout ce que vous nous avez raconté ?
00:55:00Dans le dictionnaire Larousse,
00:55:01M. le secrétaire Perpétuel.
00:55:02Dans le dictionnaire Larousse illustré.
00:55:05Dans le dictionnaire Larousse ?
00:55:07Et pourquoi illustré ?
00:55:08À cause des images
00:55:09qui me sont d'un grand secours
00:55:11pour retenir
00:55:11ce que Mme Lalouette
00:55:12me fait apprendre par cœur.
00:55:14Mais à ce compte-là,
00:55:14mon cher Lalouette,
00:55:15vous auriez mieux fait
00:55:15d'apprendre par cœur
00:55:16le dictionnaire de l'Académie.
00:55:17J'y ai pensé,
00:55:18mais vous l'auriez reconnu.
00:55:22Ça n'est pas sûr.
00:55:24Je n'en suis encore
00:55:25qu'à la lettre A,
00:55:26mais je l'aurai bientôt terminé.
00:55:27Ah oui,
00:55:28vous n'en êtes encore
00:55:29qu'à la lettre A.
00:55:31C'est au signe A
00:55:32que figurent les mots
00:55:32Abac et Abajou,
00:55:34grâce auxquels
00:55:34j'ai eu l'honneur
00:55:35de vous conquérir.
00:55:36Oui, oui, oui, oui, oui, oui, oui.
00:55:48A bientôt,
00:55:50mon cher collègue.
00:55:58Eh bien, Gaspard.
00:56:00Ça y est,
00:56:01il m'a dit
00:56:01à bientôt,
00:56:02mon cher collègue.
00:56:03Et il sait tout.
00:56:04Il sait tout.
00:56:06Gaspard,
00:56:07demain,
00:56:07ta candidature
00:56:08sera dans tous les journaux.
00:56:09Ça va faire un de ses tapages.
00:56:11Monsieur Alouette,
00:56:11vous êtes célèbre.
00:56:13Ah ah ah !
00:56:26M. Gaspard,
00:56:43l'alouette,
00:56:44c'est bien ici.
00:56:46C'est pas ici.
00:56:49Allons,
00:56:49M. L'alouette,
00:56:50remettez-vous,
00:56:50que diable,
00:56:51je ne vais pas vous manger.
00:56:53Pardonnez-moi,
00:56:53j'ai oublié
00:56:54de me présenter.
00:57:00Eliphas,
00:57:01de Saint-Elme,
00:57:02de Taillebourg,
00:57:02de la Nox.
00:57:03Mon Dieu,
00:57:04mon Dieu.
00:57:06J'ai appris
00:57:07que M. L'alouette
00:57:08se présentait
00:57:08au poteu
00:57:09de Mgr d'Abbeville.
00:57:10Mais ce n'est pas vrai.
00:57:11J'ai tenu à venir
00:57:12vous féliciter moi-même.
00:57:14Mais ce n'était pas
00:57:14la peine de vous déranger,
00:57:15on vous a menti.
00:57:16En même temps,
00:57:17je n'aurais pas été fâché
00:57:17de dire un petit mot
00:57:18à M. Hippolyte Patard.
00:57:21Où est-il,
00:57:22M. Hippolyte Patard ?
00:57:25Hippolyte Patard ?
00:57:27Je ne connais pas.
00:57:29Alors,
00:57:29on m'a trompé
00:57:30à l'académie.
00:57:31C'est ça ?
00:57:32On vous a trompé
00:57:32à l'académie,
00:57:33on vous a tout à fait trompé.
00:57:34Il n'y a rien de fait.
00:57:36Vous auriez bien voulu
00:57:37que je me présente,
00:57:38que je m'assoie
00:57:38dans leur fauteuil,
00:57:39que je lise leur discours.
00:57:41Moi, ça ne me regarde pas.
00:57:42Je suis marchand de tableau,
00:57:43moi.
00:57:44Je gagne ma vie,
00:57:45honnêtement, moi.
00:57:46Tel que vous me voyez,
00:57:47M. Iliface,
00:57:48je n'ai jamais rien pris
00:57:49à personne.
00:57:50À personne.
00:57:50À personne.
00:57:51Ce n'est pas aujourd'hui
00:57:52que je commencerai.
00:57:53Ce fauteuil est à vous.
00:57:54Vous seuls en êtes dignes.
00:57:55Prenez-le.
00:57:57Gardez-le,
00:57:57je n'en veux pas.
00:57:59Mais,
00:58:00moi non plus,
00:58:01je n'en veux pas.
00:58:02Vous pouvez bien le prendre
00:58:03si ça vous fait plaisir.
00:58:06Vous parlez sérieusement ?
00:58:09Je parle toujours sérieusement.
00:58:14Nous vous croyions au Canada.
00:58:15C'est exact,
00:58:16on arrive.
00:58:17Ah, vraiment ?
00:58:18Et quand, M. Iliface,
00:58:20êtes-vous arrivé du Canada ?
00:58:22Mais ce matin,
00:58:23Mme Lalouette.
00:58:24Ce matin même,
00:58:25j'ai débarqué au Havre.
00:58:27Il faut vous dire
00:58:27que je vivais là-bas
00:58:28comme un sauvage
00:58:29et que j'ai parfaitement ignoré
00:58:30toutes les arneries
00:58:30qui se sont débitées
00:58:31en mon absence
00:58:32à propos du fauteuil
00:58:33de Mgr d'Abbeville.
00:58:35J'ai appris
00:58:36les tristes événements
00:58:37qui ont accompagné
00:58:37les dernières élections
00:58:38chez un ami
00:58:39qui m'a offert
00:58:39à déjeuner ce matin.
00:58:40J'ai su que l'on m'avait
00:58:41cherché partout
00:58:42et j'ai résolu immédiatement
00:58:43de tranquilliser tout le monde
00:58:45en allant voir
00:58:46cet excellent,
00:58:47M. Patard.
00:58:48Oui, oui.
00:58:49Je me suis donc rendu
00:58:51chez la famille
00:58:51à l'Académie.
00:58:52Le concierge m'a répondu
00:58:53que M. Patard
00:58:54voulait le partir
00:58:55avec quelques-uns
00:58:56de ces messieurs
00:58:56chez M. Lalouette
00:58:5732 bis rue Lafitte
00:58:59qui venait de poser
00:59:00sa candidature
00:59:01à la succession
00:59:01de Mgr d'Abbeville.
00:59:05Il paraît
00:59:05que je me suis trompé
00:59:06puisque vous ne connaissez
00:59:07pas M. Patard.
00:59:10M. il sort d'ici.
00:59:12Tout ce que vous nous dites
00:59:13est trop naturel
00:59:14pour que nous essayions
00:59:15de jouer au plus fin.
00:59:16Oui, oui,
00:59:16j'ai posé ma candidature.
00:59:18Persuadez qu'un homme
00:59:19comme vous
00:59:19ne saurait être
00:59:19un assassin
00:59:20et sûr
00:59:21que tous les autres
00:59:22étaient des imbéciles.
00:59:24Merci.
00:59:28Soyez
00:59:29académiciens,
00:59:31M. Lalouette,
00:59:32soyez-le en toute tranquillité,
00:59:33en toute sûreté.
00:59:35Quant à moi,
00:59:36je ne suis,
00:59:36soyez-en persuadé,
00:59:38qu'un pauvre homme
00:59:39comme les autres.
00:59:40Je me suis cru
00:59:41au moment
00:59:41au-dessus de l'humanité
00:59:42parce que j'avais
00:59:43beaucoup étudié
00:59:44et beaucoup pénétré.
00:59:45La triste humiliation
00:59:47que j'ai subie
00:59:47lors de mon échec
00:59:48à l'Académie
00:59:48m'a ouvert les yeux
00:59:51et j'ai résolu
00:59:52de me châtier,
00:59:53de me rabaisser.
00:59:55Je me suis condamné
00:59:57à la retraite.
00:59:59J'ai suivi en stade
01:00:00la règle
01:00:01de ces admirables religieux
01:00:02qui astreignent
01:00:03les plus intelligents
01:00:04d'entre eux
01:00:04aux plus ruts
01:00:04de travaux manuels.
01:00:06Au fond,
01:00:07tout au fond
01:00:08des forêts du Canada,
01:00:09j'ai travaillé
01:00:10de mes mains
01:00:11comme le plus vulgaire
01:00:13des trappeurs.
01:00:16Et je reviens
01:00:17aujourd'hui en Europe
01:00:19pour placer
01:00:20ma marchandise.
01:00:23Mais que faites-vous
01:00:25donc ?
01:00:25Oui, que faites-vous
01:00:26donc, mon cher monsieur ?
01:00:30Je suis
01:00:32marchand
01:00:32de peau
01:00:33de lapin.
01:00:41Marchand
01:00:42de peau
01:00:42de lapin.
01:00:52Marchand
01:00:54de peau
01:00:55de lapin.
01:01:08Gaspard Lallouet !
01:01:09Il a osé !
01:01:10Je ne crains pas la mort !
01:01:11Le courage
01:01:12du Gaspard Lallouet !
01:01:13Déclare le candidat suicide !
01:01:14Élu à l'unanimité !
01:01:16Force l'admiration !
01:01:17Tous les détails !
01:01:19Tous les détails !
01:01:20L'encadrement
01:01:21considéré
01:01:22comme un des beaux-arts.
01:01:25Ce titre
01:01:25me rappelle quelque chose.
01:01:28Voyons.
01:01:37Le cadre
01:01:38est au tableau
01:01:39ce que la bille
01:01:40est à l'homme.
01:01:41Dieu soit loué,
01:01:42monsieur le secrétaire
01:01:43perpétuel,
01:01:44vous êtes là.
01:01:45Et que se passe-t-il ?
01:01:46Une lettre
01:01:47d'Éliphas.
01:01:53Mon cher
01:01:54monsieur Lallouet,
01:01:56maintenant que j'ai réfléchi,
01:01:57je suis à me demander
01:01:58s'il est vraiment
01:01:59aussi naturel
01:01:59que cela
01:02:00que trois académiciens
01:02:02meurent
01:02:02les uns après les autres
01:02:04avant de s'asseoir
01:02:05dans le fauteuil
01:02:06de Mgr d'Abbeville.
01:02:08Il dit
01:02:08« Ce n'est pas parce que
01:02:09je ne suis pas un assassin
01:02:11qu'il n'y a plus
01:02:11d'assassins sur Terre. »
01:02:13Mais je ne vois pas là
01:02:13de quoi vous alarmer.
01:02:16Il dit bien aussi
01:02:17« Ses réflexions
01:02:19ne doivent pas
01:02:19vous arrêter
01:02:20et il se peut très bien
01:02:21qu'il n'y ait aucune raison
01:02:22pour faire disparaître
01:02:23M. Gaspard Lallouet. »
01:02:24Vous croyez ?
01:02:25Mais oui !
01:02:27J'en suis certain.
01:02:29Cher ami,
01:02:30vous pouvez vous réjouir.
01:02:32Jamais il n'y aura eu
01:02:33sous la coupole
01:02:34une séance solennelle
01:02:35d'un aussi rayonnant éclat.
01:02:37Tous les académiciens
01:02:38seront là.
01:02:39Vous entendez ?
01:02:39Tous.
01:02:40Tous veulent,
01:02:41par leur présence,
01:02:42marquer la très particulière estime
01:02:44dans laquelle ils vous tiennent.
01:02:45N'y a-t-il pas
01:02:46jusqu'au grand Loustalot lui-même
01:02:47qui m'a annoncé
01:02:48qu'il assisterait à la séance ?
01:02:50Bien qu'on le voit rarement
01:02:52dans ce genre de cérémonie.
01:02:54Un M. Loustalot sera là.
01:02:56Mais oui !
01:03:00Eh bien !
01:03:01Oh, ça n'est sans doute
01:03:03pas bien grave
01:03:03mais je ne me suis pas bien conduit
01:03:05avec le grand Loustalot.
01:03:07Ah oui ?
01:03:08Une grande impolitesse.
01:03:09Je n'ai pas fait de visite
01:03:10au grand Loustalot.
01:03:12M. Lallouet,
01:03:13vous avez contrevenu
01:03:14à toutes nos règles.
01:03:15Je le sais bien.
01:03:16Vous avez insulté l'académie ?
01:03:18Non, M. le secrétaire perpétuel,
01:03:20telle n'était pas mon intention.
01:03:22Et peut-on savoir pourquoi
01:03:24vous n'avez pas rendu sa visite
01:03:25au grand Loustalot ?
01:03:26Je vais vous dire,
01:03:27M. le secrétaire perpétuel,
01:03:28c'est à cause d'Ajax et d'Achille
01:03:30et aussi du géant Toby.
01:03:32Vous,
01:03:32un homme si brave.
01:03:36Allons-y.
01:03:38Tout ça ?
01:03:39Chez le grand Loustalot.
01:03:40Nous avons un train dans 20 minutes.
01:03:42Je vous accompagne.
01:03:46M. le secrétaire perpétuel,
01:03:47je ne suis pas tranquille du tout.
01:03:50La lettre d'Éliface,
01:03:51le géant,
01:03:52les chiens
01:03:52et puis surtout
01:03:53ce grand cri déchirant humain.
01:03:56Quel grand cri déchirant humain ?
01:03:58Dans le temps,
01:03:59je suis allé voir le grand Loustalot
01:04:01bien avant d'être candidat
01:04:02et j'ai entendu à plusieurs reprises
01:04:04comme un cri déchirant humain.
01:04:07Un cri déchirant humain ?
01:04:09Oui.
01:04:10Alors,
01:04:11la campagne est déserte,
01:04:12la maison est isolée,
01:04:13tant est que je n'y suis pas retourné.
01:04:15Je veux bien, moi,
01:04:16être de l'académie,
01:04:17mais je ne veux pas être assassiné.
01:04:19Nous y sommes prêts,
01:04:19c'est-vous donc un peu ?
01:04:23Attention aux chiens.
01:04:24Oh.
01:04:24Mais s'ils nous voient...
01:04:26Mais puisque je vous dis
01:04:26que je les connais depuis longtemps
01:04:27et qu'ils ne vous feront aucun mal.
01:04:29Alors, marchez devant.
01:04:44Il y a quelqu'un ?
01:04:47Voici le cri.
01:04:49Le grand cri déchirant humain.
01:04:51Il est peut-être arrivé un accident.
01:04:53Il faudrait voir.
01:04:54Non, non, maman,
01:04:55c'est le cri, je le reconnais.
01:04:58Écoutez.
01:04:58Ça recommence.
01:05:02Ça vient du laboratoire.
01:05:06C'est peut-être le Moustallo
01:05:08qui se trouve mal.
01:05:26C'est bizarre, il n'y a personne.
01:05:38Ça vient d'ici.
01:05:50Après tout, nous sommes deux.
01:06:04Êtes-vous mieux pour me délivrer ?
01:06:08Dans ce cas, dépêchez-vous
01:06:10car je les entends qu'ils reviennent
01:06:11et ils vous tueraient comme des mouches.
01:06:16Mettez-vous sourds.
01:06:18Je vous dis qu'ils vous tueraient comme des mouches.
01:06:21Comme des mouches,
01:06:22s'ils savaient que vous m'avez vu.
01:06:25Mais sauvez-vous.
01:06:27Sauvez-vous donc.
01:06:28Les voilà, je les entends.
01:06:31Le géant fait craquer la terre.
01:06:34Ah, malheur.
01:06:37Ils vont vous faire manger par les chiens.
01:06:41Les voilà, les voilà.
01:06:43Mais par où, par où ?
01:06:44Dans le recoin de la cheminée.
01:06:51Enfin, vieux fou,
01:06:53qu'il y a sinon aujourd'hui
01:06:53à laisser toutes les portes ouvertes.
01:06:55Résultat, les chiens s'échappent
01:06:57et n'importe qui peut entrer.
01:06:58Dédé a crié.
01:07:07Tu as crié, Dédé.
01:07:08Tu es malade ?
01:07:09Toby, il a peut-être feu.
01:07:11Tu as fait, Dédé.
01:07:13Tenez, voilà la formule.
01:07:16Elle est complète.
01:07:21C'est prodigieux.
01:07:231 égale mc2.
01:07:25Mais tu es sûr, Dédé ?
01:07:26Comment as-tu trouvé ça ?
01:07:28Grâce à la déviation des rayons lumineux.
01:07:32J'ai refait 20 fois les calculs.
01:07:35L'énergie est égale à la masse
01:07:38multipliée par la vitesse de la lumière
01:07:41élevée au carré.
01:07:43On ne dira plus que la matière est inerte.
01:07:45La matière, c'est de l'énergie concentrée.
01:07:49Quel génie.
01:07:51Qu'est-ce que tu veux pour ta peine ?
01:07:53Je voudrais bien des confitures
01:07:56et un bon verre de vin.
01:07:57Ce soir, tu peux lui donner un bon verre de vin.
01:07:59Ça ne va pas lui faire du mal.
01:08:01Avec cette formule, je deviendrai le maître du monde.
01:08:06Assasin !
01:08:07Bandit !
01:08:08Voleur, nous salauds !
01:08:10Monstre !
01:08:11À qui je donne la gloire
01:08:12et qui me paye d'un mancheau de pain !
01:08:15Que de châtirin !
01:08:17On ne peut pas détruire l'univers.
01:08:19Il viendront les hommes qui me délivreront.
01:08:22Je te traînerai comme une charogne
01:08:24avec une pique de bouchée
01:08:26par la peau du cou.
01:08:27Fais-le taire !
01:08:28Non, je ne me taire pas !
01:08:30Par la peau du cou !
01:08:31Par la peau du cou !
01:08:33Non !
01:08:34Non !
01:08:35Au secours !
01:08:36Au secours !
01:08:37Ah, je me taire !
01:08:39Je me taire !
01:09:00Vous pouvez approcher.
01:09:02Ils sont partis.
01:09:09Êtes-vous morts ?
01:09:14Oh !
01:09:16Vous pouvez avancer.
01:09:19Ils ne reviendront plus de la nuit.
01:09:21Et la trappe est fermée.
01:09:29Mon pauvre monsieur.
01:09:31Nous avons cru qu'il vous assassinait.
01:09:34Vous êtes resté caché tout de même ?
01:09:37Et y a-t-il un moyen pour sortir d'ici
01:09:39sans être surpris ?
01:09:41Bien sûr.
01:09:42Par cette porte
01:09:44qui donne sur un escalier
01:09:45menant directement dans la cour.
01:09:49Elle est fermée !
01:09:52Mais maintenant,
01:09:53j'ai la clé.
01:09:55Je l'ai prise dans la poche de Toby.
01:09:58Je me suis fait taire
01:09:59pour qu'il vienne dans ma cage.
01:10:03Mon pauvre monsieur.
01:10:06Oui, je suis à plaindre.
01:10:08Allez !
01:10:09Ils ont des façons terribles
01:10:11de me faire taire.
01:10:13Vous croyez que nous allons pouvoir sortir ?
01:10:16Viendrez-vous me chercher ?
01:10:18Nous vous le jurons.
01:10:19On me l'a déjà juré.
01:10:20Non.
01:10:22Mais vous ne...
01:10:23Vous ne sortez jamais ?
01:10:26Enchaînez !
01:10:28Une heure par jour
01:10:29quand il ne pleut pas.
01:10:33Le sien.
01:10:34Le sien, nous ne pourrons jamais sortir.
01:10:36Mais qui dit l'embêtant, ce gros-là ?
01:10:38Vous sortirez quand je vous le dirai.
01:10:42Il faut attendre que Toby l'aurait donné à manger.
01:10:46Quand ils mangent, ils ne connaissent plus rien, ni personne.
01:10:52Mais...
01:10:53Si je comprends bien toutes les inventions du grand Loustalot...
01:10:58Oui, c'est moi.
01:11:02La radioactivité, le cohéreur, la spectroscopie des spectres.
01:11:09Et alors ?
01:11:11Moi qui ai fixé à 92 jusqu'à l'uranium, le nombre des éléments.
01:11:18Moi qui viens de découvrir la relation entre la matière et l'énergie.
01:11:23Et le secret de Todd ?
01:11:25Est-il bête, ce gros-là ?
01:11:28Ça, à côté du reste, c'est une broutille.
01:11:32Eh oui, c'est une...
01:11:36Mais encore...
01:11:39Qu'est-ce qu'un homme, messieurs ?
01:11:44Une poussière...
01:11:48Accrochée à une autre poussière...
01:11:52Et qui se déplace dans l'infini de l'espace et du temps.
01:12:00Et la vie ?
01:12:02La vie n'est que le rassemblement hasardeux de quelques molécules liées et déliées par l'énergie du solaire.
01:12:12Quoi de plus simple que de dissocier ces molécules par des moyens physiques.
01:12:20Tuer un homme est à la portée du premier immécile venu.
01:12:25Alors, le problème était simple.
01:12:28Tuer par l'odeur, par la lumière, par le son.
01:12:34Mais que sont ces sensations ?
01:12:37Des molécules.
01:12:39Des atomes qui se déplacent et vibrent et qui sont reçus par un récepteur différent.
01:12:46Le nid, l'œil, l'oreille.
01:12:50C'est plus simple que de calculer la fréquence de résonance qui fera éclater ce récepteur.
01:12:58Mais vous rendez-vous compte que vos travaux ont déjà provoqué la mort de trois hommes ?
01:13:05Je ne suis pas responsable de l'utilisation qui est faite de mes découvertes.
01:13:13Et puis, au début, je ne voulais pas travailler sur ces stupidités.
01:13:19Mais il m'a humilié de mon Tobie.
01:13:22Il disait qu'auprès d'un charlatan nommé Eliphas, je n'étais qu'un homme.
01:13:27Il m'énervait, me tarabustait.
01:13:30« Ah ! Quelle semaine ! »
01:13:33Il ne m'a laissé tranquille que lorsque je lui ai livré la formule des parfaits tragiques des rayons assassins
01:13:40et de la note qui tue.
01:13:46Une fausse note, d'ailleurs.
01:13:49Bien sûr.
01:13:50Mais, mais, c'est infâme.
01:14:03Eh oui.
01:14:06J'avoue que j'étais assez fier de mes combinaisons.
01:14:10Surtout de ma petite lanterne qui envoyait un rayon pan dans l'œil.
01:14:16J'avais placé à l'intérieur un tube de quartz.
01:14:20Qui produisait des doses énormes de rayons ultraviolets.
01:14:24Un petit accumulateur pour l'énergie.
01:14:28Un diaphragme et une lentille pour concentrer un rayon.
01:14:32Avec le tour était joué.
01:14:35Il suffisait de bien viser.
01:14:37Le choc sur la rétine était tel que tout le système nerveux s'inhibait.
01:14:42Et les réflexes moteurs qui commandent au cœur et à la respiration cessaient.
01:14:48C'est une terrible petite lanterne qui tuerait les gens comme des mouches.
01:14:56Aussi vrai que je suis le professeur d'aide.
01:14:59Mais, n'y a-t-il pas, monsieur le professeur, un moyen pour empêcher ce terrible...
01:15:04C'est plus simple du coton dans le nez, dans les oreilles et des lunettes bleues.
01:15:13Ça y est, Lucien mange.
01:15:15Tenez vite, partez.
01:15:17Mais n'oubliez pas, revenez.
01:15:20Revenez pour me délivrer.
01:15:22Comptez sur nous.
01:15:23Non, vous allez mourir.
01:15:28Mourir.
01:15:30Comme les autres.
01:15:35Comme les autres.
01:15:37Comme les autres.
01:16:09Nous voulons apprendre un secret horrible.
01:16:12Le secret du grand loustalot.
01:16:14Notre devoir est de faire délivrer ce malheureux dès demain.
01:16:16Le délivrer, oui, mais pas demain, l'alouette.
01:16:19Pas demain.
01:16:20C'est le jour de votre réception et rien ne saurait la retarder.
01:16:24Il faut choisir, l'alouette.
01:16:26Entre cet homme et l'académie.
01:16:28Moi, je choisis l'académie.
01:16:32Mais vous croyez que...
01:16:33Du courage, l'alouette, du courage.
01:16:36Quand on est immortel, c'est jusqu'à la mort.
01:16:43La série noire va-t-elle continuer ?
01:16:47Il est condamné.
01:16:48Il faut l'encourager.
01:16:49Accompagne-nous-le.
01:16:51Jusqu'à sa dernière demeure.
01:17:04Tiens, tiens.
01:17:05Vous portez lunettes maintenant, monsieur le secrétaire perpétuel ?
01:17:08Et monsieur Gaspard l'alouette aussi ?
01:17:11Monsieur l'alouette et moi avons découvert que nous avions la vue un peu fatiguée.
01:17:16N'avez-vous pas découvert cela chez moi hier soir ?
01:17:19Mon parapluie...
01:17:20Je ne vous le fais pas dire.
01:17:22Vous dites que je suis distrait, mais le serais-je jamais autant que vous
01:17:25qui oubliez le parapluie le plus aimé du monde ?
01:17:28Je l'ai soigné, ce parapluie, comme s'il avait été mon parapluie à moi.
01:17:37Sacriège !
01:17:39Vous avez frappé Richelieu, en faux.
01:17:43Vous êtes des voleurs.
01:17:45Des voleurs !
01:17:46Deux voleurs de monstres.
01:17:49Il a fallu que vous descendiez dans la gare.
01:17:51Et vous avez vu Dédé.
01:17:53Enlevez-le vos lunettes, ton imbécile !
01:17:55Le coton, les lunettes et tout le patacan, toute la folie de Dédé.
01:18:00Et qu'il me fait mes inventions pour un morceau de pain.
01:18:03Et le secret de tante et la lanteur de qui tue.
01:18:06Toute la folie, toute la folie de Dédé.
01:18:09Qu'est-ce qu'il a bien pu ne pas vous dire, le pauvre cher fou ?
01:18:12Le pauvre cher fou.
01:18:14Le pauvre cher fou.
01:18:16Le pauvre cher enfant.
01:18:19Mon enfant, mon fils.
01:18:23Comprenez-vous maintenant ?
01:18:25Mon fils est fou.
01:18:27Fou dangereux.
01:18:29Un jour, on lui a retiré des mains à une petite fille qu'il avait presque étranglée, afin de reprendre
01:18:35dans sa gorge ce qu'elle avait pour chanter.
01:18:38Ah non, non, il faut pas le dire, on me le prendrait.
01:18:40C'est mon fils unique.
01:18:42Mon petit, mon petit, mon pauvre petit.
01:18:47Je le soigne au mieux, mais les médecins l'ont condamné.
01:18:52Sera-t-il même vivant demain ?
01:18:56Vous n'avez qu'à parler pour qu'on me vole, mon fils.
01:19:00Serez-vous des voleurs d'enfants ?
01:19:06Nous ne dirons rien.
01:19:08Mais, et les trois morts ?
01:19:14Croyez-vous que je n'ai pas été plus épouvanté que vous.
01:19:17Le destin seul est coupable.
01:19:23Ils sont morts parce qu'ils ne se portaient pas bien.
01:19:29Mais vous, monsieur, vous, vous avez une bonne santé.
01:19:36Ça dépend des jours.
01:19:38Messieurs, aujourd'hui, un devoir sacré nous anime.
01:19:45Assurez la pérennité de l'Académie française.
01:19:48Monsieur Lalouette, êtes-vous prêt ?
01:19:51Oui, monsieur, le secrétaire perpétuel, toujours prêt.
01:19:55Allons, monsieur, allons.
01:20:23Bravo !
01:20:25Bravo !
01:20:47Mesdames, messieurs, mes chers collègues,
01:20:52Monseigneur d'Abbeville était comme moi un enfant du peuple.
01:20:57La culture populaire est en marche.
01:21:06Avec moi, ça ne réussira pas.
01:21:10Parce que moi, je ne sais pas lui.
01:21:39C'est remarquable.
01:21:43J'en suis sûr.
01:21:46Mais tout s'embrouille.
01:21:50Je suis trop vieux.
01:21:53Trop vieux.
01:21:56Trop vieux.
01:21:58Qu'est-ce qui est-il ?
01:22:03Qu'est-ce qui est-il ?
01:22:04C'est parti.
01:22:39Entrez.
01:22:44Ah, mon cher Lalouette, je vous ai demandé d'urgence car je viens de recevoir un document de la plus
01:22:52haute importance.
01:22:54Tenez, lisez.
01:22:55Mais, monsieur le secrétaire perpétuel...
01:22:57Ah oui, j'oubliais.
01:23:01Monsieur Lalouette, à cette heure, le grand Loustalot n'est plus. Il s'est fait justice.
01:23:08Ceci est sa confession.
01:23:10Il a agi par orgueil. Cet homme s'était déifié lui-même, funeste aveuglement de l'âme.
01:23:16C'était donc vrai.
01:23:18Oui.
01:23:18Tout était vrai.
01:23:20C'est Martin Latouche qui avait raison. Il disait qu'il n'y a pas eu de plus grand crime
01:23:25sur la Terre.
01:23:26Si, il y en eut un plus grand.
01:23:28Et lequel ?
01:23:31Celui de faire entrer à l'Académie française quelqu'un qui ne sait ni lire ni écrire.
01:23:36Ce crime, c'est moi qui l'ai commis.
01:23:38Nous sommes innocents, monsieur le secrétaire perpétuel.
01:23:41Mais ce crime ne se perpétuera pas. Je veux réparer ma faute.
01:23:45Lalouette, prenez place ici.
01:23:49C'est le fauteuil de Monseigneur Dabdil.
01:23:52Seriez-vous superstitieux ?
01:24:00Suivez-moi.
01:24:09Le grand Loustalot a payé sa dette.
01:24:12Vous, la lointre, allez payer la vôtre.
01:24:17Mais enfin, ça n'est pourtant pas bien difficile.
01:24:21Répétez après moi.
01:24:25B-A, B-A
01:24:27B-E, B
01:24:31B-I, B
01:24:35B-O, B-O
01:24:40B-U, B
01:24:44Da, be, di, bo, bu.
01:24:47Da, be, di, bo, bu.
01:25:16Da, be, di, bo, bu.
01:25:44Da, be, di, bo, bu.
01:26:14Da, be, di, bo.
01:26:44Da, be, di, bo.
01:27:14Da, be, di, bo.
01:27:44Da, be, di, bo.
01:28:14Da, be, di, bo.
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