00:00Le petit matin Sud Radio, 5h07, Benjamin Glaze.
00:06Bientôt 6h40, Sud Radio, la vie en vrai.
00:08La journée s'annonce encore difficile aujourd'hui sur le front des intempéries.
00:12Les dégâts, eux, sont déjà assez colossaux.
00:15Et parmi les victimes, assez colossaux, il y a parmi les victimes, les agriculteurs
00:18qui subissent de plein fouet ces inondations et ces pluies records.
00:22Témoignage ce matin d'un céréalier en Haute-Garonne.
00:25Bonjour Jean-François Lamassé.
00:27Bonjour Benjamin Glaze.
00:29Et bienvenue sur Sud Radio.
00:31Et merci pour votre invitation.
00:33C'est important de vous entendre effectivement, puisque vous n'êtes pas le seul agriculteur
00:37à subir ces inondations.
00:39Vous êtes à Sabonner, c'est à la limite du Gers, 150 hectares de culture céréalière.
00:45Vous avez subi ces fortes pluies.
00:48A quoi ressemble ce matin votre exploitation, Jean-François Lamassé ?
00:52Disons qu'aujourd'hui, pour l'instant, on commence à avoir un léger aperçu.
00:56Mais bon, le problème, c'est qu'aujourd'hui, on a des baies qui s'asphyxient, on a des endroits
01:00où c'est inondé.
01:01Moi, je suis dans une région de...
01:03Enfin, de mon côté, c'est des coteaux.
01:04Donc, dans les bas-fonds, ce qu'on appelle les bas-fonds, les bas de coteaux, ça commence à être
01:11inondé.
01:13Il y a un phénomène qu'on n'arrive pas à expliquer, la pluie qui est tombée, c'est que
01:19même en remontant maintenant sur les coteaux,
01:22on commence à avoir du terrain qui est en train de devenir du marécage, quoi.
01:26Donc, les blés commencent à jaunir.
01:28Ça veut dire que même sur les hauteurs, on n'est pas protégé, quoi.
01:31Voilà.
01:31Même en remontant maintenant sur les hauteurs, on commence à avoir douloureux.
01:34Alors, le problème, c'est que si ça serait arrêté à maintenant, je pense qu'il y a au moins
01:40une perte de rendement au moins de 30%.
01:43Voilà.
01:45C'est dur à évaluer aujourd'hui, mais quand on regarde un peu les choses, comme hier, il faisait soleil
01:50en fin d'après-midi,
01:51quand on regardait à beaucoup d'endroits, on voyait des blés très pâles, un joli sang.
01:55Donc, c'est un début d'asphyxie.
01:56Le problème, c'est qu'ils en renoncent pour aujourd'hui et qu'ils en renoncent pour la semaine prochaine,
02:02quoi.
02:04On n'en voit pas le bout, quoi.
02:05C'est ça qui est aussi incroyable avec ce phénomène, c'est qu'il dure, il dure.
02:10Tout à fait.
02:11Bon, après, le problème qui se passe, moi, je vois dans des villages, à la télévision, là, où c'est
02:17tout inondé,
02:18le problème, c'est qu'ils sont dans des creux, mais le problème, c'est qu'avec les écologistes,
02:21on n'a plus le droit de toucher un arbre, on n'a plus le droit de nettoyer un cours
02:26d'eau.
02:27On ne veut pas faire de lacs, parce que si on ferait des lacs en avant et en amont des
02:31villages,
02:32peut-être qu'on arriverait à limiter, je ne dis pas qu'il n'y aurait plus d'inondations.
02:35Parce que vous, ce que vous demandez, ce sont des retenues d'eau qui permettraient, selon vous,
02:39notamment, de lutter contre ces inondations, en tout cas, en partie.
02:44Déjà, ça limiterait, mais en plus, imaginez en ce moment toute l'eau qui part à la mer.
02:49Imaginez le gaspillage d'eau.
02:51Et cet été, si ça se trouve, on sera en sécheresse, on n'aura pas d'eau.
02:56Mais on marche sur la tête, quoi.
02:58On a des sourds...
02:59Et puis, on a voulu trop imposer certaines normes.
03:02Je vous dis, on ne peut plus nettoyer de cours d'eau,
03:05on ne peut plus toucher un arbre.
03:09Donc, voilà.
03:09Et donc, le problème, c'est qu'avant, on élaguait et donc, on limitait la classe.
03:15Et voilà.
03:15Mais aujourd'hui, toutes ces branches qui tombent dans les cours d'eau, elles font barrage.
03:21Il faudra combien de temps, là ?
03:22Vous avez votre exploitation qui est aujourd'hui sous l'eau.
03:25Il faudra combien de temps avant que tous ces champs n'absorbent, finalement, cette eau ?
03:30Moi, pour moi, il faudrait au moins, avant de pouvoir rentrer dans les champs,
03:35juste pour dire le minimum, c'est-à-dire de passer dans les gels légers, quoi,
03:39pour mettre de l'engrais ou pour désherber, des trucs comme ça.
03:43Moi, je pense qu'il faut au moins trois semaines par le plus petit bout,
03:45par le plus petit bout, de beau temps.
03:47Voilà.
03:48Et avant de retoucher les sols, il faut au moins moins de vie.
03:51Au moins un mois et demi, avant de pouvoir retoucher les sols, quoi.
03:56Bon, après, il y a des endroits où c'est plus drainant que d'autres.
03:59Nous, dans les coteaux, c'est des argile au calcaire,
04:01donc l'argile retient beaucoup l'eau,
04:07donc c'est beaucoup plus compliqué à travailler.
04:09Donc voilà, quoi.
04:10Mais après, il ne faut pas se leurrer.
04:14Un blé qui est sous l'eau depuis 5, 6, 7 jours, 8 jours maximum, il est mort.
04:20Oui, bien sûr.
04:21Et en plus, le gros problème qu'on a, c'est que vu au prix de la remise en place
04:26d'une culture,
04:27au prix des charges qu'on a sûrement dans l'agriculture,
04:29au prix des céréales qui se cassent la gueule tous les jours,
04:32je ne sais même pas si ça vaut le coup de refaire une culture.
04:3530%, 30% vous dites à peu près de pertes au niveau de votre récote.
04:39Moi, je pense qu'aujourd'hui, on a un minimum de 30% impacté sur le sol.
04:44Minimum.
04:45En pertes financières, ça va représenter quoi pour vous, Jean-François Lamassé ?
04:50C'est très dur à évaluer, là, maintenant.
04:51C'est très dur à évaluer, maintenant.
04:53Mais moi, je pense que...
04:59Une exploitation comme la mienne, 15-20 000 euros, on va les perdre.
05:03Il y a 15-20 000 de banques à gagner, on va dire.
05:08Et puis en plus, cette année, on a encore notre souci.
05:10Comme je disais tout à l'heure, les charges sont très élevées, l'engrais flambe.
05:14Et en plus...
05:15Tout ça se cumule.
05:18Et puis, tout cette pluie, après, des épisodes de sécheresse à répétition
05:22que vous avez vécu vous-même, Jean-François Lamassé.
05:24Oui, oui, oui, tout à fait, tout à fait.
05:28Le problème, c'est qu'on ne maîtrise plus rien.
05:30Et puis, je vous dis, là, ils ont parlé du tunnel de céréalière de 35 millions.
05:34Divisez-le par 450 000 agriculteurs en France.
05:38C'est des peanuts, quoi.
05:40Des peanuts.
05:41C'est rien du tout.
05:41C'est un truc comme 40 ou 50 euros.
05:44Mais vous avez 50 euros.
05:46Voilà, mais bon, c'est pas assez élevé, quoi.
05:50C'est pas assez élevé.
05:52Il y a d'une part...
05:53Et puis, on n'a pas aujourd'hui une conjoncture agricole favorable.
05:57On n'a pas un gouvernement qui a vraiment envie de s'impliquer dans l'agriculture.
06:00Voilà.
06:02Et aujourd'hui, on est au diktat de Mme Van der Leyen.
06:05Et qui, elle, ne passe quelque chose, c'est la banque des voitures.
06:08Et elle n'en a rien à foutre en panpouillement des agriculteurs français, quoi.
06:11Vous pensez notamment...
06:14Je pense que si ça ne se passe rien...
06:16Vous estimez que l'Europe ne vous protège pas, en tout cas.
06:18Ah non, non, non.
06:19Mais c'est clair qu'on n'est pas protégés.
06:21C'est clair qu'on n'est pas protégés.
06:22Je vais vous dire, les agriculteurs, on paye une partie de la guerre en Ukraine.
06:25Donc, il ne faut pas se leurrer, quoi.
06:27Non, on a nos primes chaque année, on a nos vêtements qui descendent du jour au jour.
06:33Oui, oui, effectivement, c'est important de rappeler aussi la difficulté dans laquelle vous êtes,
06:37Jean-François Lamassé, comme de nombreux autres agriculteurs.
06:40En tout cas, merci pour votre témoignage ce matin.
06:42Il était important de pouvoir l'entendre.
06:44Je vous souhaite surtout bon courage à vous pour la suite.
06:47Jean-François Lamassé, je rappelle, vous êtes céréalier du côté de Sabonner.
06:50C'est en Haute-Garonne.
06:52Merci d'avoir accepté de témoigner ce matin sur Sud Radio.
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