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Agressions entre agriculteurs, accaparement des terres, menaces contre des élus de la République, atteintes à l'environnement, aux humains, au vivant : le système agro-industriel productiviste s'impose, aujourd'hui, en France par la violence, dégradant les rapports entre paysans, abîmant leurs relations avec la terre et leurs animaux. Comment ce modèle économique, introduit durant l'après-guerre afin de moderniser l'agriculture et de nourrir les Français, est-il devenu en quelques décennies un système maltraitant qui peine à se réformer ? Des paysans, des experts et des décideurs du monde agricole, las de constater et de subir cette violence dans leur quotidien, livrent leurs témoignages.
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00:00:01...
00:00:09J'ai vu plusieurs gens laisser crever les vaches,
00:00:12laisser crever les cochons, se suicider, ça existe vachement.
00:00:18Si tu restes tout seul dans ta ferme, que tu n'en prends la personne,
00:00:22à la fin tu prends ta corde.
00:00:33...
00:00:39...
00:00:48Je m'appelle Nicolas Le Gendre, je suis fils de paysan breton et journaliste.
00:01:00Au fil de 10 années d'enquête, j'ai recueilli ces témoignages anonymes d'agriculteurs,
00:01:05d'éleveurs, de décideurs du monde agricole.
00:01:10Il dénonce un système économique qui perdure depuis des décennies grâce à la violence.
00:01:17Violence à l'égard des paysans, de l'environnement et même des représentants de l'État.
00:01:25Ce modèle agricole a un nom, le système productiviste.
00:01:32Longtemps, il a imposé le silence.
00:01:36Mais aujourd'hui, devant le désastre écologique et humain, la parole se libère.
00:01:44Comment définir un tel système ? Quel mot vous metriez-vous dessus ?
00:01:48Je ne sais pas.
00:01:50Vous me prenez un peu au dépourvu, là, mais c'est une mafia.
00:01:55C'est un système qui a bien des égards à une dimension totalitaire.
00:02:01C'est-à-dire qui ne supporte pas d'être remis en cause, qui va prendre des libéralités avec l
00:02:08'État de droit
00:02:08et qui va faire fi de ce que peuvent vivre et penser le reste de la population.
00:02:18C'est compliqué de dire « on s'est trompé ».
00:02:22Mais moi, il m'a fallu beaucoup de temps à accepter que je m'étais trompé,
00:02:26que l'agriculture auquel j'avais cru pendant des années,
00:02:29ce n'était pas une agriculture qui allait nourrir la France,
00:02:32ce n'était pas une agriculture qui allait faire vivre ses paysans.
00:02:56La violence du système productiviste,
00:02:58c'est d'abord celle subie par ces milliers d'agriculteurs et éleveurs français
00:03:02qui, chaque année, jettent l'éponge.
00:03:07Vanessa et Samuel Péan ont décidé il y a quelques mois
00:03:10de mettre leur ferme en liquidation judiciaire.
00:03:13Avec le déchirement pour cette famille de voir partir leurs 80 vaches laitières.
00:03:22On a connu ce bâtiment-là plein de vie.
00:03:26Et c'est vrai que c'est difficile de le voir à l'abandon comme ça, en fait.
00:03:34Quand vous dites violence dans les champs, moi, je dirais même misère dans nos campagnes, quelque part.
00:03:37C'est un peu ça aussi.
00:03:39Cette misère à la fois dans le travail, dans les pressions, mais dans le regard des autres.
00:03:44Enfin, on a tout... tout est englobé.
00:03:47Je pense qu'on la ressentait, mais on ne l'avouait pas, cette violence au quotidien.
00:03:50C'est maintenant, quand on a arrêté, qu'on s'en rend compte, en fait, parce qu'on est libérés.
00:03:54Et on se dit, c'est de l'esclavage.
00:03:59Samuel a pourtant fait des jaloux lors de son installation il y a 14 ans.
00:04:04Fils de paysan, il disposait de nombreuses terres en plus de son cheptel.
00:04:10Cette aisance de façade a longtemps masqué un quotidien difficile.
00:04:1470 heures de travail par semaine, sans pouvoir même dégager un SMIC.
00:04:19Et des nuits sans sommeil pour rembourser 400 000 euros de dette.
00:04:25C'est pas parce qu'on est gros que ça marche, la preuve.
00:04:27Parce qu'aujourd'hui, plus on s'agrandit, moins on est riche, entre guillemets.
00:04:31Parce qu'on s'endette pour du matériel.
00:04:35C'est ce qui s'est passé à mon installation.
00:04:36C'est qu'on s'endette pour acheter du matériel, acheter de l'équipement.
00:04:40Il faut savoir que dans le milieu agricole, on investit,
00:04:43mais pour nourrir les autres, pas pour se nourrir finalement.
00:04:46Donc c'est notre rémunération, en fait, qui en prend un coup, tout simplement.
00:04:49Mais pendant ce temps-là, on nourrit les industriels, on nourrit les coopératives, les partenaires.
00:04:56Et c'est un engrenage.
00:04:58Dès qu'un emprunt est terminé, il faut en refaire un autre.
00:05:05Investir, s'agrandir, s'endetter pour produire toujours plus ou disparaître.
00:05:11Cette logique économique féroce s'est imposée dès les lendemains de la Seconde Guerre mondiale.
00:05:241945.
00:05:26La France est un pays en ruine, qui crie famine,
00:05:29libérée des Allemands, mais toujours soumise au ticket de rationnement.
00:05:34Comment nourrir ces villes, où le mécontentement gronde, faute de pain ?
00:05:43Dans les campagnes, le monde agricole est un patchwork de langues,
00:05:47de cultures et de terroirs jalonnés de milliers de fermes familiales.
00:05:54Décimée par la guerre, en manque de bras,
00:05:57cette paysannerie ne parvient plus à subvenir aux besoins des Français.
00:06:04Dans ce pays où tout est à reconstruire,
00:06:07le secteur agricole, présenté comme archaïque par les partisans du changement,
00:06:11devient une priorité de l'État.
00:06:19Travaillons, mes amis, produisons, nourrissons nos frères.
00:06:24Et notre pays, sauvé par le travail de ces paysans et de ces ouvriers,
00:06:29montrera au monde son vrai visage, le visage de l'espérance.
00:06:36En 1946, naît la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles,
00:06:41la FNSEA.
00:06:45Son président, Eugène Forget, promet une unité du monde paysan
00:06:49qui fait fi des dissensions et se tourne vers un seul objectif,
00:06:53moderniser l'agriculture pour produire plus
00:06:55et parvenir à l'autosuffisance alimentaire.
00:07:03Le plan Marshall va faciliter cette métamorphose.
00:07:08Aux États-Unis, l'agriculture a déjà connu sa révolution.
00:07:13Le système productiviste est devenu en quelques années
00:07:16le modèle agricole de référence.
00:07:23Ses principes tiennent en quelques mots.
00:07:27Augmenter les rendements agricoles grâce à la mécanisation,
00:07:32aux engrais et pesticides de synthèse
00:07:36et à l'alimentation animale importée, telle que le soja.
00:07:40Et limiter ainsi le recours à la main-d'œuvre paysanne.
00:07:47La France embrasse ce nouveau modèle.
00:07:50Les cargos en provenance des États-Unis
00:07:52débarquent tracteurs et autres matériels agricoles.
00:07:58Le productivisme est une rupture générationnelle.
00:08:01Celle de ces jeunes paysans,
00:08:03là de subir le joug des patriarches,
00:08:06séduits par les promesses du progrès,
00:08:07à l'image de la société française des Trente Glorieuses.
00:08:13Aux environs de Chartres,
00:08:14de jeunes agriculteurs français
00:08:15qui reviennent d'un voyage d'études aux États-Unis
00:08:17ont visité une ferme équipée de nouveaux matériels agricoles.
00:08:23Fort de l'expérience acquise
00:08:24lors de leur passage dans les immenses exploitations agricoles
00:08:27du Middle West,
00:08:28les jeunes stagiaires ont pu apprécier
00:08:29le fonctionnement des nouvelles machines
00:08:31et retirer de précieux enseignements
00:08:33quant à leur utilisation et à leur rendement.
00:08:42Le modèle, c'est un modèle productiviste.
00:08:45C'est ce que me racontent encore
00:08:47les paysans depuis longtemps en retraite
00:08:49en me disant
00:08:50« Tu vois ma main,
00:08:54je prenais une poignée d'engrais
00:08:57pour chaque pied d'artichaut. »
00:09:02Je ne me suis jamais demandé
00:09:04si c'était trop.
00:09:06On peut parler d'idéologie,
00:09:09mais c'était une idéologie
00:09:10à l'époque qui était vécue comme positive.
00:09:12C'est-à-dire que c'était effectivement
00:09:14la marque du progrès.
00:09:16Il fallait en passer par là.
00:09:18Et puis aussi,
00:09:19il ne faut pas non plus mythifier
00:09:21la vie du paysan d'avant.
00:09:23C'était une vie qui était dure.
00:09:27À la fin des années 50,
00:09:29le productivisme n'en est qu'à ses balbutiements,
00:09:31mais rapidement,
00:09:32la production augmente.
00:09:36Dans certaines filières,
00:09:38la France passe de la pénurie
00:09:40à la surproduction
00:09:40et à la baisse des prix
00:09:42des produits agricoles.
00:09:45Déjà d'actualité,
00:09:47c'est paysans qui ne tirent pas profit
00:09:49des promesses de la modernisation.
00:09:54Pour examiner le malaise paysan,
00:09:56nous avons écouté les doléances
00:09:57des cultivateurs.
00:09:59Quels sentiments éprouvent-ils ?
00:10:01Beaucoup de découragement,
00:10:02principalement chez les jeunes.
00:10:04Et d'où vient ce découragement ?
00:10:06Parce qu'il n'y a pas de rémunération
00:10:07vis-à-vis des travaux
00:10:09et des produits que l'on vend.
00:10:11Vous regrettez de ne pas avoir de vacances ?
00:10:13Naturellement.
00:10:14Vous regrettez le manque de loisirs ?
00:10:15Il n'y a aucun loisir chez nous.
00:10:17C'est pas connu ça.
00:10:18La campagne, c'est l'esclave.
00:10:26La colère de ces agriculteurs
00:10:28gagne le pays,
00:10:29avec son lot de blocages
00:10:30et ses accès de violence.
00:10:33Un mort et 150 blessés
00:10:35à Amiens en 1960.
00:10:42Le tracteur, symbole de progrès,
00:10:45devient l'arme du mécontentement paysan.
00:10:50C'est en Bretagne,
00:10:52futur fer de lance du productivisme,
00:10:54que se cristallise en 1961
00:10:56cette violence contre l'État.
00:11:00Deux jeunes militants de la FNSEA,
00:11:02Alexis Gourvenec et Marcel Léon,
00:11:04sont arrêtés dans le Finistère.
00:11:07Avec plusieurs dizaines de collègues,
00:11:09ils ont envahi la sous-préfecture de Morlaix
00:11:11pour protester notamment
00:11:12contre la baisse du prix d'achat
00:11:13de leurs légumes.
00:11:16Leur arrestation provoque
00:11:18une mobilisation paysanne
00:11:19massive.
00:11:21Pendant dix jours,
00:11:22les voies ferrées
00:11:23et les routes sont bloquées,
00:11:24les lignes téléphoniques sabotées
00:11:26et le mouvement s'étend
00:11:28au reste de la France.
00:11:31Vous vous rendez compte
00:11:32que vous risquez de provoquer
00:11:33une guerre civile ?
00:11:34Écoutez, nous sommes poussés à bout
00:11:35actuellement.
00:11:36Si nous la provoquons,
00:11:37parce qu'actuellement,
00:11:38celui qui est le plus grand responsable,
00:11:40c'est l'État.
00:11:44Lorsque j'étais beaucoup plus jeune,
00:11:47à Loudéac,
00:11:49tout le monde défilait dans la rue
00:11:51en disant
00:11:52« Libérez Gourvenec et Léon ».
00:11:54Donc la Bretagne entière
00:11:57avait défilé en disant
00:11:59« Libérez Gourvenec et Léon ».
00:12:02Des milliers de paysans
00:12:03ont acclamé à Morlaix
00:12:04le jugement d'acquittement
00:12:05de leur chef syndicaliste.
00:12:07À peine avaient-ils quitté leur juge
00:12:08que sur la place des otages,
00:12:09après une marche triomphale,
00:12:11ils appellèrent de nouveau
00:12:12à l'action le monde paysan.
00:12:15Les deux hommes sont libres.
00:12:17Mais pour Alexis Gourvenec,
00:12:19le combat continue.
00:12:22Il devient le symbole
00:12:23d'un monde agricole
00:12:24prêt à user de la force
00:12:25pour faire plier l'État
00:12:28sans en craindre les conséquences.
00:12:32Dans les années 60-70,
00:12:34c'est vraiment le choix de l'État
00:12:35pour des raisons politiques
00:12:36d'avoir une tolérance extrême
00:12:38vis-à-vis de la violence paysanne,
00:12:41tolérance qu'il n'a évidemment pas
00:12:42pour les autres groupes sociaux.
00:12:44Et ça, évidemment,
00:12:45le fait qu'on n'ait pas poursuivi,
00:12:47qu'on n'a pas d'amende,
00:12:48a créé incontestablement
00:12:50une forme de culture de l'impunité
00:12:52dans les milieux paysans.
00:12:54Et ce processus,
00:12:56il va s'amplifier.
00:13:01Cette acceptation de la violence
00:13:03est aussi une stratégie politique.
00:13:06A l'été 1961,
00:13:08le président de Gaulle
00:13:10nomme un nouveau ministre
00:13:11de l'Agriculture,
00:13:12Edgar Pisani,
00:13:13un ancien résistant.
00:13:17A Bruxelles,
00:13:18il se lance dans les négociations
00:13:19de la nouvelle politique
00:13:20agricole commune,
00:13:21destinée à assurer
00:13:23l'indépendance alimentaire
00:13:24de l'Europe.
00:13:29Edgar Pisani a besoin
00:13:31du soutien des paysans français,
00:13:33pas d'un bras de fer.
00:13:35Il opère donc
00:13:36une rupture sans précédent
00:13:37en associant la FNSEA
00:13:39et les jeunes agriculteurs
00:13:41à la mise en place
00:13:42de nouvelles lois
00:13:42d'orientation agricole.
00:13:47En fait,
00:13:47c'était une aubaine
00:13:48pour le gouvernement de Gaulle
00:13:49d'avoir ces jeunes agriculteurs
00:13:51qui étaient extrêmement actifs,
00:13:54qui avaient un fort leadership
00:13:56sur le monde agricole,
00:13:57etc.,
00:13:57et qui étaient complètement
00:13:58en phase
00:13:59avec les projets
00:14:01de modernisation
00:14:02du gouvernement de Gaulle
00:14:03lui-même
00:14:03et de l'ensemble
00:14:04de la société française.
00:14:05Et donc,
00:14:06le cabinet de Pisani
00:14:07a co-écrit
00:14:08avec les jeunes agriculteurs
00:14:10des lois d'orientation
00:14:11de 60-62
00:14:12qui sont absolument fondatrices.
00:14:16Nous avons exprimé
00:14:19à M. le ministre
00:14:21de l'Agriculture
00:14:21les principaux désirs
00:14:24des idératas
00:14:24de la paysannerie française.
00:14:30C'est le début
00:14:31d'un système
00:14:31de gouvernance unique
00:14:33et propre au secteur agricole
00:14:34qui va s'imposer
00:14:35jusqu'à aujourd'hui.
00:14:36La co-gestion.
00:14:42Elle assoit le règne
00:14:43de la FNSEA
00:14:44et des jeunes agriculteurs,
00:14:46interlocuteurs privilégiés
00:14:47du ministre de l'Agriculture.
00:14:51A leurs côtés
00:14:52figurent principalement
00:14:53trois autres acteurs
00:14:54du monde agricole.
00:14:56Les coopératives,
00:14:58la banque Crédit Agricole
00:15:00et l'assureur Groupama.
00:15:05Ces quatre piliers
00:15:06de la co-gestion
00:15:07sont appelés
00:15:08les quatre grands.
00:15:13C'est le dernier système
00:15:14soviétique.
00:15:16C'est-à-dire
00:15:17qu'on a une imbrication
00:15:18de la profession agricole
00:15:20et de l'État,
00:15:21que tout est décidé
00:15:24entre oligarques
00:15:25et que finalement,
00:15:28l'agriculteur de base
00:15:30a, à mon avis,
00:15:33assez peu
00:15:33son mot à dire.
00:15:36La FNSEA
00:15:37s'est rendue incontournable.
00:15:38Elle s'est rendue incontournable
00:15:39parce qu'elle verrouille
00:15:40tous les espaces de décision.
00:15:41Vous allez à la Chambre
00:15:42d'agriculture
00:15:42pour monter un dossier
00:15:43d'installation,
00:15:44vous passez par la FNSEA.
00:15:45Vous allez au Crédit Agricole
00:15:47pour avoir un crédit
00:15:48pour faire l'acquisition
00:15:49de votre lieu de production,
00:15:52vous passez par la FNSEA
00:15:53parce que c'est elle
00:15:54qui préside les caisses locales
00:15:55de Crédit Agricole.
00:15:56Vous allez à la coopérative
00:15:57pour adhérer,
00:15:58pour négocier un prix
00:15:59d'achat de lait,
00:16:00de céréales,
00:16:01vous passez par la FNSEA
00:16:02parce que les présidents
00:16:03de coopératives
00:16:04sont adhérents de la FNSEA.
00:16:06Vous allez à la MSA
00:16:08négocier votre retraite,
00:16:10votre régime maladie,
00:16:11vous adresser
00:16:12à un président
00:16:12issu de la FNSEA.
00:16:13Vous avez besoin de foncier,
00:16:15vous vous adressez
00:16:16à un président de la SAFER
00:16:17qui est issu de la FNSEA.
00:16:19Et donc,
00:16:19il verrouille
00:16:20tous les espaces de décision.
00:16:23Avec l'appui de la FNSEA,
00:16:25la France peut entrer
00:16:26de plein pied
00:16:27dans le marché européen
00:16:28et devenir la puissance exportatrice
00:16:30rêvée par Edgar Pisani
00:16:32et le pouvoir gaulliste.
00:16:37Pour produire plus,
00:16:39l'agriculture devient industrielle.
00:16:41Les campagnes changent de visage.
00:16:44Grâce à un vaste programme
00:16:46de remembrement,
00:16:47l'État fait regrouper
00:16:48les parcelles
00:16:49et raser les haies.
00:16:51Le paysan modèle
00:16:52agrandit ses champs
00:16:53et les rend accessibles
00:16:55aux machines.
00:16:58Dans les années 60,
00:17:00il y avait besoin
00:17:00de faire le remembrement,
00:17:01il y avait toutes ces choses-là
00:17:02et c'était nécessaire
00:17:04et je dirais même indispensable.
00:17:05Si on ne l'avait pas fait,
00:17:07je pense que l'agriculture française
00:17:08n'existerait plus.
00:17:09Il y en avait besoin
00:17:10parce que le parceller
00:17:11était vraiment trop petit
00:17:12et ça devenait inexploitable.
00:17:15Simplement,
00:17:16c'est toujours une question
00:17:17de curseur
00:17:18et on a poussé
00:17:19le curseur trop loin.
00:17:23C'est connu le remembrement,
00:17:24oui,
00:17:24et tout ce qu'il a pu engendrer.
00:17:27C'était un bien
00:17:27pour certains agriculteurs,
00:17:29je ne vais pas aller contre,
00:17:30mais il a été mal fait.
00:17:31Il a été fait
00:17:32en dépit du bon sens,
00:17:33il n'y a pas eu de réflexion.
00:17:34Vous voyez des gros chênes,
00:17:35des arbres
00:17:36où il y avait par exemple
00:17:36des chouettes effraies
00:17:37qui nichaient dedans,
00:17:38des choses comme ça,
00:17:39qui était une passion,
00:17:39j'allais les voir.
00:17:41Tout ça, c'est parti
00:17:42dans des gros tas de bois.
00:17:43C'était un véritable massacre.
00:17:45Pour moi, c'était triste.
00:17:46C'était comme une guerre
00:17:48qui était livrée à l'environnement.
00:17:49Il y avait quelque chose,
00:17:50là, on rasait, on rasait.
00:17:54L'heure n'est pas
00:17:55aux voies dissonantes.
00:17:56Elles sont inaudibles.
00:17:59Le productivisme est un dogme
00:18:00dont la violence exercée
00:18:02sur les paysans
00:18:03s'exprime par la voix
00:18:04du secrétaire d'État
00:18:05à l'agriculture américain,
00:18:06Earl Butts.
00:18:09Agrandissez-vous
00:18:10ou dégagez.
00:18:14Ce précepte est suivi
00:18:15à la lettre
00:18:16par Alexis Gourvenec
00:18:17et la nouvelle élite agricole.
00:18:20Le jeune paysan
00:18:21révolté du Finistère
00:18:22est devenu
00:18:23un chef d'entreprise
00:18:24à la tête
00:18:24d'une coopérative
00:18:25rassemblant
00:18:26des centaines
00:18:27de producteurs.
00:18:29Il exprime
00:18:30sans détour
00:18:31cette philosophie
00:18:32productiviste
00:18:32devant les directeurs
00:18:33de lycées agricoles.
00:18:38Nous devons faciliter
00:18:39l'installation
00:18:40de jeunes paysans
00:18:41courageux
00:18:41en abandonnant
00:18:42à leur sort
00:18:43les minables
00:18:44qui ne nous intéressent pas.
00:18:46Dans une société
00:18:47comme la nôtre,
00:18:48il n'y a pas de place
00:18:49pour la pitié
00:18:49et la charité
00:18:50quand il s'agit
00:18:51de conquérir les marchés.
00:18:57Il était vraiment
00:18:58le représentant
00:18:59en Bretagne
00:19:00d'un des courants
00:19:00les plus ultra,
00:19:02les plus radicaux
00:19:04en faveur
00:19:05de ce processus
00:19:05de modernisation.
00:19:06Il considérait
00:19:07comme inéluctable
00:19:08le fait
00:19:09qu'il fallait
00:19:09s'agrandir,
00:19:10grossir,
00:19:11s'imposer.
00:19:12Finalement,
00:19:12il a été un peu visionnaire
00:19:13parce que c'est
00:19:13finalement ce qui se passe
00:19:14actuellement.
00:19:17Élevage hors sol,
00:19:19culture intensive,
00:19:21spécialisation,
00:19:22standardisation
00:19:22des moyens de production.
00:19:23Le paysan moderne
00:19:26se définit désormais
00:19:27comme un exploitant
00:19:28agricole.
00:19:32Dans les années 70,
00:19:35certaines coopératives
00:19:36lancées dans la course
00:19:36au profit
00:19:37s'engagent dans un processus
00:19:39de concentration.
00:19:41Elles imposent
00:19:42leur prix
00:19:43et dictent
00:19:43aux agriculteurs
00:19:44les pratiques
00:19:45à adopter.
00:19:49À l'origine,
00:19:50il était bien
00:19:51mentionné
00:19:53que l'agriculteur
00:19:54donnait mandat
00:19:55à sa coopérative
00:19:56pour le représenter.
00:19:57Elle était là
00:19:58pour vendre nos produits,
00:19:59les transformer
00:20:01pour que l'agriculteur
00:20:02puisse vivre.
00:20:05Mais à partir
00:20:06du moment
00:20:07où ils ont été
00:20:08sur les marchés
00:20:09à l'exportation
00:20:10et qu'ils ont développé
00:20:11la politique de l'offre,
00:20:12toujours exportée
00:20:14à moins cher
00:20:15pour prendre
00:20:16des parts de marché
00:20:17aux Allemands,
00:20:18pour prendre des parts
00:20:18de marché
00:20:19aux Néo-Zélandais,
00:20:20aux Indiens,
00:20:21aux Brésiliens,
00:20:22on a industrialisé
00:20:23nos outils,
00:20:24on les a fait grossir
00:20:26pour que l'agriculteur
00:20:28produise
00:20:28un maximum
00:20:30de volume
00:20:30de production
00:20:31pour être
00:20:32moins cher
00:20:33que les autres.
00:20:35Et au fil du temps,
00:20:37l'agriculteur
00:20:38s'est retrouvé
00:20:39appauvri.
00:20:45Le technicien de la COP
00:20:46il passe,
00:20:46tu dois faire ça,
00:20:47tu dois faire ça.
00:20:48C'est-à-dire qu'indirectement,
00:20:49on a enlevé
00:20:50le pouvoir
00:20:50des agriculteurs
00:20:51en leur faisant
00:20:51miroiter
00:20:52que c'était un plus
00:20:53pour eux
00:20:53qu'ils gagneraient
00:20:54du temps.
00:20:55Mais moi,
00:20:56je suis outré
00:20:56de voir ça.
00:20:58Outré.
00:20:59C'est-à-dire que l'agriculteur
00:20:59il devient l'exécutant
00:21:01de tous les organismes
00:21:03professionnels agricoles
00:21:04qui gravitent autour.
00:21:05Et eux,
00:21:06ils doivent se faire
00:21:07du fric là-dessus.
00:21:18Aujourd'hui,
00:21:19je constate
00:21:20à quel point
00:21:20le monde rural
00:21:21a changé
00:21:22sous l'effet
00:21:22du productivisme.
00:21:24Les coopératives,
00:21:26les abattoirs,
00:21:27les usines
00:21:27de transformation,
00:21:29les champs
00:21:29dessinés au cordeau
00:21:30ont permis
00:21:31à notre pays
00:21:32de devenir
00:21:32une puissance exportatrice
00:21:34majeure
00:21:34en Europe
00:21:35et dans le monde.
00:21:38Mais je ne sais pas
00:21:38mais je ne peux ignorer
00:21:39le revers de cette médaille.
00:21:41Une révolution
00:21:42d'une brutalité
00:21:43sans précédent
00:21:44pour les agriculteurs.
00:21:49Depuis 1945,
00:21:50le nombre de paysans
00:21:52a été divisé par 20.
00:21:54Alors qu'un vaste
00:21:55complexe agro-industriel
00:21:57n'a cessé de prospérer
00:21:58autour de leur activité.
00:22:02En amont,
00:22:03les secteurs
00:22:03de la chimie,
00:22:04de l'équipement,
00:22:05de l'alimentation animale.
00:22:07Mais aussi
00:22:08les semenciers,
00:22:09les coopératives.
00:22:13Et en aval,
00:22:14l'industrie agro-alimentaire
00:22:15et ses usines
00:22:16de transformation.
00:22:18Sans oublier
00:22:19la grande distribution
00:22:20dont le modèle français
00:22:21s'exporte
00:22:22à l'international.
00:22:25Le productivisme
00:22:27se nourrit
00:22:27de sa propre dynamique.
00:22:29Et c'est ça
00:22:30en fait
00:22:31qui est terrible,
00:22:32c'est que
00:22:33le productivisme
00:22:33n'a pas d'objectif
00:22:36hormis
00:22:37produire toujours plus
00:22:39et à des coûts
00:22:39qui sont toujours moindres.
00:22:41Et ça n'a pas de fin.
00:22:42Il faut toujours
00:22:43aller plus loin,
00:22:44toujours faire mieux
00:22:45que les autres
00:22:45parce que les autres aussi
00:22:47fonctionnent
00:22:48selon les mêmes règles.
00:22:49Avec la loi du plus fort,
00:22:50évidemment,
00:22:50c'est un darwinisme social,
00:22:52c'est un darwinisme économique.
00:22:53Et tout concourt
00:22:55à aller dans ce sens.
00:23:05Philippe Grégoire
00:23:06est cofondateur
00:23:07du SAMU social agricole.
00:23:09Cet éleveur
00:23:10vient en aide
00:23:11à ses collègues
00:23:11écrasés par le système,
00:23:13poussés vers la sortie.
00:23:17Ce militant
00:23:18infatigable
00:23:19de la cause paysanne
00:23:20m'a donné rendez-vous
00:23:21au SPAS,
00:23:22l'un des plus importants
00:23:23salons agricoles français,
00:23:25vitrine
00:23:25des grandes coopératives,
00:23:26des équipementiers
00:23:27et des multinationales
00:23:29de l'agroalimentaire.
00:23:31Pour Philippe Grégoire,
00:23:33les difficultés
00:23:34rencontrées
00:23:34par de nombreux paysans
00:23:35trouvent en partie
00:23:36leur explication
00:23:37dans ces allées.
00:23:42À ceux qui sont là,
00:23:44c'est toutes les structures
00:23:44qui se sont montées
00:23:45depuis l'après-guerre
00:23:47et qui ont industrialisé
00:23:49le modèle agricole.
00:23:50Parce qu'en fait,
00:23:51ce qu'a tué l'agriculture,
00:23:52c'est la financiarisation,
00:23:54mais c'est l'industrialisation.
00:23:55Le fait qu'on ait industrialisé
00:23:57les exploitations
00:23:58nous a poussé
00:24:00vers un endettement
00:24:00à plus de 250 000 euros.
00:24:02C'est tout le matériel
00:24:03qu'on voit à l'extérieur du parc,
00:24:05du matériel gigantesque
00:24:06qui permet de travailler
00:24:08dans de très bonnes conditions,
00:24:09mieux que nos parents
00:24:10et nos grands-parents.
00:24:12Simplement,
00:24:12ça a un coût.
00:24:14Il y a même des gens
00:24:15qui sont en très grande précarité
00:24:17et qui continuent
00:24:18d'exposer des animaux
00:24:19parce qu'ils ont
00:24:20cette petite fierté.
00:24:22et en fait,
00:24:22il y en a,
00:24:23ils sont en cessation de paiement.
00:24:24Moi, je le sais,
00:24:25je n'ai pas le droit de le dire,
00:24:25mais ils sont en cessation de paiement
00:24:27où ils ont le RSA
00:24:28et ils sont en train
00:24:29d'exposer des vaches.
00:24:32Les paysans,
00:24:32on est incontournables
00:24:33et c'est nous
00:24:34qui sommes les moins valorisés
00:24:35alors que tous les gens
00:24:37qui sont ici,
00:24:37à qui je n'en veux pas,
00:24:39mais ils font une marche confortable.
00:24:40Moi, je les rencontre tous.
00:24:42Ils sont tous très à l'aise,
00:24:43ils dorment à l'hôtel,
00:24:45tout va bien.
00:24:46Et moi, avant que je rentre,
00:24:47j'ai des coups de fil
00:24:48en permanence
00:24:48d'agriculteurs
00:24:49qui veulent se suicider.
00:24:51Là, j'en ai un
00:24:51en rentrant à 9h
00:24:52qui veut faire
00:24:53une tentative de suicide.
00:24:55Mais ça,
00:24:55tout le monde s'en fout ici.
00:24:56Tout le monde s'en fout.
00:25:02Alors que le chiffre d'affaires
00:25:03du complexe agro-industriel
00:25:05est en progression constante,
00:25:07l'agriculteur, lui,
00:25:08est aujourd'hui sous perfusion.
00:25:15Il y a 2-3% des agriculteurs
00:25:17qui sont capables
00:25:18de vivre sans subvention.
00:25:20Je parle toutes les subventions,
00:25:21y compris la retraite.
00:25:23Parce que notre retraite
00:25:24est financée par le régime général.
00:25:25Donc si on reprend un paysan
00:25:27ici, là, au SPACE,
00:25:28il me dit
00:25:29je gagne de l'argent.
00:25:30Fais-moi voir tes bilans.
00:25:32On enlève la PAC,
00:25:33on enlève le financement
00:25:35de ta retraite
00:25:36et on va voir
00:25:36ce qui te reste.
00:25:38Je vous dis,
00:25:38il y en a 2-3%.
00:25:39Alors, il y a les champonnois.
00:25:40Je peux déjà vous donner ceux-là.
00:25:42Il y en a quelques-uns.
00:25:44On va en trouver quelques-uns.
00:25:45Mais là, dans le 35,
00:25:46il va falloir les chercher déjà.
00:25:47On va faire des kilomètres
00:25:48pour en trouver
00:25:49qui gagnent de l'argent.
00:25:50Sans aide.
00:25:54Le système productiviste
00:25:56dévore ses enfants.
00:25:59En 40 ans,
00:26:01l'endettement des agriculteurs
00:26:02a été multiplié par 4.
00:26:05pour pouvoir accroître.
00:26:10Il y a plus que,
00:26:11il y a plus que,
00:26:12on ne peut pas qu'ici.
00:26:15Il y a plus que les rocues
00:26:31et les marches.
00:26:32On est dans les moeurs.
00:26:33Sous-titrage Société Radio-Canada
00:26:46Travailler toujours plus et ne rien gagner, le quotidien de Stéphane Mial durant des
00:26:51années. Lorsqu'il s'est lancé il y a vingt ans avec son bac pro agricole et sa passion
00:26:58pour l'élevage, il ne se doutait pas que cette terrible logique économique allait
00:27:03s'abattre sur lui.
00:27:17J'étais content, j'avais 24 ans, j'étais tout fou, c'est ce que j'ai investi, la banque
00:27:26m'a
00:27:26prêté 300 000 euros comme ça, sans garantie, sans rien. Sauf que bah oui, après il faut
00:27:34rentre quoi. Après une fois qu'ils vous tiennent, vous n'avez plus le choix de rester dans le système
00:27:41en fait.
00:27:42A peine installé, le prix du lait s'effondre. Pour s'en sortir, il cède aux injonctions du système. Pour
00:27:50produire plus, il augmente le nombre de traites. Ses vaches doivent cracher du lait.
00:28:00En travaillant 80 heures par semaine et sortant aucun salaire, bah c'est compliqué de justifier à sa compagne, ouais
00:28:06je peux rien ramener, je peux pas payer de prêt, je peux pas nourrir les enfants.
00:28:09Donc j'ai décidé d'aller travailler une nuit par semaine, au début et après trois jours, pour me sortir
00:28:18un salaire. Donc la nuit, ouais.
00:28:23Après bah à force de pas dormir, bah quand on fait du tracteur la nuit et tout, dans les pentes,
00:28:30et bah je me suis renversé en tracteur. Ce qui devait arriver, arriva.
00:28:38Du coup, bah là, après, ouais. C'est... On se pose beaucoup de questions. Faire le choix d'arrêter. Faire
00:28:47le choix de... De partir aussi, hein. De... De quitter ce monde.
00:28:55Et puis bah après, on a... Enfin j'avais quand même... J'ai trois enfants, donc voilà.
00:29:06Il faut... Il faut se battre pour eux, en fait. Donc c'est eux qui m'ont donné le... L
00:29:12'envie de continuer, de s'en sortir.
00:29:33On installe des jeunes aujourd'hui, avec des taux d'endettement de 75%. On sait qu'on est déjà dans
00:29:39une situation fragile.
00:29:41Trois, quatre ans après, ils dépassent les 80, 90 et 100.
00:29:45Tous les dossiers que j'ai aujourd'hui, ils sont à 110, 120% de taux d'endettement.
00:29:49Ça veut dire que vous vendez tout. Ça suffit pas pour rembourser la dette.
00:29:53Et c'est cautionné. Jamais on alerte des agriculteurs.
00:29:59Donc vous voyez. Donc on les entretient dans ce schéma.
00:30:08Face à l'endettement, au manque de revenus et à l'instabilité des prix, le système productiviste propose invariablement la
00:30:14même solution.
00:30:15S'agrandir pour augmenter ses marges.
00:30:21Cette injonction à l'agrandissement crée parfois des tensions entre agriculteurs.
00:30:26L'exploitant devient un prédateur pour son voisin, prêt à tout pour récupérer de nouvelles parcelles.
00:30:32Les plus gros dévorent les plus petits, entraînant une concentration des terres aux mains de quelques-uns.
00:30:41Aujourd'hui, un bout de terre, c'est un morceau de viande qu'on s'arrache et il y a
00:30:50des vautours autour.
00:30:51Et celui qui peut et qui peut vous écraser, il va le faire.
00:30:54Et il va pas s'occuper que pendant le même moment, vous êtes mal ou alors il va le faire,
00:30:59vous êtes pas en liquidation, vous êtes déjà condamné.
00:31:01Depuis le mois de juillet qu'on a arrêté, j'ai un voisin, il m'a appelé 7 fois entre
00:31:05juillet et août pour avoir des terres.
00:31:087 fois, c'est quelqu'un que j'ai jamais au téléphone.
00:31:12Manque de respect, je pense, ouais.
00:31:15Manque de respect.
00:31:16Surtout que je lui ai bien fait comprendre que c'était en liquidation, que j'avais encore les bouts à
00:31:20mon nom.
00:31:21Mais malheureusement, la personne a fait une demande d'autorisation d'exploiter au niveau d'ADDT, alors que le bail
00:31:27est encore à notre nom.
00:31:30Je peux vous dire, je suis arrivé un jour chez un agriculteur, deuxième rendez-vous.
00:31:34Il m'attendait dans son exploitation, enfin, dans sa étable, pardon.
00:31:38L'échelle était installée, la corde était installée.
00:31:42J'arrive, le mec, il me dit, bon, voilà, j'ai le bien.
00:31:45Ben je dis, vas-y, fais le con, vas-y, c'est tout ce qu'ils veulent de toi, que
00:31:48tu te foutes en l'air pour te piquer tes terres.
00:31:51Je dis, allez, vas-y, fais le con, vas-y, monte.
00:31:53Putain, il me regarde, il me dit, mais t'as raison, c'est ça qu'ils veulent.
00:31:57Ben je dis, alors, vas-y, s'ils veulent.
00:32:03Pression, menace, appropriation illégale des terres du voisin plus fragiles ou plus petits.
00:32:10J'ai rencontré de nombreuses victimes de cette guerre des terres.
00:32:15Aucune n'a souhaité témoigner de peur des représailles.
00:32:20Je désespérais jusqu'à ce qu'un acteur majeur du monde agricole se manifeste et accepte de briser le silence.
00:32:31Ce céréalier et arboriculteur, adhérent FNSEA de la première heure, m'a donné rendez-vous dans sa ferme, en Normandie.
00:32:40Emmanuel Yest était le président national de la SAFER, un poste stratégique.
00:32:47Cet organisme est chargé de réguler l'attribution des terres et notamment de faciliter l'installation de jeunes agriculteurs.
00:32:55Un objectif défendu officiellement par les responsables de la FNSEA.
00:33:03J'ai toujours considéré qu'il fallait installer des jeunes, que c'était bien et c'est bien, pas philosophiquement
00:33:10parlant, même si ça peut l'être accessoirement,
00:33:13mais parce que les résultats économiques, notamment des études de l'INRA ou autres, démontrent que plus il y a
00:33:19d'agriculteurs, plus le produit agricole français est bon.
00:33:24Et donc inversement, et on voit la courbe parfaitement parallèle, moins il y a d'agriculteurs, moins la France produit.
00:33:29Et donc on est dans une impasse, pour moi c'est une aberration d'être dans ce système d'agrandissement,
00:33:34accaparement,
00:33:35qui nuit à la fois individuellement à la vie sociale et autres, et qui nuit à l'économie française.
00:33:41Donc je trouve que c'est une aberration.
00:33:44En accord avec ses idées et celles de son syndicat, Emmanuel Yest a donc attribué à des jeunes les 350
00:33:50hectares d'une famille d'exploitants qui cédaient ses terres.
00:33:55On a fait six installations sur cette exploitation, et moi j'en suis très très fier.
00:34:01On l'a fait avec la SAFER, on l'a fait avec les jeunes agriculteurs.
00:34:03On a démontré qu'il y avait un autre modèle, et ça, ça a nuit, ça a déplu, et jamais
00:34:09les gens à qui ça a déplu n'iront vous le dire face à caméra.
00:34:14Moi je l'ai entendu, que ça les avait profondément dérangés.
00:34:20Cet air a tisé les convoitises de plusieurs gros exploitants.
00:34:25Quelques mois plus tard, Emmanuel Yest n'est pas reconduit à son poste, lâché par son propre camp.
00:34:32C'est des coups de téléphone à des responsables qui vont voter en leur disant, si tu votes pour Emmanuel
00:34:38Yest, président, on te fait la peau.
00:34:40Dans ces termes-là, on leur a dit, c'est des pressions sur des élus, comme on peut le faire
00:34:46quand on connaît les gens.
00:34:48C'est un responsable qui m'a dit, mais alors qu'il avait voté les deux précédents conseils d'administration,
00:34:55et qu'il était même intervenu en disant que les positions que je prenais étaient tout à fait légitimes,
00:35:02il m'a dit, mais je n'ai pas pu voter pour toi parce que j'ai eu trop de
00:35:05pression.
00:35:07On lui a mis des pressions financières, morales ?
00:35:11On m'a dit, trop de pression, trop de pression, ça peut vouloir dire tout ce qu'on veut. Alors
00:35:14là, en l'occurrence, je ne pense pas que ça soit des pressions financières,
00:35:17c'est des pressions sur un poste futur que tu pourrais perdre si tu ne fais pas ce qu'on
00:35:20te dit, ou des choses comme ça. Oui.
00:35:22Comment vous vous nommez ça ? Vous avez été torpillé ? Vous avez été poignardé ? Vous avez été trahi
00:35:27?
00:35:28C'est un peu de la trahison, oui. C'est un peu de la trahison. Être battu par son camp,
00:35:35c'est de la trahison.
00:35:37Malgré ces déconvenus, Emmanuel Yeste a choisi de rester adhérent de la FNSEA pour faire entendre sa voix.
00:35:47Nombreux sont ceux dans le monde agricole qui constatent que la course à l'agrandissement est devenue une fuite en
00:35:52avant au détriment des paysans.
00:35:58On va agrandir les fermes, on va intensifier quelque part le niveau de production.
00:36:03Et à un moment donné, on va peut-être dépasser un peu la capacité de production de nos sols.
00:36:08Donc ça, ça se traduit par quoi ? Plus de temps à aller retourner des surfaces qui n'ont pas
00:36:14assez produit,
00:36:15à aller semer, à aller mettre de l'engrais, à aller mettre des produits phytosanitaires pour sécuriser les rendements, etc.
00:36:21C'est aussi plus de temps de l'agriculteur pour avoir plus d'animaux dans le même bâtiment.
00:36:27C'est du coup plus de curage, c'est plus de temps à passer.
00:36:30Donc en fait, le coût caché de cette intensification, c'est une augmentation du temps de travail de l'agriculteur.
00:36:38Et donc, en fait, on dépasse le seuil de la capacité de l'humain à travailler, en fait.
00:36:42Et on a des gens qui, pour moi, aujourd'hui, ce que je constate, sont épuisés.
00:36:47Ils sont épuisés, ont perdu le sens de leur travail.
00:36:50Ce lève le matin, c'est pas ce qu'ils doivent faire, en fait.
00:36:52Ils sont perdus.
00:37:00Après toutes ces années à travailler d'arrache-pied sans voir le bout du tunnel,
00:37:05Samuel et Vanessa Péhan ont décidé de briser cette logique économique qui les rongeait.
00:37:10De penser avant tout à eux et à leurs enfants.
00:37:16On a quitté notre exploitation.
00:37:18On l'a, je dirais, on l'a pas perdue, on l'a quittée.
00:37:21C'est nous qui avons fait le choix aussi d'arrêter.
00:37:23On s'est dit, est-ce qu'on veut vivre ou mourir, tout simplement,
00:37:26parce qu'on voit aussi autour de nous des agriculteurs qui le vivent très mal,
00:37:31des divorces dans les couples, de l'alcool, tout ce qu'on veut, de la violence aussi.
00:37:36Et on s'est posé la question de dire, enfin, on s'est dit, nous, on veut vivre, tout simplement.
00:37:42Notre objectif, c'est que nos enfants aussi se portent bien.
00:37:46Et pour bien se porter, on doit bien se porter, nous, déjà.
00:37:54Face au dictat d'un productivisme brutal, Vanessa a changé de voie.
00:37:58Elle est devenue enseignante dans un lycée professionnel.
00:38:07Certains quittent l'agriculture, d'autres choisissent un modèle différent.
00:38:15Longtemps inaudibles, car ultra minoritaires,
00:38:18les paysans bio font désormais partie du paysage agricole français.
00:38:22Comme Pierre Chénault et Gwenaëlle Reynaud,
00:38:25qui élèvent 50 vaches laitières nourries uniquement avec l'herbe de leur champ.
00:38:40Pas de soja importé, pas d'engrais ni de pesticides de synthèse,
00:38:45deux tracteurs plutôt jeunes et le sentiment, parfois, de ne pas être compris.
00:38:53Notre ferme, elle recherche vraiment l'autonomie.
00:38:56Et on ne fait pas tourner les concessions de machines à traire,
00:39:00les vendeurs de matériel, les vendeurs de gasoil.
00:39:03En plus, on est en bio.
00:39:04Alors, on n'achète pas de produits phyto, on n'achète pas d'engrais.
00:39:07On n'a besoin de personne, en fait.
00:39:15À notre installation, on avait un quota qui était de 300 000 litres de lait.
00:39:19Bon, le processus d'installation, c'est à peu près un an.
00:39:22Puis, à chaque fois qu'on revoyait notre conseiller,
00:39:23« Eh, j'ai une bonne nouvelle.
00:39:24Vous avez le droit à 330 000 litres de lait. »
00:39:27Et puis après, « Non, vous êtes passés à 360 000 litres de lait. »
00:39:30Puis là, on les regardait en disant « Mais elle est où, la bonne nouvelle ? »
00:39:32« Vous êtes en train de nous dire, pour avoir le même revenu dégagé,
00:39:35il va falloir qu'on fasse plus de lait, donc on travaille plus. »
00:39:37On ne voit pas où elle est la bonne nouvelle.
00:39:38Et eux n'ont pas compris notre réaction non plus.
00:39:40Donc là, dès le début de notre installation, on a bien vu qu'on allait être à contre-courant
00:39:43par rapport à tout ce qui se passe.
00:39:45Le premier qui a remis en cause notre façon de faire, c'est le banquier.
00:39:48En disant « Mais pourquoi vous voulez faire de l'herbe ?
00:39:49Pourquoi je vois dans votre dossier que vous voulez faire des prairies ? »
00:39:52Aujourd'hui, la PAC, ça rapporte beaucoup plus d'argent, de cultiver du maïs, que de faire des prairies.
00:39:56« Vous toucherez plus de PAC. »
00:39:59C'est un peu déroutant quand on lui dit ça.
00:40:01On lui dit « Oui, mais une vache, naturellement, ça mange de l'herbe. »
00:40:04On ne savait pas trop quoi leur répondre, mais ça veut dire qu'il fallait quand même gagner du crédit,
00:40:07même devant les banques, en disant « Non, on voudrait que nos vaches, elles mangent de l'herbe. »
00:40:15Pierre, fils d'agriculteur conventionnel, a longtemps travaillé au contact des pesticides et engrais de synthèse.
00:40:22Il n'a jamais apprécié leur utilisation.
00:40:26L'évolution de ses pratiques était une suite logique dans son parcours de paysan.
00:40:33« Après deux ans de conversion, on fait notre première livraison en bio.
00:40:37On a fait une fête, c'était un chouette moment.
00:40:40On a fait une forme d'aboutissement aussi dans notre processus.
00:40:44En septembre de la même année, je me retrouve avec une douleur au ventre,
00:40:50scanner et on retrouve une tumeur dans le ventre, un pamplemousse dans le ventre.
00:40:56Et donc j'ai été soigné, ça a duré un an, c'était très éprouvant.
00:41:01Très éprouvant. Beaucoup de souffrance pour tous les deux.
00:41:05Deux fois, j'ai été amené à venir te dire au revoir et à prendre tes dernières volontés.
00:41:08Oui, c'est ça.
00:41:10Oui, vraiment, j'ai passé sur le fil en fait.
00:41:15Mais avec une reconnaissance.
00:41:17Mais voilà.
00:41:18Par contre, j'ai demandé assez vite après d'être reconnu victime des pesticides.
00:41:22La MSA, après une enquête assez rapide, a entendu effectivement que c'était lié aux pesticides.
00:41:32Objectivement, je suis incapable d'attribuer ce cancer-là à tel ou tel produit.
00:41:37J'en ai utilisé.
00:41:39Ça m'est arrivé gamin aussi d'être à regarder le traitement, enfin le pulvée en route,
00:41:46d'être derrière, sans doute de prendre une brume.
00:41:47Ça peut être ça.
00:41:49Ça peut être quand j'étais ouvrier agricole à faire des traitements sans protection.
00:41:52Ça peut être...
00:41:55Les occasions d'être en contact avec les pesticides sont nombreux en fait.
00:42:03C'est de la grosse molécule encore à l'époque quand on traitait.
00:42:06Aujourd'hui, c'est des nanoparticules.
00:42:07La protection contre ces nanoparticules est impossible.
00:42:11Enfin, c'est illusoire.
00:42:13Je veux dire, aujourd'hui, en tant que paysan, en conventionnel,
00:42:17la question n'est pas de savoir, est-ce que tu auras un cancer ?
00:42:19C'est quand est-ce que tu auras un cancer ?
00:42:34Les maladies liées à l'usage des pesticides restent pourtant un sujet tabou pour nombre d'agriculteurs.
00:42:42Paul-François en a fait l'amère expérience.
00:42:46Ce céréalier a obtenu la condamnation du géant de l'agrochimie Monsanto
00:42:50suite à son intoxication par un herbicide il y a 20 ans.
00:42:57J'ai suivi avec attention son long combat contre cette puissante multinationale
00:43:01et son autre bataille contre la maladie.
00:43:07Paul-François ne se doutait pas qu'une partie du monde agricole lui tournerait le dos,
00:43:12à commencer par son propre syndicat.
00:43:17Comme beaucoup, j'ai été jeune agriculteur et après on va à l'IFNESOA.
00:43:21Mon père faisait partie des pionniers de ce syndicat dans les années 50.
00:43:28Et à ma grande surprise, ils n'ont jamais été présents pour nous soutenir.
00:43:33Et papa avait de la peine.
00:43:34Et je disais, mais qu'est-ce que tu veux que je te dise ?
00:43:37Ils sont où ?
00:43:38Ils sont où, ceux qui ont pris ta place au niveau de la chambre d'agriculture et tout ça ?
00:43:42Et papa avait fini.
00:43:44Alors on m'a avoué qu'effectivement certains étaient venus le voir pour lui dire,
00:43:47il faut que tu dises à ton fils qu'il arrête de parler quoi.
00:43:50Voilà, on ne pourra plus travailler demain.
00:43:51Mais c'était même des colibés que je pouvais entendre au quotidien.
00:43:56C'était de dire, mais Paul-François il s'est empoisonné parce qu'il n'a pas fait attention,
00:44:01parce que ceci, parce que cela.
00:44:03Il veut se faire de la publicité, il veut qu'on parle de lui, il veut gagner de l'argent.
00:44:09Et ça reste encore quelque chose de douloureux parce que, bon sang,
00:44:15c'est que je n'avais pas envie que des collègues connaissent ce qu'on avait vécu.
00:44:22La chimie de synthèse est toujours l'un des piliers du productivisme.
00:44:27La questionner, c'est bouleverser les pratiques et les croyances.
00:44:32Je crois qu'on nous a tellement appris dans nos parcours de formation agricole
00:44:38que ces produits, quelque part, étaient presque le médicament des plantes,
00:44:43quelque chose d'inoffensif qui nous apportait tellement de confort
00:44:46et que c'était la modernité de notre métier qu'il fallait vivre avec notre temps.
00:44:53qu'on avait de la peine à imaginer que ces produits pouvaient être aussi dangereux.
00:44:59Monsanto, on les voyait comme des collaborateurs avec nous pour travailler,
00:45:03qui nous apportaient des solutions, certainement pas comme des empoisonneurs.
00:45:12Violence contre les femmes et les hommes malades de leur travail.
00:45:17Violence aussi contre ceux qui osent défendre le vivant.
00:45:25Lorsque j'ai rencontré Gilles Lagneau pour la première fois,
00:45:27il était un apiculteur épuisé par son combat pour protéger la biodiversité contre les géants de l'agrochimie.
00:45:37Je le retrouve aujourd'hui. Il a pris des coups, mais n'a rien perdu de sa colère depuis ce
00:45:42jour de 2010.
00:45:45Il y a eu des trucs assez impressionnants. Je me rappelle ce jour-là, ma femme est rentrée.
00:45:50Et puis je lui ai dit, Chantal, il pleut des insectes.
00:45:52Je lui ai dit, comment ça, il pleut des insectes ?
00:45:54Je lui ai dit, si. Je lui ai dit, il y a des insectes qui tombent.
00:45:57Et il y avait des papillons, il y avait le peu d'insectes qui avait, il y avait une brouette,
00:46:00il y avait déjà deux ou trois morts dedans.
00:46:01Je lui ai dit, mais s'il se passe quelque chose, ils sont en train de faire des expériences.
00:46:04Et je lui ai dit, c'est grave, c'est grave.
00:46:05Et j'avais deux ruches dans le coin, sous le laurier.
00:46:08Je vais les voir.
00:46:10Mais les ruches vomissaient des abeilles.
00:46:13Ça vomissait des abeilles, ça se tortillait sur la pelouse, et ça agonisait.
00:46:18J'ai fermé mes deux ruches, parce que là, ils vont crever.
00:46:20Je les ai envoyées plus loin, là, sur la côte.
00:46:21Ça n'a rien changé, elles sont mortes après.
00:46:24Et il y avait ce moment-là, il semait des choses, du maïs,
00:46:28avec des différents essais qu'il faisait.
00:46:30On sentait absolument rien, oui, on sentait absolument rien.
00:46:33Un petit peu plus tard, je m'en rappelle, l'agriculteur en question,
00:46:36je lui avais dit, mais j'ai perdu 95 ruches sur 120.
00:46:3995 ruches anéantis.
00:46:41Je lui ai dit, si je faisais quelque chose et que ta parcelle, là,
00:46:43elle était cramée aux trois quarts, qu'est-ce que tu dirais ?
00:46:46Tu prends deux cartouches tout de suite, qu'il me dit.
00:46:48Donc, d'un côté, on se montre agressif,
00:46:51et de l'autre côté, ils n'avaient rien à foutre des ruches, quoi.
00:46:59Face à ce mur d'indifférence, Gilles Lagneau enquête.
00:47:03Il découvre la nocivité des néonicotinoïdes,
00:47:06de puissants pesticides, tueurs d'insectes.
00:47:12À la tête d'une association d'apiculteurs,
00:47:15il va jusqu'à témoigner devant l'Assemblée nationale
00:47:17sur la toxicité du produit.
00:47:21J'ai joué dans les brancards, j'ai fait pas mal d'interventions,
00:47:24de courriers, de plaintes et autres.
00:47:26Je me suis pas fait que des amis, mais bon, ça fait partie du lot.
00:47:28L'agrochimie, au début, ne m'a rien dit.
00:47:30Mais c'est les coopératives, bon, c'est l'agrochimie,
00:47:32que j'ai rencontré, qui m'ont dit,
00:47:34« Monsieur Agneau, vous prenez des risques, il faut vous calmer,
00:47:38il faut arrêter, etc. »
00:47:40Il y en a même un qui me serre la main et il me l'a lâché.
00:47:42Il dit « Monsieur Agneau, il faut arrêter.
00:47:44Quel est votre prix ? Dis-nous votre prix. »
00:47:46Il dit « Mais vous gagnerez pas. »
00:47:49Il dit « Courez à votre perte. »
00:47:50Il dit « Dis-nous votre prix. Votre prix sera le nôtre.
00:47:53Mais il faut que vous arrêtez. »
00:47:54Je dis « Moi, de votre argent, j'en ai pas besoin. »
00:47:57On parle du président national d'une grosse coopérative agricole.
00:48:01Oui, tout à fait, oui.
00:48:08Gilles Lagneau a découvert par la suite qu'il était fiché par le géant Monsanto,
00:48:12connu pour avoir commercialisé de nombreux produits désormais interdits
00:48:16du fait de leur toxicité pour le vivant.
00:48:24En 40 ans, les oiseaux des champs ont décliné de près de 60% en France.
00:48:30Les populations d'insectes ont quant à elles chuté d'au moins 70%,
00:48:35principalement en raison de l'utilisation massive des pesticides de synthèse.
00:48:41Quand on part des années 60 et qu'on arrive aujourd'hui,
00:48:44qu'on arrive à une telle réduction du nombre d'agriculteurs,
00:48:46qu'on arrive à une telle réduction de la biodiversité,
00:48:48qu'on arrive à un tel manque de perspectives et de vision sur l'agriculture,
00:48:54on ne peut pas questionner en profondeur le système et l'ensemble de ces éléments.
00:48:59Que ce soit les conseillers agricoles, que ce soit l'AMSA, que ce soit les banques qui se disent agricoles,
00:49:05que ce soit l'agro-industrie, etc.
00:49:08C'est un système qui est mortifère.
00:49:13Pourtant, le système résiste.
00:49:15Monsieur le Président, Madame la Ministre, chers collègues.
00:49:18La loi du sénateur Laurent Duplomb, visant notamment à réautoriser des néonicotinoïdes interdits depuis plusieurs années,
00:49:26témoigne de cette capacité du complexe agro-industriel à contre-attaquer et à mobiliser ses puissants relais au sein de
00:49:32la FNSEA.
00:49:36Ce qui s'est passé avec la loi du plomb est particulièrement révélateur de ce syndrome de Stockholm.
00:49:41C'est-à-dire que tous les agriculteurs étaient là en train de dire
00:49:43« Nous, on a besoin de cette loi du plomb, on a besoin de l'acétamipride, on a besoin des
00:49:46mégabassines,
00:49:46on a besoin de pouvoir faire des bâtiments d'élevage pour être compétitifs. »
00:49:51Regardez à qui profitent les décisions qui sont dans la loi du plomb.
00:49:55Parlons de l'acétamipride.
00:49:564,2% des surfaces étaient concernées par l'utilisation de l'acétamipride.
00:50:014,2%, c'est quand même pas la majorité des agriculteurs.
00:50:05Qui a besoin des mégabassines ?
00:50:06Il n'y a que 6% des agriculteurs qui ont accès à l'eau d'irrigation aujourd'hui.
00:50:106% !
00:50:11Ils font des pesticides leur cause alors que c'est leur bourreau, c'est ça qui va les faire crever.
00:50:16Ils défendent mes becs et ongles en dénigrant l'agriculture biologique et en se gargarisant eux-mêmes.
00:50:22C'est fou !
00:50:25La grande colère des agriculteurs.
00:50:27Ils protestent principalement contre l'empilement des réglementations,
00:50:30notamment sur le plan environnemental.
00:50:34Les réglementations environnementales et les écologistes
00:50:37cristallisent aujourd'hui la colère d'une partie des agriculteurs.
00:50:41Mais le glyphosate, trouvez-nous l'étude qui nous prouve qu'il y a des morts.
00:50:45Et s'il y avait plus de morts, vous voulez protéger les agriculteurs.
00:50:48Mais s'il y avait tant que ça de morts, on serait déjà tous crevés nous.
00:50:55La FNSEA manipule ce que j'appelle les petits soldats, dont j'ai fait partie quand j'étais jeune.
00:51:03Ils les tournent en violence, donc contre l'écologie, contre la bureaucratie, contre la direction départementale des territoires,
00:51:13contre l'OFB, la police de l'eau.
00:51:16Mais le cœur du sujet n'est pas là.
00:51:18Le cœur du sujet, c'est que les paysans, il n'y a qu'un endroit où il faut qu
00:51:22'ils aillent manifester.
00:51:23Il faut aller bloquer les coopératives, l'agroalimentaire qui leur serrent le coup.
00:51:29Les agriculteurs en colère.
00:51:30Le cri d'alarme des agriculteurs maintenant.
00:51:33200 agriculteurs ont bloqué la ville aujourd'hui.
00:51:36Depuis plus de 40 ans, les crises se succèdent et se ressemblent.
00:51:40Avec leur lot de manifestations contre la concurrence étrangère.
00:51:44La chute des prix.
00:51:45Les crises sanitaires.
00:51:48Les motifs de colère des paysans évoluent.
00:51:51Leur expression, elles, ne change pas beaucoup.
00:51:58Quand il y avait une crise, ce qui était terrifiant,
00:52:02c'est que les plus importants réussissaient à mettre tout le monde dans la rue,
00:52:08y compris les plus petits qui n'avaient au fond aucun intérêt à ce productivisme effréné-là.
00:52:14Jusqu'au jour où je me suis rendu compte que dans la plupart des cas,
00:52:19les agriculteurs n'avaient pas le choix.
00:52:21C'est-à-dire que t'es avec la FDSEA pour faire court.
00:52:25Là, t'es avec nous, ou t'es pas contre nous, mais presque.
00:52:32Et il y a une impossibilité à dire publiquement,
00:52:39écoutez, on va chercher tous ceux qui ont des petites ou moyennes exploitations
00:52:42et qui veulent faire autre chose, se transformer, aller vers un autre modèle.
00:52:46Il n'y a pas ça.
00:52:51La FNSEA parvient toujours à mobiliser sa base pour faire plier l'État et ses représentants,
00:52:57sans jamais contester le modèle productiviste exportateur
00:53:02qui fait la fortune d'une élite agricole.
00:53:07Même quand la profession agricole a mis un pied dans l'État,
00:53:10on ne voit pas la violence décroître significativement.
00:53:14C'est-à-dire qu'on dit, bon, on est avec l'État, on négocie,
00:53:16mais attention, si jamais vous ne nous écoutez pas, hop,
00:53:20on va organiser quelques actions et attention à vous.
00:53:26Cette violence de la rue n'épargne pas les élus de la République.
00:53:31En 1982, Edith Cresson, ministre de l'Agriculture, est ainsi évacuée en urgence
00:53:36lors de la visite d'une ferme sous les jets d'œufs pourris et les mottes de terre.
00:53:44Madame Cresson n'est pas la première, elle n'est pas la dernière
00:53:47et quant à elle, ce n'est pas la dernière fois non plus qu'elle rencontre un problème comme celui
00:53:53-là.
00:53:53Moi, j'ai manifesté devant le président le désir d'un dialogue approfondi
00:53:58avec des gens sérieux, ce qui, évidemment, exclut de ce dialogue ceux qui ne le sont pas.
00:54:07Moi, c'est ce que j'appelle l'équilibre de la terreur.
00:54:09C'est-à-dire que bien sûr que la FNSO impose sa vision
00:54:12parce qu'ils font flipper tous les ministres de l'Agriculture qui se sont succédés.
00:54:16Qu'est-ce qui fait flipper les ministres de l'Agriculture ?
00:54:18C'est les gros tracteurs qui débarquent sur les Champs-Elysées.
00:54:20Et tous les ministres de l'Agriculture, mais les premiers ministres,
00:54:23voire les présidents de la République qui se succèdent,
00:54:25ont peur de la menace FNSEA parce que c'est des violents, en vrai, c'est des violents.
00:54:32Peu nombreux, mais déterminés et bien organisés,
00:54:35ils étaient un peu plus d'une centaine à arborer les couleurs du syndicat agricole nominant,
00:54:39la FNSEA, pour entrer de force en fin de matinée dans deux bâtiments publics à Paris.
00:54:46En 1999, ce sont les bureaux de Dominique Voinet, ministre de l'Écologie,
00:54:52qui sont saccagés en son absence par des militants de la FNSEA.
00:54:55La FNSEA
00:55:02Moi, on m'a proposé d'être ministre de l'Agriculture.
00:55:05Et j'ai dit, je ne peux pas faire ça.
00:55:07Parce que ma famille habite à Morlaix,
00:55:10et que si je suis ministre de l'Agriculture, à tous les coups, je gagne.
00:55:14C'est-à-dire que j'aurai les patates dans le jardin, les choux-fleurs, les artichauts.
00:55:21Ma rue sera bloquée.
00:55:23Ma famille ne pourra pas vivre de façon apaisée.
00:55:27Donc je renonce.
00:55:29J'ai dit non, je ne peux pas.
00:55:31Je ne peux pas.
00:55:35Aujourd'hui, la FNSEA est toujours au centre de la co-gestion.
00:55:39Mais dans la rue, elle n'a plus le monopole de la colère.
00:55:45Le syndicat coordination rurale occupe désormais le terrain
00:55:48et conteste ses élites agricoles jugées trop proches des intérêts de l'agro-industrie.
00:55:56La coordination rurale, son moteur politique, c'est justement
00:55:59la dénonciation de la FNSEA, de la mainmise des céréales et sur la FNSEA,
00:56:05des industriels, etc.
00:56:07Mais elle ne conteste pas le modèle, le fameux modèle,
00:56:11toujours plus de rendement mécanisé, hyper mécanisé, hyper spécialisé,
00:56:16basé sur une utilisation massive de la chimie.
00:56:19Donc avec les mêmes écueils au bout du compte.
00:56:22Ce syndicat aux revendications hétéroclites
00:56:24se réfère au mouvement des gilets jaunes.
00:56:27surenchéris dans les manifestations et même les discours violents.
00:56:32Ceux qui veulent notre mort sont partout.
00:56:34Nous devons les combattre au quotidien.
00:56:36Dans les départements, les régions, jusqu'au ministère.
00:56:38Ne lâchez pas les bras.
00:56:40Les écolos, les écolos, la décroissance veulent nous cremer.
00:56:43Nous devons leur faire la peau.
00:56:50Ce climat de violence à l'égard des écologistes
00:56:53se porte aussi contre certains paysans
00:56:55qui proposent d'autres modèles d'agriculture.
00:57:01Lorsque Benoît Biteau a repris la ferme de son père il y a 20 ans,
00:57:05il ne se doutait pas que ces nouvelles pratiques agroécologiques
00:57:08allaient lui attirer les foudres d'une partie du monde agricole.
00:57:15Je reprends une structure qui est allée très loin
00:57:17dans le modèle qu'on appelle productiviste,
00:57:19intensif, même industriel.
00:57:21Une structure qui est en monoculture de maïs sirigué depuis 35 ans,
00:57:24qui a appauvri tous les sols, où il n'y a plus de biodiversité,
00:57:27avec un très fort endettement d'ailleurs, des difficultés économiques.
00:57:30Et en pratiquant l'agroécologie, je fais la démonstration,
00:57:34au contraire, qu'on a de la récolte.
00:57:39Au salon de l'agriculture, l'homme du jour est de Charente-Maritime.
00:57:44Benoît Biteau a reçu le trophée de l'agriculture durable,
00:57:48récompense très convoitée, remise par Michel Barnier.
00:57:54Michel Barnier, alors ministre de l'agriculture,
00:57:58décide de me décerner le trophée national de l'agriculture durable.
00:58:02Et plutôt que ce monde agricole se dise on est vraiment dans une mauvaise passe,
00:58:05on est enlisé dans une ornière dont on n'arrive pas à se sortir.
00:58:10Il a peut-être des réponses à nous proposer,
00:58:12il a peut-être des solutions qu'il faut explorer.
00:58:14C'est une recrudescence de violence avec, d'abord sur les réseaux sociaux,
00:58:18des appels à la violence, des appels au meurtre,
00:58:20et puis ensuite, plus physiquement, des actes qui visent à mettre en danger mon intégrité, effectivement.
00:58:28Et donc, la première plainte que je dépose, c'est un agriculteur
00:58:32qui vient, dans ma cour de ferme, me tirer dessus.
00:58:35On est en train de déjeuner, je suis en face de mon épouse,
00:58:38à côté de moi, un salarié et sa compagne,
00:58:41et on voit deux pruneaux qui traversent notre déjeuner sur notre terrasse.
00:58:51Benoît Biteau a porté plainte contre l'agriculteur,
00:58:53qui a nié l'agression.
00:58:56La plainte a été classée sans suite.
00:59:03Paul-François, lui, attend toujours les résultats de l'enquête
00:59:07sur les violences qu'il a subies durant l'hiver 2023.
00:59:17Au moment où je rentre ici, dans mon propre garage, dans ma propre maison,
00:59:23trois individus m'ont agressé.
00:59:26Il y en avait un qui était à l'extérieur qui donnait des ordres
00:59:29et qui faisait aussi le guet.
00:59:31Et les deux qui me sont tombés dessus, en quelques secondes,
00:59:35m'ont ligoté les jambes et les bras avec des colis électriques.
00:59:44Et j'avais une écharpe, ils l'ont attachée, coincée dans la portière de la voiture,
00:59:49et ils m'ont collée le long, m'ont donné quelques coups,
00:59:51ils ont essayé de me faire voir quelque chose.
00:59:53Ils étaient là pour me faire taire, qu'ils ne voulaient plus m'entendre à la télé ou à la
01:00:00radio.
01:00:01Au moment où ils ont quitté le garage, précipitamment,
01:00:04ils m'ont dit, si tu t'en sors, si tu parles, si tu portes plainte,
01:00:11on reviendra, on ne te coupera pas.
01:00:19Les agressions physiques restent exceptionnelles.
01:00:25Gwenaëlle et Pierre n'ont pas eu à subir de telles attaques.
01:00:27Mais ils ont conscience que leur pratique agricole dérange.
01:00:33Certains n'aiment pas avoir le dogme productiviste remis en cause.
01:00:39Leur fille a ainsi payé cher d'être issue d'une famille d'agriculteurs bio.
01:00:49Elle a été en lycée agricole pendant trois ans.
01:00:52Elle l'a très, très mal vécue.
01:00:55Parce qu'elle s'est retrouvée avec des enfants d'agriculteurs
01:01:01qui n'avaient pas la même agriculture que nous
01:01:03et qui lui ont fait bien savoir.
01:01:04Et donc, elle s'est retrouvée harcelée en étant la salpite d'écolo.
01:01:08On n'a pas été prévenus par le corps pédagogique.
01:01:10Je l'ai suivi par hasard en fin juin.
01:01:13Et suite à ça, elle est partie en phobie scolaire.
01:01:15Donc, à 15 ans, elle a arrêté, elle ne pouvait plus aller à l'école.
01:01:19Elle nous disait qu'en cours, on leur a bien fait savoir
01:01:21que l'agriculture bio, c'est pour les petits pas sérieux
01:01:24qui ont une pine noire et un RSA.
01:01:26Donc, encore aujourd'hui, là, je parle d'il y a trois ans, deux ans,
01:01:30donc c'est quand même le discours.
01:01:32Il faut produire avec du produit, de l'engrais, des tracteurs
01:01:35et produire à fond, parce que plus tu produiras,
01:01:38plus tu seras une bonne paysanne ou un bon exploitant.
01:01:47Leur fille a depuis intégré une autre filière
01:01:49dans laquelle elle s'épanouit, loin des brimades subies par le passé.
01:01:56Je m'interroge souvent sur ce qui pousse certains agriculteurs
01:02:00à défendre ardemment le système productiviste,
01:02:03à attaquer ainsi ceux qui le questionnent,
01:02:06alors qu'eux-mêmes en souffrent, voire en sont victimes.
01:02:13La génération avant ces paysans, ils ont été stigmatisés
01:02:16dans les années 50-60 parce qu'on considérait qu'ils ne s'adaptaient pas
01:02:20au modèle agricole, donc on leur a dit
01:02:21mais vous êtes vraiment les derniers des idiots, vous ne comprenez rien,
01:02:24vous vous attachez aux traditions du passé,
01:02:26voilà, donc l'archaïsme, etc., l'inculture paysanne.
01:02:29Il y a deux, trois générations qui ont fait le pas de la modernité,
01:02:33qui l'ont intégré, qui en ont tiré des bénéfices aussi,
01:02:38symboliques, matériels, et on peut comprendre qu'aujourd'hui,
01:02:41on leur resserre finalement un nouveau discours qui leur dit
01:02:44mais attendez, vous avez rien compris, vous détruisez l'agriculture,
01:02:48c'est une honte, etc., alors qu'ils n'ont d'une certaine façon
01:02:52fait qu'appliquer un modèle qu'on leur a aussi imposé.
01:02:55Aujourd'hui, quand on voit le nombre d'agriculteurs en difficulté économique,
01:03:00le nombre d'agriculteurs qui sont malades, et qu'en plus on montre du doigt
01:03:03comme des empoisonneurs, et bien on la vit cette triple peine.
01:03:06Et je comprends d'ailleurs en ce moment tout ce que l'on peut entendre
01:03:09des agriculteurs parce qu'ils ne savent plus quoi penser.
01:03:12Parce qu'on leur met des normes, ils ne savent pas si c'est pour leur bien-être,
01:03:17si c'est pour le bien-être des animaux, si c'est pour le bien-être du consommateur,
01:03:20et eux ils sont perdus, ils travaillent comme des malades,
01:03:22ils ont de la peine à vivre, ils savent souvent qu'ils ont des problèmes de santé,
01:03:26mais ils n'en parlent pas.
01:03:27Le monde agricole, il faut le voir aussi comme un monde qui se rétrécit en fait.
01:03:32Il y a de moins en moins de gens qui travaillent,
01:03:35ça isole, ça crée encore plus de distance entre la société
01:03:40et les attentes sociétales qu'on qualifie, et les agriculteurs.
01:03:44Et du coup quelque part, vu que cette distance se crée,
01:03:47c'est beaucoup plus facile de se recentrer sur son noyau de père, agriculteur.
01:03:51On n'est pas compris, on attend de nous des choses qui ne sont pas tenables,
01:03:55nous on travaille 7 jours sur 7, 365 jours par an, 15 heures par jour pour même pas se tirer
01:04:01un SMIC,
01:04:01qui fait que les deux attentes de ces deux mondes-là, elles s'éloignent en fait.
01:04:12Comment réconcilier deux mondes qui ne se comprennent plus ?
01:04:15Bonsoir à tous et merci d'être venus aussi nombreux.
01:04:18Je suis régulièrement invité à échanger avec des agriculteurs et de simples citoyens,
01:04:23là de cette impasse du productivisme.
01:04:27Ce que vous décrivez avec d'autres, c'est finalement un système un peu d'emprise,
01:04:31enfin on a le sentiment que les agriculteurs ont été à la fois les victimes et les coupables en fait
01:04:36dans ce système-là.
01:04:38Il me parle des cancers dus aux pesticides, des campagnes qui se désertifient, des fermes industrielles qui s'étendent.
01:04:47Moi je travaille 70 hectares, on est à 2, et on produit 200 000 litres de lait.
01:04:54Et sur une ferme équivalente, on va faire deux fois et demie quoi, en système conventionnel, on va faire 500
01:05:00000 litres.
01:05:01Et est-ce que vous gagnez de l'argent ?
01:05:05Oui, oui, très bien, je ne me plains pas du tout.
01:05:10Je rencontre aussi ces paysans, enfermés dans un système maltraitant,
01:05:14en proie à la concurrence internationale et dont la grande majorité aimerait transformer ces pratiques.
01:05:23Une enquête menée par The Shift Project en 2024 auprès d'agriculteurs,
01:05:28révèle que 80% d'entre eux souhaitent adopter des pratiques agronomiques plus durables.
01:05:3475% des répondants s'inquiètent des effets des pesticides de synthèse.
01:05:40Et ce sont 93% des agriculteurs interrogés qui sont prêts à engager ou accélérer la transition environnementale de leur
01:05:48ferme.
01:06:00Dans sa ferme aux limites de la plaine du Foraise, Stéphane Mial a sauté le pas.
01:06:07Il a bénéficié de l'aide inattendue d'Emilie Aulion dans le cadre d'un projet d'accompagnement d'agriculteurs
01:06:13à la transition écologique.
01:06:21« Salut ! »
01:06:22« Salut ! »
01:06:24« Ça va ? »
01:06:25« Et toi ? »
01:06:25« Ouais, ça va ? »
01:06:26« Ouais ? »
01:06:27« Elles vont bien ? »
01:06:28« Ouais, si, ça va, ouais. »
01:06:31« Les premiers jours qu'on s'est vus, on nous a fait prendre une feuille et des feuilles de
01:06:36couleurs et qu'on dessine. »
01:06:37« Mais on a dit, là, on est bien partis, là. »
01:06:39« On se regardait tous, mais qu'est-ce que... »
01:06:42« Ah non, moi, j'avais fait une grosse vache au milieu de la feuille, je m'en souviens, avec
01:06:46un pied énorme et tout. »
01:06:49« Voilà, après, c'est... »
01:06:50« Bah, parce que c'était, elle, la priorité, après. »
01:06:52« Enfin, pour moi, à cette époque. »
01:06:54« Enfin, moi, la première chose qui m'a frappée en arrivant chez Stéphane, c'était vraiment la fatigue, l
01:06:59'épuisement et l'incapacité, du coup, à pouvoir prendre des décisions pour lui, des décisions qui, vraiment, soient les bonnes
01:07:07pour lui. »
01:07:07« Et du coup, même de l'inquiétude par rapport à sa santé et sa capacité à perdurer dans le
01:07:15métier et perdurer tout court, d'ailleurs. »
01:07:17« Et du coup, l'idée, c'est d'être là pour lui, de le soutenir, de l'aider à,
01:07:24des fois, un peu démêler toutes les idées qu'il avait un peu en tête. »
01:07:28« Et en fait, les décisions, c'est lui qui les a prises, même plus vite que ce que j
01:07:35'aurais pu penser des fois. »
01:07:40Stéphane a choisi l'autonomie.
01:07:43Il n'utilise plus de pesticides ni d'engrais, ne cultive plus de maïs pour l'alimentation de ses vaches.
01:07:49Elles se nourrissent principalement de l'herbe de ses prairies.
01:07:55Il produit moins, travaille moins et gagne enfin sa vie.
01:08:01Cette année, son revenu est supérieur au SMIC.
01:08:05Dans quelques mois, il aura épongé l'ensemble de ses dettes.
01:08:12Le regard des autres, c'est compliqué.
01:08:14Et moi, je comprends les jeunes ou certaines personnes moins jeunes qui n'arrivent pas à se détacher de ça.
01:08:22Psychologiquement, j'ai mis une paire d'années à accepter le bio, le changement.
01:08:30Et le plus dur, c'est d'être prêt dans la tête.
01:08:35Moi, ce qu'Émilie m'a apporté, c'était de redécider sur notre ferme.
01:08:40C'était nous qui décidions et pas les techniciens ou les gens qui sont les commerciaux.
01:08:45C'est vraiment Émilie qui m'a apporté ça, de décider sur ma ferme.
01:09:00Stéphane a changé de modèle avant tout pour lui, pour sa santé et sa qualité de vie.
01:09:08Il n'était pas seul dans cette démarche de transition.
01:09:13Les agriculteurs ont besoin de soutien pour porter le poids du changement.
01:09:21Si je discute un à un avec un certain nombre d'agriculteurs,
01:09:24une partie significative me dise « j'en rêverais, je le souhaiterais, mais je ne sais pas comment faire.
01:09:30J'ai la trouille de planter mon exploitation, parce qu'on est en train de la planter quand même d
01:09:33'une autre façon.
01:09:34J'ai peur un peu du regard des autres aussi. »
01:09:38Tout ça n'est pas en place.
01:09:39La transition n'est pas portée politiquement avec la force qu'il faudrait pour changer ce système.
01:09:45La grosse faille, c'est qu'on n'a pas de fil rouge, on n'a pas de direction, on
01:09:48n'a pas de projet.
01:09:49Il y a des injonctions contradictoires qui sont mises au débat public perpétuellement.
01:09:54Ce qui perd, ce qui frustre, ce qui énerve au plus haut point l'ensemble de la profession agricole,
01:10:00ce que je comprends fortement.
01:10:01Un ministre de l'agriculture devrait dire « nous sommes à l'année N, il faut changer de modèle, comment
01:10:11on fait ? »
01:10:12On a tous les éléments économiques, on a tous les éléments biologiques, on a tous les éléments pour faire évoluer,
01:10:18sauf que des agriculteurs que je connais, qui sont en conventionnel, ne savent pas comment passer les cinq ans qui
01:10:26leur permettraient de changer de modèle.
01:10:28Alors on en parle.
01:10:30Moi, je pense que la plupart des citoyens français seraient d'accord,
01:10:33plutôt que de faire des plans de campagne ou de larguer des subventions à l'hectare,
01:10:38y compris pour le maïs, seraient d'accord pour dire « on aide celui qui change de modèle avec de
01:10:45l'argent public ».
01:10:46J'entends pas un ministre de l'agriculture dire « c'est ça le débat ».
01:10:51On a une absence complète d'imagination sur l'avenir de l'agriculture parce que, et on revient toujours à
01:10:59cette raison,
01:11:00le système est totalement verrouillé, verrouillé par les banques, verrouillé par les assurances,
01:11:05verrouillé par les organisations professionnelles agricoles.
01:11:09Et par conséquent, ce qu'il faut, c'est du courage.
01:11:47Sous-titrage Société Radio-Canada
01:12:09Sous-titrage Société Radio-Canada
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