- il y a 3 heures
Laura Santelé se confie dans Tous Wonder.
Le 18 février 2022, elle prend un coup à la tempe, en s’interposant lors d’une altercation, dans le club où elle travaille. Elle s’effondre. À son réveil, elle pense avoir 24 ans…en réalité elle en a 32.
7 années ont disparu.
Elle ne se souvient plus de son divorce, de son nouveau compagnon, ni de la naissance de son deuxième fils. Elle découvre des cicatrices sur son corps, une maison qu’elle ne reconnaît pas, une garde-robe qui n’est pas la sienne. Elle se perd en allant chercher du pain, ne connaît plus les codes de sa carte bancaire, ne sait plus où sont les toilettes chez elle.
Dans cet épisode, Laura raconte cette amnésie rétrograde rarissime, ce choc post-traumatique qui a effacé une partie entière de sa vie. Elle parle de la douleur de voir son fils aîné qui a grandi sans elle, de l’absence totale de lien avec le plus jeune au début, puis de cette croisière décisive où elle réapprend à devenir sa mère.
Elle raconte aussi son couple. Son compagnon qui ne lâche pas. Les photos, les vidéos, les souvenirs racontés encore et encore.
Un témoignage rare, puissant et profondément humain.
Un épisode Tous Wonder sur la mémoire, l’amour… et la force d’avancer, un jour à la fois.
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Production /influxProd
Hébergement podcast : Acast
© 2026 Tous WONDER | Tous droits réservés.
Le 18 février 2022, elle prend un coup à la tempe, en s’interposant lors d’une altercation, dans le club où elle travaille. Elle s’effondre. À son réveil, elle pense avoir 24 ans…en réalité elle en a 32.
7 années ont disparu.
Elle ne se souvient plus de son divorce, de son nouveau compagnon, ni de la naissance de son deuxième fils. Elle découvre des cicatrices sur son corps, une maison qu’elle ne reconnaît pas, une garde-robe qui n’est pas la sienne. Elle se perd en allant chercher du pain, ne connaît plus les codes de sa carte bancaire, ne sait plus où sont les toilettes chez elle.
Dans cet épisode, Laura raconte cette amnésie rétrograde rarissime, ce choc post-traumatique qui a effacé une partie entière de sa vie. Elle parle de la douleur de voir son fils aîné qui a grandi sans elle, de l’absence totale de lien avec le plus jeune au début, puis de cette croisière décisive où elle réapprend à devenir sa mère.
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AmusantTranscription
00:00Elle va me donner un coup au niveau de la tempe.
00:02Là sur le coup, tu ne te souviens pas que tu as divorcé, que tu as changé de métier,
00:05que tu as un nouveau compagnon et un deuxième enfant.
00:08Il y a un choc post-traumatique qui va provoquer ces 7 ans d'amnésie rétrograde.
00:12Qu'est-ce que j'ai fait moi pendant ces 7 ans-là ?
00:15Bonjour à tous et bienvenue dans Tous Wander, le média qui parle de votre point de bascule.
00:19Aujourd'hui, on reçoit Laura Santelet, avec elle on va parler d'amnésie rétrograde.
00:25Qu'est-ce que ça veut dire ?
00:26Ça veut dire qu'elle a oublié 7 ans de sa vie.
00:29Elle a pris un coup sur la tête un jour où elle travaillait dans sa discothèque en Belgique.
00:33Elle s'est interposée lors d'une altercation à son réveil.
00:37Elle avait oublié l'existence de son deuxième mari et l'existence de son deuxième enfant
00:42qui est né dans cette période de 7 ans.
00:45Et ses souvenirs ne sont jamais revenus.
00:48Tous Wander, vous nous retrouvez tous les mardis sur YouTube
00:51et sur toutes les plateformes de podcast Spotify, Deezer, Amazon et Apple.
00:56Vous pouvez nous regarder, nous suivre un peu partout et un peu tout le temps.
00:59Merci à notre sponsor Ramify.
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01:36Je vous mets le lien en description.
01:38Et puis en plus avec Tous Wander, vous avez 3 mois de frais de gestion offerts.
01:42Tous Wander, c'est maintenant avec Laura Santollet qui a oublié 7 ans de sa vie.
01:58Laura Santollet, merci d'être avec nous.
02:00Merci de me recevoir.
02:01C'est toi qui m'as contactée, tu avais envie de raconter ton histoire.
02:04Et merci de ta confiance et de t'être déplacée parce que tu vis en Belgique.
02:09Dans Tous Wander, on commence toujours avec un point de bascule.
02:12Le tien, il est évident, c'est le 18 février 2022.
02:17Tu travaillais dans un club libertin en Belgique, t'as pris un coup sur la tête, t'as perdu connaissance
02:23et à ton réveil, t'as oublié 7 ans de ta vie.
02:26Est-ce que tu peux nous raconter ce qui s'est passé et ce dont tu te souviens ?
02:30Donc, ce que je vais raconter, évidemment, ces dernières minutes de l'accident, c'est des choses qu'on m
02:36'a racontées ou qu'on a vues au niveau des caméras.
02:39Donc, je travaillais comme manager dans un club libertin, même version wellness, donc avec piscine, jacuzzi, hammam.
02:46Et ce soir-là, il y a eu une confrontation avec deux couples.
02:51Ils ont disputé plusieurs fois, on voit aux caméras et on les met dehors.
02:55Et une fois dehors, ça continue, on vient me rechercher et j'interviens de nouveau.
02:58Sauf que là, la personne qui est à terre, quand elle va se relever, elle va me donner un coup
03:02au niveau de la tempe.
03:03Qui est intentionnelle ?
03:04On ne saura pas le dire au niveau de la caméra et trop loin, mais à mon avis, il se
03:09relève et je suis la première personne qu'il a devant lui.
03:12Donc, comme il pourrait être blessé, voilà.
03:15On n'a pas les identités parce que c'est un club privé, donc on ne prend pas les identités
03:20de la personne qui rentre.
03:22Donc, l'histoire, je ne vais pas tomber sur le coup.
03:26Je vais pouvoir rentrer à l'intérieur du bâtiment, me tenir une vingtaine de minutes la tête.
03:32Le personnel va continuer son travail, ils ne vont pas se rendre compte qu'il y a eu quelque chose
03:36et je vais m'effondrer dans l'eau.
03:38Donc là, ils appellent les services de secours et mes parents, qui n'habitaient pas très loin,
03:44donc papa est très vite venu suivre l'ambulance.
03:48Quand j'arrive à l'hôpital, c'est là que tout commence parce qu'on va me poser des questions
03:51très simples.
03:52Quel âge avez-vous ? Qu'est-ce que vous faites comme métier ? Et ma situation familiale ?
03:58En réalité, on est sept ans plus tard.
04:00En réalité, on est sept ans plus tard.
04:02Le bracelet d'identification, la date de naissance ne correspondait pas à mes 24 ans.
04:08Et là, papa va dire non, non, je l'ai bien reconnu vu que je l'ai suivi.
04:11C'est bien elle, elle n'a pas 24, mais c'était 32.
04:15Les chiffres, c'est toujours confié avec moi, donc c'est quelque chose que je dois toujours réfléchir.
04:19Elle n'est plus fleuriste, le magasin a été vendu il y a des années.
04:22Elle travaille pour un club à Pec.
04:26Et elle n'a pas un enfant, elle en a deux parce qu'elle s'est remise avec quelqu'un.
04:30Donc là, sur le coup, tu ne te souviens pas que tu as divorcé, que tu as changé de métier,
04:35que tu as un nouveau compagnon et un deuxième enfant.
04:37C'est ça.
04:39Quelqu'un va te l'annoncer, ton père te l'annonce.
04:42J'imagine même les médecins ne comprennent pas tout de suite.
04:44Les médecins ne comprennent pas, on va faire des scanners, un peu plus tard, il y aura des IRM de
04:50fait avec contraste, enfin plein d'examens.
04:54Le diagnostic va d'abord être que c'est une commotion cérébrale sans gravité, mais il y a un choc
05:04post-traumatique qui va provoquer ces sept ans d'amnésie rétrograde.
05:08Donc ça veut dire que c'est vraiment, on va dire, ce choc que j'ai eu, il aura été
05:13la petite goutte d'eau qui a fait déborder face, comme un énorme burn-out.
05:17Incroyable.
05:18Donc on parle d'amnésie rétrograde.
05:21Amnésie rétrograde.
05:22Alors pourquoi sept ans ? C'est vraiment parce que je sais dire les dernières images que j'ai, les
05:29derniers souvenirs que j'ai.
05:32Et là, ça va faire tout basculer parce que moi, j'étais en train de divorcer, mais j'avais trouvé
05:37un compagnon et ça se passait très bien.
05:40Donc je réclamais après ce garçon-là, Jean-Christophe.
05:44Qui était, attends, ton compagnon actuel ou ton ex-mari ?
05:48Ni l'un ni l'autre.
05:49Ah, un autre amoureux.
05:50Un autre amoureux, juste après mon, pendant mon divorce, j'avais déjà rencontré quelqu'un.
05:54Et moi, je demande après Jean-Christophe, on va me présenter un téléphone, un téléphone qui se déploie.
06:01Et il y a une photo.
06:03Il y a moi, mon fils, que je reconnais, même s'il a grandi, je le reconnais très facilement.
06:08Et un petit garçon avec son papa.
06:11Et là, je ne sais pas du tout qui c'est.
06:14Donc moi, je réclame après Jean-Christophe, mon papa va devoir m'annoncer que non, je ne suis plus du
06:20tout avec Jean-Christophe, que j'ai refait ma vie avec Gino, qui travaille avec moi, qu'on a un
06:28autre enfant.
06:30Donc là, il va falloir digérer un peu tout ça.
06:32Tu ne reconnais pas sur le fond d'écran ton compagnon et ton enfant ?
06:36Non, pas du tout.
06:39Et je vois que le mien, je dis toujours que le mien, en tout cas pour Evan, Evan avait trois
06:46ans et demi dans mes derniers souvenirs.
06:48Et il en a onze à mon réveil.
06:51Et ton deuxième enfant, Owen, il avait quel âge au moment de l'accident ?
06:55Trois ans et demi aussi, quatre ans plus ou moins.
06:57Trois ans et demi, quatre ans.
06:59Oui.
07:00Donc avec lui, on va faire un peu semblant de rien.
07:04Donc je vais rester quelques jours à l'hospitaliser.
07:07Et puis, attends déjà, quand les médecins t'annoncent ça, tu dis quoi ?
07:09Tu as l'impression qu'on te raconte n'importe quoi ou tu y crois tout de suite ?
07:12J'ai de la chance d'avoir ma famille qui m'entoure.
07:15Donc voilà, je suis protégée par rapport à ça.
07:19J'ai confiance à ce qu'ils me disent.
07:20Moi, je vais poser des questions.
07:22Est-ce que, voilà, par rapport à mon divorce, est-ce que ça s'est clôturé ?
07:25Est-ce que, oui, tout se passe bien ?
07:28Tu es avec Gino, actuellement, depuis quatre ans.
07:34Tu as un autre enfant, mais votre famille fonctionne bien.
07:38Vous vous entendez bien, vous travaillez ensemble.
07:41Financièrement, c'est OK.
07:43Donc voilà, ils essayent de me rassurer, de me dire que c'est positif.
07:47Est-ce que tu paniques ou tu es incrédule ?
07:49Non, je suis directement sous médication.
07:53Donc tu subis, en fait.
07:55On te dit au fur et à mesure des choses et tu absorbes.
08:00Première fois que je vais me mettre en pyjama, je vais découvrir des cicatrices.
08:06Le médecin, par rapport à mon dossier médical, vont pouvoir dire, tiens, tu as une césarienne du deuxième enfant.
08:12Et les petits trous, on va dire, c'est un bypass qui a été effectué quelques années auparavant.
08:20Donc, savoir que j'ai un bypass, comment je dois m'alimenter, c'est des questions qui vont devoir se
08:25poser.
08:26En fait, tu ne reconnais pas ton corps quand tu te mets en pyjama ?
08:29Non. Alors, tout ce qu'il y a, c'est que je ne me suis pas vue plus grosse que
08:34je n'étais, plus maigre.
08:36Ah, tu parles de bypass, bien sûr.
08:37Parce que le poids est plus ou moins le même.
08:39Comme j'étais jeune, la peau était dynamique.
08:41Donc, mon corps est resté le même, si je vais dire, d'il y a sept ans auparavant.
08:48Mais oui, il y a ces cicatrices qui sont là.
08:51Et sur le coup, à l'hôpital, tu vas passer beaucoup de temps.
08:53Tu as demandé à rentrer ?
08:55Oui, ces quelques jours, ça va être très bref.
08:58Et eux vont proposer, soit tu rentres directement chez tes parents pour quelques jours.
09:03Parce qu'ils parlent que la mémoire peut revenir dans les prochains jours, dans les prochaines semaines.
09:09Ça peut se déclencher naturellement comme ça.
09:14Ou je retourne directement chez mon mari, chez mon compagnon, chez moi.
09:18Oui, chez toi, avec tes fils.
09:19C'est ça.
09:20Donc, je vais juste faire une transition chez mes parents pour dire de retrouver Gino en face à face.
09:27En fait, de le rencontrer.
09:29De le rencontrer une deuxième, une première fois, on va dire.
09:33Ça s'est passé comment, quand tu l'as vue ?
09:34On s'était d'abord eu via FaceTime ou quelque chose en visio.
09:39Pour pouvoir se parler.
09:41Alors, on va dire, la première fois que je le vois en visio, je me dis, physiquement, c'est OK.
09:47C'était déjà une bonne chose.
09:49Oui, ouf, parce que pour le même, il ne me plaît plus.
09:52Et voilà, là, c'est catastrophique.
09:54Mais là, physiquement, c'est OK.
09:56La façon qu'il me parle, lui, il est complètement sous choc.
09:58Lui, il ne comprend pas.
10:00Il pose des questions.
10:01Attends, et quand tu le vois déjà en FaceTime, ni la voix, ni le visage te parle.
10:04Non, et surtout, il est néerlandophone.
10:06Donc, en Belgique, on a un côté flamand, un côté francophone.
10:09Et je suis partie vivre avec lui parce qu'il est flamand.
10:13Donc, on habite dans la région de Courtret.
10:16Donc, l'accent est là.
10:17Il parle français, mais il y a un fort accent.
10:21Et moi, je dis, mais c'est vraiment à l'opposé de ma vie que j'avais.
10:27À l'opposé.
10:28Et il te dit quoi ?
10:29Tu lui dis quoi la première fois que vous vous voyez ?
10:32Moi, je ne dis pas grand-chose.
10:33Mais lui, il va poser des questions.
10:34Il va dire, mais comment c'est possible ?
10:36Allez, on se quitte le matin.
10:37On part chacun de notre côté pour faire le job.
10:40Et puis, tu ne reviens pas.
10:41Et puis, tu ne me reconnais pas.
10:42Mais il était persuadé que quand j'allais le voir, tout allait revenir.
10:48Malheureusement, non.
10:50Malheureusement, non.
10:53Donc, une fois que j'étais chez mes parents, on a discuté un peu de...
10:56Donc, quelques jours de transition chez tes parents quand tu sors.
10:59Même pas, c'est la journée.
11:00Et puis, on m'a dit, qu'est-ce que tu fais ?
11:02Et pour ce petit de trois ans et demi, je voulais absolument au moins essayer.
11:07C'était vraiment le terme, c'était essayer.
11:08Essayer quoi ?
11:09Essayer de vivre ensemble.
11:11Avec le petit, avec Gino.
11:14Voilà, eux m'attendaient à la maison.
11:17Ça, tu en avais conscience tout de suite ?
11:19Oui, ça, j'avais dit, il faut au moins essayer.
11:20Je ne peux pas tout envoyer balader et dire, je refais ma vie.
11:24Non, il n'était pas question de ça.
11:26On essaye, on voit comment ça fonctionne.
11:30La première année avec Owen, le plus petit, ça a été une catastrophe.
11:34Parce que pour moi, ce n'était pas mon fils, c'était celui de Gino.
11:38Je raconte toujours le même, mais c'est quand on a des enfants
11:42et qu'on va chez des amis et qu'ils ont d'autres enfants,
11:45on va moins vite supporter les enfants des autres que les nôtres.
11:48Et avec Owen, c'était ce qui se passait.
11:50Il jouait avec ses Lego, il faisait quelque chose.
11:52C'était crispant.
11:54J'ai eu de la chance d'avoir vraiment ma famille qui m'a entourée,
11:57que mes parents ont pris énormément les enfants à leur maison le week-end
12:01pour essayer vraiment que je sois le plus tranquille possible.
12:05Parce qu'un peu une semaine ou deux après cet accident,
12:10j'ai fait une paralysie faciale due au stress.
12:15Donc, c'était de nouveau retourner à l'hôpital, refaire encore des examens.
12:19Et puis, en Belgique et en Wallonie, surtout, on a de la chance.
12:23Il y a un service mobile qui vient à domicile
12:27avec des aides-soignants de psychiatrie, une psychiatre, psychologue.
12:32Et ils viennent tous les jours, premier temps.
12:35Et puis après, ils espacent un peu les visites
12:36pour voir si la médication est OK.
12:38Et surtout, voir comment ça se passe à la maison.
12:41Comment ça s'est passé quand tu es rentrée, justement ?
12:44C'est-à-dire que c'était la visite.
12:46T'as découvert ta maison.
12:47J'ai découvert la maison, comme si on me disait,
12:49tiens, on va chez quelqu'un.
12:51Je suis rentrée.
12:52On m'a fait...
12:53Je vois encore ce hall d'entrée.
12:55Puis le salon.
12:57Ça me plaisait.
12:58C'était assez moderne.
13:00Rien d'extravagant.
13:01C'était très classique.
13:06Sobre.
13:06Un homme qui vit là, très sobre.
13:10Et la maison me plaisait bien.
13:12Mais les questions vont arriver tout de suite.
13:14Où sont les toilettes ?
13:15Alors ça, il tombe...
13:17Tu ne savais plus où étaient les toilettes de ta maison ?
13:19Ah non.
13:20Il faut me montrer où sont les toilettes.
13:22Après, on va monter à la chambre
13:23pour montrer ma chambre, celle des enfants.
13:25J'ai un énorme dressing.
13:29Et là, je tombe là-dessus.
13:32Et je réfléchis déjà sans dire,
13:34mais en disant,
13:35les habits qui sont là,
13:37ce n'est pas les miens.
13:37Et moi, je ne vais pas mettre ça.
13:39Donc, c'était des habits tout à fait normaux.
13:42Parce qu'on a...
13:43Évidemment, on rigole toujours.
13:44Parce qu'avec le club,
13:45il y a des habits plus festifs,
13:47plus à plumes,
13:48des paillettes.
13:49Parce que tu travaillais dans un club libertin.
13:51Il y a un club libertin.
13:52Donc, il y a le côté animation
13:54qui est là, festif.
13:55Donc, il y a des centaines de costumes
13:59qui sont là dans cette garde-robe.
14:00À côté de ça, il y a des habits civils.
14:02Mais ces habits civils-là,
14:04même si c'était classique,
14:05c'était beaucoup des robes.
14:06Je pense qu'il y avait un jean sous deux.
14:09Et tu ne reconnais pas les vêtements.
14:11Je ne reconnais pas les vêtements.
14:12Et puis...
14:13Et tu ne te reconnais pas dans les vêtements non plus ?
14:15C'est-à-dire qu'en fait,
14:15tu as l'impression que c'était une personne.
14:17Et je n'ai pas envie de les mettre.
14:18Même s'il y a des choses
14:19qui me pouvaient me plaindre,
14:20je n'avais pas envie de les mettre
14:21parce que ce n'était pas les miens.
14:23Waouh !
14:24Donc, il a fallu changer toute la garde-robe,
14:26faire partir tous ces costumes
14:28parce que je n'avais pas envie de les voir.
14:29C'était une période où...
14:30Voilà.
14:32J'avais du mal à comprendre
14:33qu'est-ce que je faisais là.
14:35Donc, tu découvres ta maison
14:36et ses vêtements.
14:37Et comment se passent
14:38les retrouvailles avec tes fils
14:40et la rencontre avec ton deuxième fils
14:42dont tu n'as aucun souvenir ?
14:44Donc, Evan va arriver peut-être
14:45une semaine, quinze jours plus tard
14:47vu qu'il est chez son papa
14:48une semaine sur deux.
14:49Et là, il m'avait laissé le temps
14:50un peu de souffler.
14:51Et quand il est arrivé,
14:52c'était beaucoup de larmes.
14:53Je l'ai reconnu tout de suite.
14:54Mais là, ça te projette directement.
14:58Tu te dis,
14:58tu as manqué sept ans-là.
15:01Tu le vois, il est grand,
15:04il raconte ce qu'il fait à l'école.
15:07Là, c'est dur.
15:09C'est encore plus difficile
15:11de le voir lui qui a grandi
15:13qu'Owen, qui a un enfant
15:16qui joue, qui a un comportement.
15:19Mais heureusement que je vais...
15:21Le lien que je vais pouvoir retrouver
15:22très vite avec Evan,
15:23qui aura 11 ans
15:26quand je vais me réveiller,
15:29il va m'aider beaucoup
15:30parce que je suis à ce moment-là
15:31propriétaire des deux discothèques,
15:34des deux endroits
15:35où on travaille.
15:37et tout le monde vient sur nous
15:38pour les codes des cartes bancaires,
15:41les codes des ordinateurs,
15:42les documents administratifs.
15:44Et Evan, lui, va dire
15:46« Mais si, moi, je connais les codes.
15:47C'est ma date d'anniversaire.
15:49Moi, je connais les codes
15:50de la carte bancaire
15:50parce que tu me laisses faire
15:52le plein de la voiture. »
15:54Et lui, il va pouvoir sauver
15:55beaucoup de choses comme ça.
15:56Ah ouais, t'as aidé, ouais.
15:57Parce que moi, je ne voulais pas
15:58me confronter à l'administration non plus
16:00parce que j'avais la...
16:01Je me dis « Ok, je suis sur papier
16:06responsable,
16:07mais je ne connais rien de tout ça. »
16:09Et Evan, qui a 11 ans,
16:10il comprend, il voit que il y a...
16:12T'as une forme de distance physique,
16:14j'imagine, parce que ton enfant,
16:15tu l'as quitté à 3 ans et demi,
16:16là, il a 11 ans.
16:17Il a la distance physique
16:18parce que c'est un ado
16:19et que, voilà, il...
16:21Il y a...
16:23On a pas un lien
16:27d'une mère et d'un fils
16:28qui va se prendre dans ses bras
16:29et va se faire des bisous.
16:30Ça, pas du tout.
16:31C'est peut-être déjà
16:32dans mon caractère à moi.
16:33On n'a peut-être pas l'habitude.
16:36Mais par contre, voilà,
16:38la relation va se renouer
16:39au fur et à mesure
16:41grâce à son aide
16:42pour beaucoup.
16:43Il va comprendre
16:44qu'il y a eu quelque chose,
16:45mais il ne voit pas la gravité.
16:48Peut-être même encore maintenant,
16:51il s'en rend pas forcément compte.
16:53Et qu'est-ce qui t'a fait
16:54monter les mensueux
16:54tout à l'heure
16:55sur ces sept ans
16:56que tu n'as pas partagés
16:57avec lui ?
16:59Parce que quand je reprends,
17:00par exemple,
17:00à la semaine passée
17:01où il y a les examens,
17:02il faut l'aider,
17:03il faut...
17:04Je me dis,
17:05qu'est-ce que j'ai fait, moi,
17:06pendant ces sept ans-là ?
17:07Est-ce que j'ai été
17:08une bonne mère ?
17:09Est-ce que j'ai pu l'aider ?
17:11Est-ce que notre travail...
17:13Je sais qu'on m'a expliqué
17:14mon travail.
17:15J'étais manager,
17:16comme dit mon compagnon.
17:19Notre boulot,
17:20c'était notre vie.
17:21On a passé...
17:22On passait nos journées,
17:23notre semaine à travailler.
17:25On avait une nounou
17:26à temps plein
17:26parce qu'elle devait garder
17:27la nuit le plus jeune.
17:31Et le travail a dû
17:32très certainement...
17:34J'ai mis très certainement
17:35de côté mon fils
17:36pendant ces sept dernières années.
17:38C'est ça qui te fait
17:39de la peine ?
17:40Oui.
17:41Parce que quand on voit
17:41maintenant le contact
17:42qu'on peut avoir
17:43quand tout se passe bien,
17:45c'est sympa.
17:46Et ça, je lui ai sans doute
17:47pas donné tout ça avant.
17:50Et avec Owen ?
17:52Avec Owen ?
17:53Là, c'est...
17:54Tu te souviens
17:54de la première fois ?
17:57Oui, ça a été
17:58une première fois
17:59très dynamique.
18:00Il me voit.
18:01Pour lui, c'est les retrouvailles.
18:02J'ai été à l'hôpital.
18:03Ah, maman,
18:03t'as été à l'hôpital
18:04et tu vas mieux.
18:06Et lui, il ne se rend compte
18:07de rien.
18:08Et on fait semblant
18:10de rien.
18:11Et voilà.
18:12Et tu ne ressens rien ?
18:13Mais je ne ressens rien.
18:14C'est très difficile
18:15à dire.
18:16C'est très difficile
18:17à ressentir.
18:19En se disant,
18:20mais comment c'est possible
18:21de ne pas reconnaître
18:22son enfant
18:23et de ne pas l'apprécier ?
18:26Pour moi,
18:27c'était une boule
18:28de nerfs vivantes
18:29et je n'arrivais pas
18:30à canaliser.
18:32C'était le fils de Gino.
18:34Et même,
18:35je ne pouvais pas le gronder
18:35parce que je ne voulais pas
18:37me mêler.
18:38C'était un peu
18:39se dire ça.
18:39Je ne me mêle pas
18:40de son fils.
18:41Quand il doit dire quelque chose,
18:42j'ai dit à Gino,
18:43j'ai dit quelque chose
18:43au petit.
18:44C'était lui
18:45à faire le chef.
18:46Et il n'y a pas
18:47une connexion physique,
18:48il n'y a rien,
18:48même physiquement ?
18:50Non.
18:50Oui, comme quoi ?
18:52Rien du tout.
18:53Il n'y a rien de maternel.
18:56Même rien de magique,
18:57en fait.
18:57L'attachement se crée
18:58au fur et à mesure,
18:59finalement.
18:59On le comprend
19:00dans ton histoire.
19:01Là, je vais vraiment...
19:03Il va falloir
19:04un déclic.
19:05À un moment donné,
19:06moi, cette maison
19:06me devient insupportable,
19:07même si j'y vis,
19:08même si Gino fait tout
19:11pour que je me sente bien.
19:12À un moment donné,
19:13je dis,
19:14je dois partir.
19:15Je veux partir d'ici,
19:17je veux aller en vacances,
19:17je veux faire quelque chose,
19:18mais je dois partir.
19:20Je n'avais jamais fait de croisière.
19:21Je suis tombée
19:21sur une offre de croisière.
19:23C'était quasiment
19:25pile un an
19:26après l'accident.
19:29Et je dis à Gino,
19:31voilà,
19:32je m'en vais
19:32dans trois jours
19:33du vendredi.
19:33Je prends l'avion
19:35et je pars
19:37faire une croisière.
19:37Je prends le petit avec,
19:38comme ça,
19:39tu n'as pas de problème.
19:41Et je suis partie une semaine,
19:43Martinique, Guadeloupe,
19:44on a fait un séjour.
19:46Et là,
19:46j'étais obligée
19:47d'être sa maman.
19:49Donc,
19:49il était obligé
19:50de m'écouter.
19:51Il était obligé de...
19:52On sortait du bateau,
19:53on allait à la plage.
19:54Donc,
19:55c'est là qu'on a pu recréer du lien.
19:57Parce qu'on n'était vraiment
19:57rien qu'à deux
19:58et qu'on mangeait
20:00en tête à tête.
20:00Donc,
20:01j'apprenais à le connaître.
20:02T'aimes bien,
20:03t'aimes pas.
20:04Et t'es rendu compte
20:05que t'avais pas de souvenirs,
20:06ton fils ?
20:07Non.
20:07En tout cas,
20:08il n'en a jamais fait allusion.
20:10Il n'a jamais posé de questions.
20:13On n'en parle pas devant lui.
20:16C'est pas que c'est caché,
20:17mais voilà,
20:19il n'y a jamais un moment donné
20:20où il a reparlé de ça.
20:23C'est comme si on avait continué
20:24notre vie normalement.
20:26Même si pour moi,
20:28il y a vraiment une année
20:29où ça a été très dur avec lui.
20:31Parce que les naissances,
20:32c'est quand même des moments
20:33qui sont très, très importants
20:35dans les vies de femmes.
20:37De ne pas avoir de souvenirs
20:38de son arrivée au monde.
20:40Ah oui.
20:40On a dû me le raconter
20:41parce que c'était
20:42quelque chose de très spécial.
20:43J'ai fait une pré-éclampsie.
20:45Donc,
20:45il est arrivé avec
20:48deux mois à l'avance.
20:49Donc,
20:49dès qu'ils ont fait une césarienne,
20:51il a été transporté
20:52directement sur Bruges.
20:54Donc,
20:56je pense qu'il y a eu
20:57quelques jours,
20:57on m'a dit
20:58que je n'ai pas pu
20:59aller tout de suite
21:00le voir.
21:01Et puis après,
21:02c'était en couveuse
21:03pendant quelques mois.
21:05Donc,
21:06il a eu un parcours
21:08tout petit,
21:09difficile.
21:10Que moi,
21:11à part voir des photos,
21:12des vidéos,
21:13je ne me rappelle pas.
21:15Et ça ne revient pas.
21:16Ça ne revient pas.
21:18Et comment s'est passé
21:19avec ton conjoint ?
21:20Parce que tu rencontres
21:23un inconnu total.
21:24Quand on a préparé l'émission,
21:25tu m'as dit au téléphone
21:26« Je suis tombée amoureuse
21:27deux fois de lui. »
21:28c'est quelqu'un,
21:30c'est un client
21:30qui a dit ça à Gino.
21:31Il a dit
21:32« Tu as quand même la chance,
21:33tu as une femme
21:34qui est retombée
21:34deux fois amoureuse de toi. »
21:36Et c'est vraiment ça.
21:37Parce que
21:37la seule personne
21:40que j'avais
21:40de confiance
21:41à part mes parents,
21:43c'était Gino.
21:44On me posait des questions,
21:45je ne savais pas y répondre,
21:46je me retournais vers Gino.
21:48Tu sentais en fait ?
21:50Il y avait un lien.
21:51J'avais besoin de lui
21:53parce qu'il y a quelque chose
21:56d'essentiel.
21:57Il avait réponse
21:58à mes questions,
21:59j'avais confiance
21:59à ce qu'il me disait.
22:01Et ce lien
22:03s'est recréé naturellement.
22:05Il a été super bienveillant
22:06dans le sens où
22:07les premiers mois,
22:08évidemment,
22:10il a dormi dans le canapé,
22:12il m'a laissé la chambre.
22:12Ah oui ?
22:13Pendant plusieurs mois ?
22:14Oui.
22:15Pendant combien de mois
22:15il a fait ça ?
22:16Je ne pourrais pas en dire
22:18un...
22:19Mais au moins deux mois,
22:21très clairement.
22:22Et un jour,
22:24j'ai dit
22:25« Écoute,
22:26à un moment donné,
22:26il faut que tu remontes
22:27dans ton lit, quoi. »
22:28Et c'est comme ça aussi
22:29que les touchés,
22:32les moments plus intimes
22:34se refont au fur et à mesure.
22:37Les premiers...
22:38Parce que lui avait dit
22:40« Ok,
22:41on doit vivre avec
22:43parce qu'il y avait
22:43très très dur
22:44d'accepter la situation.
22:47Mais moi,
22:47je ne changerais pas
22:48mes habitudes. »
22:50si je veux me balader
22:51en caleçon dans la maison,
22:52je lui avais dit
22:53« Fais ce que tu veux,
22:54ça,
22:54ce n'est pas un souci. »
22:56Mais voilà,
22:57on a essayé...
22:58Le jeudi,
22:59c'était un rituel
23:00d'aller un peu manger
23:01au restaurant ensemble
23:03sans les enfants.
23:03Donc,
23:04on avait essayé
23:04de réinstaurer ça.
23:05Moi,
23:06j'étais aussi
23:06dans le côté
23:08rencontre,
23:10essayer de reséduire
23:11aussi la personne
23:12qui était devant moi.
23:13Et lui,
23:13pas du tout.
23:14Lui,
23:15ça l'auripilait.
23:15Il se disait
23:16« Mais tu ne peux pas
23:17me poser des questions ? »
23:17Parce que moi,
23:18je me demandais
23:18« Qu'est-ce que tu aimes
23:18bien faire ? »
23:19« Les vacances ? »
23:21Et il disait
23:22« Non,
23:22tu sais les réponses.
23:23Tu ne peux pas
23:24me reposer ça. »
23:25Ah,
23:26il était super agacé.
23:27Ah oui,
23:27il était agacé
23:28et moi,
23:29j'avais besoin de ça
23:29à ce moment-là.
23:30Bien sûr.
23:31J'avais besoin de...
23:31Tu ne le connaissais plus,
23:32en fait.
23:32Voilà.
23:33Et alors,
23:33il a fini par répondre ?
23:35Avec beaucoup de photos,
23:36beaucoup de vidéos,
23:37parce qu'on était
23:38des personnes
23:39qui voyageaient énormément.
23:41C'était notre seul plaisir
23:42de pouvoir voyager à deux.
23:44On a fait
23:44des magnifiques voyages.
23:45Donc,
23:46en feuilletant les albums,
23:47en m'expliquant...
23:48Mais si tu...
23:49Alors,
23:49il me dit toujours
23:49« Mais si tu sais ! »
23:50Mais non,
23:51je ne sais pas.
23:52Et voilà,
23:53il raconte avec bienveillance
23:54qu'on a fait ça,
23:55qu'on a été aux Maldives,
23:57qu'on a fait la Thaïlande.
23:59Tous les anecdotes
24:00un peu de rôle
24:01avec les enfants en vacances aussi.
24:03Il les raconte.
24:05Et après,
24:06c'est un peu comme
24:07quand on est petit,
24:07il y a des choses
24:08qu'on a vues en photo,
24:09en vidéo,
24:10et on les a tellement vues
24:11ou les parents
24:11les ont tellement racontées
24:12qu'on les imprègne
24:13comme si c'était
24:14des souvenirs réels.
24:15C'est un peu
24:16ce qui se passe maintenant.
24:18Et tu lui fais confiance ?
24:19Il ne te raconte que la vérité
24:20parce qu'il pourrait
24:20te raconter n'importe quoi.
24:22Alors,
24:22avec Gino,
24:23il pourrait t'inventer
24:24des souvenirs ?
24:24Gino n'a jamais plaisanté
24:26avec ça.
24:26Ça a été quelque chose
24:27tellement dur pour lui
24:28que les choses,
24:30étaient telles qu'ils ont...
24:32Après,
24:33la famille,
24:34mon papa
24:35ou des gens proches
24:38ont rigolé
24:38dans la situation
24:39en disant
24:39« Tu te rappelles
24:40les 10 000
24:41que tu m'as empruntées ? »
24:43Et là,
24:44tu doutes, toi !
24:45Mais il y a toujours
24:47un moment
24:47où les gens laissent
24:48en disant
24:49« On plaisante,
24:50mais voilà,
24:51j'aurais pu tomber... »
24:53Imaginons que
24:54je n'avais pas ma famille.
24:55Là,
24:55tu ne sais pas
24:56où tu tombes.
24:57Tu ne sais pas
24:57si tu dois faire confiance.
24:58Là,
24:58ça serait terrible.
24:59Bien sûr, bien sûr.
25:00J'ai vraiment eu la chance
25:01d'être bien entourée
25:02de ma famille.
25:02Et tu te souvenais
25:03de tes parents,
25:04du coup ?
25:04Oui.
25:04Forcément,
25:05parce que c'était...
25:05Il y a plus de 7 ans.
25:07Il y a plus de 7 ans.
25:08Tu te souvenais d'amis ?
25:10Je me souvenais d'amis.
25:11Le seul problème,
25:12c'est que je suis partie
25:14vivre plus loin.
25:16On avait un métier
25:17qui n'est pas forcément
25:18accepté par tout le monde,
25:19même si on n'y fait
25:20que travailler,
25:21parce que c'est notre travail.
25:23Dans un club libertin,
25:24donc c'est un club
25:24qui est échangiste.
25:25C'est un club échangiste,
25:26mais on va dire
25:28que les gens
25:29ont une mauvaise opinion
25:31ou ne savent pas trop
25:33à quoi s'attendre
25:34en rentrant là-dedans.
25:35Donc,
25:36c'est spécial.
25:38Ce n'est pas un métier
25:39qu'on a l'habitude
25:40de rencontrer.
25:41Donc,
25:42au niveau amie,
25:43je n'avais pas
25:44beaucoup de fréquentation.
25:45J'étais très jeune,
25:47à mes 18 ans,
25:48j'étais déjà indépendante
25:49fleuriste,
25:49donc les relations amicales
25:52avec les heures
25:53que je faisais,
25:53ce n'était pas possible.
25:55Donc,
25:55voilà.
25:56J'ai demandé
25:57après des gens,
25:58mais tous les gens
25:59que je demandais,
25:59soit non,
26:00ça fait longtemps
26:01que tu ne l'as pas vue
26:01ou non,
26:02cette personne-là,
26:02elle ne parle plus.
26:04Donc,
26:05au final,
26:05je me retrouvais
26:06vraiment dans un siècle fermé
26:07et les seules personnes
26:08que j'avais contact,
26:09c'était le personnel
26:12qui travaillait avec nous.
26:13Et alors,
26:14comment ça s'est passé
26:14quand tu as revu
26:15justement ton entourage,
26:16soit le personnel,
26:17soit peut-être
26:18le commerçant
26:19de ton quartier,
26:19tu vois,
26:20parce que les gens
26:20n'étaient pas au courant
26:21et c'est tellement rarissime
26:23ce que tu as vécu.
26:24Tu as dû expliquer,
26:25ils étaient surpris.
26:27Ça a été difficile
26:28pour plusieurs choses.
26:28Par exemple,
26:29même déjà,
26:30rien que pour le petit,
26:31il fallait le conduire
26:32à l'école,
26:33il faut trouver
26:33la bonne institutrice,
26:34la bonne classe.
26:36Donc,
26:36c'est des choses
26:36qu'on doit réapprendre.
26:37Et puis,
26:38il m'a fallu très longtemps
26:39avant de remettre les pieds
26:40dans le club
26:41où Gino travaillait lui,
26:42pas là où j'ai eu l'accident,
26:44mais vraiment dans la discothèque.
26:45Il y a deux clubs différents.
26:46Il y a vraiment
26:46le plus grand club du Benelux
26:48qui est une discothèque.
26:50Et là où je travaillais,
26:51c'est vraiment
26:51un formule wellness
26:53avec piscine,
26:54jacuzzi,
26:54hammam,
26:54etc.
26:57Et quand Gino avait dit
26:59tiens,
27:00passe au moins,
27:01voire,
27:02viens dire bonjour.
27:03Il y a des gens
27:04qui veulent te revoir,
27:05viens juste dire bonjour.
27:06Tu ne restes pas longtemps.
27:08Et j'ai eu la très mauvaise idée
27:09de faire ça
27:10juste après Nouvel An.
27:12Donc,
27:12tous les gens
27:13sont venus sur moi.
27:15j'étais la rockstar.
27:17Parce que tout le monde me connaît,
27:18on peut avoir
27:19jusqu'à 600 personnes
27:20par soirée.
27:21Et là,
27:22les gens viennent sur moi
27:23« Ah Laura ! »
27:23Ils ne sont pas forcément
27:24au courant
27:25de ce qui s'est passé.
27:26Moi,
27:27je fais semblant de rien.
27:28Et là,
27:29je dois faire la bise
27:29à une centaine de personnes
27:31qui demandent
27:33comment ça va.
27:34Et moi,
27:35je ne la reconnais pas.
27:36Je ne reconnais personne.
27:37Mais cette soirée-là,
27:39je suis restée
27:4045 minutes,
27:41je suis repartie en pleurs
27:42à ma maison
27:43parce que c'était terrible.
27:47Après,
27:47je retourne de temps en temps
27:50par séquence
27:51où je recroise
27:52et certaines personnes disent
27:53« Tiens,
27:54maintenant,
27:54les gens savent un peu plus,
27:55le bruit va vide. »
27:58Et ils me disent
27:59« Tiens,
27:59tu sais,
28:00moi,
28:00je suis venue faire les photos,
28:01le shooting pour les photos,
28:02pour le wellness. »
28:04Et cette dame-là,
28:05elle m'a raconté un peu
28:06comment on s'était rencontrés
28:07et ce qu'elle avait fait pour moi.
28:09Et là,
28:10moi,
28:11je me suis mise à pleurer
28:12parce que je dis
28:13« Mais ce n'est pas possible.
28:14Cette dame me raconte
28:15quelque chose
28:16que moi,
28:17je ne me rappelle pas. »
28:18C'est très difficile
28:19d'être confrontée
28:20à chaque fois à ça.
28:21Vraiment très difficile.
28:23Mais est-ce que tu as le sentiment
28:23que toi,
28:24tu as changé
28:24en termes de personnalité,
28:26de goût,
28:27d'attrait pour certaines choses ?
28:29Oui.
28:29Je vais être
28:32peut-être quelqu'un
28:33de moins jovial.
28:34Avant,
28:34j'étais très dynamique
28:36très spectacle,
28:38très...
28:39Voilà.
28:40J'aimais
28:41très sociable.
28:42Maintenant,
28:43je le suis toujours,
28:44mais je mets des pincettes.
28:46On va dire,
28:46j'ai plus de recul.
28:47Ça,
28:48on te l'a raconté
28:48ou tu te souviens
28:49de toi comme ça ?
28:51Je savais
28:52comment j'étais
28:53il y a sept ans
28:53et maintenant,
28:54je sais que
28:55la foule me fait
28:56peut-être un peu plus peur.
28:59Qu'est-ce qui te fait peur ?
29:01Les bruits,
29:02le monde autour de moi.
29:04Il va y avoir
29:04quelque chose
29:05qui claque.
29:06Ça reste
29:08quelque chose
29:09de traumatique.
29:11Parce que tu revis
29:12le moment
29:13de l'altercation,
29:14c'est ça ?
29:14Non,
29:14parce que ça,
29:15je n'en ai aucun souvenir.
29:16À part les vidéos
29:18de surveillance
29:19et ce qu'on m'a raconté,
29:20moi,
29:20je n'ai aucun souvenir
29:21de ce choc-là.
29:23Mais il y a quelque chose
29:24dans ma tête
29:24qui fait que dès qu'il y a
29:25un choc,
29:26il y a un moment de panique.
29:28On sait le coût précisément
29:30que tu as pris sur la tête.
29:31Quelle zone a fait
29:31que tu as oublié ?
29:33Est-ce que les médecins
29:34savent expliquer ?
29:36Pas vraiment,
29:37parce qu'on me dit toujours
29:38qu'il y a eu
29:39une légère commotion cérébrale
29:41au niveau de la tempe,
29:43mais pas assez forte
29:45pour dire que ce soit elle
29:46qui engendre cette amnésie.
29:48Donc,
29:48c'est vraiment
29:50pour ça qu'on dit
29:50que c'est un choc post-traumatique.
29:52C'est plus
29:54le burn-out
29:55qui cause...
29:56Mais c'est un burn-out
29:57qui est causé...
29:58Ce n'est pas un coup
29:59qui fait un burn-out.
30:00C'est la goutte d'eau.
30:01C'est la goutte d'eau.
30:01Parce qu'on était
30:03surchargés
30:03de ce moment de travail.
30:04On ne s'arrêtait pas,
30:05on continuait.
30:07Ça nous permettait
30:08d'avoir un bon train de vie
30:09très certainement
30:10vu qu'on a fait
30:11beaucoup de choses.
30:12Mais voilà,
30:13c'est le cerveau
30:13qui a dit stop.
30:14T'as rencontré des gens
30:15comme toi ?
30:16Parce que c'est très rare
30:16en fait.
30:17J'ai rencontré...
30:18Ces amnésies rétrogrades.
30:19Maintenant,
30:20j'ai rencontré
30:21une dame
30:22qui a perdu
30:23toute sa vie
30:24à 45 ans.
30:26Donc, elle,
30:26elle ne connaissait plus
30:28ses enfants,
30:28son mari,
30:29même ses parents.
30:30Rien.
30:31Elle, c'était suite
30:32à un léger choc
30:34de voiture.
30:34Elle a fait
30:35un petit accident
30:35de voiture
30:36très léger.
30:37Et pourtant,
30:38le fait qu'elle a cogné
30:38sa tête
30:39à un endroit précis,
30:41elle, ça a fait
30:41l'amnésie...
30:42Ça a fait un reset, quoi.
30:43Complet.
30:44Wow.
30:4545 ans.
30:46Et puis,
30:47par rapport
30:47aux témoignages
30:48qu'on reçoit,
30:49j'ai pu dialoguer
30:50avec certaines personnes
30:51qui, pareil,
30:52suite à des burn-out,
30:53à des problèmes
30:58avec la famille,
30:59le travail,
31:01ils ont perdu
31:02des plus courtes périodes.
31:04Sept ans, non,
31:05mais quelques mois,
31:07quelques jours,
31:08une année,
31:09mais des plus courtes périodes.
31:11Est-ce qu'on t'a dit
31:12des choses sur toi
31:12qui t'ont surpris ?
31:13Tu te dis
31:14mais j'aurais jamais pu faire ça.
31:15On m'a montré des vidéos.
31:16Ah ouais, c'est vrai ?
31:17Oui.
31:19Les gens me disent...
31:20Au fur et à mesure
31:20que j'allais à la discothèque,
31:21tout le monde me disait
31:22mais...
31:23Quand tu faisais Halloween,
31:24c'était vraiment chouette.
31:26Et moi, je me disais
31:26mais qu'est-ce que j'ai fait Halloween ?
31:28Et on m'a montré des vidéos
31:29et j'imitais le personnage
31:32un peu de l'exorciste
31:34où j'étais maquillée,
31:35déguisée
31:38et mise dans une pièce
31:40très sombre
31:42où les gens...
31:42Et avec le gestuel
31:43et les paroles
31:45un peu du film,
31:47les gens,
31:47ça a marqué.
31:48Mais quand j'ai vu ça,
31:49j'ai dit
31:49je n'aurais jamais fait ça.
31:51Je ne me voyais pas
31:52faire ça avant, quoi.
31:53Ou monter sur scène
31:54et danser.
31:56Je n'ai jamais pris
31:57de cours de danse.
31:58Je ne danse pas
31:59si bien que ça.
32:00Mais vraiment,
32:02voilà,
32:02sans gêne,
32:03j'y vais
32:03et je le fais.
32:05Maintenant,
32:06je suis quelqu'un
32:06qui est toujours resté
32:08pas pudique,
32:09mais je...
32:10Voilà,
32:11je ne suis pas exhibitionnée.
32:12Je ne me suis jamais
32:14retrouvée nue
32:15ou sans soutien-gorge
32:17dans le club.
32:19Donc,
32:20j'ai gardé quand même
32:21mes principes
32:22de base,
32:23on va dire.
32:24Mais tu étais plus extravertie
32:25en costume.
32:27Quand tu t'es vue comme ça,
32:28tu ne t'es pas reconnue ?
32:30J'ai dit que,
32:31voilà,
32:32j'étais à fond
32:33dans le spectacle,
32:35à fond dans mon boulot, quoi.
32:37Et quand tu t'es regardée,
32:38tu as l'impression
32:38de voir quelqu'un d'autre
32:39ou pas ?
32:41Oui,
32:42parce que maintenant,
32:43je ne dis pas
32:44que je ne le referai pas,
32:44mais pas de la même façon.
32:48Si on me dit,
32:49tiens,
32:49tu ne pourrais pas nous aider
32:50pour l'animation
32:51de pin-up ou quoi ?
32:52Oui,
32:52je vais vous mettre
32:53une robe pin-up,
32:54je vais passer avec des shots,
32:56je vais parler avec tout le monde,
32:58mais je ne ferai pas autant
32:59que ce que j'ai fait,
33:00très certainement.
33:01Toi,
33:01tu as l'impression
33:02de faire le deuil
33:02du toit d'avant ou pas ?
33:04Comme tu ne t'en souviens pas,
33:05ce n'est peut-être pas
33:06si douloureux que ça,
33:07c'est peut-être plus
33:07pour tes proches,
33:08tu vois ?
33:08Pour moi,
33:08ce n'est pas douloureux
33:09parce que,
33:10c'est une nouvelle vie
33:11qui commence,
33:12je me refais des souvenirs
33:13au fur et à mesure,
33:14c'est un jour à la fois,
33:15c'est ce que je dis,
33:17mais c'est beaucoup plus douloureux
33:18pour Gino,
33:19mon entourage,
33:20voilà,
33:21mais pour mon compagnon,
33:22ça,
33:22c'est le plus douloureux
33:22parce que lui,
33:24pendant des années,
33:25maintenant,
33:25ça va faire 4 ans en février,
33:27pour lui,
33:28il a toujours eu l'espoir
33:29que les souvenirs reviennent.
33:32Maintenant,
33:32ça s'atténue,
33:35mais il le dit,
33:36je ne suis plus la femme
33:38qu'il a rencontrée.
33:40On était très fusionnels,
33:41on travaillait toujours ensemble,
33:44maintenant,
33:44je suis peut-être
33:45un peu plus distante aussi.
33:47Lui,
33:47tu te sens plus distante,
33:48lui,
33:48lui te dit que tu es différente ?
33:49Oui,
33:50lui,
33:50il le dit que je suis différente.
33:51Le personnel,
33:52qu'on était assez proche,
33:54me dit,
33:55il n'a jamais craqué devant moi,
33:57mais au boulot,
33:58avec certaines personnes,
33:59il avait su parler,
34:01il a su expliquer
34:02un peu ce qu'il vivait.
34:05C'est beaucoup plus dur pour lui
34:07parce que moi,
34:08j'ai été suivie
34:08par des psychologues,
34:09par des psychiatres,
34:10pas lui.
34:11Lui,
34:12on a appris au début
34:13un peu en disant,
34:13monsieur,
34:14faites attention à vous aussi,
34:16mais il n'y a jamais personne
34:17qui lui a dit
34:18qu'il devait être suivi
34:19pour ça.
34:22Mais à l'heure actuelle,
34:24ça se ressent.
34:24Est-ce que lui,
34:24il est retombé amoureux de toi
34:25comme toi,
34:25tu es retombé amoureuse de lui ?
34:27En tout cas,
34:27si je peux prendre la parole
34:29à sa place,
34:29il dit toujours que lui,
34:30il n'a jamais cessé
34:31d'être amoureux de moi.
34:32Même si tu es différente ?
34:33Oui.
34:33C'est facile d'être
34:35dans la connivence
34:36avec quelqu'un qui est différent.
34:37La chose qu'il répète,
34:40c'est que j'aurais fait
34:42la même chose
34:43si ça lui aurait arrivé.
34:44Donc, c'est pour ça
34:47qu'il n'a jamais lâché.
34:48On lui a dit,
34:49il y a eu des gens
34:50qui lui ont dit,
34:51cash,
34:52pourquoi tu ne changes pas de femme ?
34:53Ça sera plus facile.
34:54Oui, sympa les copains.
34:55Oui, mais les gens
34:57disaient ça en disant,
34:58écoute, change de vie,
34:59refais ta vie.
35:00Oui, oui, oui.
35:00Et puis voilà.
35:01Mais lui,
35:02il n'a jamais lâché.
35:05Comment tu te sens aujourd'hui
35:06de te dire que ça ne reviendra
35:07a priori jamais ?
35:09Est-ce que tu te sens en colère ?
35:12Est-ce que tu...
35:13Tu vois,
35:13tu as une forme
35:14de sentiment d'injustice.
35:16Comment on peut décrire
35:17ce que tu ressens ?
35:18Parce qu'on n'arrive pas
35:19à imaginer, évidemment,
35:20d'avoir oublié.
35:20C'est par phase.
35:21Il y a des jours
35:21où je me dis
35:22où je suis
35:24positif dans ma tête
35:25et je me dis,
35:26ce n'est pas grave,
35:26c'est un jour à la fois.
35:28Aujourd'hui,
35:28c'est une bonne journée.
35:29Et il y a des jours
35:30où c'est plus...
35:36C'est plus difficile.
35:37Et là, tu te dis,
35:38mais pourquoi ça nous est arrivé ?
35:39Et pourquoi
35:41je n'arrive pas
35:42à m'en souvenir ?
35:44Pourquoi je n'arrive pas
35:45à faire les choses
35:46que j'ai envie de faire ?
35:47Parce que tout ce qu'on me propose,
35:49j'ai envie de dire oui tout de suite
35:51parce que j'ai envie de bouger.
35:52j'avais recommencé un job
35:53qui me plaisait énormément.
35:56Ça a été deux mois.
35:58Au bout de deux mois,
35:59j'étais fatiguée,
36:02impossible de bouger.
36:04Je pleurais tout le temps.
36:05Je me dis,
36:06je ne vais jamais arriver.
36:07Alors que j'adorais le job.
36:08Mais du coup,
36:09tu as l'impression
36:09qu'il y a une forme d'injustice.
36:11C'est une injustice
36:13et tu ne sais pas
36:13à qui le reprocher.
36:15Après,
36:15tu remets ça sur la personne
36:17que tu ne sais même pas
36:19l'imaginer
36:19parce que tu ne sais pas
36:20qui elle est.
36:20la personne qui t'a donné le coup
36:21n'a jamais été retrouvée.
36:23Non.
36:23J'ai mis deux ans
36:24avant de porter plainte
36:25parce que justement,
36:27de un,
36:28je ne me sentais pas capable
36:30d'aller à la police
36:33parce que raconter quoi ?
36:34Tu arrives dans le bureau de police
36:35et tu dois dire
36:37tout ce que je vais vous dire là maintenant,
36:39c'est ce qu'on m'a raconté
36:39parce que moi,
36:40je ne m'en souviens pas.
36:41Donc évidemment,
36:42j'ai des preuves médicales
36:43qui attestent
36:44que j'ai une amnésie rétrograde
36:45de 7 ans.
36:46Mais ces policiers,
36:47ils sont là,
36:48ils prennent ta déposition.
36:51Mais je n'ai pas de nom à donner.
36:54J'ai mes souvenirs,
36:56c'est toujours dans mes souvenirs,
36:58même pas dans mes souvenirs,
37:00dans mes ondits.
37:01Oui, bien sûr.
37:01Voilà,
37:02ça s'est passé comme ça,
37:03comme ça.
37:04Sur les caméras de surveillance,
37:05on retrouve ça, ça, ça.
37:07Mais ça s'arrête là.
37:08Oui, c'est incroyable.
37:09Donc, juridiquement,
37:11j'avais reçu une lettre,
37:13je pense qu'on dit
37:14le procureur du roi,
37:15qui dit que voilà,
37:16ma plainte est classée sans suite.
37:18Bah oui, bah oui.
37:18Et que s'il y avait des nouvelles
37:21à apporter,
37:22on réouvrirait quelque chose.
37:23Mais on sait très bien
37:24qu'à l'heure actuelle,
37:25il n'y a rien qui continuera.
37:28Les gens te croient
37:29quand tu dis
37:29j'ai oublié 7 ans de ma vie ?
37:33On va dire
37:34qu'on croise quelqu'un
37:36et qu'on raconte ça,
37:36ils sont très étonnés
37:38c'est très difficile à imaginer.
37:39Donc, on raconte
37:40quelques anecdotes
37:41en disant,
37:42par exemple,
37:43mes codes de cartes bancaires,
37:46je ne me rappelle pas,
37:46mon chemin,
37:47j'ai été chercher un pain,
37:49je me suis perdue
37:50avec le chien
37:51pendant une heure et demie
37:52en allant chercher un pain.
37:53Parce que les premières semaines,
37:55je n'ai pas de pensée
37:56à demander
37:57l'adresse où j'habitais.
38:00Je ne connaissais pas le quartier.
38:01Je suis partie chercher le pain
38:02et au retour,
38:04impossible de retrouver ma maison.
38:06De retrouver ta maison.
38:07Je ne pouvais pas arrêter
38:08quelqu'un en disant
38:08tiens,
38:10vous savez où est-elle rue ?
38:11Je ne connaissais pas
38:12le nom de la rue.
38:13Je n'ai pas demandé.
38:14Je n'ai pas demandé à Gino.
38:16Waouh.
38:17Tu ne reconnais pas tes vêtements,
38:18pas tes enfants,
38:20pas ton compagnon.
38:21Tu ne sais même pas rentrer chez toi.
38:24Il n'y a rien
38:25auquel tu peux te raccrocher.
38:26Et la seule chose
38:27auquel je peux me raccrocher,
38:28c'est ma famille et Gino.
38:29Mais c'est des moments
38:30où on a l'impression
38:31qu'on nous a volé quelque chose.
38:33Et avec tes enfants aujourd'hui,
38:35comment ça se passe ?
38:36Tu as réussi à recréer un lien ?
38:37Oui.
38:38Donc, avec Evan,
38:39ça se passe plutôt bien,
38:40même si c'est un ado.
38:41Ton aîné ?
38:42Voilà.
38:42Avec le grand,
38:44c'est un ado.
38:46Donc, il y a des chamailleries,
38:47mais on se comprend.
38:50On se comprend.
38:52Et le plus petit,
38:54lui évolue à son rythme
38:55et j'essaye de le suivre.
38:59Le lien est revenu ?
39:00Le lien est revenu.
39:01L'amour est revenu.
39:02Ça, c'était le plus important.
39:03Il y a de l'amour maintenant.
39:06Même si...
39:07Mais tu n'arrives
39:07à ne pas faire de différence ?
39:08J'arrive à ne plus
39:09faire de différence.
39:10On arrive à la fin
39:11de cet entretien.
39:13J'aime toujours demander
39:14aux gens qui viennent ici
39:16un petit mot de fin,
39:17un petit conseil.
39:18Au vu de tout ce qu'on s'est dit,
39:20tu as vraiment une histoire
39:20qui est très atypique.
39:22Tu as oublié sept ans
39:23de ta vie.
39:23On parle d'amnésie rétrograde.
39:25Merci de nous l'avoir bien expliqué.
39:27Qu'est-ce que tu aurais envie
39:28de dire aux gens
39:28qui nous regardent
39:29ou qui nous écoutent ?
39:31que malgré les épreuves,
39:33il faut essayer d'avancer
39:35mais vraiment jour par jour
39:36et prendre le positif,
39:38tout le positif possible.
39:39Profiter un maximum.
39:40C'est ce que nous,
39:41on fait avec Gino maintenant.
39:42C'est que dès qu'on a l'occasion
39:43de pouvoir profiter,
39:44on le fait.
39:45Parce qu'on ne sait jamais
39:46ce que demain peut arriver.
39:48Donc, profiter un maximum
39:50tant que c'est possible.
39:51Donc, on finit
39:52sur une phrase positive.
39:53On va faire du positif.
39:55Et puis, on espère
39:55que tu vas te recréer
39:57plein de nouveaux
39:58jolis souvenirs en famille.
39:59Merci d'être venue
40:00nous raconter ton histoire.
40:01Un grand merci à moi.
40:03Donc, tu as oublié
40:04sept ans de ta vie
40:05mais tu as réussi
40:05à retomber amoureuse
40:07de ton compagnon.
40:08et puis, voilà,
40:10récupérer un petit peu
40:11même si c'est impossible,
40:12récupérer le temps perdu
40:13avec tes deux garçons.
40:15Merci à toi
40:16et tu reviens quand tu veux
40:16nous raconter la suite.
40:18Merci.
40:18Tous Wander,
40:19c'est tous les mardis.
40:20Donc, on se dit
40:21à mardi prochain.
40:22Salut.
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