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  • il y a 23 heures
Un budget de 250 millions d’euros pour financer la création d’une filière de recyclage du textile en France a été annoncé par le ministre de la Transition écologique. Cela doit permettre de créer des débouchés pour les collecteurs qui n’arrivent plus à revendre la matière. Pour que cela puisse être efficace, la sensibilisation des Français au tri est aussi essentielle. Maud Hardy, la directrice générale de Refashion explique comment relever ce défi.

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Transcription
00:04Prêt pour l'impact, c'est la question que je pose chaque jour à une personnalité qui compte dans notre
00:09économie.
00:10Je reçois aujourd'hui Modardi, bonjour, bienvenue.
00:12Vous êtes la directrice générale de l'éco-organisme Reef Fashion.
00:15Je veux bien que vous nous le présentiez en quelques mots.
00:17Il existe depuis quand cet éco-organisme ?
00:19Alors Reef Fashion existe depuis bientôt 17 ans.
00:21Nous sommes un éco-organisme, c'est un animal un petit peu bizarre.
00:24C'est une entreprise à but non lucratif qui est agréée par le ministère de l'écologie et de l
00:29'économie.
00:30Et notre mission, c'est de financer la prévention et la gestion des déchets, des textiles, linges et maisons et
00:37chaussures.
00:37Alors qui finance un éco-organisme ? Comment ça marche ?
00:40Alors ce sont les entreprises qui vendent en France des vêtements, du linge et des chaussures.
00:45Donc ils sont à peu près 15 000 entreprises qui vont contribuer financièrement.
00:49C'est-à-dire qu'ils vont payer à Reef Fashion une éco-contribution qui est d'environ 4 centimes
00:53d'euros par produit vendu.
00:54Et cette contribution sert à financer l'ensemble des obligations qui figurent dans notre cahier des charges.
01:00Alors je vais donner quelques chiffres.
01:02Les entités adhérentes, effectivement, on est autour de 15 000, 14 120.
01:07C'est le dernier chiffre qu'on a trouvé.
01:09La collecte textile, linge, chaussures usagées, c'est 289 000 tonnes.
01:14C'est quand même assez vertigineux.
01:16Des nombres de points de réparation labellisés, il y en a plus de 1 500.
01:20Plus de 7 millions d'euros engagés pour le réemploi 2024.
01:23Et puis il y a ce bilan environnemental.
01:25Ça m'intéresse.
01:26Combien de tonnes d'équivalent CO2 vous pouvez éviter avec une filière du réemploi efficace ?
01:37On reviendra sur la question de l'efficacité après.
01:39En fait, l'enjeu principal, c'est de convaincre le citoyen que son vêtement usagé, taché, abîmé, déchiré, sa chaussure
01:46qui dit bonjour,
01:47il faut impérativement qu'il vienne la déposer dans un des 50 000 points de collecte.
01:52Or aujourd'hui, le constat, il est un petit peu tragique.
01:55Les deux tiers des vêtements, du linge et des chaussures consommées en France finissent dans les ordures ménagères.
02:00Dans les poubelles grises de la cuisine.
02:03Or ça, c'est irrémédiablement incinéré au mieux ou enfoui au pire.
02:07Et donc on a une déperdition environnementale tragique.
02:10Donc le vrai enjeu, c'est de faire en sorte que dans quelques mois, quelques années,
02:14l'ensemble des citoyens changent cette habitude pour pouvoir déposer leurs vêtements dans un point de collecte.
02:20Pour que le bénéfice environnemental soit réellement impactant.
02:23On y reviendra là-dessus, on s'appuiera sur un sondage que vous avez fait réalisé par Opinion Way.
02:28Mais il y a à l'actualité, c'est le gouvernement qui vient d'annoncer une refonte de la filière,
02:33un certain nombre de grandes orientations.
02:35Le ministre de la Transition écologique, Mathieu Lefebvre, qui veut restructurer cette industrie.
02:39Alors déjà, pourquoi elle est indispensable cette restructuration ?
02:43En fait, malheureusement, cette filière qui existe maintenant depuis, on l'a dit, 17 ans,
02:47est arrivée à un point de bascule.
02:50Elle est à bout de souffle.
02:51Plusieurs éléments.
02:51D'abord, comme on l'a vu, malheureusement, les deux tiers des vêtements et des chaussures
02:56qui sont achetés par les Français finissent dans les ordures ménagères.
02:58Donc on n'a pas été en capacité, depuis 17 ans, de créer ce mouvement général de collecte.
03:04Deux éléments structurants.
03:05Aujourd'hui, 60% des vêtements qui sont collectés par nos opérateurs de collecte et de tri
03:09sont exportés pour pouvoir alimenter ce qu'on appelle le marché de la fripe,
03:14avec principalement l'Afrique comme pays de destination.
03:17Aujourd'hui, malheureusement, ces acheteurs en Afrique sont sollicités par des concurrents chinois,
03:23notamment, qui vont proposer des vêtements usagés et des vêtements neufs à des prix défiant toute concurrence.
03:29Donc aujourd'hui...
03:47Elle doit se réinventer. Elle doit changer radicalement sa façon d'opérer cette collecte, ce tri et cette valorisation des
03:53déchets.
03:53Et le ministre a été très clair dans sa prise de parole il y a une dizaine de jours.
03:57Il faut inventer, financer, développer une industrie du recyclage en France et en Europe
04:03pour permettre de créer ces nouveaux débouchés.
04:05250 millions d'euros.
04:06C'est ce qu'il a annoncé, 250 millions d'euros pour financer les recycleurs.
04:10Alors, c'est à la fois beaucoup et pas beaucoup.
04:13On parle souvent en milliards quand on parle d'argent public depuis quelques années.
04:16Donc, qu'est-ce que ça représente et à quoi ça va servir ?
04:19Alors d'abord, ce n'est pas de l'argent public, c'est de l'argent financé par les marques,
04:22absolument,
04:23payé par les citoyens au final, puisque c'est pris dans le prix du produit.
04:27Et ça va servir à financer plusieurs types de nouveaux produits.
04:31D'abord, ce qu'on appelle la boucle fermée.
04:32Vous savez qu'un jean usagé, si j'arrive à bien le collecter, à le défibrer,
04:37je peux refaire un fil qui pourra refaire un nouveau jean.
04:40Ça, c'est ce qu'on appelle la boucle ouverte.
04:42Et on a en France des initiatives majeures qui peuvent permettre la réindustrialisation de la filière textile.
04:48Et puis, on a surtout ce qu'on appelle la boucle ouverte.
04:51C'est comment est-ce qu'on peut, avec un jean usagé, refaire par exemple de l'isolant.
04:55L'isolant pour le BTP, l'isolant pour l'automobile.
04:58Et donc là, on a vraiment des capacités de recréer ces produits à forte valeur ajoutée,
05:03qui vont avoir des compétences et des techniques aussi fortes qu'un isolant à partir de matières vierges.
05:10Et ça, c'est vraiment l'avenir.
05:11C'est comment est-ce qu'on crée cette industrie grâce aux déchets de la filière.
05:15Il y a déjà la technologie, il y a déjà certaines entreprises qui le font, c'est ça ?
05:20Où on en est de le passage à l'échelle de cette filière ?
05:26On a des démonstrateurs, qui sont aujourd'hui des bonnes preuves de concepts.
05:31Aujourd'hui, il faut passer effectivement à l'échelle supérieure.
05:34Dans quelques semaines, il y a de choses France qui va avoir lieu,
05:36où seront annoncées des grandes opportunités d'investissement en France,
05:40pour pouvoir créer ces usines,
05:42qui vont traiter demain 50, 70, 100 000 tonnes par an,
05:47pour pouvoir gérer ces fameux 300, 400 000 tonnes de déchets qu'on va devoir collecter.
05:52Dans les annonces du ministre, il y avait aussi cette idée de traçabilité obligatoire pour tous les acteurs.
05:57Qu'est-ce que ça veut dire ?
06:00Elle n'existait pas avant ? Qu'est-ce que ça va changer concrètement ?
06:03Ça, c'est effectivement une prise de parole majeure que le ministre Lefebvre a donnée comme consigne pour la filière.
06:09Aujourd'hui, pour que le citoyen donne avec confiance son vêtement usagé dans un point de collecte,
06:14il faut qu'il soit complètement serein sur la traçabilité de son vêtement usagé.
06:19Qui va le collecter ? Qui va le trier ? Et qu'est-ce qui va devenir ce vêtement ?
06:23Est-ce qu'il va être défibré pour refaire un jean ? Défibré pour refaire un isolant ?
06:27Quelle est la traçabilité complète de ce gisement, du point de collecte jusqu'à la valorisation finale ?
06:32Or, effectivement, depuis quelques années, on n'avait pas été en capacité de créer cette traçabilité totale.
06:39Donc, traçabilité égale, évidemment, aussi efficience économique et efficience environnementale.
06:44– Dans le même temps, il y a eu cette sanction de refashion par l'État,
06:48une amende de 170 000 euros pour, notamment, non-respect de l'obligation
06:53de reprendre gratuitement les déchets textiles rejetés par Emmaüs, le Relais, etc.
06:59Déjà, question de base, est-ce que vous trouvez que ça a justifié ?
07:02– Écoutez, on a pris acte de cette sanction.
07:05C'est l'avis des éco-organismes de travailler en parfaite transparence avec les pouvoirs publics.
07:10Nous avons un reporting très régulier avec les équipes de l'administration du ministre.
07:14Évidemment, aujourd'hui, cette sanction, elle rend d'autant plus criant la nécessité de réformer ce dispositif.
07:20La raison pour laquelle on n'a pas pu être en capacité de collecter et de reprendre sans frais les
07:25déchets,
07:25c'est parce que notre cahier des charges nous empêchait de le faire.
07:28Donc, c'est, on va dire, un peu une aberration de l'administration aujourd'hui
07:32et du cadre réglementaire dans lequel on opère.
07:34Donc, oui, effectivement, il faut réformer ce cadre.
07:36– Donc là, maintenant, vous allez pouvoir le faire ?
07:37Eh bien, en fonction du cahier des charges qui sera publié d'ici un mois,
07:40on sera en capacité, effectivement, de reprendre sans frais l'ensemble des gisements
07:44dont les acteurs de la collecte ne veulent pas ou ne savent pas traiter, on va dire.
07:49– Est-ce que les… quelles relations vous avez éco-organisent,
07:52donc on l'a bien compris, financées par nos achats,
07:55mais par les marques et les industries du secteur,
07:59est-ce que les relations étaient de plus en plus tendues
08:01avec ce modèle dont vous nous parlez qui ne fonctionnait plus, ou en tout cas plus bien ?
08:05– Je pense que l'écosystème de la filière était en tension depuis un peu plus d'un an
08:09parce que, justement, les dysfonctionnements étaient de plus en plus criants.
08:13Depuis un an, le ministère a vraiment animé une concertation.
08:16Il y a eu de grandes réunions structurantes l'été dernier,
08:19à la rentrée en septembre et là, il y a quelques jours.
08:23Et cette grande concertation a permis à toutes les parties prenantes
08:25de mieux se comprendre, de mieux se parler
08:27et de comprendre les contraintes et les opportunités
08:30qui figurent sur l'ensemble de cette chaîne de valeur.
08:32– Il y avait une urgence ?
08:33– Il y avait une urgence absolue.
08:35– C'est-à-dire, c'était quoi ?
08:36C'était l'existence même de cette filière de circularité du textile
08:40qui était en jeu ?
08:40– Absolument, qui était en fait bloquée.
08:42Bloquée sur un dispositif qui était une excellente idée il y a 15 ans,
08:45mais maintenant, il faut passer de la bonne action au bon résultat.
08:49Et donc, il faut introduire de la performance,
08:52de l'industrialisation pour aller capter ces gisements
08:55qui aujourd'hui sont malheureusement incinérés.
08:57– Alors, il y a un principe dans cette émission,
09:00c'est que l'invité du Grand Entretien pose une question
09:02à celui ou celle qui va lui succéder.
09:05À votre place, il y avait Sylvain Brezard, le patron,
09:07le PDG de Norcise.
09:09Voici sa question.
09:11– Bonjour Maud, j'ai appris, parce qu'on ne s'est jamais croisé,
09:16que vous occupiez des déchets, notamment textiles.
09:20Je suppose qu'en complément de la réception de ces déchets,
09:23vous essayiez de travailler sur le recyclage, sur la réutilisation.
09:26Ça serait intéressant d'avoir des exemples, parce que ça peut inspirer.
09:30Et ma question plus précise, c'est derrière cela,
09:33est-ce que vous avez les moyens, vous arrivez à drainer
09:37d'autres personnes engagées pour finalement des plaidoyers
09:41face à ces entreprises qui sont devenues pour moi un peu folles.
09:47C'est-à-dire qu'aujourd'hui, je vois qu'on est à avoir plus de 1000 exemplaires
09:51de ce qu'on produit chaque jour nouveau
09:54pour pousser, pousser, pousser à la consommation.
09:56Et je crois que là, c'est le plaidoyer qui doit agir.
09:59– Alors, ça ouvre tout un chapitre sur la fast fashion
10:02ou l'ultra fast fashion dont on va parler.
10:04Peut-être tout simplement, est-ce qu'il faut encore convaincre ?
10:07Et qui ?
10:08– Il faut convaincre l'ensemble des acteurs
10:10sur l'ensemble de cette chaîne de valeur.
10:12Et le premier interlocuteur à convaincre, c'est le citoyen.
10:15Le citoyen doit effectivement s'engager dans une démarche d'achat responsable.
10:20Et c'est pour ça qu'on a mis en place des écomodulations
10:22pour donner une prime aux produits qui sont les plus vertueux
10:25et des pénalités sur les produits qui le sont moins.
10:27Donc ça, c'est le citoyen.
10:28Une fois qu'il achète, il faut l'engager aussi à entretenir son produit.
10:31Et donc, on a mis en place le bonus réparation
10:33pour aider financièrement le citoyen qui veut faire réparer
10:36sa paire de chaussures ou son vêtement
10:38ou son linge de maison abîmé, usagé.
10:41Et puis enfin, quand il ne veut plus de son produit
10:43et qu'il a épuisé toutes les solutions
10:45pour pouvoir le prolonger dans sa durée d'usage,
10:49il doit absolument le déposer dans un point de collecte.
10:52Et ça, c'est vraiment indispensable.
10:54Donc une fois qu'on a convaincu le citoyen,
10:55et on sait que ça va prendre plusieurs années,
10:57et c'est pour ça qu'on lance une campagne de communication majeure
11:00dans quelques semaines, qui va durer plusieurs années,
11:02on est un peu dans la même démarche que les antibiotiques,
11:05ce n'est pas automatique.
11:06Et donc cette campagne, elle s'appelle On prend tout.
11:07Et donc on peut déposer dans un point de collecte
11:10l'ensemble des vêtements, des chaussures et du linge de maison,
11:13quel que soit l'état d'usure, de tâche, etc.
11:16Donc ça, c'est le premier interlocuteur à convaincre.
11:18Et puis après, il va falloir convaincre les collecteurs,
11:21les trieurs et les recycleurs
11:23que tout cet écosystème doit s'engager ensemble
11:26dans cette transformation que le ministre a proposée il y a quelques semaines.
11:30Est-ce qu'ils peuvent encore entendre ces arguments ?
11:32On a vu malheureusement des marques françaises
11:35tombées les unes après les autres face à cette concurrence
11:37de l'ultra-fast fashion, notamment chinoise.
11:41Mais ce n'est pas forcément leur priorité.
11:43Est-ce que vous arrivez, ne serait-ce qu'à être audible
11:46par des entreprises qui luttent pour leur survie ?
11:49C'est vrai que c'est une situation économique très très difficile
11:52pour nos metteurs en marché.
11:53L'urgence environnementale, elle n'attend pas.
11:55On doit tous s'engager dans cette transformation de filière.
11:59Il y a dans quelques semaines une commission mixte paritaire
12:01qui va se réunir pour finaliser un texte de loi
12:04qui s'appelle le texte ultra-fast fashion
12:06qui va probablement redonner un cadre un petit peu plus strict
12:10pour ces types de produits.
12:12En attendant, il faut que tous ensemble,
12:14on travaille à ce que le ministre nous a donné comme orientation.
12:17Mais alors vous parliez des consommateurs, j'y reviens
12:20parce qu'il y a quelque chose qui est assez démoralisant
12:23quand on essaye de, moi j'essaie de le faire,
12:26c'est partie des petits gestes, des chaussures.
12:28Tous les jours j'espère.
12:29Des chaussures usagées, je n'ai pas des vêtements
12:31à mettre dans les bandes.
12:32Mais quand on arrive et que la borne,
12:34pardon, j'avais dit un gros mot,
12:36mais elle déborde, c'est hyper démoralisant.
12:39On se dit, ça ne marche pas, je ne vais pas...
12:41Donc il y en a encore beaucoup des bornes pleines.
12:43Et j'entends effectivement qu'aujourd'hui,
12:45le principal levier d'action,
12:47c'est de pouvoir rassurer le consommateur.
12:49Aujourd'hui, cette filière, elle va se réorganiser,
12:52comme le ministre l'a annoncé.
12:53Donc il va nous falloir quelques semaines,
12:54quelques mois pour remettre un petit peu en ordre
12:56toute cette filière.
12:58Si c'est une question de jours,
13:01gardez chez vous peut-être encore quelques jours
13:03les vêtements que vous aviez l'intention de déposer.
13:05Allez sur le site de Refashion
13:06pour vérifier que le point de collecte près de chez vous
13:08est toujours ouvert, est toujours disponible.
13:11Et puis on va ensemble mettre en phase
13:14tout ce dispositif pour que ça fonctionne le mieux possible.
13:17Il y a eu des points de collecte qui ont disparu ?
13:19Il y a eu des points de collecte qui ont été fermés.
13:21Il y en a d'autres qui sont en train d'ouvrir.
13:23Donc cette cartographie, elle est à jour.
13:24D'accord.
13:25Il faut vraiment...
13:25Vous essayez d'inverser la tendance, c'est ça ?
13:28On essaye de faire en sorte...
13:29D'en ouvrir plus que vous l'enfermez ?
13:30On essaye de faire en sorte que les acteurs
13:31de la collecte aujourd'hui
13:32puissent sécuriser leurs points de collecte.
13:34On essaye d'en ouvrir d'autres
13:35quand il n'y en a pas assez sur le territoire français.
13:37Donc effectivement, la cartographie,
13:39c'est le meilleur réflexe.
13:40Alors on va regarder un peu en détail ce sondage
13:44parce qu'effectivement, on est là sur l'enjeu,
13:46la question des consommateurs.
13:4896% des Français qui savent qu'il faut trier les textiles.
13:51C'est bien, mais alors sauf qu'effectivement,
13:53on ne le fait pas suffisamment.
13:55Mais 59% qui ont déjà jeté à tort des textiles à la poubelle.
14:0060% des personnes interrogées ont rencontré un problème.
14:02On y vient, lors du dépôt des textiles en bande de collègues.
14:04C'est ce qu'on vient d'aborder.
14:0670% qui souhaiteraient être mieux informés sur ces gestes.
14:10Et puis 87% des Français, davantage inciter à trier
14:12si le recyclage est géré par une entreprise à but non lucratif
14:15ou porté par un collectif d'acteurs fiables.
14:17C'est intéressant parce que cette entreprise à but non lucratif,
14:22je reviens à la première question d'un éco-organisme.
14:28c'est un objet un peu hybride, effectivement, ce qu'on disait.
14:31Vous êtes là pour gagner de l'argent ?
14:33Oui ? Non ? Pas du tout ?
14:34Absolument pas. On est à but non lucratif.
14:36Et ça, c'est inscrit dans le Code de l'environnement,
14:38c'est inscrit dans nos statuts.
14:39Donc il n'y a zéro, zéro doute sur le sujet.
14:42Nous sommes là pour financer la prévention et la gestion des déchets.
14:46Donc les contributions qui sont payées par les marques
14:48servent à nous permettre de développer la collecte,
14:51le tri, le recyclage, la réparation,
14:53et ce qu'on appelle l'éco-conception.
14:55Donc c'est comment aider les marques à s'engager
14:57dans des démarches de conception de produits plus durables.
15:00On parle de textile, on parle de chaussures, etc.
15:03Il y a des déchets que nous recyclons mieux que d'autres.
15:10On est un peu moins mauvais sur certains d'entre eux ?
15:12Alors on est meilleur, on va dire, sur les produits qui sont simples.
15:15Les produits qui sont monomatières, par exemple.
15:18Un produit 100% coton ou un produit 100% polyester
15:21sera plus facile à recycler
15:22qu'un produit avec des mélanges de matières.
15:24On est aussi plus facilement apte à recycler des produits
15:28où il n'y a pas ce qu'on appelle des perturbateurs de tri.
15:30Un bouton, un zip, une doublure,
15:32ça crée des complexités au niveau des machines
15:35pour pouvoir recycler des fibres.
15:37Donc je vais être un petit peu caricatural.
15:39Un t-shirt blanc en coton sera plus facile à recycler
15:42qu'une paire de chaussures avec plusieurs couches,
15:45plusieurs matériaux collés, cousus, fondus.
15:48Mais ça ne veut pas dire pour autant
15:50qu'il ne faut pas les mettre dans la borne de collecte.
15:54Au contraire, tous ces produits-là,
15:56il faut les apporter dans un point de collecte.
15:58On prend tout, on va tout gérer.
16:00Ça va prendre peut-être plus de temps
16:01pour recycler à 100% une paire de chaussures
16:03avec multi-couches.
16:04Mais ça fait partie des objectifs de l'éco-organisme
16:07de financer aussi la R&D,
16:08de financer des projets innovants
16:10pour pouvoir démanteler ces chaussures,
16:12pour pouvoir mieux apprendre à recycler la semelle
16:15par rapport à la tige.
16:16Et ça, c'est vraiment notre mission.
16:19Est-ce qu'on peut évaluer,
16:21vous l'avez évoqué tout à l'heure,
16:22mais entre l'incinération d'un côté
16:25et la récupération et le recyclage d'un vêtement,
16:29le bilan carbone de l'incinération
16:32en comparaison avec le système
16:34que vous essayez de relancer aujourd'hui ?
16:35C'est évident qu'aujourd'hui,
16:37collecter de façon séparée,
16:40acheminer vers un centre de tri,
16:42trier par couleur, par matière
16:43et ensuite procéder au recyclage,
16:46même si c'est une succession de différentes étapes,
16:49ça reste meilleur d'un point environnemental
16:51que de mettre dans sa poubelle.
16:52Ça, c'est certain.
16:53Mais là, vous nous décrivez, Monardi,
16:55une sorte de monde idéal.
16:56Et on a tous en tête,
16:57alors pas forcément sur le textique,
16:59mais des reportages.
17:00Par exemple, moi, le nombre de fois
17:01où je dois convaincre des gens que je connais
17:04sur simplement le tri des déchets ménagers,
17:07mais de toute façon,
17:08tout ça finit dans la même poubelle.
17:10Vous voyez ce que je veux dire ?
17:11C'est atroce.
17:13On a tous un rôle à jouer.
17:14Ça a été une réalité aussi.
17:16Alors, moi, je parle de la filière textile,
17:18linge et chaussures.
17:19Aujourd'hui, effectivement,
17:20le constat, il est un petit peu tragique.
17:21Les deux tiers des vêtements
17:22finissent dans les ordres du ménagère.
17:24Et donc ça, il faut que tous,
17:25collectivement, on s'engage à faire mieux.
17:27Ça, c'est certain.
17:28Une fois qu'ils sont collectés sélectivement,
17:30ils vont être tous traités, triés un par un.
17:33Ça, c'est vraiment le rôle de cette filière.
17:35C'est de pouvoir dire dans un centre de tri,
17:36ce vêtement, il a encore un potentiel de réemploi.
17:39Il pourra encore être reporté comme jean,
17:41comme t-shirt, comme robe.
17:43Et donc ça, c'est vraiment à privilégier.
17:44Le réemploi, la seconde main,
17:46c'est le débouché numéro un prioritaire.
17:48Et on va continuer à investir
17:50sur des unités qui vont permettre
17:52de remettre en état,
17:54réparer, nettoyer la seconde main.
17:57Et ensuite, tout ce qui n'est pas apte à la seconde main
17:59doit être orienté vers le recyclage,
18:01donc le démantèlement,
18:02par matière, par couleur.
18:04Donc ça va prendre du temps.
18:05C'est évident que ce n'est pas une industrie
18:06qu'on va créer comme ça en cinq minutes.
18:08Le ministre l'a donné.
18:09C'est un cadre dans lequel on doit s'inscrire
18:11sur les dix, peut-être vingt années à venir.
18:15Il y a ces quatre R
18:16dont on parle souvent dans l'émission
18:18et que vous citez vous aussi,
18:19plus que jamais,
18:20nous devons mobiliser l'ensemble des parties prenantes
18:22sur ces quatre R.
18:23Réduire, réparer, réutiliser, recycler.
18:27Vous parliez d'éco-conception.
18:29Je veux bien qu'on s'intéresse déjà
18:31à cette partie-là.
18:32C'est-à-dire,
18:32qu'est-ce qui peut changer
18:34dans la conception de nos vêtements ?
18:37Je vous entendais tout à l'heure
18:38parler effectivement de chaussures.
18:41Alors en même temps,
18:42c'est un objet parfois
18:44de désir, de fantasme,
18:46de passion,
18:47d'achat compulsif.
18:49Une belle paire de chaussures
18:50et parfois, quand elles sont compliquées,
18:51elles nous attirent plus que d'autres.
18:52Mais ça veut dire quoi l'éco-conception
18:55quand on parle de textile,
18:56quand on parle de chaussures ?
18:57L'éco-conception, en fait,
18:58c'est une notion essentielle
19:00pour réduire l'impact environnemental
19:02de nos produits.
19:02On pourrait dire
19:03qu'il y a trois axes majeurs.
19:05Le premier axe,
19:06c'est la durabilité.
19:07Comment je fais en sorte
19:08que dans le choix des matériaux,
19:10dans le choix de la confection
19:11du produit,
19:12je vais faire en sorte
19:13que ce produit soit
19:14le plus durable possible ?
19:16Premier axe.
19:17Deuxième axe,
19:18c'est la recyclabilité, justement.
19:20Comment je m'assure
19:21que lors de la conception
19:22de ce produit,
19:23quand il arrivera en fin de vie,
19:24il sera le plus facilement
19:25démontable et recyclable ?
19:28Et puis enfin,
19:28la troisième notion essentielle,
19:30et ça fera le lien peut-être
19:32avec l'invité à venir,
19:33c'est l'incorporation
19:34de matières recyclées.
19:35Comment je m'assure
19:36que dans le produit
19:37que je conçois,
19:38je vais faire venir
19:39des matériaux recyclés
19:40versus des matériaux vierges
19:42pour justement arrêter
19:44de faire cette prédation
19:45sur les matériaux vierges
19:46et pour pouvoir réincorporer
19:48des matériaux recyclés.
19:49Il y aura quand même
19:49une petite partie incompressible
19:52en quelque sorte,
19:52c'est-à-dire que certains
19:54de ces textiles aux chaussures
19:55qui finiront par être incinérés
19:57parce qu'on ne peut pas
19:58trouver de solution ?
19:58Probablement.
19:59Probablement.
20:00Et c'est toute cette stratégie
20:01d'éco-conception
20:02qu'on met en place
20:03avec les pouvoirs publics
20:04de se dire
20:04que tous les produits,
20:05toutes les marques,
20:06toutes les entreprises
20:07qui font l'effort
20:07d'éco-concevoir
20:08auront une prime
20:10et toutes celles
20:10qui ne le font pas
20:11auront une pénalité.
20:13Et le citoyen
20:14doit pouvoir être éclairé
20:15dans son choix
20:15et c'est tout le rôle
20:17de l'affichage environnemental.
20:18La France est leader
20:19locomotive une fois de plus
20:20de l'Europe
20:21avec cette initiative.
20:22Le consommateur pourra
20:23d'ici quelques semaines,
20:24d'ici quelques mois,
20:25avant de faire son achat,
20:27comparer deux t-shirts,
20:28vérifier celui
20:29qui a la meilleure note
20:30environnementale,
20:30un peu comme
20:31l'éco-score alimentaire,
20:33pour pouvoir orienter
20:34au mieux ses achats.
20:35Réparer, réutiliser,
20:36recycler, c'est super.
20:37Mais à quoi bon
20:38quand, à côté de ça,
20:40le marché est inondé
20:42quotidiennement,
20:43c'est ce que disait
20:44Sylvain Breusard
20:44tout à l'heure,
20:46de nouveautés
20:48de l'ultra-fast fashion.
20:50On a l'impression
20:51que c'est le tonneau
20:53des danaïdes.
20:54Est-ce que vous n'êtes pas
20:55un peu,
20:56de temps en temps,
20:58sujette à la lassitude,
20:59vous voyez,
20:59face à cette concurrence ?
21:01On garde la mobilisation,
21:03on garde l'engagement.
21:04Nous, notre rôle
21:05en tant qu'éco-organisme,
21:06c'est d'informer,
21:07c'est d'engager,
21:08c'est de mobiliser
21:09les parties prenantes.
21:10Le citoyen,
21:11évidemment,
21:11a un rôle clé à jouer
21:12dans son achat,
21:14dans sa responsabilisation.
21:15Oui, mais le citoyen,
21:16il achète.
21:16Si ces marques,
21:17elles cartonnent
21:18sur le marché français
21:19et européen,
21:19c'est bien parce que
21:20nous, on les achète.
21:21Et ça sera probablement
21:22le rôle des parlementaires
21:23de définir un cadre
21:25peut-être un petit peu
21:26plus contraignant.
21:27Est-ce qu'ils sont
21:28vraiment moins solides,
21:29ces vêtements,
21:29des marques Chine,
21:31Temu, etc.,
21:31cette ultra-fast fashion
21:33dont on parle ?
21:33Alors, la durabilité,
21:34on en parlait,
21:35c'est un des trois axes
21:36de l'éconconception.
21:37C'est une durabilité
21:38scientifique, technique.
21:39C'est des tests
21:40en laboratoire
21:41où on va tester
21:42la robustesse à l'abrasion,
21:44où on va tester
21:44la robustesse à l'étirement,
21:46à la permanence des couleurs.
21:48Donc ça,
21:48ce sont des tests
21:49qui sont réalisés
21:50en laboratoire.
21:50Et les produits
21:51qui passent ces tests
21:52vont pouvoir bénéficier
21:53d'une prime,
21:54peu importe leur marque,
21:55peu importe la campagne
21:56de communication
21:57dont ils ont bénéficié.
21:58On parle vraiment
21:59de tests robustes
22:00effectués en laboratoire.
22:02Et c'est ça qui prime.
22:03C'est la durabilité physique
22:04d'un vêtement
22:06ou d'une paire de chaussures.
22:07Et donc ces tests,
22:08ils sont mauvais
22:09pour les marques
22:09de l'ultra-fast fashion
22:10aujourd'hui ?
22:11Il n'y a pas, en fait,
22:12de corrélation nécessaire
22:13entre une marque
22:15et un produit.
22:16D'accord.
22:17Donc il peut y avoir
22:18certains produits
22:18de ces marques
22:19qui vont être finalement
22:21assez résistants.
22:21Absolument.
22:22Vous avez bien compris.
22:23On a évoqué,
22:25alors peut-être
22:26que c'est le passé,
22:27mais vous allez répondre
22:28à ma question,
22:28mais l'exportation
22:30de nos vêtements.
22:32C'est vrai que pendant
22:32des années et des décennies,
22:33on a exporté
22:34notamment vers l'Afrique.
22:36Et je vous avoue
22:36que moi,
22:37comme consommateur,
22:38voir les images
22:39de montagnes de vêtements
22:40en Afrique,
22:41je me disais,
22:42mais est-ce que j'ai vraiment
22:43envie de continuer
22:44de les mettre
22:44dans une borne
22:47d'utilisation,
22:48de collecte ?
22:48Merci.
22:49Pour que ça termine
22:51finalement à polluer
22:52un autre continent.
22:53On en est où ?
22:53C'est la réalité
22:55aujourd'hui
22:55pour l'ensemble
22:56des vêtements
22:56et des chaussures
22:57et du linge
22:58de maison
22:58collectés en Europe.
22:59C'est le modèle
23:00historique de cette filière.
23:01On collecte en Europe,
23:02on trie en Europe,
23:03la majeure partie du cas,
23:05et ensuite on exporte
23:06vers les marchés
23:07internationaux de l'Afrique.
23:08Et il se trouve
23:09que des pays en Afrique
23:10sont les principaux consommateurs
23:11de ces vêtements d'occasion.
23:12Donc effectivement,
23:13c'est le modèle,
23:14on va dire général
23:15au niveau européen.
23:16Et il y a effectivement
23:17une vraie question
23:18à se poser.
23:19Est-ce que c'est le modèle
23:20dont on a envie
23:21pour l'avenir ?
23:22Est-ce qu'on a envie
23:22de ne pas forcément
23:24être en capacité
23:25de tracer
23:26l'ensemble de ces gisements ?
23:27Et c'est pour ça
23:28que le ministre
23:28l'a dit clairement,
23:29la traçabilité
23:30est un enjeu majeur
23:32de ce nouveau cadre
23:34réglementaire
23:34qui s'offre à nous.
23:35Il faut pouvoir
23:36rassurer le citoyen
23:37et lui confirmer
23:38que le geste de dépôt
23:39va être un geste important
23:42et il sera possible
23:44de suivre le devenir
23:46de ces vêtements.
23:46Il y aura encore probablement
23:47une partie de ces vêtements
23:48qui seront revendus
23:49puisque c'est un marché libre.
23:51Ce marché continue
23:52d'exister.
23:52Absolument,
23:53mais il faudra probablement
23:54lui donner un cadre
23:55un peu plus fiable
23:56et de dire
23:57quand un opérateur
23:59de collecte ou de tri
24:00revend une partie
24:01de ce qu'il a collecté
24:02à un importateur
24:03au Ghana,
24:04au Togo,
24:05au Mali,
24:06ça correspond
24:07à un cahier des charges.
24:08Ça correspond
24:08à un besoin réel
24:09dans le pays de destination
24:11parce qu'il y a un marché
24:12pour la seconde main.
24:13Et donc là,
24:14le rôle de la filière
24:15c'est de s'assurer
24:16que seuls les vêtements
24:17qui correspondent aux besoins
24:18dans le pays de destination
24:19sont exportés
24:20et pas des déchets.
24:22Ce qui n'était pas
24:23forcément le cas,
24:24c'est-à-dire qu'il y avait
24:25pas une absence
24:26mais un manque de contrôle ?
24:27Il y avait probablement
24:28un manque de traçabilité,
24:29absolument.
24:30Qui expliquait
24:31ces images
24:33de montagnes
24:33de vêtements
24:35qu'on pouvait voir
24:36effectivement
24:36dans certains pays africains.
24:37Probablement.
24:38On a préféré quoi ?
24:39Un peu se voiler la face
24:41pendant des années ?
24:42Disons qu'il y a
24:42à la fois
24:43probablement
24:43un manque de contrôle
24:45d'une partie
24:46des autorités
24:47que ce soit
24:47les douanes
24:48que ce soit
24:49la DGCCRF
24:50ou autres instances
24:51et puis il y a aussi
24:52probablement
24:53une prise de conscience
24:54européenne
24:55qui est maintenant
24:56clairement là
24:57et à laquelle
24:57il faut répondre.
24:58Il faut répondre
24:59aux citoyens
24:59qui s'interrogent
25:00que non,
25:01demain,
25:01les gisements
25:02qui seront collectés
25:03et triés en France
25:04serviront majoritairement
25:05à être recyclés
25:07sur le territoire européen.
25:08Merci beaucoup
25:09Modardi.
25:10A bientôt
25:10sur Be Smart for Change.
25:12On passe tout de suite
25:12à notre rubrique
25:14consacrée aux startups
25:15et à l'innovation.
25:16C'est Smart Ideas.
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