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  • il y a 3 mois
Le mélange de polyester et d’élasthanne permet de concevoir des textiles techniques utiles pour le sport, mais compliqués à recycler. La start-up Recy’Elit a conçu une technologie qui relève ce défi. Elle est installée à Lyon, ce qui lui permet de bénéficier d’un site industriel important et de collaborer avec les universités de la ville.

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Transcription
00:00Transitions urbaines, c'est la rubrique qu'on vous propose chaque mois dans notre émission avec Alexandre Hervaud.
00:11Bonjour Alexandre. Bonjour Thomas. On se place dans la perspective des élections municipales.
00:16Le principe, la promesse, elle est toute simple. Une ville, une entreprise.
00:20Aujourd'hui, on part à Lyon avec Raouf Médimag. Bonjour. Bonjour. Bienvenue.
00:24Vous êtes le président cofondateur de RecycElite, startup de l'économie circulaire.
00:28L'idée, c'est de recycler par voie chimique tous les textiles à base de polyester.
00:33Ça commence en 2019, cette aventure, avec votre frère, je crois, Karine.
00:38C'est quoi la genèse, le point de départ de l'entreprise ?
00:41La genèse, il y a un côté forcément toujours personnel.
00:46Quand on est deux frères qui lançons une affaire ensemble, c'est que derrière, on est tous les deux fils d'un chimiste.
00:53Malheureusement, on est parti trop tôt. On s'était promis lorsqu'on était jeunes de faire un projet à trois.
00:57Bon, on a tenu la promesse, Karine et moi.
01:01Donc, petite dédicace à notre papa.
01:05Après, nous, on a des parcours un peu similaires, mais différenciés, parce qu'on est tous les deux docteurs, Karine et moi.
01:12Moi, j'ai choisi la voie du paternel.
01:14Donc, j'ai été professeur.
01:16Donc, la chimie.
01:17Professeur, chercheur.
01:20J'avais fait mes études en France, puis je suis revenu en Tunisie pour avoir mon poste de chercheur.
01:25Karine, lui, docteur aussi, il a choisi l'entrepreneuriat.
01:28Et donc, il a intégré une entreprise qui l'a racheté après, qui est dans le domaine d'analyse des gaz.
01:35Et après, moi, de mon côté, il y a toujours cette envie de réaliser, de concrétiser quelque chose qui puisse apporter une solution concrète à la société.
01:49Et alors là, l'idée, c'est quoi, l'idée de RecycEdit ?
01:51L'idée de RecycEdit, elle a commencé par un challenge aussi, une fois, lorsque Karine était rentré en Tunisie, bon, à la pollution plastique, ça touche tous les pays.
02:03Et donc, effectivement, la Tunisie n'y échappe pas.
02:07Et donc, lui, comme il était actif aussi auprès des réseaux Accélérat et les pôles de compétitivité, il avait vu qu'il allait y avoir un gros problème à régler sur les plastiques.
02:17Une solution de souveraineté européenne, parce que la Chine avait dit, bon, moi, j'arrête de prendre les déchets de tout le monde.
02:23Oui, on n'est plus la poubelle du monde, on arrête.
02:26Et donc là, les pays européens se sont dit, OK, on a des problèmes là, parce qu'autant on sait recycler des bouteilles simples, monomatières,
02:34autant sur des plastiques colorés, complexes, etc., on ne sait pas faire.
02:39Alors, du coup, on m'a dit, est-ce que tu peux réfléchir à un truc comme ça ?
02:41Moi, ce n'était pas du tout mon domaine de recherche, ce n'était pas ça, ma Chine, je faisais autre chose dans le biosourcé.
02:45Donc, c'est comme ça, chemin faisant, que j'ai commencé à regarder ce qui se faisait,
02:49et je trouvais qu'il y avait toujours énergie, pression, énergie, pression, dans tous les brevets.
02:55Et vous, vous êtes orienté, alors déjà, on peut parler peut-être un tout petit peu,
02:58sans forcément rentrer trop dans les détails techniques, évidemment,
03:01mais sur le procédé que vous mettez en place, qui est la dépolymérisation, si je n'en m'abuse,
03:05et puis, dans un même temps, on peut aussi parler du pivot que vous avez fait.
03:07Vous venez de parler du plastique, mais finalement, on vous reçoit aujourd'hui, votre domaine, c'est le textile.
03:12Absolument. Pourquoi j'ai tenu à parler de ça ?
03:15Parce que, justement, je tenais aussi à raconter l'histoire d'une start-up qui doit être toujours agile
03:20et savoir pivoter, on appelle ça un pivot stratégique.
03:23Donc, bien entendu, on a commencé sur le plastique,
03:25on a commencé à revendiquer un procédé basse température,
03:28ou même température ambiante, le tout premier brevet.
03:31À l'époque, l'énergie, ce n'était pas un sujet pour personne.
03:36Maintenant, c'est un sujet très, très différent.
03:37Le positionnement sur le textile, il est venu par le fait que, sur les projets plastiques,
03:44il y a eu beaucoup d'engagement de certains de nos concurrents,
03:47avec des gros projets massifs en France.
03:51Il y a eu l'annonce de trois projets au minimum.
03:53Donc, on s'est dit, de toute façon, on ne va pas pouvoir les concurrencer sur les gisements, à l'époque.
03:58Et surtout, on a un procédé assez sympathique et sobre dans les conditions.
04:04Est-ce qu'on peut se positionner sur d'autres gisements où il y a des vraies problématiques ?
04:07Et les vraies problématiques, la première problématique, c'est ça.
04:11Ça, c'est un textile que tout le monde utilise tous les jours.
04:14Mettez-le un peu plus haut, qu'on le voit bien.
04:16C'est des textiles à base de polyester et d'élastane.
04:20Ça amène l'aspect un peu élastique et donc de confort pour le sport.
04:25Ces textiles techniques sont très intéressants.
04:28Ils rendent un service, mais en fin de vie, il y a un problème.
04:30Parce que dès qu'on associe des fibres entre elles, il n'y a plus de recyclabilité.
04:35Et donc, votre procédé, il permet de les réutiliser, de les séparer ?
04:41Alors, absolument.
04:42Si on mettait ça dans un procédé classique où on chauffe beaucoup avec beaucoup de pression,
04:47on va dégrader, déconstruire le polyester, mais également dégrader la deuxième matière.
04:52Et ça, ça ne fonctionne pas.
04:53Personne n'en veut.
04:55Grâce à notre technologie, nous, on a montré que comme on est dans des conditions sobres,
04:59on est sélectif au polyester.
05:01Ça veut dire qu'on va déconstruire ce polyester.
05:04C'est comme vous imaginez ça comme un collier de perles.
05:06On va récupérer les perles sous forme de perles.
05:08On va les nettoyer, dépoussiérer, enlever les colorants.
05:10Et ces perles redeviennent des perles neuves, identiques aux vierges.
05:13On va reconstruire le plastique pour en refaire un fil.
05:16Donc, la deuxième matière, elle est là.
05:19Ça, c'est la deuxième matière.
05:20C'est ce que vous récupérez, ça.
05:21Ça, c'est l'élastal qui était là au début.
05:25Et donc, on arrive à séparer tout en gardant l'intégrité de cette matière.
05:29Et là, on est assez unique là-dessus.
05:30Alors, le temps file.
05:31Il faut qu'on aille un peu plus vite.
05:33Quelques chiffres clés sur votre entreprise.
05:35Donc, la date de création 2019, 20 collaborateurs, plus de 3 millions d'euros levés.
05:40Et cette information intéressante, c'est l'entrée de Decathlon au Capital en 2024.
05:46Qu'est-ce que ça représente pour une start-up comme La Vente
05:49qu'un géant comme Decathlon intègre le Capital ?
05:53Tout d'abord, ça nous consolide.
05:56Ça nous redonne plus confiance en nous.
05:59Parce qu'il y a une crédibilité quand un grand groupe comme Decathlon croit en votre solution.
06:05Et bien, ça vous pousse.
06:06Donc, ça, c'est un levier extraordinaire.
06:09Un deuxième levier que nous apporte Decathlon, c'est que Decathlon est vraiment intégré dans la chaîne de valeur
06:14et maîtrise la chaîne de valeur du textile qui est très complexe.
06:17Il faut le savoir.
06:19Nous, on a apporté, on apporterait une solution pour Decathlon sur des textiles complexes.
06:24Parce que ça, c'est du sportswear.
06:26Et donc, Decathlon, on met beaucoup sur le marché.
06:28Donc, il y a une promesse derrière que quand on industrialisera notre procédé,
06:32on leur fournira en des matières recyclées.
06:35Ce qui fait partie de leur engagement de décarbonation.
06:38Nous, de l'autre côté, on travaille avec eux aussi pour mieux comprendre, pour mieux construire.
06:42Et puis, mieux appréhender aussi, mieux comprendre cette chaîne de valeur.
06:46Donc, c'est un partenariat, bien sûr, gagnant-gagnant.
06:49Et nous, on y gagne beaucoup.
06:50Alors, on l'a dit, vous êtes basé à Lyon.
06:52Vous représentez un peu la métropole.
06:54On peut peut-être donner quelques chiffres clés.
06:55Cette métropole de Lyon, c'est 1,4 million d'habitants sur 58 communes.
06:59Le maire de Lyon, c'est Grégory Doucet, partie écologiste.
07:01On parle de la deuxième métropole économique de France, qui accueille près de 190 000 étudiants chaque année.
07:08Donc, un réservoir assez important de talents, notamment dans les matières qui vous sont chères.
07:13L'ingénierie, la chimie.
07:14On parle de la chimie-valet.
07:16C'est le premier pôle de chimie et matériaux en France.
07:20Aujourd'hui, Recycalite, vous êtes basé, justement, vous bénéficiez finalement de cette émulation locale.
07:25Vous êtes basé sur le site qui s'appelle USIN, U-S-I-N Lyon-Paris.
07:29C'est un site industriel un peu totem de la métropole.
07:31Est-ce que vous pouvez nous en parler ?
07:32Qu'est-ce que ça change pour une entreprise comme vous ?
07:35Alors, à double titre, nous, lorsqu'on a entamé notre levée de fonds,
07:40on a pu bénéficier du fonds FIM.
07:43C'est le fonds d'amorçage industriel métropolitain.
07:45Moi, j'estime que c'est un fonds très ambitieux qui a été monté par, justement, la métropole de Lyon et de Saint-Etienne.
07:50Ils ont voulu réindustrialiser la métropole avec des projets green, donc des projets verts.
07:56Ce véhicule FIM est piloté par le fonds d'investissement Déméter,
08:02qui, donc, s'est positionné avec d'autres fonds, je dois les citer pour les remercier aussi,
08:06UI Investissement, France 2030 et Crédit Agricole Création.
08:11Mais pour revenir à FIM, ce fonds-là a vocation à amorcer et à aider des startups comme les nôtres à s'industrialiser.
08:20De l'autre côté, Métropole de Lyon a repris le site Usine Paris, c'était une ancienne usine de Bosch.
08:27Elle a repris ce foncier-là pour créer un village pour accueillir, justement, ces startups.
08:32Donc, à double titre, nous, on bénéficie du soutien de la startup, de la métropole, pardon, pour nous installer,
08:39mais également sur la partie aussi financière pour créer de l'emploi.
08:43Et voilà, aujourd'hui, on a réussi à...
08:45Et vous n'êtes pas seul sur ce créneau, l'écosystème lyonnais, en fait,
08:49comment vous le qualifieriez en termes d'innovation industrielle, environnementale ?
08:53Notre positionnement, aujourd'hui, en tout cas, sur la phase d'innovation et de ce qu'elle est,
08:58c'est très important qu'il soit situé là, parce qu'on est dans l'écosystème aussi académique très intéressant.
09:03On collabore avec l'Université Claude Bernard, avec l'INSA, avec l'IMP Lyon.
09:07On a un vivier...
09:07190 000 étudiants, ce que disait...
09:09On a un vivier extraordinaire, l'ITEC, les ingénieurs textiles, donc c'est extraordinaire.
09:13On est aussi dans la vallée de la chimie.
09:16Bon, maintenant, la chimie, comme vous le savez sûrement,
09:18elle est en train de passer par une zone de turbulence,
09:20donc il faut...
09:21On en parlait tout à l'heure un peu.
09:24Il faut essayer de transformer, en tout cas à notre sens,
09:26certaines menaces en opportunités.
09:28Aujourd'hui, les enjeux majeurs en France et en Europe, c'est les coûts de l'énergie.
09:33Eh bien, nous, nous voudrions, nous estimons,
09:35que venir avec des procédés sobres, bas en conso d'énergie,
09:42c'est un levier qui serait intéressant d'activer et de mobiliser.
09:47Et alors, si on continue de parler, on va se garder du temps
09:49pour parler peut-être de la filière de récupération des textiles pour terminer,
09:53mais bon, alors il y a tout ce qui marche dans la métropole lyonnaise.
09:56Qu'est-ce que vous voudriez voir améliorer ?
09:58De quoi vous avez besoin ?
10:00Comme jeune chef d'entreprise ?
10:03Donc, la métropole de Lyon, elle est aussi ancrée au niveau de la région.
10:09Donc, je pense que quand on passera,
10:11et on est en train de le faire à l'échelle de l'industrialisation,
10:14on aura besoin aussi du soutien de la région,
10:16parce que les financements et les fonds et les poches d'investissement,
10:18ils sont aussi pilotés par la région.
10:20Donc, on a besoin aussi de cette ouverture.
10:23Et donc, grâce à l'événement d'inauguration, on a pu aussi inviter...
10:28Que vous avez inauguré un démonstrateur pré-industriel, c'est ça, il y a quelques semaines.
10:31Voilà, absolument.
10:33Et donc, il y a...
10:36Pour nous, c'est quoi ?
10:37C'est de chercher du foncé, pour pouvoir nous implanter,
10:43du financement, bien évidemment.
10:44C'est le nerf de la guerre.
10:45Et aujourd'hui, le financement, il est quand même dur à aller chercher,
10:47vu la collectivité.
10:49Voilà, c'est un peu la longue.
10:50Et puis surtout, mais ça, c'est à l'échelle vraiment nationale,
10:54nous, on s'est mis en partenariat avec des collecteurs-trieurs
10:58qui, aujourd'hui, ont pris le pari d'investir sur des outils de tri automatisé.
11:02Comme on fait pour le plastique,
11:04aujourd'hui, on commence à le faire pour des textiles.
11:09Donc, la métropole aussi, elle soutient ça.
11:11Ça, c'est très bien.
11:12Et donc, cette connexion, ce que je vous essaie de montrer,
11:16c'est qu'on ne crée pas une boucle,
11:17mais autant de boucles que de matières concrées.
11:19C'est ce qu'on essaye de faire.
11:20Et on essaie aussi de trouver de la circularité sur les matières
11:25qu'on peut faire à l'échelle vraiment franco-française ou européenne.
11:29Donc, ce soutien aussi de mise en relation de logistique
11:31est quelque chose de très important.
11:35Je crois que vous vous êtes mis récemment autour de la table
11:37avec la fois vos partenaires et vos concurrents
11:39à l'initiative, entre autres, du ministère de la Transition,
11:42parce que, justement, ce secteur-là de la collecte,
11:44ce qu'on appelle le Refashion, traverse un peu des turbulences.
11:46Absolument.
11:47Donc, l'éco-organisme Refashion, qui œuvre depuis 2008
11:50à trouver une solution pour nos textiles en fin de vie,
11:54aujourd'hui, le modèle, il ne fonctionne plus.
11:56En tout cas, comme il est à date aujourd'hui, il ne fonctionne plus.
11:59Donc, Refashion doit trouver une nouvelle manière
12:01de déployer son mécanisme de soutien.
12:06Donc, il y a une phase où on est en train de réécrire l'agrément.
12:10Le ministre de la Transition écologique, en le remerciant,
12:13il nous a invités tous pour nous assurer autour de la table.
12:16et il nous a demandé de formuler une réponse
12:18à cette première proposition d'agrément.
12:20Donc, on s'est mis autour de la table avec Refashion,
12:22à l'initiative de Refashion, que je remercie au passage.
12:25C'est des sujets très, très chauds, parce qu'on discute,
12:30on se dit des choses, on n'est pas d'accord, on est d'accord.
12:32Il y a des acteurs dont les intérêts ne sont pas forcément
12:35toujours convergents, mais on arrive quand même à s'asseoir
12:38autour de la table et à discuter.
12:39Et ça, c'est très, très intéressant et très structurant.
12:42Et donc, on espère que, en janvier 2026,
12:44l'agrément de Refashion, qui est reconduit pour 4 ans,
12:47va être repensé pour repenser la nouvelle manière
12:50de soutenir des exutoires, donc des projets industriels
12:53comme les nôtres, selon un mécanisme qui est en cours de discussion.
12:59En cours de discussion.
13:00Merci beaucoup, Raouf Medimag, et bon vent à Risaï Kélite.
13:04Merci beaucoup, Alexandre.
13:06À bientôt, une prochaine ville, on sait où on va.
13:09Oui, on sait où on va.
13:10On va aller prendre le bon air marin de méta natale
13:13de Charente-Maritime.
13:14Ah, génial.
13:15Charente-Maritime à La Rochelle.
13:16Bon retour à Lyon et à très bientôt.
13:18On passe à notre rubrique Prêt pour l'impact.
13:21C'est le grand entretien de notre émission.
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