- il y a 3 mois
La marine américaine va commencer, dès ce lundi, à escorter des navires bloqués dans le Golfe à travers le détroit d'Ormuz, comme l'a annoncé hier le président Donald Trump. Alain Bauer, professeur émérite en criminologie, était en direct sur BFMTV.
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00:00Bonsoir Alain Boer, professeur et mérite de criminologie au Conservatoire National des Arts et Métiers.
00:05Vous publiez Trump, le pouvoir des mots aux éditions First.
00:08Je vous pose la question que posait Antoine il y a quelques instants,
00:10est-ce que le cessez-le-feu est mort et enterré ce soir ?
00:13Quand le feu reprend, il n'y a plus de cessez-le-feu.
00:15Cessez-le-feu, c'est en général stable, il y a de temps en temps des escarmouches,
00:18là on a dépassé l'escarmouche, mais tout ça est né à la fois d'une provocation
00:23et d'une logique stratégique un peu perverse,
00:27mais à l'image d'ailleurs des deux interlocuteurs,
00:30Trump est un spécialiste du poker menteur,
00:32j'explique souvent que les Iraniens sont des spécialistes des échecs menteurs,
00:37chacun a des stratégies complexes, l'Orient est compliqué, disait le général de Gaulle.
00:43Et qui a le plus provoqué qui dans ces dernières années ?
00:46Non, il y a égalité, on est dans un match de haut niveau de première ligue,
00:51mais dans cette affaire, chacun ment effrontément, manipule effrontément
00:56et essaye à peu près toutes les stratégies et les options tactiques
00:59pour arriver malgré tout à un accord,
01:02parce que pendant les combats, les négociations continuent.
01:04Nous, nous voyons les dégradations, les évolutions, les provocations,
01:08les réponses aux provocations.
01:09On ne voit pas ce qui se passe en coulisses, mais est-ce qu'il y a un risque, Alain
01:11Boer,
01:11c'est que l'affrontement redevienne ce qu'il était il y a quelques semaines encore,
01:15avant de cesser le feu, et que les négociations ne soient plus possibles ?
01:18Alors, d'abord, les négociations sont toujours possibles, même quand il y a un affrontement.
01:21Même pendant la guerre, surtout pendant la guerre, sinon toutes les guerres continueraient à être vitables.
01:24Voilà, il y a déjà un moment où ça s'interrompt, où ça s'arrête.
01:27Parfois même, il y a la paix, mais vous avez des guerres qui durent depuis 70 ans,
01:30dont on ne parle plus, Corée du Nord, Corée du Sud.
01:33On sent bien que l'Ukraine ne se terminera pas par une paix durable,
01:36mais par un cessez-le-feu le plus long possible, mais probablement provisoire.
01:41On voit bien les guerres éternelles, et je ne pense pas que l'amour règnera
01:46entre Israéliens et Palestiniens pour les années à venir,
01:49même si les affrontements à Gaza se sont apaisés,
01:53et si par contre ceux au Liban continuent, malgré un autre,
01:57cesser le feu, où il y a beaucoup de feu,
01:59et j'entends vos reporters qui sont là-bas et qui ont beaucoup de courage d'y être.
02:05Et si vous le permettez, Alain Moher, on va justement retrouver l'une de nos reporters sur le terrain.
02:08On était à Washington il y a quelques instants, les dernières informations sur l'armée américaine
02:13qui affirme avoir détruit plusieurs bateaux iraniens.
02:16L'autre info du jour, c'est avec vous, Laura Cambo, que ça se passe.
02:19Vous êtes à Doha, au Qatar.
02:22Des frappes, donc, des échanges dans le détroit d'Hormuz,
02:25mais également l'Iran qui frappe aujourd'hui plusieurs sites des Émirats Arabes Unis.
02:33Oui, tout à fait.
02:34Il y a eu des alertes tout au long de la journée aux Émirats Arabes Unis dans tout le pays.
02:39On sait que Téhéran a lancé quatre missiles de croisière en direction de ce pays.
02:45On sait que Téhéran a aussi lancé des drones sur le site de Fujaira.
02:49Et ce site, il est absolument essentiel pour les Émirats Arabes Unis
02:53puisqu'il est situé à l'est du pays.
02:55Et il permet, en fait, aux Émirats d'exporter leur pétrole sans passer par le détroit d'Hormuz.
03:00On sait qu'il y a actuellement un incendie sur ce site crucial de Fujaira.
03:06On sait qu'il y a trois travailleurs indiens qui étaient sur place, qui ont été blessés.
03:10Il y a un autre pays du Golfe qui a également été touché.
03:13On nous parle d'un immeuble résidentiel qui a eu plusieurs dégâts.
03:17Ça s'est passé au nord d'Omane.
03:19Et enfin, il faut également préciser que l'État de Bahreïn affirme qu'il est en état d'alerte
03:24ce soir face à la possible arrivée de missiles iraniens.
03:30En fait, il faut savoir que c'est tous les pays du Golfe qui sont sur le qui-vive.
03:34C'est également le cas du Qatar.
03:36Nous nous trouvons ici avec Mathieu Le Peigny depuis trois jours.
03:39Et pour la première fois, nous avons vu cet après-midi
03:42des avions de chasse survoler le ciel de Doha.
03:45Merci beaucoup Laura Combo avec Mathieu Le Peigny derrière la caméra au Qatar.
03:50Alain Bauer, qu'est-ce qui peut encore empêcher ou qui peut encore empêcher l'emballement ?
03:54On voit que l'Iran aujourd'hui recommence à frapper ses voisins.
03:57On est presque revenu à la situation d'avant le cessez-le-feu.
03:59Alors presque, mais dans des proportions moindres.
04:02Quatre missiles, quelques drones.
04:04Fujaira a déjà été frappé au tout début.
04:05Ça, c'est un message personnel sur le thème « pas de détroit, pas de pipeline ».
04:10Fujaira, c'est le nœud d'une immense raffinerie et surtout d'un pipe très important.
04:17L'envoi à Oman est plus rare.
04:20Alors ça, c'est plutôt un message personnel du genre « si vous jouez le jeu,
04:24les bateaux pourront longer les côtes omanaises nationales sous protection américaine,
04:30nous ne l'oublierons pas ».
04:32Ça, c'est un message des Iraniens.
04:33Le reste est plus classique.
04:35Et quand on dit les Émirats, il faut savoir que le cœur militaire des Émirats,
04:39c'est Abu Dhabi, c'est la Sparte des Émirats.
04:42C'est une nation militaire qui ne sous-traite pas sa souveraineté,
04:45qui a tous les équipements possibles et imaginables,
04:47et qui veut partir en guerre contre l'Iran.
04:50Et dont on dit même qu'un certain nombre de ces avions
04:53aurait pu participer d'une manière ou d'une autre
04:55à, si ce n'est des frappes, en tout cas des accompagnements de mission
04:59et qui est un des signataires des accords d'Abraham
05:02et qui dispose sur son propre territoire désormais
05:04d'équipes israéliennes de protection antidrone,
05:08de même que de nombreuses équipes ukrainiennes.
05:10Donc on sait bien quel est le niveau d'antipathie qui existe entre deux.
05:13Je précise d'ailleurs que les trois îles dont on parle tout le temps,
05:15les deux Tombe et Amoumoussa, appartenaient aux Émirats
05:18et ont été envahis par l'Iran du chat
05:2124 heures avant l'accession à l'indépendance des Émirats arabes unis.
05:25Donc là aussi, c'est une vieille histoire.
05:27Mais oui, on revient à une augmentation maîtrisée des périls.
05:33Mais ce n'est pas tout à fait la guerre.
05:34Ce n'est pas tout à fait la guerre, mais...
05:36Mais on n'est pas loin.
05:36On n'est pas loin, mais je disais hier
05:39chez votre éminente collègue Alice Darfeuil
05:41que la logique du système était une montée en pression
05:44jusqu'au 14 mai, rencontre entre le président Trump
05:46et le président Xi Jinping.
05:47Et le 15 mai, on aurait le résultat des courses
05:51qui est soit tout le monde se sera mis d'accord
05:53pour rétablir la libre circulation dans le détroit d'Ormouz
05:56et un début de négociation sur les 14 points iraniens
05:59dont entre 4 et 6 font déjà l'objet de négociations,
06:02la levée des sanctions, toute une série de sujets divers.
06:06Il n'y a pas de désaccord même sur le péage dans le Golfe,
06:08contrairement à ce que tout le monde raconte.
06:11Libre circulation n'empêche pas péage.
06:12Quand vous allez sur l'autoroute,
06:14vous pouvez librement circuler, mais il faut payer.
06:15Mais jusqu'à présent, c'était gratuit.
06:18C'était gratuit, mais dans une configuration particulière,
06:20parce que le détroit d'Ormouz est tout petit.
06:22Et les accords de Montégobé, contrairement à ce que tout le monde raconte,
06:26prévoient une souveraineté très large des deux pays limitrophes,
06:29Oman et l'Iran.
06:31Et en fait, des eaux internationales quasiment inexistantes
06:34qui pourraient amener à reconsidérer cela.
06:38Et puis, pendant ce temps-là, il y a beaucoup de montées en péril.
06:41Canal de Panama récupéré par le président Trump au nez,
06:44à la barbe des Chinois qui en avaient l'exploitation.
06:46Accords militaires dans le détroit de Malacca.
06:48Alors, il faut savoir qu'Ormouz, c'est 80% du pétrole iranien
06:51qui va vers la Chine.
06:52Malacca, c'est 80% des exportations chinoises
06:54qui partent vers le reste du monde.
06:56Et donc, cette montée, elle est généralisée.
06:59Il y a aujourd'hui une négociation globale
07:01que nous ne voyons que par tout petits morceaux.
07:04Mais dès qu'on sort du microscope pour trouver un télescope,
07:06tout d'un coup, on découvre qu'il y a vraiment une confrontation
07:09entre géants qui est en train de se mettre en place
07:12avant ce sommet déjà reporté une fois du 14 mai à Pékin
07:16entre le président Trump et le président chinois.
07:17J'ajoute cette précision de Donald Trump
07:19donnée il y a quelques instants, ce ne sont pas six,
07:21mais sept bateaux iraniens qui ont ou auraient été détruits
07:25aujourd'hui par les Américains.
07:27Ce ne sont pas des navires de guerre,
07:28ce sont plutôt des petits bateaux de ce qu'on appelle...
07:31Non, non, tout navire armé est un navire de guerre,
07:34surtout quand il fait la guerre.
07:35On s'attend à des bateaux de 100 mètres de l'heure.
07:37Ceux-là, ils ont tous été coulés,
07:38à l'exception d'une partie de la flotte sous-marine.
07:40On ne sait pas où est l'Eps, il y avait 11 sous-marins iraniens.
07:42On pense qu'il y en a cinq qui ont été coulés,
07:44il y en a six, ils ne sais pas où ils sont.
07:45Ils ont des drones sous-marins.
07:46Un a été identifié à Oman au tout début du conflit,
07:51mais il y a des centaines de ces petites vedettes.
07:53Et ce qui est intéressant d'ailleurs,
07:54c'est que seulement sept ont été, ou six, ou huit,
07:57je ne sais pas, ont été utilisés.
07:58D'habitude, ils en envoient des dizaines,
08:01parce que c'est comme ça que ça fonctionne.
08:02C'est comme ça que les Ukrainiens ont rayé la flotte russe de la mer Noire.
08:06Donc, il ne faut pas sous-estimer les petits moustiques,
08:09ils peuvent faire de grosses piqûres.
08:10Et on l'a vu depuis le début de cette guerre.
08:12Est-ce que c'était une erreur pour vous, Alain Boer,
08:14d'annoncer, comme l'a fait Donald Trump,
08:16l'opération déblocage annoncée hier soir,
08:19qui devait être effective dès ce matin,
08:22et qui, d'après les informations dont on dispose ce soir,
08:25a permis aujourd'hui de faire passer deux bateaux,
08:27deux bateaux commerciaux, d'ouest vers l'est,
08:30donc qui ont franchi le Tétroit.
08:31Oui, ça, c'est ceux qu'on a vus.
08:32Il y a ceux qu'on ne voit pas.
08:33Les Iraniens qui passent entre un dernier port de la côte iranienne,
08:37premier port de la côte pakistanaise,
08:39et qui, tout d'un coup, réapparaissent
08:41après avoir rebranché leur GPS, AIS,
08:43et puis pas des petits bateaux,
08:45c'est des immenses tankers.
08:47Donc, il y a beaucoup plus de bateaux qui passent que ce qu'on dit.
08:50De la même manière, le long de la côte Omanèse,
08:53et puis les amis chinois, indiens,
08:56les amis de l'Iran,
08:57ou en tout cas ceux qui sont en négociation avec l'Iran,
08:59ou qui ne sont pas en conflit avec l'Iran,
09:01arrivent à passer, gratuitement pour certains,
09:03en payant pour d'autres.
09:04Je veux dire, c'est un barrage filtrant,
09:06un peu compliqué à mettre en place,
09:08parce que les Américains ne sont pas dans le détroit d'Hormuz,
09:10mais à la sortie du col Farah.
09:12Mais ce qu'a fait Donald Trump,
09:13pour en prendre une expression que vous avez bien,
09:14c'est une provocation, c'est un coup de poker,
09:16où il savait que, de toute façon,
09:18il allait conduire les Iraniens à la faute,
09:20parce que les Iraniens ne peuvent pas, aujourd'hui,
09:21se dégonfler et rouvrir le détroit.
09:23C'était fait pour.
09:24C'était fait pour.
09:25C'était fait pour que le scénario qu'on a vu aujourd'hui se produise.
09:28C'était ça l'objectif.
09:29Donc, mettre les Iraniens à la faute.
09:31Mettre les Iraniens à la faute,
09:32et nous forcer, nous, à un moment donné,
09:34et après mi-mai,
09:36quand on aura vu si la réunion entre les deux nouveaux empires,
09:42ou résurrection d'empires,
09:44aura échoué ou réussi,
09:45nous pousser à être en situation,
09:47parce qu'étrangler sur le kérosène,
09:49étrangler sur les précurseurs chimiques pour les médicaments,
09:52étrangler sur l'asphalte,
09:54étrangler sur les engrais,
09:56bref, étrangler sur tout ce dont nous avons vraiment besoin,
09:59qui n'est pas le pétrole,
10:00et assez peu le gaz, curieusement.
10:01On est étranglé par le prix,
10:03mais pas par la distribution.
10:05Eh bien, nous devrions alors intervenir nous-mêmes,
10:09parce qu'on ne serait pas en situation de rester.
10:11D'ailleurs, l'arrière-pensée de Donald Trump,
10:14c'est, écoutez les gars,
10:14de toute façon, vous n'aurez pas le choix.
10:16Donc, à un moment ou à un autre,
10:17les principales victimes de ce qui est en train de se passer,
10:20c'est vous.
10:21Nous, on est capables d'à peu près tout avoir à la maison,
10:23et je peux même utiliser un dispositif qui date des années 70,
10:27où je pourrais contrôler le prix de l'essence aux États-Unis
10:30pendant une durée limitée.
10:31Il faudrait un jour passer devant le Congrès,
10:33peut-être, vous avez vu comment il a évité...
10:34Il a contourné le Congrès,
10:35la guerre est finie,
10:36je n'ai pas besoin de demander votre accord.
10:37Le cessez-le-feu fait que ça s'arrête,
10:39mais peut-être que ça pourrait reprendre.
10:41Sur cet argument-là...
10:41C'est-à-dire pour ça que l'amiral Cooper ne dit pas que le cessez-le-feu est terminé,
10:44parce que son arrière-point, c'est que si le cessez-le-feu est terminé,
10:47le compte à rebours pourrait reprendre au Congrès.
10:49Mais sur ce point-là,
10:50celui des souffrances infligées à l'économie et au régime iranien à la Boer,
10:54est-ce qu'on est vraiment sûr qu'aujourd'hui,
10:56l'économie iranienne a un genou ou deux genoux à terre ?
10:59Ah oui, c'est clair à la fois en termes de licenciement.
11:01Les communiqués officiels iraniens,
11:03où on dit ne licenciez pas les gens,
11:05il faut une surprime pour payer les loyers,
11:06il faut augmenter le salaire minimum, etc.
11:08C'est comme Mme Nabioulova en Russie.
11:10Les communiqués de la Banque Centrale Russe
11:12vous donnent un état de l'effondrement de l'économie et des finances russes.
11:15On sait ce qui se passe.
11:16Mais c'est l'économie qui est à terre ou c'est le régime ?
11:19Ah non, ce n'est pas le régime.
11:20C'est justement tout le problème.
11:21Le régime, il vit en autarcie.
11:23Ça ne sert pas à grand-chose.
11:24Au bout d'un moment, les sanctions, c'est lent, c'est compliqué.
11:27On a toujours l'impression que ce n'est pas efficace,
11:29mais ça laisse des...
11:30Les Israéliens expliquent depuis le début de cette affaire
11:32qu'ils sont en train de termiter le régime.
11:34Qu'extérieurement, la poutre apparaît comme parfaitement solide,
11:37mais qu'il la termite du dessus, il la termite du dessous
11:39et qu'à un moment ou un autre, elle va s'effondrer.
11:42Alors, il y a deux choses qui sont vraies.
11:43Un, ça ne s'effondre pas aussi vite que ce qu'ils avaient souhaité
11:45et même ce qu'ils ont survendu à Donald Trump.
11:48Mais clairement, la réalité de la vie quotidienne en Iran,
11:52malgré la mise en scène, est un problème majeur.
11:55Vous savez, un effet de Potemkin.
11:57Vous savez, les restaurants sont pleins, etc.
11:59Mais enfin, les gens qui n'ont plus les moyens ne sortent pas,
12:01donc vous ne les voyez pas.
12:02Et ceux qui ont encore les moyens, c'est-à-dire une part importante
12:04de gens qui soutiennent le régime et qui sont des affidés du régime,
12:07payés et soutenus par le régime,
12:09eux, vous font de l'animation locale
12:11pour dire que la vie est belle et tout va bien.
12:13C'est beaucoup plus compliqué que ce qu'on imaginait.
12:15C'est un régime solide, puissant,
12:16qui s'est préparé à cette gare depuis au moins 20 ans
12:18avec le système mosaïque.
12:20Donc voilà.
12:21Mais là, c'est une provocation, c'est une stratégie,
12:23elle a du sens.
12:25Après, le problème, c'est que comme d'habitude,
12:27nous sommes des spectateurs
12:29et même des spectateurs victimes.
12:31C'est-à-dire qu'à la fin, ce que Donald Trump veut,
12:34c'est ce qu'il n'a pas obtenu au début,
12:35qu'on s'engage dans cette guerre qui, effectivement,
12:37n'est pas la nôtre.
12:38Nous soyons obligés de nous y engager,
12:40simplement parce que l'étouffement de l'économie
12:42et les risques sociaux seront tels
12:43qu'il faudra bien débloquer le D3.
12:45Alain Boer, je vous présente, Raphaël Grabli.
12:47On se connaît, je pense.
12:48Je vous présente, je sais que vous vous êtes déjà croisés.
12:51On s'est déjà vus.
12:52Reprise, on parle beaucoup, bonsoir Raphaël,
12:54on parle beaucoup des drones depuis le début de cette guerre,
12:56les drones iraniens.
12:57Notamment, vous, ce soir, vous venez nous parler
12:59d'un drone qui est utilisé non pas par l'Iran,
13:01mais par l'un de ses alliés,
13:02c'est-à-dire le Hezbollah,
13:04dans sa guerre contre Israël.
13:05Oui, des drones qui font des dégâts.
13:06Trois morts ces derniers jours du côté israélien,
13:09tués par ces drones du Hezbollah
13:11qui sont pilotés comme dans un jeu vidéo.
13:13On les voit décoller à l'écran.
13:14C'est un tout petit drone comme ceux, parfois,
13:15d'ailleurs, que vous trouvez dans le commerce
13:17par un opérateur à distance.
13:18Vous voyez, avec un casque de réalité virtuelle,
13:21des drones qu'on connaît
13:21parce qu'ils sont utilisés depuis des mois et des mois
13:23en Ukraine et en Russie,
13:25mais qui s'invitent effectivement désormais
13:27au Proche-Orient, une arme de guerre.
13:29Très bon marché, quelques centaines d'euros,
13:31capables de tuer, de faire des dégâts extrêmement coûteux
13:34et également utilisés à des fins de propagande.
13:37Les images qu'on voit apparaître à l'écran
13:38sont des images de propagande diffusées par le Hezbollah,
13:41notamment sur sa chaîne Telegram.
13:43Des images diffusées massivement depuis quelques jours
13:46sur les réseaux sociaux,
13:47où on voit ce que filment ces drones
13:51lorsqu'ils attaquent les unités israéliennes.
13:53Ce modèle de drone en particulier,
13:55il a une petite particularité,
13:56il est relié à la Terre par un fil.
13:59Exactement, c'est la nouveauté.
14:01Dans la nouveauté, une fibre optique,
14:03comme ce que vous avez à la maison.
14:05Un très long fil alors.
14:06Exactement, jusqu'à 15 kilomètres.
14:07C'est comme ce qui ressemble à un cheveu.
14:09C'est extrêmement fin, c'est quelques nanomètres la fibre optique.
14:13On le voit là.
14:14Alors là, c'est des images en Ukraine.
14:15Vous voyez, c'est une bobine où les opérateurs placent le fil
14:20jusqu'à 15 kilomètres de câble.
14:22Ça permet d'avoir une longue portée.
14:24Ça peut paraître archaïque.
14:26Et bien, c'est exactement le but, que ce soit archaïque,
14:28parce que ce câble, il permet d'éviter tout signal radio,
14:31tout signal GPS.
14:32C'est résultat, ces drones sont quasiment indétectables,
14:35jusqu'à ce qu'ils soient trop tard, en tout cas, pour leurs cibles.
14:38Alors, pour le moment, ils ne sont pas utilisés du côté de l'Iran,
14:42mais ils sont notamment produits en nombre par deux de leurs alliés,
14:45la Russie et la Chine.
14:47Est-ce que les drones changent la façon dont on fait la guerre ?
14:49Ça a tout changé, comme d'habitude.
14:51Depuis l'Ukraine, déjà ?
14:53Non, ça a commencé avec les attaques contre les forces du maréchal Haftar en Libye,
14:59avec des drones turcs,
15:00puis contre les Arméniens dans le Haut-Karabakh,
15:02avec des drones turcs.
15:03La Turquie est très en avance.
15:04De ce point de vue-là, c'est des gros drones.
15:06Là, ce n'est pas du mini-drone.
15:08Et puis surtout, ce qui est en train de changer,
15:09c'est que le drone était un instrument aérien de combat.
15:12Maintenant, c'est une munition jetable.
15:14Et ça, ça change tout,
15:15parce que les gros bateaux, les gros avions, etc.,
15:18comme les destructions immenses des bases américaines dans tout le Golfe,
15:22dont on commence seulement à prendre la nature de l'ample,
15:27des radars à un milliard de dollars,
15:29des avions à plusieurs centaines de millions de dollars, etc.,
15:32ont été tirés par des drones qui valent moins de 6 000 dollars.
15:35La nouvelle version des Shahed, avec plus de distance.
15:39Alors ça, c'est des drones radio.
15:40Ça ressemble à des missiles, les Shahed.
15:42Tous sont des missiles.
15:43Et disons que c'est voilà.
15:44Là, vous avez une nouveauté,
15:45parce que c'est moins de 1 000 euros.
15:47Ça fonctionne très, très bien.
15:48Vous avez maintenant même des drones en carton,
15:50recyclés, extrêmement efficaces,
15:51encore moins détectables,
15:54même s'ils n'étaient pas filaires.
15:55Mais avec des drones, est-ce qu'on a encore besoin de porte-avions, d'hélicoptères ?
15:58Alors, il faut voir ce que font les Chinois.
16:00Ou est-ce que la guerre de demain, elle se fera uniquement par télécommande ?
16:02Les Chinois font les deux.
16:03Ils pensent qu'il faut des gros porte-avions,
16:06parce qu'il y a un moment où, quand on fait la guerre à aussi gros que soi,
16:10il faut être aussi gros qu'eux.
16:11Et ils ont parfaitement compris qu'on avait du faible au fort,
16:14du fort au fort, du faible au fou, du fort au...
16:16Bref, c'est multi...
16:17Vous gardez toute la gamme ?
16:19C'est un peu le sujet, mais il faut avoir les moyens.
16:21C'est-à-dire que vous aviez d'un côté la masse, de l'autre la technologie.
16:23La masse chez les Chinois, la technologie chez les Occidentaux.
16:26Aujourd'hui, vous avez la masse et la technologie chez les Chinois
16:28qui sont au moins égaux, voire en train de surpasser,
16:30par exemple, la flotte américaine, ce que dit l'US Navy.
16:33Par exemple, nous, les Occidentaux,
16:34nous sommes extraordinairement en retard sur la question
16:36et des drones et de la protection anti-drones.
16:39Et les derniers, malgré des start-up formidables en France,
16:43ont une difficulté à se mettre à niveau,
16:45à rattraper un retard considérable.
16:47Les Américains aussi.
16:48Et ce que vous avez montré tout à l'heure sur les chars Merkava israéliens,
16:51parce que c'est ça le symbole,
16:53c'est le gros char israélien qui a tel élément majeur.
16:55Vous savez que le premier élément de la mise en scène du Hamas,
16:58c'était de montrer le char Merkava abandonné
17:00le long de la ligne de contrôle de Gaza.
17:04Là, ça pose un problème parce que les chars israéliens
17:07ne sont pas encore protégés,
17:08comme le sont une partie des blindés et russes et ukrainiens,
17:11avec ces espèces de cages qui sont faites ou des filets
17:15pour éviter les dégâts.
17:16Donc, il va y avoir une évolution,
17:18puisque l'armée israélienne annonce déjà
17:19qu'elle est en train de réfléchir à la réadaptation de son armée
17:23à cette nouveauté,
17:25alors qu'elles ont beaucoup de drones,
17:26mais comme toujours,
17:27ils pensent que les autres ne les ont pas.
17:29Vraiment, il y a une sous-estimation de l'adversaire,
17:31de sa capacité de côté.
17:32L'Iran est un immense pays d'ingénieurs,
17:34et il vous manque un pays dans votre liste,
17:36la Corée du Nord.
17:37Pardon.
17:37On a peu d'informations, il faut dire,
17:39de la Corée du Nord.
17:39Alors, ce n'est pas le pays qui communique.
17:42Non, non, ils vous font des très jolis défilés,
17:44ils vous montrent des trucs.
17:45On a l'impression que c'est des gadgets,
17:46sauf qu'ils les produisent et qu'ils les vendent.
17:48Alain Boer, je voudrais qu'on dise un mot également
17:49des prix des carburants.
17:50Le ministre des Finances américain disait,
17:52avant la série d'incidents et d'escarmouches du jour à Hormuz,
17:58que l'opération Donald Trump de déblocage du Détroit
18:00allait faire baisser mécaniquement les prix
18:02de manière assez spectaculaire.
18:04Hier, l'OPEP, ou ce qu'il en reste d'ailleurs,
18:06a décidé de rouvrir un petit peu les vannes.
18:08L'OPEP moins un.
18:08L'OPEP moins un,
18:09puisqu'il y a un pays qui vient de quitter le cartel,
18:12a décidé de rouvrir un peu les vannes,
18:14200 000 barils de plus par jour.
18:16Personne ne sait vraiment ce que ça veut dire,
18:17200 000 barils de plus.
18:19Est-ce que les prix vont rester les mêmes qu'aujourd'hui ?
18:22Est-ce qu'ils peuvent augmenter encore ?
18:24Ou est-ce que ça va être enfin la calmie bientôt ?
18:26Mon niveau de compétence sur le prix du pétrole étant inexistant,
18:29je ne vais même pas essayer de répondre à votre question.
18:32Je dis juste qu'aujourd'hui, l'Iran surproduit
18:34et est obligé de baisser sa production et de fermer ses puits,
18:37ce qui est un des objectifs de l'étouffement qui a été réalisé.
18:41On a vu d'ailleurs les images spectaculaires de pays
18:43qui sont complètement pleines à ras bord en Iran aujourd'hui.
18:45Oui, c'est un vrai sujet,
18:46parce que quand tu fermes un puits, l'eau s'infiltre
18:48et quand l'eau s'infiltre, pour ouvrir un puits,
18:50ce n'est pas comme un bouton,
18:51ça ne marche pas aussi mieux que Fessenheim.
18:54Ce n'est pas parce qu'on a mis on ou off que ça marche.
18:56Donc, il y a un sujet important sur cette question.
18:59Et puis, le deuxième sujet, c'est Fujaira.
19:01C'est une réduction de la capacité de distribution.
19:03L'attaque contre la centrale de gaz,
19:05la plus grosse centrale de gaz du monde au Qatar,
19:07a amené beaucoup de défauts de distribution.
19:10Et la plupart des bateaux qui avaient quitté le golfe,
19:14le détroit d'Ormuz au début de la guerre,
19:16sont tous arrivés à destination.
19:17Maintenant, nous entrons dans la problématique
19:19de la pénurie potentielle.
19:21Le kérosène, c'est un signal très fort,
19:23parce que là, le nombre de raffineries est faible
19:26et la consommation est compliquée.
19:28Et surtout, qu'il faut refueler au moment de l'arrivée.
19:31L'avion ne part pas avec de quoi faire plusieurs voyages,
19:34surtout les longs courriers.
19:35Donc, on est là face à un niveau d'étranglement mondial,
19:38comme le disait très justement Nicolas Baverez tout à l'heure.
19:41Donc, il y a un sujet qui n'est pas résolu.
19:44Alors, je n'ai pas d'idée de ce que ça fait en matière de prix,
19:46mais en matière d'étouffement et de nœuds stratégiques,
19:49de nœuds coulants stratégiques,
19:50ça, c'est une réalité.
19:51Alors, pour tous les protagonistes.
19:53Merci beaucoup, Alain Bauer.
19:54Trump, le pouvoir des mots aux éditions First.
19:58Intrigue à l'ONU, toujours aux éditions.
19:59Alors, ça, c'est un roman qui raconte l'envers du décor
20:02des négociations d'il y a trois ans entre Iraniens et Israéliens.
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