00:00Jean-Baptiste Pette qui nous accompagne ce matin, le chef économiste de AG2R, la mondiale gestion d'actifs.
00:06Bonjour Jean-Baptiste. Dans un instant, vous allez nous donner un petit peu vos premières impressions par rapport à la
00:11conférence de presse de Kevin Ward.
00:13Juste avant, on va écouter un extrait de cette conférence de presse qui s'est donc tenue hier soir.
00:25Dans toute institution, un changement à la direction constitue une occasion naturelle.
00:30de réexaminer ses pratiques, de déterminer si elles répondent à ses objectifs.
00:34Nous travaillerons en étroite collaboration afin de déterminer quels changements pourraient améliorer la conduite de la politique monétaire.
00:42Vous avez peut-être déjà remarqué une différence dans la déclaration de politique générale aujourd'hui.
00:47Elle est plus courte, plus simple, supprime certaines formules obsolètes.
00:52Cette déclaration se contente de vous présenter les faits.
00:55Il n'y figure pas non plus ce qu'on appelle les forward guidance.
00:58Nous avons convenu qu'elles n'étaient pas adaptées à la conjoncture actuelle.
01:04Voilà, extrait de Kevin Ward, le nouveau président de la Fédérale Réserve.
01:08Jean-Baptiste Pède, vous êtes toujours avec nous, chef économiste de la G2R La Mondiale.
01:13Alors maintenant, il faut s'attendre à une Fed un peu plus incertaine, dans le sens où on vient de
01:18l'entendre.
01:18Elle va prendre un petit peu parfois par surprise les économistes, les investisseurs, si je grossis le trait.
01:23C'est un petit peu ça le message ?
01:25Oui, sur le côté communication, il y a vraiment eu un changement avec Kevin Warsh, avec ce communiqué qui est
01:32beaucoup plus court,
01:34pas de forward guidance, et même dans ses réponses, très peu d'éléments pour savoir où va la politique monétaire
01:40à court terme.
01:41Il y a ça, il y a cet aspect communication, puis après il y a le fond, savoir s'il
01:45faut monter les taux aujourd'hui aux États-Unis, ce n'est pas si simple.
01:47Mais si on reste sur l'aspect communication, ça peut provoquer un peu plus de volatilité à court terme.
01:54Alors qu'est-ce qu'on gagne quand on fait ça ?
01:56Peut-être on enlève la nécessité de faire des gros pivots quand on se rend compte que la forward guidance
02:02n'est plus adaptée.
02:03On se souvient que Jérôme Powell avait fait quand même des virages à 90 degrés, voire 180 degrés sur sa
02:09politique de temps en temps,
02:10ce qui a provoqué bien sûr des gros mouvements sur les marchés.
02:13Donc ça, on peut espérer qu'on l'ait moins avec Kevin Warsh.
02:17Malgré tout, à court terme, effectivement, on pourrait avoir un peu plus de volatilité de marché.
02:21En tout cas, on l'a vu hier soir, les anticipations en ce qui concerne la politique à venir a
02:27connu un changement radical,
02:28dans le sens où désormais, quand vous regardez le baromètre FedWatch, les marchés n'anticipent plus de baisse de taux,
02:34comme c'était encore le cas il y a quelques jours de cela.
02:37Désormais, ils anticipent des hausses de taux, et pourquoi pas dès septembre ?
02:40C'est quand même un tournant majeur.
02:41Qu'est-ce qui fait dire aujourd'hui au marché que la Fed pourrait relever ses taux dès le mois
02:44de septembre ?
02:47Alors, il y a un comité qui est clairement, objectivement, on va dire, plus restrictif.
02:54Et ça, ce n'est pas dû à Kevin Warsh.
02:55C'est les prévisions qui ont été soumises sur ce jeu de prévisions.
03:02On voit qu'il y a neuf membres sur 18 qui prévoient des hausses de taux cette année.
03:08Donc ça, c'est un changement, parce que finalement, les économistes s'attendaient plutôt à voir trois, quatre membres
03:15anticiper des hausses de taux, en voir neuf, ça a été une surprise.
03:19La caractérisation de l'inflation dans le communiqué était aussi intéressante,
03:22puisque l'inflation est décrite comme élevée en partie en raison de la hausse des prix du pétrole.
03:29Le tout est dans le « en partie ».
03:30C'est-à-dire qu'il y a aussi une tendance inflationniste sous-jacente qui est là.
03:36Et d'ailleurs, les prévisions médianes sur l'inflation sous-jacente en 2027 sont à 2,5%.
03:41Donc, objectivement, on a un comité qui est plus restrictif.
03:45Et la surprise peut-être hier, c'était que Kevin Warch n'a finalement pas voulu modérer ce message,
03:54en tout cas ses prévisions, avec des arguments plus accommodants.
03:59Par exemple, il aurait pu dire que la progression des coûts du travail est très faible en ce moment,
04:05grâce à la hausse de la productivité.
04:07Ça, c'est aussi objectif.
04:10Donc, il ne l'a pas fait.
04:11Il n'a pas modéré, en fait, ses prévisions.
04:14Et ce qui a mené le marché a anticipé un peu plus de hausse de taux à court terme.
04:20Après, à mon avis, le jeu n'est pas encore complètement fait.
04:23Quand vous regardez la réaction des marchés,
04:26hier soir, Wall Street a cédé un peu plus de 1%,
04:28que ce soit sur le Nasdaq, le Dow Jones, mais également le S&P 500.
04:32Le 10 ans américain, ce matin, est au même niveau, peu ou prou, qu'hier matin.
04:37C'est-à-dire 4,43.
04:38Par contre, il y a eu une petite réaction sur les taux courts.
04:41Typiquement, le 2 ans était à 4,05 hier matin, on est à 4,16.
04:44Comment vous jugez cette réaction de marché ?
04:46Est-ce qu'elle est appropriée ou est-ce que non ?
04:49Au vu, aujourd'hui, des anticipations, notamment de ces hausses de taux,
04:52il y a encore du travail à faire ?
04:58À ce stade, il est assez difficile de savoir si la Fed va augmenter ses taux.
05:03En tout cas, c'est notre avis.
05:05Il y a deux scénarios qui se dégagent.
05:08Le premier, et ça dépend beaucoup de l'effet d'entraînement de l'intelligence artificielle sur l'économie.
05:14On peut avoir un scénario où, finalement, le déploiement de l'intelligence artificielle
05:18est très positif sur la demande, la construction de data centers,
05:23l'embauche de spécialistes, puis la hausse de la bourse
05:27qui crée des effets richesses sur la consommation.
05:30Donc ça, c'est une possibilité que le boom tire vraiment sur la demande
05:34et donc, auquel cas, la Fed aurait besoin d'augmenter ses taux d'intérêt.
05:40À contrario, on a un scénario où les effets d'entraînement sur la demande sont relativement limités.
05:46On a, au contraire, une consommation qui ralentit dans les prochains trimestres
05:50en raison de la baisse du pouvoir d'achat liée à la hausse des prix du pétrole.
05:55Et aussi, dans ce scénario, des entreprises plus prudentes sur l'embauche
05:58en raison de l'intelligence artificielle, justement.
06:01On a des éléments qui vont un peu dans ce sens avec la dernière enquête
06:04auprès des petites entreprises, où les intentions d'embauche, en fait,
06:08sont au plus bas depuis de nombreuses années.
06:11Donc, trancher entre ces deux scénarios est difficile.
06:14Et c'est pour ça, d'ailleurs, que le communiqué est très divisé.
06:17Donc, moi, ce que je vais regarder dans les prochains mois, prochains trimestres,
06:21c'est est-ce que la consommation résiste ? Est-ce que la demande agrégée résiste à tout ça ?
06:25La hausse des prix du pétrole, en reçarmant des conditions monétaires ?
06:30Et si c'est le cas, effectivement, alors on pourra dire que l'économie est solide
06:33et pourrait nécessiter des hausses de taux.
06:36A contrario, si on voit que le taux d'embauche se remet à ralentir au deuxième semestre,
06:42là, on pourrait modérer un peu cette envie et plutôt stabiliser les taux d'intérêt.
06:48Merci beaucoup, Jean-Baptiste Peste, chef économiste de AG2IR,
06:51la mondiale gestion d'actifs, de nous avoir accompagnés ce matin.
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