00:00A 7h49, votre invité Benjamin Duhamel est ancien ambassadeur de France aux Etats-Unis.
00:06Bonjour Gérard Rao.
00:07Bonjour.
00:08Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter.
00:10On a besoin de vous pour comprendre ce qui s'est joué au Hilton de Washington samedi soir
00:14et en mesurer les conséquences.
00:16Donald Trump exfiltré du dîner des correspondants de la Maison Blanche après des tirs.
00:20Le suspect qualifié de malade mental anti-chrétien par Donald Trump.
00:24Il voulait s'en prendre à des hauts responsables de l'équipe du président américain.
00:28On va parler dans un instant des questions majeures que pose ce qui s'est passé pour la sécurité du
00:32président et d'éventuelles failles.
00:34Mais d'abord, après deux tentatives directes d'assassinat contre Donald Trump,
00:38ce que dit cette attaque des Etats-Unis, c'est quoi ?
00:41C'est un pays dévoré par la violence politique, une Amérique au bord de la rupture, Gérard Rao ?
00:46Alors d'abord, vous le savez, d'abord les Etats-Unis, c'est un pays violent.
00:51Un Américain a six fois plus de chances d'être tué par arme à feu qu'un Français.
00:57Il y a, les Etats-Unis possèdent 25% des armes à feu dans le monde.
01:02Il y a plus d'armes à feu aux Etats-Unis que les d'habitants, etc.
01:05Et donc il y a toujours cette violence qui est attente.
01:10Ce terreau-là.
01:10Ce terreau.
01:10Et là-dessus, vous ajoutez la situation de la radicalisation politique dans ce pays.
01:17Rappelez-vous les années 1960, où il y avait aussi une radicalisation à cause de la guerre du Vietnam,
01:23du combat pour les droits civiques.
01:25Et vous aviez eu les assassinats de John Fitzgerald Kennedy, Martin Luther King, Robert Kennedy.
01:30Donc il y a toujours, dans ces moments de tension maximale, le glissement vers la violence.
01:36Vous avez même aujourd'hui très sérieusement un débat où on se demande si le pays ne va pas glisser
01:42vers la guerre civile.
01:43Mais avec là un effet particulièrement hypertrophié sur le président Trump,
01:47qui a été victime de deux tentatives d'assassinat direct.
01:51Comment est-ce que vous l'expliquez ?
01:53Est-ce que c'est une question d'ultra-polarisation du débat public ?
01:56Est-ce que c'est là encore le débat qu'on a régulièrement quand ce genre de situation arrive
02:00autour de la question de la circulation des armes à feu ?
02:02Comment est-ce que vous expliquez spécifiquement que Donald Trump soit autant visé ?
02:05Lui dit, et c'est ce qu'il a expliqué en conférence de presse,
02:08c'est parce que, j'ai bien regardé, c'est ceux qui font de grandes choses qui sont visées.
02:12Ça c'est l'explication de Donald Trump.
02:13C'est un peu ça, c'est-à-dire en réalité, l'expression, quasiment la seule expression,
02:17de la radicalité de cette administration, c'est Donald Trump lui-même.
02:22Il n'y a personne d'autre autour de ce président.
02:24Il est, et en plus, volontairement, il exprime une violence, une brutalité,
02:32il endosse la brutalité du discours public, il devient par lui-même la cible quasiment unique
02:39de toutes les haines que cette administration alimente.
02:42Les premiers éléments dont on dispose sur le profil de l'assaillant
02:45donnent à voir un diplômé d'une grande université américaine, Caltech,
02:49quelqu'un qui semblait jusqu'à ces derniers mois ou ces dernières années plutôt inséré dans la société,
02:53qui s'est radicalisée sur le tard.
02:55Il y a aussi ce sondage stupéfiant réalisé en début d'année aux Etats-Unis.
02:5920% des Américains, donc un Américain sur cinq, d'accord avec l'idée, je cite,
03:03que les véritables patriotes pourraient devoir recourir à la violence pour sauver notre pays.
03:07Comment on en est arrivé là, Gérard Arrault ?
03:08Mais c'est aussi le discours de Donald Trump, parce qu'il ne cesse de dire que les autres,
03:15ses adversaires vont, d'ailleurs, il ne parle pas d'adversaires, il parle d'ennemis,
03:19que ses ennemis vont truquer les élections.
03:23Et donc, il va falloir défendre, se défendre.
03:26Et c'est un débat aux Etats-Unis, c'est qu'est-ce qui va se passer au moment des
03:31élections législatives ?
03:33Beaucoup un peur...
03:34Au moment des mid-term élections, en novembre.
03:37Où Donald Trump est particulièrement en mauvaise posture.
03:39Où les sondages sont désastreux pour lui, et de plus en plus à cause de la guerre en Iran.
03:43Et donc, il y a, on s'attend, c'est extraordinaire quand vous parlez d'une démocratie aussi vieille démocratie
03:50que les Etats-Unis,
03:51on s'attend à ce qu'il essaye, au fond, de truquer le résultat des élections.
03:55Carrément de truquer les résultats ?
03:57Tout à fait de truquer, par exemple, en établissant l'état de siège, sous prétexte qu'il y a des
04:02violences.
04:03Il annonce qu'il va placer, vous savez, sa milice anti-immigration, ICE, qui va la placer à la porte
04:09des bureaux de vote.
04:12Alors, si vous êtes un noir ou un latino, ça ne vous donnera pas envie, fondamentalement, de voter.
04:18Donc, il y a toute cette atmosphère, tous ces discours, qui sont quasiment des discours de guerre civile virtuelle.
04:23On est dans un état de guerre civile virtuelle aux Etats-Unis.
04:26Il faut qu'on revienne, Gérard Raro, sur les circonstances de cette soirée de samedi.
04:29Il s'avère que vous connaissez bien ce dîner des correspondants de la Maison-Blanche.
04:33Vous y avez assisté combien de fois ?
04:34Quatre fois. J'ai assisté à quatre dîners.
04:36Et j'ajoute qu'après ce dîner, tout le monde se rend à la résidence de l'ambassadeur de France,
04:41où Bloomberg et Vanity Fair organisent et payent une grande partie.
04:45Donc, que vous connaissiez bien, et vous connaissez les coulisses de cette soirée.
04:48Est-ce que vous partagez notre stupéfaction de voir qu'un lieu censé être aussi protégé que ce Hilton de
04:55Washington,
04:57dans un lieu comme celui-là, un tireur ait pu s'approcher d'aussi près du président des Etats-Unis
05:00?
05:01D'abord, le tireur n'est pas rentré dans la salle, parce que vous avez cette immense salle où il
05:05y a entre 600 et 900 convives,
05:07d'ailleurs, avec une très mauvaise nourriture.
05:10600 à 900 convives, on passe sous des portiques, il n'a pas dépassé les portiques.
05:15De surcroît, ces portiques ne sont pas à l'entrée de la salle, mais à quelques mètres de la salle.
05:20Donc, je pense qu'il ne faut pas tragédiser la situation.
05:24La question, c'est, est-ce qu'on n'aurait pas dû vérifier tous les clients de l'Ontel ?
05:31Oui, parce qu'il faut expliquer qu'il avait pris une chambre dans cet hôtel de Washington.
05:37Et là encore, je sollicite votre expertise de ce qu'on appelle le secret service,
05:41c'est-à-dire ceux qui sont chargés de protéger au quotidien le président des Etats-Unis.
05:44Est-ce que là, il n'y a pas encore un décalage entre l'omnipotence supposée de ce secret service
05:50et la fragilité qui fait qu'en quelques années, Donald Trump fait l'objet de deux tentatives d'assassinat,
05:56que là, on a un tireur qui a pu dormir dans cet hôtel-là ?
05:59Est-ce qu'on n'y voit pas une défaillance importante ?
06:02On y verra une défaillance, mais honnêtement, comment assurer une sécurité à 100%
06:06dans ce pays où tout le monde est armé, dans des événements où il y avait dans ce Hilton
06:12quasiment des milliers de personnes.
06:13C'est un immense bâtiment, donc des centaines de clients.
06:18Je crois, hélas, que c'est inévitable qu'on ne peut pas assurer à 100%
06:22aujourd'hui la sécurité d'un homme d'Etat.
06:26Sur les conséquences politiques de ces tirs, Gérard Haro,
06:28il faut rappeler que c'est dans ce même hôtel à Washington
06:31que Ronald Reagan avait réchappé d'une tentative d'assassinat, c'était en 1981.
06:35À ce moment-là, il y avait eu un net regain de sa popularité.
06:37On avait d'ailleurs appelé ça l'effet Reagan.
06:39Est-ce qu'il faut s'attendre pour Donald Trump à un effet équivalent
06:43à avoir sa popularité qui est faible aujourd'hui, il faut le dire, progresser ?
06:47Alors, d'abord, Reagan avait été sérieusement touché.
06:51Il était allé à l'hôpital, donc c'était beaucoup plus sérieux que cette affaire-là.
06:55Il y aura peut-être, je pense, un regain de popularité
06:58pour Donald Trump.
07:00Mais ce qui décidera le pays, et notamment en novembre,
07:03je dirais que c'est le prix de l'essence à la pompe.
07:05Il était aux environs, je crois, de 2,8 dollars le gallon.
07:10Il dépasse 4 dollars.
07:13J'ai vu aussi ce matin une éventuelle accélération de l'inflation sur la nourriture.
07:17C'est ça qui déterminera fondamentalement le vote des Américains.
07:22prix de l'essence qui sera évidemment influencé par la situation en Iran.
07:25Dans la conférence de presse, quelques heures après l'effet,
07:27Donald Trump a dit « ça ne va pas me faire renoncer à gagner la guerre en Iran ».
07:30Et là, d'un mot pour terminer cette interview, Gérard Haro,
07:32on a du mal à comprendre ce qui se passe entre pourparler, lancer,
07:36puis annuler, délégation, envoyer, puis avorter.
07:39En fait, Donald Trump, il est quoi ? Il est dans une impasse quant à la guerre face à l
07:42'Iran ?
07:42Il est totalement dans une impasse.
07:44C'est une situation sans précédent.
07:46D'un côté, vous avez une partie qui pense avoir totalement gagné la guerre.
07:51Les Etats-Unis sont maîtres du ciel iranien.
07:53Et de l'autre, vous avez les Iraniens qui pensent avoir gagné la guerre
07:56parce qu'ils sont les maîtres du détroit d'Hormuz.
07:58Et donc, vous avez deux vainqueurs supposés face à face
08:01qui sont incapables de négocier.
08:03Et je ne vois pas comment ils pourraient sans l'intervention d'un médiateur.
08:07Mais pour le moment, c'est l'impasse.
08:10Merci beaucoup, Gérard Haro.
08:11Et vous reviendrez commenter cette impasse.
08:13Merci, Gérard Haro, d'être venu nous voir ce matin au micro de France Inter.
08:16Et à tout à l'heure, Benjamin Duhamel.
08:17On se retrouvera pour le grand entretien de la matinale.
08:20Il est 7h58.
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