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  • il y a 10 heures
L’invité du 7h50 de Benjamin Duhamel est Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis et Pierrefitte-sur-Seine. Cible de propos racistes sur la chaîne CNews, il appelle à un rassemblement devant sa mairie samedi. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-du-lundi-30-mars-2026-1844783
Transcription
00:00Benjamin Duhamel, votre invité, est le nouveau maire de Saint-Denis.
00:03Bonjour Balibagayoko.
00:04Bonjour.
00:04Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter.
00:07Premier maire insoumis de France à la tête d'une commune de 150 000 habitants.
00:11Je voudrais d'abord vous entendre sur ce qu'il s'est passé ce week-end.
00:13Vous avez annoncé vouloir porter plainte après des propos jugés racistes tenus sur CNews.
00:18Un psychologue qui fait un dégagement sur les homo sapiens et les grands singes
00:21pendant un débat sur vos premiers pas de maire.
00:24Plus tard, Michel Onfray qui vous prête une attitude, je cite, de mal dominant.
00:27On n'est pas dans une tribu primitive, rajoute-t-il.
00:31Je précise que ces deux intervenants ont nié tout propos raciste.
00:35On sait ce que peut être la violence de la politique, la violence des campagnes électorales.
00:40Est-ce que pour autant, Balibagayoko, vous vous attendiez à entendre ce genre de propos à la télévision ?
00:45Premièrement, que ce soit sur la chaîne CNews, ce n'est pas étonnant.
00:49Parce que ce sont des récidivistes en ces termes-là.
00:52Que les deux protagonistes qui ont été cités récidivistes à nouveau,
00:56parce que ce n'est pas la première fois qu'ils agissent de la sorte.
00:58Mais ce qui est plus scandaleux, c'est qu'au moment où ça se fait,
01:02il n'y a aucune condamnation à un niveau qui doit être le nôtre,
01:05c'est-à-dire au niveau y compris de l'Elysée,
01:07pour justement porter la grandeur de ce qu'est la France,
01:10qui a toujours été au premier de cordée contre les propos racistes.
01:15Et donc c'est une condamnation...
01:16C'est-à-dire que vous vous étonnez du silence du gouvernement, de l'exécutif,
01:20vous attendiez des condamnations claires, elles ne sont pas arrivées ?
01:23Elles ne sont clairement pas arrivées, et pire,
01:25pendant que je suis insulté avec des propos racistes,
01:30le ministre de l'Action, alors plutôt de l'inaction,
01:33en tout cas pour ce qui nous concerne sur nos territoires,
01:35puisque l'État est quasi défaillant sur les questions éducatives,
01:38défaillant sur les questions y compris de tranquillité publique,
01:39défaillant sur les questions sociales,
01:40n'a eu de cesse plutôt que de me rappeler un supposé recadrage
01:44sur le fait des propos qui auraient été tenus
01:46concernant des agents municipaux.
01:48Alors vous faites référence, pour expliquer à nos auditeurs,
01:51à ce qu'a dit David Amiel, le ministre de l'Action et des Comptes Publics,
01:54qui a fait référence aux liens qu'il y a entre vos orientations politiques
01:58et les agents municipaux.
01:59On va en parler dans un instant, mais juste sur ces propos
02:01qui ont été tenus sur CNews.
02:02Quand on entend ça et qu'on vient d'être élu,
02:05comment est-ce qu'on réagit ?
02:07Comment est-ce que votre famille,
02:08comment est-ce que vos quatre enfants,
02:09l'Ibam et Yoko réagissent à ces propos ?
02:12Premièrement, je voulais avoir une pensée pour ma mère,
02:14parce que ma mère m'a envoyé plusieurs fois des messages,
02:16parce qu'elle est bien sûr atterrée par la manière dont,
02:18depuis maintenant que j'ai été élu dès le premier tour,
02:21je ne cesse en fin de compte d'être à la fois incriminé,
02:23mais y compris à charge, de manière assez claire.
02:25Soit les propos sont mal compris,
02:27avec des propos y compris qui sont détournés,
02:29en fin de compte, de leur profondeur.
02:31Et donc du coup, la responsabilité, elle est à mon avis scandaleuse,
02:35y compris par rapport à la population de Saint-Denis,
02:36qui vit très mal en fait ce moment-là,
02:38notamment de Pierre Fitte-sur-Seine aussi,
02:40où à peine élus, ils sont clairement, je veux dire,
02:43mis au banc, en fin de compte, de la société,
02:45avec des propos qui sont des propos scandaleux,
02:47et que bien sûr, nous ne laisserons pas faire.
02:49L'Arc Homme a été saisi par plusieurs responsables de gauche.
02:52Je rappelle que plusieurs de vos camarades insoumis
02:54continuent d'aller sur ces news.
02:56Est-ce que compte tenu des propos qui ont été tenus,
02:58vous leur dites n'y allez plus ?
02:59Moi, je pense que l'extrême droite doit être combattue partout.
03:02Celles et ceux qui positionnent, y compris en vecteur,
03:04en fait, de ces discours-là doivent aussi être combattus.
03:07Et c'est la raison pour laquelle, par exemple,
03:08si j'ai eu l'occasion d'aller répondre à des témoignages,
03:11y compris à des questions posées par CNews,
03:13je le fais parce que je veux que le message essentiel
03:16que nous voulons porter, nous, dans les quartiers populaires,
03:18soit entendu.
03:18Donc il faut aller partout, même sur une chaîne,
03:20je pense qu'il faut à la fois y aller et tout en les condamnant
03:24pour une raison simple.
03:25C'est-à-dire qu'il faut absolument qu'on soit conscient
03:28du fait que l'extrême droite ne cesse de se propager
03:30et qu'aujourd'hui, la situation, elle est à un tel niveau
03:34qu'il nous faut absolument un sursaut.
03:35C'est la raison pour laquelle, le 4 avril prochain,
03:37nous appelons notamment un grand rassemblement
03:39devant la mairie de Saint-Denis et Pierre-Fuille-sur-Seine.
03:41Bally Bagayoko, je voudrais qu'on parle de la police municipale
03:43à Saint-Denis.
03:44L'une de vos premières décisions a été d'annoncer
03:46son désarmement progressif,
03:48avec dans un premier temps la fin des LBD,
03:50ces lanceurs de balles de défense,
03:52pour bien comprendre ce que vous voulez dire
03:54quand vous parlez de désarmement progressif.
03:56Une question simple, est-ce qu'à la fin de votre mandat,
03:58c'est-à-dire vraisemblablement en 2033,
04:00les policiers municipaux de Saint-Denis auront encore
04:02des armes à feu sur eux ?
04:03Ils auront potentiellement des armes à feu encore.
04:06Potentiellement ?
04:06Potentiellement, c'est-à-dire que ce n'est pas forcément
04:08l'ensemble en fin de compte de l'équipe
04:10de la police municipale. Aujourd'hui, c'est à peu près
04:12135 effectifs en réalité.
04:15Il peut y avoir plusieurs hypothèses dedans.
04:17Il peut y avoir l'ensemble de la police municipale
04:19armée, ce qui est le cas aujourd'hui.
04:20Il peut y avoir une patrouille spécifique dédiée.
04:22Il peut y avoir, y compris, le port d'armes
04:24en fin de compte qui est dans un coffre
04:25et ensuite qui est utilisé uniquement en cas de recours.
04:28Donc, il y a une panoplie en fin de compte de possibilités.
04:30Et donc, c'est ce que nous allons bien sûr définir
04:32dans le cadre de la doctrine qui sera posée
04:33pour justement renforcer la question de la proximité
04:36dans nos territoires qui sont les nôtres.
04:38Dans ce cas, il y a quelque chose de singulier
04:40parce que si vous retirez les lanceurs de balles de défense
04:43tout en laissant les armes à feu
04:44aux policiers municipaux, ça veut dire
04:46qu'un policier municipal à Saint-Denis-Pierrefitte
04:48qui se retrouve dans une situation de danger,
04:51il n'a pas d'armes intermédiaires à utiliser.
04:54Il se retrouve potentiellement à devoir utiliser
04:56une arme à feu.
04:56Est-ce que quand on plaide la désescalade,
04:59ce n'est pas paradoxal de priver les policiers municipaux
05:02d'une arme intermédiaire, d'une arme non létale
05:04comme le LBD ?
05:05Souvent, c'est vrai qu'on pose les choses dans ces termes-là,
05:08mais je rappelle qu'il y a 47% de collectivité locale
05:10qui n'ont pas de police municipale armée.
05:14Et que la police municipale de Saint-Denis
05:16n'était pas armée avant 2020.
05:18Donc voilà, j'entends un peu tout l'environnement sécuritaire
05:21aujourd'hui qui nous anime,
05:22mais qui forcément plaide plutôt pour développer des arguments
05:24pour expliquer qu'il serait pertinent d'avoir
05:26une police municipale armée, voire surarmée,
05:28ce qui était le cas d'ailleurs de la police municipale de Saint-Denis.
05:30Nous, nous faisons totalement confiance
05:32aux professionnalistes de nos policiers municipaux
05:34pour justement s'adapter,
05:35comme ils ont pu le faire d'ailleurs avant 2020.
05:37Mais on a du mal à comprendre la doctrine insoumise,
05:39parce que vous avez une doctrine nationale
05:41qui dit qu'il faut désarmer la police municipale.
05:43Vous avez vous qui dites désarmement progressif.
05:46Vous avez David Guiraud à Roubaix
05:47qui lui dit non, non, moi je ne désarmerai pas la police.
05:50Qu'est-ce qu'il faut comprendre ?
05:52L'approche de la France Indus,
05:54c'est une approche pragmatique.
05:55Il y a bien sûr la situation nationale
05:58auquel bien sûr nous souscrivons parfaitement
06:00et puis après il y a les réalités concrètes
06:01auxquelles nous sommes confrontés.
06:02Nous arrivons dans une situation
06:04où en fait la police municipale est armée
06:06et donc du coup nous savons pertinemment
06:08que ce processus en fin de compte
06:09nécessite à la fois du temps
06:10et surtout de l'évolution à la fois des mentalités
06:13et donc ça c'est le travail de la doctrine qui sera posé.
06:15A nos confrères de France Info,
06:17un policier municipal de Saint-Denis
06:18a dit la chose suivante,
06:19nous sommes une trentaine à avoir entamé des démarches
06:21auprès d'autres municipalités,
06:22ce qui veut donc dire pour quitter les effectifs
06:24de la police municipale.
06:25Qu'est-ce que vous leur dites
06:26à ces agents qui visiblement
06:29ne sont pas en accord avec vos orientations
06:31et semblent avoir envie de quitter Saint-Denis ?
06:34En tout cas ce message-là,
06:35moi je ne l'ai pas entendu
06:36parce que j'ai rencontré l'ensemble des effectifs
06:37pas plus tard que l'ensemble des effectifs
06:39y compris avec le directeur de la tranquillité publique
06:41en présence et ce qui a été dit
06:431. J'ai besoin de vous
06:442. Je vous fais totalement confiance
06:46bien sûr pour réadapter en fin de compte
06:47je veux dire les méthodes d'intervention
06:49et 3. N'écoutez pas les rumeurs.
06:5290 policiers supposés départ,
06:54ce qui est faux, c'est de les contester.
06:56Là on me parle maintenant de 30,
06:57c'est faux.
06:58Ce que moi je sais...
06:58C'est-à-dire que là c'est un policier municipal lui-même
07:00qui dit qu'on est une trentaine à avoir envie de partir.
07:03Je les ai vus vendredi,
07:05je n'ai pas entendu ça
07:05mais on peut continuer
07:06en fin de compte
07:07soit des fake news
07:08soit des rumeurs sur cette nature-là.
07:09Mais ce que je dis moi,
07:10c'est très clair,
07:10c'est qu'aujourd'hui au moment où je parle
07:11il y a une personne qui est partie.
07:14Une personne qui est partie.
07:15Très bien.
07:16On regardera les choses de manière assez concrète
07:17et d'ailleurs j'ai eu l'occasion
07:18de patrouiller avec eux à plusieurs reprises.
07:20Pour terminer Balibagayoko,
07:22j'aimerais préciser un point avec vous.
07:23Vous avez été interrogé sur la gentrification de Saint-Denis
07:26que vous avez dénoncée tout au long de votre campagne
07:28et voilà ce que vous avez dit.
07:30Je cite toutes celles et ceux qui sont venus sur Saint-Denis
07:32sont les bienvenus
07:33à une condition qu'ils participent à la communauté de destin,
07:36c'est-à-dire respect à ceux qui ont toujours été là,
07:39qui ont fait l'identité de ce territoire.
07:41Qu'est-ce que vous voulez dire
07:42quand vous prononcez cette phrase ?
07:44C'est qui ceux qui ont toujours été là ?
07:46Et qu'est-ce que vous attendez
07:48de la part de ceux qui viennent à Saint-Denis
07:52quand on écoute votre phrase ?
07:54Saint-Denis, c'est 150 000 habitants
07:56mais c'est pas le moins de 150
07:57d'origine différente,
07:59des gens qui sont venus d'horizons complètement différents
08:01et avec une situation de population
08:03qui sont là depuis très longtemps,
08:05ouvrières et ensuite issues des quartiers populaires.
08:07Et donc le sujet autour de la gentrification,
08:09chacun le sait,
08:10c'est que le principe de la gentrification
08:11est de faire en sorte qu'il y ait des populations nouvelles qui arrivent.
08:14Ça, c'est pas le souci
08:15puisque nous sommes toujours en fait un territoire d'accueil.
08:17Ils sont d'ailleurs les bienvenus.
08:18La seule chose que nous disons,
08:19c'est que venant sur un territoire comme le nôtre,
08:22il faut absolument aussi que l'on prenne en compte
08:24l'ensemble en fait de ces réalités.
08:26Donc la question du lien social,
08:27la question de participer en fin de compte
08:29à la vie de la société telle qu'elle est,
08:30c'est-à-dire les amicadologues,
08:31c'est-à-dire participer entre guillemets
08:33à l'effort social qu'il y a sur tout territoire
08:34est un enjeu extrêmement important.
08:36On ne peut pas venir,
08:37pour être totalement transparent,
08:38venir uniquement sur le territoire de Saint-Denis
08:40juste avec la notion de rentabilité foncière.
08:43Voilà, c'est ça qu'on l'a dit.
08:45Si c'est ça,
08:45on n'est pas d'accord avec ce mécanisme,
08:49et nous, nous sommes pour unifier en fin de compte
08:51Saint-Denis et Perfit.
08:52Un tout dernier mot, Balibagayoko,
08:54sur tous les débats qu'il y a eu autour
08:55de ce que Jean-Luc Mélenchon appelle la nouvelle France,
08:58vous avez été interrogé sur ce concept
09:00en le revendiquant,
09:01mais vous avez dit,
09:02moi je n'aime pas le terme de racisé,
09:04je préfère le terme d'héritier de l'immigration.
09:07Pourquoi est-ce que vous n'aimez pas ce terme ?
09:08Je n'aime pas ce terme-là,
09:09parce que ce n'est pas un terme en fin de compte
09:11qui fait écho à mon histoire personnelle,
09:14même si j'entends en fin de compte
09:15l'approche sociologique et scientifique à derrière,
09:17je ne me qualifie pas à travers de ma race,
09:19je considère qu'en fin de compte
09:20que j'ai un héritage,
09:21qui est un héritage bien à la fois post-colonial d'ailleurs,
09:24qui est un héritage aussi d'ailleurs ouvrière,
09:26puisque le territoire dans lequel je suis,
09:27c'est un territoire ouvrier en tant que tel,
09:29et donc j'assume en fin de compte,
09:30je veux dire, plutôt cette noblée-là,
09:32parce qu'il y a dans le mot en fin de compte héritage
09:35quelque chose qui est beaucoup plus puissant
09:36que la notion de racisé.
09:38Et vous allez dans les quartiers populaires,
09:39il n'y a aucun habitant de Saint-Denis
09:41ou des quartiers populaires
09:42qui se qualifierait spontanément de racisé.
09:45Merci beaucoup,
09:46merci à vous,
09:47maire de Saint-Denis-Pierre-Fille,
09:48d'être venu ce matin au micro de France Inter.
09:50Et merci Benjamin Duhamel,
09:51à tout à l'heure,
09:52pour le grand entretien.
09:53Il est 7h58.
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