00:00Aujourd'hui, comme Marion Maison-Orient a préféré nous laisser son père avec nous,
00:04c'est son père qui nous rend vite aujourd'hui, un certain M. Léon.
00:07M. Léon, je m'adresse à vous directement, ça me fait tout drôle, c'est la première fois que je
00:10vous rencontre.
00:11M. Léon, vous aussi, si j'ai bien compris, vous avez travaillé dans le sentier dans les années 80.
00:16Eh bien sûr que j'ai fait le sentier. Moi, je n'ai pas fait le sentier, mais moi, c
00:20'était à Marseille.
00:21Donc, vous vendiez des vêtements à Marseille.
00:23Non, moi, c'était les fruits et légumes.
00:25Ah oui, rien à voir.
00:26Comment ça, rien à voir ? Il y a tout à voir, M. Herner.
00:28J'ai lu votre livre, j'ai vu défiler ma vie. Je ne peux pas vous dire autrement.
00:32Les années 80, pour les petits commerçants, on roulait sur l'or.
00:37On faisait tout en cash, les billets volés, on ne déclarait personne.
00:41Vous déclariez, vous ?
00:42Ah, vous déclariez ? Ah ouais, pour cotiser pour la retraite.
00:45Mais tu as vu la retraite à combien elle est aujourd'hui ?
00:47Moi, j'ai la moitié de mes amis, ils sont obligés d'aller au resto du cœur.
00:50Et pas pour distribuer la soupe, c'est pour la manger, eux.
00:53Ah, les années 80.
00:54Là, les supermarchés, ils nous ont tout bouffé.
00:56Les cartes bleues, ça n'existait pas.
00:59Moi, le premier qui arrivait en me disant
01:00« Je peux vous payer en cartes pour 1,80€ de tomates ? »
01:03« Va te les ramasser toi-même. »
01:05Ça va pas ou quoi ?
01:06Tu veux que je te l'épluche aussi ?
01:07Je te fais la salade de tomates mozzarella, un peu de basilic et je te la livre chez toi.
01:11Ah, la mondialisation, ça les a rendu fada.
01:13À l'époque, on vendait des haricots verts de Marseille.
01:16Aujourd'hui, ils viennent du Kenya.
01:18Et j'ai toujours une folle en janvier qui me demandait « Vous n'avez pas des fraises ? »
01:21Je lui dis « Mais tu es fanade ou quoi ? »
01:22« Tu sais quand ça pousse les fraises ? »
01:24« Retourne à l'école, hein ? »
01:25« C'est bien beau le nombre pi, mais tu ne sais pas quand ça pousse une fraise ? »
01:28Les gens, ils s'en foutent.
01:29Ils veulent tout, tout de suite, maintenant.
01:31Et maintenant, moi, j'ai le fisco cul, tous les matins.
01:33Ils contrôlent tout.
01:34Je lui ai dit au gars, je dis « Oh, moi, je vends des concombres.
01:37Tu ne vas pas aller voir plutôt celui qui fait le pétrole, l'or, les bitcoins ? »
01:40Pour une palette de persil que j'avais oublié de décarrer.
01:43Bon, ce coup-ci, c'était tout le stand entier que je n'avais pas décarré.
01:45Mais bon, quand même, tu vois.
01:47Avant, j'avais l'impression d'être Rothschild.
01:49Aujourd'hui, je suis rôti.
01:50Rôti, comme un poulet.
01:51Moi, j'avais toute la famille sur le stand.
01:53Depuis, chaque année qui passe, tu dis au revoir à quelqu'un.
01:56Pas parce qu'il est mort, hein ?
01:57Non, parce que c'est ton marché qui est mort.
01:59Et puis, nous, on avait un savoir-faire.
02:01Je l'ai lu, la phrase de votre livre.
02:03Elle m'a plu.
02:05Le sentier, c'est une humanité.
02:06Le commerce des rusés et le bonjour des simples.
02:09Attends, nous, on sait le faire, l'accueil.
02:11Bonjour, madame.
02:12Quelle belle robe.
02:13Ah, il y a le mari, beau pantalon.
02:16Pour les mamies, pareil.
02:17Je leur fais la skin care.
02:18Oh, belle mamie, mangez-moi cet abricot.
02:20Vous allez rajeunir de 20 ans.
02:21Vous en avez 80 et vous en aurez donné 22, tout au plus.
02:26Là, il y a un sourire, une détente.
02:27Elle venait pour des courgettes.
02:29Elle repart avec 5 palettes de melons.
02:30Pas beau, ça ?
02:31Ça, c'est le vrai commerce.
02:33Attends, l'autre jour, j'ai pensé à vous, monsieur Erner.
02:35J'ai voulu acheter un pull.
02:36Arrivé à la caisse, c'est moi qui ai étouffé.
02:37J'ai rien compris.
02:38Il y a un gars, il me dit, non, vous inquiétez pas.
02:40Là, vous bippez le ticket.
02:41Là, vous enlevez l'antivote.
02:42Je lui dis, tu veux pas que je te le tricote aussi, là ?
02:45Je vous envoie la facture à la fin du mois, peut-être.
02:47Non, ils n'ont pas le contrôle au fisc.
02:49J'ai une amie qui a bossé dans ces chaînes.
02:57Reste un peu là-haut, l'argent, non ?
02:59En tout cas, monsieur Erner, le Sanchez de Marseille ou celui d'Iparigo, même au combat.
03:04Moi, ça fait 46 ans que je fais les marchés.
03:06Et vu que c'est moi qui fais battre le cœur des mamies, c'est pas prêt de s'arrêter.
03:10Merci beaucoup, mon cher Léon.
03:12Et il y a du vrai dans cette imitation, je crois, Marion.
03:14Malheureusement, tout est quasiment vrai, mot pour mot.
03:17Merci, Marion Mésadorian.
03:19Et bravo à votre papa.
03:20On vous retrouve très bientôt dans Zoom Zoom, Marion.
03:22Merci beaucoup.
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