00:00Et pour commenter cette audition, j'accueille en salle des conférences, Pierre Ouzulia, bonjour.
00:03Bonjour.
00:04Sénateur communiste des Hauts-de-Seine, vice-président du Sénat.
00:07Vous receviez donc les représentants de nouveaux médias en ligne, Blast et Frontières.
00:13Que dire de ces acteurs de l'information, de ces nouvelles plateformes ?
00:16Est-ce que vous diriez qu'ils font planer de nouveaux risques, notamment sur la lisibilité du débat public ?
00:21Bien sûr. Alors je ne fais pas partie de la commission d'enquête, mais je l'ai suivi avec attention
00:27parce qu'on sent bien qu'il y a des nouveaux médias en ligne
00:31qui aujourd'hui prennent une part non négligeable du marché de l'information.
00:38Certains ont un rôle pédagogique tout à fait essentiel et très intéressant
00:42qui vient en complément de ce que vous faites.
00:45On l'a vu avec Hugo Décrypte, il parle aux jeunes.
00:48Par exemple, c'est ça. Avec une façon renouvelée, très courte, et parfois c'est un défaut.
00:57Mais il y a d'autres médias qui utilisent cette espèce de zone de non-droit de l'actualité
01:04pour ne respecter aucune des règles de déontologie propre au métier du journalisme.
01:10C'est ça, les zones grises de l'information ?
01:11Oui.
01:12Et que l'on comprenne bien.
01:13Alors vous dites que vous n'êtes pas dans la commission d'enquête, vous êtes dans la commission de culture,
01:15mais qu'est-ce qu'on peut attendre de cette commission d'enquête ?
01:17C'est qu'elle revoit le cadre légal, notamment, qui s'applique à ces plateformes d'information ?
01:21Alors le cadre légal, c'est compliqué.
01:23C'est compliqué parce qu'en France, la liberté de la Bresse, c'est un des fondements de l'État
01:32de droit et de notre République.
01:35Mais après, on ne peut pas accepter que des médias, et j'en étais la victime, on en parlera après,
01:42puissent de façon manifeste, volontaire, tout en lancement considérer qu'il y a un certain nombre de règles déontologiques
01:53liées au métier, mais liées tout simplement au respect de la dignité humaine.
01:58Et on ne peut pas accepter que ces médias le fassent sans qu'il n'y ait aucune mesure possible
02:04contre eux.
02:05On va y revenir, mais précisément sur ce qui vous est arrivé.
02:08Mais parlons plus généralement de l'audition d'Éric Tegner, le fondateur du média d'extrême droite Frontière.
02:13Il a dit « on veut nous interdire, je pense, parce qu'on montre ce que les autres ne veulent
02:18pas qu'on montre ».
02:19Et il défend ses enquêtes sur le fond.
02:21Il a montré les magazines qu'il dit étayés sur l'immigration, les dangers de l'extrême gauche.
02:26Qu'est-ce que vous lui répondez ? C'est l'ambition de cette commission d'enquête, c'est de
02:29faire interdire à certains médias.
02:30Écoutez, c'est un discours qu'on entend toujours, et notamment aux États-Unis en ce moment,
02:37dans tous les petits milieux néo-fascisants qui gravitent autour de Trump.
02:44Quand on leur reproche de ne pas faire leur travail correctement, c'est-à-dire dans un cadre contradictoire,
02:52en apportant les sources de leurs informations, nous sommes responsables de leur censure.
02:59Dire à un journaliste qui ne respecte pas les règles déontologiques de son métier,
03:05qui ne fait pas bien son métier, ce n'est pas de la censure, c'est prendre acte d'une
03:09dérive.
03:10Et qui est une dérive qui me fait penser à celle de la France des années 30.
03:15Allons sur le point le plus tendu de l'audition, c'est donc Frontière, qui a diffusé des images de
03:19vous
03:19qui avez été malade un soir où vous présidiez la séance au Sénat.
03:23Est-ce cela votre conception de la déontologie ?
03:25A demandé la sénatrice socialiste Sylvie Robert, visiblement animée d'une colère froide en audition.
03:31Éric Tegner, qui a reconnu une erreur, mais plus tard a ajouté, il y a un problème, il y a
03:35un danger aujourd'hui dans ce pays,
03:36c'est qu'on va qualifier très facilement des journalistes de nazis.
03:39C'était ça, sa ligne de défense. Qu'est-ce que vous lui répondez là encore ?
03:44J'attends toujours ses excuses, que je n'ai pas obtenues.
03:48J'attends toujours qu'il publie sur son site le communiqué que j'ai publié dès le lendemain,
03:53en expliquant pourquoi j'avais été malade.
03:56Vous êtes attendu une maladie génétique.
03:57Tout à fait.
03:58Et là, on sent très bien que ce qui était visé, c'était ma dignité humaine.
04:04Et après, je ne suis pas néif en politique,
04:06mais ce monsieur voulait absolument se faire un sénateur communiste.
04:13Voilà. Je l'ai compris comme ça.
04:15Bon, je suis un peu sensible à la chose.
04:18Une partie de ma famille n'est pas revenue des camps de concentration.
04:21Et quand je l'écoute, je sens une forme de haine qui me fait très peur,
04:27parce que je sens que si ces personnes-là prenaient le pouvoir,
04:29je pourrais malheureusement, comme certains de mes aïeux, me retrouver dans les camps.
04:34Donc aujourd'hui, est-ce que vous dites Journal Frontier pose problème en matière de déontologie journalistique ?
04:39Vous avez commencé à le dire, mais notamment parce qu'ils ont aussi été pointés
04:42par le Conseil de déontologie journalistique sur ce qui s'est passé.
04:48Humilier l'élu concerné n'apportait aucune information d'intérêt public.
04:52Dans ces cas-là, il faut qu'il y ait comme ça une régulation de ce type de médias ?
04:55Écoutez, dans l'accident qui m'est arrivé, il y a au moins un point bénéfique.
04:59C'est que la totalité des médias respectueux de la déontologie
05:05m'ont envoyé des messages de solidarité et de soutien.
05:09Donc ce monsieur, il est seul.
05:11Il est seul aujourd'hui à pratiquer un journalisme que je qualifierais de charognard.
05:18C'est un journalisme vautour.
05:21Ce qu'ils aiment, c'est de lancer leur flèche sur des personnes qui sont en difficulté à un moment
05:28donné.
05:28Merci.
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