- il y a 5 heures
Dans un rapport, l’Anses s’inquiète de la surexposition des Français au cadmium, un métal toxique dangereux pour la santé et présent dans beaucoup d’aliments du quotidien.
Récit. Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Judith Perret - Production : Clara Garnier-Amouroux et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Photo : Istock - Musiques : François Clos, Audio Network - Archives : France 24.
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00:01Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez Code Source, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11On en trouve dans le chocolat, les pâtes, les biscuits, les céréales du petit déjeuner, les pommes de terre ou
00:18encore certains légumes.
00:19Le cadmium est un métal lourd et cancérogène.
00:23Il est dangereux pour la santé sur le long terme en cas de surdose et pourtant difficile de l'éviter
00:29dans notre quotidien.
00:30A travers leur alimentation, les Français sont surexposés au cadmium d'après l'Agence Nationale de Sécurité Sanitaire.
00:39Aujourd'hui, Code Source fait le point sur les dangers du cadmium avec deux journalistes du service Société du Parisien,
00:46Nicolas Béraud, spécialiste santé, et Marie Campistron.
00:57On en trouve dans le pain, les pâtes, le riz ou encore les céréales du petit déjeuner.
01:04Chaque jour, en mangeant, les Français absorbent un métal lourd, le cadmium.
01:09Marie Campistron, pour le Parisien, vous êtes allé dans un supermarché au rayon du petit déjeuner et des biscuits.
01:15Vous nous raconterez ce reportage. Nicolas Béraud, vous, vous nous direz comment manger sans être surexposé au cadmium.
01:23Mais avant d'évoquer tout ça, il faut souligner que le Parisien publie régulièrement des articles sur la pollution qui
01:29se retrouve dans nos assiettes.
01:31Marie, quels sont les polluants qu'on décèle le plus souvent dans nos aliments ?
01:35Alors, il y en a plusieurs.
01:37Déjà, il faut dire que si la concentration en substances chimiques a tendance à diminuer quand même avec les années,
01:44elle reste encore trop importante dans certaines catégories d'aliments.
01:48Alors, d'un côté, on a par exemple tout ce qui est résidus de pesticides, comme par exemple le glyphosate,
01:53dont on avait pas mal parlé.
01:54Il y a d'autres insecticides.
01:56On en détecte souvent des traces, mais généralement à des niveaux plutôt sûrs.
02:00Après, il y a les métaux lourds, comme le mercure, qu'on retrouve par exemple dans le poisson.
02:04Le plomb, qui peut contaminer l'eau, les légumes et le cadmium.
02:09Et on a aussi parlé récemment des pifaces, c'est ça ?
02:12C'est ça. Alors, les pifaces sont des polluants éternels qui contaminent, eux, une large partie de la chaîne alimentaire.
02:18Donc, ça va être à la fois des aliments et même des ustensiles de cuisine.
02:22Donc, une fois qu'on a dit ça, on peut être un peu inquiet pour son alimentation.
02:25Mais au final, c'est bien l'accumulation dans le temps de plusieurs molécules à des doses très faibles qui
02:30peut poser problème.
02:31Et pas une exposition une fois à un polluant.
02:34Aujourd'hui, aucun aliment n'est exempt de substances potentiellement dangereuses pour la santé ?
02:39C'est assez difficile de répondre à ça, mais je dirais qu'aucun aliment n'est 100% sûr chimiquement.
02:45Mais dans une alimentation équilibrée, plutôt variée, c'est-à-dire qu'on limite quand même fortement le risque.
02:51Et en pratique, les bénéfices nutritionnels dépassent largement les risques, sauf situation particulière.
02:57Sauf si, par exemple, on consomme un aliment à risque énormément, par exemple, là, effectivement, il peut y avoir un
03:02problème.
03:02Et on ne peut pas céder du Nutri-Score ou de ce qu'il y a d'écrit sur la
03:06composition du produit pour éviter ces substances-là ?
03:10Le Nutri-Score, il va nous aider, mais pour d'autres choses.
03:12C'est-à-dire que c'est un indice nutritionnel qui va mesurer la qualité nutritionnelle d'un aliment.
03:17Donc, il va s'appuyer, analyser la quantité de bons nutriments et ceux à limiter.
03:22Donc, ça peut être le taux de sucre.
03:23Ça peut être les calories, le sel, les graisses saturées, ce genre de choses.
03:27Et après, il nous donne une lettre pour résumer cette évaluation.
03:30Mais il n'indique pas, par exemple, la présence de pifas, de métaux lourds, ce genre de choses.
03:34De la même façon que la composition d'un produit peut nous donner des informations utiles,
03:38mais elle ne va pas refléter tout ce qui est potentiellement dangereux dans l'aliment en question.
03:44Du coup, ça veut dire qu'on peut tomber sur un aliment qui, au fond, a un bon Nutri-Score.
03:48Donc, ça peut être A ou B, par exemple, mais qui a quand même des traces de certains polluants.
03:53Ça, c'est tout à fait possible.
03:53Nicolas Béraud, depuis le début des années 2000, l'Agence Nationale de Sécurité Sanitaire, l'ANSES,
04:00vérifie si ce que les Français mangent est bon pour leur santé.
04:03Comment elle procède, cette agence ?
04:05Alors, l'ANSES, elle mène effectivement un travail scientifique assez colossal.
04:09Elle publie régulièrement des expertises qui font parfois des centaines de pages basées sur des centaines d'études.
04:14Cette agence, elle analyse, d'une part, les habitudes alimentaires des Français.
04:18Et puis, elle les croise avec des données sur la présence de tel ou tel contaminant dans les aliments.
04:22Et ce qu'on sait des risques de chacun de ces contaminants pour notre santé.
04:27Et ensuite, sur la base, à la fois de prélèvements, d'analyses en laboratoire, de modélisation,
04:31cette agence, elle va estimer notre exposition réelle, l'exposition réelle de la population à tous ces produits dans notre
04:38environnement.
04:38Et l'objectif, bien sûr, c'est de mesurer les risques pour notre santé à long terme.
04:43Et donc, in fine, d'orienter les politiques de santé publique pour minimiser ces risques.
04:47Le 12 février, l'ANSES publie les résultats de sa troisième grande enquête de référence sur l'alimentation.
04:55En résumé, il y a du progrès sur la présence de métaux lourds dans nos aliments.
04:59Mais on y reste encore très exposé. Expliquez-nous ça.
05:02C'est un constat, quelque part, un petit peu en demi-teinte, parce qu'on a d'un côté les
05:07niveaux de certains contaminants,
05:08de certains produits qui ont véritablement diminué grâce à la fois à des réglementations plus strictes
05:13et à l'évolution des pratiques agricoles, industrielles.
05:16Mais d'un autre côté, l'exposition reste très importante, notamment pour certains métaux, dont ce fameux cadmium.
05:22Et ça s'explique par leur présence diffuse dans l'environnement depuis très longtemps
05:26et surtout par la consommation régulière d'aliments qui en contiennent, même à petite dose.
05:30Donc on en trouve un peu moins, mais pourquoi est-ce qu'on continue d'en trouver autant ?
05:34Alors ces substances sont généralement à la fois naturelles et liées aux activités humaines.
05:38C'est-à-dire qu'elles sont présentes dans les sols, l'air, l'eau ou d'autres éléments de
05:43notre environnement naturel,
05:44parfois depuis des décennies.
05:46Et on a par-dessus ça l'industrie, l'exploitation minière, l'utilisation de l'engrais
05:50qui peuvent accentuer les concentrations qu'on retrouve.
05:52Donc on a ces produits qui s'accumulent ensuite dans les cultures, puis in fine dans la chaîne alimentaire.
05:57Et c'est pour ça qu'aujourd'hui on considère qu'il serait pratiquement impossible
06:01d'échapper totalement à une exposition à ces produits, même avec une alimentation équilibrée.
06:06Et parmi ces métaux lourds qui sont régulièrement repérés dans nos aliments
06:09et pointés du doigt par l'ANSES, il y a donc le cadmium.
06:14Alors qu'est-ce que c'est ?
06:15Alors le cadmium c'est un très bon exemple parce que c'est un métal lourd
06:18qui est naturellement présent dans la croûte terrestre, donc dans le sol,
06:21mais sa diffusion dans l'environnement qui nous entoure a aussi été amplifiée par les activités humaines,
06:26notamment l'utilisation de certains engrais en agriculture et puis différentes activités industrielles.
06:32Et ce cadmium il est aujourd'hui non seulement présent un peu partout,
06:35mais il est surtout particulièrement surveillé parce qu'il est reconnu comme étant toxique pour l'organisme,
06:40même à faible dose lorsqu'on y est exposé de façon chronique et durable.
06:44Alors concrètement, si on prend le cadmium, comment ce métal lourd se retrouve dans ce que nous mangeons ?
06:49Alors ce cadmium il est présent dans les sols, donc il arrive après dans les racines
06:53et c'est pour ça qu'on le trouve dans de nombreuses cultures qui sortent de terre,
06:56dont les légumes, les céréales, mais aussi le cacao.
06:58Ce cadmium on le retrouve mécaniquement dans de nombreux produits du quotidien qu'on achète,
07:03qu'on mange tous les jours, sans forcément que le consommateur en soit conscient.
07:06Et qu'est-ce qui se passe une fois que ce cadmium se retrouve dans notre corps ?
07:10Alors ce qui est particulièrement vicieux avec ce métal lourd, avec le cadmium,
07:14c'est qu'une fois ingéré ou même inhalé, il est très lentement éliminé par notre organisme,
07:20et donc il peut s'y accumuler pendant très longtemps, principalement dans les reins,
07:24mais aussi dans le foie et les os.
07:26Sa demi-vie, c'est-à-dire la durée à partir de laquelle il perd la moitié de sa capacité
07:31toxique,
07:31en quelque sorte, elle va de 10 à une trentaine d'années,
07:34donc pendant toute cette période, il peut produire des effets pour l'organisme
07:37et c'est vraiment cette accumulation progressive sur une longue durée
07:41qui pose un problème de santé publique important.
07:43Le cadmium est classé dans la catégorie des cancérogènes avérés depuis 1993
07:49par l'Organisation Mondiale de la Santé.
07:52Qu'est-ce que ça veut dire ? Il provoque forcément des cancers ?
07:54Alors c'est pas aussi simple que ça.
07:56Ça veut dire que la communauté scientifique dispose de preuves solides,
07:59donc sur la base de nombreuses études en différents pays, etc.,
08:03de preuves solides de son caractère cancérogène,
08:05c'est-à-dire qu'il a la capacité à provoquer des cancers.
08:08Ça veut pas dire que toute personne qui est exposée au produit va forcément avoir un cancer dans sa vie
08:13parce que le risque, il dépend à la fois de la dose, de la durée d'exposition
08:18et puis évidemment des facteurs de risque individuels.
08:20Et c'est précisément pour cette raison que justement,
08:23les autorités sanitaires et gouvernementales veulent limiter au maximum notre exposition à ce produit.
08:28Et quels sont les autres dangers du cadmium sur la santé ?
08:32Alors le cadmium est aussi connu pour provoquer notamment des atteintes rénales
08:36et une fragilisation des os avec une maladie qui s'appelle l'ostéoporose.
08:40Et ce sont vraiment à la fois pour les reins et pour les os peut-être les deux risques en
08:45termes de santé
08:46les plus marquants, en tout cas sur la base de notre exposition actuelle et des études qui sont connues.
08:52Il est également suspecté, ce métal, d'avoir d'autres effets sur d'autres éléments de notre organisme,
08:57notamment le système cardiovasculaire et la reproduction.
09:00Et enfin, sur un plan purement environnemental, cette fois, le cadmium, on l'a dit,
09:05il contamine directement et durablement les sols et donc il peut perturber les écosystèmes.
09:09Pourquoi ? Pour la même raison que pour l'homme, c'est parce qu'il se dégrade de façon extrêmement
09:13lente.
09:14Et ça ne fait pas si longtemps finalement qu'on parle du cadmium et de ses dangers.
09:19Qu'est-ce qui fait que l'inquiétude monte depuis quelques années ?
09:22Alors il y a eu une première alerte qui a été très médiatisée en juin 2025,
09:26dans laquelle des médecins libéraux avaient tiré la sonnette d'alarme
09:30parce qu'ils avaient observé des niveaux préoccupants chez certains patients.
09:32Ils avaient fait un lien aussi, eux, avec certains cancers.
09:36Et puis on a depuis pris connaissance de rapports d'agences sanitaires officielles
09:40qui montraient que l'exposition de la population était très importante.
09:44Et donc vraiment, tout cela a contribué à médiatiser ce sujet
09:47qui était effectivement un petit peu passé sous les radars,
09:49si on le compare à d'autres comme le glyphosate ces dernières années,
09:52et a suscité, je pense aujourd'hui, un débat public.
09:54Une bombe sanitaire qui altère déjà notre santé après les médecins libéraux,
09:59c'est au tour de l'ANSES d'alerter sur les risques liés au cadmium.
10:03Marie Campistron, le mercredi 25 mars,
10:05donc quelques jours après les résultats de sa grande enquête sur l'alimentation,
10:09l'ANSES publie un nouvel avis sur la surexposition des Français au cadmium,
10:15une situation qu'elle juge préoccupante.
10:17L'agence rappelle aussi que nous sommes plus exposés, nous Français, au cadmium
10:22que nos voisins européens ou qu'aux Etats-Unis par exemple.
10:25Alors il y a une combinaison de facteurs qui expliquent ça.
10:28Déjà il y a la question des sols et la question des produits utilisés.
10:32C'est-à-dire que la France utilise des engrais chimiques
10:35qui vont augmenter le cadmium dans les sols.
10:39Et par ailleurs, certains sols français contiennent, eux, naturellement plus de polluants.
10:44Il y a aussi une question qui est liée au régime alimentaire,
10:48c'est-à-dire qu'on sait que les Français consomment beaucoup de céréales,
10:51beaucoup de pommes de terre, de chocolat,
10:53et ce sont des produits dans lesquels on retrouve le cadmium.
10:56Donc même si la teneur dans chaque aliment reste relativement faible,
11:00la consommation régulière, elle entraîne, elle, une exposition plus importante parce que cumulée.
11:06Quels sont donc les territoires en France qui sont plus contaminés que les autres par le cadmium ?
11:10Alors la contamination des sols au cadmium, elle n'est pas uniforme.
11:14Sur tout le territoire français, il y a des zones qui sont naturellement riches en cadmium,
11:19notamment dans l'Est, donc je pense par exemple à la Champagne, je pense au Jura.
11:23Et il y a des régions où l'activité agricole est plus intense.
11:27Par exemple la région céréalière dans le Nord, il y a aussi le bassin parisien, l'Alsace.
11:32Alors vous l'avez déjà un peu dit, mais concrètement,
11:34dans quel type d'aliments ou de produits l'ANSES a-t-elle détecté le plus de cadmium ?
11:38Alors on le trouve dans des aliments qui sont très consommés,
11:41donc ça peut être les céréales, les biscuits, le pain, le chocolat, les viennoiseries.
11:46Il y a aussi le riz, les produits à base de blé en général et les pommes de terre.
11:51Donc on parle là d'aliments de base qui sont consommés tous les jours
11:54et parmi eux, il y a les produits avec du chocolat, du cacao
11:58qui contiennent plus de cadmium que la moyenne.
12:02Comment on explique ça ?
12:03Le cacao en fait est cultivé surtout en Amérique du Sud,
12:07ça peut être le Pérou, la Colombie par exemple,
12:10et en fait ce qu'on remarque c'est que ce sont des sols
12:12qui sont naturellement plus riches en cadmium.
12:15L'acidité de ces sols rend même parfois le cadmium
12:18plus facilement absorbable par les plantes,
12:20ce qui fait qu'on va avoir une concentration
12:22qui va être plus élevée dans le cacao
12:24et donc le cacao va se retrouver dans des produits
12:27comme on l'a cité plus tôt,
12:29comme les gâteaux, le chocolat, etc.
12:31Et le chocolat a très vite été pointé du doigt
12:34comme un aliment dangereux pour la santé
12:36à cause de sa concentration en cadmium.
12:38Pour autant, Nicolas Béraud, dans l'un de vos articles,
12:41une spécialiste vous explique que ça ne fait pas du chocolat
12:43l'aliment le plus mauvais pour la santé.
12:46Oui, alors on a beaucoup parlé du chocolat aussi
12:48parce que le rapport il est sorti quelques jours
12:50avant le week-end de Pâques,
12:51donc forcément cet aliment a été pointé.
12:54Il faut savoir que le chocolat ne représente que,
12:56entre guillemets, 3% de notre exposition alimentaire totale au cadmium,
12:59donc c'est vraiment très peu et ça s'explique par une raison simple.
13:02C'est que certes, il y a du cadmium de temps,
13:04mais que le chocolat, on n'en mange pas non plus 200 grammes par jour
13:06contrairement à d'autres types à base de céréales.
13:08Et puis le chocolat, il comporte aussi des éléments
13:11plutôt bons pour la santé, des propriétés antioxydantes,
13:14vous savez le petit fameux carré de chocolat noir
13:15qui serait bon pour la santé.
13:17Enfin voilà, il n'y a pas que des choses à jeter dans le chocolat
13:19et donc ce serait dangereux de le considérer
13:22comme l'aliment mauvais par nature,
13:24sous-entendu les autres seraient meilleurs.
13:25Tout dépend vraiment de la quantité et de la fréquence de consommation.
13:29C'est toujours pareil, si on consomme du chocolat avec modération
13:32dans le cadre d'une alimentation équilibrée,
13:35il peut, sans excès évidemment, y trouver sa place.
13:37Et si on décide d'acheter des produits uniquement bio par exemple,
13:41est-ce qu'on se protège d'une surexposition au cadmium ?
13:44Alors pas totalement.
13:46Il y a une petite phrase dans le rapport de l'ANSES
13:47qui a fait beaucoup réagir parce que l'agence a indiqué
13:51que les produits issus de l'agriculture bio étaient, je cite,
13:54potentiellement tout aussi concernés par le cadmium que les autres.
13:58Donc la fédération des agriculteurs bio s'est énervée
14:02en disant que c'était faux
14:03parce que les engrais qui étaient utilisés dans le bio
14:06comportaient moins de cadmium, etc.
14:07Donc les produits seraient moins contaminés
14:10que ceux de l'agriculture conventionnelle.
14:11En fait, ce que veut dire l'ANSES,
14:13qui ne veut pas du tout opposer un type de culture à un autre,
14:15c'est qu'il peut y avoir des sols
14:17qui sont imprégnés de cadmium
14:19et si jamais on décide de faire des parcelles de culture bio sur ces sols,
14:22on aura beau mettre des engrais très clean,
14:24il y aura quand même au final des produits
14:26qui pourront comporter du cadmium.
14:28Donc c'est pour ça que le bio n'est pas une garantie à 100%,
14:30mais il semblerait quand même que ce soit moins risqué
14:33de ce point de vue-là de consommer des aliments bio.
14:36On en vient à ce reportage que j'évoquais en début d'épisode.
14:39Marie Campistron, vous vous rendez dans un supermarché
14:42dans le 19e arrondissement de Paris
14:44pour savoir comment les consommateurs réagissent
14:47à ces nouvelles mises en garde autour du cadmium.
14:50Que vous disent celles et ceux que vous croisez ?
14:52Est-ce qu'ils font plus attention à ce qu'ils achètent ?
14:55Alors, ceux que j'ai croisés, on en a entendu parler,
14:57c'est des personnes qui faisaient déjà des efforts.
15:00C'est-à-dire qu'en surveillant par exemple le taux de sucre,
15:03en sélectionnant quand c'est possible des produits bio,
15:06en privilégiant le fait maison.
15:08Là, le cadmium, c'est une contrainte qui se rajoute encore pour eux.
15:12C'est-à-dire que là, j'ai vu par exemple des mères de famille
15:16qui me disaient, j'en ai entendu parler
15:18et je suis en train de réfléchir,
15:19peut-être que je vais limiter le chocolat pour ma fille.
15:23Là, on parlait plutôt de limiter un aliment
15:26plutôt que de le supprimer.
15:27Et vous croisez une mère de famille qui s'appelle Sophie
15:30et qui vous parle d'un effet d'accumulation,
15:32ce sont ses mots.
15:33Qu'est-ce qu'elle entend par là ?
15:34En fait, il y a un sentiment un peu de lassitude.
15:37Le cadmium se rajoute à d'autres polluants
15:39qu'on connaissait déjà.
15:41Et voilà, aujourd'hui, on a une quantité d'informations
15:43sur la qualité de notre alimentation,
15:45ce qui est une chance au final,
15:46parce que ça nous donne plus de pouvoir en tant que consommateur
15:48pour décider ce qu'on veut ou ce qu'on ne veut pas pour sa santé.
15:51Mais ça peut aussi complexifier un peu la tâche des parents.
15:55C'est-à-dire qu'il y a une mère, par exemple, qui m'a dit
15:58je ne sais plus vraiment quoi mettre dans l'assiette
16:00pour être sûre de ne pas faire du mal,
16:03empoisonner mon enfant.
16:04Vous recueillez aussi le témoignage de Mylène,
16:07qui est mère d'une petite fille.
16:08Elle habite dans le nord de la France
16:10et elle est bien embêtée puisque,
16:12comme de nombreux parents,
16:13elle a du mal à faire manger à sa fille
16:14des aliments moins riches en cadmium.
16:17Racontez-nous ça.
16:18Oui, alors en fait, c'est une vraie question
16:19pour des parents qui ont déjà des difficultés
16:21à nourrir leurs enfants.
16:22On sait qu'il y a un âge où c'est plus ou moins évident que d'autres
16:25et ça peut compliquer les choses dans certaines familles.
16:28Dans le cas de Mylène,
16:29sa fille a un retard de croissance.
16:31C'est-à-dire qu'elle a déjà une alimentation
16:32qui est très surveillée
16:34et qui oblige à faire certains choix.
16:36C'est-à-dire que cette mère,
16:37elle ne veut pas mettre sa fille en danger
16:39en la privant de certains aliments.
16:40Donc là, il s'agissait des pommes de terre
16:42qui sont nécessaires à son développement,
16:44à sa bonne santé.
16:45Mais voilà, se pose la question du cadmium.
16:47C'est-à-dire qu'elle se demandait
16:48est-ce qu'au final,
16:50je vais retirer les pommes de terre
16:51parce qu'elles sont contaminées au cadmium,
16:53mais en faisant ça,
16:54est-ce que je ne vais pas la priver quand même
16:56de bons nutriments
16:57qui sont nécessaires à sa santé ?
16:58Donc voilà, la question,
16:59elle se pose peut-être
17:01de façon plus préoccupante
17:02dans certaines familles.
17:04Nicolas Béraud, en résumé,
17:05qu'est-ce qui est recommandé
17:06pour être moins exposé au cadmium
17:08dans notre alimentation quotidienne ?
17:10Il faut arrêter de manger des pâtes,
17:12des biscuits, du pain, etc. ?
17:14Alors non, il ne s'agit pas
17:15de bannir tel ou tel aliment
17:17du jour au lendemain.
17:18La principale recommandation
17:20des autorités sanitaires
17:21qui fait consensus,
17:22c'est de varier son alimentation
17:24le plus possible
17:24pour limiter justement
17:25les effets d'accumulation,
17:27diversifier les sources de céréales,
17:29équilibrer des repas,
17:30modérer la consommation
17:32de produits très contaminés.
17:33Ça permet de réduire
17:34l'exposition au cadmium
17:36et c'est aussi bon
17:36pour la santé de façon générale.
17:38Et puis, il ne faut surtout pas oublier
17:39que pour les personnes qui fument,
17:41le tabac constitue une source
17:42très importante
17:43d'exposition au cadmium,
17:45potentiellement même plus importante
17:46que ce qu'ils mangent.
17:47Et donc, arrêter de fumer
17:49ou à minima réduire
17:50le nombre de cigarettes
17:50qu'on fume chaque jour
17:51est aussi une façon
17:52pour les fumeurs
17:53de réduire vraiment considérablement
17:55leur exposition au cadmium
17:56au-delà de tous les effets bénéfiques
17:58pour la santé
17:58qu'on connaît sur certains cancers
18:00liés à la combustion
18:02de la fumée.
18:03En préparant ce sujet,
18:04j'ai lu beaucoup d'articles
18:05qui mentionnaient
18:06les céréales au chocolat
18:07du petit déjeuner.
18:08Elles sont riches en cadmium
18:10puisqu'elles sont à la fois
18:11faites de blé
18:12et de cacao.
18:14Pour ceux qui en mangent
18:15tous les matins,
18:16Nicolas Béraud,
18:16est-ce qu'ils doivent changer
18:18cette routine ?
18:19Il n'y a pas d'obligation,
18:20ça dépend aussi
18:20de ce qu'on mange à côté.
18:21Si vous prenez des céréales au chocolat
18:23avec un jus de fruits
18:23et un produit laitier,
18:24ce n'est pas la même chose
18:25que si vous prenez
18:26des céréales au chocolat
18:27avec à côté un pain au chocolat.
18:28Vous voyez,
18:28ça dépend vraiment
18:29de l'alimentation globale
18:31sur l'ensemble de la journée
18:32dans laquelle ça s'inscrit.
18:33Pour autant,
18:33Marie Campistron,
18:34en travaillant sur ce sujet,
18:36des spécialistes
18:36vous ont rappelé
18:37que manger équilibré,
18:38ce n'est pas forcément
18:39à la portée de tout le monde.
18:40On sait aujourd'hui
18:41qu'il y a de grosses inégalités sociales
18:44au niveau de l'alimentation
18:45selon les milieux.
18:46Bien manger,
18:47ce n'est pas qu'une question
18:48de volonté individuelle.
18:49On sait que pour les budgets serrés,
18:51manger équilibré,
18:51ça devient plus difficile.
18:52Je pense notamment
18:53aux produits ultra transformés
18:55qui sont moins coûteux,
18:56plus pratiques,
18:57comme les boîtes de conserve
18:58ou les plats
18:59qui sont déjà préparés.
19:00Par ailleurs,
19:01il y a des familles
19:01qui peuvent avoir
19:02des contraintes aussi
19:02de temps,
19:03de disponibilité.
19:05Les populations les plus modestes,
19:06on sait qu'elles ont
19:07plus de difficultés
19:08à suivre les recommandations
19:09nutritionnelles.
19:10Et d'ailleurs,
19:10ça se traduit déjà
19:11par des différences de santé.
19:13Je pense au taux d'obésité,
19:15par exemple,
19:15au diabète,
19:16qui est plus important
19:17chez les populations
19:18en situation de précarité.
19:20Donc à terme,
19:21ce que me disait
19:21une chercheuse,
19:22c'est qu'il y a un risque
19:23qu'avec ce polluant,
19:25on voit les inégalités sociales
19:26accroître
19:27chez les enfants
19:28entre ceux
19:29qui pourront
19:30contourner ces contaminations
19:32et d'autres
19:33qui ne pourront pas.
19:33En gros,
19:34ceux qui vont manger
19:35du cadmium
19:36et ceux qui vont pouvoir
19:37l'éviter.
19:38Nicolas Béraud,
19:39au-delà des comportements
19:40individuels,
19:41l'ANSES appelle aussi
19:42à des changements
19:43au niveau politique
19:44pour faire baisser
19:45le niveau de cadmium
19:46dans les sols.
19:48Lesquels exactement ?
19:49Et où est-ce qu'on en est
19:50à ce stade ?
19:50Alors effectivement,
19:51les consommateurs,
19:52ils ont un rôle à jouer
19:53comme on l'a dit,
19:54mais la responsabilité
19:55ne peut évidemment
19:56pas reposer que sur eux
19:57et c'est pour ça
19:58que l'ANSES,
19:59cette agence nationale,
20:00recommande notamment
20:01de réduire
20:02la teneur en cadmium
20:03des engrais
20:04qui sont utilisés
20:05en agriculture
20:06parce que ça constitue
20:07toujours aujourd'hui
20:07l'une des principales
20:09sources de contamination
20:10des sols.
20:11Donc il faudrait
20:11que les politiques
20:12s'en emparent
20:12pour potentiellement
20:13renforcer les normes
20:14à l'échelle européenne,
20:16intensifier les contrôles.
20:17Il y a des discussions
20:18qui sont en cours
20:19mais comme toujours
20:20quand on parle
20:21de produits utilisés
20:22en agriculture,
20:23ça implique
20:24des enjeux économiques
20:25notamment,
20:26de pratiques
20:26qui sont très importants.
20:28C'est pour ça
20:28que ça prend du temps
20:29mais il faudrait déjà
20:30qu'il y ait
20:30une sorte d'impulsion politique
20:32pour porter ces sujets
20:33et beaucoup d'associations
20:34estiment que pour l'instant
20:35le contenit pas.
20:40Merci à Marie Campistron
20:42et Nicolas Béraud.
20:43Cet épisode de Code Source
20:44a été produit par Clara Garnier-Amourou
20:46et réalisé par Julien Moncouquiole.
20:49Code Source,
20:50c'est le podcast quotidien
20:51d'actualité du Parisien.
20:52Nous publions un nouvel épisode
20:54chaque soir de la semaine
20:55du lundi au vendredi
20:57et puis le samedi,
20:58on vous propose Crime Story,
21:00notre podcast consacré
21:01aux affaires criminelles
21:02avec Claudia Prolongeau
21:04et Damien Delsenis,
21:05le chef du service
21:06Police Justice du Parisien.
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