Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 7 minutes
Emmanuel Chiva, PDG de l'Onera, était l'invité de Laure Closier dans Good Morning Business, ce mercredi 8 avril. Ils ont parlé des missions de l'Onera, qui exerce dans la recherche appliquée pour le secteur de la défense, du spatial et de l'aviation civile, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:00Notre invité c'est Emmanuel Kiva, bonjour, vous êtes désormais PDG de l'ONERA, vous êtes ancien délégué général pour
00:06l'armement,
00:06vous avez été directeur de l'agence de l'innovation de défense, vous avez dirigé une dizaine de start-up
00:12dans le domaine de l'IA.
00:13Je disais que vous êtes un peu le plus geek de l'armée, on aurait pu vous mettre un peu
00:17dans la case French Tech, ça vous a toujours passionné l'innovation, ça a toujours été votre truc ?
00:22C'est au cœur de mon parcours, de mes préoccupations et j'assume le fait d'être un peu geek,
00:26oui effectivement.
00:27L'ONERA, avant de suivre votre carrière, on n'avait quasiment jamais entendu parler de cette structure qui a l
00:34'air franchement passionnante
00:35parce que ça s'occupe de la coordination de la recherche aéronautique et spatiale en France, c'est un organe
00:41où il n'y a quasiment que des scientifiques, 2200 salariés.
00:44Vous faites des tests pour le spatial, pour l'industrie, des tests grandeur nature, racontez-nous, c'est quoi votre
00:51job au quotidien ?
00:53Je viens de le prendre, j'ai été nommé le 18 mars en Conseil des ministres, mais l'ONERA c
00:58'est une institution que j'ai toujours admirée,
00:59quand j'étais à l'Agence de l'Innovation de Défense, quand j'étais également délégué.
01:04Il faut savoir que l'ONERA c'est un organisme qui est sous la tutelle exclusive du ministère des Armées,
01:09et d'ailleurs de l'Agence de l'Innovation de Défense, qui est un petit retour d'histoire que je
01:12trouve assez amusant.
01:13L'ONERA c'est l'Office National d'Études et des Recherches en Aérospatial,
01:16et c'est une institution qui a 80 ans, cette année elle a été créée en 46,
01:22effectivement autour de l'idée de développer la recherche appliquée pour les secteurs de la défense,
01:27pour les secteurs du spatial et pour l'aviation civile.
01:31Donc c'est pas exclusivement militaire malgré la tutelle.
01:34Et c'est une institution qui a 8 sites en France, avec des sites parfois extraordinaires,
01:39je pense aux Grandes Souffleries à Modane, qu'on appelle la cathédrale des vents,
01:42et qui nous permettent de travailler notamment à construire des feuilles de route avec nos industriels
01:47pour développer l'aviation du futur, l'armement ou le spatial.
01:50Mais c'est-à-dire que l'État dit qu'il y a des grands dossiers sur lesquels il faut
01:54qu'on avance,
01:55dans l'aviation, dans le spatial, elle vous dit vous allez tester des technologies,
01:59et après vous les vendez aux industriels, ça marche comment ?
02:02Alors on a plusieurs manières de travailler avec les industriels,
02:05on a effectivement des recherches partenariales qu'on peut faire avec différents industriels,
02:09et c'est le cas avec nos plus grands industriels, je pense à MBDA, je pense à Safran,
02:12Airbus, Dassault Aviation, qui sont naturellement les partenaires de l'ONERA.
02:17Il y a un volet également, transfert de technologies et transfert de licences.
02:22On doit avoir une centaine d'accords de licences, on a 1200 brevets,
02:27on a 400 logiciels, 400 enveloppes solos,
02:29donc il y a cette partie propriété intellectuelle,
02:32et également pour aller jusqu'au transfert de technologies,
02:34c'est d'ailleurs, je pense l'un des enjeux actuels de l'ONERA,
02:38c'est de transférer rapidement les technologies dont on voit qu'elles doivent être développées
02:43pour la crédibilité notamment de notre effort de défense.
02:46Mais par exemple, vous testez quoi ?
02:48Alors on teste par exemple des maquettes, des maquettes d'armement,
02:51je vous donne un exemple tout bête,
02:52c'est, vous savez, un missile qui doit être lancé à partir d'un avion de combat,
02:56puisqu'on est quand même dans une thématique assez belliqueuse aujourd'hui,
02:59et bien ce missile, quand vous le libérez,
03:03il ne faudrait pas qu'il revienne par des effets aérodynamiques
03:06à aller percuter l'avion qui vient de le lâcher.
03:08Et pour ça, les maths ne suffisent pas.
03:10Donc on a une espèce de triptyque,
03:11on modélise, on simule, mais surtout on fait de l'expérimentation
03:15qui vient derrière renourrir la modélisation,
03:17parce qu'il y a des choses qui échappent aux mathématiques,
03:19il y a des choses qu'on ne peut observer qu'en tant que phénomène physique.
03:23Et c'est pour ça qu'on a besoin de souffleries,
03:25on en a besoin pour développer de nouveaux types de propulsions,
03:27je pense notamment à ce qu'on appelle des hyper-statoréacteurs.
03:30Alors je sais qu'on est tôt le matin,
03:32donc je ne vais pas entrer dans les détails.
03:33Non mais ça sert à quoi ?
03:34Alors ça sert à quoi ?
03:35Les statoréacteurs, ce sont des réacteurs qui s'allument
03:37lorsque l'air atteint une certaine vitesse à l'intérieur,
03:40il n'y a pas de turbine.
03:43Et hyper-statoréacteurs, ça veut dire que l'air se déplace
03:46à l'intérieur du réacteur de manière supérieure à la vitesse du son,
03:49et c'est nécessaire pour faire par exemple des missiles hyper-véloces ou hypersoniques.
03:52Et après, quand je suis l'industriel, je dis que ça a été validé par l'ONERA,
03:57c'est une sorte de tampon ?
03:58C'est non seulement un tampon, mais l'excellence scientifique et technique
04:02des personnels de l'ONERA est reconnue partout dans le monde.
04:05Et c'est justement ça qui nous différencie par exemple d'une société
04:08qui développerait une soufflerie et mettrait des prestations de conseil,
04:11c'est que derrière on a des scientifiques.
04:13Et que donc lorsqu'on est capable de simuler et d'expérimenter,
04:17on confirme ce qu'on a obtenu en simulation,
04:19et on a effectivement, comme vous le dites,
04:21un tampon de crédibilité vis-à-vis de l'ensemble de la communauté.
04:24Mais donc on peut dire que dans les développements de Thales, d'MBDA,
04:28derrière, il y a toujours un peu l'ONERA ?
04:30Souvent, oui. Absolument.
04:32C'est comme ça que ça fonctionne.
04:32Vous coordonnez aussi la stratégie robotique du plan France 2030.
04:37Qu'est-ce qu'il y a comme innovation dans les tuyaux intéressantes ?
04:41On travaille beaucoup dans tous les domaines de l'autonomie,
04:45notamment des capteurs.
04:47Comment naviguer ?
04:48Je vous donne un exemple tout bain,
04:49mais comment naviguer ?
04:50Alors on parle de robots, on parle de drones aussi.
04:52Naviguer dans un environnement où on doit être discret,
04:55c'est-à-dire naviguer sans émettre soit de signaux de type GPS,
05:00soit de signaux actifs radar.
05:04On va essayer de comprendre l'environnement électromagnétique,
05:07de s'en servir pour naviguer de la manière la plus discrète possible.
05:10C'est juste un exemple, mais ça vous donne la complexité du type de défi auquel nous sommes confrontés.
05:15– Actifs aussi dans le spatial avec deux nanosatellites qui ont été mis en orbite.
05:18– Oui, c'était mon cadeau d'arrivée ça.
05:20Je suis arrivé et une semaine après, on lançait Flylab,
05:24qui est un projet interne pour le coup à l'ONERA.
05:26Vous avez deux nanosatellites qui sont aujourd'hui en orbite.
05:30L'un est porteur d'une charge utile optronique, l'autre d'une charge radar.
05:35C'est un espèce de laboratoire volant pour expérimenter des capteurs en environnement réel.
05:39Donc on est en orbite basse, on n'est pas en orbite géostationnaire,
05:42donc c'est dans l'ordre de 400 km,
05:43mais c'est déjà quelque chose de tout à fait unique.
05:46– Je sais que vous n'allez pas me commenter l'actualité sur le plan militaire ou géopolitique,
05:51mais là, ce matin dans l'actualité, on a ce cessez-le-feu annoncé par Donald Trump.
05:56Il y a les marchés financiers qui disent plutôt,
05:58bon ben aujourd'hui c'est la paix, on attend des ouvertures dans le vert.
06:01On a cette loi de programmation militaire qui doit être discutée aujourd'hui en Conseil des ministres.
06:07Comment vous regardez quand Donald Trump parle ?
06:09Comment on s'adapte dans l'opinion publique ?
06:12Comment vous vous situez au milieu de tout ça ?
06:14– Alors encore une fois, moi je ne suis pas le meilleur commentateur de géopolitique,
06:18néanmoins par mes fonctions précédentes et mes fonctions actuelles,
06:20évidemment on est très attentif à ce qui est en train de se passer.
06:23En vérité, le vrai défi c'est quoi ?
06:24C'est que nous avons aujourd'hui une simultanéité des crises,
06:29et les crises non seulement s'accumulent, mais se superposent.
06:33Et donc on est confronté vraiment au défi du très court terme.
06:38Comment augmenter l'efficacité des munitions,
06:41comment aller rattraper, si tant est qu'il faille rattraper,
06:45parce qu'on a quand même fait beaucoup de choses depuis 2022,
06:47le retard sur les drones, etc.
06:48Et en même temps, et on le voit bien dans toute la rhétorique
06:52et la grammaire nucléaire qui recommence à apparaître,
06:54comment avoir une défense crédible dans 10, 20, 30 ans sans être déclassé.
06:58Et ça veut donc dire qu'il faut à la fois accélérer l'effort d'agilité
07:02qu'on a vis-à-vis de nos forces, de nos clients,
07:06en disant, la science, ça ne doit pas prendre 30 ans systématiquement,
07:11ça peut le prendre, mais pas 30 ans systématiquement
07:13pour être intégré dans les solutions opérationnelles.
07:16Et en même temps, si on veut renouveler les deux composantes
07:20de notre dissuasion nucléaire, donc composantes aéroportées,
07:23le missile, la SN4G, et puis composantes océaniques tirées des sous-marins,
07:27le missile M51,
07:28ça ne se fait pas en un an, ça se fait en 20 ans, 30 ans.
07:32Et donc on est obligé d'avoir aussi des recherches
07:34qui sont utiles pour ne pas être déclassées dans 30 ans.
07:38Et c'est ça la difficulté qu'on a aujourd'hui,
07:39avec aussi une opportunité qui est que les sujets de défense
07:42sont des sujets prégnants, et que donc vous avez vu
07:44qu'on a une nouvelle loi de programmation,
07:46enfin un complément à la loi de programmation militaire.
07:48Pour des munitions notamment.
07:50Notamment pour des munitions, pour du spatial, pour de la cyber,
07:52enfin le premier ministre s'était exprimé sur ces points-là.
07:57Le danger c'est qu'on dise, tiens la guerre est finie,
07:59bah finalement on va ralentir tout ça parce que ça coûte beaucoup d'argent.
08:03Ça coûte beaucoup d'argent, mais c'est quand même la sécurité des Français.
08:06Le NERA il prend toute sa part, justement en étant crédible sur le long terme
08:10pour nous assurer le non-déclassement.
08:12Merci beaucoup Emile Kiva d'être venu ce matin dans la matinale de l'économie.
Commentaires

Recommandations