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  • il y a 18 minutes
Charles Wolf, président d'Initiative Pharma et directeur France de Sanofi, était l'invité de Laure Closier dans Good Morning Business, ce vendredi 3 avril. Il est revenu sur la création d’un nouveau syndicat, baptisé Initiative Pharma, lancé par sept leaders de l’industrie pharmaceutique en France, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:007h45 sur BFM Business et sur AMC Live. Notre invité ce matin c'est Charles Wolff.
00:04Bonjour, vous êtes président d'Initiative Pharma, vous êtes directeur France de Sanofi.
00:09Vous êtes 7 leaders de l'industrie pharmaceutique en France.
00:12Il y a Gerbeil, il y a Ibsen, il y a Prerpharm, il y a Servier entre autres.
00:16Avoir officialisé la création d'un nouveau syndicat.
00:19Donc ça s'appelle Initiative Pharma.
00:21Vous connaissez déjà le LEM qu'on reçoit régulièrement.
00:24Qu'est-ce que ça va changer ? Est-ce qu'il fallait créer un nouveau syndicat
00:27pour changer les choses sur le médicament en France ?
00:29Alors déjà on est neuf.
00:30Vous avez été rejoint par deux filiales étrangères en France.
00:33On a été déjà rejoint par deux labos.
00:35Alors CERM qui est un labo français et Chiesi qui est un labo italien.
00:40Et alors oui, on a besoin de changer la donne.
00:43Qu'est-ce qui se passe dans notre secteur ?
00:44Alors le secteur de la santé, de l'industrie pharma, c'est un secteur du temps très long.
00:50Développer une nouvelle molécule, c'est une dizaine d'années.
00:52C'est des milliards d'euros d'investissement.
00:54Et du coup c'est un secteur sur lequel il y a vraiment des acteurs extrêmement différents.
00:59Vous avez des acteurs qui font des produits génériques en Inde et en Chine.
01:03Vous avez des acteurs qui font des produits matures depuis la France, depuis l'Europe.
01:07Vous avez des acteurs qui innovent et produisent ailleurs et qui ensuite importent en France.
01:11Et vous avez des acteurs centraux qui produisent, investissent, développent des nouvelles molécules
01:17et des nouveaux vaccins depuis la France.
01:19C'est la voie singulière qu'on porte.
01:22Et c'est une voie...
01:23Donc ça ne pouvait pas être porté par le LEM.
01:24C'est-à-dire qu'à un moment donné, il fallait un syndicat, si je résume, de ceux qui veulent
01:29innover en France,
01:30produire en France.
01:31Et c'est cela que vous avez regroupé.
01:33Oui, déjà, ce qu'il faut rappeler à vos auditeurs, c'est qu'il y a plein d'autres secteurs
01:39qui sont représentés par plusieurs syndicats professionnels, qui répondent à des besoins différents.
01:45Nous, on était noyés dans la masse.
01:47On avait besoin de faire porter cette voie forte et singulière dans un contexte d'évolution
01:52de notre industrie au niveau global.
01:54Ce qu'il faut rappeler, quand même, c'est que 9% des médicaments nouveaux approuvés en Europe
01:59sont seulement fabriqués en France.
02:01Ça ne fait pas beaucoup.
02:0240% des médicaments autorisés au niveau européen sont indisponibles en France.
02:07C'est quand même une situation d'alerte.
02:09Il faut que les Français comprennent qu'il y a des choses auxquelles ils n'ont pas accès
02:12à cause, notamment, de la manière dont fonctionne le prix du médicament en France.
02:16On a, effectivement, en France des mécanismes d'accès au marché qui sont beaucoup plus lents qu'ailleurs.
02:23C'est dans ce contexte-là que nous, Initiatives Pharma, on veut faire porter une voie très
02:27spécifique là-dessus.
02:28Aujourd'hui, un industriel français, le chercheur français de nos entreprises, quand il a réussi
02:34à passer toutes les étapes cliniques, en Allemagne, il va être capable de mettre à
02:40disposition des patients sa molécule en 50 jours.
02:44En France, on est sur plus d'un an et demi.
02:47Ça, c'est des choses qui sont, d'un point de vue, je dirais, patients en termes d'impact,
02:51franchement pas acceptables, et d'un point de vue signal de compétitivité, pas bon
02:55pour nous.
02:56Ça fait partie des mesures qu'on veut proposer, d'avoir un accès beaucoup plus rapide pour
02:59ces molécules-là.
03:00Ça, je l'ai entendu, mais cent fois dans la bouche du LEM.
03:04C'est aussi un discours qu'ils ont et qu'ils portent.
03:07Donc, est-ce qu'il faut aussi changer de méthode dans la manière dont vous allez procéder
03:11pour être entendu ?
03:12Oui, je pense qu'il faut avoir une approche.
03:15Vous savez, effectivement, on propose une refondation.
03:19Quelque part, on renverse la table.
03:21Mais cette refondation, elle est aussi sur la façon d'opérer.
03:25Nous sommes convaincus que, sans innovation et souveraineté ensemble, on n'est pas
03:31capable d'assurer la pérennité de notre secteur sur le long terme, sur notre continent
03:35français et européen.
03:37Pour faire ça, on va être absolument sans compromis sur l'innovation et sur la souveraineté
03:42dans les négociations.
03:43Pourquoi ? Parce que ces deux piliers-là sont absolument essentiels au long terme pour
03:48l'accès à des médicaments innovants pour les patients français et européens.
03:52Mais tout ça à la fin…
03:53Mais, juste pour finir, toujours être force de proposition.
03:57Nous sommes des industriels.
03:58On est là pour agir, on est là pour construire.
04:01Donc, on sera force de proposition avec les autorités.
04:03Mais la proposition majeure, c'est l'augmentation du prix du médicament.
04:05Non, il y a encore eu des sorties.
04:07Là, il y a l'allemand Bayer qui a pris position en faveur de l'augmentation du médicament.
04:11C'était déjà le cas de Pfizer, d'AstraZeneca.
04:13Tout va quand même dans ce sens-là, non ?
04:15Alors, vous pointez deux réalités.
04:19Une première réalité qui est, quel est le bon prix d'un médicament ?
04:24Une deuxième réalité, la chaîne de valeur du médicament.
04:27Quel est le bon prix du médicament ?
04:29Vous avez trois impératifs.
04:30L'accès aux patients.
04:32Et on sait qu'en France, on a une situation très particulière avec un accès très large.
04:36La deuxième chose, c'est une soutenabilité pour le système de santé, qu'on soit capable de le financer.
04:41Et la troisième chose, c'est la soutenabilité pour les industriels.
04:46Être capable d'avoir une valeur créée par cette innovation, reconnue, qui permet ensuite de réinvestir dans les nouvelles molécules.
04:53Si vous n'avez pas ces trois impératifs, ça ne fonctionne pas.
04:57Et quand vous avez de la souveraineté avec cette innovation, le troisième pilier de soutenabilité pour l'industriel aussi permet
05:07d'améliorer la soutenabilité pour le système de santé.
05:09Le deuxième élément, c'est la chaîne de valeur.
05:13Bien sûr, vous faites référence à ce qui s'est passé aux Etats-Unis, les annonces, etc.
05:16Qui ne sont pas nouvelles de l'année dernière.
05:18Le fait que les Etats-Unis accusent l'Europe de faire financer aux Américains l'innovation dans la santé.
05:25Mais ça, ça a démarré avant aux Etats-Unis.
05:28Surtout, quelle est la situation au niveau mondial ?
05:30Une population qui vieillit, une démographie, une courbe de l'âge qui va vers le haut.
05:36Dans ce cadre-là, tous les pays cherchent à gérer cette situation et cherchent à avoir cette souveraineté.
05:42C'est ce que veulent faire la Chine, ce que veulent faire les Etats-Unis.
05:46C'est ce que doit faire l'Europe.
05:49Et donc en augmentant le prix, vous êtes d'accord là-dessus ?
05:53Je pense qu'il y a un certain nombre de prix.
05:55Le prix doit être le juste prix pour que les industriels soient soutenables.
05:58Mais le juste prix, il est trop bas aujourd'hui.
06:00En France, si vous regardez en moyenne, oui, les prix sont trop bas.
06:04Le point qui est très important à souligner, c'est que quand vous avez de la souveraineté,
06:09c'est-à-dire de l'innovation, de l'investissement, de la production sur votre territoire,
06:13vous êtes capable de beaucoup mieux nourrir la capacité de financement de votre système de santé.
06:19Quel retour vous avez aujourd'hui de la part des pouvoirs publics ?
06:22La souveraineté, c'est porteur.
06:24Oui.
06:24On en a besoin.
06:25Parfois, on ne la met pas sur les bonnes choses.
06:26Sur le sujet de l'Iprane, on considérait que c'était fondamental sur la question de la souveraineté.
06:30Bon, ça peut se discuter.
06:32On peut discuter de...
06:34Enfin, c'est aux autorités de décider sur quel axe stratégique la souveraineté doit se porter.
06:39C'est évident.
06:40On parle tout le temps de la souveraineté sur l'énergie, sur la défense, sur la santé.
06:45Ça me paraît clé.
06:45Et le modèle européen de santé est très, très particulier.
06:49Et donc, je pense que dans ce cadre-là, la France et l'Europe doivent se réveiller.
06:54Donc, vous avez trois propositions.
06:56Je les reprends.
06:57La structure du prix du médicament qui pourrait être revue.
07:01Une enveloppe budgétaire nationale dédiée à l'innovation.
07:04Et une loi de programmation en santé sur une période de cinq ans.
07:09Là, concrètement, c'est quoi ?
07:11Concrètement, aujourd'hui, vous avez une loi budgétaire à de mêle d'achat de la sécurité sociale en général,
07:20dans laquelle sont noyés tous les médicaments.
07:22Si vous voulez recréer un cercle vert dans une industrie qui a des cycles de recherche et de développement de
07:27dix ans,
07:28il faudrait de la perspective.
07:30Donc, il faut réunir le ministère de la Recherche, le ministère de l'Industrie, le ministère de la Santé, le
07:35ministère du Budget
07:35pour définir un plan stratégique à au moins cinq ans pour pouvoir se projeter ensemble.
07:40Et là, les autorités pourront faire des choix stratégiques sur quelles sont les molécules,
07:45quelles sont les technologies qui leur paraissent absolument nécessaires en termes de souveraineté
07:49et celles qui ne le sont pas.
07:50Les industriels prennent leurs décisions.
07:52Quel bilan vous faites d'un an de Trump ?
07:54Là, on est au un an du Liberation Day avec les mouvements sur les droits de douane,
07:58avec ces menaces de la part de Donald Trump.
08:00Vous venez produire du côté américain, sinon on augmente très fort les droits de douane.
08:05Quel bilan vous en faites au bout d'un an ?
08:07Moi, j'en crée...
08:08Pour moi, ce que font les États-Unis,
08:11peu importe de la façon dont ils font avec l'administration Trump depuis un an,
08:15et encore une fois, c'est comme sur le médicament, c'est les choses qu'on démarrait avant,
08:19c'est concrètement que veut faire l'Europe
08:22pour créer un cercle vertueux pour nos industries, pour nos économies.
08:25C'est ça la question.
08:27Ce n'est pas ce que font les États-Unis, pas ce que font la Chine.
08:29C'est que fait l'Europe dans ce monde-là pour se développer,
08:33pour pouvoir développer un système particulier économique et social.
08:38Sinon, on n'y arrivera pas.
08:39Donc, il faut vraiment un réveil de l'Europe.
08:41C'est le rapport Draghi qui a été fait,
08:43c'est les grandes annonces qui se sont faites.
08:45Maintenant, il faut que les annonces se transforment en actions.
08:48Avec l'intelligence artificielle,
08:50on reçoit régulièrement ici des startups avec des innovations absolument dingues,
08:54de calculs sur des médicaments, des anciens,
08:56dont on regarde si on peut les remettre sur d'autres maladies.
09:01Ça bouleverse complètement la recherche.
09:03Est-ce que vous pensez que là, justement,
09:04on va pouvoir avoir un impact fort sur les coûts,
09:07sur la manière dont on construit les médicaments ?
09:09Il est certain que l'intelligence artificielle
09:12permet dès aujourd'hui d'accélérer le développement de nouvelles molécules.
09:17Nos laboratoires, un certain nombre de laboratoires,
09:19et celui dont je dirige pour la France, Sanofi,
09:22on travaille avec de l'intelligence artificielle
09:25sur toutes nos nouvelles technologies de RNA.
09:27Et ça nous permet d'aller beaucoup, beaucoup plus vite.
09:29J'étais à Vitry il y a quelques mois.
09:31On passe d'un temps de test d'une molécule sur la partie in vivo
09:36à, effectivement, de l'intelligence artificielle.
09:38On réduit les temps par 10, par 15.
09:40On peut aller plus vite pour trouver des solutions,
09:42plus vite pour des patients qui sont malades et les soignés.
09:44Merci beaucoup, Charles Wolf.
09:46Vous êtes venu ce matin dans la matinale de l'économie.
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