00:007h45 sur BFM Business et sur AMC Live. Notre invité ce matin c'est Charles Wolff.
00:04Bonjour, vous êtes président d'Initiative Pharma, vous êtes directeur France de Sanofi.
00:09Vous êtes 7 leaders de l'industrie pharmaceutique en France.
00:12Il y a Gerbeil, il y a Ibsen, il y a Prerpharm, il y a Servier entre autres.
00:16Avoir officialisé la création d'un nouveau syndicat.
00:19Donc ça s'appelle Initiative Pharma.
00:21Vous connaissez déjà le LEM qu'on reçoit régulièrement.
00:24Qu'est-ce que ça va changer ? Est-ce qu'il fallait créer un nouveau syndicat
00:27pour changer les choses sur le médicament en France ?
00:29Alors déjà on est neuf.
00:30Vous avez été rejoint par deux filiales étrangères en France.
00:33On a été déjà rejoint par deux labos.
00:35Alors CERM qui est un labo français et Chiesi qui est un labo italien.
00:40Et alors oui, on a besoin de changer la donne.
00:43Qu'est-ce qui se passe dans notre secteur ?
00:44Alors le secteur de la santé, de l'industrie pharma, c'est un secteur du temps très long.
00:50Développer une nouvelle molécule, c'est une dizaine d'années.
00:52C'est des milliards d'euros d'investissement.
00:54Et du coup c'est un secteur sur lequel il y a vraiment des acteurs extrêmement différents.
00:59Vous avez des acteurs qui font des produits génériques en Inde et en Chine.
01:03Vous avez des acteurs qui font des produits matures depuis la France, depuis l'Europe.
01:07Vous avez des acteurs qui innovent et produisent ailleurs et qui ensuite importent en France.
01:11Et vous avez des acteurs centraux qui produisent, investissent, développent des nouvelles molécules
01:17et des nouveaux vaccins depuis la France.
01:19C'est la voie singulière qu'on porte.
01:22Et c'est une voie...
01:23Donc ça ne pouvait pas être porté par le LEM.
01:24C'est-à-dire qu'à un moment donné, il fallait un syndicat, si je résume, de ceux qui veulent
01:29innover en France,
01:30produire en France.
01:31Et c'est cela que vous avez regroupé.
01:33Oui, déjà, ce qu'il faut rappeler à vos auditeurs, c'est qu'il y a plein d'autres secteurs
01:39qui sont représentés par plusieurs syndicats professionnels, qui répondent à des besoins différents.
01:45Nous, on était noyés dans la masse.
01:47On avait besoin de faire porter cette voie forte et singulière dans un contexte d'évolution
01:52de notre industrie au niveau global.
01:54Ce qu'il faut rappeler, quand même, c'est que 9% des médicaments nouveaux approuvés en Europe
01:59sont seulement fabriqués en France.
02:01Ça ne fait pas beaucoup.
02:0240% des médicaments autorisés au niveau européen sont indisponibles en France.
02:07C'est quand même une situation d'alerte.
02:09Il faut que les Français comprennent qu'il y a des choses auxquelles ils n'ont pas accès
02:12à cause, notamment, de la manière dont fonctionne le prix du médicament en France.
02:16On a, effectivement, en France des mécanismes d'accès au marché qui sont beaucoup plus lents qu'ailleurs.
02:23C'est dans ce contexte-là que nous, Initiatives Pharma, on veut faire porter une voie très
02:27spécifique là-dessus.
02:28Aujourd'hui, un industriel français, le chercheur français de nos entreprises, quand il a réussi
02:34à passer toutes les étapes cliniques, en Allemagne, il va être capable de mettre à
02:40disposition des patients sa molécule en 50 jours.
02:44En France, on est sur plus d'un an et demi.
02:47Ça, c'est des choses qui sont, d'un point de vue, je dirais, patients en termes d'impact,
02:51franchement pas acceptables, et d'un point de vue signal de compétitivité, pas bon
02:55pour nous.
02:56Ça fait partie des mesures qu'on veut proposer, d'avoir un accès beaucoup plus rapide pour
02:59ces molécules-là.
03:00Ça, je l'ai entendu, mais cent fois dans la bouche du LEM.
03:04C'est aussi un discours qu'ils ont et qu'ils portent.
03:07Donc, est-ce qu'il faut aussi changer de méthode dans la manière dont vous allez procéder
03:11pour être entendu ?
03:12Oui, je pense qu'il faut avoir une approche.
03:15Vous savez, effectivement, on propose une refondation.
03:19Quelque part, on renverse la table.
03:21Mais cette refondation, elle est aussi sur la façon d'opérer.
03:25Nous sommes convaincus que, sans innovation et souveraineté ensemble, on n'est pas
03:31capable d'assurer la pérennité de notre secteur sur le long terme, sur notre continent
03:35français et européen.
03:37Pour faire ça, on va être absolument sans compromis sur l'innovation et sur la souveraineté
03:42dans les négociations.
03:43Pourquoi ? Parce que ces deux piliers-là sont absolument essentiels au long terme pour
03:48l'accès à des médicaments innovants pour les patients français et européens.
03:52Mais tout ça à la fin…
03:53Mais, juste pour finir, toujours être force de proposition.
03:57Nous sommes des industriels.
03:58On est là pour agir, on est là pour construire.
04:01Donc, on sera force de proposition avec les autorités.
04:03Mais la proposition majeure, c'est l'augmentation du prix du médicament.
04:05Non, il y a encore eu des sorties.
04:07Là, il y a l'allemand Bayer qui a pris position en faveur de l'augmentation du médicament.
04:11C'était déjà le cas de Pfizer, d'AstraZeneca.
04:13Tout va quand même dans ce sens-là, non ?
04:15Alors, vous pointez deux réalités.
04:19Une première réalité qui est, quel est le bon prix d'un médicament ?
04:24Une deuxième réalité, la chaîne de valeur du médicament.
04:27Quel est le bon prix du médicament ?
04:29Vous avez trois impératifs.
04:30L'accès aux patients.
04:32Et on sait qu'en France, on a une situation très particulière avec un accès très large.
04:36La deuxième chose, c'est une soutenabilité pour le système de santé, qu'on soit capable de le financer.
04:41Et la troisième chose, c'est la soutenabilité pour les industriels.
04:46Être capable d'avoir une valeur créée par cette innovation, reconnue, qui permet ensuite de réinvestir dans les nouvelles molécules.
04:53Si vous n'avez pas ces trois impératifs, ça ne fonctionne pas.
04:57Et quand vous avez de la souveraineté avec cette innovation, le troisième pilier de soutenabilité pour l'industriel aussi permet
05:07d'améliorer la soutenabilité pour le système de santé.
05:09Le deuxième élément, c'est la chaîne de valeur.
05:13Bien sûr, vous faites référence à ce qui s'est passé aux Etats-Unis, les annonces, etc.
05:16Qui ne sont pas nouvelles de l'année dernière.
05:18Le fait que les Etats-Unis accusent l'Europe de faire financer aux Américains l'innovation dans la santé.
05:25Mais ça, ça a démarré avant aux Etats-Unis.
05:28Surtout, quelle est la situation au niveau mondial ?
05:30Une population qui vieillit, une démographie, une courbe de l'âge qui va vers le haut.
05:36Dans ce cadre-là, tous les pays cherchent à gérer cette situation et cherchent à avoir cette souveraineté.
05:42C'est ce que veulent faire la Chine, ce que veulent faire les Etats-Unis.
05:46C'est ce que doit faire l'Europe.
05:49Et donc en augmentant le prix, vous êtes d'accord là-dessus ?
05:53Je pense qu'il y a un certain nombre de prix.
05:55Le prix doit être le juste prix pour que les industriels soient soutenables.
05:58Mais le juste prix, il est trop bas aujourd'hui.
06:00En France, si vous regardez en moyenne, oui, les prix sont trop bas.
06:04Le point qui est très important à souligner, c'est que quand vous avez de la souveraineté,
06:09c'est-à-dire de l'innovation, de l'investissement, de la production sur votre territoire,
06:13vous êtes capable de beaucoup mieux nourrir la capacité de financement de votre système de santé.
06:19Quel retour vous avez aujourd'hui de la part des pouvoirs publics ?
06:22La souveraineté, c'est porteur.
06:24Oui.
06:24On en a besoin.
06:25Parfois, on ne la met pas sur les bonnes choses.
06:26Sur le sujet de l'Iprane, on considérait que c'était fondamental sur la question de la souveraineté.
06:30Bon, ça peut se discuter.
06:32On peut discuter de...
06:34Enfin, c'est aux autorités de décider sur quel axe stratégique la souveraineté doit se porter.
06:39C'est évident.
06:40On parle tout le temps de la souveraineté sur l'énergie, sur la défense, sur la santé.
06:45Ça me paraît clé.
06:45Et le modèle européen de santé est très, très particulier.
06:49Et donc, je pense que dans ce cadre-là, la France et l'Europe doivent se réveiller.
06:54Donc, vous avez trois propositions.
06:56Je les reprends.
06:57La structure du prix du médicament qui pourrait être revue.
07:01Une enveloppe budgétaire nationale dédiée à l'innovation.
07:04Et une loi de programmation en santé sur une période de cinq ans.
07:09Là, concrètement, c'est quoi ?
07:11Concrètement, aujourd'hui, vous avez une loi budgétaire à de mêle d'achat de la sécurité sociale en général,
07:20dans laquelle sont noyés tous les médicaments.
07:22Si vous voulez recréer un cercle vert dans une industrie qui a des cycles de recherche et de développement de
07:27dix ans,
07:28il faudrait de la perspective.
07:30Donc, il faut réunir le ministère de la Recherche, le ministère de l'Industrie, le ministère de la Santé, le
07:35ministère du Budget
07:35pour définir un plan stratégique à au moins cinq ans pour pouvoir se projeter ensemble.
07:40Et là, les autorités pourront faire des choix stratégiques sur quelles sont les molécules,
07:45quelles sont les technologies qui leur paraissent absolument nécessaires en termes de souveraineté
07:49et celles qui ne le sont pas.
07:50Les industriels prennent leurs décisions.
07:52Quel bilan vous faites d'un an de Trump ?
07:54Là, on est au un an du Liberation Day avec les mouvements sur les droits de douane,
07:58avec ces menaces de la part de Donald Trump.
08:00Vous venez produire du côté américain, sinon on augmente très fort les droits de douane.
08:05Quel bilan vous en faites au bout d'un an ?
08:07Moi, j'en crée...
08:08Pour moi, ce que font les États-Unis,
08:11peu importe de la façon dont ils font avec l'administration Trump depuis un an,
08:15et encore une fois, c'est comme sur le médicament, c'est les choses qu'on démarrait avant,
08:19c'est concrètement que veut faire l'Europe
08:22pour créer un cercle vertueux pour nos industries, pour nos économies.
08:25C'est ça la question.
08:27Ce n'est pas ce que font les États-Unis, pas ce que font la Chine.
08:29C'est que fait l'Europe dans ce monde-là pour se développer,
08:33pour pouvoir développer un système particulier économique et social.
08:38Sinon, on n'y arrivera pas.
08:39Donc, il faut vraiment un réveil de l'Europe.
08:41C'est le rapport Draghi qui a été fait,
08:43c'est les grandes annonces qui se sont faites.
08:45Maintenant, il faut que les annonces se transforment en actions.
08:48Avec l'intelligence artificielle,
08:50on reçoit régulièrement ici des startups avec des innovations absolument dingues,
08:54de calculs sur des médicaments, des anciens,
08:56dont on regarde si on peut les remettre sur d'autres maladies.
09:01Ça bouleverse complètement la recherche.
09:03Est-ce que vous pensez que là, justement,
09:04on va pouvoir avoir un impact fort sur les coûts,
09:07sur la manière dont on construit les médicaments ?
09:09Il est certain que l'intelligence artificielle
09:12permet dès aujourd'hui d'accélérer le développement de nouvelles molécules.
09:17Nos laboratoires, un certain nombre de laboratoires,
09:19et celui dont je dirige pour la France, Sanofi,
09:22on travaille avec de l'intelligence artificielle
09:25sur toutes nos nouvelles technologies de RNA.
09:27Et ça nous permet d'aller beaucoup, beaucoup plus vite.
09:29J'étais à Vitry il y a quelques mois.
09:31On passe d'un temps de test d'une molécule sur la partie in vivo
09:36à, effectivement, de l'intelligence artificielle.
09:38On réduit les temps par 10, par 15.
09:40On peut aller plus vite pour trouver des solutions,
09:42plus vite pour des patients qui sont malades et les soignés.
09:44Merci beaucoup, Charles Wolf.
09:46Vous êtes venu ce matin dans la matinale de l'économie.
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