Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 4 heures
A Paris, la campagne des municipales a été pleine de suspense.
La candidate de la droite, Rachida Dati, partait avec une longueur d'avance. Sa notoriété semblait lui assurer un avantage certain face au candidat de la gauche, Emmanuel Grégoire, peu connu du grand public. Mais rien ne s'est passé comme prévu, malgré un nouveau mode de scrutin qui a particulièrement personnalisé le vote. En dehors de ce duel, plusieurs personnalités ont émargé pendant la campagne : Sarah Knafo, la candidate d'extrême droite a semblé ringardiser ses concurrents avec une communication très efficace, quand Sophia Chikirou tablait sur sa campagne à la gauche de la gauche pour convaincre une partie de l'électorat parisien. Au milieu, Pierre-Yves Bournazel a cru pouvoir incarner l'alternance.Jusqu'au bout, chacun de ces camps a cru à la victoire.
Un documentaire dans les coulisses de la campagne, au plus près des candidats.

Année de Production :

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:02C'est parti !
00:32La campagne municipale à Paris se termine sous les hurrahs de la gauche.
00:40Aujourd'hui, moi je donne la clé de la ville.
00:44En face, c'est une claque électorale pour Rachid Adhati qui conclut sa campagne sous les huées.
01:00Stratégie, indiscrétion, plongée dans cette campagne pleine de suspense.
01:18Pour Emmanuel Grégoire, la campagne a commencé très discrètement.
01:22Nous sommes fin janvier, c'est dans le 18ème que ce jour-là, le candidat de gauche a organisé un
01:27déplacement auprès des acteurs de la solidarité.
01:32Un café, un bon vieux gros café.
01:39Avec plaisir.
01:44La Goutte d'Or, c'est un des quartiers populaires parmi les plus pauvres de la capitale.
01:48L'idée, c'est vraiment d'arriver à faire des associations ou de soutenir les actions pluridisciplinaires dans lesquelles on
01:55fait du soutien scolaire et du sport et de la culture,
01:58dans lesquelles on fait et de l'intergénérationnel et de la solidarité et de l'aide alimentaire parce que c
02:05'est aussi un sujet qui va monter en puissance, on le sait.
02:09Le principal problème pour Emmanuel Grégoire à ce moment-là de la campagne, son manque de notoriété.
02:15Bonjour à tous.
02:18C'est un gros niveau là.
02:21Ils ont tous ces crampons et tout, c'est un gros niveau.
02:24Bonjour, ça va ?
02:25Quelqu'un sait qui ça ?
02:26C'est monsieur le maire de l'arrondissement de Paris.
02:28Quoi ?
02:28Monsieur le maire de l'arrondissement de Paris ?
02:30Non.
02:31C'est moi.
02:31Ah !
02:33Ah, ok.
02:34Vous avez en face le futur maire de Paris, Emmanuel Grégoire qui est le candidat de l'Union de la
02:38gauche.
02:39Je souhaiterais être plus connu pour ce que je veux faire pour les Parisiennes et les Parisiens que pour ce
02:43que je suis
02:44parce qu'à la fin, on n'est pas grand-chose quand on est tout seul,
02:46y compris jusqu'à la caricature de faire croire qu'on va ramasser les poubelles tout seul.
02:50J'ai fait le choix, certes de communiquer sur les réseaux sociaux,
02:53mais d'axer ma campagne sur l'hyper-proximité sur le terrain
02:56pour aller à la rencontre de tous les Parisiennes et les Parisiens que je peux.
02:59Et voilà, je pense que ça va marcher.
03:04A gauche, il y a donc urgence à marquer les esprits pour faire connaître le candidat.
03:09Nous sommes à la Bellevilloise, dans le 19e arrondissement,
03:12une salle qui se révèle trop petite pour accueillir ce soir-là tous les militants.
03:17Ça va ?
03:18Très bien ?
03:19Oui, ça va.
03:20Bonjour, ça va ?
03:23Socialistes, communistes, écologistes et même places publiques,
03:26ils ont décidé pour la première fois, depuis l'organisation du scrutin municipal à Paris,
03:31de partir unis dès le premier tour autour d'Emmanuel Grégoire.
03:35Après 25 ans de mandat de Bertrand Delanoé et d'Anne Hidalgo,
03:39la gauche est affaiblie par l'usure du pouvoir et craint que la mairie ne bascule à droite.
03:43On a fait une union historique dès le premier tour des élections municipales.
03:47Il y a un grand danger de basculement à droite, à l'extrême droite.
03:51Et on a fait le choix de faire une grande union, justement, pour éviter ce grand risque.
03:56Et puis, deuxièmement, l'enjeu, c'est qu'il y ait des premières propositions
03:59qui puissent être entendues, mises dans le débat,
04:02et que notre candidat, Emmanuel Grégoire, soit identifié à ces propositions-là.
04:05J'ai vu que Madame Dati voulait des grilles autour du champ de Mars.
04:10Mon petit doigt me dit qu'elle finira derrière les barreaux avant le champ de Mars.
04:18Emmanuel Grégoire lance sa campagne avec un programme à gauche toute.
04:22Parmi ses propositions, la création de 60 000 logements sociaux,
04:26un goûter gratuit pour les enfants,
04:28ou encore le droit de vote des étrangers aux votations citoyennes.
04:32Paris n'est pas une carte postale.
04:35Paris n'est pas un décor réservé aux plus privilégiés.
04:40Paris est une ville qui travaille.
04:42Alors je veux le dire à nos éboueurs, à nos artisans,
04:47à nos travailleurs et travailleuses de la culture,
04:50de la restauration, de la santé,
04:53je veux leur dire Paris est à vous !
04:56Une première étape est franchie pour le candidat de la gauche hors LFI.
05:00Il a réuni son camp, désormais galvanisé.
05:03Reste maintenant à convaincre un maximum de Parisiens.
05:14De son côté, Rachida Detti n'a aucun problème de notoriété
05:17ni de visibilité médiatique.
05:25La candidate DLR, soutenue par le président de la République,
05:28choisit les médias auxquels elle répond.
05:30Ce jour-là, elle a rendez-vous dans les studios de RTL
05:33pour l'émission Le Grand Jury.
05:35Le Grand Jury, présenté par Olivier Bost.
05:38Bonjour Rachida Detti.
05:40Bonjour.
05:40Vous êtes ministre de la Culture et candidate pour la mairie de Paris.
05:44On va détailler tout votre programme, secteur par secteur.
05:48Mais avant ça, je voudrais vous poser une question.
05:49Quelle est la mesure emblématique de votre programme
05:52que vous voudriez que les Parisiens retiennent
05:54et qui fassent de votre candidature la plus intéressante pour eux ?
05:57La mesure, c'est d'abord de réancrer les gens à Paris.
06:00Donc ça va être le logement.
06:01Mais j'allais dire, une mesure, il y a un effet de conséquence.
06:05Pardon, ce n'est pas pour être un peu longue.
06:08Mais par exemple, si vous mettez de la sécurité, la propreté va avec.
06:11Une ville propre, c'est une ville sécure.
06:12Si vous mettez de la sécurité et de la propreté, vous améliorez le cadre de vie.
06:16Si vous améliorez le cadre de vie, les Parisiens veulent rester.
06:19Merci beaucoup Rachida Detti pour ce Grand Jury.
06:25Depuis des mois, Rachida Detti a milité en coulisses pour faire évoluer le mode de scrutin à Paris, Lyon et
06:31Marseille.
06:32Désormais, les habitants de ces trois grandes villes voteront directement pour leur maire.
06:36Une stratégie qui personnalise bien plus le scrutin.
06:39Il n'y a pas un effet de porc quand même de la loi PLM ?
06:42Oui, mais si ça ne marche pas, je l'avouais, je vais le présenter devant les électeurs, on va voir
06:49ce qu'ils décident.
06:51À un moment donné, on aura tout fait.
06:53Moi, je fais campagne à fond les ballons, je vois tout le monde, on explique.
06:56C'est pour ça que moi, je ne voulais pas qu'on reste dans les couloirs à dire,
06:59oui, mais si tu y vas, tu ne vas pas, est-ce qu'on se maintient ?
07:02Il y a quand même un moment de débat.
07:04Oui, on a voulu débat.
07:05Non, je pense que sur les débats, je n'ai pas envie de le faire.
07:08Ça n'a pas fait ça.
07:08Non, parce que ça va être de l'invective.
07:10Et moi, ça ne m'intéresse pas.
07:11Même entre les deux tours ?
07:13Le gars va dire, vous êtes Trump, vous êtes l'info, vous êtes facho.
07:18L'autre, il dit, je suis avec Chikiru parce qu'on est deux arabes.
07:21Non, mais entre les deux tours, ce n'est pas le faire ?
07:23Je ne sais pas.
07:23Qu'est-ce qui vous fait peur aujourd'hui, madame Déti ?
07:26C'est-à-dire ?
07:27Est-ce que c'est trop de candidatures à droite ?
07:29Est-ce que c'est de rater un camp de campagne ?
07:31Non, ce qui me fait peur, c'est que les Parisiens ne soient pas mobilisés.
07:34C'est qu'ils soient tellement déçus, ou amers, ou vraiment désorientés,
07:38justement avec toutes ces candidatures, qu'ils n'avaient pas voté.
07:41Donc moi, ce qui peut me faire peur, c'est la non-mobilisation.
07:44Parce que l'abstention, je trouve que ça serait dangereux pour Paris.
07:48Et donc j'appelle les Parisiens et les Parisiennes à se mobiliser, à voter.
07:51Et quelqu'un comme Sarah Knafou, est-ce que vous avez vu venir sans succès ?
07:56Au revoir, merci.
07:58Au revoir, merci.
08:02Si Sarah Knafou agace Rachida Déti, c'est qu'elle lui fait de l'ombre à droite.
08:07La candidate est soutenue par le parti reconquête d'Éric Zemmour,
08:11mais elle a effacé cette étiquette pour officiellement mener une liste intitulée une ville heureuse.
08:16Ce jour-là, elle distribue des jonquilles sur un marché du 16e arrondissement.
08:20« Bonne journée de la femme, madame. »
08:23« Oh, c'est gentil. »
08:24« Attendez, pas de jaloux. »
08:27« Ah oui, ah non. »
08:27« Non, on va vous en choisir une belle. »
08:30« Merci d'âme. »
08:31« Merci beaucoup. »
08:32« A bientôt. »
08:33« Monsieur, pour une ville heureuse ? »
08:37« Allez-y, allez-y. »
08:39Les militants de Sarah Knafou la filment en permanence.
08:42Cette visite, expresse sur le marché, se transforme en vidéo sur les réseaux sociaux.
08:48« C'est vraiment impossible d'y aller en voiture. »
08:55« Quelle galère. »
08:57« Bonne journée de la femme, mademoiselle. »
08:58« Merci. »
08:59« Bon courage. »
09:00« Tu regardes. »
09:01« Non, celle-là, tu ne l'aimes pas, tu en veux une autre ? »
09:03« Elle, elle est belle. »
09:05« Tu veux une autre ? »
09:05« Alors, choisis-la. »
09:06« Il faut le rouvrir aux automobilistes. »
09:08Sarah Knafou a travaillé sa stratégie pour la rendre virale.
09:11Elle se met en scène, utilise l'IA, comme avec cette maquette virtuelle des quais de Seine.
09:16Au passage, elle gomme toutes les propositions les plus outrancières d'Éric Zemmour.
09:21« Ils disent que vous avez désémorisé votre campagne. »
09:25« Est-ce que c'est vrai ? »
09:25« Je pense que ça les énerve de voir qu'il y a une droite qui est joyeuse. »
09:29« Ils ont l'habitude de voir des gens qui ne le sont pas. »
09:31« Et donc, ils cherchent tous les moyens possibles de dire qu'il y a une raison derrière. »
09:34« En fait, non. »
09:35« Mais comment les aspérités de la campagne Zemmour ? »
09:37« Je ne sais pas ce que vous appelez les aspérités. »
09:39« Moi, je dirais qu'il y a une raison chronologique. »
09:41« C'est-à-dire qu'Éric Zemmour a mené la bataille de la lucidité en 2022. »
09:44« Et il l'a gagné haut la main. »
09:46« Et donc, moi, je passe à l'étape 2, qui est la bataille des solutions. »
09:48« C'est chronologique, ce n'est pas en contradiction. »
09:50« C'est le contraire. »
09:50« C'est grâce à lui qu'on peut mener cette bataille aujourd'hui. »
10:07« Oui, monsieur, ça me va droite au cœur. »
10:09« De quoi déstabiliser la droite républicaine. »
10:12« Je suis la seule à proposer l'union des droites. »
10:14« Par conséquent, voter pour moi, c'est le seul vote utile, puisque je suis la seule à proposer la
10:17stratégie gagnante. »
10:18« Et Rachida Dati, pourquoi est-ce qu'elle refuse cette main tendue ? »
10:20« C'est parce que vous êtes extrême droite, que du coup, elle ne peut pas être compatible avec votre
10:24programme. »
10:24« C'est surtout extrêmement bête de penser que je suis d'extrême droite. »
10:27« Moi, je suis d'extrême bon sens, extrêmement démocrate, la plus démocrate de cette campagne, d'ailleurs, »
10:30« puisque je suis la seule à proposer de gouverner par référendum, de gouverner comme la Suisse, »
10:35« c'est-à-dire avec les Parisiens, avec les habitants. »
10:37« Je ne vois pas ce qu'il y a d'extrémistes là-dedans, mais je pense que les gens
10:39n'ont pas du tout le sens des mots et le sens de la définition. »
10:43« Allez, let's go ! »
10:46« Chers amis, à cause de vous, j'ai eu un fil. »
10:49« Oui, on y va, on va faire plein d'autres endroits dans le 16e. »
10:56En ligne de mire pour la candidate, il y a l'union des droites et l'alliance entre reconquêter les
11:01LR.
11:01L'élection municipale est un galop d'essai avant la présidentielle.
11:11De son côté, Rachida Detti médiatise peu ses déplacements sur le terrain.
11:16Parmi les rares séquences que la candidate ouvre à toute la presse, la présentation de son programme.
11:20« Bonjour, c'est bon. Bonjour, c'est le plaisir de vous faire. »
11:26Les soutiens et colissiers de Rachida Detti sont tous rassemblés ce matin-là.
11:31Tous mises sur un rejet de la majorité municipale sortante.
11:34« C'est un moment déterminant, puisqu'en fait, Rachida Detti, qui est la seule aujourd'hui qui est en
11:42position de pouvoir battre la gauche à Paris, va présenter son projet.
11:47Un projet qui vise à rendre Paris une ville plus sûre, plus apaisée et plus propre. »
11:55Priorité à la propreté et à la sécurité pour la candidate de la droite.
12:00Elle entend doubler le nombre de caméras de surveillance, augmenter le nombre de policiers municipaux et privatiser la collecte des
12:06déchets.
12:08Déjà, une polémique enfle sur les agressions dans le périscolaire parisien.
12:13Rachida Detti invite ce matin-là un parent d'élève.
12:15« On a des enfants, ils sont notre priorité, ils sont notre avenir, et on est comptables devant eux de
12:21ce qu'on fait pour eux.
12:22Pardon d'avoir été peut-être un peu dur, mais je compte sur une réponse précise. »
12:26« Dès le lendemain de l'élection, nous réunirons un conseil de Paris extraordinaire, dans lequel les mesures sont très
12:33pro, très claires.
12:35Plus aucun enfant seul avec un animateur dans l'école. Plus aucun enfant seul avec un animateur. »
12:45Le premier tour a lieu dans un mois, et la candidate continue de refuser de débattre avec ses concurrents.
12:51« Encore un peu de débat ? »
12:53« Comme ça, moi je vais faire ça tout le temps. Je fais ça avec les Parisiens. Moi je préfère
12:58débattre avec les Parisiens. C'est eux qui votent. »
13:00« Tu as des peurs des débats ? »
13:01« Oh, j'ai très très très peur. »
13:05« Je débats avec les Parisiens, parce que suivez-moi sur un débat avec les Parisiens. Là, ce soir, j
13:09'en fais encore un.
13:10On réunit plein de Parisiens. Hier, on est allé avec Benjamin Haddad, avec des gens qui ne sont absolument pas
13:16de ma famille politique.
13:17On est allé débattre. Voilà, l'enjeu il est là. C'est de convaincre, convaincre, convaincre les électeurs. »
13:30« L'autre caillou dans la chaussure de Rachid Adetti, c'est Pierre-Yves Bournazel. Candidat du centre, il a
13:36refusé toute union avec la liste de droite.
13:39Le candidat est soutenu par Renaissance, le parti de Gabriel Attal, et Horizon, le parti d'Edouard Philippe.
13:45Ce soir-là, au Cirque d'Hiver, Pierre-Yves Bournazel a réussi à faire un joli coup en réunissant les
13:50deux anciens premiers ministres.
13:52« Qu'est-ce que j'en entends des commentaires ? Des commentaires psychologiques, des commentaires tactiques, des commentaires stratégiques,
14:01des commentaires dans tous les sens, qui ont sans doute la vertu d'intéresser les commentateurs,
14:07mais qui ont l'inconvénient majeur d'emmerder totalement les électeurs. »
14:18Les commentaires qui agacent Edouard Philippe, ce sont les pronostics sur ce que fera son parti au second tour.
14:24Interrogé dans les médias sur cette question depuis plusieurs jours, Pierre-Yves Bournazel dit vouloir aller jusqu'au bout.
14:30« La première fois, j'ai perdu une primaire. La seconde fois, je suis rassemblé autour de notre candidat pour
14:35donner un maximum de chance au changement.
14:37Cette fois, je pense que je suis le candidat le mieux placé pour réussir le changement.
14:41Donc j'y vais jusqu'au bout pour convaincre et pour gagner. Soyez sûrs de ma détermination. »
14:45« Donc on l'enregistre là ? »
14:45« Il va venir, il va venir. »
14:49Pierre-Yves Bournazel veut y croire jusqu'au bout, quitte à afficher la désunion de la droite et du centre
14:54à un an d'élection présidentielle.
15:01À gauche aussi, le premier tour voit s'affronter plusieurs candidatures. Le parti de la France Insoumise a choisi Sophia
15:07Chikirou pour le représenter à Paris.
15:10« Merci d'avoir affronté le temps, la pluie. On vous débarasse peut-être. »
15:15« C'est Paris. On est habitué. On fait campagne sous la pluie. C'est pour ça que je mets
15:18des chapeaux. »
15:18« Je me suis équipée de chapeaux parce que j'ai dit que je vais oublier le parapluie à chaque
15:23fois. Donc je mets le chapeau pour la campagne. »
15:25« Et j'aime bien. »
15:27« Est-ce qu'on vous débarrasse ? »
15:29Sophia Chikirou est en déplacement ce jour-là dans un centre Emmaüs de Paris.
15:33La structure accueille les personnes précaires, notamment en matière de téléphonie et d'Internet mobile.
15:39« Ici, on édite des cartes SIM, des recharges, de la data pour des publics qui ne vont pas forcément
15:45avoir les moyens d'avoir un abonnement.
15:49Ils ne vont pas être forcément bancarisés. Donc on peut payer en liquide sa recharge beaucoup moins chère qu'en
15:55bureau de table. »
15:56« Et donc c'est 30 000 recharges distribuées chaque année ici. »
16:01Dans cette campagne, la candidate insoumise n'hésite pas à s'en prendre à la majorité socialiste sortante.
16:06Elle appelle ouvertement à une rupture avec la politique menée à Paris depuis 25 ans.
16:11« On a dit, on a des besoins qu'il faut urgentement satisfaire. Il est urgent d'y répondre. Et
16:17comme vous dites, quand on a une politique depuis 25 ans qui consiste à casser les services publics, à casser
16:22les liens sociaux, à se désengager de toute l'action indispensable qui peut être faite sur le terrain par des
16:29associations, par des acteurs, des travailleurs sociaux, etc.
16:32Il faut réparer tout ça. Il faut un maillage plus précis encore dans les quartiers.
16:38Quand après des dizaines d'années de gestion de la ville de Paris, les gens en sont au point de
16:45vous dire, nous avons beaucoup de difficultés.
16:48Il y a de plus en plus de mondes qui sont éloignés de leurs droits, qui n'ont pas accès
16:52à leurs droits, qui ont des difficultés sociales et économiques.
16:55C'est qu'on peut conclure que le bilan de la majorité sortante n'est pas bon.
17:02Les échanges entre candidats à gauche deviennent très virulents à ce moment-là de la campagne.
17:08Fin janvier, LFI publie ce visuel reprochant à Anne Hidalgo et Emmanuel Grégoire la mort d'un enfant noyé et
17:15les violences dans le périscolaire.
17:18Face à ce niveau de tension, toute alliance à gauche au second tour semble bien compromise.
17:2912 mars, jour du premier tour. Plus d'un million quatre cent mille parisiens sont appelés aux urnes.
17:34Dans la capitale, la participation est en hausse, rejoignant le niveau de 2001, moment de l'alternance droite-gauche.
17:40L'ancienne ministre de la Culture a d'ailleurs quitté le gouvernement il y a quelques semaines pour jeter toutes
17:45ses forces dans la bataille
17:46et tenter de mettre un terme à 25 ans de gestion socialiste à Paris.
17:50Rachida Dati compte justement sur son image, sur sa notoriété, même si être connu ne signifie pas forcément être apprécié.
17:58Les premières estimations tombent sur les téléphones des militants et des journalistes vers 21h10.
18:04Rachida Dati arrive 12 points derrière son concurrent de gauche avec 25% des suffrages.
18:09Elle en appelle alors à Pierre-Yves Bournazel et à Sarah Knafo.
18:15J'appelle toutes celles, tous ceux qui ne veulent pas que Paris s'enfonce dans la fuite en avant idéologique
18:22et la fuite en avant fiscale,
18:24qui ne veulent plus de cette gauche sectaire et à bout de souffle, à se rassembler effectivement le plus largement
18:31possible.
18:33À gauche, Emmanuel Grégoire réalise près de 38% des voix, mais là aussi, la division laisse craindre le pire
18:39à son camp.
18:40Pourtant, dans son discours, le candidat n'adresse aucune main tendue à LFI, il en appelle simplement aux électeurs.
18:46Dimanche prochain, votez pour la liste de la gauche unie et des écologistes que je conduis.
18:51Votez pour les Parisiennes et les Parisiens. Votez pour Paris. Nous gagnerons ensemble.
18:56La bataille du deuxième tour commence maintenant.
19:04La stratégie a été actée dans le camp de la gauche hors LFI.
19:08Il n'y aura pas d'alliance, ni même de fusion technique avec Sofia Chikirou, la candidate insoumise.
19:13Il ne peut pas y avoir de fusion de liste avec LFI, avec Sofia Chikirou ?
19:17Moi, en tout cas, ce que je vois, c'est que Mme Chikirou a surtout consacré son temps avant le
19:22premier tour à taper sur Emmanuel Grégoire et sur la gauche unie
19:26et a plutôt épargné la droite et l'extrême droite.
19:29Dans ce cadre-là, aujourd'hui, il me semble que ça n'est pas à l'ordre du jour.
19:33En revanche, une fois de plus, je le dis aux Parisiennes et aux Parisiens, y compris ceux qui ont voté
19:37pour Mme Chikirou,
19:38si vous ne voulez pas avoir l'extrême droite à Paris, il faut voter pour Emmanuel Grégoire dimanche prochain.
19:49Tout va donc se jouer dans l'entre-deux-tours.
19:51Une semaine décisive pour tous les camps politiques.
19:54La campagne s'accélère alors d'un coup.
19:56Tous les journalistes sur le trottoir sont à la recherche de Pierre-Yves Bournazel.
19:59Son QG est juste derrière ici.
20:01Le premier à subir une forte pression politique et médiatique, c'est Pierre-Yves Bournazel.
20:06La veille, il a réalisé 11,3% des voix.
20:10Pendant la campagne, le candidat avait bien promis de se maintenir au second tour.
20:13Mais aujourd'hui, et en pesant chacun de ses mots, il fixe ses conditions pour fusionner sa liste avec celle
20:18de la candidate de droite.
20:21Vis-à-vis de l'extrême droite et de Manap Gnafo, il ne peut pas y avoir de compromission ou
20:27d'alliance avec l'extrême droite et Manap Gnafo.
20:29Pierre-Yves Bournazel annoncera le soir même que sa liste fusionne bien avec celle de Rachid Edetti, mais sans lui.
20:36Il se retire de la vie politique parisienne.
20:38À la droite de la droite aussi, les lignes bougent.
20:41Sarah Gnafo retire également sa candidature.
20:44Elle note au passage le refus de la main tendue et l'absence de fusion avec sa liste.
20:48Par sens des responsabilités, par amour de Paris, par respect des Parisiens, à qui j'ai dit dès le premier
20:54jour de ma campagne que mon objectif était de battre la gauche,
20:57j'ai pris cette décision qui est lourde, une décision douloureuse que je prends pour être responsable et pour la
21:05capitale de mon pays.
21:07Très bonne journée.
21:08C'est la fin de la campagne.
21:09C'est un soulagement aussi.
21:11Écoutez, tant que la gauche ne sera pas chassée de la mairie de Paris, je ne serai pas encore soulagée.
21:15Donc ça continue jusqu'à dimanche.
21:24Bonjour, pour la droite à Paris.
21:28Rachida Dati espère bénéficier directement des retraits ou fusion de ses concurrents à droite et au centre.
21:33Dans l'entre-deux-tours, les LR ont le sourire, comme sur ce marché du 15e arrondissement.
21:38Vous avez repris des couleurs par rapport à des monts-soirs.
21:40J'ai l'impression véritablement que les planètes s'alignent.
21:44Pierre-Yves Bonazel a accepté cette fusion des listes avec Rachida Dati.
21:50Et c'est vrai que Rachida est la seule candidate de l'alternance.
21:52Et donc le sujet pour nous, désormais, c'est pour la première fois depuis 25 ans,
21:58on a une chance historique véritablement de faire basculer cette ville.
22:01Et donc encore quelques jours pour convaincre tous les Parisiens qui veulent le changement à Paris
22:05de voter évidemment pour la seule candidate de l'alternance qui est Rachida Dati.
22:10À gauche, c'est beaucoup plus tendu.
22:12Emmanuel Grégoire a lui du mal à sourire, malgré l'arrivée des beaux jours à Paris.
22:17Il est là.
22:19Oui, il est beau.
22:20Ça va, mon chef ?
22:22Mon chef.
22:24Ça va ?
22:25Bonne chose à voir avec toi.
22:26Écoute, il fait beau pour cette dernière semaine de campagne.
22:28Oui, ça va se confirmer ces jours-ci.
22:30Oui.
22:31On va avoir une nouvelle semaine.
22:33Est-ce que vous avez l'image de votre ressenti particulier ?
22:35Écoutez, en tout cas d'abord, c'est plus agréable pour tous les militants qui sont sur le terrain.
22:39Et puis ça permet de rencontrer les gens.
22:41Il y a beaucoup de terrasses.
22:42Les gens sont plus heureux et sont un peu plus disponibles pour bavarder un peu avec nous.
22:47Et on est dans une semaine très importante pour la campagne.
22:50Donc voilà, chaque minute compte et on essaie de la rendre utile.
22:53Est-ce que vous êtes stressé au long ?
22:54Oui, bien sûr. Bonjour.
22:56Bonjour, madame.
22:57Venez faire une photo avec nous trois.
22:59J'avais su le premier maïsie.
23:00Mais vous inquiétez pas, vous êtes très bien.
23:02Sur le papier, sa candidature est en mauvaise passe.
23:05La gauche craint la dispersion des voix avec le maintien de Sofia Chikirou.
23:09Son maintien peut vous faire perdre ?
23:11Non, je fais aux électeurs d'en décider.
23:13Je pense qu'ils récompenseront la cohérence.
23:15C'est le fait que dimanche, l'enjeu, c'est de choisir entre Rachida Dati et moi pour être maire.
23:19C'est la seule clé du scrutin de dimanche, c'est de choisir Grégoire ou Dati.
23:23Et voilà, je pense qu'en conscience, chacun fera son choix.
23:25Et quel qu'ait été le choix qu'ils aient fait en conscience et avec conviction au premier tour,
23:30je suis convaincu qu'ils donneront de la force à celui dont ils souhaitent qu'il soit le maire.
23:33Et j'espère que ce sera moi.
23:34Et quand vous vous êtes parlé au téléphone avec madame Chikirou, vous lui avez dit quoi ?
23:38Je lui ai dit que c'est un appel républicain pour lui dire,
23:42pour lui expliquer pourquoi je ne souhaitais pas fusionner.
23:44Après nos échanges, elles ne sont pas allés plus loin.
23:46Et elle en a pris une autre et je ne crois pas qu'elle était très étonnée de cela.
23:51Pour renforcer ses chances, Emmanuel Grégoire s'affiche avec Bertrand Delanoé,
23:55l'ancien maire de la capitale.
23:57Les deux hommes se connaissent très bien.
23:58Emmanuel Grégoire a travaillé pour Bertrand Delanoé lors de son second mandat de maire de Paris.
24:03Le mentor soutient la décision de son ancien protégé.
24:08Il n'y a rien de plus honorable en démocratie pour créer de la confiance que de respecter les citoyens
24:15et donc de respecter les engagements qu'on prend auprès d'eux.
24:20De ce point de vue-là, Emmanuel Grégoire est exemplaire et madame Dati est contre-exemplaire.
24:26Mais la clé du scrutin se trouve peut-être ailleurs.
24:31Nous sommes dans le 11e arrondissement et ses militants tractent pour le second tour.
24:36Bonjour madame, tu peux vous laisser un petit tract pour l'élection municipale ?
24:40Ici, la liste de Pierre-Yves Bournazel n'a pas fusionné localement avec celle de Rachida Dati.
24:46A 72 heures du scrutin, certains électeurs centristes refusent également ce rapprochement d'entre-deux tours.
24:51Vous êtes électeur de Pierre-Yves Bournazel dans le 11e.
24:53Tout à fait.
24:54Mais vous n'allez pas faire comme lui et fusionner avec Dati au deuxième tour ?
24:58Non, malgré les consignes du parti que je respecte énormément,
25:02mais juste comme j'aime prendre le vélo sur la voiture berge, je ne voterai pas Dati.
25:07Voilà.
25:08Pour l'ancien ministre macroniste Clément Beaune, la pilule est également difficile à avaler.
25:13Moi j'ai voulu ne pas m'associer à ce projet de fusion parce que ça n'était pas mon
25:17projet,
25:17ça n'était pas mes valeurs.
25:18Et je pense que c'est bien que chacun puisse être en conscience là où il se sent à l
25:23'aise.
25:23Clément Beaune appellera le lendemain dans une tribune à voter pour Emmanuel Grégoire.
25:36Au soir du second tour, c'est l'une des surprises du scrutin.
25:40Quatre électeurs sur dix de Pierre-Yves Bournazel refusent de se tourner vers Rachida Dati
25:44et ont finalement voté pour Emmanuel Grégoire.
25:48La candidate de droite termine onze points derrière son concurrent socialiste.
25:52Des Parisiens, hostiles à Rachida Dati, se réunissent autour de son QG.
25:57La candidate est exfiltrée en vitesse.
26:00Dans la confusion, elle est huée.
26:12À gauche, au même moment, on exulte.
26:15Vous attendiez à un tel écart ?
26:16Oui, absolument.
26:17Je confirme.
26:20Qu'est-ce qui a joué selon vous ? C'est le report de voix de Bournazel ?
26:23Non, c'est le rejet de Dati et le soutien à tout ce qu'on a fait jusqu'à présent
26:29depuis 25 ans à gauche à Paris.
26:31Emmanuel Grégoire, sa campagne.
26:33Emmanuel Grégoire, peu connu des Parisiens il y a encore quelques semaines, l'emporte finalement haut la main.
26:39Il y a assurément un changement de mode de scrutin avec une personnalisation liée à ce mode de scrutin qui
26:46s'est retournée contre Dati.
26:48Dati a pensé que ça allait la ranger parce qu'elle était la plus connue.
26:51Mais la réalité, c'est que ce qu'elle incarnait, c'est-à-dire l'affairisme, les Parisiens n'en
26:56voulaient pas.
26:58Le pari de Rachida Dati de changer le mode de scrutin et de personnaliser encore davantage le vote est donc
27:04perdant.
27:06C'est Emmanuel Grégoire, l'outsider, qui l'emporte et devient le nouveau maire de la capitale.
27:11Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires

Recommandations