Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 2 jours
Loubna Benaïssa, neuf ans, disparue à Bruxelles à l'été 1992. Ses parents vont la chercher, les policiers non. Le dossier d'enquête fait à peine vingt pages. Quatre ans plus tard, l'affaire Dutroux secoue la Belgique et réveille le fantôme de la petite fille. Un homme va réapparaître dans le décor. Pervers, dangereux, mais jamais inquiété.
Retrouvez tous les jours en podcast le décryptage d'un faits divers, d'un crime ou d'une énigme judiciaire par Jean-Alphonse Richard, entouré de spécialistes, et de témoins d'affaires criminelles.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:0114h-15h, c'est l'heure du crime sur RTL.
00:05Où est passé Loubna ?
00:06Depuis 8 jours, ses frères, ses soeurs, ses parents la cherchent partout,
00:10dans leur quartier à XL, dans le métro.
00:12La fille est âgée de 9 ans, a disparu mercredi, peu après-midi.
00:16Seul indice, un cri d'enfant, ici, dans une rue, à deux pas de son domicile.
00:20Mais était-ce Loubna ?
00:23Loubna Benaissa, 9 ans, disparue à Bruxelles à l'été 92.
00:27Ses parents vont la chercher, mais pas les policiers.
00:31Dossier oublié dans un tiroir, 4 ans plus tard, l'affaire Dutroux va secouer la Belgique
00:35et réveiller le fantôme de la petite fille.
00:38Un homme va alors ressurgir dans le décor.
00:41On savait que c'était un dangereux pervers sexuel, mais il n'avait pas été inquiété.
00:47Loubna Benaissa, la disparue oubliée de Bruxelles, l'heure du crime,
00:51la seule émission Radio 100% fait divers, c'est tout de suite sur RTL.
01:01Mercredi 5 août 92, en début d'après-midi,
01:05la Seine Benaissa, employée au chemin de fer belge,
01:09se présente au commissariat d'Ixelles comme une limitrophe de Bruxelles.
01:13Le papa est très inquiet.
01:15Sa fille cadette, Loubna, 9 ans, a disparu.
01:18Peu avant midi et demi, elle est sortie pour aller acheter un yaourt au supermarché Aldi,
01:23à une dizaine de minutes à pied.
01:25Elle connaît bien le chemin dans ce quartier tranquille, mais Loubna n'est pas rentrée.
01:30La police ne prête pas beaucoup d'attention à ce que raconte le papa.
01:33On lui répond que sa fille a sans doute fugué et qu'elle va revenir.
01:38La Seine Benaissa n'a pas davantage de succès à la gendarmerie.
01:42Les parents, la sœur de Loubna, Nabella, 13 ans, font et refont le tour du quartier.
01:47Personne n'a vu Loubna.
01:49Elle n'est même pas arrivée au supermarché.
01:52Deux jours plus tard, le journal Le Soir publie un premier article sur la disparition.
01:58L'affaire ressemble à celle de la petite Naïm Mazibas, 10 ans.
02:02Enlevée trois ans plus tôt dans le quartier de Scarbeck,
02:05son corps avait été retrouvé dans le canal de Bruxelles.
02:09Une photo de Loubna commence à circuler,
02:11affichée sur les vitrines des commerces d'XL et sur les vitres arrières des véhicules.
02:19Mardi 11 août, le procureur de Bruxelles ouvre une enquête sur la disparition de Loubna Benaissa.
02:25Les policiers se heurtent à l'absence de témoins.
02:29Madame Henault, qui réside dans le quartier,
02:32a bien entendu un cri d'enfant à l'heure de la disparition de Loubna,
02:35mais elle n'a rien vu.
02:37Ses fenêtres donnent sur la station service Golf,
02:40tenue par la famille De Rochette.
02:43Une jeune auxiliaire de justice est chargée de vérifier ce témoignage.
02:47Elle s'entretient avec le pompiste, le fils de la famille.
02:52Mais Patrick De Rochette dit n'avoir rien vu, rien entendu.
02:56« Je m'en souviendrai », affirme-t-il.
02:59Le jour de la disparition, entre 11h30 et 13h30,
03:02il déjeunait avec son frère.
03:05La policière n'insiste pas.
03:07Comme beaucoup d'habitants du quartier, Patrick De Rochette a collé sur la dépanneuse du garage familial
03:13l'affichette avec la photo de la petite disparue.
03:18Les enquêteurs ne croient pas à la piste du rat de crapuleux ou du maniaque sexuel.
03:23Ils privilégient l'enlèvement intrafamilial.
03:27Une tante de Loubna est en effet repartie au Maroc.
03:30La veille du signalement de la disparition, elle a très bien pu emporter l'enfant.
03:36Le fait aussi qu'on retrouve la voiture volée du père de Loubna dans un quartier chaud à Liège,
03:41ajoute au doute.
03:43Un homme, Jacques G, est toutefois interpellé.
03:47La patronne d'un bar d'XL raconte que ce client a quitté l'établissement
03:51quand une petite fille est passée dans la rue.
03:54Elle a noté le numéro de sa voiture, une Mercedes verte, Jacques G.
04:00Ni avoir enlevé Loubna, il va passer 14 jours en prison
04:04avant que le témoignage de la patronne de bar s'effondre.
04:08Décembre 95, trois ans après la disparition, le parquet de Bruxelles classe l'affaire.
04:14Aucun élément n'a permis de retrouver la petite Loubna Benaïssa.
04:18Elle aurait été enlevée, mais elle reste introuvable.
04:24Un dossier de 20 pages, un dossier de 20 pages seulement,
04:28c'est le dossier de la disparition de Loubna.
04:30Je n'invente rien du tout.
04:32C'est ce dossier que vont retrouver les enquêteurs dans quelques temps.
04:35C'est dire si cette enquête 20 pages a été bâclée.
04:39C'est une enquête fantôme, c'est une enquête négligée.
04:42On a raté les suspects, dont un homme, le garagiste Patrick de Rochette.
04:47Il est pourtant là, derrière ses pompes à essence, cet homme.
04:49Comment et pourquoi on l'a raté ?
04:51Mais ça, on va le voir dans la suite de l'heure du crime.
04:54Alors, il faut revenir.
04:55On le fait toujours dans cette heure du crime, là où tout a commencé.
04:58Là, on est dans un quartier de Bruxelles.
05:01XL, c'est une petite banlieue tranquille.
05:04Et aujourd'hui, d'ailleurs, très chic, XL.
05:06Très prisé comme quartier.
05:08Bonjour Dominique Gérard.
05:10Bonjour.
05:10Merci beaucoup d'être avec nous aujourd'hui en direct dans l'heure du crime.
05:14Vous avez été l'un des juges d'instruction qui a traité cette affaire.
05:17Alors, je vous remercie beaucoup Dominique Gérard parce qu'effectivement, vous connaissez très bien ce dossier.
05:22Vous en avez l'expérience et vous allez essayer de nous éclairer sur cet enratage total, cette enquête.
05:29Mais bon, qui va se rattraper par la suite.
05:31Dominique Gérard, revenons XL déjà.
05:33On est en plein milieu de journée.
05:35Je l'ai dit, quartier résidentiel, quartier tranquille.
05:38Personne n'a rien vu, personne n'a rien entendu.
05:42Je pense qu'on est dans une grande ville.
05:44On est en plein centre de Bruxelles.
05:46Donc, je pense que les gens ne font pas nécessairement attention à tout ce qui se passe autour.
05:50Certes.
05:50C'est vrai que c'est particulier, mais ça n'est pas impossible dans une grande ville où les gens
05:55ne se connaissent pas nécessairement.
05:56Alors, je suis tout à fait d'accord avec vous.
05:58Effectivement, on a peut-être raté cette petite fille.
06:00Là, c'est le silence le plus total.
06:03Dominique Gérard, question cruciale.
06:05Pourquoi l'enquête est-elle vraiment si lente à démarrer ?
06:08J'ai presque envie de dire, pourquoi est-elle inexistante, cette enquête ?
06:12Peut-être parce qu'à l'époque, il faut se remonter à 92.
06:16On n'est pas encore dans le climat du trou.
06:19C'est triste, c'est vrai que ce n'est pas normal.
06:20Je suis bien d'accord que ce n'est pas normal.
06:22Mais j'ai eu malheureusement plusieurs, et notamment des enfants, que chaque fois on a retrouvés, parce que c'était
06:28la priorité absolue.
06:29Quand il y a une suspicion d'enlèvement, c'est une affaire urgente.
06:34Ça n'a pas été considéré comme tel au départ, parce qu'on n'a peut-être pas fait assez
06:38de vérifications.
06:40Et ça aurait été sans doute plus simple à ce moment-là de les faire, parce que, vous savez, quand
06:44vous interrogez des gens 3, 4, 5 ans plus tard,
06:47si je vous demande ce que vous faisiez tel jour, il y a 3 ans, sauf si ça associe à
06:52un événement bien précis,
06:53vous allez me dire, je ne sais plus, vous êtes clair.
06:56Oui, effectivement, vous avez totalement raison, Dominique Gérard, parce qu'effectivement, la mémoire, non pas qu'elle s'efface,
07:02elle se modifie au fil du temps, et finalement, on ne sait plus très bien ce qu'on a pu
07:06dire à l'époque,
07:06et ce qu'on va raconter aujourd'hui. Il y a des souvenirs qui reviennent, et puis il y a
07:10des souvenirs qui s'effacent.
07:11Donc, c'est toujours un peu compliqué.
07:13Bonjour, docteur Samuel Leichetet.
07:15Bonjour.
07:16Merci beaucoup d'être avec nous aujourd'hui, en direct, dans l'ordre du crime.
07:19Vous êtes psychiatre, spécialisé en psychiatrie médico-légale.
07:23Vous êtes l'auteur du livre « Dans la tête des assassins et des abuseurs sexuels »,
07:28qui est paru aux éditions Racine.
07:29Vous connaissez bien ce genre de problématiques et de personnages, j'ai envie de dire.
07:33On va parler évidemment du suspect dans un moment.
07:37Mais docteur Leichetet, un mot.
07:39La police va dire dans ce dossier que c'est une affaire de famille.
07:43C'est étonnant d'ailleurs, parce que la famille, elle est toujours montrée du doigt.
07:47C'est presque une double peine pour les proches des disparus.
07:52Oui, et en fait, c'est vrai que c'est une réflexion que les enquêteurs et autres forces de police
08:01émettent souvent pour la simple et bonne raison que statistiquement,
08:04quand on a des situations comme ça, de disparition, d'enlèvement ou autre,
08:08les statistiques nous montrent que les responsables sont souvent trouvés dans le premier cercle,
08:15c'est-à-dire dans l'environnement familial.
08:17Oui, c'est dans l'intra-familial, comme on dit,
08:20avec parfois des enlèvements, etc.
08:22Là, on est sur des binationaux, donc c'est encore plus compliqué.
08:26La petite fille, elle est peut-être partie au Maroc.
08:28Mais effectivement, on ne cherche pas beaucoup du côté des pervers sexuels,
08:32même si, je pense, peut-être que vous le pensez aussi, docteur Leichetet,
08:35que la première piste qui s'impose, c'est une petite fille, c'est une enfant.
08:39Effectivement, on a sans doute affaire à un pervers sexuel.
08:42Oui, mais maintenant, il faut savoir qu'à nouveau,
08:46vraiment, les situations de pervers, de prédateurs sexuels,
08:50comme nous, nous les appelons,
08:52ce sont des situations qui ne sont pas, en termes de statistiques,
08:56si répandues que cela, par rapport à toutes les affaires d'enlèvement.
09:01Alors malheureusement, c'est toujours de trop,
09:03mais ce sont des situations qui restent relativement peu fréquentes.
09:08C'est vrai. Alors, vous avez raison.
09:10Le fait est, c'est qu'effectivement, on ne cherche pas, pour l'instant, un pervers sexuel.
09:14C'est comme ça, on va boucler cette affaire très rapidement.
09:16Et puis après tout, cette petite fille, elle est peut-être partie,
09:19elle est peut-être quelque part, mais on ne s'en préoccupe pas beaucoup.
09:22Et pour preuve, Dominique Gérard, vous êtes avec nous.
09:25Encore une fois, vous êtes l'un des juges d'instruction qui a traité ce dossier.
09:28Donc vraiment, on vous suit avec attention dans cette heure du crime.
09:32La police de Bruxelles passe à la station essence de la famille de Rochette,
09:37parce qu'il y a eu une témoin qui a dit qu'elle a entendu un cri
09:39qui pourrait provenir de cette station service.
09:43Mais curieusement, la policière à l'époque, qui va faire les vérifications,
09:47elle ne décèle rien.
09:49Il y a eu effectivement la visite de la police dans la station, etc.
09:54Ce dont je me souviens très bien, et ça c'est quelque chose qui m'avait interpellé,
09:58mais on l'a su par la suite, c'est évidemment plus facile de reconstruire l'histoire.
10:01C'est que la station, c'est une station de carburant,
10:05qui était tenue par les parents, en fait la police était client.
10:09Est-ce que c'est pour ça qu'il n'y a pas eu de perquisition ?
10:11Je ne fais pas le lien, c'est un constat que j'ai fait.
10:14Oui, mais c'est un constat important, monsieur le juge,
10:17parce qu'effectivement, peut-être, on croit que cette famille de Rochette,
10:20tout va bien et qu'on ne va pas leur chercher des poux dans la tête.
10:23Encore une question, Dominique Gérard.
10:25L'enquête est classée, je l'ai dit, un peu trop vite, évidemment.
10:28La famille n'a jamais cessé de chercher Loubna.
10:31Et je crois qu'elle avait même proposé une prime à l'époque pour tout renseignement.
10:36C'est bien ça, Dominique Gérard ?
10:39Absolument.
10:40Absolument.
10:41Ça, c'est vrai que c'est des choses que j'ai vues.
10:43C'était avant que je n'intervienne,
10:45donc je n'avais pas nécessairement toutes les informations.
10:47Mais c'est vrai qu'eux ont toujours gardé soin de vue.
10:50Et je dois reconnaître aussi que c'est une famille qui est restée
10:52d'une dignité exemplaire tout au long du dossier.
10:55Tout au long du dossier, c'est vrai que cette famille,
10:57elle n'a pas fait de bruit et elle a continué à chercher la petite fille.
11:01Patrick de Rochette, alias Pinocchio, est le suspect numéro 1.
11:06Loubna Benaïssal a disparu oublié de Bruxelles.
11:09Un pervers, un salopard, il a déjà violé trois petits garçons.
11:13L'enquête de l'heure du crime.
11:14On se retrouve dans un instant sur RTL.
11:19Merci d'écouter RTL.
11:27RTL, votre radio.
11:3114h-15h, Jean-Alphonse Richard sur RTL.
11:35L'heure du crime.
11:37Au programme de l'heure du crime, la disparition de Loubna Benaïssa.
11:41Cette petite fille, 9 ans, s'est évaporée en plein jour à Bruxelles au mois d'août 1992.
11:47Enquête stérile, dossier clos en 1995.
11:50L'arrestation du pédophile et tueur en série Marc Dutroux va relancer les investigations.
11:57Mardi 13 août 1996, le pédocriminel Marc Dutroux est interpellé près de Charleroi.
12:04La Belgique découvre avec effarement, écoeurement, le parcours de l'individu.
12:10Il a laissé mourir dans les caves d'une maison de Sars-la-Bruissière, Julie Lejeune et Mélissa Rousseau, 8
12:17ans.
12:18Il a aussi tué Anne Marchal, 17 ans, et effié Lambrex, 19 ans.
12:23Sabine et Laetitia, elles ont été retrouvées vivantes dans sa maison de Marcinelle.
12:28Une semaine après l'arrestation de Dutroux et 4 ans après la disparition de sa fille Loubna,
12:34la Seine Benaïssa pousse la porte de la gendarmerie de Bruxelles.
12:38Il veut savoir s'il existe un lien entre la disparition de sa fille et ce Dutroux que la presse
12:45a baptisé le monstre de Marcinelle.
12:48La Seine Benaïssa est reçue par l'adjudant-chef Jean-Claude Lejeandre, chef de la section enquête.
12:54Y a-t-il du nouveau pour ma fille ? Demande le papa.
12:57Le gendarme Lejeandre lui promet de vérifier.
13:00L'enquêteur demande alors le dossier Loubna Benaïssa.
13:03Surprise, il ne fait que 20 pages.
13:08L'adjudant-chef Jean-Claude Lejeandre et son adjoint Fabrice Léonard reprennent l'affaire Loubna Benaïssa.
13:14Le parcours de la petite fille le jour de sa disparition est réétudié.
13:18Un hélicoptère sur vol XL, une carte photographique, est affichée dans le bureau des enquêteurs.
13:25Des punaises rouges matérialisent l'adresse de possibles résidents connus pour des affaires de mœurs.
13:31Des individus suspectés de pédophilie ou de violences sexuelles sont entendus.
13:36Un ancien libraire poursuivi il y a des années pour avoir vendu des photos d'enfants dénudés est interrogé.
13:42Tout comme un Algérien qui avait quitté la Belgique le 5 août 92, le jour même de la disparition de
13:49Loubna.
13:50D'autres suspects attirent l'attention et parmi eux, le dénommé Patrick de Rochette, 33 ans, surnommé Pinocchio à cause
13:59de son grand nez.
14:00Il est pompiste à XL.
14:02Déjà entendu à l'époque, sa déposition tient en deux lignes.
14:06Les gendarmes s'aperçoivent que son alibi, un déjeuner avec son frère, n'a jamais été vérifié.
14:12A l'époque, la police avait prévu d'inspecter la station service avec la brigade synophile, mais les maîtres chiens
14:19étaient en vacances.
14:21Le garage n'a donc jamais été perquisitionné.
14:25Les enquêteurs retournent voir la voisine du garage, Mme Hénaud.
14:30Elle avait entendu un cri d'enfant en bas de chez elle.
14:33La vérification indique que le cri provenait sans doute de la station service.
14:41Les gendarmes savent que Patrick de Rochette est connu pour des affaires de mœurs.
14:45Mais impossible, c'est incroyable, de retrouver son dossier pénal au palais de justice.
14:51A l'époque, la police n'avait même pas pu le consulter.
14:54Il faut 24 heures pour retrouver le dossier perdu.
14:58Il était curieusement classé sous un autre nom, avec une particule Patrick de Brochette, et non pas de Rochette.
15:06Le pompiste y est décrit comme un pervers, un salopard.
15:11Entre 1982 et 1984, il a commis des attentats à la pudeur et des viols sur trois jeunes garçons, 9
15:19à 13 ans.
15:20L'un d'eux avait été torturé et presque empalé.
15:23Malgré la gravité des faits, il avait comparu en correctionnel.
15:27Puis il avait été placé dans un hôpital psy.
15:29De Rochette n'y est resté que 50 jours.
15:33Puis il a repris, tranquillement, son travail de pompiste, au garage familial.
15:39Et avec un tel pédigré, évidemment, Patrick de Rochette intéresse les gendarmes belges.
15:44A-t-on raté à l'époque le ravisseur de la petite Loubna ?
15:47C'est le moins qu'on puisse dire, parce qu'on va s'apercevoir qu'on est passé complètement à
15:50travers,
15:51et qu'on est passé à côté de cet homme.
15:52Le pompiste va être cette fois interpellé, interrogé.
15:56On va voir ce qu'il va raconter.
15:57C'est un célibataire, il est très peu causant, il est un peu ennuyé de ce qui lui arrive.
16:03Mais enfin, on a du mal à lui tirer les verres du nez.
16:05On va en parler dans la suite de l'heure du crime.
16:09Dominique Gérard, vous êtes avec nous dans cette heure du crime.
16:12Et encore une fois, votre témoignage nous est très précieux.
16:15Encore merci d'avoir accepté l'invitation de l'heure du crime sur RTL.
16:19Vous êtes juge des instructions dans ce dossier.
16:23Alors revenons effectivement à l'arrestation de Dutroux, qui va tout déclencher.
16:27Marc Dutroux, tueur et violeur en série, on ne le présente plus.
16:31Est-ce que c'est bien ça qui a déclenché la réouverture du dossier Loubna Benaïssa ?
16:38Sans doute que c'est pas ce dossier-là qui a...
16:41Je ne pense pas que ce soit nécessairement son arrestation qui a déclenché.
16:46Mais en tout cas, ce que je sais, c'est que M. Benaïssa, il est venu se consulter par le
16:51civil.
16:51Il a décidé de venir à Neuchâtel parce qu'on avait entendu dire
16:56qu'un des comparses de Dutroux aurait été vu dans un bistrot, dans la rue.
17:02Et donc, tout de suite, on fait le lien.
17:03Vous savez, à ce moment-là, il y avait un peu un climat particulier.
17:05On l'avait vu partout et en même temps à des endroits qui étaient absolument inconciliables.
17:09Oui, mais bien sûr, ça c'est la folie de Dutroux d'un seul coup.
17:12Parce qu'on s'apercevraient que la Belgique avait en son sein cet homme épouvantable
17:18qui capturait des adolescentes, même parfois des enfants,
17:24pour les bloquer dans des caves et les laisser parfois mourir de faim.
17:28Donc, c'est une histoire épouvantable, l'histoire Dutroux.
17:30Alors, effectivement, Dominique Gérard, la justice belge,
17:33elle a sans doute beaucoup de choses à se faire pardonner.
17:35Et du coup, toutes les affaires non élucidées, on se jette dessus,
17:38on se jette sur l'affaire Loubna Benaïssa.
17:41Et cette fois, on va la passer au crible, cette affaire, Dominique Gérard ?
17:46Mais oui, parce que je me dis tout simplement qu'on est en 96.
17:50Ça fait quatre ans que cette petite fille a disparu.
17:53Ça fait quatre ans que les parents sont en nouvelles.
17:55Et moi, c'était ma priorité absolue, c'était de la retrouver.
17:58Et donc, ça a vraiment été notre objectif.
18:01Très honnêtement, on doutait très fort de la retrouver vivante, évidemment.
18:05Mais on s'est dit, il faut absolument faire les démarches.
18:07Et alors, vous en parlez, et ça, je confirme bien,
18:10qu'il y a une dame qui habite, elle qui habite en face,
18:14enfin, proximité immédiate, elle l'a vue sur la station,
18:17mais elle n'a rien vu, elle a entendu des cris d'enfant.
18:20Bon, donc ça, ça m'interpelle.
18:22Je me dis, c'est quand même bizarre qu'on ait des cris d'enfant à cet endroit-là,
18:25mais elle n'avait rien vu.
18:27Et à un moment donné, on est au début de l'année suivante,
18:30donc ça fait, allez, 3, 4, 5 mois qu'on s'est donné,
18:36histoire de vraiment tout repasser au pain du sein.
18:38Et donc, on avait plusieurs pistes.
18:41Vous aviez plusieurs pistes, évidemment.
18:43Et donc ça, mais en tout cas, vous avez tapé dans le mille, j'ai envie de dire,
18:46avec ce seul témoignage, d'ailleurs,
18:49cette femme qui entend ce cri d'enfant.
18:52Et effectivement, c'est capital dans ce dossier.
18:56Docteur, pardon, Samuel Leichetet, psychiatre spécialisé en psychiatrie médico-légale,
19:01et vous avez expertisé, à l'époque, effectivement, ce suspect numéro 1,
19:07donc Patrick De Rochette, fils de pompiste, pompiste lui-même.
19:13Déjà, docteur Leichetet, cet homme a un passé très lourd.
19:17C'est un délinquant sexuel vraiment très important.
19:21Oui. Donc, effectivement, je l'ai rencontré à plusieurs reprises,
19:26mais plus tard, en fait. Je ne l'ai pas rencontré à l'époque.
19:29Je l'ai rencontré plus tard.
19:31Mais effectivement, il a un passif déjà bien présent en termes de faits de mœurs.
19:39Donc, c'est vraiment ce que nous appelons, dans notre jargon,
19:41un auteur d'infractions à caractère sexuel,
19:43avec déjà un casier judiciaire dans ce contexte-là.
19:47Et on s'aperçoit, et ça c'est très étonnant,
19:50docteur Leichetet, qu'on l'a raté, j'ai envie de dire,
19:54on ne l'a même pas vu de Rochette.
19:56Ça veut dire que cet homme, qui est peut-être dérangé,
19:59mais ça on va le voir un peu plus tard,
20:01il sait se cacher, il sait occulter peut-être une chose terrifiante
20:06qu'il a commise. En tout cas, il passe un petit peu inaperçu.
20:09C'est une espèce de fantôme.
20:11Oui, mais je dirais que, d'abord, il peut faire ça de manière stratégique.
20:17Certains prédateurs vont être extrêmement discrets, justement,
20:21et passer comme ça sous les radars.
20:23Mais je dirais que dans sa nature, il était un peu comme ça.
20:27C'est-à-dire que c'était quelqu'un d'assez effacé, discret,
20:30presque, je dirais, timoré.
20:32Donc, il y avait probablement peut-être de la stratégie,
20:35mais il y avait aussi un comportement intrinsèque
20:38qui était le sien et qui était celui-là.
20:40Ce n'était pas quelqu'un d'excentrique, bien au contraire.
20:43C'est ça, qui permettait de passer à travers les gouttes,
20:45comme on va pouvoir dire.
20:46Dominique Gérard, un coup de chapeau aux gendarmes,
20:49Le Gendre et Léonard, parce qu'ils sont acharnés sur cette enquête,
20:52pour qu'elle aboutisse.
20:53Ils se sont livrés un travail de bénédictin, ils n'ont rien oublié.
20:57Dans cette affaire-là, vous savez, on avait tous les moyens qu'on voulait.
21:00Et donc, j'ai eu une équipe d'enquêteurs
21:02qui travaillaient full-time, pour moi, sur ce seul dossier.
21:05Ils étaient détachés.
21:06Et donc, c'est comme ça qu'on a travaillé.
21:09Là, quand vous avez les moyens, avec une équipe qui est là,
21:12qui fouine tout et qui cherche,
21:14à un moment donné, on avait plusieurs pistes.
21:16Et je me suis dit, à choisir.
21:18Et là, c'est vrai que c'est moi qui ai pris la décision.
21:20Cette piste-là me paraît la plus intéressante,
21:23à vider d'abord, on va dire,
21:25à essayer de trouver de la solution.
21:26Et sinon, on essaiera une autre piste après.
21:28Voilà. Et puis, effectivement,
21:30c'est cette piste-là qui a abouti à la découverte de la petite.
21:34Dossier mal classé au tribunal, Dominique Gérard.
21:36Les parents, ils n'ont pas vraiment compris ce qui s'était passé.
21:39Il était sous un autre nom, cet homme.
21:40De Brochette.
21:42Oui.
21:43Oui, mais ça, je l'ai appris aussi.
21:46Mais je vais vous dire,
21:48malheureusement, ça n'aurait rien changé.
21:49D'accord.
21:50Par là, ça n'aurait rien changé
21:51par rapport à la vie de Loubna, je veux dire.
21:54Par rapport au malaise des parents,
21:56ça, c'est autre chose, évidemment.
21:57Ça, je comprends tout à fait.
21:58Et j'ai reçu les parents.
21:59Je leur ai expliqué
22:00ce que je suis en train de faire, etc.
22:02Donc, on a eu des contacts, ça, c'est sûr.
22:05Le pompier et suspect va être interpellé.
22:09Loubna Benaïssa l'a disparu oublié de Bruxelles.
22:12Je vais m'expliquer.
22:13J'ai fait une connerie.
22:15L'enquête de l'heure du crime,
22:16que va raconter Patrick de Brochette
22:17et que cache-t-il dans une malle
22:19dans la cave de la station-service ?
22:21À suivre dans un court instant sur RTL.
22:25Retrouvez toutes vos émissions en podcast
22:27sur rtl.fr ou sur l'application RTL.
22:32L'heure du crime,
22:34la seule émission radio 100% fait d'hiver.
22:36Avec Jean-Alphonse Richard.
22:38Mercredi soir, au cours des perquisitions à XL,
22:41De Rochette niait tout en bloc.
22:43Mais une fois en présence de la malle
22:44contenant les restes de l'enfant,
22:46De Rochette a craqué.
22:47Dans un premier temps,
22:48il a expliqué que la fillette
22:49était entrée de son plein gré dans le garage
22:51et que voyant du monde,
22:53elle se serait réfugiée dans la malle
22:54et que le couvercle se serait rabattu accidentellement.
22:58L'heure du crime,
22:59consacrée aujourd'hui à la disparition de Loubna Benaïssa,
23:02cette petite fille, 9 ans,
23:03s'est évaporée en plein jour
23:05dans un quartier de Bruxelles en 92,
23:07enquête fermée en 95,
23:09réouverte un an plus tard
23:11à la faveur de l'affaire Dutroux,
23:13un suspect de la première heure
23:16va être interpellé.
23:19Mercredi 5 mars 97,
23:21autour de 18h,
23:23l'adjudant-chef Jean-Claude Legendre,
23:25en charge du dossier Loubna Benaïssa,
23:27se présente comme simple client
23:29à la station service Gulf,
23:31avenue de la Couronne,
23:32à Ixelles.
23:33Il échange quelques mots polis
23:35avec le pompiste
23:36qui lui a proposé de faire le plein.
23:38Le gendarme, en civil,
23:40a fait cette halte
23:42pour avoir en face de lui
23:43Patrick de Rochette,
23:45suspect numéro 1
23:45dans le dossier Benaïssa.
23:47Il note que 5 ans après la disparition,
23:50l'appel à témoin
23:50pour retrouver la petite fille disparue
23:53est toujours affichée
23:54sur sa dépanneuse.
23:56Le lendemain,
23:57mercredi 5 mars 12h03,
24:00les enquêteurs déclenchent
24:01l'opération Québec,
24:02nom de code
24:03pour interpeller De Rochette.
24:05Ce dernier paraît surpris.
24:07« J'ai déjà été entendu
24:08dans cette affaire »,
24:09déclare-t-il d'emblée.
24:10Il est embarqué,
24:11sans être menotté.
24:12En garde à vue,
24:13les gendarmes ont préparé
24:14une salle spéciale
24:15pour l'interroger.
24:16Ils savent que De Rochette
24:18est claustrophobe
24:19et alcoolique.
24:21Ils ont donc réduit la pièce
24:22avec un rideau noir
24:23et ils ont disposé
24:25sur une étagère
24:25des bouteilles de whisky vides.
24:28De Rochette explique
24:29qu'il ne connaît pas de Loubna
24:31et n'a jamais croisé
24:32la petite fille.
24:33Il ajoute qu'il s'est converti
24:34à l'islam
24:35et qu'il se fait appeler Omar.
24:36Il n'aurait jamais porté
24:38la main sur un enfant.
24:41Mardi 4 mars,
24:43peu avant 20h,
24:44et alors que De Rochette
24:45est toujours en garde à vue,
24:46les gendarmes Bodour
24:48et Lambeau
24:48préviennent leur hiérarchie.
24:50Ils viennent de trouver
24:51un petit corps squelettisé
24:52dans une malle rouillée
24:54et fermée.
24:55Le coffre était coincé
24:56au sous-sol
24:57entre deux carcasses
24:58de vieilles motos
24:59au milieu d'un bric-à-brac
25:00de pièces mécaniques usagées,
25:02de pneus
25:03et de bidons d'huile.
25:04Selon le légiste,
25:06le corps recroquevillé
25:07est bien celui
25:07de la petite Loubna Benahissa.
25:10À 23h05,
25:11Patrick De Rochette
25:13demande à rester seul
25:14avec l'enquêteur
25:15Fabrice Léonard.
25:16Il lui dit
25:17« J'ai fait une connerie ».
25:19Puis il raconte
25:20enfin
25:21avoir enlevé,
25:22violé,
25:23tué
25:24la petite fille.
25:25Patrick De Rochette
25:26est inculpé
25:27d'enlèvement,
25:27de séquestration,
25:29de viol
25:29et de meurtre.
25:30Il est écroué.
25:32La Belgique déplore
25:33comme pour Dutroux,
25:35l'arrestation tardive
25:36de De Rochette.
25:37Le journal Le Soir écrit
25:38« À croire qu'on le fait exprès,
25:41à croire qu'on le protège ».
25:44L'affaire est résolue.
25:46On attend un procès.
25:47De Rochette
25:47est là.
25:48Il a avoué le crime
25:50mais sans raconter
25:51quand même
25:52beaucoup de détails.
25:52Il a beaucoup tourné
25:53autour du pot
25:54avant de raconter
25:57quoi que ce soit.
25:58Docteur Samuel Leichet,
25:59vous êtes avec nous,
26:00psychiatre spécialisé
26:01en psychiatrie médico-légale.
26:03Je rappelle votre livre
26:04« Dans la tête des assassins
26:05et des abuseurs sexuels »
26:06qui est paru
26:06aux éditions Racine.
26:08Vous avez expertisé
26:10De Rochette
26:11dans cette histoire.
26:12Évidemment,
26:12vous connaissez bien
26:14le personnage.
26:15Est-ce que vous pouvez
26:15nous le décrire
26:16un petit peu physiquement déjà ?
26:17Parce que c'est toujours important
26:18sans faire de morphopsychologie
26:19mais il a 33 ans,
26:22il fait beaucoup plus vieux
26:23que son âge,
26:24c'est ça ?
26:24Oui.
26:26Je dirais que
26:26sur le plan physionomique
26:28et même physiologique,
26:29il fait au moins
26:3010 années de plus.
26:31C'est un homme chétif
26:34donc plutôt
26:35qui a,
26:35je me souviens,
26:36qui a une démarche
26:37plutôt courbée,
26:38les épaules basses,
26:41regardant toujours le sol.
26:42C'est un peu
26:43le souvenir
26:44qu'il me laisse.
26:45Il est,
26:47vous l'avez dit tout à l'heure,
26:48il est plutôt
26:50renfermé,
26:50c'est-à-dire
26:50il est replié sur lui,
26:53il n'a pas tellement
26:53envie de parler
26:54à quiconque d'ailleurs,
26:55sauf quand il sert l'essence,
26:57il a un sourire
26:58mais même au client
26:58il ne parle pas.
26:59Oui,
27:00il est peu bavard,
27:02je dirais qu'on est face
27:04à quelqu'un qui,
27:05je dirais,
27:06on en reparlera peut-être,
27:08mais qui cognitivement,
27:09c'est-à-dire sur le plan
27:10de l'intelligence,
27:12présente certaines carences.
27:13Donc,
27:14on a quelqu'un qui est
27:15quand même,
27:15on va dire,
27:16assez limité
27:17et ça se remarque
27:20assez vite
27:20lorsqu'on entame
27:21une discussion avec lui.
27:22Il a peu de vocabulaire,
27:23c'est ça ?
27:24Il a un vocabulaire
27:25effectivement un peu étendu,
27:27il a peu de conversation,
27:29on voit que sur le plan,
27:31je dirais,
27:32éducation,
27:33il est aussi assez limité.
27:34Et est-ce qu'il a peur
27:35de parler de ce qu'il a pu faire ?
27:39Non,
27:39je n'ai jamais eu
27:40cette sensation-là,
27:42non,
27:43pas du tout.
27:43Il peut expliquer les choses,
27:45il explique les choses
27:46de manière très plate,
27:47très rationnelle,
27:50sans,
27:51je dirais,
27:52sans contour,
27:53c'est quelque chose
27:55qui est livré
27:55comme ça,
27:55de manière un peu plate.
27:58sans beaucoup de,
27:59je dirais,
28:00d'introspection autour.
28:02Oui, c'est ça,
28:03il en reste aux faits
28:04qui sont un peu brutaux
28:05et qui sont mis à plat
28:07comme ça,
28:08de façon sans doute
28:08un peu mécanique.
28:10Dominique Gérard,
28:10vous avez été un des juges
28:11d'instruction
28:12qui a traité ce dossier.
28:14Il faut attendre
28:16vraiment la découverte du corps
28:17pour qu'il avoue
28:18Patrick de Rochette.
28:21Effectivement,
28:22à un moment donné,
28:23mais il se passe
28:24quand même un certain temps,
28:25on ne l'a pas trouvé
28:26tout de suite.
28:27la petite,
28:28et puis à un moment donné,
28:30effectivement,
28:30je reçois un appel
28:32en me disant
28:32on a retrouvé.
28:33Les policiers
28:34l'ont embarqué
28:35pour voir un peu
28:35sa réaction
28:37face au,
28:38comment,
28:39c'était vraiment,
28:41il ne restait pas grand-chose.
28:42C'est clair,
28:43vous pensez bien
28:43que ça faisait
28:45cinq ans
28:45à ce moment-là
28:46pratiquement
28:46qu'elle avait disparu
28:48et donc
28:49le corps
28:50se décompose
28:51évidemment,
28:51ça c'est clair.
28:52Et effectivement,
28:53à ce moment-là,
28:54il y a eu un déclic,
28:55c'est un espèce de
28:56choc
28:57qui fait peut-être
28:57que dans sa tête,
28:58il est passé aux aveux.
29:00Qu'est-ce qu'elle dit
29:00l'autopsie,
29:01Dominique Gérard ?
29:02Qu'est-ce qu'il vous a dit
29:03le médecin légiste ?
29:05Le médecin légiste
29:06que j'avais mandaté
29:07pour faire l'expertise
29:08médico-légale
29:09m'a confirmé
29:10qu'il n'y avait pas eu
29:11de...
29:12On n'a jamais trouvé
29:13une seule raison
29:14pour penser
29:15qu'elle a survécu
29:16ne fût-ce que quelques jours,
29:18même pas.
29:19Parce que je pense
29:19que dans le schéma mental
29:21de l'intéressé,
29:22il a commis son acte
29:23de débarrasser la victime.
29:25C'est ça,
29:25il s'est déterminé pour lui.
29:29Docteur Samuel Lechtet,
29:31les gendarmes,
29:32les enquêteurs
29:32vont dire que cet homme,
29:33Patrick de Rochette,
29:34il a agi
29:35de façon pulsionnelle.
29:37Vous pensez à ça ?
29:38Il n'y avait rien
29:38de réfléchi
29:39dans son geste ?
29:41Alors,
29:42de dire qu'il n'y avait
29:43rien de réfléchi,
29:44c'est compliqué.
29:45C'est difficile
29:46de dire quelque chose
29:47comme ça.
29:47Maintenant,
29:48on est face à quelqu'un,
29:49comme je vous l'ai dit,
29:50qui est assez fragilisé
29:53sur le plan
29:54de ses fonctions,
29:55notamment de ses fonctions
29:57intellectuelles.
29:58Et donc,
29:59on a du mal à croire
30:00qu'on aurait affaire
30:01à quelqu'un
30:02qui va élaborer
30:03un plan très structurel,
30:04très méthodique.
30:06Je dirais
30:07qu'avec le recul,
30:09on serait plus
30:09à même de croire
30:11effectivement
30:11à quelqu'un
30:12qui aurait des pulsions
30:14peut-être,
30:15par définition,
30:16difficiles à contrôler,
30:17voire impossibles
30:17à contrôler,
30:18et plutôt agir
30:19plutôt dans l'impulsivité,
30:21plutôt que dans la méthode
30:22et dans la planification.
30:25Une famille
30:26qui va attendre
30:27en vain
30:28le procès du pompiste.
30:30Loubna Benaïssa
30:31l'a disparu
30:32oublié de Bruxelles.
30:33Un grave état
30:34de déséquilibre mental
30:36mais toujours en danger
30:37pour la société.
30:38L'enquête de l'heure du crime.
30:39On se retrouve
30:40dans un instant
30:40sur RTL.
30:44Merci d'écouter RTL.
30:53Jusqu'à 15h,
30:54c'est l'heure du crime
30:55sur RTL.
30:57Avec Jean-Alphonse Richard.
30:59Retour
30:59dans l'heure du crime
31:00sur l'affaire Loubna Benaïssa.
31:02Cette petite fille neuve
31:03en a disparu
31:03en plein jour
31:04dans un quartier
31:05à Bruxelles.
31:05À l'août 92,
31:07cinq ans plus tard,
31:08un suspect
31:08de la première heure
31:09a avoué le viol
31:10et le meurtre.
31:10Le corps retrouvé.
31:12La famille attend
31:13le procès.
31:15Jeudi 4 mars 99,
31:17sept ans.
31:18Après la disparition
31:19de la petite Loubna Benaïssa,
31:21la chambre des mises
31:22en accusation
31:23de la cour d'appel
31:23de Bruxelles
31:24se prononce
31:25sur le cas
31:25de son ravisseur,
31:27violeur
31:27et meurtrier
31:28Patrick de Rochette,
31:30incarcéré.
31:31Il a été longuement
31:32examiné
31:33par des psychiatres.
31:34Les experts estiment
31:35qu'au moment des faits,
31:36Patrick de Rochette
31:37se trouvait
31:38dans un grave état
31:40de déséquilibre mental,
31:42le rendant incapable
31:44du contrôle de ses actes.
31:45Il ne peut donc pas
31:46être jugé.
31:47Sa clairvoyance
31:48était altérée
31:50au moment des faits.
31:51Le suspect
31:52n'en demeure pas moins
31:53un danger pour la société,
31:54mais aussi pour lui-même,
31:55écrivent les psys.
31:56Patrick de Rochette
31:57ne comparaîtra donc pas
31:59devant un tribunal.
32:01Cinq mois plus tard,
32:02l'ancien pompiste
32:03quitte l'annexe
32:04de la prison de Forêt.
32:06Il rejoint le quartier
32:07de haute sécurité
32:09d'un établissement psychiatrique.
32:10Les Marronniers
32:12a tourné.
32:14Les parents de Loubna
32:15et sa sœur Nabella,
32:17qui n'a jamais cessé
32:18de réclamer justice
32:19dans cette affaire,
32:20sont déçus.
32:20Tout comme l'un des deux juges
32:22qui instruisaient le dossier.
32:24Damien Van Der Merch déplore
32:26que l'absence de procès
32:28ne permet pas
32:29d'avoir le sentiment
32:30que justice a été rendue.
32:32Or, dit-il,
32:33c'est essentiel
32:34dans des dossiers
32:35en lien avec l'affaire Dutroux.
32:36L'avocat de la famille
32:37regrette l'arrestation
32:39tardive du suspect.
32:40Il est clair
32:41que les manquements
32:41de l'enquête
32:42sont gravissimes,
32:43au point qu'on se demande
32:45s'il n'y a pas plus
32:46qu'une simple incompétence,
32:48indique Maître Laurent Arnaud.
32:50Jean-Denis Lejeune,
32:51père de Julie,
32:52l'une des victimes
32:53de Dutroux
32:53est encore plus claire.
32:54Les enquêteurs
32:55avaient tout en main
32:56dès le départ.
32:57À mon avis,
32:58ils ne pouvaient pas
32:59ou ne voulaient pas
33:02retrouver Loubna.
33:05Et effectivement,
33:06les rapports psychiatriques
33:07sont imparables,
33:08ils sont implacables
33:09et ils se ressemblent
33:11pour la plupart.
33:12Docteur Samuel Lechtet,
33:13vous êtes avec nous,
33:14psychiatre spécialisé
33:15en psychiatrie
33:16médico-légale.
33:17Vous connaissez bien
33:17ce dossier
33:18et vous connaissez bien
33:20cet accusé,
33:21ce suspect,
33:22Patrick De Rochette,
33:23vous l'avez discuté
33:25avec lui,
33:26vous l'avez expertisé.
33:29Effectivement,
33:29il était dérangé,
33:31cet homme,
33:31il n'était pas
33:32dans son état normal,
33:33il ne peut pas être jugé.
33:34Pourquoi est-ce
33:35qu'il ne peut pas être jugé ?
33:37Alors,
33:37à l'époque,
33:38il faut savoir
33:38qu'on est sous le joug
33:40de l'ancienne loi en Belgique
33:41sur ce qu'on appelle
33:43la loi de défense sociale
33:44qui a changé depuis.
33:46Aujourd'hui,
33:46les choses seraient probablement
33:47très différentes.
33:48Mais à l'époque,
33:49ce qu'il en ressort,
33:50c'est que c'est un homme
33:55qu'on peut considérer
33:56comme fragile
33:57sur le plan
33:58de ses fonctions intellectuelles.
33:59Donc,
33:59c'est un homme
34:00qui est limité,
34:01qui a un quotient intellectuel
34:02assez bas.
34:04Et donc,
34:04le collège d'experts
34:05qu'il a rencontré à l'époque
34:06a considéré
34:07qu'étant donné
34:08son retard,
34:10son retard mental,
34:12eh bien,
34:12il n'était pas en mesure
34:13de ses capacités
34:14de discernement,
34:15n'étaient pas conservés.
34:17C'est essentiellement ça
34:19qui a motivé,
34:20en fait,
34:20le fait que
34:21M. De Rochette
34:22ne soit pas,
34:23entre guillemets,
34:24puni,
34:24mais plutôt,
34:25devait être soigné.
34:26C'est vraiment ce retard,
34:28ce retard mental.
34:30Alors,
34:30deux questions encore pour vous,
34:32Dr Samuel Lechtet,
34:33parce que c'est passionnant
34:34ce que vous racontez.
34:35De quoi est-ce qu'il souffre,
34:36Patrick De Rochette ?
34:38Alors,
34:38il souffre de deux choses.
34:40Le premier,
34:41c'est ce que je viens d'expliquer,
34:42donc,
34:42c'est un retard,
34:44un retard des acquisitions
34:45de l'intelligence,
34:46donc un retard mental.
34:47Et la seconde,
34:48c'est qu'il a quand même
34:49ce que l'on appelle
34:50dans notre jargon
34:50une paraphilie,
34:51c'est-à-dire une attirance sexuelle
34:54déviante
34:55qui est destinée
34:56à des mineurs,
34:57c'est-à-dire
34:58à des enfants.
34:59Pédophilie, c'est ça ?
35:00Oui, tout à fait.
35:01Chez lui, en fait,
35:02il y avait une attirance
35:03pour tant le sexe masculin
35:05que le sexe féminin,
35:06mais du moment
35:07qu'il n'y avait pas
35:07de caractère sexuel secondaire,
35:09c'est-à-dire
35:10qu'on s'attaque vraiment
35:11à des enfants.
35:13Deuxième question.
35:13Donc, ce sont les deux éléments.
35:15Oui, d'accord,
35:15je comprends bien.
35:16Et c'est effectivement,
35:17vous éclairez bien
35:18la problématique de cet homme.
35:20Deuxième question.
35:21Vous nous avez dit
35:21que peut-être aujourd'hui
35:22ça se passerait différemment.
35:24Est-ce que ça veut dire
35:24qu'il serait jugé aujourd'hui,
35:26docteur Delechtet,
35:27cet homme,
35:27Patrick de Rochette ?
35:28Écoutez, avec la législation
35:31qui a évolué en Belgique,
35:32la nouvelle loi,
35:32notamment sur l'internement,
35:34il est probable
35:34que les choses seraient différentes
35:36et je dirais
35:37avec le recul que j'ai
35:39dans ce dossier
35:40et surtout dans la pratique
35:41qui est celle
35:42qu'on a fêté
35:42il n'y a pas longtemps
35:43les dix ans
35:43de la nouvelle loi en Belgique,
35:44je pense qu'il serait
35:45probablement jugé.
35:46Ah, mais ça c'est très très important.
35:48Dominique Gérard,
35:49vous avez été l'un des juges
35:50d'instruction
35:51qui a instruit ce dossier.
35:54Est-ce que,
35:55on parle franchement,
35:56là on est quelques années
35:57après cette histoire,
35:59est-ce qu'il fallait un procès
36:00pour Loubna Benaïssa ?
36:02Je pense effectivement
36:03que ça aurait été intéressant
36:05d'avoir un procès.
36:06Mais voilà, bon,
36:06moi je n'étais pas juge
36:08et je ne me permets pas
36:10de juger
36:11les collègues
36:12qui ont décidé
36:13de ne pas faire de procès.
36:15Je comprends.
36:15Nous, on est là
36:16pour appliquer la loi
36:16au niveau des juges,
36:18c'est notre métier,
36:19c'est d'appliquer la loi
36:20à la situation concrète.
36:22Et s'ils ont considéré
36:23effectivement,
36:24et on pouvait le considérer
36:25légitimement
36:25sur base des rapports d'expertise
36:26que cette personne
36:28était atteinte
36:29d'un trouble mental grave
36:30et qu'il était encore
36:31au moment où
36:32il devait prendre la décision,
36:33la loi est claire,
36:34c'est l'internement.
36:35C'est l'internement
36:36et c'est ce qui s'est passé
36:36d'ailleurs dans un asile
36:38psychiatrique.
36:39Dominique Gérard,
36:40évidemment,
36:41la déception,
36:42elle est terrifiante
36:43et elle est très grande
36:44du côté de la famille Benaïssa.
36:47Je peux tout à fait comprendre
36:48que la famille soit déçue
36:50qu'il n'y ait pas de procès,
36:50ça c'est clair.
36:51Je comprends tout à fait.
36:53Ils avaient sans doute,
36:54ils souhaitaient
36:54que l'affaire soit publique
36:55de ce point de vue-là.
36:56Mais voilà,
36:57l'état du droit en Belgique
36:59est comme ça,
37:00qu'à partir du moment
37:01où la juridiction
37:03qui est chargée
37:04de décider
37:05du sort du dossier
37:07décide d'interner,
37:08il y a un recours possible,
37:10recours il y a eu,
37:11et puis le dossier
37:12a fait l'objet
37:13d'un arrêt
37:13de la cour d'appel
37:14de Bruxelles
37:14qui allait dans le même sang
37:15et donc il n'y a jamais eu
37:16de procès.
37:17Docteur Samuel Lé,
37:18je t'ai un mot
37:19sur la famille,
37:19en l'occurrence
37:20la famille Benaïssa.
37:22C'est vrai qu'on le dit toujours
37:23et on le dit souvent
37:24dans l'heure du crime,
37:24les familles attendent
37:26une explication,
37:27ils attendent un procès,
37:28une confrontation.
37:30C'est très important
37:30de voir l'homme
37:32qui a ôté la vie
37:34à votre enfant.
37:35Et là, effectivement,
37:36on comprend cette famille
37:37qui est dans
37:37une espèce de double peine,
37:38un désarroi total.
37:41Oui, c'est vrai,
37:43tout à fait.
37:44On le voit
37:45dans notre pratique
37:45que les familles,
37:46en général,
37:47quand il y a un procès,
37:48il y a toujours
37:50le spectre
37:50de la punition
37:51et autres.
37:52Et quand il y a
37:52un internement
37:54en milieu psychiatrique,
37:54on a parfois l'impression,
37:56ce qui est une fausse croyance,
37:57mais que les auteurs
37:58sont en quelque sorte
37:59excusés.
38:00Ça n'est pas le cas.
38:01Je dirais que
38:02quand des hommes
38:03commettent des crimes
38:04et des délits
38:04et qu'ils sont responsables,
38:05ils doivent être punis.
38:06Mais s'ils sont malades,
38:08et s'ils souffrent
38:09d'un trouble mentel,
38:09ils doivent avant tout
38:10être soignés,
38:12éventuellement,
38:13dans des mesures
38:13de sécurité particulières.
38:14Mais c'est vrai
38:15que les familles,
38:16en général,
38:17acceptent assez mal
38:19l'internement
38:20parce qu'elles ont
38:21l'impression
38:21que finalement,
38:23les gens sont excusés.
38:25Or,
38:25ça n'est pas le cas.
38:27Un meurtrier
38:28qui va
38:29complètement
38:30s'effacer.
38:31Loubna Benaïssa
38:32l'a disparu
38:33oublié de Bruxelles.
38:34Chaque fois,
38:35on reparle de moi,
38:36de ce que j'ai fait.
38:37ils ne me laisseront
38:38jamais sortir
38:39l'enquête
38:40de l'heure du crime.
38:41Je vous retrouve
38:41tout de suite
38:41sur RTL.
38:45Merci
38:45d'écouter RTL.
38:58Dans l'heure du crime,
38:59aujourd'hui,
38:59la disparition
39:00et la mort
39:00de la petite
39:01Loubna Benaïssa,
39:029 ans,
39:02à Bruxelles,
39:03à l'été 92.
39:04Son meurtrier,
39:05le pompiste
39:06Patrick de Rochette,
39:08avait été
39:09arrêté
39:095 ans plus tard,
39:11déclaré irresponsable,
39:12jamais jugé.
39:13Il s'éteint
39:1424 ans
39:14après les faits.
39:17Mardi 13 décembre 2016,
39:20Patrick de Rochette,
39:2052 ans,
39:22est déclaré mort
39:23dans un hôpital de Tournay.
39:24Il avait été agressé
39:26par un autre pensionnaire
39:27de l'établissement psychiatrique
39:28sécurisé
39:29où il séjournait.
39:31Deux ans auparavant,
39:32des journalistes
39:33du journal Sud Info
39:34avaient pu l'approcher.
39:36Crâne dégarni,
39:37moustache,
39:38lunettes au verre fumé.
39:39Il expliquait
39:40qu'ils ne sortiraient
39:41jamais de cet hôpital.
39:42Chaque fois,
39:43on reparle de moi,
39:44de ce que j'ai fait.
39:46C'est pas bon,
39:47ils ne me laisseront
39:48jamais sortir.
39:50La station service
39:51d'Ixelles,
39:52où la petite Loubna
39:53Benaissa
39:54avait été suppliciée,
39:55puis tuée,
39:56n'existe plus.
39:58Rasée en 2001
39:59pour faire place
40:00à un petit parc.
40:02Ma petite Loubna,
40:03notre petite Loubna,
40:06parce que tu es devenue
40:07l'enfant de tout un pays,
40:08parce que tu as même
40:09franchi les frontières.
40:11Tu faisais ton petit bonhomme
40:12de chemin dans la vie.
40:14Un jour,
40:14tu as quitté la maison
40:15en sautillant.
40:16Nous étions loin
40:17de nous douter
40:18qu'au coin de la rue,
40:19les monstres étaient là.
40:21L'hommage de Nabila Benaissa,
40:24la sœur aînée de Loubna,
40:25c'était en 1997
40:27lors d'une cérémonie
40:28d'hommage pour la petite fille.
40:30C'était un document
40:31de la RTBF.
40:32Et effectivement,
40:33c'est très touchant
40:34parce qu'il faut rappeler aussi
40:35que Nabila Benaissa,
40:37elle est devenue
40:38entre guillemets
40:39très célèbre
40:39avec cette histoire.
40:40Elle s'est battue
40:41pour les enfants disparus
40:42en Belgique.
40:43Elle est aujourd'hui
40:43avocate aux Etats-Unis
40:45et elle s'est beaucoup battue
40:46pour l'histoire
40:48de sa petite sœur,
40:49c'est elle,
40:49qui a poussé aussi
40:51les enquêteurs,
40:51avec son père d'ailleurs,
40:53à continuer les investigations
40:55et qui ont fini
40:55par être payantes.
40:57Il était hélas trop tard
40:58et la petite Loubna
41:00était morte
41:00dans des conditions
41:02épouvantables.
41:03Dominique Gérard,
41:05une question qui me trotte
41:06dans la tête
41:06depuis un petit moment.
41:07Vous avez été l'un des juges
41:08d'instruction dans ce dossier.
41:11Est-ce qu'à un moment donné,
41:12Patrick de Rochette,
41:13il a exprimé des regrets ?
41:17Ce qui m'a marqué
41:18dès la première fois
41:19que je l'ai rencontré
41:19et puis je l'ai revu,
41:20il était resté toujours
41:21sur la position,
41:22c'est que c'était vraiment
41:23quelqu'un qui était perturbé.
41:25Et donc,
41:26chaque fois ce qu'il disait,
41:27je devais prendre ça
41:28avec des pincettes
41:28parce que je dis
41:29oui, mais est-ce qu'il est
41:30dans une phase de délire
41:31ou est-ce qu'il est dans une phase
41:32est-ce qu'il est bien,
41:33est-ce qu'il n'est pas bien ?
41:34Mais manifestement,
41:35c'était quelqu'un
41:36qui était dérangé,
41:37ça c'est clair.
41:38Et donc,
41:39je lui ai sans doute
41:39posé la question.
41:40Mais même quand il répondait
41:41oui,
41:42je ne suis même pas sûr
41:42qu'il se rendait compte
41:44de ce qu'il disait.
41:45Je n'ai pas dit
41:45qu'il ne pensait pas,
41:46mais vous savez,
41:47quand on est dérangé mentalement,
41:49c'est compliqué.
41:49Donc, il y a des gens
41:50qui ont vraiment
41:50des problèmes mentaux graves
41:51et il en faisait partie.
41:53Ça, c'est très clair.
41:53Je pense que si un procès
41:55avait eu lieu
41:56et je me suis persuadé
41:57que ça aurait été
41:58une bonne chose,
41:58ça c'est clair,
41:59c'était mon intime conviction,
42:01on aurait abouti
42:01au même résultat.
42:02Dans le sens,
42:04on l'aurait de toute façon
42:05interné.
42:05C'est ça,
42:06il aurait été quand même
42:06interné,
42:07mais c'est important.
42:08Effectivement,
42:09ce procès,
42:09il était presque nécessaire,
42:11tout le monde le dit.
42:12Vous le dites,
42:12Dominique Gérard,
42:14docteur Samuel Lechtet,
42:15vous êtes avec nous
42:16dans cette heure du crime,
42:17vous le dites aussi,
42:17psychiatre spécialisé
42:18en psychiatrie médico-légale.
42:21Est-ce que lorsque
42:21vous avez expertisé
42:23entre guillemets
42:24ce suspect,
42:25cet homme,
42:26est-ce qu'à un moment donné
42:26vous avez eu peur ?
42:27Est-ce que vous avez senti
42:28une sombre dangerosité
42:30chez lui ?
42:33Alors, peur, non.
42:34Maintenant,
42:35quand vous êtes face
42:36à quelqu'un
42:37qui est limité mentalement
42:40et qui présente
42:41des pulsions
42:41comme celle-là,
42:42c'est-à-dire incontrôlable
42:43et avec une capacité
42:45d'introspection,
42:46c'est-à-dire de recart
42:46sur soi-même très faible,
42:47on peut craindre
42:49effectivement
42:49un taux de récidive
42:51qui, à mon avis,
42:53doit être assez important.
42:55Donc, concernant
42:55la dangerosité,
42:56je dirais qu'effectivement,
42:58elle était bien présente.
43:00C'est étonnant
43:01ce que raconte
43:03Dominique Gérard,
43:04le juge d'instruction,
43:05sur la difficulté
43:06d'appréhender
43:07ce genre de personnage.
43:09Docteur Samuel Lechtet,
43:10vous êtes bien placé
43:10pour en parler.
43:11Encore une fois,
43:11vous êtes psychiatre spécialisé,
43:13psychiatrie médico-légale,
43:15vous connaissez bien
43:15ce genre de dossier.
43:16C'est très compliqué
43:17d'avoir une vérité
43:19sur ce genre de personnes.
43:22Absolument,
43:23c'est très compliqué
43:24parce que vous n'aurez toujours
43:26que la manière
43:29dont la personne
43:29analyse le monde
43:30et elle ne vous dira
43:31finalement
43:31que ce qu'elle a envie
43:32de vous dire.
43:33Bien sûr.
43:33Et en tout cas,
43:34nous,
43:35on travaille avec ça,
43:37avec ce type de version,
43:40évidemment.
43:41Donc,
43:41c'est effectivement
43:42très difficile.
43:43Dominique Gérard,
43:45c'est vrai qu'en quelques mois,
43:47lorsque vous avez repris
43:48cette affaire
43:48et sous votre impulsion,
43:50il faut bien le rappeler,
43:51les gendarmes
43:52ont résolu un dossier,
43:53dossier qui aurait dû être
43:55résolu bien avant
43:56parce que les indices
43:57ne manquaient pas.
44:00Malheureusement,
44:00oui,
44:01voilà,
44:02il y a eu ce manque
44:03d'investissement
44:04qui a été fait
44:04dans cette affaire-là.
44:06Je pense que ça se reproduirait
44:07aujourd'hui,
44:08on n'oserait plus
44:08parce que maintenant,
44:09ce genre d'affaire
44:09est priorité numéro un.
44:11C'est malheureux,
44:12mais objectivement,
44:14je constate effectivement
44:14que ce dossier
44:15est peu épais,
44:16qu'on n'a pas fait
44:18de perquisition
44:18dans ce garage
44:20alors que ça me paraissait
44:21quelque chose d'important.
44:22Mais j'ai quand même
44:23mis plusieurs semaines
44:25et plusieurs mois
44:25avant de mettre
44:26cette opération sur place
44:27parce que je voulais
44:28quand même vérifier.
44:29Avant,
44:29il faut faire
44:30des tas de vérifications
44:31et on a,
44:31évidemment,
44:32mon dossier était
44:33beaucoup plus volumineux
44:34par la suite évidemment
44:35parce que quand vous avez
44:36une équipe d'enquête
44:37qui est en permanence
44:38avec vous,
44:39fatalement,
44:40vous pouvez produire
44:40beaucoup plus de choses
44:41et demander
44:42plusieurs investigations.
44:43Ça, c'est clair.
44:44Bien sûr, bien sûr.
44:46Docteur Samuel Lechtet,
44:47qu'est-ce qui vous a
44:47le plus marqué
44:48chez Patrick de Rochette ?
44:50Parce que c'est un cas
44:51un peu particulier.
44:51Vous dites que c'est
44:52quelqu'un qui n'est pas
44:53très intelligent,
44:54pas très lettré certainement
44:55et qui ne s'exprime pas
44:56très bien
44:56et pourtant,
44:57on a l'impression
44:58que, évidemment,
44:59vous avez fait
44:59très attention à lui.
45:02Que voulez-vous dire
45:03par très attention à lui ?
45:04C'est-à-dire que vous lui
45:05prêtez peut-être
45:05une attention particulière.
45:07C'est quelqu'un
45:07qui vous a marqué
45:08dans votre carrière
45:09et ne serait-ce
45:11que pour analyser ce cas.
45:13Il m'a marqué
45:13parce que, d'abord,
45:14le dossier a secoué
45:16la Belgique à l'époque
45:18d'une part
45:19et d'autre part,
45:20vous savez,
45:20il y a comme ça
45:21des personnes
45:22qui sont notamment
45:23des profils
45:23comme celui-là
45:24qui marquent
45:24parce qu'ils laissent
45:25une espèce
45:26de traînée de soufre,
45:27une traînée de poudre
45:28derrière eux
45:28et il en faisait partie.
45:30Vous avez cité
45:30d'autres cas tout à l'heure.
45:32Donc, c'est plutôt
45:33dans ce cadre-là.
45:34Maintenant, il faut aussi dire
45:35que quand on fait
45:37des expertises psychiatriques
45:38comme ça,
45:38je dirais qu'on a quand même
45:40à faire régulièrement
45:41des profils.
45:42Alors, tous les profils
45:43sont différents
45:43mais on a des profils
45:45qui peuvent quand même
45:45s'en chercher.
45:46Bien sûr.
45:47Effectivement,
45:47des profils borderline
45:49comme on dit parfois
45:50comme disent parfois
45:51les psychiatres.
45:52Dominique Gérard,
45:52dernière question pour vous,
45:54la même que pour
45:55le docteur Leichetet.
45:56En quoi cette affaire
45:58vous a marqué ?
45:58Elle vous a vraiment
45:59perturbé cette histoire ?
46:03Quand j'ai pris ma retraite,
46:05j'ai cité une seule affaire
46:06qui m'avait marqué,
46:07c'est celle-là.
46:08J'étais satisfait
46:09d'avoir donné les réponses
46:11à une famille
46:13qui s'en posait beaucoup
46:14et je dois dire
46:15qu'on a toujours eu
46:16des contacts extrêmement respectueux
46:17d'un côté comme de l'autre
46:19et je leur ai expliqué,
46:20je les ai reçus,
46:20j'ai dit voilà.
46:21J'ai expliqué que
46:22ce n'était pas moi
46:23qui prenais la décision
46:24d'éventuellement
46:25parler d'internement ou pas
46:26mais je leur ai dit
46:27que j'étais convaincu
46:28que M. Le Rochette
46:29était dans un état mental
46:30très perturbé,
46:32ça c'est clair.
46:33Merci beaucoup
46:34Dominique Gérard
46:35et Dr Samuel Leichetet
46:36d'avoir été les invités
46:37de l'heure du crime.
46:38Merci à l'équipe de l'émission
46:39rédactrice en chef
46:40Justine Vigneault,
46:41préparation Lisa Canalès,
46:42Valentin Bardet,
46:44réalisation en direct
46:45Nicolas Godet.
Commentaires

Recommandations