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  • il y a 2 jours
1919. Après quatre ans de voyage au bout de l'enfer, les Français revivent. Ils sont nos ancêtres, nos grands-parents, nos parents, tous unis par un même soulagement, un même espoir. Les familles se retrouvent, les femmes s'affranchissent, le pays se reconstruit et s'urbanise. Tous pénètrent dans le XXe siècle avec confiance et rêvent d'une paix éternelle. Personne ne se doute que les Années Folles ne seront qu'une parenthèse enchantée, de courte durée. Dix ans plus tard, les espoirs et les joies sont brisés. La crise économique marque le retour brutal de la misère. Les idéologies se cristallisent, les premières luttes sociales s'organisent et le nationalisme se propage. Avec effroi, les Français voient l'ombre de la guerre ressurgir. Inexorablement, ils plongent dans une nouvelle course à l'abîme. Année de Production :

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00:0714 juillet 1919, au petit matin règne dans les rues de Paris une atmosphère indescriptible.
00:14Les français ont enfilé leurs plus beaux habits.
00:18Ils se retrouvent dans les rues de la ville pour célébrer leurs vaillants soldats,
00:22pour célébrer la victoire après quatre années d'un voyage au bout de l'enfer.
00:28Les poilus sont de retour, un océan de soldats, de drapeaux, de casques envahis les rues.
00:36Ce peuple montait des campagnes, des fins à fond de l'empire colonial,
00:41aux côtés de leurs alliés anglais et américains.
00:48Les français sont en liesse.
00:52La France est perçue comme le centre du monde.
00:59Regardez-les.
01:01Ils sont nos grands-parents, nos ancêtres,
01:04unis par un même soulagement et des espoirs semblables.
01:08L'espoir, surtout, d'une paix éternelle.
01:13Mais ces français réalisent-ils qu'ils plongent dans une nouvelle ère,
01:17que le XIXe siècle vient de laisser place au XXe siècle.
01:23En dix ans, une nouvelle France va se dessiner.
01:26Une décennie qui, par bien des aspects, ressemble à la nôtre.
01:34Une décennie sans équivalent, où la France rurale va devenir urbaine.
01:39Où le monde de l'artisanat va laisser place à l'industrie.
01:43Où les femmes vont défier le patriarcat.
01:49Voici cette histoire, celle de temps agités et parfois heureux,
01:53dont nous sommes, plus que nous le croyons, les proches héritiers.
03:03Voilà près d'un an que la France a gagné la guerre.
03:06Le nord-est du pays est couvert de cicatrices béantes.
03:10La vie d'avant a disparu.
03:20Les canons se sont tues,
03:22et les français sortent peu à peu des décombres.
03:25La Somme, la Marne, la Norte-et-Moselle et tant d'autres départements.
03:30Les combats les plus intenses entre l'Allemagne et la France
03:33se sont concentrés sur ces quelques centaines de kilomètres carrés.
03:39Les Ardennes sont complètement rasées.
03:42L'Aisne et le Nord le sont à 80%.
03:45À Verdun, c'est bien simple, il n'y a plus aucun champ cultivable.
04:03Les troupes réquisitionnées pour déblayer Noyon, dans l'Oise,
04:07découvrent une ville fantôme.
04:22Les façades ne sont plus qu'un décor.
04:24Sur 1800 maisons,
04:26seules 23 sont encore habitables.
04:32Un des premiers journalistes autorisés à pénétrer dans la ville,
04:36Édouard Elsay,
04:37est sidéré par ce spectacle.
04:41Il écrit dans son journal
04:43Noyon est une ville morte.
04:56Et pourtant,
04:58les Français tentent timidement de reprendre espoir.
05:02Comme si même dans une ville éventrée,
05:04rien ne pouvait terrasser le désir de vivre et d'aimer.
05:15Tétanisés par les horreurs qu'ils viennent d'endurer,
05:18les Français n'osent pas regarder vers demain.
05:26L'anniversaire de la victoire de 1918
05:29devient un jour de deuil.
05:32La France est décimée.
05:34Près d'un million et demi de morts.
05:36Chaque famille pleure un proche qui n'est plus.
05:44Pas un village sans sa stèle
05:46et sa litanie de héros,
05:48tombée pour la France.
06:06En 1921, sous l'arc de triomphe,
06:09on enterre un soldat inconnu.
06:11Un homme qui, à lui seul,
06:13incarne le sacrifice de ces anonymes,
06:16morts au combat.
06:23Une cérémonie grandiose,
06:25comme pour signifier la perte irrémédiable,
06:28celle qui va marquer cette génération de survivants.
06:41jamais un conflit n'avait fait autant de dégâts
06:44chez les hommes revenus du front.
06:47Quatre millions et demi de blessés.
06:52Et que dire de ceux dont une partie de l'âme
06:54est restée sur le champ de bataille ?
07:05Georges Duhamel est alors médecin militaire dans l'Oise.
07:08Il décrit le soldat Marie Le Rondeau qu'il soigne.
07:12Il regarde autour de lui
07:13et sourit quand ses yeux rencontrent les miens.
07:16Il n'est pas fier et ne parle pas à tort et à travers.
07:19Il n'est pas ici pour plaisanter,
07:21mais pour souffrir encore.
07:43Réparer les vivants,
07:45surtout les gueules cassées,
07:46devient une cause nationale.
07:51Il faut soigner ces hommes
07:53qui, pour la première fois dans l'histoire,
07:55ont éprouvé les méfaits
07:56d'une guerre de destruction massive.
08:02Aux souffrances physiques et psychiques
08:04s'ajoute une forme de honte.
08:06La honte d'être des ombres vivantes de la guerre.
08:09Alors, patiemment,
08:11on colmate les plaies,
08:13on dissimule l'épreuve de leur calvaire.
08:21Pourtant,
08:22ces anciens poilus ne s'apitoient pas sur leur sort.
08:25Mutilés,
08:26amputés,
08:27la figure rafistolée.
08:28Ce qu'ils veulent,
08:29c'est reconstruire.
08:31Leur corps, bien sûr,
08:32mais aussi la France.
08:34C'est une question d'union sacrée.
08:36Sinon, pourquoi tous ces sacrifices ?
08:44Il est difficile de réaliser
08:46combien la tâche est immense.
08:48Il faut ramasser les cadavres,
08:50enlever des kilomètres de barbelés,
08:51désamorcer les milliers d'obus
08:53qui menacent d'exploser.
08:59Imaginés.
09:0160 000 kilomètres de routes impraticables.
09:06450 000 maisons rasées.
09:102 millions d'hectares de terre de labours
09:12à remettre en état.
09:15Dans le nord,
09:17surtout dans les zones les plus dévastées,
09:19les soldats remisent leurs fusils
09:21et leurs baïonnettes.
09:25Installés dans les fermes,
09:26ils se font manœuvre,
09:28ferronniers.
09:39Ils sont partout, les poilus.
09:41Les troupes anglaises,
09:43canadiennes et américaines
09:44à leur côté.
09:51À Noyon comme ailleurs,
09:53l'urgence,
09:54c'est de déblayer la gare
09:56pour faire reprendre
09:57le balai des locomotives.
10:14A partir de mars 1919,
10:16les 400 000 Français
10:18qui avaient dû fuir les combats
10:19sont de retour dans leur foyer.
10:24à la Cigny,
10:25dans l'Oise,
10:26à la descente des trains,
10:28ils découvrent un village défiguré.
10:46Il ne reste plus rien de leur passé.
10:4940 femmes et enfants
10:50s'installent dans des baraques de fortune.
10:54Isolés,
10:55ils tentent d'y survivre.
10:58dans ces cabanes en bois,
11:00dans ces gourbis,
11:01creusées à même la roche.
11:16Et à ces conditions dantesques
11:18s'ajoute la faim.
11:20jusqu'en 1921,
11:22hormis le tabac,
11:23tout est rationné.
11:24Ils n'ont droit
11:25qu'à 400 grammes de viande
11:27par mois et par adulte,
11:28à 750 grammes de sucre.
11:35Les populations du Nord
11:36vivent terrées
11:38et le ventre vide.
11:49Bouleversée par ces destins tragiques,
11:51une Américaine décide alors
11:52de s'installer à leur côté.
11:54Anne Morgan,
11:55à 40 ans,
11:56quand elle découvre Blaire-en-Cours
11:58dans l'Aisne.
12:05Héritière d'une fortune considérable,
12:08elle va devenir une pionnière
12:09de l'aide humanitaire.
12:15Avec 350 bénévoles américaines,
12:18Anne Morgan met en place
12:19l'une des plus importantes organisations
12:21qui viennent en aide
12:22à ces populations isolées.
12:30Déposer un sac de vêtements,
12:31avoir un mot pour chacun
12:33et surtout,
12:34offrir quelques vivres.
12:42En juin 1919,
12:44dans une lettre à sa mère,
12:45Anne Morgan écrit
12:47« Cette semaine,
12:48nous sommes allés dans un village
12:49à côté de Soissons
12:50pour l'arrivée d'une cargaison
12:51de 800 poulets,
12:52de vaches et de lapins.
12:54Les habitants traînaient
12:55de tous côtés,
12:56désireux de voir lesquels
12:57ils pourraient emporter avec eux.
12:58Tout le monde était souriant
13:00et heureux.
13:01Ils n'avaient que le mot
13:01« Amérique » à la bouche.
13:15Au fil des mois,
13:16du fait de la démobilisation,
13:18Anne Morgan et ses compagnes
13:19se retrouvent de plus en plus
13:21seules pour s'occuper
13:22de ces populations.
13:24Elle essaie de leur offrir
13:25rien de moins qu'une vie digne,
13:26avec ses émerveillements
13:28et ses rituels.
13:37Alors, pour effacer
13:39les traumatismes de la guerre,
13:41on remet sur pied
13:41des dispensaires,
13:42des bibliothèques,
13:44des écoles.
13:45Cette génération
13:46ne doit pas être
13:47celle du malheur.
13:48Ils sont l'espoir
13:49des années 20.
13:51Ceux qui doivent faire
13:52renaître la France
13:53de ses cendres.
14:04Les initiatives
14:05comme celle d'Anne Morgan
14:07sont salvatrices
14:08durant les premiers mois
14:09d'après-guerre.
14:10Mais à partir de 1920,
14:12avec la réorganisation
14:13des services de l'État,
14:15la reconstruction
14:15devient massive.
14:18Les paysans français
14:19sont parmi les premiers
14:20à se mobiliser.
14:23Dans les champs
14:24de la Somme,
14:24par exemple,
14:25les agriculteurs
14:26découvrent ces nouveaux
14:27tracteurs américains.
14:34installés dans la région
14:35de Soissons,
14:36le jeune Louis du Quenet
14:38se souvient de ces paysans
14:39qui portaient pour
14:40seuls vêtements
14:41leurs anciens uniformes.
14:46Il dit
14:47« À la bravoure des soldats
14:50a succédé la ténacité
14:51des cultivateurs
14:52venus reprendre
14:53possession du sol.
14:54On les appelait entre nous
14:55les habitants du désert. »
15:06Ces paysans travaillent
15:07sans relâche
15:07à refaire de ces terres
15:09les greniers à blé
15:10de la France.
15:11Et à l'été,
15:12même dans les zones
15:13les plus dévastées,
15:14les moissons sont riches.
15:16Les champs retrouvent
15:17le blond des épis de blé.
15:31Où que l'on regarde,
15:33le pays a des allures
15:34de chantier
15:34avec partout
15:35le même mot d'ordre
15:36« reconstruire à l'identique »
15:39comme si cette guerre
15:40n'avait jamais eu lieu.
15:50260 000 maisons
15:52vont être financées
15:53par l'État
15:53pour les veuves,
15:55les mutilés
15:55et autres anciens combattants.
15:58Un chantier colossal
15:59qui va durer
16:00toute la décennie.
16:20Les travailleurs
16:21qui soutenaient
16:21l'industrie de guerre
16:22doivent se mettre
16:23au service
16:24d'un nouveau monde.
16:28Mais dans tout le pays,
16:30un problème surgit.
16:33Les morts sont au cimetière,
16:34les blessés
16:35enfermés dans leur douleur.
16:37La France
16:37manque cruellement
16:39de main d'œuvre.
16:50Ils ne sont plus assez
16:51de bras sur les docks
16:52à Bordeaux,
16:53plus assez de travail
16:54dans les cimenteries
16:55de la vallée de la Seine.
16:57Il n'y a plus assez
16:57de labeur
16:58dans l'industrie chimique
16:59de la vallée du Rhône.
17:02Le gouvernement
17:03se résout alors
17:04à ouvrir grand
17:05les frontières.
17:07L'immigration de masse
17:08sera-t-elle
17:09notre planche de salut ?
17:12À Marseille,
17:14au port de la Joliette,
17:15des centaines d'Italiens
17:16descendent des paquebots
17:17quotidiennement.
17:19Ils offrent,
17:20comme d'autres immigrés,
17:21leur force à la France.
17:27Mais à peine
17:28ont-ils touché
17:28le sol
17:29que naissent
17:30racisme
17:31et inégalité.
17:33Car le ministère
17:35du Travail
17:35les classe
17:36selon une hiérarchie
17:37nationale
17:38et raciale.
17:40En haut de la liste,
17:42les Italiens,
17:43une main d'œuvre
17:44dite docile
17:45et régulière,
17:46suivent les Espagnols,
17:47jugés très bons
17:48mais nomades,
17:49puis les Portugais,
17:51les Grecs,
17:51les Marocains,
17:53les Kabyles
17:53et tant d'autres.
17:55En dernier,
17:56les Chinois
17:56et les Malgaches
17:57estimaient médiocres
17:59et peu disciplinés.
18:05Certaines régions
18:06deviennent emblématiques
18:07de cette nouvelle immigration.
18:09À Béthune,
18:09dans le Pas-de-Calais,
18:11les bars,
18:11les commerces
18:12et les églises
18:13prennent l'accent polonais.
18:14On surnomme
18:15certains quartiers
18:16Malopolska,
18:17la petite Pologne.
18:29Ils sont tous ici
18:30pour la même raison.
18:31Ils viennent travailler
18:32dans les mines.
18:39Chez eux,
18:40ils étaient paysans
18:41et cultivaient la terre.
18:43Désormais,
18:44ils vont s'enfoncer
18:45dans ces profondeurs
18:46et y creuser des galeries.
18:48Ce sont eux,
18:49les Polonais,
18:50qui partent à l'assaut
18:51des houillères,
18:52du charbon,
18:53des tunnels.
18:57Beaucoup vont chercher
18:58à fuir ces boyaux souterrains
19:00et leurs conditions
19:00de vie atroces.
19:02Sans succès.
19:04Ces immigrés
19:05ne sont accueillis
19:05que dans la mesure
19:06où ils permettent
19:07de produire cette houille,
19:08indispensable
19:09à l'économie française
19:10qui se reconstruit.
19:22en quelques années,
19:24le nombre de travailleurs
19:25immigrés va doubler
19:26pour atteindre
19:272 millions et demi.
19:31Dans cette France
19:32qui se transforme,
19:34un lieu incarne
19:35toutes les illusions
19:36des années 20,
19:37l'usine.
19:38des centaines
19:40de milliers
19:40de paysans
19:41et des travailleurs
19:41immigrés s'y précipitent,
19:43attirés par la promesse
19:44d'une vie meilleure.
19:50Dans les hauts fourneaux
19:51de Lorraine,
19:52à l'aube,
19:53retentit le signal
19:54de l'embauche.
19:55Le jeune Maurice Alline
19:57a 14 ans
19:58quand il franchit
19:58pour la première fois
19:59les portes d'une fonderie.
20:02Ses rêves
20:02s'envolent aussitôt.
20:10L'usine était peu accueillante,
20:12c'est le moins
20:12que l'on puisse dire.
20:13A l'intérieur,
20:15le vacarme était assourdissant.
20:19Cette cacophonie
20:20me faisait peur.
20:21Je me sentais
20:22transparent,
20:23inexistant.
20:28J'ai fait des efforts
20:29pour ne pas pleurer.
20:31Qu'avais-je donc fait
20:31au bon Dieu
20:32pour mériter
20:32cette punition ?
20:45Le quotidien
20:45de ces hommes
20:46et de ces enfants
20:47consiste à travailler
20:48dans des températures
20:49infernales,
20:50dans une odeur
20:51à rendre fou.
20:52Après quatre années
20:53de tranchées,
20:54beaucoup ont le sentiment
20:55qu'ils plongent
20:56dans un nouvel enfer
20:57et que celui-ci
20:58va durer toute une vie.
21:13grâce à ces forçats,
21:15les mines
21:15et la métallurgie
21:16sont relancées.
21:18La France devient
21:18une usine
21:19à ciel ouvert
21:20et voie-cran.
21:21À Saint-Nazaire,
21:23les ouvriers
21:23retrouvent le chemin
21:24des arsenaux
21:25où ils construisent
21:26les plus grands paquebots
21:27de l'époque.
21:30À La Rochelle,
21:32les pêcheries
21:32prennent un virage
21:33industriel.
21:37Dans le nord,
21:38les femmes ont retrouvé
21:39leur métier
21:40à tisser des dentelleries.
21:49Partout,
21:50la modernité
21:50étend sa toile
21:52et bouleverse
21:52les usages.
21:54Dans ces ateliers,
21:55faits nouveaux
21:56depuis la guerre,
21:57hommes et femmes
21:58travaillent d'égal
21:59à égal.
22:00Et c'est ensemble
22:01qu'ils vont découvrir
22:01une nouvelle forme
22:02de servitude.
22:09Dans les ateliers
22:10de l'usine Renault
22:10à Boulogne-Biancourt,
22:12Serge Raboukine,
22:1320 ans,
22:14travaille sur la toute nouvelle
22:15chaîne de production
22:16de moteurs.
22:18Il raconte.
22:18mon travail à moi
22:20consiste à placer
22:21une seule goupille
22:22dans un rouage
22:23de transmission.
22:24Goupille le matin,
22:26goupille l'après-midi,
22:27goupille le soir.
22:29Voilà,
22:29c'est tout.
22:45Répétez, répétez
22:46et répétez encore.
22:48Les ouvriers découvrent
22:49un nouveau mode
22:50de production,
22:51le taylorisme.
22:53Automates
22:53à la merci
22:54des machines,
22:55ils sont surveillés
22:56par des contre-maîtres
22:57qui règnent
22:58sur les ateliers.
23:04Et payés à la pièce,
23:06ils ne récoltent
23:07qu'à la mesure
23:08de leur labeur.
23:18Est-ce donc cela
23:19le capitalisme
23:20du XXe siècle,
23:21le travail à la chaîne,
23:22surveillé,
23:23huit heures par jour ?
23:39Confinés dans ces tâches
23:40abrutissantes,
23:41naît alors une profonde
23:43crise dans le monde
23:43ouvrier.
23:45Ils assimilent
23:46leur travail
23:47à une forme
23:48d'esclavage.
23:53Sans ces cohortes
23:54d'hommes et de femmes,
23:55jamais l'économie
23:56n'auraient pu repartir
23:57si vite.
23:58Et c'est grâce à eux
23:59qu'émerge
24:00une nouvelle aristocratie
24:01industrielle,
24:02une caste
24:03dont certains noms
24:04vont traverser
24:05le siècle.
24:09Une entreprise
24:11en est l'illustration
24:12parfaite,
24:13Citroën.
24:20fondée par André Citroën,
24:22un visionnaire,
24:24la marque va devenir
24:24l'emblème du renouveau
24:25français.
24:28En quelques années,
24:30les voitures sorties
24:31des usines parisiennes
24:32vont se retrouver
24:33partout,
24:34dans les rues
24:35de Copenhague,
24:38au milieu des bus
24:39rouges de Londres,
24:42au Vatican
24:43et à Berlin.
24:47Elles traversent
24:48même la jungle
24:49ou le désert saharien.
24:58Citroën,
24:59deuxième fabricant
25:00mondial de voitures,
25:02et ses quelques
25:02trente mille employés
25:03illuminent le monde.
25:10A l'heure de quitter
25:11l'usine,
25:12c'est à vélo
25:13que les ouvriers
25:13repartent.
25:14Eux qui n'auront
25:15jamais les moyens
25:16de s'acheter
25:16les voitures
25:17qu'ils assemblent.
25:20Dans ces existences,
25:21le dimanche
25:22fait figure
25:23d'Eldorado.
25:25Hommes endimanchés,
25:27guinguettes
25:27sur la marne
25:28et balmusettes.
25:30Ces images
25:30sont devenues
25:31des clichés
25:31des temps heureux.
25:33Nos grands-parents
25:34les vivent alors
25:35comme les seuls
25:36moments de loisirs.
25:38Une journée
25:39par semaine
25:39pour retrouver
25:40la liberté des corps
25:41qui ne battent plus
25:42au rythme des machines
25:43mais seulement
25:44sur les musiques
25:45du moment.
25:48Le jour du Seigneur
25:49est devenu
25:49celui du repos
25:50dominical.
26:06que de chemins
26:07parcourus
26:08depuis la fin
26:08de la guerre.
26:29En cinq ans,
26:30tout a changé.
26:32Tout le monde
26:32ne profite pas
26:33de la même manière
26:34de cette transformation,
26:35certes,
26:35mais les Français
26:36sont gagnés
26:37par une effervescence
26:38inédite.
26:42Les villes
26:42ne cessent
26:43de grossir.
26:43La France
26:44rurale
26:44laisse la place
26:45à une société
26:46urbaine.
26:48Un nouveau pays
26:49voit le jour.
26:50C'est la grande
26:50mutation
26:51des années 20.
26:53On rêve
26:54de changer
26:54de destin
26:55comme on traverse
26:55la rue.
26:56Employés
26:57ou fonctionnaires
26:58s'engouffrent
26:58dans les métros
26:59et figurent
27:00la classe moyenne
27:01des nouvelles métropoles.
27:12Une nouvelle catégorie
27:14de Français
27:14symbolise plus que
27:15tout autre
27:15ces métamorphoses,
27:17les banlieusards.
27:19Ils travaillent
27:20pour la plupart
27:20dans les usines
27:21et leur horizon
27:22barré de cheminées
27:23se transforme.
27:32A l'est
27:33de Paris,
27:34à la porte
27:34de Ménilmontant,
27:36ils s'entassaient
27:37dans des maisons
27:37insalubres,
27:38sans eau
27:38ni électricité
27:39où la tuberculose
27:41faisait des ravages.
27:44Préoccupés
27:45par les risques
27:45sanitaires,
27:46les autorités
27:47ont décidé
27:47d'urbaniser.
27:54et surgissent alors
27:55ça et là
27:56des immeubles
27:56d'un genre nouveau.
27:58Les habitations
27:59à bon marché
28:00qui préfigurent
28:01nos HLMs actuels.
28:04Des montagnes
28:05de briques rouges
28:06qui riment
28:06avec confort
28:07et modernité.
28:22Aline Roger
28:23a 11 ans
28:23quand elle s'y installe
28:24avec sa famille.
28:26Elle raconte.
28:28Notre logement
28:29était petit,
28:30trois pièces
28:30avec une chambre,
28:31une salle à manger
28:32et une cuisine minuscule.
28:34Chose rare à l'époque,
28:35il y avait même
28:36des toilettes.
28:37Nous n'avions en revanche
28:38pas de salle de bain.
28:52il faut encore y faire
28:54sa toilette
28:54dans des bassines,
28:55certes,
28:56mais pour les ouvriers
28:57et leurs familles,
28:58ces appartements
28:59riment avec
28:59progrès social.
29:15dans ces paysages
29:16d'acier
29:16et de béton,
29:17la nature
29:18fait aussi son retour,
29:19là où on ne l'attendait pas.
29:22Dans les faubourgs,
29:23les ouvriers
29:24disposent parfois
29:24d'un bout de jardin
29:25où l'on se rappelle
29:26avoir été paysan.
29:33Quelques mètres carrés
29:34pour agrémenter
29:35l'ordinaire,
29:36un lopin de terre
29:37pour gonfler l'orgueil,
29:39se sentir chez soi,
29:41une fenêtre
29:42dans la grisaille
29:42et la dureté
29:43des usines.
29:49Ce peuple des banlieues
29:50se mêle
29:51et s'entremêle.
29:52À force de travailler
29:53et de vivre ensemble,
29:55ils bâtissent
29:55une société
29:56à côté de celle
29:57des privilégiés
29:58et rêvent parfois
29:59de nouveaux horizons
30:00pour leur classe sociale.
30:02Nous sommes
30:02la jeune France,
30:05nous sommes
30:06les gars
30:06de la revue,
30:09le fait
30:10dans la souffrance.
30:13Ils se découvrent
30:14nombreux
30:14et peut-être puissants.
30:16La politique
30:17surgit
30:18dans les banlieues.
30:24au but de Chaumont,
30:25Paul Vaillant-Couturier,
30:27leader communiste
30:28proche de la CGT,
30:29n'a pas son pareil
30:30pour galvaniser les foules.
30:35Dans ses discours,
30:37il se prend à rêver
30:38de révolutions,
30:39comme celle de 1917
30:40en Russie.
30:46Et comme pour mieux montrer
30:48à la classe ouvrière
30:49combien il est conscient
30:50de ses sacrifices,
30:51le samedi 23 novembre 1924,
30:54le gouvernement de gauche
30:56fait entrer Jean Jaurès
30:57au Panthéon.
31:05Jaurès,
31:06l'homme qui œuvrait
31:07à une république
31:08au service de tous
31:09et surtout des plus faibles,
31:11le fondateur
31:12du socialisme français,
31:14mort dix ans plus tôt.
31:17La fierté se lie
31:18sur les visages
31:18des mineurs de Carmo
31:19qui escortent
31:20son catafalque.
31:29Les journaux du lendemain
31:30déclarent avoir assisté
31:32à la plus grandiose
31:33manifestation populaire
31:35qu'on ait jamais vue
31:36à Paris.
31:49Pour la première fois
31:50depuis 1914,
31:52les Français se projettent
31:53dans l'avenir
31:54et rêvent
31:54à des jours meilleurs.
31:59leurs enfants vivront mieux.
32:01C'est leur secret espoir.
32:16Un rêve encore illusoire
32:18dans les années 20
32:18car selon qu'il naît
32:20riche ou pauvre,
32:21un enfant ne fréquente
32:22pas les mêmes écoles.
32:26Les enfants de privilégiés
32:27étudient dans des établissements
32:29publics et payants
32:30qui les préparent
32:31à de longues études.
32:33Seul 1,5%
32:35d'une classe d'âge
32:36obtient le baccalauréat.
32:43Les autres,
32:44les plus pauvres,
32:45quittent l'école
32:45dès 13 ans
32:46pour aider leur famille.
32:52Ils rejoindront
32:54le peuple des usines
32:55comme leurs parents.
32:56Les destins se répètent
32:57comme par une fatalité
32:59souvent inexorable.
33:06Le jeune Henri Allier
33:07est un de ceux-là.
33:09Il quitte l'école
33:10à 14 ans
33:10pour devenir
33:11apprenti boulanger.
33:13À 14 ans,
33:15on vous payait
33:15avec une fronde.
33:16On vous payait
33:17que dalle.
33:1750 centimes par mois,
33:19des coups de pompe
33:19dans le derrière
33:20et des bassines d'eau
33:20pour me faire lever.
33:21On faisait le pain,
33:23on faisait le jardinier,
33:24on allait soigner
33:24les cochons,
33:25on allait chercher
33:26du bois qu'on coupait
33:26à la hache.
33:27On était la bonne
33:28à tout faire.
33:41La promesse
33:42de Jules Ferry
33:43disparaît
33:44dans ses ateliers
33:45et ses brimades.
33:46On ne forme pas
33:47des citoyens,
33:48mais des bras,
33:49corvéables
33:50et sous-payés.
34:01Comme toujours
34:02dans ce théâtre
34:03d'inégalités,
34:04les filles souffrent
34:05davantage.
34:16Scolarisés
34:16à l'égard
34:17des garçons,
34:18on leur apprend
34:18à retoucher
34:19un vêtement,
34:20à avoir
34:20une conversation
34:21plaisante,
34:22à tenir une maison,
34:23selon la formule
34:24de l'époque.
34:26Les femmes
34:27doivent être éduquées,
34:28certainement pas
34:29instruites.
34:41En 1924,
34:42une réforme scolaire
34:44améliore un peu
34:44leur situation.
34:46Un décret unifie
34:48les programmes scolaires
34:49des filles et des garçons.
34:53Les étudiantes
34:54ne sont plus obligées
34:55de passer le baccalauréat
34:56en candidate libre.
34:58Les portes des universités
35:00s'ouvrent à elles doucement.
35:07Mais pour la grande majorité
35:08d'entre elles,
35:09la modernité attendra.
35:11Car selon la bonne morale
35:12de l'époque,
35:13être une femme,
35:14c'est avant tout
35:15être une femme au foyer.
35:19Et dans un pays
35:20où l'eau courante
35:21est une rareté,
35:22l'électricité
35:23un luxe,
35:24c'est un travail
35:25harassant
35:26qui prend plus
35:26de cinq heures
35:27par jour.
35:36Regardez ces lieux,
35:37aujourd'hui disparus.
35:39Pas une ville,
35:40pas un village
35:41censé l'avoir
35:41où les promesses
35:43d'émancipation
35:43se noient
35:44et se diluent.
35:49Yvonne Linné
35:50vit à Périgueux
35:51et elle se souvient
35:52de ces dimanches
35:53entre femmes.
35:55On discute beaucoup.
35:57On restait des heures
35:58à genoux
35:58dans notre boîte
35:59remplie de paille
36:00à frotter,
36:01rincer,
36:02taper.
36:02L'hiver,
36:03l'eau n'est pas gelée
36:04mais nos doigts
36:05sont engourdis.
36:06Ce travail était dur
36:08mais tout était dur.
36:10Même après le travail,
36:12les femmes
36:13n'ont d'autre destin
36:13que de se consacrer
36:14à ces tâches domestiques.
36:20Au milieu des années 20,
36:22les choses changent un peu.
36:24Sur le champ de Mars,
36:26à Paris,
36:26s'ouvre un salon
36:27au drôle de nom,
36:29le salon des arts ménagers.
36:31Le travail domestique,
36:33pensé par les hommes,
36:34y est érigé en art.
36:37Il s'agit d'améliorer
36:38le quotidien des femmes,
36:39oui,
36:40mais à une condition,
36:41qu'elles restent à la maison.
36:47L'industrie a pris
36:49un virage moderniste
36:50et il faut que les ménages français
36:52en fassent autant.
36:56Chaque année,
36:57plus de 100 000 français
36:58découvrent ces objets
36:59qui brassent du vent,
37:00ces armoires
37:01qui font du froid
37:01et permettent
37:02de conserver les aliments.
37:08Et que dire
37:09de ces machines
37:09qui éviteront aux femmes
37:10de laver la vaisselle ?
37:16Du moins,
37:17celles qui auront
37:17les moyens
37:18de se les offrir.
37:27Pour ces femmes
37:28qui travaillent à la chaîne,
37:30ces promesses technologiques
37:31paraissent bien lointaines.
37:40Ce qu'elles veulent,
37:41c'est du respect
37:42et surtout l'égalité.
37:45Pourquoi n'aurait-elle pas
37:46les mêmes droits
37:47que les hommes,
37:48elles qui triment
37:49autant que les hommes ?
37:56un nouveau combat
37:58déterminant pour l'avenir
37:59des femmes
38:00est en train de naître
38:01avec une revendication majeure,
38:03le droit de vote.
38:11En 1925,
38:13dans les rues de Paris,
38:14un groupe de suffragettes
38:16dirigé par Marthe Bray
38:17va se lancer
38:18dans ce combat.
38:20Leurs armes,
38:21l'agitation
38:22et la propagande publique.
38:24Si les femmes
38:25veulent être entendues,
38:26elles doivent battre
38:27le pavé.
38:28Les bus
38:29de la Ligue d'Action
38:30féminine
38:31sillonnent Paris
38:32et la province.
38:33Marthe Bray écrit
38:34« Nous voulons créer
38:36un vaste mouvement populaire
38:37et nous avons adopté
38:38le discours des sans voix.
38:40Ni bourgeoise,
38:41ni prolétaire,
38:42femmes d'abord. »
38:44Ces suffragettes
38:44sont entendues
38:45à la Chambre des députés
38:46qui tranchent
38:47en faveur du vote féminin.
38:48Mais par deux fois,
38:50le Sénat bloque
38:51la réforme.
38:52Comme si tout
38:53était joué d'avance,
38:55comme si le progrès
38:56et l'égalité
38:56n'étaient décidément
38:58pas pour elles.
39:06Et si l'émancipation
39:08des femmes
39:08passait
39:09par une coupe
39:09de cheveux.
39:20Dans les beaux quartiers
39:21du 8e arrondissement
39:22de Paris,
39:23un coiffeur
39:24de l'Institut Cavalieri
39:25raconte
39:26« Lorsque j'ai dû tondre
39:28pour la première fois
39:29une magnifique tête
39:30de cheveux châtains,
39:31j'ai ressenti
39:32un frisson de révolte.
39:33J'ai imploré le pardon. »
39:36Ma cliente m'a rétorqué
39:37« Nos cheveux sont le symbole
39:39de notre servitude passée.
39:40Leur chute mettra fin
39:42à notre humiliation. »
39:47En agissant de la sorte,
39:49les femmes cherchent bien sûr
39:51à être belles.
39:52Mais ce geste
39:53est un acte esthétique
39:54autant que politique.
40:00Si elles ne peuvent pas
40:01être l'égale de l'homme,
40:02leur coiffure sera alors
40:04un affront au patriarcat.
40:15D'abord portée
40:16par une jeunesse bourgeoise,
40:18cette révolution du genre
40:19est un raz-de-marée.
40:21Où que vous regardiez,
40:23des millions de femmes
40:24portent les cheveux courts.
40:25Plus qu'une mode.
40:26C'est un cri du cœur.
40:28C'est la folie de la garçonne.
40:35Une nouvelle esthétique
40:37s'empare aussi de la mode.
40:38Fini les silhouettes corsetées
40:40et étouffantes.
40:41Les femmes portent désormais
40:43des jupes courtes
40:43et dénudent leurs épaules.
40:45Elles s'assument androgynes
40:47et pourquoi pas aguicheuses.
40:49La garçonne,
40:49c'est une tenue
40:50et c'est aussi une façon
40:51de vivre,
40:52une façon d'être libre.
40:54Fumer aux terrasses des cafés,
40:56se promener entre amis
40:57et surtout s'amuser.
40:58Des gestes révolutionnaires
41:00pour l'époque.
41:27Les années folles
41:29viennent de voir le jour.
41:38Applaudissements
41:40Applaudissements
41:52De 2 octobre 1925,
41:55une jeune femme
41:56fait sa première apparition
41:57sur la scène du théâtre
41:59des Champs-Élysées.
42:00Elle s'appelle
42:01Joséphine Baker.
42:04Son nom,
42:05son attitude
42:06et son visage
42:07seront autant de séisme.
42:09La jeune afro-américaine
42:10de 19 ans
42:11se lance dans un charleston
42:13effréné,
42:13dans un mélange
42:14de grimaces
42:15et de contorsions
42:15que le public
42:17n'a encore jamais vu.
42:19Tous les soirs,
42:20les représentations
42:21font sale comble
42:22et elles fascinent
42:23autant les femmes
42:24que les hommes.
42:25Une star
42:25de l'entre-deux-guerres
42:27vient de voir le jour.
42:30Et aussitôt,
42:31les critiques pleuvent
42:31sur Joséphine Baker
42:32et la revue Nègre.
42:34La plupart,
42:35dit tyrambique.
42:36D'autres dénoncent
42:37pêle-mêle
42:38cette danse
42:39d'une rare inconvenance,
42:40le triomphe
42:41de la lubricité
42:42ou encore
42:43cette lamentable exhibition
42:45qui nous ramène
42:46aux singes
42:47beaucoup plus vite
42:48qu'on en ait descendu.
42:50Mais ces critiques
42:52jugent-ils l'artiste
42:53qui se produit sur scène
42:54où la société française
42:56et ses nouvelles mœurs
42:57considérées décadentes
42:58par une frange
42:59de conservateurs ?
43:22En dix ans,
43:23tout a changé.
43:24Dans les usines
43:26et les foyers,
43:27la modernité
43:27a déjà tout bouleversé.
43:29Les Français
43:29vont désormais
43:30changer de façon
43:32de faire la fête.
43:33Ils en ont assez
43:34de la guerre,
43:35des usines,
43:36de la vie chère.
43:38Alors à Pigalle,
43:38à Montparnasse,
43:39on allume les feux
43:40de la grande allégresse.
43:47Dans un monde
43:48de plus en plus puritain,
43:49la France devient
43:50la patrie des excentriques.
43:52Le bal de la Horde,
43:53une soirée organisée
43:55une fois par an,
43:56en est le paroxysme.
44:01Ces soirées permettent
44:02de s'oublier,
44:03d'échapper aux carcans
44:04sociaux.
44:05Au milieu du Gotha
44:06parisien,
44:07on croise Pablo Picasso,
44:09Marc Chagall
44:09ou Henri Matisse.
44:12Et comme un pied de nez
44:13aux critiques
44:14à l'égard
44:14de la revue nègre,
44:16les hommes
44:16s'y déguisent
44:17en sauvage.
44:31La radio,
44:33média de plus en plus
44:34populaire,
44:35relate ces fêtes
44:35délurées,
44:37joue ces airs
44:37de jazz.
44:43La culture
44:44venue d'Amérique
44:45fait des ravages.
44:50Pas un bal
44:51ou que ce soit
44:52en France
44:52sans son orchestre
44:54de jazz.
45:00Au son des saxophones,
45:02les Afro-Américains
45:03ont transmis
45:03le virus du jazz
45:04à la France.
45:28Dans toutes les villes,
45:30les Français découvrent
45:31d'autres divertissements.
45:33la salle de cinéma
45:35y est devenue
45:36une institution.
45:48Loisir des pauvres
45:49par excellence,
45:50aller au cinéma,
45:51c'est comme aller au peuple.
45:54Quand on est issu
45:55d'un milieu aisé,
45:57c'est une manière
45:57de s'encanailler.
46:02à la Chambre des députés,
46:04certains décrivent
46:05même le septième art
46:06comme un instrument
46:07de perversion.
46:09Rien que ça.
46:16On y va autant
46:17pour découvrir
46:18les exploits
46:19de l'aviateur
46:19Charles Lindbergh
46:20que pour regarder
46:21le dernier film
46:22muet
46:22avec Rudolf Valentino.
46:30On se presse
46:31pour entrevoir
46:31les célébrités
46:32du moment
46:32aux avant-premières.
46:37En 1929,
46:39dans une vingtaine
46:40de salles en France,
46:41une petite révolution
46:42va rendre le cinéma
46:44encore plus populaire.
46:46Sur l'écran,
46:47pour la première fois,
46:49les acteurs
46:50qu'ils regardent
46:51leur parlent.
46:52« Bonsoir, mademoiselle.
46:55Voulez-vous danser
46:56avec moi ? »
46:57« Certainement, monsieur.
46:59Avec plaisir. »
47:06La France brille
47:07et peut s'enorgueillir
47:08d'être redevenue
47:09une nation
47:10où pour beaucoup,
47:11il fait bon vivre.
47:16Pendant les fêtes
47:17de Noël,
47:18les Français,
47:19surtout les plus jeunes,
47:20redécouvrent
47:20sur les traditionnelles vitrines
47:22des grands magasins.
47:23Depuis peu,
47:24grâce à la fée
47:25électricité,
47:26elles sont illuminées.
47:33Le progrès
47:34s'immisce partout,
47:35comme une promesse
47:36de lendemain
47:36forcément radieux.
47:43Mais le 24 octobre 1929,
47:46le monde va chavirer
47:48et les Français avec.
47:52Dix ans après
47:53la fin de la guerre,
47:54le glas sonne
47:55pour les années folles.
47:57Ce jeudi noir,
47:58les banquiers français
47:59comprennent
48:00qu'un krach boursier
48:00sans précédent
48:01vient de commencer
48:02à Wall Street.
48:03La moitié
48:04des fortunes américaines
48:05partent en fumée
48:07en quelques jours seulement,
48:09emportant avec elles
48:09l'ensemble
48:10de l'économie mondiale.
48:16Et si la laigresse
48:17des années 1920
48:18n'était qu'une illusion ?
48:24Nos grands-parents,
48:25à la sortie de la guerre,
48:26espéraient la paix,
48:28rêvaient de progrès.
48:29Pour y parvenir,
48:31ils ont tourné le dos
48:32aux codes du siècle précédent
48:33et ont façonné
48:35un nouveau pays.
48:36Mais à la veille
48:37des années 30,
48:38ils s'interrogent.
48:40Et si tout tournait
48:41de nouveau au cauchemar ?
48:43Sous-titrage Société Radio-Canada
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