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Le fascisme est-il vraiment un vestige du passé ? Alors que l'extrême droite est donnée favorite pour l'élection présidentielle de 2027, trois spécialistes, l'historien Johann Chapoutot, le sociologue Ugo Palheta et la constitutionnaliste Eugénie Mérieau, nous alertent sur les menaces qui pèsent déjà sur l'État de droit.
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00:00Les éléments constitutifs majeurs du nazisme sont ceux de la modernité occidentale.
00:05Entre le racisme, l'antisémitisme, le colonialisme, le capitalisme, l'impérialisme,
00:10tous ces ismes-là n'ont pas disparu, aucun n'a été démonté.
00:14Et on s'en est tiré après 1945 de manière un petit peu facile et un petit peu légère,
00:20en considérant que la défaite du Reich, la défaite des armées allemandes,
00:24était la défaite du nazisme. En réalité, ce n'est pas le cas.
00:27En France, le fascisme, c'est toujours un ailleurs.
00:30La France aurait été allergique au fascisme du fait des valeurs et des institutions républicaines.
00:35Ça occulte le régime de Vichy, qui a collaboré activement avec l'occupant nazi,
00:41y compris en devançant ses exigences en termes de déportation des Juifs et des Juifs de France.
00:46Et puis ça occulte le fait qu'après-guerre, assez vite, les courants d'extrême droite ont connu une renaissance
00:51et ont été actifs et ont joué un rôle important, notamment pendant les guerres coloniales en Indochine et en Algérie.
00:57Et puis qu'à partir des années 80, tous les héritiers de cette histoire fasciste française ont réussi à émerger
01:04à nouveau sur la scène électorale à travers le Front National.
01:09Le 27 février 2026, l'Assemblée nationale observe une minute de silence en hommage au militant néo-fasciste Quentin de
01:17Ranck.
01:17Il a été tué dans une rixe au cours d'un affrontement avec des antifascistes.
01:22Quelques jours plus tard, Mediapart révèle le contenu des tweets postés par le militant nationaliste.
01:27Des milliers de postes sur X où il rend hommage à Hitler et tient des propos antisémites et racistes.
01:36Pour beaucoup d'associations, de journalistes, de chercheurs, ce moment c'est un événement de plus dans la dérive conservatrice
01:43du pays.
01:44Mais jusqu'où ça peut aller ? Et surtout comment on en est arrivé là ?
01:47Est-ce que c'est crier au loup, comme l'expliquent certains éditorialistes en plateau, de parler d'un danger
01:52fasciste en France en 2026 ?
01:55C'est stupide, ça ne correspond pas à une réalité de la situation, ce ne sont pas les fascistes qui
02:01nous menacent.
02:01Pour répondre à ces questions, j'ai voulu interroger trois universitaires. Eux, ils travaillent sur ces sujets au quotidien.
02:07Je travaille sur les régimes autoritaires par le biais du droit constitutionnel comparé, c'est-à-dire par le biais
02:13des institutions.
02:14Je suis sociologue à l'Université de Lille et je travaille sur les extrêmes droites et leur progression.
02:18Je suis historien du contemporain, plus précisément d'Allemagne contemporaine et plus précisément du nazisme.
02:24Ce qui réunit les trois chercheurs que vous allez entendre, c'est une critique très radicale des deux quinquennats Macron
02:29et l'inquiétude qui monte à un an de la présidentielle de 2027.
02:34Mais aussi, vous allez le voir à la fin de la vidéo, le refus de la fatalité.
02:43Ce qui a persisté dans le fascisme, ce n'est pas tant la forme à travers laquelle il apparaît et
02:48se développe, etc.
02:49Cette forme, c'était, en gros, dans l'entre-deux-guerges, c'était le parti militarisé, le parti centralisé, le
02:54parti structuré, hiérarchisé, etc.
02:56Le Duce Mussolini en Italie, le Führer en Allemagne avec Hitler.
03:04Donc le mouvement fasciste existe sous d'autres formes, sous une forme peut-être de manière plus protéiforme,
03:09avec un ensemble d'éléments, alors des groupuscules violents dans la rue qui agressent, qui intimident, qui tuent parfois,
03:16même souvent en réalité, notamment à l'échelle mondiale.
03:21Des médias, d'extrême droite, qui prennent de l'ampleur, notamment grâce à l'alliance avec certains secteurs du patronat,
03:32avec certains milliardaires, on le voit, Bolloré, Stérin, etc. en France, mais c'est le cas également dans d'autres
03:37pays.
03:40Des organisations politiques à vocation essentiellement électorale, comme le RN.
03:43Tout un ensemble d'éléments qui n'est pas le parti centralisé, le parti militarisé de masse, comme dans l
03:49'entre-deux-guerres,
03:50mais qui en quelque sorte compose un mouvement néo-fasciste qui n'a pas de centre.
03:55En permettant au RN de dépasser les 30% des voix, les Français ont rendu leur verdict, et celui-ci
04:02est sans impel.
04:05Mais le danger est là. Le danger est là à la fois du fait de la puissance de l'extrême
04:08droite, sur le plan notamment électoral,
04:10mais aussi en raison même du type de régime politique dans lequel on est.
04:15Parce que la Vème République, en particulier depuis Macron, c'est une constitution qui donne énormément de place au pouvoir
04:25central,
04:25et notamment au pouvoir exécutif, à la présidence.
04:46Nous vivons sous l'empire de la constitution de 1958, qui fonde la Vème République,
04:52qui est un régime qui a été pensé par le général de Gaulle, et dans une certaine mesure pour le
04:57général de Gaulle.
04:58C'est une constitution qui est semi-présidentielle, alors qu'en réalité c'est hyper-présidentiel,
05:04c'est-à-dire que nous avons un système hybride entre le régime parlementaire et le régime présidentiel,
05:08qui permet d'insulariser le président de la République de toute forme de contestation,
05:13que ce soit par l'Assemblée ou que ce soit directement par les citoyens.
05:17J'ai décidé de vous redonner le choix de notre avenir parlementaire, par le vote.
05:24Je dissous donc ce soir l'Assemblée nationale.
05:31Nous, nous avons ce pouvoir monarchique de la dissolution,
05:34dont je pense que nous avons vu un épisode en juin 2024,
05:38qui était tout à fait révélateur de la dimension autoritaire,
05:41de la dimension monarchique et bonapartiste de ce pouvoir-là.
05:47L'autre pouvoir qu'il a, c'est l'article 16, c'est-à-dire les pleins pouvoirs.
05:52Les pleins pouvoirs de l'article 16 ne connaissent aucun équivalent
05:55dans les démocraties libérales occidentales, pas même aux États-Unis.
05:59Cet article 16, c'est un moyen légal de faire un coup d'État
06:03pour faire basculer notre Ve République dans une dictature.
06:06Nous avons une constitution qui est extrêmement faillible,
06:09dont il faudrait colmater les brèches au plus vite avant 2027.
06:20Dès le début des années 30, vous avez tout un discours qui se met en place
06:25et qui est tout à fait homologue à celui auquel on assiste matin, midi et soir
06:30sur désormais à peu près tous les canaux hertiens.
06:33L'idée selon laquelle il y aurait un centre raisonnable,
06:36alors ce sont les libéraux autoritaires,
06:37qui mènent une politique pro-capital, pro-entreprise, pro-business dirait-on aujourd'hui.
06:42Ça c'est typiquement la politique du gouvernement allemand en 1932
06:45et qui est en même temps assez peu démocratique,
06:48puisqu'il y a l'idée que pour maintenir le taux de profit
06:52et pour préserver des intérêts, il faut réduire la capacité démocratique du peuple allemand
06:59pour éviter que la gauche ne gagne.
07:02Cet extrême centre-là, ces libéraux autoritaires-là,
07:06affirment qu'ils sont le camp de la raison, déjà,
07:10et que de part et d'autre, il y a les extrêmes.
07:13Cette rhétorique-là, d'exclusion des extrêmes, elle est présente.
07:17Ni avec l'extrême gauche de la France insoumise,
07:19ni avec l'extrême droite du Rassemblement National de Reconquête
07:23ou de l'UDR d'Éric Ciotti.
07:25D'un côté, les idéologues de LFI et de l'autre,
07:29les démagogues du Rassemblement National.
07:32Ni LFI, ni RL.
07:33Mais très rapidement, il est dit qu'un extrême est plus extrême que l'autre.
07:38Que si on peut tout à fait travailler avec des gens qui sont patriotes,
07:45raisonnables, bons citoyens, qui aiment l'armée,
07:48qui respectent les institutions, qui mettent des cravates, etc.
07:51Par contre, on ne peut absolument pas dialoguer avec cette espèce de Satan réincarné
07:56que serait le parti communiste allemand.
07:59Ça, c'est déjà en place à l'époque.
08:02Et dans cette reconfiguration du champ politique,
08:08l'extrême droite en vient à se présenter comme patriote et raisonnable,
08:13mais aussi, elle en vient à se présenter comme la représentante
08:17des intérêts de la majorité de la population allemande,
08:20et singulièrement, des classes moyennes, des classes moyennes inférieures,
08:23et la classe ouvrière.
08:25Le parti du peuple, le parti des petits contre les grands, etc.
08:40Ce qui est une forfaiture et une arnaque complète.
08:47Parce que pendant que des orateurs disent ça en public,
08:52Hitler, lui, fait la tournée des Rotary Club et des clubs patronaux
08:56pour dire tout à fait le contraire.
08:58Pour dire qu'évidemment, le parti d'extrême droite est un parti de droite extrême
09:03qui va faire la politique du patronat.
09:05Jordan Bardella, lui, tente de séduire les milieux économiques.
09:11Je pense qu'il y a beaucoup de patrons, que ce soit des petits patrons,
09:15des patrons d'ETI ou des patrons de grands groupes,
09:17qui considèrent aujourd'hui que les mesures que nous portons
09:19sur la simplification, la baisse des impôts de production,
09:22le prix français de l'énergie pour leur redonner de la compétitivité
09:24ou sur le patriotisme économique,
09:26partagent à la fois les diagnostics et les propositions
09:29que formule le Rassemblement National.
09:31Le RN, en pleine mue.
09:34MEDEF, c'est messieurs, merci de bien vouloir rejoindre vos places, s'il vous plaît.
09:37Au MEDEF, Jordan Bardella tentait en août dernier
09:40de gagner la bataille de la crédibilité,
09:43couronnée d'un certain succès.
09:45D'évidence, certains sont mieux conscients, plus conscients
09:48des périls et surtout de ce qui se passe dans le reste du monde que d'autres.
09:51Ça n'est pas un parti pris de ma part,
09:53mais c'est plutôt Gabriel Attal, Bruno Retailleau,
09:56dans une certaine mesure, Jordan Bardella.
10:00Je pense que la fonction que remplissent les extrêmes-droites
10:02dans le contexte contemporain est similaire à la fonction
10:06que les extrêmes-droites de l'entre-deux-guerres ont accomplie,
10:08en quelque sorte, notamment restabiliser le champ politique
10:11dans des moments d'ingouvernabilité, de crise politique profonde,
10:14de crise de représentation politique,
10:16et essayer, tenter de relancer l'accumulation du capital,
10:19ce qu'essaye de faire Trump, en particulier aux États-Unis,
10:22mais d'une certaine manière, la mission des extrêmes-droites,
10:24quand elles arrivent au pouvoir en alliance avec les droites bourgeoises traditionnelles
10:28et avec le soutien d'une partie du capital,
10:30c'est de relancer la machine à faire du profit
10:33et donc à accumuler du capital, etc.
10:35Le néolibéralisme est entré dans une telle impasse
10:37et suscite un tel rejet
10:39qu'on ne peut plus à un certain moment
10:41que l'imposer par la force
10:43et par l'alliance avec l'extrême-droite.
10:45Ça, c'est typiquement toute l'histoire du macronisme.
10:47Vous commencez par le LBD et les grenades de désencerclement,
10:52vous commencez par les mutilations et les violences policières
10:54et vous aboutissez, au fond, à la fusion
10:57macrono-lepéniste et la fusion extrême-centre-extrême-droite.
11:00C'est exactement ce qui se déroule sous nos yeux
11:02avec des Aurore Berger ou des Martine Vassal
11:06qui vont vous citer du Maurras ou du Pétain,
11:08désormais, sans aucun scrupule ni complexe, face caméra.
11:12Le travail, la famille, la patrie.
11:15Et effectivement aussi, ce qui le différencie de M. Alizio,
11:20c'est l'humanité et aussi la solidarité.
11:24LFI, c'est de l'antisémitisme.
11:25LFI, c'est un parti anti-France.
11:27Et LFI, c'est un parti qui appelle et revendique
11:29ou assume une part de violence,
11:31comme si la violence faisait partie d'une forme de combat politique.
11:34Qui est-ce qu'utilisait ce terme anti-France ?
11:36C'était l'action française et son leader Charles Maurras.
11:39Il faut très vite que nous nous remettions à parler de la France aux Français.
11:53Qu'est-ce qui fait basculer l'ensemble des démocraties dans la dictature ?
11:57Si on prend l'histoire longue du 18e siècle,
12:01de la fin du 18e siècle au 21e siècle,
12:03début du 21e siècle,
12:05on a trois grandes vagues d'expansion de la démocratie
12:08auxquelles succèdent des grandes vagues de restrictions des démocraties.
12:14Et qu'est-ce qui met en mouvement ces vagues ?
12:19À chaque fois, c'est l'état d'urgence.
12:20Et c'est à partir du moment où l'état d'urgence prend le pas sur les libertés publiques
12:25que s'amorce l'autocratisation.
12:27Pourquoi ? Parce que l'état d'urgence a deux effets.
12:29Le premier effet, c'est la restriction des libertés publiques.
12:32Le deuxième effet, c'est la concentration du pouvoir dans les mains du président.
12:36Et donc, c'est ce qu'on voit à l'œuvre dans l'ensemble des démocraties
12:38sous cette menace qui est brandie,
12:42celle de l'immigration et le terrorisme.
12:46L'état d'urgence sera décrété,
12:49ce qui veut dire que certains lieux seront fermés,
12:52la circulation pourra être interdite
12:55et il y aura également des perquisitions
12:58qui pourront être décidées dans toute l'île de France.
13:01L'état d'urgence, lui, sera proclamé sur l'ensemble du territoire.
13:06Depuis 2015, nous avons deux ans d'état d'urgence,
13:10de 2015 à 2017,
13:11avec des perquisitions administratives,
13:14avec des assignations à résidence,
13:17avec des interdictions de manifester.
13:19Ça s'arrête le 30 octobre 2017.
13:21En effet, cette loi permettra de renforcer nos moyens
13:25dans la lutte contre le terrorisme.
13:27Et le même jour, nous avons la loi CILT sur la sécurité intérieure
13:30qui pérennise les dispositifs d'exception
13:33qui étaient de l'ordre de l'état d'urgence,
13:35qui désormais entrent dans le droit commun.
13:37C'est notamment les perquisitions administratives,
13:39c'est notamment les assignations à résidence,
13:42c'est notamment les périmètres de protection
13:43et les dissolutions.
13:45Et aujourd'hui, nous sommes toujours dans cet état d'urgence
13:50qui a infusé dans l'ensemble de notre droit commun
13:53et qui, peu à peu, détricote l'état de droit
13:55exactement comme ça s'est passé aux États-Unis.
13:58Si on prend ICE, par exemple,
14:00qu'est-ce que c'est l'ICE ?
14:02Eh bien, c'est une police qui, au départ,
14:04est une police qui est restructurée
14:07après les attentats du 11 septembre 2001
14:10et qui va complètement s'émanciper
14:13du cadre de l'état de droit
14:15avec le soutien de Donald Trump.
14:18Et là, on voit que c'est exactement
14:19ce qui est également en train de se passer en France.
14:22Sous l'effet de l'état d'urgence,
14:25nous avons davantage et davantage de soutien politique
14:28qui est apporté de la part du pouvoir,
14:30de la part de l'État,
14:30à nos forces de police.
14:33Quand j'entends le mot « violence policière »,
14:35moi, personnellement, je m'étouffe.
14:38La police exerce une violence, certes,
14:41mais une violence légitime.
14:42C'est vieux comme Max Weber.
14:43Donc, on a d'un côté la France qui s'engage,
14:48autour de moi,
14:49et on a de l'autre côté
14:51la France qui s'en sauvage.
14:53D'un côté, la France des héros,
14:56et je vais vous dire de façon brute,
15:00de l'autre côté,
15:02la France des salauds.
15:04Les démocraties illibérales,
15:05à l'image de ce qui se passe aux États-Unis,
15:08à l'image de ce qui s'est passé en Hongrie,
15:10par exemple,
15:11ont pour premiers objectifs
15:12de faire taire
15:14les membres de la société civile
15:17qui sont des contre-pouvoirs.
15:20Les journalistes, les universitaires,
15:23les avocats, les associations.
15:25L'attaque contre les universités
15:27est déjà présente.
15:29Nous avons eu Dominique Vidal
15:31qui, souvenez-vous,
15:32avait demandé au CNRS
15:34de conduire une enquête
15:35sur l'islamo-gauchisme à l'université.
15:37Je pense que l'islamo-gauchisme
15:38gangrène la société dans son ensemble
15:41et que l'université n'est pas imperméable.
15:43L'université fait partie de la société.
15:44Sur la question des associations,
15:47en particulier des avocats,
15:49je pense à la Ligue des droits de l'homme.
15:50On se souvient de M. Darmanin
15:52qui avait dit que la Ligue des droits de l'homme
15:53devait avoir des comptes à rendre
15:55par rapport à ces actions
15:57en faveur de telle ou telle minorité,
16:00tel ou tel étranger, etc.
16:02Comme ça a été le cas de Bruno Retailleau
16:05lorsqu'il a dit
16:05que l'état de droit n'est ni intangible ni sacré,
16:08ça commence par les étrangers.
16:09Et la France, ça n'est pas un lieu de passage
16:13où on pourrait passer n'importe comment.
16:15Ça n'est pas un hall de gare.
16:17Et la question des frontières,
16:19je veux rappeler que c'est aussi une question de sécurité.
16:21On sait depuis notamment le Bataclan
16:24que dans les flux migratoires
16:25peuvent se glisser malheureusement
16:27des individus qui peuvent être dangereux.
16:30Et puis ensuite, ça désigne une cible particulière,
16:33un ennemi intérieur qui n'est plus un étranger,
16:35mais qui est considéré comme l'étranger de l'intérieur,
16:38donc typiquement le musulman.
16:40Vive le sport !
16:41Et donc abat le voile, bien sûr !
16:53Publiquement, médiatiquement, politiquement,
16:56ce que ces courants d'extrême droite ont très vite compris,
16:59c'est qu'il était payant de taper sur deux ennemis,
17:02les immigrés extra-européens
17:05et les musulmans.
17:07Et notamment, par exemple,
17:08la critique de l'accueil des réfugiés
17:11notamment à partir du milieu des années 2010
17:13s'est faite en grande partie au nom de l'islamophobie,
17:15au nom de la menace identitaire, civilisationnelle
17:19que constitueraient les musulmans.
17:21Parce que ce qui est en jeu,
17:22ce n'est pas simplement qu'il y a trop de musulmans
17:24et que les musulmans prennent la place des autres
17:27sur le marché du travail, etc.
17:29Le problème, c'est que les musulmans mettent en péril
17:31l'existence même de la nation.
17:33Donc ce n'est pas un petit danger pour eux.
17:35C'est un danger mortel, civilisationnel, etc.
17:38L'existence même de la nation est en péril.
17:42Je n'ai pas peur de le dire.
17:44Nous sommes tout d'abord sous la menace
17:46d'une dilution de notre identité nationale.
17:49Posons-nous les questions.
17:51Allons-nous pouvoir vivre encore longtemps
17:53comme des Français en France ?
17:55La menace existentielle,
17:58elle est sur notre sol.
17:59C'est-à-dire que c'est sur notre sol
18:01que les Français sont agressés.
18:03C'est sur notre sol que les Français
18:05sont remplacés par une autre civilisation.
18:09La menace existentielle, au sens propre,
18:12les mots ont un sens, vous l'avez dit,
18:14c'est-à-dire qui menace l'existence
18:15de notre pays, de notre civilisation.
18:17C'est sur notre sol,
18:19avec une civilisation étrangère
18:21qui nous impose ses normes,
18:23ses mœurs,
18:24par la force ou par le nombre.
18:26Le deuxième aspect de ce discours
18:27islamophobe et xénophobe,
18:29parce que c'est les deux,
18:31c'est le caractère conspirationniste
18:34de ce discours.
18:34Ce n'est pas simplement que
18:35les musulmans, par leur seule présence,
18:37détruisent la nation,
18:38c'est ça,
18:39mais en plus,
18:40ils complotent contre la nation
18:41pour s'infiltrer.
18:42Tout le thème de l'infiltration
18:45des islamistes partout,
18:47ils complotent,
18:48ils vont dans les structures associatives
18:50de sport, par exemple,
18:51pour faire du foot,
18:52pour faire du basket,
18:54ils essayent d'entrer dans les médias,
18:56ils essayent dans l'économie,
18:57dans la sphère du travail,
18:58etc.,
18:59pour imposer, en quelque sorte,
19:00leur domination.
19:01Donc, il y a ce double aspect
19:03de discours catastrophiste,
19:05la nation est en péril,
19:06elle va mourir si on les laisse faire,
19:07mais en plus,
19:08ils complotent,
19:09ils agissent collectivement,
19:10et tout le thème de la taquilla,
19:11si vous voulez,
19:12de la dissimulation,
19:13c'est l'adaptation
19:14du discours antisémite classique.
19:15Les juifs se dissimulent
19:17en tant que tels
19:18pour, à travers des stratégies
19:20d'infiltration,
19:21réussir à imposer leur domination.
19:22C'est exactement la nature
19:25de l'islamophobie contemporaine
19:26telle qu'elle se développe,
19:28et elle se développe
19:30à partir de l'extrême droite,
19:31mais en réalité,
19:32aujourd'hui,
19:32elle imprègne de larges pans
19:34du champ politique,
19:35y compris, évidemment,
19:36de la droite LR,
19:38mais aussi de la droite macroniste.
19:39Serons-nous une nation unie
19:41ou une nation éclatée ?
19:45Face à ces questions vitales,
19:47pas de fatalité,
19:49ni au grand déclassement,
19:52ni au grand remplacement.
20:03Le fait de reprendre
20:05toute la rhétorique
20:06de l'extrême droite,
20:08une rhétorique xénophobe,
20:10par le pouvoir en place,
20:12peut-être aussi
20:13par manœuvre électoraliste,
20:15faisant fi
20:16de la même manière
20:17des leçons du passé.
20:19En effet,
20:20il y a une forme de vertige
20:21à se demander
20:22comment le pouvoir en place,
20:24qui s'est fait élire,
20:25rappelons-le,
20:26sur un discours
20:28anti-Rassemblement national,
20:30est capable de produire
20:32exactement l'inverse
20:33de ce qu'il a professé.
20:34Je ne pense pas néanmoins
20:37que les jeux soient faits.
20:39Je pense que les batailles
20:41sont encore devant nous.
20:42En tout cas,
20:42il y a toute une série
20:43de batailles encore devant nous
20:44avant de se retrouver
20:46face à un État
20:46de type fasciste,
20:48un pouvoir fasciste.
20:49Y compris quand l'extrême droite
20:50parvient au pouvoir,
20:51par la voie des urnes,
20:53généralement en coalition
20:54avec les droites,
20:56même dans ce genre de situation,
20:57ce n'est pas encore joué.
20:58Ça constitue une défaite
20:59pour la gauche,
21:01pour les mouvements d'émancipation,
21:02ça c'est clair,
21:03mais ça ne veut pas dire
21:04que c'est joué d'avance.
21:05Ce qui domine chez moi,
21:06c'est un mélange d'inquiétudes
21:09rationnelles et tempérées,
21:10froides,
21:11mais aussi beaucoup d'espoir.
21:13C'est aussi pour ça
21:13que je fais de l'histoire.
21:14Je fais de l'histoire
21:15parce que j'ai envie de vivre,
21:17pas parce que j'ai envie
21:18de dépérir.
21:21Autrement dit,
21:23lorsque...
21:24je ne sais pas quel orateur
21:26incompétent et béat
21:27sur un plateau de télévisée
21:28vient nous parler
21:29de la période 32-33
21:31en nous disant
21:32que c'est un paradigme de fatalité
21:35et donc une invitation au fatalisme,
21:38je me dis qu'on est
21:40dans toute autre chose
21:41que l'histoire.
21:41Nous ne sommes pas
21:42des greffiers de la fatalité
21:44quand on fait l'histoire.
21:45Nous sommes au contraire
21:46peut-être des professeurs de liberté
21:47puisque nous montrons
21:49que précisément
21:50le 30 janvier au matin,
21:52le gouvernement Hitler
21:53n'était pas fait
21:54et a bien failli
21:55ne pas se faire
21:56et que ça a été
21:57encore une fois
21:59une irresponsabilité folle
22:00et une culpabilité avérée
22:02de certains acteurs sociaux
22:04et politiques
22:04que de faire ce choix-là.
22:06Mais ça a été un choix
22:06et il y avait une liberté.
22:08La leçon fondamentale
22:10de toute étude historienne
22:11et historique,
22:12c'est que rien n'est jamais écrit.
22:16Merci d'avoir regardé
22:17la vidéo jusqu'au bout.
22:19Astrip Press,
22:19on documente toute l'année
22:21ses attentes à l'état de droit.
22:23Alors si vous voulez nous soutenir,
22:24faites un don
22:25et n'oubliez pas
22:26de vous abonner à la chaîne.
22:27Merci d'avoir regardé cette vidéo !
22:27!
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