Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 3 heures
Il porte son engagement pour la biodiversité, pour une meilleure relation entre les vivants, depuis l'enfance. Président de la Ligue pour la protection des oiseaux depuis 1986, il fut d'abord le compagnon de lutte et de vie de Brigitte Bardot, son reportage sur la banquise pour sauver les bébés phoques à ses côtés restera à tout jamais un moment marquant de sa vie. Comment garde-t-on intacte sa capacité d'indignation et d'action ? Qui pour poursuivre le combat de Brigitte Bardot pour la cause animale ? Quels combats restent à mener ? Et quels leviers d'action face à l'inaction des politiques ? Cette semaine, Allain Bougrain-Dubourg est l'invité de Rebecca Fitoussi dans l'émission Un monde, un regard.Une collection de grands entretiens inspirante dans un monde en manque de repères et de modèles. Année de Production :

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:05Générique
00:05...
00:23Notre invité a passé toute sa vie à défendre les animaux.
00:26Mais plus que les animaux, il a défendu la biodiversité.
00:30Il a défendu le vivant.
00:31Cette nature si riche que l'homme veut et croit pouvoir dominer,
00:36mais dans laquelle il s'inscrit complètement
00:38et de laquelle il dépend lui aussi,
00:40même s'il a tendance à l'oublier.
00:42Combien de temps tiendrait la vie humaine sur une terre asséchée,
00:45sans vie, sans arbres, sans insectes, sans oiseaux ?
00:49Ces oiseaux que notre invité connaît par cœur
00:51et pour lesquels il milite sur le terrain
00:53en président depuis 1986 la Ligue pour la protection des oiseaux.
00:57Vous le connaissez pour ce combat,
00:59mais vous le connaissez aussi parce qu'il a investi le champ médiatique
01:01avec d'autres casquettes,
01:02celles d'animateurs, de réalisateurs, de producteurs,
01:05dans des émissions qui ont toujours cherché
01:08à nous sensibiliser à la beauté du vivant.
01:11Des animaux et des hommes,
01:13terre des bêtes,
01:13et puis ce reportage,
01:15à jamais dans les mémoires avec Brigitte Bardot,
01:17au secours des bébés phoques.
01:18C'était lui derrière la caméra,
01:19c'était son idée et ce fut une des grandes rencontres de sa vie.
01:23Brigitte Bardot,
01:24sept ans d'amour et des décennies de partage d'une même cause.
01:28Comment se remet-il de la disparition de celle qui était devenue son amie ?
01:31Va-t-il reprendre le flambeau de la fondation Bardot ?
01:34Le combat n'a-t-il pas besoin d'une nouvelle incarnation forte ?
01:37Posons-lui toutes ces questions.
01:38Bienvenue dans un monde à regard.
01:40Bienvenue Alain Bougrain-Dubourg,
01:41merci d'avoir accepté notre invitation ici au Sénat.
01:44Elle manque à la cause animale, Brigitte Bardot.
01:46Elle va manquer incontestablement parce que c'était un porte-voix,
01:52parfois maladroit, mais indispensable,
01:55qui portait justement le message bien au-delà des autres associations, incontestablement.
02:03Et c'est important pour cette cause d'avoir une incarnation forte comme je l'ai dit ?
02:06Oui, parce que c'est une cause un peu méprisée.
02:09Alors tout le monde aime bien les animaux,
02:11on ne fera pas de mal aux animaux encore que...
02:14Encore que, et il faut rappeler, l'enfer des abattoirs,
02:18le drame des transports et bien d'autres choses que l'on pourrait éviter
02:23si on avait un peu de compassion à l'égard du vivant.
02:28Et Brigitte était là pour le rappeler.
02:31Votre rencontre se fait sur ce reportage qui a tant marqué les esprits en 1977 au Canada.
02:36Vous calez ça sur un simple coup de téléphone, je crois.
02:39Vous l'appelez, elle vous dit « Oh, j'adore ce que vous faites, c'est ok. »
02:42Et vous lui dites un peu maladroitement, je crois, rendez-vous au Canada ?
02:44C'est comme ça que ça se fait ?
02:45C'est elle qui m'a dit « Bon, ok, parce que je l'ai appelée pour savoir
02:48si je pouvais avoir un rendez-vous avec elle,
02:52sachant qu'elle allait sur la banquise.
02:54Et on a parlé des animaux, des émissions.
02:57Elle dit « Bon, Alain, on se retrouve sur la banquise. »
03:00Moi, j'étais tellement ému et surpris que je n'ai pas osé lui demander,
03:05la rappeler pour lui demander quand et où.
03:07Et en fait, on s'est retrouvés dans des circonstances difficiles
03:11parce qu'elle était rejetée par la presse entière de l'époque
03:15qui considérait que soit elle voulait se faire une nouvelle image
03:20après l'arrêt du cinéma,
03:22soit il y avait d'autres causes plus graves que celles des bébés phoques,
03:25que sais-je encore.
03:26Et à l'époque, elle en a beaucoup souffert.
03:28Elle a trouvé injuste qu'on n'écoute pas son combat
03:33et les raisons pour lesquelles elle s'était déplacée,
03:37ce qui pour elle était un sacrifice.
03:39Elle avait horreur de la presse et des conférences de presse
03:44et de la foule et du monde.
03:45Elle avait horreur des voyages.
03:47Et donc, elle avait vraiment fait pour l'idée
03:51qui était son idée forte du moment, sauver les bébés phoques.
03:55– J'ai découvert en préparant cet entretien
03:57que vous aviez marqué votre désapprobation
03:59après les propos racistes pour lesquels elle avait été condamnée.
04:02Je crois même que vous avez quitté la fondation Bardot à ce moment-là.
04:04– Oui.
04:05– Comment l'a-t-elle pris ?
04:06– Mal, mais bon, on est resté très, très complice.
04:10On s'est parlé jusqu'au dernier moment.
04:14On a dépassé tout cela.
04:17Et en plus, son engagement n'était absolument pas politique.
04:21C'est ce qu'il y a de regrettable.
04:24Elle a considéré toujours que ce qui importait,
04:28c'est ceux qui pouvaient défendre la cause animale.
04:31Et par exemple, elle a voté Mitterrand plutôt que Chirac.
04:35Donc, c'est tout dire,
04:36alors qu'elle était très, très proche de Jacques Chirac.
04:39– Vous les avez trouvés injustes, les hommages mitigés
04:42qui lui ont été rendus après sa disparition ?
04:44Et puis, les quelques huées qu'on a pu entendre
04:45à la cérémonie des Césars, tout ça, vous l'avez vécu comment ?
04:48Puisque vous étiez devenu très ami.
04:49– Écoutez, moi, je trouve ça triste,
04:53d'une certaine manière injuste.
04:58Mais bon, je ne vais pas faire parler les morts
05:01et je ne suis pas là non plus pour revisiter l'histoire.
05:06– Lorsqu'elle est décédée,
05:07vous avez raconté un grand moment de la CITUS
05:09que vous aviez partagé tous les deux.
05:10Un soir, vous n'en pouviez plus de ne pas être écoutée,
05:13usée par les trahisons, avez-vous dit,
05:15par tous ces gens, y compris les différents présidents de la République
05:17qui nous avaient laissés espérés par ces promesses non tenues.
05:21Parmi tous les responsables politiques que vous avez connus et côtoyés,
05:25lequel est ou était le plus sincèrement proche de la cause que vous défendiez ?
05:30– Curieusement, c'est un chasseur.
05:33– Ah oui ?
05:33– Oui, c'est Giscard d'Estaing, Valéry Giscard d'Estaing,
05:38qui était un très bon naturaliste,
05:40et je me souviens, il téléphonait de temps en temps à la Madrague,
05:44et Brigitte le prenant lui disant,
05:46alors, président, vous êtes toujours en train d'aller tirer des éléphants ou autre,
05:52mais Brigitte, enfin bon, il y avait toujours.
05:53– Oui.
05:54– N'empêche que c'est lui qui a favorisé la loi de 1976,
06:00dont on fête cette année les 50 ans,
06:03c'est la plus grande loi de protection de la nature qu'on ait connue,
06:07il a initié le conservatoire du littoral,
06:10il a été vraiment en proximité avec les réalités terrain.
06:14Et je dirais que l'autre président, c'est peut-être Nicolas Sarkozy,
06:19qui, avec Nicolas Hulot, a initié le Grenelle de l'environnement,
06:26qui a généré deux lois votées à la quasi-unanimité,
06:31c'est formidable pour la Ve République,
06:33et qui ont permis vraiment de tracer l'avenir de l'environnement.
06:41Il y a énormément de choses au quotidien
06:44qui nous viennent du Grenelle de l'environnement,
06:46et donc voilà, ce sont deux présidents de droite
06:50qui ont fait avancer les choses.
06:52– Et je crois que vous avez offert votre livre
06:54« La biodiversité pour les nuls » à Emmanuel Macron,
06:56qui est paru chez First Edition.
06:58Et lui, est-il sensible à la cause animale ?
07:00Est-ce qu'il vous a fait un retour ?
07:01Est-ce que ça compte pour lui ?
07:02– On s'est rencontrés plusieurs fois,
07:05alors je dois dire qu'à chaque fois, il m'étonne,
07:09parce qu'Emmanuel Macron, c'est une véritable éponge.
07:12Il est capable, sur un sujet, de s'imprégner totalement du thème,
07:17et quand vous ressortez une heure après l'entretien,
07:21vous vous dites « Mais ce type est admirable, il a tout compris,
07:24on va y aller ».
07:25Et pourtant, ça n'avance pas.
07:27Très clairement, ça n'avance pas.
07:29Je suis extrêmement déçu.
07:30Il y avait la potentialité de faire énormément de choses encore,
07:36notamment en termes de biodiversité,
07:38et on voit que cette dernière reste sur le bord du chemin
07:42et qu'on accorde davantage, et c'est essentiel,
07:46d'intérêt à la question climatique,
07:49qui a réveillé les consciences,
07:52peut-être parce que le climat, on en mesure les effets,
07:56nous les citoyens, les politiques,
07:58il y a une accélération des événements,
08:01les tempêtes, les pluies, les sécheresses, etc.,
08:05et une intensité, comme on ne l'a jamais connue jusqu'alors.
08:09Alors que la biodiversité, on ne voit pas les effets.
08:13Si une espèce disparaît, comme le vison d'Europe,
08:17il reste moins de 200 individus en France.
08:21L'outarde, qu'un peu tiers ou la tortue d'Hermann,
08:24on ne savait même pas qu'ils existaient avant,
08:27et on se dit « À quoi ça sert ? »
08:29– Je n'en sais rien, je peux vivre sans la tortue d'Hermann.
08:32Et donc ce regard utilitaire nous amène à une forme de mépris
08:38pour tout ce qui ne serait pas directement rentable.
08:42Et ça, ce n'est pas acceptable.
08:45Ce n'est pas acceptable parce qu'on est les dominos de la planète.
08:49Au moment où je vous parle, il faut savoir que 67% des mammifères
08:56qui vivent sur la planète, c'est le bétail de l'homme.
08:5930% des autres mammifères, c'est l'homme.
09:03Ça fait 97%.
09:05Il reste 3% de mammifères sauvages, de l'écureuil à la baleine bleue.
09:11Voilà ce qu'on a fait en quelques décennies.
09:16Et donc, à ce titre, on a une responsabilité à l'égard du plus faible,
09:21le vivant qui nous entoure, et qui est vraiment à l'agonie.
09:25Je trouve qu'encore une fois, à ce seul titre,
09:28il y a de la compassion à avoir.
09:30Et puis, n'ayons pas la naïveté d'imaginer qu'on pourrait vivre hors sol,
09:36se passant de ce vivant.
09:38Et c'est pourtant ce qu'on est en train de faire.
09:40– Il y a quelque chose qui est assez difficile à comprendre.
09:42Quand on vous lit, on ne voit que des avantages à s'occuper de la nature.
09:46Je vous cite.
09:47La végétalisation des espaces publics améliore la qualité de vie.
09:50Une alimentation plus saine et locale et la lutte contre la pollution de l'air
09:53sont des leviers d'amélioration de la santé.
09:55Mener des programmes en faveur de la biodiversité
09:57permet de tisser et de réinventer le lien social.
10:00Vous dites même que c'est bon pour l'économie.
10:02Comment expliquer alors que cela ne trouve pas écho
10:04auprès des responsables politiques ?
10:06À qui ça devrait convaincre ?
10:08– C'est surréaliste.
10:09Alors on a des COP multiples.
10:11Il y en a une qui vient de se terminer, la COP 15,
10:14sur la biodiversité et les espèces migratrices.
10:19Donc grands discours internationaux,
10:21mais on n'est pas dans la réalité de terrain.
10:26Et les politiques oublient que 60% de l'économie mondiale
10:32repose sur ce vivant dont je parlais.
10:35C'est aussi bien les forêts qu'on peut exploiter
10:37que les ressources saliotiques, le poisson, que sais-je encore.
10:41Tout ce qui nous vient, les thérapies multiples
10:44qui nous sont offertes par la nature, etc.
10:48Et donc il y a un vrai, vrai problème.
10:51Or la nature nous invite à prendre du recul,
10:54du temps, de l'attention et donc du respect.
10:59– Et en France, on a pourtant un parti,
11:00un parti Europe Écologie Les Verts,
11:02qui est censé porter vos messages, défendre votre cause.
11:05Il se trouve qu'ils font quand même des scores assez bas
11:07lors des élections, et notamment des élections récentes.
11:10Comment vous voulez expliquer ?
11:11– Moi j'ai du respect pour eux,
11:12parce qu'ils portent certains messages,
11:14parfois avec courage,
11:16mais ils sont sortis de leur cercle environnemental.
11:21C'est-à-dire qu'on leur demande,
11:24on peut le comprendre,
11:26on ne peut pas, quand on est un parti politique,
11:29rester étranger à l'évolution du monde.
11:32Mais en même temps,
11:33ils devraient avoir un regard prioritairement environnemental
11:40sur le thème de la santé,
11:42sur le thème de ce qu'on appelait autrefois la qualité de vie
11:45et bien d'autres choses.
11:47Or ils sont là pour répondre,
11:48comme tous les autres partis,
11:51à toute la complexité de la société
11:54dans laquelle nous vivons.
11:56Et je crois qu'il faut qu'ils sortent
12:00de cette banalité, j'ai envie de dire,
12:02pour trouver leur véritable singularité.
12:05Et je pense que le thème qu'ils défendent,
12:08avec conviction et honnêteté,
12:10je pense qu'il correspond au fond
12:13à l'attente des Français, bien sûr.
12:16– Sur les responsables politiques,
12:18vous dites que vous n'êtes pas du tout
12:20de ceux qui utilisent l'expression « tous pourris ».
12:22Ce n'est pas du tout votre logique.
12:23Et vous utilisez une image vraiment limpide.
12:26Vous dites, ils n'ont pas compris
12:27que la politique, c'est du moyen et du long terme.
12:29Et eux sont dans le court terme.
12:31La politique, c'est comme la nature.
12:33Il faut savoir planter une graine
12:34dont on ne verra jamais l'épanouissement de l'arbre.
12:37– Oui, bien sûr.
12:38– C'est très beau.
12:39Et il est peut-être là, le problème, effectivement.
12:40– C'est un peu ce que je viens d'exprimer.
12:42On est dans l'urgence.
12:44Il faut trouver la réponse au moindre événement.
12:48Et on ne prend pas…
12:50Et je dois dire que j'ai du respect pour les hommes politiques
12:53parce que beaucoup d'entre eux ont un engagement sincère
12:56et tout à fait admirable, nécessaire à la société.
13:00Regardez le nombre de maires qui finalement baissent les armes
13:04parce que c'est trop dur.
13:06Et effectivement, dans leur démarche,
13:09ils ont cette contrainte
13:13de ne pas voir les résultats de leur engagement trop souvent.
13:17Et c'est peut-être très frustrant pour un homme politique.
13:20– Et vous, ça ne vous a jamais tenté, la politique ?
13:22– On m'a proposé mille fois.
13:24– Qu'est-ce qu'on vous a proposé ?
13:25– D'être ministre, d'être député,
13:28d'être député européen.
13:31– Ministre de l'environnement, vous l'a proposé ?
13:33– Écoutez, oui, on m'a proposé.
13:36– Et pourquoi ce nom ?
13:37Pourquoi ça ne vous tente pas ?
13:38– Mon papa était député,
13:41plus jeune député de France au lendemain de la guerre.
13:43J'ai grandi dans cet univers,
13:46assis sur les genoux des ministres de l'époque, etc.,
13:49écoutant ces histoires merveilleuses.
13:52Donc j'ai beaucoup de respect,
13:53mais j'ai le sentiment de faire de la politique là où je suis.
13:57Quand je préside une association
13:59qui a 800 salariés, 85 000 membres, 9 000 bénévoles,
14:05et que je rencontre des ministres,
14:07des présidents de la République,
14:09des premiers ministres, que sais-je encore,
14:11je fais de la politique tous les matins.
14:14Nous faisons de la politique.
14:15Et je n'ai pas cette obligation de solidarité
14:19que je respecte totalement,
14:21mais qui, dans un parti politique, à mon avis,
14:25vous enchaîne quand vous avez des ambitions,
14:29quand vous avez des convictions.
14:31Vous êtes parfois obligé de vous soumettre
14:34à l'intérieur même du parti.
14:36Et ça, alors ça serait trop dur pour moi.
14:39– Et vous vous sentez un peu découragé, parfois,
14:41même en tant que militant, dans l'action ?
14:43– Bien sûr.
14:45Et c'est la révolte qui conduit à trouver l'énergie
14:48pour continuer d'avancer.
14:50Oui, il y a des découragements devant l'indifférence,
14:54devant les promesses non tenues,
14:58et puis voilà, devant des évidences.
15:01Quand vous voyez, par exemple,
15:03quelque chose qui me tient à cœur actuellement,
15:05je parle beaucoup à la première personne,
15:07je m'en excuse.
15:08– Vous êtes là pour ça ?
15:09– Avec modestie, je crois,
15:10incarner des sensibilités partagées par beaucoup.
15:14Mais vous prenez les civelles, les bébés anguilles,
15:16on va encore pêcher près de 50 tonnes,
15:20dont 10% dans des réserves naturelles d'État,
15:26alors que l'espèce est sur la liste rouge de l'UICN,
15:29l'Union internationale de conservation de la nature,
15:33et qu'elle est aussi rare que le rhinocéros de Java.
15:37Mais arrêtons !
15:39Pourquoi ?
15:40Parce qu'il y a une quarantaine de marins pêcheurs
15:42qui font un complément de revenus
15:44avec une espèce à l'agonie.
15:46Qu'est-ce qu'on attend ?
15:47Qu'elles disparaissent ?
15:49Pour enfin dire, c'est inacceptable.
15:53Les tourterelles des bois,
15:54qu'on a braconnées pendant 20 ans chaque année,
15:58le 1er mai, dans le Médoc.
16:00Aujourd'hui, elles ont perdu 80% de leur population.
16:0680%.
16:06Et on continue d'autoriser à en tirer quelques centaines encore.
16:12Voilà, il y a des comportements.
16:14C'est quand même de la chasse loisir.
16:16On tire sur des espèces à l'agonie.
16:18– On sent que la révolte est toujours là, quand vous parlez.
16:21– Écoutez, oui, il y a de quoi, non ?
16:23– Oui.
16:23– Vous parlez même de 20 millions d'oiseaux
16:27qui disparaissent chaque année en Europe, c'est ça ?
16:29– En Europe, oui, on a perdu 800 millions en 4 décennies.
16:34Et ça nous en dit beaucoup,
16:36beaucoup plus que le seul problème des oiseaux,
16:39c'est que l'oiseau est l'indicateur de l'état de la biodiversité.
16:44Quand les populations d'oiseaux sont en nombre,
16:47c'est tout le cortège du vivant,
16:48les petits mammifères, les insectes évidemment,
16:51les batraciens et tout, qui s'épanouissent.
16:53Quand les oiseaux disparaissent,
16:56les populations, c'est la biodiversité qui s'estompe.
17:00– J'ai une archive à vous proposer, Alain Bougrain-Dubourg,
17:03ça fait partie des rituels de cette émission.
17:05Je vais la mettre entre vos mains et puis je vais la décrire,
17:06pour les gens qui nous écoutent et pour vous aussi.
17:09Peut-être que vous reconnaissez déjà l'homme qui est au milieu.
17:11– Eh oui, alors je vais le dire pour ceux qui,
17:13évidemment, ne connaissent pas votre histoire,
17:15mais il s'agit de votre grand-père, Gabriel Bougrain,
17:18général de la cavalerie française.
17:21Ça a été une figure importante dans votre famille ?
17:23– Oui, il m'impressionnait beaucoup.
17:25– Ah oui.
17:25– Il m'impressionnait beaucoup.
17:28Il était hautement décoré, je vais vous faire une confidence.
17:32Quand j'ai reçu, on m'a proposé la Légion d'honneur,
17:36après j'ai grandi dans cet ordre.
17:39Je me suis retourné vers mon papa,
17:42qui l'avait bien évidemment, parce qu'il était résistant,
17:45et il m'a dit, ton grand-père l'a eu, je l'ai eu,
17:49c'est bien que tu l'aies.
17:50Et moi, je trouvais que c'était un grand hommage qu'on me donnait
17:55par rapport à mon grand-père,
17:57qui était général de cavalerie, et mon père qui était résistant.
18:01– Parce qu'il y a effectivement…
18:02– Je suis très ému, oui.
18:03– Vous êtes ému de le revoir ?
18:05– Oui, bien sûr.
18:05– Il y a ce grand-père, il y a vos parents,
18:07effectivement des figures importantes de la résistance française,
18:09parce que vous parlez de votre père,
18:09mais votre mère aussi était résistante.
18:11– Oui, et on oublie.
18:12– On oublie souvent les femmes dans la résistance française,
18:14mais elles faisaient partie aussi de ce réseau de Saône-et-Loire.
18:17Et votre père était recherché par la Gestapo,
18:19il est effectivement devenu député après la guerre.
18:21Et puis, je ne l'ai pas encore dit,
18:23mais vous êtes aussi un descendant de Charles de Batte,
18:25de Castelmort, dit d'Artagnan.
18:29Grosse responsabilité sur vos épaules, quand même, quelle famille.
18:31– Oui, j'ai une petite goutte de sang bleu qui doit se balader
18:35quelque part du côté de ma maman.
18:37– Mais il y a quand même une espèce d'engagement chevillé au corps,
18:39quand même, dans la famille.
18:40– Écoutez, moi, je me suis toujours posé la question,
18:43je l'avais posé à mon père.
18:44– Oui.
18:45– Est-ce que, pendant la guerre, j'aurais été collabos ou résistants ?
18:49Qui peut dire ?
18:50J'ose croire qu'avec mon parcours,
18:52j'aurais été plutôt résistant que collabos.
18:54Et il a été très accueillant dans cette question.
19:00Il m'a répondu, notamment, que s'ils avaient conscience
19:03que la Gestapo pouvait les arrêter, etc.,
19:07c'était des jeunes qui avaient la folie de la jeunesse,
19:11qui pleuraient pour la patrie, certes,
19:14mais ils étaient aussi portés par leur jeunesse.
19:17Et dans ce sens, il voulait dire qu'ils avaient moins de courage
19:21qu'on en affichait.
19:23J'ai trouvé ça extrêmement admirable.
19:25– Et humble.
19:26– Et humble, évidemment.
19:27– Ses parents vous ont donné une éducation plutôt stricte,
19:30vous le dites, ça ne rigolait pas beaucoup à la maison,
19:32famille aisée, mais élevée à la dure.
19:34Vous dites, on payait cher nos privilèges.
19:36Et ils vous ont envoyé en pension à La Rochelle,
19:38à l'âge de 10 ans.
19:39Vous êtes un petit garçon timide,
19:41pas très bon à l'école, apparemment.
19:42Et heureusement, vous trouvez refuge
19:44au Muséum d'Histoire Naturelle,
19:46dont le personnel vous prend sous son aile.
19:48C'est comme ça que ça se passe.
19:50Et c'est comme ça que naît votre passion
19:51pour la nature, pour le vivant, pour les animaux.
19:54– Exactement.
19:56J'étais au lycée Eugène Fromantin,
19:58et tous les jeudis à l'époque,
20:00j'allais me balader dans les couloirs
20:04et je découvrais ces animaux.
20:06Alors, il y avait la girafe
20:08en paillée, offerte par le pacha d'Égypte à la France.
20:11Il y avait des sérastèses.
20:13Ces sérastèses sont des vipères à cornes
20:16du désert vivantes.
20:17Enfin voilà, c'était une invitation à l'exotisme.
20:20Et les préparateurs, ayant vu ce gamin
20:23attentif et solitaire,
20:25m'ont appris la taxidermie,
20:28à baguer les oiseaux,
20:30à ramasser des serpents.
20:32Et ça a été une vocation qui est née.
20:35J'ai eu la chance.
20:36Alors, j'ai Bac-1, malheureusement.
20:39Ça ne marchait pas.
20:40– Votre parcours est d'autant plus marquant.
20:44C'est exceptionnel.
20:44– Et après, j'ai rencontré par hasard Jean Rostand,
20:47qui était mon mentor,
20:49qui était un homme, mais admirable,
20:51tellement merveilleux,
20:52et qui m'a laissé croire que j'avais raison
20:55de m'engager sur ce chemin.
20:57Il y a eu Marseille-Bleuchstein-Banchet.
20:59La vie est faite de rencontres.
21:01J'ai eu ce privilège extraordinaire.
21:03– À la lueur de celui que vous êtes aujourd'hui,
21:04quel conseil donneriez-vous au petit garçon que vous étiez ?
21:07Qu'est-ce que vous lui diriez avant qu'il ne se lance dans la vie ?
21:10– Je lui dirais continue, t'es dans le doute.
21:13Tu ne perçois pas le monde des adultes.
21:18Tu te trouves étranger à ce monde-là.
21:21Vas-y, fonce, t'as raison.
21:24Voilà.
21:24Non, non, c'est une chance extraordinaire.
21:27Ça, je mesure mon privilège chaque jour que Dieu fait.
21:31J'ai des photos à vous proposer, Alain Bougrain-Dubourg.
21:34Ça fait partie des rituels de cette émission.
21:36La première, la voici.
21:38Vous allez sûrement reconnaître.
21:39C'est une photo du site naturel de l'étang de Berre,
21:43près de Fosse-sur-Mer, et surtout un site pollué.
21:46Dans les bouches du Rhône, EDF et l'État ont été condamnés
21:48pour préjudice écologique.
21:51Le tribunal administratif de Marseille a reconnu
21:53que les rejets d'eau douce par la centrale électrique de Saint-Chamas
21:57ont bien un impact sur la faune et la flore de l'étang de Berre.
22:00Et je vous en parle parce que le préjudice écologique,
22:02ça vient de vous.
22:03Oui, de moi et d'autres.
22:06Mais c'est vrai que quand il y a eu les récats en 1999,
22:10j'ai été très choqué de voir qu'on indemnisait le vivant commercial.
22:15C'était assez légitime.
22:17Le manque à pêcher, les coquillages, les crustacés, etc.
22:20Le vivant non commercial, c'est-à-dire l'oiseau, la tortue, le phoque,
22:25étaient laissés sur le bord du chemin.
22:27Et je trouvais que c'était injuste.
22:29Tout à l'heure, avec l'avocat de l'époque, François-Xavier Kelly-Jean,
22:33je lui ai dit, il faut que tu trouves un truc,
22:35on va se battre contre Total pour défendre ce vivant sauvage.
22:43Et il m'a dit, on va appeler ça le préjudice écologique.
22:46Dix ans de procédure, on était jusqu'en cassation,
22:50et le préjudice écologique s'est imposé.
22:53Ça, c'est quand même une de mes fiertés.
22:55Oui, vous pouvez.
22:56Une deuxième photo, il s'agit d'une affiche des Jeux olympiques 2030
23:01organisée en France.
23:02Ils ne font pas que des heureux.
23:03Certains parlent d'une aberration écologique.
23:06Il va y avoir de la neige artificielle en station.
23:08Il sera aussi construite une patinoire sur la plaine du Var,
23:10dont le coût est estimé à 138 millions d'euros.
23:14Quel est votre regard sur ce genre d'événement,
23:16celui-là ou d'autres, mais pas toujours intuitif sur le plan environnemental ?
23:20Alors, pour les Jeux olympiques, on a travaillé avec l'équipe d'organisation
23:25de façon assez admirable.
23:27Il y avait une vraie volonté.
23:29Ça allait de la cantine aux équipements, aux aménagements.
23:33Une vraie volonté d'essayer de rester dans le durable, on va dire.
23:39Ici, là, je suis sidéré parce que la décision, me semble-t-il,
23:44a été prise de façon extrêmement rapide, sans véritable concertation.
23:50Et on peut penser que dans un paysage aussi sensible que la montagne,
23:55dans un contexte aussi délicat que le réchauffement climatique,
24:00ce n'est pas une bonne idée, très simplement.
24:02Alors, avec l'ALPO, on suit et on va ou non collaborer
24:11ou engager des procédures pour, pied à pied,
24:14essayer de préserver au mieux ces sites remarquables.
24:19– Et de rendre l'événement un peu plus vertueux.
24:21– Voilà.
24:22– Une dernière photo, il s'agit d'une affiche de cinéma,
24:25c'est une affiche du film Le champ des forêts,
24:27film de Vincent Muni, succès inattendu du box-office français.
24:30Plus d'un million d'entrées, un César.
24:33Une histoire de transmission entre trois générations
24:35de ce même souci de l'écosystème qu'est la forêt.
24:39Ça vous rassure de voir le succès de ce genre de film ?
24:42Ça montre à quel point, finalement,
24:44les Français sont quand même très intéressés et très sensibles
24:46au sujet de la nature ?
24:48Ça confirme qu'il y a, au fond de nous, dans notre cœur,
24:51dans notre sensibilité, on est des êtres vivants.
24:55Il y a ce besoin de communion.
24:58Et je suis vraiment, c'est un hommage légitime
25:01à Vincent Muni, qui est un type admirable.
25:05Tesson a écrit remarquablement.
25:07Quand je le lis, je me dis, je pose la plume.
25:12Mais Vincent me renvoie aussi à un homme que j'ai beaucoup aimé,
25:15c'est Jacques Perrin, qui lui aussi a été extrêmement courageux
25:20pour un producteur, puisqu'il a généré des documentaires
25:23comme Le Peuple Migrateur et tant d'autres,
25:28qui ont été consacrés également.
25:30Donc on voit bien que le paraître, là, quand on révèle la nature…
25:35Je vais prendre un exemple.
25:37Quand il y a eu la Covid-19, tout s'est arrêté.
25:41Rappelez-vous, on était dans nos appartements.
25:43Certains avaient le privilège d'avoir un jardin.
25:46Et nous, on a lancé à la LPO, un peu en provocation,
25:50une idée qui s'appelait « confinés, mais osagués ».
25:54On proposait aux gens d'identifier les oiseaux qu'ils pouvaient voir.
25:59Un million de cent mille réponses en quelques jours.
26:03Et les gens ont dit « la nature a repris ses droits ».
26:07En vérité, je n'aime pas trop l'idée,
26:09parce que je trouve que l'homme a des droits à la nature,
26:13on en a également.
26:14Mais le calme s'était installé
26:16et on s'est mis à écouter le silence.
26:19Et dès lors, on a entendu le chant des oiseaux.
26:22Et donc, on voit bien que…
26:25Et ça a plu à tout le monde.
26:26On voit bien qu'on a cette sensibilité par bonheur.
26:29J'ai une dernière question qui est en lien
26:31avec le décor qui nous entoure à l'imbogrin-du-Bourg.
26:33Nous sommes entourés de quatre statues
26:34qui représentent chacune une vertu.
26:36Il y a la sagesse, la prudence, la justice et l'éloquence.
26:40Est-ce qu'il y a une de ces vertus
26:42qui vous parle particulièrement ?
26:44Alors…
26:44La sagesse, la prudence, la justice ou l'éloquence ?
26:50La prudence, non.
26:51Je préfère l'engagement, le risque à la prudence.
26:54D'accord.
26:55La sagesse, c'est une chouette qui l'incarne,
26:58Athéna, Minerva.
26:59Donc, je ne peux qu'aimer.
27:01La justice, c'est elle qui sauve actuellement
27:04la protection de la nature.
27:06Quand on a tapé à la porte de la raison,
27:09les ministères, l'exécutif et tout,
27:12on va devant les tribunaux
27:13et on constate que les tribunaux administratifs
27:16ou le Conseil d'État nous donnent raison
27:19et on fait progresser,
27:20où on empêche la régression de la biodiversité
27:24grâce à la justice.
27:27Et l'éloquence, les mots me manquent.
27:30Merci Alain Bourgrain-Dubourg d'avoir été avec nous
27:32dans ce beau rendez-vous.
27:33Merci de nous avoir fait part de votre savoir.
27:36La biodiversité pour les nuls aux éditions First,
27:38important pour les gens qui ne s'y connaissent
27:40pas vraiment comme moi.
27:42Merci infiniment et merci à vous de nous avoir suivis.
27:44Émission à retrouver en replay sur notre plateforme
27:46publicsénat.fr mais aussi en podcast.
27:48À très vite.
27:48Merci beaucoup.
Commentaires

Recommandations