00:007h49 sur France Inter, Benjamin Duhamel, votre invité est eurodéputé et coprésident de Place Publique.
00:07Bonjour Raphaël Glucksmann.
00:08Bonjour.
00:08Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter pour votre première réaction au lendemain de ce second tour
00:13des municipales.
00:14Paris, Lyon, Marseille qui reste à gauche, la droite qui conquiert des bastions socialistes historiques,
00:18le Rassemblement National qui s'enracine.
00:21Quelles leçons est-ce que vous tirez de ces résultats de ce second tour des municipales ?
00:26Vous savez, dans la démocratie, ce sont les électeurs qui sont les seuls maîtres.
00:31Et les électeurs ont tranché.
00:33Ils ont tranché pour la clarté.
00:35Pour la clarté, lorsque la droite refuse l'alliance avec l'extrême droite.
00:39Et pour la clarté, lorsque la gauche républicaine tient ferme sur ses appuis.
00:44Vous savez, la gauche républicaine qui refuse l'alliance avec les filles, elle gagne.
00:48Elle gagne à Paris, elle gagne à Marseille, elle gagne à Lille, elle gagne à Montpellier, elle gagne à Rennes,
00:53elle gagne à Saint-Étienne.
00:54Et c'est une leçon immense pour l'avenir.
00:58La tambouille, ça ne fonctionne pas.
01:01Vous savez, vous ne pouvez pas dire Jean-Luc Mélenchon bafoue les principes républicains et tient des propos antisémites.
01:09Et 15 jours plus tard, vous alliez avec lui.
01:11Ça ne marche pas.
01:12Les électeurs n'en veulent pas.
01:14Donc là, Raphaël Guzman, vous faites référence aux positions prises par Olivier Faure et le Parti Socialiste.
01:18Vous voyez dans ces résultats, notamment ce qui s'est passé à Toulouse, à Limoges, un désaveu de la stratégie
01:24du Parti Socialiste et de ses alliances entre l'EPS et la France.
01:27Ce que je vois, c'est qu'en fait, la seule manière de gagner, c'est la clarté.
01:32Et que lorsque je parle de clarté, je ne parle pas simplement d'éthique ou de morale.
01:36Moi, j'ai entendu les critiques qui disaient « oui, c'est un moraliste, son intransigeance va nous conduire dans
01:42le monde ».
01:42Mais attendez, la clarté, c'est une stratégie politique autant qu'une affaire de morale.
01:47Et quand vous êtes clair, eh bien vous gagnez.
01:50Quand Emmanuel Grégoire est clair, il remporte une fantastique victoire.
01:53Quand Benoît Payan est clair, alors qu'il a face à lui le Rassemblement National, eh bien il fait céder
01:59ses adversaires.
02:00Il y a aussi, Raphaël Guzman, des villes où ça a marché.
02:03À Lyon, le rassemblement derrière Grégory Doucet, ça a fonctionné.
02:06À Nantes, la numéro 2 du Parti Socialiste, Johanna Roland, qui s'allie avec la France Insoumise.
02:09Là, ça n'a pas empêché leur victoire à tous les deux.
02:12Vous vous rendez compte ?
02:13En fait, on a une situation où on a un message complètement illisible.
02:19Moi, ce que je vous dis, et j'en suis convaincu,
02:22c'est que le seul chemin pour que la gauche gouverne à nouveau ce pays,
02:26et c'est ça le but, pour que la gauche soit la digue,
02:29la gauche républicaine soit la digue face au Rassemblement National
02:32qui s'enracine partout dans le pays, dans toutes les villes moyennes,
02:35eh bien c'est la clarté.
02:37C'est la clarté.
02:38C'est la fin du flou artistique.
02:40C'est la fin de l'ambiguïté cultivée comme stratégie.
02:43Et que, finalement, quand vous prenez une décision,
02:45quand vous tranchez, eh bien oui, vous prenez toujours un risque,
02:47mais que c'est la seule manière d'être digne à nouveau de gouverner la France.
02:52Mais ce qui est singulier, Raphaël Glussmann,
02:53c'est que quand on entendait les réactions des socialistes hier soir,
02:56il disait à peu près ce que vous dites ce matin,
02:59Pierre Jouvet, effectivement, qui dit
03:00« Maintenant, la France Insoumise fait perdre ».
03:01C'est vrai qu'il faut rappeler que ce sont ces mêmes socialistes
03:04qui plaidaient en faveur des alliances locales pendant cet entre-deux-tours.
03:06Est-ce que vous comprenez encore quelque chose à la ligne du Parti Socialiste ?
03:11Ce que je comprends, c'est qu'en fait,
03:13les urnes viennent de nous donner une leçon.
03:18Et que ce n'est pas la première fois.
03:20Aux Européennes, nous avons fait 14% sur une ligne extrêmement claire,
03:25alors que la social-démocratie française n'avait pas fait plus de 6%
03:28depuis plus de 10 ans à une élection nationale.
03:31Eh bien, c'est la même chose qui s'est produite hier.
03:33Et moi, ce que je veux, c'est que nous construisions sur cette base.
03:36C'est ce que je répète.
03:37Ça, Raphaël Guzman, l'éloge de la clarté, je crois qu'on a compris,
03:40sur le Parti Socialiste et la ligne prise par Olivier Faure.
03:43Est-ce que vous la comprenez ou est-ce que vous considérez ce matin
03:46qu'il n'est plus légitime pour diriger le Parti Socialiste,
03:49compte tenu de ces têtes à queue stratégiques ?
03:51Ce que je veux, moi, c'est rassembler les gens sur une ligne claire.
03:54Je peux vous le répéter 50 fois parce qu'en fait, apparemment,
03:56les appareils politiques ont du mal à le comprendre.
03:59Et ils pensent que c'est déconnecté.
04:01J'entends leur mot, c'est déconnecté.
04:02Non, ce n'est pas déconnecté.
04:04C'est complètement connecté aux attentes des Françaises et des Français.
04:07Oui, Marine Tourdelier a dit par exemple,
04:09Raphaël Guzman, François Hollande,
04:10ils seront contents d'être à la tête de cimetières de ville
04:13où la gauche est défaite.
04:15Mais ce que l'on veut, c'est l'inverse du cimetière.
04:17Et je veux dire, le procès en déconnexion venant d'appareils politiques
04:20qui se plantent à chaque élection,
04:23il ne vaut rien.
04:25Parce qu'être connecté,
04:27c'est répondre aux attentes des électrices et des électeurs.
04:31Être connecté, c'est répondre à ces électrices et électeurs de gauche
04:35qui, par exemple, sur le marché de Lavore, dans le Tarn,
04:37viennent me voir pour me dire,
04:38mais cette fois-ci, vous ne refaites pas toujours le même coup de la tambouille.
04:43Vous êtes clair, vous êtes digne, vous êtes ferme sur vos appuis.
04:45Et à ce moment-là, alors oui, nous viendrons
04:48et nous pourrons créer une dynamique dans le pays
04:49et nous pourrons empêcher la bascule de la France au Rassemblement National.
04:53La clarté, ça veut dire les gauches irréconciliables ?
04:55Mais ça veut dire qu'en fait, quand vous jouez sur les non-juifs,
05:00quand vous bafouez les principes républicains,
05:02vous n'êtes pas la gauche, ce n'est pas notre famille,
05:04ce n'est pas notre histoire, ce n'est pas notre tradition.
05:05Donc ça veut dire des gauches irréconciliables ?
05:07Mais pour moi, ils ne sont pas de gauche.
05:09Enfin, je veux dire, qu'est-ce que c'est que la gauche ?
05:11Si la gauche, c'est la lutte pour l'émancipation,
05:13si la gauche, c'est la République, si la gauche, c'est la fin de l'assignation
05:16à résidence identitaire, si la gauche, c'est le progrès,
05:19si la gauche, c'est d'assumer la construction européenne jusqu'au bout,
05:22nous sommes la gauche, nous sommes la gauche qui peut gagner,
05:24nous sommes la gauche républicaine, nous sommes la gauche...
05:25Pourquoi Jean-Luc Mélenchon, la France en famille, ce n'est pas la gauche ?
05:27Ce n'est pas notre histoire, ce n'est pas notre famille.
05:29Ils ont quitté les rives de cela.
05:31Ils ont quitté les rives de cela et il faut le dire une fois pour toutes.
05:34Ce n'est pas quelque chose qu'on peut effacer
05:37d'un coup d'éponge dans une salle obscure
05:39pour faire des négociations électorales.
05:41Donc en fait, la seule manière,
05:43la seule manière, c'est de renouer avec notre histoire,
05:45c'est de montrer qu'en fait, on peut être
05:48viscéralement attaché à la justice sociale,
05:49aux services publics et fondamentalement
05:52attaché au principe de la démocratie libérale
05:53qu'on peut voter en étant à la fois
05:55complètement écolo, complètement
05:58favorable à la transformation écologique
05:59et farouche partisan de l'Europe
06:01qu'on n'a pas besoin de se scinder intérieurement
06:03à chaque élection.
06:04Vous pouvez dire si vous voulez que Jean-Luc Mélenchon
06:05et la France insoumise, ce n'est pas la gauche,
06:06simplement, on voit aussi des victoires
06:08du côté de la France insoumise,
06:09en plus de Saint-Denis au premier tour
06:11à la Courneuve, à Roubaix, à Vaud-en-Velin,
06:12à Creil, à Vénitieux.
06:14Ça aussi, c'est un mouvement en faveur de la gauche,
06:17de villes qui, par ailleurs,
06:18ont un électorat populaire.
06:20C'est ce que Jean-Luc Mélenchon appelle
06:21la nouvelle France.
06:22Mais il n'y a pas de...
06:23C'est pas la gauche, ça ?
06:24Il n'y a pas de nouvelle France.
06:26Il n'y a pas d'ancienne France.
06:27Il n'y a que la France.
06:30Et vous savez, il faut s'adresser
06:32à tous les Français,
06:34en tant que citoyens français.
06:36Et moi, je ne me résous pas
06:37à ce que les quartiers populaires
06:39des métropoles soient désormais
06:43simplement captés par la France insoumise.
06:45D'ailleurs, tout comme je ne me résous pas
06:47à ce que les villes moyennes françaises
06:50soient aujourd'hui captées
06:51par le Rassemblement National,
06:52il va falloir qu'on aille partout,
06:54dans tous les quartiers français,
06:55qu'on reprenne le métier à tisser
06:57de la République française,
06:58qu'on lance une politique forte
07:01sur l'école, sur l'intégration,
07:03sur la justice sociale,
07:04pour que l'ensemble des Françaises
07:05et des Français trouvent leur place
07:07dans le projet de redressement
07:08et le contrat patriotique
07:09qu'on va leur proposer.
07:10Mais moi, ce que je vais vous dire,
07:11c'est qu'en fait,
07:12la bataille de la France a commencé.
07:15On a désormais un an.
07:17Un an.
07:17Pour que la gauche républicaine
07:19soit la digue face au Rassemblement National.
07:21Un an.
07:22On proposait un nouveau contrat patriotique
07:24à la France.
07:24Un an pour reprendre le drapeau tricolore
07:26des mains du Rassemblement National.
07:28Et un an pour reprendre le drapeau
07:29de la justice sociale
07:30des mains de ceux qui la vilissent.
07:32Un an avant l'élection présidentielle,
07:34il y a un sondage paru hier soir à Aris
07:36qui vous donne, en vue de 2027,
07:38à 14% devant Jean-Luc Mélenchon
07:40qui est à 11%.
07:41Je pense que ça frappera les auditeurs ce matin.
07:43Vous parlez comme un candidat
07:44à l'élection présidentielle.
07:45Qu'est-ce qui pourrait encore vous empêcher
07:46de concourir à cette élection ?
07:49Là, le moment maintenant,
07:50c'est de se rassembler autour d'un projet,
07:52autour d'un cap clair,
07:54autour d'une stratégie
07:56qui ne soit pas une tambouille
07:57et de montrer qu'il y a un chemin.
07:59Moi, ce que je veux dire d'abord
08:00à tous les auditeurs qui nous écoutent,
08:03c'est qu'il n'y a aucune raison de renoncer.
08:07Qu'est-ce qui pourrait vous empêcher
08:08d'être candidat à l'élection présidentielle, Raphaël Gluck ?
08:11Il n'y a aucune raison de se résigner à la bascule.
08:13Pourquoi ? Parce que oui,
08:14le Rassemblement National est en train de progresser.
08:16Mais il y a quand même encore
08:18un sursaut possible.
08:20Vous l'avez vu à Lens,
08:21vous l'avez vu à Toulon,
08:23vous l'avez vu à Nîmes.
08:24Ne répondez pas à ma question.
08:24Qu'est-ce qui pourrait vous empêcher
08:25d'être candidat à l'élection présidentielle ?
08:27Mais simplement,
08:27de ne pas être la personne
08:28qui va pouvoir gagner.
08:31Moi, je vous le dis aujourd'hui.
08:33Pourquoi je suis en tête ?
08:34Parce que j'incarne cette clarté.
08:37Parce que j'incarne cette ligne.
08:38Et donc, je veux la construire, cette ligne.
08:40En rassemblant tous ceux qui la partagent.
08:42Mais maintenant, moi,
08:42je vais vous dire une chose.
08:44Personne ne doit penser
08:45que 2027, c'est une élection
08:46comme les autres.
08:48Il va falloir y aller
08:49pour gagner.
08:50Nous n'avons pas le droit de perdre.
08:52Merci.
08:52Parce qu'en face de nous,
08:53ce sera la bascule de la France
08:55dans le trumpisme
08:55et dans le poutinisme.
08:56Et donc, ce n'est pas une affaire d'égo.
08:58C'est une affaire de ligne politique.
09:00Merci, Raphaël Glucksmann,
09:01d'avoir réservé à France Inter
09:02votre première réaction
09:04sur les municipales.
09:04Et à tout à l'heure.
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