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Juliette Binoche, actrice pour sa première réalisation : le film "En Nous", un documentaire qui sortira en salles le 03 juin.
Retrouvez « L'invité de 8h20 » sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien
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00:00Et un grand entretien ce matin, nous avons le bonheur de recevoir l'une de nos grandes actrices.
00:05Elle a remporté quasiment tous les prix et elle a tous les talents.
00:09Actrice, comédienne, danseuse désormais, réalisatrice.
00:12Question réaction chers auditeurs au 01 45 24 7000 ou l'application Radio France.
00:18Bonjour Juliette Binoche.
00:19Bonjour.
00:19Bonjour.
00:20Et bienvenue, merci d'être avec nous ce matin.
00:23France Inter, vous l'avez entendu, bouscule ses programmes pour rendre hommage à Edgar Morin
00:28dont on a appris la disparition.
00:30Il avait presque 105 ans, presque 105 ans.
00:33On va parler évidemment du film pour lequel on vous a invité et qui est extrêmement puissant.
00:39Mais qu'est-ce qu'il évoque pour vous, Edgar Morin ?
00:42Pour moi, c'est un héros.
00:43C'est vraiment un héros.
00:45Il a su, de par l'histoire de son enfance, puisqu'il a perdu sa mère à 10 ans et
00:50ils étaient très très proches.
00:51C'était comme un tsunami intérieur.
00:54Il a réussi aussi, en digérant ce que l'histoire de la France et du monde, à donner un esprit
01:02nouveau.
01:04Et il nous a aidés en fait à comprendre notre société et qui nous sommes.
01:10Et je trouve que c'est un esprit qui est vraiment exceptionnel et qui inspire d'abord de la gratitude
01:18et aussi qui inspire nos vies parce qu'on a besoin d'esprit aussi clair.
01:22L'un des derniers résistants vivants, l'un des derniers résistants contre les nazis et les collabos,
01:28les armes à la main, il avait écrit, après la guerre, un livre sur les stars.
01:32Il est impossible de ne pas penser à vous, au vodétariat moderne,
01:36lorsqu'on pense que pour lui, la star, c'était une figure nouvelle du mythe.
01:41Je ne sais pas si vous vous y reconnaissez, mais c'est l'un des premiers à avoir analysé le
01:47phénomène.
01:48Le phénomène de l'actrice qui devient inaccessible, qui devient une sorte d'icône des temps modernes.
01:57Ça, c'est la lumière.
01:57Ça, c'est la lumière.
01:58C'est la lumière.
01:59Normalement, on doit illuminer le monde.
02:02On doit lui donner un regard, peut-être, de retournement intérieur.
02:10On doit apporter, dans chaque regard qui nous regarde, de la lumière,
02:16qui est différent d'être une personnalité.
02:18La star, c'est vraiment celle où on a envie d'aller vers et d'être nourri par elle.
02:25Et une star, vous en êtes une, Juliette Binoche.
02:27La star est un être à la fois réel et imaginaire.
02:31Et je cite Edgar Morin.
02:33Mais à un moment donné, on devient poussière, de toutes les façons.
02:35Donc, vous n'en faites pas.
02:36Ce n'est que pour un moment.
02:38Ce n'est que pour un moment.
02:39Mais il y a quelque chose que vous avez partagé avec lui.
02:42En tout cas, c'est l'amour de la danse, celui de la musique,
02:44que vous avez évidemment déployé,
02:49qui est présente à la fois dans vos films,
02:51et notamment dans ce film, En nous,
02:53qui est l'histoire de votre rencontre Juliette Binoche avec le danseur et chorégraphe Akram Khan.
02:59Ce sont les coulisses d'un spectacle dans lequel vous avez dansé tous les deux il y a 20 ans
03:04et qui avait tourné partout dans le monde.
03:06Ce film, ce sont des images de vos répétitions extrêmement intenses.
03:10Vous qui apprenez à danser.
03:11Et c'est puissant.
03:13Ça sort en salle ce mercredi.
03:15Qu'est-ce qui vous a donné envie de raconter cette aventure dans un film ?
03:20C'est une idée d'ailleurs d'une autre star, Robert Redford.
03:23C'est Robert Redford qui est venu voir le spectacle.
03:25Et je crois qu'il a été bouleversé.
03:26Et il m'a dit à la fin, il m'a attendu devant ma loge.
03:29Et il m'a dit, il faut absolument, doigt pointé à mon visage,
03:32il faut absolument faire un film de ce spectacle.
03:34Il l'a répété plusieurs fois.
03:35Et moi, j'ai dit, oui, oui, oui, oui, oui, je sais.
03:37Mais je ne savais pas comment faire.
03:38Et en fait, comme ma sœur qui est réalisatrice, Marion Salins, a suivi les répétitions,
03:45nous a filmé pendant nos répétitions,
03:47je lui ai demandé de filmer les sept dernières représentations.
03:50Donc ça, je l'avais de côté.
03:51Mais comme je n'ai pas arrêté de travailler, j'ai attendu.
03:55Il y a eu deux personnes qui m'ont demandé il y a trois ans,
03:59est-ce que vous avez un projet qui vous plairait ?
04:00Et j'ai dit, oui, monter ce spectacle.
04:04Et aussi faire un documentaire sur les répétitions.
04:09Et le corps.
04:10Et d'être au plus proche possible des répétitions.
04:13C'était vraiment mon désir.
04:14Et c'est vrai que c'est extrêmement intense.
04:16Et on est au plus proche de vous, Edda Kramkan.
04:18On vous connaît, évidemment, comme actrice.
04:21Vous avez aussi peint, vous avez donc dansé.
04:22C'est ce qu'on voit dans ce spectacle.
04:24Et donc là, vous avez été réalisatrice.
04:26Qu'est-ce que c'est ce nouveau travail ?
04:28A quel défi vous avez été confrontée ?
04:30C'est de ne pas perdre le spectateur
04:33et d'essayer de passer chaque étape
04:36pour qu'il comprenne qu'on est parti de rien
04:39puisque Kramkan voulait jouer.
04:42Faire l'expérience de l'acteur.
04:43Et moi, j'avais envie de danser.
04:44Lui qui est un immense danseur.
04:46Oui, de faire un échange.
04:47Mais donc en redevenant débutant.
04:49Ce qui est quand même assez rare.
04:50Ce sont les premiers mots du film, d'ailleurs.
04:52Mais je ne sais pas danser.
04:53Oui, c'est ça.
04:54Je ne sais pas danser.
04:55Et on vous voit répéter, d'ailleurs,
04:57avec la chorégraphe américaine Suzanne Batson,
05:00qui est une immense chorégraphe.
05:01Elle vous guide.
05:02Elle n'est pas chorégraphe.
05:03Non, non.
05:03Elle est coach dramatique.
05:05Et puis elle est venue trois fois
05:08nous donner un oeil extérieur
05:10et nous dire ce qu'elle...
05:11Vous engueulez.
05:12On peut le dire comme ça, quand même.
05:13Non, en fait, ce n'est pas ça.
05:14Moi, ce n'est pas du tout mon ressenti.
05:16Quand Suzanne parle,
05:17c'est vrai que c'est très fort et intense.
05:19Mais à la fois, elle sait où elle est.
05:21Et ça, pour nous,
05:23quand on est dedans,
05:24dans les improvisations,
05:25on a besoin d'un regard
05:26qui nous aide à voir.
05:27Et elle a été...
05:28C'est vrai, de l'extérieur,
05:30quand on ne la connaît pas,
05:31elle est impressionnante.
05:32Mais de l'intérieur...
05:33Elle vous dit,
05:33vous fabriquez les gestes de violence,
05:35vous ne la laissez pas s'exprimer.
05:36Là, vous poussez.
05:37En fait, vous faites quelque chose de faux,
05:39en quelque sorte, d'artificiel.
05:40Et elle, elle veut que vous alliez chercher
05:41la vérité à l'intérieur de vous.
05:45faire un mouvement,
05:46créer un mouvement
05:46à partir d'une sensation
05:48et pas d'un vouloir
05:50ou d'une force,
05:51ça s'apprend.
05:52C'est-à-dire, il faut lâcher.
05:53C'est un lâcher-prise.
05:54C'est difficile parce qu'il faut faire confiance
05:56à quelque chose en soi
05:57qu'on doit écouter.
05:59Et comme on a l'habitude,
06:00surtout quand on n'a jamais été danseur,
06:01d'y aller en forçant,
06:03mais d'ailleurs, avec notre volonté,
06:06c'est quelque chose à retourner.
06:08Et c'est pour ça que j'ai commencé le film
06:11par cette scène-là,
06:12parce qu'on comprend que
06:13toute expression artistique
06:15est en relation avec
06:17cette sensation intérieure,
06:18la sensation de l'émotion.
06:20Et le film, d'ailleurs,
06:21il commence quasiment par une déclaration,
06:22comme quand on se dit oui
06:24à un mariage
06:26pour votre collaboration
06:27avec Abraham Cam.
06:29Vous dites d'ailleurs à un moment
06:30que danser,
06:30c'est ce qui vous a exposé
06:31à vos limites,
06:32à vos peurs.
06:33En quoi, Juliette Binoche ?
06:35Parce qu'avant chaque représentation,
06:37non seulement il fallait passer
06:38la difficulté physique
06:40de tous les mouvements,
06:41d'être assez rapide,
06:43quand on est essoufflé,
06:44de ne pas penser
06:44qu'on va mourir sur le champ,
06:46de ne pas se casser un pied,
06:48un bras.
06:49Et puis, par-dessus tout,
06:51il y avait toute l'émotion
06:52à traverser.
06:52C'est l'histoire
06:53d'un couple amoureux
06:55qui passe par tous les étages
06:57de l'amour
06:57pour arriver à une sorte
06:59de sensation nouvelle d'amour,
07:03qui n'est pas celui
07:04de la possession
07:04et de la passion destructrice.
07:06Et le film,
07:07il faut aller le voir
07:08parce que c'est une réflexion
07:09sur le langage du corps,
07:10sur le mouvement.
07:11Le mouvement,
07:11c'est ce qu'on a en nous.
07:13En nous, justement,
07:14c'est le titre du film.
07:16Comme si on était tous
07:18des danseurs en puissance.
07:20L'idée, c'était de vous donner
07:21envie d'être danseur.
07:22Qu'est-ce qu'on fait d'ailleurs ?
07:24On a l'envie,
07:25quand on regarde le film,
07:26de se rouler par terre,
07:27de se tord dans toutes les positions.
07:28Se jeter sur les murs.
07:31Oui, c'était l'envie
07:32de prendre le spectateur
07:35qui soit parti prenant
07:36et qui soit avec nous,
07:38créateur.
07:39Et pas d'avoir une voix off
07:41qui expliquerait
07:41on a fait ci,
07:42on a fait ça,
07:43on est passé par ci et par ça.
07:45J'avais envie que le spectateur
07:46éprouve lui-même
07:47la sensation de la création
07:49en se posant des questions,
07:51en comprenant qu'il y a
07:51des moments flous
07:52qu'il faut traverser,
07:53qu'il faut y croire
07:54que parfois on est ridicule,
07:55que ce n'est pas très grave,
07:57que tout est possible.
07:58Parce qu'on était débutant,
07:59vous voyez bien au début
08:00du documentaire,
08:02je suis comme un ourson
08:03qui essaye de bouger
08:04et puis au fur et à mesure,
08:06c'est comme une sculpture
08:08et grâce à mon entraîneuse
08:10Soumane Sioux
08:11et aussi à l'œil d'Akram Khan,
08:14j'ai pu transformer mon corps.
08:15Mais il y a de la souffrance,
08:16vous dites à un moment
08:17je sais maintenant
08:18que la danse,
08:19c'est de la souffrance
08:19et Akram Khan,
08:20il répond jouer aussi.
08:21Donc en fait,
08:22tous les deux,
08:22vous êtes dans le mal.
08:23Oui,
08:23parce que c'est-à-dire
08:24qu'il y a des choses
08:25à traverser,
08:26on ne monte pas sur une montagne
08:28sans avoir quelques essoufflements
08:30ou comme des courbatures
08:32ou un peu de quelque chose
08:34qui se passe.
08:35Et pour aller en haut,
08:36voir le paysage,
08:37il faut un petit peu
08:38d'une certaine discipline,
08:41une constance,
08:42c'est une foi qui vous tient
08:46et qui vous garde.
08:47Et cette certitude intérieure,
08:49elle doit traverser les doutes,
08:50les peurs,
08:52parce qu'on a quand même peur
08:53quand on doit se transformer.
08:55Votre coach,
08:55elle vous dit à un moment,
08:56la danse,
08:56c'est sans mots.
08:58Vous qui travaillez énormément
08:59les textes,
09:00vos rôles,
09:01qui pouvaient écrire quasiment
09:03des livres pour vous préparer
09:05avant un tournage,
09:06vous le faites régulièrement d'ailleurs.
09:08Pour vous,
09:09tout se passe par les mots
09:10ou à un moment où vous avez abandonné
09:11le langage verbal
09:12pour adopter celui du corps ?
09:14Ce n'est pas vraiment le mot.
09:16Vous voyez,
09:16un script,
09:17c'est un scénariste
09:18qui commence à écrire
09:19et nous, acteurs,
09:20on continue ce geste de création.
09:22C'est-à-dire,
09:23on le transforme à travers notre corps,
09:25notre sensibilité,
09:26notre voix,
09:27notre vie intérieure,
09:30notre âme.
09:31Et on le donne,
09:33on recrée la vie dans un film.
09:36Et donc,
09:37il y a cette conscience
09:40que le langage,
09:42le mot n'est que le haut de l'iceberg
09:44et que derrière,
09:45au fond,
09:45c'est notre être.
09:46Vous nous rappelez le titre du spectacle ?
09:49En nous.
09:49Ah, non,
09:50Inai.
09:51Inai.
09:51Oui,
09:52Inai,
09:52c'est en soi ou en moi
09:54et à la fois en l'œil.
09:57Et qu'est-ce qui passe,
09:58qu'est-ce qui fait le passage
09:59de l'un à l'autre ?
10:01Entre quoi et quoi ?
10:02Entre ce qui fait le passage
10:04de soi à nous.
10:08C'est la même chose,
10:09c'est-à-dire qu'on a cherché
10:11un titre
10:13et le « en nous »
10:14parce que aussi,
10:16j'étais en train de monter
10:17à Kramkan,
10:19que j'avais un regard
10:20plus extérieur
10:21et c'était « en nous »,
10:22c'est « en nous quatre »
10:23parce qu'on est quatre,
10:24on est quatre personnes
10:26dans le documentaire,
10:27on nous voit travailler ensemble.
10:28Donc,
10:29c'est « en nous »
10:29qu'on a fabriqué,
10:32on a créé ce spectacle.
10:34Il y a quelque chose
10:35de très sexuel.
10:36Alors,
10:36vous allez me dire évidemment
10:37ce qu'est l'histoire
10:38d'une relation.
10:38D'ailleurs,
10:39à un moment,
10:39à Kramkan dit à la coach
10:41qu'elle a prononcé
10:42le mot tabou de sexe
10:43et qu'elle lui a fait peur.
10:44Elle vous encourage
10:45à vous toucher les fesses,
10:46elle l'encourage
10:47à vous toucher les seins.
10:48Ça a passé les peurs, oui.
10:49Aller au-delà des peurs,
10:50vous toucher,
10:51mais dans des endroits intimes.
10:54Depuis,
10:54MeToo est passé par là.
10:55Le plus intime,
10:56mais bon.
10:57Mais depuis,
10:58MeToo est quand même passé par là.
10:59Est-ce que ça se passerait pareil
11:00aujourd'hui ?
11:00Oui, tout à fait.
11:01Parce qu'un acteur,
11:03il doit traverser ses peurs
11:06et comme on n'avait que six mois
11:08pour se transformer,
11:10on ne pouvait pas tourner autour du pot.
11:12Donc, le fait de se toucher,
11:13d'abord,
11:14les danseurs se touchent sans arrêt.
11:15Il n'y aurait pas de danse
11:16s'ils ne se touchaient pas sans arrêt.
11:17Mais,
11:18toucher le corps de l'autre
11:19avec une intention émotionnelle,
11:23une intention de sentiment,
11:26ça fait peur.
11:26Ça fait très, très peur
11:27parce que c'est la différence.
11:29Parce qu'on rentre chez soi
11:30et on ne sait plus qui on est.
11:32Quelle est la réalité ?
11:33Est-ce que c'est la fiction ?
11:34Puisqu'on a des sentiments,
11:35puisque ça marche.
11:36On est...
11:37On tombe vraiment amoureux.
11:39Mais à la fin de la journée,
11:40on rentre chez soi.
11:41Ça fait partie, disons,
11:42de l'apprentissage de l'acteur.
11:45Et souvent,
11:45quand on a 20 ans,
11:46quand on est jeune,
11:47on se prend au piège
11:48parce qu'on n'a pas encore compris
11:50que il y a...
11:51Si on y croit,
11:53ça veut dire que ça marche.
11:54Ça veut dire qu'on est vraiment
11:55dans le bon chemin.
11:56Vous voulez dire qu'à 20 ans,
11:57vous tombiez amoureuse
11:57de vos partenaires ?
11:58Bien sûr.
11:59Mais c'est plutôt bon signe.
12:00Mais ça ne veut pas forcément dire
12:02qu'on va avec lui ou elle après.
12:05Mais ça fait partie de...
12:07Parce qu'on est dans un métier de foi,
12:11quand même.
12:12Il y a deux films dans le film.
12:14Il y a la partie répétition.
12:16Il y a la partie tenir adossé
12:18contre un mur sur les épaules
12:20d'Akram Kam.
12:21Et il y a des images captées
12:23du spectacle au moment de la tournée.
12:25Et c'est extrêmement bien tourné d'ailleurs.
12:28C'est un vrai travail de réalisation.
12:30Ça n'est pas qu'une captation.
12:31Tout à fait.
12:32Parce qu'on voit tout à coup la sueur.
12:34On voit les visages.
12:35On sent à l'écran quelque chose de corporel
12:38qu'on ne verrait peut-être même pas
12:40lorsqu'on est dans le Palais des Papes
12:43à Avignon.
12:44Et vous dansez sur un fond rouge
12:46conçu par l'immense artiste Anish Kapoor.
12:48Vous dites que le corps pour vous
12:50ça a toujours été le lieu de la chimie.
12:52Un vrai chaudron.
12:54Et ce rouge-là
12:55qui est le rouge
12:56il ressemble un peu au rouge
12:57de notre studio.
12:58Qu'est-ce qu'il raconte ?
13:00Le rouge c'est la vie
13:03évidemment.
13:04Mais c'était tout le questionnement
13:07de quel rouge allait être peint
13:10sur ce fameux mur.
13:11C'est pour ça qu'il y a une scène amusante
13:13où Anish voudrait que ce soit vraiment
13:15un rouge foncé
13:18parce qu'il avait déjà travaillé avec Anish
13:20où il avait fait un noir.
13:22Et il m'a dit à Kram
13:24il a fallu que je danse tellement fort
13:26parce que le noir emportait tout.
13:28Les gens étaient comme happés par ce noir.
13:31Et donc il a dû se défaire.
13:33Donc il ne voulait pas revivre je crois la même chose.
13:35Et c'est pour ça qu'il a insisté
13:37à avoir ce rouge-là.
13:39Et quand vous voyez les images du film
13:41le spectacle c'était il y a 20 ans
13:43est-ce que vous vous dites
13:44vous êtes tenté aujourd'hui
13:45de refaire une chorégraphie de la danse
13:48de cette façon ?
13:49Alors Souman Su
13:49qui est notre directrice des répétitions
13:51dans le film
13:52et mon entraîneuse
13:52et aussi ma masseuse
13:55parce que pour pouvoir tenir le temps
13:58et les 120 représentations
14:00il faut quand même un peu
14:02de prendre soin de son corps échauffé.
14:06Du coup j'ai oublié votre question.
14:08Oui la question c'est
14:08est-ce que vous seriez tenté
14:09de refaire la même chose ?
14:10Souman m'a proposé
14:12de refaire un spectacle
14:13il n'y a pas longtemps
14:13je me suis dit
14:14mais t'es complètement dingue.
14:15Mais pourquoi ?
14:16Parce que le temps passe
14:18vous savez
14:18le corps change
14:19et puis ça veut dire
14:20qu'il y a un énorme entraînement
14:22moi j'admire énormément
14:24les danseurs
14:25parce qu'ils se donnent
14:26c'est un temps de création
14:30qui est assez court
14:31sauf si on danse
14:32vraiment très différemment.
14:35Je suis en admiration
14:36parce que d'abord
14:38ils doivent passer
14:38par des douleurs
14:40quand même très difficiles
14:41il y a une sorte
14:42de sacrifice
14:42et de passion
14:44mais c'est vrai
14:44que la passion
14:45ça fait tout traverser
14:46c'est ça qui est formidable.
14:47Est-ce que ça vous a permis
14:49d'appréhender
14:50les rôles
14:51que vous interprétez
14:52à l'écran
14:55différemment ?
14:56C'est-à-dire
14:56que j'ai eu une relation
14:57à la peur
14:58un peu différente
14:59parce que j'avais tellement peur
15:00avant de passer sur scène
15:01les 120 fois
15:04Vous aviez le trac ?
15:05J'avais un trac
15:06mais horrible
15:08Peur de mourir quasiment
15:10Peur de mourir
15:11oui c'est ça
15:11Mais vraiment ?
15:12Mais parce qu'il y avait
15:13les deux ensemble
15:14il y avait
15:14et l'épreuve physique
15:16et l'épreuve émotionnelle
15:18et d'avoir les deux ensemble
15:20c'est hyper rare
15:21en général
15:21c'est séparé
15:22et les danseurs
15:24ne s'impliquent pas
15:26autant émotionnellement
15:28d'une manière générale
15:29il y a des exceptions
15:30évidemment
15:30et à des acteurs
15:32on ne demande pas
15:33autant
15:37cette épreuve physique
15:38Juliette Binoche
15:39on voulait vous parler aussi
15:40du financement
15:41du cinéma français
15:41puisque vous étiez à Cannes
15:42cette année
15:43vous en avez parlé
15:43dans une table ronde
15:45avec le CNC
15:46puis vous avez aussi signé
15:48cette pétition
15:49Zappé Bolloré
15:49avec plus de 4000
15:51professionnels du cinéma
15:52qui dénonçaient
15:52la concentration
15:53du financement
15:54dans les mains
15:54d'un seul homme
15:55Vous qui présidiez
15:57l'Union Européenne
15:57de cinéma
15:58qui êtes co-signataire
15:59d'un appel
16:00pour préserver
16:01le financement
16:02équitable
16:03et prévisible
16:04du cinéma
16:04vous diriez qu'aujourd'hui
16:05le financement
16:06du cinéma français
16:07il est équitable
16:08et prévisible
16:09il empêche par exemple
16:10une mainmise politique
16:11Ah oui
16:12pour l'instant
16:13notre façon
16:15de produire
16:16est admirable
16:17et admirée
16:18par tous
16:19les pays
16:20C'est l'exception culturelle
16:22Ah vraiment
16:22c'est notre protection
16:25et c'est ce qui fait
16:26que notre cinéma
16:29rayonne partout
16:29dans le monde
16:30qu'il est très diversifié
16:33par toutes sortes
16:34d'esprits différents
16:34et ça c'est un cadeau
16:37inouï
16:38et le CNC
16:38a été fondé
16:41il y a 80 années
16:42c'est pas rien
16:43et Canal Plus
16:44depuis plus de 40 ans
16:46et d'ailleurs
16:47je me souviens
16:47d'avoir croisé
16:49Pierre Lescure
16:50c'était au Festival de Sète
16:52Ancien patron de Canal
16:53et ancien président
16:54du Festival de Cannes
16:55Et Canal Plus
16:56n'existait pas encore
16:57on était en train
16:57de marcher
16:58le long de la plage
16:59et il me parlait
17:00de Canal Plus
17:01comme le nouvel
17:01arrivé
17:03qui allait
17:04aider
17:05enfin qui était
17:06une nouvelle conception
17:06d'une télévision
17:08et une aide du cinéma
17:09Et en l'occurrence
17:10votre carrière même
17:12elle illustre
17:13cette diversité
17:14et cette exception
17:15quand on pense
17:15au rôle que vous avez joué
17:17pour Léo Scarax
17:18pour Godard
17:20pour Michael Haneke
17:21ce sont des films
17:22qui ne pourraient pas
17:23voir le jour
17:24sans ce système
17:26qui existe
17:27uniquement en France
17:28Ce qu'il y a d'incroyable
17:28en France
17:29c'est qu'on accueille
17:31beaucoup de metteurs
17:32en scène étrangers
17:33qui filment
17:33à Paris
17:34en France
17:35et qui donnent aussi
17:36un regard nouveau
17:37et ça
17:39on
17:39on prend conscience
17:41de ça
17:41quand par exemple
17:42on va à Cannes
17:43au Festival de Cannes
17:44où on voit
17:44toutes sortes de films
17:45qui sont souvent primés
17:47Surtout quand on est membre
17:48du jury
17:49présidente du jury
17:50puisque vous l'avez été
17:51au 78ème Festival de Cannes
17:53Oui mais alors
17:53on n'est pas chauvines
17:54à ce moment-là
17:55il n'y a que l'art
17:56qui compte
17:57Virginie Effira
17:58en marque est belge
17:59mais elle parlait
17:59du pouvoir du cinéma
18:00ça existe le pouvoir du cinéma
18:01pour vous ?
18:02Mais dans la vie des gens
18:03c'est énorme
18:04C'est pour ça
18:05que parfois
18:06on nous attaque
18:07parce qu'on a
18:08un pouvoir
18:10parce qu'on est
18:12près des gens
18:12on raconte
18:13des histoires
18:14qui arrivent
18:15aux personnes
18:16qui vivent
18:16on va rechercher
18:18les histoires
18:18on est presque
18:20des journalistes
18:21par moments
18:21pour essayer
18:21de comprendre
18:22comment les choses
18:23se passent
18:24et on l'incarne
18:25incarner
18:26un personnage
18:27quelqu'un
18:28c'est vraiment
18:29le faire naître
18:31en soi
18:31et il y a une descente
18:33qui est
18:33qui est
18:35qui est assez
18:36d'ailleurs
18:39qui est magnifique
18:40pour moi
18:40parce que
18:41c'est se rapprocher
18:42le plus
18:42le plus possible
18:43de quelqu'un d'autre
18:45et on est
18:46c'est l'art de l'autre
18:47le jeu
18:48et le cinéma
18:50ou tout art
18:50d'ailleurs
18:51toute forme artistique
18:52Mais ce pouvoir-là
18:53il s'incarne
18:54dans une scène
18:54juste une scène
18:55extrêmement puissante
18:57le conflit politique
18:58racial
18:59sexuel
18:59sans mots
19:01vous dit votre partenaire
19:03sans danser
19:04juste une scène
19:05et il faut aller voir
19:07ce film
19:08Oui c'est vrai
19:08c'est à Kramkan
19:09qui dit ça
19:09dans mon film
19:10Exactement
19:10c'est donc au cinéma
19:12mercredi prochain
19:13le 3 juin
19:14et vous serez au théâtre
19:16de la ville
19:16pour une rencontre
19:17ce soir
19:18Ce soir
19:19c'est l'avant-première
19:20c'est la première
19:22on montre le film
19:24à Paris
19:25on est très émus
19:26parce que
19:27ça a été beaucoup de travail
19:28dès le départ
19:30et c'est la quintessence
19:31un peu
19:31de tout ce travail
19:32tout ce qu'on a traversé
19:34et c'est vrai
19:34que de voir le film
19:36dans un théâtre
19:37alors qu'on l'a joué
19:39dans un théâtre
19:40il y a un côté
19:42poupée russe
19:42et il reste quelques places
19:43donc pour ceux
19:44qui veulent venir
19:45c'est qu'ils ne sont pas
19:46intéressés par le foot
19:47mais de toute façon
19:47ça passe à 8h30
19:48le match sera terminé
19:51largement terminé
19:52merci infiniment
19:53Juliette Binoche
19:54d'avoir été l'invité
19:55de France Inter
19:55ce matin
19:56entre nous
19:57au cinéma
19:57le 3 juin
19:58c'est un théâtre
19:58Sous-titrage FR ?
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