00:00Il est 7h49 et Benjamin Duhamel, votre invité et président du groupe socialiste à l'Assemblée Nationale.
00:06Bonjour Boris Vallaud.
00:07Bonjour.
00:08Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter.
00:10C'est votre première prise de parole depuis votre départ fracassant de la direction du Parti Socialiste annoncé vendredi dernier.
00:16Pour commencer, Boris Vallaud, pourquoi partir maintenant ?
00:19Vous trouviez que la gauche n'était déjà pas assez divisée, qu'il fallait rajouter votre grain de sel ?
00:23D'abord, pour rassurer ceux qui s'en inquiétaient, je ne quitte pas le Parti Socialiste,
00:28je quitte la direction du Parti Socialiste.
00:30Quel est le sens de cette démission ?
00:33C'est que l'on prenne au sérieux mon inquiétude.
00:35Que l'on prenne au sérieux l'inquiétude de beaucoup de militantes et de militants
00:40qui ont le sentiment que nous ne sommes pas prêts, que nous ne nous préparons pas
00:44à une élection présidentielle qui ne rassemblera à aucune autre.
00:47L'extrême droite, les bonimenteurs de l'extrême droite, les ennemis mortels de la démocratie sont aux portes du pouvoir.
00:53Tout le monde est en campagne, pas nous.
00:56Et j'appartenais à une direction qui ne construisait pas une direction, qui ne donnait pas une direction.
01:00Et comme beaucoup, je ne savais plus où nous allions.
01:03Donc ça, c'est la responsabilité d'Olivier Faure.
01:05Votre courant a des mots très durs contre le premier secrétaire du PS.
01:08Vous lui reprochez l'enlisement du parti, la brutalisation du fonctionnement des instances.
01:11C'est votre expression, le verrouillage aussi.
01:14En fait, vous trouvez quoi ? Que le PS fonctionne comme la France Insoumise, c'est ça ?
01:17J'ai le sentiment que nous avons un collectif qui est défaillant au moment où nous avons au contraire besoin
01:24de nous frotter les uns aux autres pour fabriquer du consensus, pour essayer de trouver un chemin qui soit un
01:29chemin partagé.
01:30Je ne crois pas à l'union de la gauche sans l'union des socialistes et nous n'y parvenons
01:35pas aujourd'hui.
01:36Mais je voudrais dire une chose quand même, de façon assez nette.
01:40Ma démission, ça n'est pas la crise.
01:43La crise, c'est le silence, c'est de ne rien dire quand ça ne va pas, c'est de
01:45ne pas proposer de chemin alternatif.
01:47Il y a une situation de fait, Boris Vallaud, c'est que votre démission conduit à ce qu'Olivier Faure
01:52soit minoritaire désormais,
01:55puisque si on ajoute ce qu'on appelle votre texte d'orientation et celui du maire de Rouen, Olivier Faure
01:59est minoritaire.
01:59Mais ça oblige précisément.
02:00Ça veut dire que le parti est en crise.
02:02Ça oblige précisément à ce qui a jusqu'à présent fait défaut, c'est le collectif, la discussion avec toutes
02:09et tous, à laquelle je crois.
02:10Je le dis, ça n'est pas une crise, c'est un sursaut.
02:12Ça n'est pas une brutalisation, c'est un réveil.
02:14Et surtout ma démission, elle ne dit pas c'est foutu, elle dit ça n'est pas trop tard.
02:19Et c'est vraiment ce que je veux dire ce matin, ça n'est pas trop tard pour peu qu
02:23'on se mobilise.
02:23Et on va parler dans un instant de ce que vous proposez comme vision alternative,
02:26mais simplement en politique, normalement quand on est minoritaire comme Olivier Faure,
02:29il y a une forme de logique à considérer qu'on n'est plus tout à fait légitime pour diriger
02:33un parti.
02:34Est-ce que vous tirez cette même conclusion ? Est-ce que vous considérez que Olivier Faure doit partir ?
02:38Ce n'est pas ce que je considère.
02:40Il a été élu par militant.
02:41Il a une responsabilité éminente à laquelle j'appelle.
02:45Celle de construire l'unité, celle de construire le collectif de travail,
02:49celle d'écouter y compris celles et ceux qui ne sont pas d'accord avec lui.
02:52Et puis surtout, qu'on mette ce parti en ordre de bataille.
02:55Pardon Boris Vallaud, est-ce que vous n'êtes pas un peu véléitaire ?
02:57Vous dites, il brutalise les instances du parti, le parti est enlisé, le parti ne réfléchit pas.
03:02Mais par contre, non, non, il peut rester premier secrétaire du Parti Socialiste, il n'y a pas de problème.
03:05Quand on fait de la politique, on demande à ce qu'il s'en aille, à ce qu'un congrès
03:08soit organisé.
03:09Mais moi, ce que je veux dire, pardon, mais ce n'est pas seulement une histoire de personne.
03:12Si c'était ça, finalement, ce serait assez simple.
03:14C'est une histoire de travail collectif, c'est une histoire de vision, c'est une histoire de mobilisation.
03:18C'est se poser la question de savoir quelle est notre stratégie électorale, quelles sont la sociologie et la géographie
03:23de nos combats,
03:24pour qui et où allons-nous nous battre dans cette grande bataille de France face à l'extrême droite.
03:28Ça n'est pas rien.
03:29Quelles sont nos idées principales ? Quel est le processus ?
03:31Et quand on n'est pas d'accord, on fait vivre la démocratie.
03:34Nous avons la chance d'être un parti qui est un parti démocratique.
03:37À un moment donné, on peut passer au vote.
03:39Et quel que soit le vote, moi, je me rangerai à l'avis des militants.
03:43Alors justement, sur le fond, votre principal point de désaccord avec la direction du PS, c'est le mode de
03:47désignation du candidat en vue de 2027.
03:50Olivier Faure, lui, continue de plaider pour une primaire de François Ruffin à Raphaël Glussmann.
03:55Et vous n'en voulez pas, Boris Vallaud.
03:57Est-ce que votre départ de la direction du Parti Socialiste, ça veut dire, comme d'ailleurs ce qu'explique
04:02François Hollande,
04:03François Hollande, il dit le départ de Boris Vallaud de la direction du PS, ça a une conséquence, c'est
04:07qu'il n'y aura pas de primaire.
04:09C'est acté. Est-ce qu'il n'y aura pas de primaire compte tenu de votre décision de quitter
04:12la direction du PS ?
04:13Vous savez ce que j'ai demandé dans les derniers bureaux nationaux ?
04:16J'ai demandé à ce que nous nous déterminions sur un calendrier.
04:19Oui, est-ce qu'un candidat du PS soit désigné avant l'été, ce qui n'est pas exactement une
04:22primaire.
04:23Non, non, soyez complet, Benjamin Duhamel.
04:25J'ai demandé à ce que nous votions sur un programme,
04:29que nous votions sur le candidat socialiste,
04:32comme il y a un candidat écologiste, comme il y a un candidat de l'après, comme il y a
04:34un candidat de debout,
04:35et que nous tranchions sur un processus, soit la primaire, soit un autre processus,
04:42qui est un processus de coalition.
04:43Mais quelle que soit la décision des militants, je suis la décision des militants.
04:48Dans un parti démocratique, c'est ce qui se passe.
04:49S'agissant de François Hollande, il peut bien faire tous les commentaires qu'il veut, il n'est pas mon
04:52porte-parole.
04:53Et puis par ailleurs, nous avons un désaccord, qui est un désaccord majeur.
04:56Moi, je veux l'union de la gauche de Glucksmann à Ruffin.
04:59Lui, il ne la souhaite pas.
05:01Donc, voilà, vous avez compris, je ne roule pour personne et je n'ai pas de candidat,
05:05si ce n'est celui d'une union la plus large possible de cette gauche de Glucksmann.
05:08Là encore, pour que nos auditeurs comprennent, parce que parfois, il faut être solferinologue
05:12pour comprendre ce qui se passe au Parti Socialiste.
05:14Mais ce que vous êtes.
05:16Oui, tout à fait, vous avez raison.
05:17Votre départ du Parti Socialiste ne veut pas dire...
05:19Votre départ de la direction du Parti Socialiste ne veut pas dire qu'il n'y aura pas de primaire.
05:23Écoutez, moi, je veux faire une proposition.
05:25Si vous m'autorisez une proposition que je fais au milieu des amis et des camarades
05:30avec lesquels j'ai lancé une initiative, dans une gauche qui est déjà très large
05:34dans sa diversité, dans ses origines, avec Marie-Noëlle Linnemann, avec Yannick Jadot,
05:39avec Carole Delga, avec Raphaël Glucksmann, avec Nicolas Mayer-Rossignol,
05:42Emmanuel Morel, Aurore Laluc ou encore le député communiste Yannick Monnet.
05:48Je fais cette proposition à celles et ceux qui, sincèrement, sont engagés dans un autre processus.
05:53à Marine Tondelier, à Olivier Faure, à Clémentine Autain, à François Ruffin.
05:58Je propose que, sans délai, nous convoquions des rencontres de la nouvelle gauche plurielle.
06:04Pourquoi ? Parce qu'en réalité, moi, mon geste, il n'est pas désespéré.
06:08Au contraire, il appelle à ce sursaut.
06:11Il croit à la possibilité...
06:11Pardon, mais Boris Vallaud, des rencontres pour quoi faire, puisque les désaccords, ils sont connus.
06:15Alors oui, mais moi, je voudrais d'abord souligner les accords.
06:17Mais pardon, les accords, ils sont fondamentaux, ils sont majeurs.
06:19Ils n'ont rien d'une évidence.
06:21D'abord, je note que nous voulons tous un programme commun.
06:24Un programme commun de gauche, à vocation majoritaire dans le pays.
06:27Eh bien, réunissons-nous...
06:28Pardon, Boris Vallaud, vous ne voulez pas tous un programme commun.
06:30Raphaël Glucksmann, lui, justement, ne veut pas un programme commun avec François Ruffin et Marine Tondelier.
06:35Nous aurons... Nous avons beaucoup de convergences.
06:37Nous aurons des désaccords.
06:38Moi, je préfère que les désaccords, nous les posions sur la table.
06:40Nous cherchons à les surmonter, à construire ce consensus que les Français attendent pour que nous puissions partir en campagne.
06:47Je préfère que nous le fassions maintenant, plutôt qu'après.
06:50Un programme commun.
06:51C'est ce qui a prévalu à l'union de la gauche.
06:54Nous le savons dans l'histoire.
06:55Nous voulons toutes et tous gouverner ensemble.
06:58Nous voulons toutes et tous gouverner ensemble.
07:00Est-ce que c'était une évidence ?
07:01Non, mais c'est fondamental comme accord.
07:03Qu'est-ce que je propose dans ces rencontres de la nouvelle gauche plurielle ?
07:07Eh bien, que nous travaillions ensemble à un contrat de gouvernement.
07:09Un contrat de gouvernement qui permettra de faire émerger cette équipe, les visages de cette nouvelle gauche plurielle.
07:15Pardon, mais quand Lionel Jospin gouvernait, quand il a construit cette gauche plurielle,
07:20il n'avait pas peur des grands arbres, que les grands arbres se fassent de l'ombre.
07:23Il les a tous fait pousser.
07:24Donc, Boris Vallaud.
07:25Attendez, et je termine, et je termine.
07:27Et troisième proposition.
07:28Et pardon, il faut aussi un accord législatif.
07:30Que nous parlions des circonscriptions.
07:33Les législatives ne sont pas le troisième tour de l'élection présidentielle.
07:35C'est une élection autonome.
07:36Et enfin, vous avez raison de dire, nous ne sommes pas d'accord.
07:40Je pourrais expliciter pourquoi sur le processus de désignation.
07:44Eh bien, voyons, puisque certains ne veulent pas de la primaire.
07:49Et je fais partie de cela parce que je considère que c'est d'abord une grande entreprise de désunion
07:53de la gauche.
07:53Et donc, on fait comment pour désigner un candidat, alors ?
07:55Une grande entreprise de distinction.
07:56Nous allons mettre sur la place publique nos désaccords.
07:58Nous allons ouvrir des cicatrices et des blessures.
08:00Qui ne cicatriseront pas ensuite ?
08:03Eh bien, d'autres ne sont pas convaincus par ce que je propose.
08:05Une forme de consensus organisé après ce travail collectif.
08:09Eh bien, voyons si nous sommes capables de converger.
08:10Nous sommes d'accord pour avoir, pour acheter un terrain.
08:13Nous avons les plans de la maison commune que nous voulons construire.
08:15Et nous ne sommes pas d'accord sur la couleur du papier peint.
08:17Eh bien, je pense que nous sommes capables de faire un rendez-vous de la gauche plurielle
08:21pour avoir, à la fin, un contrat de législature, un contrat de gouvernement, un programme commun et un candidat commun.
08:28Donc, Boris Vallaud, si je résume, vous allez vous rencontrer pour constater que vous avez des désaccords.
08:32Vous allez continuer à ne pas être d'accord entre ceux qui veulent une primaire et ceux qui n'en
08:34veulent pas.
08:35Simplement, juste, je me mets à la place de Jean-Luc Mélenchon qui peut-être écoute ce matin
08:38et qui va pouvoir se frotter les mains et se dire, encore une fois,
08:40chez nous, c'est carré, c'est clair, là où, au Parti Socialiste, on continue à ne pas comprendre grand
08:45-chose.
08:45Oui, écoutez, ça, c'est votre interprétation.
08:47Et libre à vous de vous faire l'interprète de Jean-Luc Mélenchon, mais ce n'est pas du tout
08:51mon cas.
08:52Vous voyez, moi, je ne suis préoccupé que d'une chose, c'est de battre l'extrême droite.
08:55Vous me dites, on n'arrivera pas à s'entendre.
08:57Mais au soir de l'élection, on me dit, attendez, vous étiez d'accord pour gouverner ensemble.
09:00Vous étiez d'accord pour avoir un programme commun.
09:02Vous étiez d'accord pour avoir un contrat de législature.
09:05Discuter des élections législatives ensemble et nous unir.
09:07Et puis, vous vous êtes heurtés sur un processus.
09:10Mais moi, je crois qu'on est parfaitement capables de trouver quelque chose qui convienne à tout le monde.
09:13Et si nous ne sommes pas capables, c'est que nous ne ténons pas tant que ça.
09:18Eh bien, moi, je crois que non seulement nous en sommes capables, mais nous en avons le devoir.
09:21Vous voyez, il n'y a rien de désespéré dans ma démission de la direction.
09:25Il y a, au fond, un appel à l'union, à la responsabilité et à l'espoir.
09:29Merci beaucoup, Boris.
09:30Et comme dirait l'autre, les chants désespérés sont parfois les plus beaux.
09:32Exactement.
09:34Merci, Benjamin Duhamel.
09:35On se retrouve tout à l'heure pour le grand entretien.
09:37Il est 7h58.
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