00:007h49 sur Inter, Benjamin Duhamel, votre invité et député UDR de l'Hérault.
00:05Bonjour Charles Alongle.
00:06Bonjour, merci de votre invitation.
00:08Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter, alors que depuis le 25 novembre,
00:11les Français peuvent suivre les auditions que vous menez à l'Assemblée Nationale
00:15comme rapporteur de la commission d'enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public.
00:21Et voilà ce que vous avez déjà déclaré dans plusieurs interviews.
00:24L'audiovisuel public doit, je vous cite, « rendre des comptes ».
00:27Vous pointez, ouvrez les guillemets, « nombre d'entorses au principe de pluralisme, d'indépendance et de neutralité ».
00:34Est-ce que ça veut dire que malgré les trois mois de travaux, d'auditions, il en reste encore deux ?
00:38Vos conclusions sont déjà écrites, Charles Alongle ?
00:41Les conclusions ne sont pas écrites, nous n'en sommes qu'aux prémices de cette commission d'enquête.
00:44On a réalisé un peu moins de 10% de la cinquantaine d'auditions.
00:48Et en tant que rapporteur, et je tiens à le préciser, d'une commission qui réunit d'ailleurs l'ensemble des groupes politiques,
00:54qui d'ailleurs participent activement, je ne voudrais pas réaliser des conclusions avant d'entendre toutes ces personnes-là,
01:01avant de recevoir aussi l'ensemble des pièces que j'ai demandées.
01:04Donc c'est la raison pour laquelle vous ne m'avez jamais entendu, par exemple, me prononcer sur une éventuelle privatisation de l'audiovisuel public,
01:11qui est un sujet qui, je crois, est assez épidermique pour nombre d'entre vous, et pour aussi un certain nombre de Français.
01:16Donc tout ça pour vous rassurer, j'émettrai mes conclusions à la fin de cette commission.
01:20Et on parlera de la privatisation dans un instant, mais ça veut dire, par exemple, que vous avez pu changer d'avis à l'issue de certaines auditions.
01:26Vous avez, par exemple, auditionné la semaine dernière la présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte.
01:30Vous êtes capable de changer d'avis après l'avoir auditionné pendant 4 heures ?
01:33J'ai changé d'avis sur un certain nombre de sujets.
01:35Par exemple, je pensais l'ARCOM, autorité publique indépendante,
01:39je la pensais parfaitement garante des règles de pluralisme et neutralité.
01:43Et quand j'ai auditionné, et c'était la première audition de cette commission d'enquête,
01:46M. H. Dary, qui est président de l'ARCOM,
01:48quand je lui ai posé un certain nombre de questions simples,
01:51par exemple, comment est-ce que vous catégorisez des personnalités politiques ?
01:55Philippe Devillet est catégorisé comme personnalité politique,
01:58et donc son temps politique est décompté de certains partis,
02:00à la différence d'Aribe Dupond-Moretti, de Cécile Duflo, de Daniel Cohn-Bendit.
02:03Il a été incapable de me répondre.
02:05Donc en fait, vous changez d'avis, mais en pire, c'est ça ?
02:08En pire, selon vous.
02:09Mais j'observe, à la lueur de certaines auditions,
02:13je pense notamment à Mme Ernotte,
02:15où je lui ai posé des questions sur des anciens dirigeants de France Télévisions,
02:18qui avaient signé des dizaines ou des centaines de millions d'euros de contrats
02:22pour des sociétés de production,
02:24s'étaient fait licencier avec des indemnités de licenciement
02:27de plusieurs centaines de milliers d'euros,
02:29et quelques mois après, avaient fini dans ces mêmes sociétés de production,
02:32à la tête de ces émissions-là.
02:33Et j'entends Mme Ernotte qui s'en remet au législateur en me disant
02:37« On connaît ces pratiques, elles sont courantes,
02:39je ne les admets pas forcément moralement,
02:41mais il faudra légiférer. »
02:42Donc je vois aussi qu'il y a un système d'enrichissement de boîtes de prod
02:46et qu'il faudra légiférer.
02:49Et effectivement, Delphine Ernotte a renvoyé cela à la responsabilité du législateur.
02:53Pendant vos auditions, Charles Alon,
02:54des extraits vidéo sont publiés en direct sur vos réseaux sociaux,
02:57extraits qui reprennent plus souvent vos questions que les réponses qui sont apportées.
03:01Est-ce que c'est une commission d'enquête à charge et à décharge,
03:03où, je vais citer là le président de la commission, Jérémy Patriel-Etus,
03:07qui dit « Vous vous contentez de faire des vidéos TikTok.
03:09Est-ce que vous comprenez que la forme,
03:11la façon dont vous menez ces travaux puisse interpeller ? »
03:14Bon, c'est un abus de langage.
03:15Je pense que vous pouvez me suivre et voir que sur TikTok,
03:18je ne suis absolument pas présent,
03:20que je publie les vidéos des questions et des réponses sur les réseaux sociaux.
03:24C'est parfaitement normal.
03:25C'est une commission d'enquête, elle est publique.
03:27Pendant les auditions et au fil des auditions, c'est tout à fait normal ?
03:31Vous imaginez, M. Duhamel,
03:32que je dispose d'une équipe qui fait ce travail de transparence.
03:36La commission d'enquête est un travail de transparence
03:38vis-à-vis de l'ensemble des Français.
03:39Et je pense que ça intéresse des millions de Français,
03:42d'autant plus que c'est la première fois que l'Assemblée nationale
03:44commet une commission d'enquête sur le sujet.
03:46C'est un spectacle un peu show politique, Charles Lalonde,
03:49quand vous faites ça, quand, d'ailleurs, il suffit de regarder les vidéos.
03:51Plus souvent, les questions et le résumé des questions sont plus présentes
03:55que les réponses qui vous sont abordées.
03:55J'invite vos auditeurs à aller, par exemple, sur mon compte Twitter,
03:59où, certes, je publie les questions les plus...
04:02celles qui ont le plus fait réagir au cours des auditions,
04:05mais je publie également les réponses.
04:07Il y a des millions de Français qui s'interrogent,
04:08surtout sur une question, c'est
04:10que deviennent les 4 milliards d'argent
04:12qu'ils payent chaque année
04:14au service de l'audiovisuel public.
04:15C'est un travail d'utilité publique
04:17et c'est la première fois, encore une fois, je le dis,
04:19que l'Assemblée nationale se saisit de ce sujet.
04:21Donc, pour moi, c'est un travail de transparence.
04:23Il mérite d'être exposé à l'ensemble des Français.
04:25Je voudrais, Charles Lalonde, prendre deux exemples
04:26sur votre rapport aux faits.
04:28Le premier, vous avez plusieurs fois cité dans ses auditions
04:30un mail qui démontrerait que France Télévisions
04:32a cherché à faire pression sur la Cour des comptes
04:34pour qu'elle décale la publication de son rapport,
04:37ce qui a été démenti tant par la Cour
04:38que par France Télévisions.
04:39Est-ce que vous l'avez ce mail ou pas ?
04:41Alors, ça n'a pas été démenti sous serment
04:43devant la commission d'enquête
04:45par le troisième président de la Chambre de la Cour des comptes
04:48qui est celui qui a eu la direction
04:50du rapport sur France Télévisions
04:52et cette personne-là est la personne
04:54la plus directement concernée
04:56par ce prétendu mail qui aurait été envoyé
04:58à la Cour des comptes par la direction de France Télévisions.
05:00Ça a été démenti directement sur les raisons.
05:01Non, non. Monsieur Duhamel, je vous propose
05:04de regarder l'intégralité de l'audition
05:07du troisième président de la Chambre de la Cour des comptes.
05:09qui refuse de répondre à ma question.
05:11Je lui pose quatre fois la question
05:12« Avez-vous, oui ou non, reçu un mail
05:14de la direction de France Télévisions
05:15pour décaler le rapport ? »
05:16Est-ce que vous avez ce mail en votre possession ?
05:21Monsieur Duhamel, pour vous répondre,
05:22j'ai rencontré trois personnes
05:23de confiance qui m'ont dit
05:25avoir eu ce mail,
05:27qui m'ont lu les verbatimes de ce mail,
05:29très précisément,
05:31qui m'ont lu à chaque fois
05:31exactement les mêmes termes.
05:33Donc vous n'avez pas ?
05:34Monsieur Duhamel,
05:35ces mêmes personnes-là m'ont dit une chose,
05:37qu'ils m'enverraient ce mail
05:39une fois la commission d'enquête entamée
05:41parce qu'il y a un système d'omerta,
05:43d'influence et de pression
05:45et que de me transmettre une telle pièce
05:47faisait peser un risque
05:49sur la suite de leur carrière.
05:51Et donc,
05:51ces personnes-là,
05:52je ne veux pas révéler leur nom.
05:53Je ne veux pas révéler leur nom,
05:55mais si ces personnes-là
05:55se sont engagées
05:56à envoyer ce mail
05:57et j'ai des bonnes raisons
05:58de les croire
05:59et les réponses
06:00de ce président de la Cour des Comptes
06:02m'indiquent
06:02que j'ai encore plus
06:04de bonnes raisons
06:04de croire ces personnes-là.
06:06Ça veut donc dire
06:06que vous posez des questions
06:07sur la base de,
06:09on dit,
06:10de rumeurs,
06:10puisque vous dites
06:11on m'a parlé de ce mail
06:11mais vous n'avez pas ce mail
06:12en votre possession.
06:13Quand vous avez
06:14un haut magistrat,
06:16troisième président
06:17de la Chambre
06:17de la Cour des Comptes
06:18qui refuse
06:19à quatre reprises
06:20de vous répondre
06:21de façon simple
06:22et qui refuse
06:24de nier l'existence
06:25de ce mail,
06:26vous pouvez,
06:26je pense,
06:27avoir des doutes légitimes
06:28sur son existence.
06:29Monsieur Moscovici
06:30avait d'ailleurs avoué
06:31qu'il avait décalé
06:32la sortie du rapport
06:33sur la loi immigration
06:34parce qu'il ne voulait pas
06:35interférer dans les débats
06:36du Parlement sur le sujet.
06:37Autre point sur votre rapport
06:38au fait,
06:39Charles Alon,
06:40pendant plusieurs semaines
06:40vous avez avancé
06:41la chose suivante
06:42censée démontrer
06:42la gabegie à France Télévisions
06:43le 12 novembre
06:44sur votre compte X.
06:46Voilà ce que vous écrivez.
06:47126 000 euros
06:48de frais de cocktail par jour.
06:50Sauf que ce chiffre
06:50n'existe pas.
06:51Il n'y a pas 126 000 euros
06:52de frais de cocktail par jour
06:53à France Télévisions.
06:54Il suffit pour ça
06:55de lire le rapport
06:56de la Cour des Comptes
06:56annexe 18, page 163.
06:59Est-ce que vous reconnaissez
06:59une erreur ?
07:01Ce chiffre a été sorti
07:02par un éditorialiste
07:03de BFM TV
07:04le matin de la sortie
07:06du rapport
07:06de la Cour des Comptes
07:07qui parlait de 126 000 euros
07:08de frais de cocktail
07:09et le jour même
07:10écoutant BFM TV le matin
07:11m'informant
07:13et bien j'ai repris ce chiffre.
07:15Effectivement,
07:15vous avez raison,
07:16il compte des frais de cocktail
07:17de réception et de mission.
07:19Donc cette exception
07:20est assez large.
07:21C'est une erreur
07:23parce que l'exception
07:24est plus large.
07:25Simplement,
07:25quand j'ai interrogé
07:26Delphine Arnaud
07:26sur les frais de réception
07:28et de cocktail
07:29lors de la période Covid
07:30en 2020,
07:31on parle de 1,5 million
07:33de frais de cocktail
07:34et de réception
07:34lors de la période Covid
07:35et j'ai eu du mal
07:36à comprendre les réponses
07:37de Delphine Arnaud
07:38qui a voté un.
07:39Mais vous n'aviez pas lu,
07:39le rapport de la Cour des Comptes
07:39puisque pour dire
07:40qu'il y a 126 000 euros
07:41de frais de cocktail par jour,
07:42il suffit de lire
07:43le rapport de la Cour des Comptes,
07:44le mot cocktail
07:44n'est même pas écrit.
07:45Vous avez frais de réception.
07:47Vous avez frais de réception
07:48et quand vous rentrez
07:49dans le détail...
07:50Mais pas à 126 000 euros par jour.
07:50Mais M. Duhamel,
07:51quand vous voyez
07:52les gabgis chez France Télévisions,
07:54quand vous voyez
07:54qu'il y a eu près de 80 millions
07:56d'euros de déficit
07:56qui ont été cumulés,
07:57que la trésorerie aujourd'hui
07:58est négative,
07:59qu'il y a un risque
07:59de quasi-faillite
08:00et de dissolution
08:01reconnue par la Cour des Comptes,
08:03que vous avez un salaire moyen
08:04de 72 000 euros
08:05chez France Télévisions
08:06qui les situe parmi les 9%
08:07des Français les plus riches
08:08et que vous avez 30 directeurs
08:10qui gagnent plus
08:10que le Président de la République,
08:12tous les Français conviendront
08:13de gabgis abyssales
08:14qui frappent aujourd'hui
08:15France Télévisions
08:15et qui mettent
08:16le service public
08:17en risque de disparition.
08:19Vous allez convoquer
08:20Patrick Sébastien ou pas
08:21à la commission d'enquête ?
08:22C'est ce que disent
08:23nos confrères du journal du dimanche.
08:24J'aimerais faire une table ronde
08:25sur les grandes voix
08:26et les grands visages
08:27du service public.
08:28Je pense à M. Aquili,
08:29grande voix de Radio France,
08:30mais je pense aussi
08:31à un certain nombre
08:32d'autres personnes.
08:33Jacques Cardos
08:33qui a incarné l'investigation,
08:35Patrick Sébastien
08:36qui a incarné le divertissement,
08:38Julien Lepers par exemple aussi.
08:39Je voudrais faire une table ronde
08:40sur ces personnes
08:41qui ont coûté très cher
08:42aux contribuables
08:43parce qu'ils ont été
08:44du jour au lendemain licenciés
08:45par France Télévisions.
08:46On a appris par exemple
08:47que les anciens présentateurs
08:48de Motus,
08:49probablement des Mavlandes
08:50de plus de 50 ans
08:51qui étaient dans le viseur
08:52de la généreuse,
08:52ils pourraient éclairer
08:53vos travaux
08:54sur le visage public ?
08:56Je pense qu'une table ronde.
08:57En fait,
08:57il y a une forme
08:58de mépris social
08:59que je voudrais totalement évacuer.
09:00Patrick Sébastien
09:01est quelqu'un
09:01qui a fait des millions
09:02d'auditeurs,
09:03de téléspectateurs
09:04sur ses émissions
09:05Le Grand Cabaret du Monde
09:06qu'on le jette
09:07tout de suite aux oubliettes
09:08parce que soi-disant
09:09ce serait une émission
09:10qui ne serait pas regardable.
09:11Pour moi,
09:12ce n'est pas un sentiment
09:13que je partage.
09:14Merci Charles Aloncle
09:15d'être venu ce matin
09:16au micro de France Inter.
09:17Et merci Benjamin Duhamel
09:18à tout à l'heure
09:18pour le grand entretien.
09:20Il est 7h58.