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  • il y a 2 heures
Dans la capitale française, au XIXe siècle, le luxe côtoie la misère, et la société
bourgeoise croise dans ses rues le Paris des marges. À commencer par les
prostituées : à cette époque, la ville de l'amour est également le bordel de l'Europe. Àcôté des grisettes qui se vendent pour survivre, les cocottes et les lorettes attirent le luxe et le pouvoir en côtoyant de riches clients, et se font maîtresses de leurs boulevards. La capitale accueille également des « nourrices sur lieux », des Morvandelles parties de leur campagne pour allaiter les petits parisiens. Bien traitées par leurs employeurs, elles bénéficient d'une meilleure vie et d'une émancipation par l'éducation. Année de Production :

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Transcription
00:00Générique
00:38Cocotte
00:40Descente de lit
00:42Catin
00:44Louvre
00:45Dans ce jeu, toutes les cartes désignent le même métier, le plus vieux du monde.
00:51Prostituée
00:53La scène se répète plusieurs fois par mois, entre les murs d'une ancienne maison close.
00:58Là, le passé refait surface, sous une forme vertueuse.
01:05Célibataire, joyeuse.
01:07On donne ici des conférences pour raconter cette histoire souvent fantasmée des maisons close,
01:12parce que c'est important de remettre un petit peu dans son contexte les conditions de vie,
01:16la difficulté de travailler dans les maisons close, ne pas oublier cette histoire.
01:21Ça fait partie intégrante de la ville de Paris, de son évolution,
01:25et c'est vrai que ça rend tout ça extrêmement passionnant à raconter.
01:28Une maison de société !
01:32Au XIXe siècle, la capitale de l'amour est le bordel de l'Europe.
01:37C'est une terre de plaisir où les corps se consomment et se consument.
01:42La prostitution n'est pas nouvelle à Paris, mais elle se transforme, sans bourgeoise,
01:47au même rythme que la cité.
01:50Face aux grisettes qui se vendent pour survivre,
01:52se dressent des cocottes, avides d'or, de pouvoir et d'indépendance.
01:57Des trottoirs jusqu'aux plus beaux hôtels particuliers,
02:01le Paris des filles de joie sent autant le luxe que la misère.
02:05C'est un demi-monde dans lequel les femmes tentent d'exister
02:09et de se faire une place dans la société.
02:20A l'aube de la Révolution française,
02:23un lieu détrône les rues chaudes de la capitale.
02:28Situé dans le prolongement du Louvre,
02:31le Palais Royal est un vaste lupanard à ciel ouvert.
02:37Le Palais Royal représente un univers clos au centre de Paris.
02:42C'est un lieu particulier sur le plan juridique,
02:44puisqu'il appartient au Duc d'Orléans,
02:47et que sous la monarchie,
02:49l'apanage des Ducs d'Orléans n'est pas accessible à la police royale.
02:54Et les prostituées peuvent y rentrer,
02:56soit pour consommer sur place,
02:59soit elles font monter leurs clients
03:00dans tous ces appartements qui se trouvent au-dessus des boutiques.
03:04Le Palais Royal est vraiment le centre de la prostitution parisienne
03:08et où on a pu compter plus de 2000 prostituées à un certain moment.
03:14Le Palais concentre sous ses galeries
03:16tous les commerces et divertissements en vogue à Paris.
03:19Des restaurants, un théâtre et des salles de jeux
03:22qui drainent des milliers de cibles potentielles
03:25pour les marchandes d'amour.
03:28La prostitution, elle se pratique partout,
03:31mais à des niveaux différents.
03:33Par exemple, dans les cafés très chics
03:35ou dans les restaurants,
03:36ce sont des courtisanes qui vont y rentrer,
03:40s'adosser à une table
03:42et éventuellement attendre le client.
03:45D'autres prostituées,
03:46beaucoup plus populaires,
03:48vont racoler carrément dans le jardin.
03:52Et puis, il y a toutes ces petites boutiques
03:55qui sont établies sous les galeries.
03:57Le commerce lui-même n'est qu'une devanture
04:00et derrière, une autre pièce,
04:02souvent simplement séparée par un simple rideau,
04:06permet d'avoir des ébats un peu plus précis
04:08dans l'arrière-boutique.
04:11De nombreux hommes succombent à la tentation.
04:14Bonaparte lui-même
04:15perd sa virginité entre les ailes d'une hirondelle,
04:19surnom d'Onéophie qui officie au palais.
04:23Mais lorsqu'il devient consul,
04:25il décide d'encadrer de manière plus autoritaire
04:27cette activité.
04:33Alors, il y a d'abord une forme de réaction
04:34par rapport au directoire,
04:36où la licence a été totale, évidemment,
04:38après la terreur,
04:40où tout le monde s'est un peu lâché, je dirais.
04:43C'est la période où les femmes commençaient
04:44à se déshabiller,
04:45à porter des robes transparentes,
04:47à montrer leurs bras,
04:48ce qui était d'une indécence totale.
04:50Et donc là, il y a une volonté
04:52de rétablir l'ordre public.
04:54Et puis, il y a eu surtout
04:55un problème sanitaire extrêmement important.
04:57à partir de 1802,
04:59où vraiment une épidémie de syphilis
05:01va faire des ravages.
05:02Et là, il est temps, en effet,
05:04d'encadrer la prostitution.
05:06Non pas l'interdire, mais l'encadrer.
05:10Désormais, les filles doivent déclarer
05:12leur activité aux autorités,
05:14se soumettre à des visites médicales
05:16et exercer dans des lieux prévus à cet effet.
05:20Chassée du palais royal,
05:22elle se déploie sur la ville
05:23qui peu à peu s'agrandit et s'embellit.
05:27Dans le nord de la capitale,
05:29le 9e arrondissement devient
05:31sous le 2nd empire
05:32le centre névralgique des Lorettes,
05:35surnommé ainsi,
05:36d'après l'église du quartier,
05:38Notre-Dame de Lorette.
05:43Le 9e arrondissement,
05:45c'est l'haussmanisation de Paris.
05:47Et cette haussmanisation, ici,
05:49elle est pour les élites culturelles
05:51et artistiques,
05:52dont les grandes actrices,
05:53les grandes comédiennes,
05:54qui sont aussi des prostituées.
05:56Très souvent,
05:57elles sont en fait
05:58les premières habitantes
05:59d'un appartement
06:00parce qu'à l'époque,
06:01on estime qu'un logement neuf,
06:04c'est un logement toxique,
06:05en raison des plâtres,
06:06de la peinture.
06:08Et donc,
06:08on va leur louer
06:09pour qu'elles essuient
06:10les plâtres,
06:11justement,
06:12avant de trouver
06:12des locataires plus honorables.
06:17Pour les Lorettes,
06:18ce quartier chic
06:19est un carrefour stratégique
06:20étreint par deux axes
06:22de jouissance.
06:23Au nord,
06:25Pigalle,
06:25où l'on vient s'en canailler.
06:27Au sud,
06:29les grands boulevards,
06:30qui cristallisent les loisirs
06:31et les désirs
06:33des classes supérieures.
06:38Les grands boulevards,
06:39c'est le lieu de consommation
06:40de la bourgeoisie.
06:41C'est une concentration
06:43de lieux de plaisir
06:44qui sont les bals,
06:45les cafés,
06:46les restaurants,
06:46les théâtres.
06:47Et en fait,
06:48c'est une concentration
06:49de plaisir
06:50qui ne sont pas autorisés
06:51aux femmes seules
06:52ou alors
06:53si elles sont prostituées.
06:56Ce qu'il faut comprendre,
06:57c'est que jusqu'au Second Empire,
06:59pratiquement,
07:00la vie sociale,
07:01la vie culturelle,
07:02la vie artistique,
07:03elle se passe beaucoup
07:04dans les salons,
07:05dans les théâtres,
07:06mais dans des lieux privés.
07:07Avec l'émergence
07:08de l'éclairage public,
07:09mais aussi l'invention
07:10du mobilier
07:11et l'invention du trottoir,
07:13l'espace public
07:14devient un espace public
07:15où on discute,
07:16où on débat,
07:17où on échange.
07:18C'est du coup
07:18un lieu de vie nocturne
07:20où les femmes
07:21qui vont s'y trouver
07:22ne doivent pas avoir
07:23une position respectable.
07:26Plus libres
07:26que les honnêtes femmes
07:27enchaînées à leur mari
07:29et à la morale,
07:29les prostituées de luxe
07:31sont les maîtresses
07:32des boulevards,
07:33des cocottes
07:35considérées
07:35comme des trophées.
07:38C'est extrêmement bien vu
07:40de s'afficher entre hommes
07:41avec des prostituées,
07:42c'est même un enjeu
07:43de soirée.
07:44Et en fait,
07:44ce qu'on achète,
07:45ce n'est pas uniquement
07:46l'acte sexuel,
07:47c'est le paraître en public
07:48avec cette femme.
07:50D'où l'importance
07:51qu'elle soit belle,
07:51qu'elle soit richement habillée,
07:53qu'elle ait des bijoux
07:54grandioses
07:55et qu'elle soit là.
07:56Parmi les cocottes
07:57très célèbres du Second Empire,
07:59on a par exemple
07:59Cora Pearl,
08:00anglaise,
08:01qui a fait toute sa carrière
08:02en France,
08:03mais aussi Blanche Dantini,
08:04qui est allée faire
08:05sa tournée de comédienne
08:06en Russie
08:06et qui est revenue en France
08:07triomphalement
08:08vendre sa chair
08:09et ses bijoux russes.
08:12En picorant dans le portefeuille
08:14de leurs amants,
08:15les cocottes parviennent
08:16à volter jusqu'au sommet
08:18de l'échelle sociale
08:19et à faire leur nid
08:20dans de somptueux palais.
08:22Sur les Champs-Élysées,
08:24l'hôtel de la Païva,
08:26aujourd'hui occupé
08:27par un cercle d'hommes fortunés,
08:29porte la marque
08:29de son illustre commanditaire.
08:32Russe d'origine polonaise,
08:34Esther Lachmann
08:35est une courtisane
08:36devenue marquise de Païva
08:37grâce à un beau mariage.
08:40Après avoir conquis
08:41ce titre de noblesse,
08:43elle séduit un comte prussien
08:44qui l'aide à financer
08:46la vitrine de sa réussite.
08:48Débuté en 1855,
08:50le chantier de l'hôtel particulier
08:52dure 10 ans
08:53et coûte 10 millions de francs or.
08:56Car chez la Païva,
08:57la sobriété n'a pas son droit d'entrer.
09:03Je dirais qu'elle a mis le paquet
09:06dans tout ce qui pouvait éblouir,
09:08en particulier au niveau des matériaux.
09:10elle utilise les matériaux les plus chers,
09:13c'est du marbre,
09:14c'est de l'onyx,
09:15c'est de la malachite.
09:16Elle fait travailler
09:17les meilleurs artistes.
09:19On est vraiment
09:19dans la recherche du plus beau
09:22pour se poser,
09:24non seulement sur le plan matériel,
09:25mais je dirais aussi
09:26sur le plan culturel.
09:28Il faut bien comprendre
09:29que l'expérience sexuelle,
09:30ça ne suffit pas
09:31pour faire une carrière.
09:32Quand on fréquente
09:33l'élite de la société,
09:35il faut aussi pouvoir
09:36faire la conversation.
09:37Donc, la plupart des grandes courtisanes
09:40ont acquis
09:41une véritable culture.
09:42Et on le voit là,
09:43dans le décor
09:44de l'hôtel de la Païva,
09:45avec beaucoup de références
09:47à la Renaissance.
09:48On voit des références mythologiques
09:50absolument dans tout le palais,
09:53références qui sont celles des peintres,
09:55mais qu'elle a validées
09:57et qu'elle apprécie.
10:00La marquise suscite
10:02les jalousies du tout Paris
10:03avec sa salle de bain
10:05d'inspiration orientale
10:06où trône une baignoire
10:08taillée dans l'onyx
10:09et brodée de légendes.
10:12On raconte encore
10:13que du champagne coulé
10:14de l'un de ses trois robinets.
10:17Par ce débordement
10:18de richesse et de symboles,
10:20la Païva consacre son influence.
10:26Dans le salon donnant
10:28sur le jardin d'hiver,
10:29on est très frappé,
10:31en contemplant la cheminée,
10:33de voir cette jeune naïade nue
10:35au pied de laquelle
10:37sont couchées deux lionnes.
10:39Il y a vraiment chez la Païva
10:40toujours ce côté dompteuse.
10:43Ces lionnes qui sont couchées
10:44au pied d'une jeune femme nue.
10:47Ça incarne vraiment
10:48l'idée qu'elle se fait
10:49et de la femme
10:51et de son pouvoir.
10:53Comme les grandes dames,
10:55l'ancienne courtisane
10:56tient salon,
10:57accueille des invités
10:58de prestige,
10:59mais ne reçoit aucune femme
11:00de l'aristocratie
11:01et n'est pas reçue en retour.
11:04Parce qu'elle a vendu ses charmes,
11:06la Païva est comme marquée
11:07au fer rouge.
11:09La macule de la prostitution,
11:11en fait, ne s'efface pas.
11:13Et c'est vrai
11:14pour la plupart des courtisanes.
11:16Elles souhaitent souvent
11:17faire de bons mariages
11:18pour acquérir une respectabilité
11:20et faire oublier
11:22de quelle façon
11:23elles sont montées
11:24dans la société.
11:25La plupart du temps,
11:26elles n'y parviennent pas.
11:27Ce sera le cas
11:28de la Païva.
11:29Elle est pour tout le monde
11:30une ancienne courtisane.
11:34Pour vivre heureuse,
11:36la société préfère
11:37cacher ses prostituées.
11:38A la veille de la Première Guerre mondiale,
11:41Paris compte une cinquantaine
11:43de maisons closes.
11:45Près de la Porte Saint-Denis,
11:46au numéro 32
11:47de la petite rue Blondelle,
11:50au Belle Poule,
11:51abrité 23 pensionnaires
11:52à destination des bourgeois.
11:59Ici, on n'est pas dans une maison
12:01de haute catégorie
12:02où on va recevoir
12:03l'aristocratie mondiale,
12:05les politiciens du monde entier
12:06comme le fameux Chabanet,
12:08le One to Two
12:09ou encore le Sphinx
12:10qui vont générer
12:11des profits
12:12absolument incroyables.
12:14Mais on n'est pas non plus
12:15dans une maison d'abattage.
12:16Là, c'est un mot horrible
12:18mais qui parle,
12:18qui exprime vraiment très bien
12:20les conditions terribles
12:21dans lesquelles exerçaient ces femmes
12:22qui vont faire
12:24entre 60 et 80 passes
12:26par jour maximum.
12:32Les femmes vont rentrer
12:33majoritairement volontaires
12:34en maison
12:35parce qu'on y gagne
12:354 à 10 fois plus
12:36que si on est ouvrière,
12:38couturière ou vendeuse
12:39dans les grands magasins.
12:40Le problème,
12:41c'est qu'on rentre
12:41dans un système
12:42qui a été mis en place
12:43pour exploiter au maximum
12:45ces jeunes femmes.
12:46On va les faire payer pour tout,
12:47pour les vêtements,
12:49pour le savon,
12:51pour le logement,
12:52pour la nourriture
12:54et évidemment,
12:55ça est surfacturé
12:56aux jeunes femmes
12:57qui très souvent
12:57vont rentrer
12:58dans ce système infernal
12:59de la dette
13:00et ne plus pouvoir sortir
13:02des établissements
13:03qu'elles auront pourtant
13:05choisis à l'origine.
13:07Ainsi allait la vie
13:08dans les maisons de plaisir
13:09jusqu'en 1946,
13:12date de leur fermeture.
13:14Les établissements parisiens
13:15sont alors détruits
13:16ou restructurés.
13:18Obel Poule
13:19est le seul
13:20à avoir retrouvé
13:21son décor d'origine
13:22grâce à la ténacité
13:24de cette passionnée.
13:27J'ai eu la chance
13:28de découvrir cet endroit
13:29lorsque je l'ai acheté.
13:30À l'époque,
13:31j'avais une entreprise
13:31d'informatique
13:32avec mon père
13:33et en fait,
13:34on cherchait des locaux
13:35pour être au centre de Paris.
13:36Tout était caché
13:37derrière des coffrages en bois.
13:38il y avait un carrelage blanc
13:40au sol et un faux plafond.
13:41Ça a été une découverte
13:42au moment de l'achat
13:43où il était stipulé
13:45qu'il y avait
13:45ces magnifiques fresques
13:46qui étaient cachées.
13:48Lorsqu'on a retiré
13:49ces coffrages,
13:50on a découvert
13:50ces céramiques
13:51qu'on a restaurées
13:53pour réouvrir l'endroit
13:55en novembre 2017
13:56pour en faire
13:57un lieu de divertissement.
14:03J'avais vraiment envie
14:04de prendre une revanche
14:05sur un lieu
14:06qu'avaient exploité
14:06pendant si longtemps
14:07des femmes
14:08pour en faire un lieu
14:09dans lequel on s'amuse
14:10et où on profite
14:11et on partage l'histoire
14:13souvent méconnue
14:14des maisons closes.
14:53Allez, venez!
14:56Allez!
15:03J'ai bien connu
15:04mon arrière-grand-mère.
15:06Je savais
15:07qu'elle avait été nourrice,
15:08mais bon,
15:09comme elle avait voulu
15:10oublier cette période
15:11séparée de sa famille,
15:13de ses enfants,
15:14donc quand elle est revenue,
15:15elle avait brûlé
15:15le costume,
15:16les photos
15:17et tout ce qui la concerne.
15:19Ma trisaïeule,
15:2120 ans avant
15:22mon arrière-grand-mère,
15:23avait aussi été nourrice.
15:24On savait
15:25qu'elle était partie
15:26à Paris,
15:27qu'elle avait fait
15:28trois nourritures
15:29et elle n'est pas revenue.
15:31Elle est décédée
15:32de la dystérie
15:32dans sa dernière
15:34famille d'accueil.
15:35Comme les aïeules de Noël-Renaud,
15:38des milliers de femmes
15:39pendant des siècles
15:40ont quitté les collines
15:41et vallées du Morvan
15:42pour aller nourrir
15:44les enfants
15:44de l'aristocratie
15:45puis de la bourgeoisie.
15:47On les appelait
15:48les nourrices sur lieu.
15:50Elles abandonnaient
15:51leurs enfants
15:52et une région pauvre
15:53aux forêts
15:54et aux lacs magnifiques,
15:55mais dont la terre
15:56de granit
15:57ne nourrissait pas
15:58les familles.
16:01Les hommes
16:02louaient leurs bras
16:03dans les contrées voisines
16:04et les femmes
16:05partaient allaiter
16:06les enfants des autres.
16:10Puis le Morvan
16:11a accueilli
16:12les petits Paris,
16:13des dizaines
16:14de milliers
16:15de gamins
16:15placés par
16:16l'assistance publique.
16:17Un double mouvement
16:19de population
16:19qui a profondément
16:21marqué
16:21la société locale.
16:23Toute une industrie
16:24qui a contribué
16:25à faire de ce pays
16:26une véritable
16:27terre nourricière.
16:31C'est de l'un
16:31de ces hameaux typiques
16:33dans une région
16:34qui compte
16:34très peu de villes
16:35que l'arrière-grand-mère
16:36de Noël Renaud
16:37est partie un matin
16:38faire nourrice.
16:40Elle venait d'accoucher,
16:41ce qui permet
16:42de faire monter le lait
16:43pour aller nourrir
16:44l'enfant des autres
16:45comme sa mère
16:46l'avait faite avant elle.
16:48Une histoire
16:49très ancienne
16:50dans le Morvan
16:51où les premières traces
16:52des nourrices sur lieu
16:53remontent
16:54au XIIIe siècle.
16:56Il y avait des meneurs
16:58et des meneuses
16:58qui passaient
16:59en Morvan
16:59et qui se renseignaient
17:01sur les femmes
17:02susceptibles
17:03d'avoir un enfant
17:03dans les mois
17:04qui venaient.
17:05Alors on se mettait
17:06d'accord
17:06et on faisait monter
17:08ces femmes
17:09une fois qu'elles avaient
17:10accouché
17:10à Paris.
17:14Le changement de vie
17:16est radical.
17:17Un beau matin,
17:18la nourrice
17:19quitte la ferme
17:19misérable.
17:20Elle rejoint
17:21à pied le bourg
17:22et prend la diligence
17:23pour Paris.
17:26et là,
17:27elles allaient
17:27dans les bureaux
17:28de placement.
17:30Souvent,
17:31c'était monsieur
17:31qui venait
17:32avec le médecin
17:33de famille.
17:34Donc on examinait
17:35la nourrice,
17:36on regardait
17:36sa poitrine,
17:37on goûtait le lait
17:39avec une petite cuillère
17:40en argent.
17:41Est-ce que le lait
17:41était assez sucré,
17:43était de belles couleurs ?
17:46Si la nourrice est retenue,
17:48quelqu'un ramène
17:49son bébé
17:50dans le Morvan
17:50et elle s'installe
17:52dans un château
17:52ou un hôtel particulier.
17:54À Paris
17:55ou beaucoup plus loin,
17:56car on embauche
17:57des Morvandelles
17:57en Allemagne,
17:58en Italie
17:59et jusqu'au Chili.
18:01Il y a eu
18:02une mode
18:03de la nourrice
18:04Morvandelle.
18:05Pourquoi les Morvandelles ?
18:07Elles étaient réputées
18:08pour leur beauté.
18:10On sait
18:11qu'ils s'attachaient
18:12à recruter
18:13des jolies femmes
18:13parce que
18:14dans l'aristocratie
18:15et la bourgeoisie,
18:16après,
18:16on s'imaginait
18:17que le bébé
18:18en ouvrant les yeux
18:19sur une belle femme,
18:20voilà.
18:21Deuxième critère,
18:22elles étaient réputées
18:23pour la qualité
18:24de leur lait.
18:28Les jours de foire,
18:30les femmes vont baigner
18:31leurs poitrines
18:32dans des fontaines,
18:33comme celles du Mont-Beuvray
18:34que l'on dit
18:35bienfaitrices
18:36pour les seins
18:36et le lait.
18:39Devenir nourrice
18:40est le seul horizon
18:41et dans certains cantons,
18:43sur quatre femmes
18:43qui accouchent,
18:44trois partent faire nourrice.
18:46Elles sont très bien payées,
18:48leur statut est envié.
18:50Les filles-mères
18:51ne sont plus rejetées
18:52car elles permettent
18:53aux hommes
18:53qui les épousent
18:54de rester
18:54à la ferme
18:55pour vivre
18:56de l'argent
18:56qu'elles envoient.
18:59Quand elle arrive
19:00au château
19:01ou dans l'hôtel particulier,
19:03on fait venir
19:04une couturière
19:05et on l'habille
19:06de pied en cape.
19:07Ou alors,
19:08on l'emmène
19:09dans les grands magasins
19:09puisque les grands magasins
19:11vont aussi se mettre
19:11à la page.
19:16Elles mettaient
19:16la cape énorme
19:18et ça,
19:19c'était quand elle sortait
19:20le bébé du landau,
19:21c'était pour le protéger
19:23du vent.
19:23Voilà.
19:24donc une belle cape
19:26de nourrice,
19:27cape d'été.
19:32Le costume est aux couleurs
19:34de la famille.
19:35Ainsi, au square,
19:37on sait chez qui
19:38travaille la nourrice.
19:39Puis,
19:40au milieu du 19e siècle,
19:42une bourgeoisie d'affaires
19:43se développe.
19:44On veut vivre
19:45en aristocrate,
19:46avoir sa nourrice
19:47sur lieu.
19:48Les bureaux de placement
19:49se multiplient.
19:52La nourrice est toujours
19:53bien traitée.
19:54Elle mange
19:55avec les domestiques,
19:56mais on lui réserve
19:57les meilleurs morceaux.
19:59On lui donne
19:59beaucoup de bière
20:00parce que ça facilite
20:02la lactation.
20:04Alors,
20:05on les voit grossir
20:05au fil des photos.
20:07J'ai des nourrices
20:08qui reviennent
20:08en morvant,
20:09qui font 1m60,
20:10comme moi,
20:11et qui dépassent
20:12les 100 kg.
20:13ça, c'est quand même
20:14extraordinaire.
20:16Donc,
20:17on a un système
20:18pour agrandir
20:20la jupe,
20:21voilà,
20:22au fur et à mesure
20:23que la nourrice
20:25prenait
20:26de la taille.
20:31Ces nourrices
20:32sont souvent
20:32illettrées
20:33et elles vont avoir
20:35la chance
20:35de bénéficier
20:36des cours
20:36des précepteurs.
20:37Donc,
20:37elles vont apprendre
20:38à lire
20:39et à écrire.
20:40Et ça,
20:41c'est une émancipation
20:42formidable.
20:43Elles vont pouvoir
20:43envoyer des nouvelles
20:44elles-mêmes
20:45et puis pouvoir lire
20:47les rares lettres
20:48qu'on va envoyer
20:49du morvant.
20:50Mais il ne faut pas
20:50annoncer de mauvaises
20:51nouvelles à la nourrice
20:52parce que ça aurait pu
20:53faire tourner son lait.
20:55Donc,
20:55les nourrices
20:56n'apprennent des fois
20:56la mort de leur bébé
20:57qu'à leur retour
20:59en morvant.
21:03Lorsqu'elles rentrent
21:04au pays,
21:05ces femmes apportent
21:05d'autres modes de vie,
21:07des règles d'hygiène
21:08différentes.
21:09Le ménage en grand,
21:11l'aération des maisons,
21:13elle contribue
21:14à moderniser
21:14le morvant.
21:17C'est elle
21:18qui va maîtriser
21:18un petit peu
21:19l'argent
21:19et elle va faire
21:20un petit peu
21:21ce qu'elle va vouloir.
21:22Donc,
21:23c'est le début
21:23de l'émancipation
21:24des morvandelles.
21:26Il y a aussi,
21:26je pense,
21:27toute une élévation
21:28culturelle
21:29très importante
21:31qui va compliquer
21:32un peu les rapports
21:33souvent avec le mari.
21:34et quand il faut
21:35revenir en morvant,
21:37beaucoup de femmes
21:38n'ont qu'une envie,
21:38c'est d'avoir
21:39un autre enfant
21:40et de repartir.
21:41Voilà.
21:45Souvent,
21:46les nourrices
21:47font trois campagnes
21:48de nourriture.
21:49La première permet
21:50de changer le toit
21:51de chaume
21:51pour de l'ardoise.
21:52On appelle cela
21:53les maisons de lait.
21:54La deuxième permet
21:56d'agrandir la maison.
21:57La troisième,
21:58d'acheter des bêtes
21:59ou des terres.
22:00Puis,
22:01quand les femmes
22:01rentrent définitivement,
22:03elles reviennent
22:03souvent avec un enfant
22:05placé par l'assistance
22:06publique.
22:11Alignée en Morvan,
22:13plus au sud,
22:14est l'un de ces villages
22:15morvandiaux
22:16qui ont accueilli
22:17nombre de ces gamins.
22:18On les appelait
22:19les petits paris,
22:21des dizaines de milliers
22:22de gosses
22:23abandonnés
22:24ou orphelins.
22:25Avec l'industrialisation,
22:27le nombre d'enfants
22:28délaissés
22:28explose dans la capitale.
22:30Il faut les placer.
22:32À Alignée,
22:33un musée conserve
22:34la mémoire
22:35de ce deuxième chapitre
22:36de la grande aventure
22:37nourricière du Morvan.
22:42Alors,
22:43c'est un tour
22:44d'abandon.
22:45Alors,
22:45celui-ci est en bois
22:46et ce tour
22:49existait
22:50dans chaque hospice.
22:52Donc,
22:52les mères
22:53qui abandonnaient
22:54posaient leur enfant.
22:55Il y avait sûrement
22:57une sonnette
22:58qu'elles actionnaient.
23:00elles tournaient.
23:03Et de l'autre côté,
23:05il faut imaginer
23:06l'intérieur de l'hospice
23:08avec des sœurs.
23:10Mais parfois,
23:11la mère glissait
23:12quelque chose
23:13dans les langes.
23:14La moitié
23:15d'une carte à jouer
23:16sur laquelle
23:16elle avait écrit
23:17un prénom.
23:23On estime que près
23:24de 50 000 enfants
23:25ont été placés
23:26au XIXe siècle
23:27dans le Morvan,
23:29région qui comptait
23:29moins de 12 000 habitants.
23:31Chaque village,
23:32chaque ferme,
23:33chaque famille
23:34a son petit pari.
23:36Pour convaincre
23:37les paysans
23:37de les accueillir,
23:38l'assistance publique
23:40relève ses tarifs.
23:41Un gosse rapporte
23:429 francs par mois
23:43au lieu de 6,
23:44plus une prime
23:45à 10 ans
23:46si l'enfant
23:47est toujours vivant.
23:49Dans le pays,
23:50on dit que ça rapporte
23:51autant qu'une vache
23:52et son veau.
23:53Les soins sont pris
23:55en charge
23:55et deux fois par an,
23:57l'enfant reçoit
23:57des vêtements.
23:59Ça, c'était fourni
24:00par l'assistance publique,
24:03l'agence locale.
24:05Le directeur
24:08mettait ses cartons
24:09à disposition
24:10des enfants
24:10placés dans les familles.
24:13Dans les écoles,
24:15on reconnaît
24:15le petit pari
24:16à sa tenue.
24:17Dans certaines classes,
24:18ils sont majoritaires,
24:20mais leur mortalité
24:21est effrayante
24:22du fait
24:23du voyage périlleux,
24:24du sevrage brutal,
24:26des maladies
24:26ou des mauvais traitements.
24:28Un docteur
24:29sonne l'alarme
24:30et son rapport
24:31débouche en 1874
24:33sur la première loi
24:34protectrice
24:35de l'enfance.
24:36Les médecins
24:37passent alors
24:37dans les fermes,
24:38les contrôles
24:39se renforcent.
24:41Il y avait
24:42des différences
24:42de traitement
24:43très importantes.
24:43Et on a
24:45des cas
24:46d'enfants
24:47qui étaient
24:48systématiquement
24:49battus,
24:50privés
24:50de repas,
24:52qui étaient
24:52logés
24:53dans des conditions
24:54indignes.
24:55Et dans la ferme
24:55d'à côté,
24:56tout se passait bien.
24:57En apportant
24:58aux paysans
24:59un complément
24:59financier
25:00et de l'aide
25:01dans les champs,
25:02auprès des animaux,
25:03les petits paris
25:05ont permis
25:05de freiner
25:06l'exode rural.
25:06Ils ont apporté
25:08d'abord la diversité
25:10de leurs origines
25:12et le fait
25:13de se mêler
25:14à la population.
25:16Certains
25:16sont restés
25:17sur place,
25:18ont épousé
25:20des enfants
25:21du pays.
25:22Ce mélange
25:23de population,
25:24ça a été
25:24vraiment un atout
25:25pour le Morvan
25:26qui risquait
25:27à terme
25:28une certaine
25:29consanguinité.
25:46René Lemelo
25:47est arrivé plus tard.
25:49Il avait été
25:49victime
25:50de mauvais traitements
25:51dans une première
25:52famille du Morvan.
25:53Alors,
25:53le directeur
25:54de l'agence locale
25:55de l'assistance publique
25:56l'a fait placer
25:57en 1936
25:59chez des paysans
26:00de Champs-Commons.
26:06Alors,
26:07mes premiers pas,
26:08mes mêmes,
26:10je les ai faits
26:12dans cette maison.
26:14Mais bon,
26:14évidemment,
26:15elle n'était pas
26:16dans l'état
26:16où elle est aujourd'hui.
26:18Alors,
26:19je suis arrivé ici,
26:19on va dire,
26:20j'avais 3 ans
26:23chez des braves gens,
26:24j'ai bailli.
26:26J'étais leur petit enfant,
26:28bon,
26:28oui,
26:28mais ils étaient
26:29gentils.
26:30gentils.
26:31C'est des gens
26:32que j'ai connu.
26:34Ça me montait la larme,
26:36j'étais gentil,
26:37impossible.
26:41Je suis où ?
26:44C'est toujours dit,
26:45j'ai été plus
26:46d'un homme
26:46que si jamais.
26:47Sûrement,
26:48resté chez ma mère.
26:50parce que le peu
26:51que je l'ai connu.
26:52Dis donc.
26:54C'est une bruit que ça.
26:56Mais t'as un moment
26:59qui t'avait élevé,
27:00la mémé,
27:01elle avait eu,
27:02avec le directeur
27:04de l'assistance publique
27:05de Saulieu,
27:06elle avait eu
27:07des enfants
27:08à s'occuper avant toi.
27:09Ils savaient
27:10comment elle était.
27:11Il a dit,
27:12c'est lui là,
27:12je te l'amène,
27:13il faut que tu le prennes.
27:14à l'âge que j'ai,
27:1565 ans,
27:16elle n'en voulait plus.
27:17Puis finalement,
27:18t'as pris.
27:19Après l'école,
27:21René a appris
27:22à travailler l'osier.
27:23Il a monté
27:24une entreprise à Paris
27:25et la retraite venue,
27:27il a tout revendu
27:28pour racheter
27:29l'une des granges
27:30de la famille
27:30dans le hameau
27:31où il avait été accueilli.
27:34Un jour de Pâques.
27:36Je suis n'était pas d'accord.
27:37Je reviens,
27:39j'ai dit,
27:40j'ai acheté une maison
27:41à Chocobo.
27:42Quoi ?
27:427h08 ?
27:43Les gamins rentraient
27:45par les fenêtres,
27:47il y avait une source ici
27:48qui se levait,
27:49qui sortait par la porte.
27:51Cette ruine.
27:53Moi,
27:54je voulais habiter là.
27:56Ils voulaient la retaper,
27:56ils voulaient habiter
27:57Chocobo
27:58où il avait été élevé.
27:59C'était bon.
28:00C'était bon.
28:01C'est ça.
28:03À la maison.
28:06René est à l'image
28:07de ce pays
28:07qu'il a adopté.
28:09Après l'abandon,
28:11les douleurs,
28:11il a trouvé une famille
28:13et choisit de prendre racine
28:15dans cette terre généreuse
28:16du Morvan.
28:17de la mort.
28:24C'est du monde,
28:27c'est de prendre racine
28:27C'est de prendre racine
28:32sur la mort.
28:33C'est de prendre racine
28:36sur la mort.
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