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C pas si loin propose de décrypter les enjeux contemporains en France et à l'international depuis les Outre-mer. Présenté par Karine Baste, C pas si loin explore le monde depuis les Outre-mer. Cette France des trois océans, au carrefour de frontières et d'influences croisées, répond autrement aux dynamiques économiques, écologiques, géopolitiques et culturelles. Ce magazine propose un regard singulier sur nos enjeux contemporains et la place des territoires ultramarins dans le monde. Année de Production :
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00:09Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau numéro de c'est pas si loin notre invitée du
00:14jour est franco-américaine née à los angeles d'un père normand d'une mère guadeloupéenne
00:20elle a vécu entre autres à tahiti et wallis et futuna avant de se poser à berlin son dernier
00:26roman se déroule à fécamp l'écrivaine jennifer richard fait escale sur ce plateau ensemble
00:32nous allons revivre les temps forts de votre magazine cette semaine avec tout d'abord un
00:37anniversaire c'était il ya 80 ans la naissance de quatre nouveaux départements français la
00:42guadeloupe la martinique la guyane la réunion défendue à l'époque par les députés d'outre-mer en tête un
00:48tout jeune élu du nom d'aimer césaire également dans l'actualité une inquiétude mondiale l'érosion
00:54du littoral à la rencontre de celles et ceux qui ont dû quitter leur maison victimes de la montée
01:00des eaux et du dérèglement climatique reportage en guadeloupe et en guyane et puis autre dossier
01:06sensible la violence des jeunes circulation des armes dans un environnement social souvent difficile
01:11témoignages et pistes de réflexion dans cette émission bonjour jennifer richard bonjour jean philippe
01:19merci d'avoir accepté notre invitation alors à l'instant je parlais de vos origines et je dressais
01:24la liste non exhaustive des nombreux endroits vous avez vécu quand on vous demande d'où viens tu
01:30vous répondez quoi je suis fort embarrassé donc je sais pas comment vous répondre à cette question je
01:37pense que vous l'avez bien présenté et comme je suis un peu opportuniste je vais dire que je me
01:42sens
01:42partout dans beaucoup d'endroits mais pas partout et je puise vraiment dans les racines de mes parents
01:49dans leurs expériences pour essayer moi de me les approprier et de m'acclimater à peu près
01:56partout je vais ça veut dire qu'on se sent partout chez soi ou c'est plus compliqué non on
02:01se sent partout
02:01chez soi à partir du moment où on est prêt à partir du moment où on se sent libre quelque
02:06part à partir
02:06où on se sent absolument accueilli aussi on peut se sentir chez soi à peu près partout il y a
02:12comme
02:12des sociétés des civilisations qui nous semblent plus ou moins éloignés vous mentionnez le fait que
02:17j'habite à berlin par exemple on n'a pas l'impression vu de france que les allemands sont si
02:23différents de
02:23nous et moi j'ai eu du mal à me sentir chez moi à berlin maintenant j'y suis parvenue
02:28parce que j'ai avec
02:29moi l'écriture que je transporte avec moi où que je sois donc je me sens maintenant chez moi berlin
02:34comme je me
02:35suis sentie chez moi à paris où je peux me sentir chez moi en guadeloupe quelques mots de votre enfance
02:40jennifer richard vous parlez d'une enfance de rêve à wallis et futuna alors faites nous rêver ça ressemble
02:46à quoi alors c'est déjà le territoire le plus éloigné de la france continentale c'est un voyage très
02:55long pour y accéder et c'est un dépaysement culturel absolument fantastique quand j'étais petite
03:03par exemple hormis ce décor de rêve hormis le fait d'habiter sur une île magnifique avec des
03:08endroits mystérieux des endroits tabou comme le lac lalô lalô qui est un lac un cratère de
03:15volcans où plusieurs eaux se mêlent des eaux salées des eaux douces cet endroit magnifique en dehors de
03:21cela quand j'étais petite j'entendais mon père par exemple préparer une cérémonie avec le roi
03:27mon père allait rencontrer le roi et ses ministres c'est une île où on a un roi à wallis
03:32deux à
03:32futuna et ça c'est absolument inimaginable moi j'ai découvert la france comme ça j'ai découvert la
03:37france quasiment puis une royauté c'est pas mal d'unifer richard on va parler de votre dernier
03:42roman chemin des falaises qui vient de paraître chez grasset l'action se déroule en normandie
03:48c'est l'histoire d'un deuil et puis aussi d'un retour à la vie avec une jeune femme
03:52un peu abîmée
03:53cabossée qui va se retrouver dans une ville un peu abîmée avec des gens cabossés également ça
03:58vous va comme pitch comme on dit aujourd'hui c'est très correct vous avez oublié que la
04:03ville aussi est cabossée c'est vrai voilà pourquoi la normandie mon père est normand vous n'êtes pas
04:09sans savoir qu'il ya vraiment une un contraste farouche et un affrontement violent parfois entre
04:14les deux normandies et que rouen a gagné la bataille administrative puisque rouen est la capitale
04:20de la normandie au grand désespoir de mon père qui est de camp mais je connais mieux la saine
04:25maritime je connais mieux la haute normandie et j'ai je suis tombée amoureuse de fécans en y passant
04:30en y en y restant quelques mois et j'ai vu les fantômes de fécans c'est quoi les fantômes
04:37de fécans
04:38les fantômes de fécans je pense m'ont murmuré à l'oreille c'est à dire c'est les fantômes
04:41des
04:41ternevas notamment donc là on se rapproche de l'outre-mer puisque les ternevas traversaient
04:47l'océan pour aller jusqu'à saint-pierre-et-miquelon pêcher la morue et risquer leur vie à chaque traversée
04:52les femmes les attendaient au port donc c'est une ville très romanesque très fantomatique qui a
04:57eu un passé glorieux et qui aujourd'hui est une ville cabossée qui est en décroissance démographique
05:03dont les plus beaux bâtiments sont un peu en déréliction et malgré tout il ya une force tellurique
05:10qui est absolument incroyable fécans c'est une ville très belle qui a un passé riche avec une population de
05:16héros déchus moi ça me parle toujours les héros déchus et on va en reparler de ce roman dans cette
05:21émission jennifer richard je vous propose qu'on aborde maintenant le premier thème que vous avez
05:25choisi dans l'actualité cette semaine c'est une date historique le 19 mars 1946 ce jour là la france
05:32accueille officiellement quatre nouveaux départements la réunion la guyane la guadeloupe et la martinique
05:37regardez le 19 mars 1946 l'assemblée nationale adopte la loi de départementalisation
05:48grâce à au vote de cette loi nous avons pu introduire à la martinique un certain nombre
05:56de mesures sociales extrêmement importantes qui étaient votées pour la france et pour la france
06:01seulement bon c'était donc un pas en avant nous demandions de sortir du régime du décret c'est à
06:08dire de ne plus être soumis si je puis ainsi parler à l'obédience du ministère des colonies et
06:15d'entrer sous le régime de la loi c'est à dire à égalité avec nos concitoyens de la métropole
06:22la loi
06:23finalement adoptée à l'unanimité comporte cependant de multiples exceptions au principe d'égalité la
06:30bataille de la pour la départementalisation a été extrêmement dur et ça n'a pas été facile il a fallu
06:37batailler incroyablement pour avoir les avantages de la sécurité sociale de la caisse d'allocations
06:44familiales enfin tous les droits sociaux ça n'a pas été accordé comme ça ils n'étaient pas du tout
06:49pressés de faire de nous des français à part entière parce que ça leur coûtait cher ils renonçaient à
06:54un certain nombre de privilèges etc etc voilà des choses dans l'afrique qui prétendent maintenant
07:00être être des français parce que cette loi colportait en même temps une idée d'égalité
07:05une idée d'égalité oui c'était en une certaine manière porter la hache dans le pouvoir colonial
07:12beaucoup de droits ont été arrachés n'ont pas octroyé si on regarde la sécurité sociale ça a été un
07:22combat c'est seulement en 48 que la sécurité sociale est arrivée ici à la rayonne il n'y
07:26avait pas d'allocations familiales pour avoir les allocations familiales il fallait présenter un
07:29bulletin de salaire jennifer richard en préparant cette émission vous nous avez dit que votre mère
07:35qui est donc guadeloupéenne était née cette année-là en 1946 alors j'ai deux questions
07:41d'abord est-ce qu'elle nous regarde j'espère bien alors si elle nous regarde bonjour madame et deuxième
07:46question qu'est-ce qu'elle vous a raconté de son enfance en guadeloupe votre mère ma mère m'a
07:52beaucoup beaucoup parlé de son enfance je sais beaucoup de choses sur la vie en guadeloupe en
07:561946 et les années d'après ma mère est issue d'une famille nombreuse une fratrie dont les naissances
08:04s'étalent avant et après la ligne de départementalisation et quand elle me parle de son enfance j'ai
08:10vraiment l'impression qu'on est chez Charles Dickens mais sous les tropiques on est vraiment dans un
08:14univers qui est aujourd'hui très éloigné d'une autre en tout cas du mien de ma génération le
08:18confort dont j'ai pu bénéficier la famille était assez pauvre aujourd'hui on dirait très pauvre mais
08:26pour l'époque pour le contexte c'était une famille relativement pauvre malgré des parents qui
08:31travaillaient qui avaient une activité vraiment constante mais il était très difficile de
08:37satisfaire tous les besoins de une dizaine d'enfants si vous voulez une dizaine d'enfants à basse terre
08:43dans les années 50 c'est très compliqué et malgré tout ma mère me raconte son enfance avec avec une
08:49grande joie c'est très très beau d'entendre parler de ça ça signifie quoi pour vous ce mot
08:55départementalisation d'un point de vue juridique et même pour la population j'ai beaucoup aimé ce que
09:00disait gaston monerville et on reconnaît l'homme de droit c'est vraiment une parole de juriste c'est
09:05à dire qui nous il nous met en avant le fait que la départementalisation extrait l'individu de
09:11l'arbitraire du gouverneur puis du préfet et le place sous la coupe du parlement de la loi de la
09:18république démocratique française à égalité avec les autres citoyens donc ça c'est très important la loi
09:24c'est symbolique autant que concret dans un dans la vie d'un citoyen donc ça juridiquement c'est
09:30très important économiquement la départementalisation pour moi elle n'est pas complètement accomplie mais
09:37elle ne le sera jamais dans la mesure où la france est un état très centralisé vraiment à
09:41l'allemagne où j'habite j'ai vraiment vu le maillage citoyen le maillage administratif et juridique par
09:47rapport à la france plus on est loin en fait en fait je voyais votre plateau et je pensais à
09:52ce sol
09:53et pour moi ça c'est paris voyez vous d'accord et en fait plus vous éloignez plus les problèmes
09:58grossissent ça veut dire que les habitants de ces départements ultramarins aujourd'hui ils sont ils
10:03ont les mêmes droits ils sont égaux à ceux de l'hexagone ou pas tout à fait ils sont juridiquement
10:09égaux mais l'économie n'a pas suivi et plus on est loin du centre et plus les problèmes grossissent
10:14dans
10:14le sens où les les provinces déjà ont des problèmes économiques que non pas les grosses
10:19villes françaises mais plus on s'éloigne et quand on traverse les mers tout grossit les problèmes ont
10:25été exacerbés par le problème colonial c'est à dire que on n'a pas industrialisé on n'a jamais
10:31industrialisé ces territoires nulle part et aujourd'hui on souffre de ça même si en france
10:36métropolitaine on désindustrialise là bas ça n'a pas été fait et l'argent qui arrive depuis la
10:42france continentale l'argent public se transforme en agent privé et rien ne se crée sur place
10:50notamment une couche sociale n'a pas pu se créer une couche sociale de prolétaire qui devient ouvrière
10:55qui devient classe moyenne n'a pas pu se créer non plus dans les dans les outre-mer et aujourd
10:59'hui
10:59la population en souffre encore jennifer richard dans votre roman chemin des falaises il ya votre
11:04personnage mari qui est guadeloupéenne et on a un peu tous les poncifs tout le racisme ordinaire autour de
11:11de son personnage on l'appelle la fille des îles la veuve noire on dit qu'elle n'a pas
11:15besoin de
11:15crème solaire il ya aussi cette jolie formule elle qui incarnait le cosmopolitisme des grandes villes
11:21métissé façon pub ikea par le nomadisme des parents diplomates tous ces mots toutes ces situations vous
11:28les avez vécu vous même non moi personnellement je n'ai pas vécu ça je pense je pense qu'elle
11:35ne
11:35souffre pas de racisme en fait ce que j'ai voulu mettre en avant certes elle est guadeloupéenne
11:39certes c'est une c'est une femme noire qui arrive dans un une petite ville où on n'a
11:44pas vu beaucoup
11:44de personnes comme elle et quand j'insiste sur le fait qu'on n'a pas vu beaucoup de personnes
11:48comme
11:48elle c'est à dire qu'on n'a pas peut-être côtoyé énormément de d'habitants d'une très
11:55grande ville
11:56que ce soit berlin bruxelles londres ou paris on arrive avec ses préjugés et on pense que si on n
12:02'est
12:02pas accepté c'est peut-être à cause de sa couleur de sa culture différente alors que peut-être qu
12:06'on porte
12:07autre chose en soi en l'occurrence ce personnage porte une certaine un certain snobisme élitiste des
12:13grandes villes elle se croit supérieure parce qu'elle a fait des grandes études elle a pas mal
12:17d'autodérision d'ailleurs elle a heureusement l'autodérision aidé par l'alcool parce qu'elle
12:21a en fait beaucoup besoin de céder dans son épreuve mais je voulais montrer surtout que on a toujours
12:27l'impression qu'on est rejeté pour des choses évidentes mais on est rejeté aussi parce des choses qu'on
12:31porte en soi et les préjugés viennent pas forcément de ce qu'on croit jennifer richard on va passer
12:37maintenant au deuxième thème de cette émission c'est la violence des jeunes et même celle de
12:42la société en général c'est un chiffre qui nous a marqué 40 000 armes en site en circulation en
12:48guadeloupe soit une pour dix habitants extrait du reportage on en parle après
12:56dans des quartiers dits sensibles quelques enfants acceptent de se livrer sur la violence
13:00dont ils sont témoins ou pour certains auteurs il y a des gens qui se battent qui se menacent avec
13:07des armes et il y a des gens qui s'injurent parfois j'ai un petit peu peur parce que
13:13j'entends des messieurs
13:14frapper à ma porte j'entends les polices passer devant moi ça me fait du mal ça se fait par
13:22la violence
13:23je crois que la violence doit s'arrêter il y a des trucs qui se passent parce que il y
13:28a des gens
13:28qui cherchent qui provoquent c'est pour ça qu'on réagit moi je suis un gars j'ai pas peur
13:36si on veut prendre ma vie encore ma vie si je suis là je suis un c'est dieu qui
13:40choisit
13:49mortenol un de ses quartiers prioritaires de pointe à pitre un lieu qui a souffert des
13:54trafics et de la délinquance où la population souffre surtout de la précarité gérant d'un
13:59snack en plein mortenol nicolas boucaut 30 ans est un enfant du quartier il constate une montée de la
14:05colère et donc de la violence chez une partie de la nouvelle génération quand tu jeune il a 12 ans
14:11il a rien à manger c'est ça la première violence c'est ça la première insécurité tu rentres chez
14:17toi mais t'as rien même si tu veux te consacrer à l'école mais comment tu peux te concentrer
14:21à
14:21l'école alors que ton vent est vide tu veux essayer de travailler mais tu vas pas trouver travail c
14:27'est ça
14:27c'est dur tu vas trouver des petits jobs qui va te permettre de suivre le jour le jour donc
14:32qu'est ce
14:32tu vas faire tu vas faire ce que ton quartier sait faire le mieux tu vas rester dans le quartier
14:37tu
14:38vas faire ce que tu as vu les grands faire tu vas pas voir que peut-être les grands a
14:42pris 15 ans
14:42de piges à cause de ce qu'il a fait tu verras pas que le grand que tu as vu
14:46faire les plus de ce
14:47monde aussi jennifer richard quand on parle de la violence des jeunes il ya tout un contexte
14:52social évidemment il ya d'histoires de famille de de société qu'est ce que ce reportage vous inspire
14:58il est très dur ce reportage et il illustre vraiment ce que j'ai pu expérimenter en guadeloupe
15:05particulièrement en guadeloupe mais dans d'autres territoires d'outre-mer il ya une il ya une sorte de
15:12de comment dire de déconsidération mutuelle je pense entre entre l'administration parisienne qui
15:21décide de tout et ces territoires là en guadeloupe je crois qu'on a 36% de taux de pauvreté
15:2620% de chômage
15:29c'est notamment lié à ce qu'on évoquait tout à l'heure sur les suites de la départementalisation
15:34qui ne peut pas tout faire si l'économie ne suit pas c'est très compliqué et comment les jeunes
15:39vont
15:39se retrouver avec un avenir avoir des perspectives s'il n'y a pas de travail il ya très peu
15:46de débouchés
15:47et il ya très peu d'imagination moi j'ai rencontré des jeunes lors d'ateliers d'écriture que j
15:51'ai animé en
15:51guadeloupe des enfants et des adolescents et j'ai été frappé par leur leur désillusion déjà à 10 ans
15:59j'ai vu des enfants qui n'avaient plus de rêve et j'ai été effarée de voir ça on
16:03n'arrive pas à
16:03allumer une petite lumière malgré tout c'est forcément possible mais moi j'ai pas réussi je
16:08suis pas resté assez longtemps avec ces jeunes précisément évidemment c'est possible à 10 ans
16:12peut encore tout faire mais c'est vraiment terrible de voir une jeunesse dont on a on a déjà empêché
16:19les
16:19rêves d'éclore ce désœuvrement social on trouve pas seulement en outre mer on trouve aussi un petit
16:25peu dans votre livre vous dites que toutes ces villes elles peuvent ressusciter malgré tout
16:29j'espère je l'espère j'espère même être témoin de ça de mon vivant mais toutes les petites villes
16:35françaises se dépeuplent fait quand par exemple perd 300 habitants par an la guadeloupe la martinique ce
16:42sont des territoires qui vieillissent les jeunes s'en vont les départs sont moins nombreux que les
16:46arrivés les naissances sont moins nombreuses que les décès donc ce sont ce sont vraiment des
16:50territoires qui vont être très tendus démographiquement dans les années à venir
16:55jennifer richard je vous propose qu'on aborde maintenant le dernier thème de cette émission
16:59c'est l'érosion du littoral là encore c'est un sujet sensible pour les outre-mer aux avant-postes
17:05on
17:05le dit souvent du dérèglement climatique et qui représente à eux seuls 70% du littoral français
17:11nous avions rencontré des habitants directement menacés par la montée des eaux en guyane et en
17:15guadeloupe nous sommes retournés les voir sur place un an après pour prendre de leurs nouvelles
17:20regardez
17:33il ya 17 ans la mer elle était à 100 mètres quoi
17:41on avait planté une cocotterie ici entre la plage et la maison c'était très agréable et puis petit
17:50à petit la mer a grignoté grignoté il y en avait une trentaine quoi à peu près
17:59on sent un peu de de tristesse va falloir tout abandonner faire autre chose ailleurs
18:09la vie continue
18:14quand nous l'avons rencontré l'an dernier jacques berry s'est redouté les prochaines grandes marées
18:20la mer avait déjà atteint les fondations de sa maison un an plus tard il ne reste plus rien
18:27la maison n'existe plus mais la factrice dépose toujours le courrier ici donc de temps en temps je
18:36viens voir il y a du courrier
18:41c'est arrivé à la maison à la plomb de la maison et ça fouillé par dessous la dalle en
18:46béton quoi et puis bon ben la dalle en béton comme elle avait plus rien de pour soutenir par en
18:52dessous
18:52elle a fini par se casser puis bon et puis la maison s'en est allé quoi avec
19:00toutes les fondations tout a disparu ça a tout été déblayé
19:06il reste plus rien
19:09jennifer richard vous le regardez comment cet homme qui a perdu sa maison
19:13je trouve ça terrible de toute façon dès que vous faites un focus sur quelqu'un et sur un drame
19:18c'est absolument terrible
19:21mais on va essayer de défocaliser et et de voir qu'en fait il ya un récit national
19:26qu'on qui n'est pas continu
19:28on nous on nous parle aujourd'hui de réchauffement climatique et je trouve que c'est un terme qui
19:32écrase complètement la jeunesse qui à la fois
19:36sonne comme une fatalité
19:38nous responsabilise un peu en nous disant faites votre tri de déchets faites des choses là parce que vous êtes
19:43responsable
19:44mais on nous dit pas
19:46notre génération n'est pas forcément au courant de ce qui s'est passé après la seconde guerre mondiale
19:50quand vous parlez de la jeunesse vous parlez de
19:52du phénomène d'éco-anxiété par exemple oui c'est ça c'est à dire que grandir
19:57moi j'ai grandi avec la crise avant on avait grandi avec
20:01la guerre froide aujourd'hui je pense que les jeunes grandissent avec ça avec
20:04cette angoisse quasi existentielle de du réchauffement climatique mais c'est pas
20:10notre génération alors alors notre génération pourrait se souvenir ou demander à nos parents
20:15quelle a été la responsabilité vraiment de l'économie dans ses résultats et encore une fois on peut
20:21faire un parallèle étonnant entre les territoires d'outre-mer ce qu'on vient de voir la guadeloupe la
20:26guyane et la scène maritime par exemple
20:30là où se déroule votre roman exactement c'est pas pour revenir à ça mais c'est pour ça c
20:34'est vraiment
20:34ce parallèle entre l'exploitation du littoral qu'on a fait pendant 30 ans aux
20:39antilles et en guyane on a extrait le sable massivement pour construire les villes on a
20:44construit des villes sur la mangrove la mangrove ça sert à sédimenter le sol ça sert à retenir la
20:51violence des vagues de la même manière qu'a fait quand les galets servaient à casser la violence des
20:56vagues et les galets on les a vendus on a vendu la moitié des galets du littoral aux américains aux
21:02anglais pour faire des remblai pour casser les vibrations des grands travaux et aujourd'hui on
21:07se retrouve avec une jeunesse qui ne comprend pas ce qui se passe qui se dit voilà le monde va
21:12disparaître la plage va disparaître la maison va être emportée par l'eau mais ça on en est
21:16responsable on a fait tout ça et toute l'économie toute l'activité humaine si elle est dirigée par la
21:22croissance mène à une confrontation avec la nature et on le paie cher aujourd'hui vous qui êtes passé
21:27qui avez vécu dans plusieurs endroits des outre-mer on dit souvent je leur disais il ya un instant des
21:33autres mers qui sont souvent aux avant-postes de ce dérèglement climatique vous sentez une
21:37conscience ou une mission particulière par rapport aux outre-mer en ayant cette voie et ce regard
21:45vous trouver alors pas forcément malheureusement comme le reportage le montre ce sont pas les
21:50décideurs qui vont payer ce sont ces hommes qui vivent modestement en bord de mer ce sont les
21:57habitants des petites villes françaises du littoral qui subissent à la fois la pression immobilière la
22:02spéculation et qui subissent l'érosion du littoral qui est lié à des activités destructrices pendant des
22:07décennies dans votre roman vous parliez de cette plage de galets je me souviens d'une scène avec une femme
22:13qui rentre de ses courses et qui va se baigner votre personnage marie la voix se baigner elle
22:18voit un signe de liberté c'est quoi votre rapport vous à l'océan la peur d'abord c'est
22:25vrai oui
22:26j'ai très peur de la mer comme beaucoup d'antillais et comme beaucoup de pêcheurs normand alors je
22:32pense que ça n'a rien à voir mais c'est un rapport personnel non j'ai très peur de
22:35cette violence et je
22:36l'aime en même temps j'aime me sentir toute petite j'aime me sentir malmenée face à un océan
22:41qui est plus
22:41grand que moi et qui qui absorbe toutes les ondes négatives et bon après j'ai peur aussi des
22:48bestioles qui peut y avoir sous l'eau sur sachant que là dessus on est d'accord on est d
22:51'accord d'accord
22:53sachant que vous savez qu'en scène maritime on voit absolument pas ce qui se passe c'est la côte
22:56d'opale donc c'est la côte d'albâtre donc ce qui fait que l'eau laiteuse empêche de voir
23:00quoi que
23:01ce soit j'aime pas trop ceci je me suis habitué à nager dans les lacs à berlin je me
23:07suis habitué à
23:07cohabiter avec des idées totalement morbides quand vous êtes au dessus d'une eau très noire donc je
23:12fais des progrès oui donc j'allais dire à berlin vous êtes tranquille par rapport à l'océan c'est
23:16une évidence j'ai l'effet richard c'est la tradition dans cette émission l'invité choisit une image je
23:24vais la découvrir en même temps que nos téléspectateurs que voyons nous alors c'est là c'est la mosquée
23:31de
23:32tingoni à mayotte et c'est l'occasion pour moi de faire de rendre un hommage à mayotte qui est
23:38une île que j'aime
23:39énormément ma mère et son mari y ont habité pendant trois ans et j'ai découvert cette île
23:45pendant mon adolescence c'est une île magnifique qui donc possède la mosquée la plus vieille la plus ancienne de
23:51france elle date du 16e siècle et mayotte à une partie à plein de particularités c'est le creuset de
23:59paradoxes culturels politiques c'est un mélange c'est un mélange de plein de choses un islam qui
24:06est à la fois sunnite qui a hérité de beaucoup d'aspects chiites on précise que 95% de la
24:12population
24:12est musulmane exactement c'est un mélange de population qui descend d'omane de perse de la
24:19côte africaine c'est un c'est une population absolument fascinante et ce qui est étonnant à
24:24mayotte politiquement vous avez en effet souligné que la population est à 95% de musulmanes et c'est
24:30pourtant la population qui vote le plus à droite de france et dans laquelle aux élections présidentielles
24:37le rn pourrait passer au premier tour et on a là en fait deux populations qui sont absolument
24:43détestées par les militants politiques je trouve on a d'une part des musulmans d'autre part des gens
24:47qui votent très à droite ils vivent ensemble ce sont les mêmes c'est la population de mayotte qui
24:52vit avec ça avec des paradoxes terribles c'est le département qui aime le plus la france et c'est
24:57le département qui le plus mal fait le 101e département français c'est quoi votre rapport à la fois à
25:02la
25:02religion jennifer richard comme vous y allez oui on a 30 secondes ok alors je suis je suis non
25:10affilié oui et pourtant mon rapport à la fois est quasiment quotidien pour moi c'est vraiment une
25:15porte ouverte sur la liberté et vous je garderai la ma réponse après l'émission merci beaucoup
25:22en tout cas jennifer richard d'être passée nous voir dans ces pas si loin votre roman lu est à
25:28prouver
25:28c'est chemin des falaises aux éditions grasset et merci à vous d'être fidèle à votre rendez-vous
25:34c'est pas si loin émission que vous pouvez évidemment retrouver sur la plateforme france tv et en podcast
25:39sur toutes les plateformes audio lundi ce sera le grand retour de karine baste et nous sommes bien
25:45contents d'ici là je vous souhaite un excellent week-end sur france tv
25:48m
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