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  • il y a 15 heures
Avant de devenir enseignant, il a été banquier. Une première vie où la réussite se compte en dollars. Si depuis plus de vingt ans il a choisi de devenir professeur des écoles, c'est qu'il a l'intime conviction que la richesse du monde réside au contraire dans sa jeunesse. Transmission des savoirs, et des valeurs de la République, ce prof au parcours atypique a fait de l'apprentissage de la lecture et du langage l'un de ses combats. A l'heure de l'omniprésence des écrans et des réseaux sociaux, il alerte sur la perte d'empathie, et le refus de la nuance¿: devant ses élèves, dans ses livres et sur grand écran. Comment le métier d'enseignant a-t-il évolué ? Pourquoi assume-t-il une forme d'autorité auprès de ses élèves ? Et pourquoi au bout de 20 ans reste-t-il persuadé qu'il fait le plus beau métier du monde ? Cette semaine, le réalisateur et professeur des écoles, Gilles Vernet, est l'invité de Rebecca Fitoussi dans Un monde, un regard.¿ Année de Production :

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Transcription
00:04Musique
00:22Notre invité fait l'un des plus beaux métiers du monde.
00:26Il est professeur des écoles.
00:28Il enseigne, il transmet, il forme les esprits de demain
00:32et il le fait avec passion, après une première vie dans la finance.
00:35Il est passé du monde des chiffres, des gains et des profits
00:38à celui de l'enfance, de la curiosité, de l'innocence,
00:42beaucoup moins rentable financièrement,
00:44mais tellement plus enrichissant humainement.
00:46Il lui a fallu plusieurs étapes, plusieurs épreuves
00:49et plusieurs rencontres pour franchir ce cap.
00:51Mais il ne le regrette pas.
00:52Et ce chemin, il le partage avec nous et avec les enfants,
00:55en écrivant des livres, en réalisant des films, des documentaires.
00:58Tout s'accélère où il mène avec des élèves et des spécialistes
01:01une réflexion sur ce temps qui nous échappe et que nous laissons filer.
01:05À nous l'opéra où il fait monter à des CM1, CM2,
01:08un opéra-ballet pendant deux ans.
01:09Et si on levait les yeux ou là encore avec les enfants,
01:13il nous fait tous réfléchir sur nos addictions aux écrans.
01:16Lui qui lance de tels projets, lui, l'instit,
01:19qui fait tant participer les enfants,
01:21qui les considère avec autant d'estime et de respect,
01:24comment est-il perçu par l'institution, par les collègues, par les parents ?
01:28Est-ce que sa pédagogie serait généralisable ?
01:30Pense-t-il qu'un jour, notre modèle scolaire pourra évoluer ?
01:35Posons-lui toutes ces questions.
01:36Bienvenue dans un monde à un regard.
01:37Bienvenue, Gilles Vernet.
01:38Merci d'avoir accepté notre invitation au Sénat.
01:41Professeur des écoles, donc, mais aussi réalisateur, scénariste, écrivain.
01:45Vous êtes un peu l'instit rêvé.
01:46J'imagine que tous les ans, les parents et les enfants vous veulent, non ?
01:49Non, pas spécifiquement, mais merci déjà pour votre invitation.
01:54C'est difficile, je ne peux pas répondre à cette question aisément,
01:58mais en tous les cas, ce que je sais,
02:00c'est que le lien que j'établis pendant un an avec les élèves,
02:04celui-là, il se perpétue.
02:05Ils reviennent me voir.
02:07Les parents, j'en ai encore croisés ce midi,
02:10qui viennent, qui me disent bonjour.
02:12Et qui ont un super souvenir de leur passage.
02:14C'est ça, c'est que le souvenir est mutuel,
02:17et donc c'est plutôt l'après dont je parlerais ça, oui.
02:19Et l'institution, les collègues dont je parlais en introduction,
02:22est-ce que c'est compliqué de faire passer certains projets ?
02:24Est-ce que ce n'est pas si simple ?
02:25Est-ce qu'il y a un regard un peu…
02:26Alors non, non, non.
02:28Enfin, pour l'expérience des trois films sur lesquels le public sénat aussi,
02:33a été coproducteur, a été à nos côtés.
02:37Je n'ai pas eu un problème.
02:38Tout s'est fait très naturellement et facilement.
02:41Il n'y a pas eu d'opposition, évidemment, aucune de la part des collègues,
02:45mais la hiérarchie.
02:46La seule chose, c'est que l'éducation nationale est une institution extrêmement lourde.
02:52Et j'ai remarqué que mes films, je vais les projeter un peu partout en France pour parler,
02:58soit avec des adultes quand c'est la question du temps,
03:00ou la question des écrans qui est cruciale pour l'enfance,
03:03avec les enfants ou avec leurs parents ou les enseignants.
03:07Eh bien, ça se fait beaucoup plus avec l'éducation catholique et chrétienne,
03:10qui m'invite beaucoup plus.
03:12Et sinon, c'est à l'initiative de quelques enseignants,
03:14mais l'institution ne reprend pas.
03:17Elle est relativement lourde, l'institution.
03:19J'allais dire lourde et puis peut-être un peu vieillissante.
03:21C'est l'image qu'on en a de l'extérieur,
03:23avec une lourdeur, une difficulté à monter des projets,
03:26avec peut-être des marges de manœuvre pas assez laissées aux enseignants
03:29qui voudraient lancer des initiatives.
03:31Non, c'est une fausse impression ?
03:33Non, je pense que pour les enseignants qui veulent pousser des projets,
03:37il y a des moyens.
03:39Donc, en fait, quand on veut faire des projets,
03:42il y a globalement de répondance.
03:44Le problème, ce sera plus le statut du professeur
03:47et des professeurs en général dans la société,
03:50leur baisse de statut.
03:52C'est-à-dire, je pense que globalement,
03:55il y a un sentiment chez les professeurs,
03:58chez les enseignants,
04:00d'avoir été déclassés.
04:01D'avoir été déclassés.
04:02Sur le plan financier, c'est évident.
04:04D'accord.
04:04Puisque, en fait, les salaires ont été gelés
04:06alors que l'inflation continuait.
04:08Donc, en fait, il y a eu une réperie de pouvoir d'achat
04:10de l'ordre de 30%.
04:10Ce n'est pas neutre sur 20 ans.
04:14Mais en plus de ça, il y a le fait que quand ils ont des problèmes,
04:17ils sont rarement soutenus par l'institution
04:19ou ils se sentent peu soutenus par l'institution.
04:21Et ensuite, il y a les parents qui peuvent remettre beaucoup plus.
04:24Et les enfants en causent l'autorité des instituteurs
04:28ou des professeurs et des professeureux.
04:30Ce qui pose une vraie question.
04:31C'est assez rare pour être signalé.
04:33Le ministre de l'Éducation a envoyé un courrier
04:34à tous les parents, cette année,
04:36deux pages, pour appeler un sursaut de tous
04:38face à la violence qui se banalise à l'école.
04:41Il faut dire qu'évidemment, on assiste à des scènes
04:43de lynchage et d'extrême violence,
04:45soit dans les cours d'école, soit devant les établissements.
04:47Vous y assistez à cette violence ?
04:48Alors, attention, nous, on est en école primaire
04:51qui est encore relativement préservée.
04:54Moi, c'est beaucoup la violence verbale.
04:56Et plus globalement, on y a assisté à un moment,
04:59mais on a réussi à contingenter ça
05:01à partir du moment où on a vraiment banni globalement
05:03les réseaux, on a invité les parents vraiment
05:05à éviter les communications sur Discord, etc.
05:08Parce que là, les enfants s'engraînent.
05:11Il y a aussi dans la violence le fait qu'elle soit filmée
05:13et donc qu'elle soit mise en scène.
05:15Ça devient le fait de se montrer pour être une star,
05:19aussi pathétique que ça puisse paraître.
05:20Et ensuite, on est dans une société
05:23qui, on le voit dans les débats politiques,
05:26qui devient de plus en plus manichéenne
05:28et qui a du mal à accepter la nuance.
05:29Moi, je travaille énormément avec mes élèves
05:31sur la philosophie pour montrer la complexité des choses.
05:34Blanc, noir, non, non, jamais, quasiment.
05:37Dites-moi, le bien, le mal, c'est toujours,
05:39entre les deux, les situations sont complexes
05:41et méritent d'être analysées.
05:43Mais pour ça, il faut le comprendre.
05:44Et aujourd'hui, regardons les médias,
05:47regardons la politique,
05:48et on sent que tout se clive.
05:50Regardons la géopolitique.
05:51Tout se clive à l'extrême.
05:53Et le dialogue, la diplomatie,
05:57semble passer de mode.
05:58Je ne comprends pas, personnellement.
05:59Parce que la paix, ou le bien-vivre ensemble,
06:02ça passe par le dialogue.
06:04Évidemment, l'école n'est pas étanche à tout cela.
06:06Ce qui change profondément nos enfants
06:08ces dernières années,
06:09c'est le smartphone, effectivement,
06:10et de manière générale, les écrans,
06:11réseaux sociaux, jeux vidéo, tablettes, ordinateurs.
06:14Un sujet que vous explorez
06:14dans ce magnifique documentaire
06:16qu'effectivement, Public Sénat a diffusé
06:17et qui poursuit sa route jusqu'au cinéma.
06:19Et si on levait les yeux,
06:21pendant un an, vous avez fait prendre du recul
06:23aux enfants de votre classe
06:24sur leur consommation d'écrans
06:25jusqu'à effectivement les emmener dix jours
06:27dans un endroit en déconnexion totale
06:29de tous les écrans.
06:31Est-ce que vous les avez trouvés
06:32complètement addicts
06:33et de façon alarmante
06:34ou est-ce que finalement,
06:34vous avez vu des lueurs d'espoir aussi ?
06:36Ah non, plus que des lueurs d'espoir.
06:37J'ai vu que de l'espoir.
06:38Moi, ça m'a fait un bien fou de faire ça.
06:41Mais souvent, quand on parle
06:42des sujets importants avec les enfants,
06:44ils vous apportent des choses.
06:45Ils ont un regard sur le monde
06:47avec les failles,
06:48un manque d'expérience.
06:49Bien sûr.
06:50Mais ils ont une forme de lucidité aussi.
06:52Là, en l'occurrence,
06:53pendant ce séjour,
06:54ce qui m'a frappé vraiment fortement,
06:56je m'attendais à ce qu'ils me disent
06:58« La nature »,
06:59parce que beaucoup la fréquentent très peu.
07:01Je suis en réseau d'éducation prioritaire.
07:04Et effectivement, ils me l'ont dit.
07:05Mais ce qu'ils ont le plus mis en valeur,
07:07c'est que pendant cette période de dix jours
07:10où ils n'ont absolument pas demandé leurs écrans,
07:12mais pas du tout,
07:14ils ont noué des liens.
07:16Ce qu'ils ont dit, c'était ça.
07:17« Ah ben, j'ai découvert qu'un tel, une telle,
07:20je me suis fait un ami,
07:21elle est super sympa,
07:23on a joué, etc. »
07:24Et ça m'interroge beaucoup,
07:26justement, par rapport à l'émission
07:28de ce numérique et des écrans.
07:30Tout passe par là.
07:31C'est pas qu'on n'a pas à culpabiliser,
07:32mais la société fait que
07:34de plus en plus de choses passent par là.
07:36Et il y a une rupture empathique
07:37qui se crée entre les humains.
07:39Il y a qu'à être dans le métro
07:40pour le ressentir.
07:41Mais aussi un enfant dans sa propre famille.
07:45Parce que tout le monde est sur écran
07:46et moi, ça m'arrive dans ma propre famille.
07:48Donc il y a une vraie réflexion
07:50parce que quand on parlait de la violence,
07:52il y a aussi le fait de se fréquenter,
07:54d'être...
07:55La machine, elle obéit tout de suite.
07:57Elle adore pas, elle hésite pas.
08:01Il n'y a pas à discuter avec la machine,
08:03mais l'humain, c'est beaucoup plus compliqué
08:05de vivre avec les humains,
08:07d'apprendre à vivre ensemble,
08:08à composer.
08:09Alors, est-ce que c'est pas les parents
08:10qu'il faudrait emmener en déconnexion totale
08:11pendant une semaine ?
08:12Si, on en vient souvent à dire ça,
08:14mais au moins les avertir.
08:16Ça, c'est certain.
08:17Si on enlève quand même les écrans
08:18et les smartphones du jour au lendemain
08:19aux gamins,
08:20on peut pas juste leur dire
08:21prenez un bouquin,
08:22allez dans la nature concrètement.
08:24Comment on pourrait généraliser
08:25ce que vous avez fait,
08:26cette belle expérience que vous avez menée
08:27et pour laquelle vous avez eu
08:28des magnifiques surprises ?
08:29Comment on généralise ?
08:31Moi, je ne suis pas pour enlever complètement,
08:35mais introduire au bon moment,
08:38aller emmener les enfants sur les contenus
08:40qui peuvent leur être utiles
08:42et surtout l'idée d'alterner les rythmes.
08:44C'est-à-dire, évidemment,
08:45qu'il ne va pas lire tout le temps,
08:46mais il ne va pas faire des écrans tout le temps.
08:48C'est-à-dire, c'est véritablement contingenté,
08:50arriver...
08:50On n'a plus le choix, selon moi, les parents,
08:53que de discipliner, de fixer des règles
08:55et de s'y tenir avec les enfants.
08:57C'est ce qu'on essaye de faire.
08:58Donc, ça doit passer par une forme d'autorité
08:59qu'il faut assumer ?
09:00Ah oui.
09:01Alors, l'autorité, je ne vais pas faire
09:03un discours un peu vieillot,
09:05mais dans mes classes, l'autorité, elle est là.
09:09On me respecte, mais je respecte les élèves.
09:11J'essaye d'être dans la justice,
09:12mais la première chose que j'exige,
09:15c'est le respect de l'autorité.
09:18Et de la même manière, dans les familles,
09:21et or, ce qui se passe pour les profs,
09:23c'est que souvent, mis à mal et chahuté
09:24par certains élèves, ils ont de plus en plus de mal
09:27à mettre en jeu ou à oser mettre en jeu leur autorité,
09:30y compris vis-à-vis des parents.
09:32On a à dire des choses aux parents, nous, professeurs,
09:34non pas qu'on n'a à les juger, aucunement,
09:37mais on est bien placés pour savoir
09:38ce qui est bon ou pas bon pour les enfants.
09:40Donc, leur dire, et leur dire avec autorité,
09:43pour que, et les parents vous sont...
09:45– Reconnaissants.
09:46– Reconnaissants de ça.
09:47– Et ensuite, que les parents, à leur tour,
09:50fassent preuve d'autorité vis-à-vis de leurs enfants,
09:52qui leur seront à leur tour reconnaissants.
09:54– C'est toute la question du cadre, finalement,
09:56qui est nécessaire.
09:57– Voilà, et c'est de la discipline.
09:58C'est-à-dire qu'en fait, il faut comprendre
10:00que l'immixion du numérique peut être totale.
10:02C'est l'invasion absolue.
10:04Et là, il n'y a plus rien.
10:05Vous n'avez plus d'échanges langagés dans la famille,
10:07vous avez moins d'échanges affectifs,
10:09des vrais problèmes...
10:09– Appauvrissement du langage,
10:11et donc de la pensée.
10:12– Le langage, de la pensée, de l'affect,
10:13un combo relativement redoutable,
10:15et qui peut parfaitement amener à la violence.
10:18Vous êtes dans une situation affective insécure,
10:20parce qu'on ne vous le dit pas assez,
10:21on n'est pas assez présent pour vous,
10:22et vous manquez de langage.
10:23Allons-y, c'est une voie ouverte à la violence.
10:26Comme un moyen d'expression.
10:28Il y avait des papiers qui expliquaient
10:31qu'effectivement, quand on manque de langage,
10:33on a une frustration à ne pas pouvoir se défendre
10:37face à des gens qui le maîtrisent.
10:38Et la violence devient le dernier recours.
10:41Or, si on maîtrise le langage,
10:43on peut se défendre.
10:45– J'ai un document à vous proposer,
10:46c'est une archive,
10:47ça fait partie des rituels de cette émission,
10:49je le mets entre vos mains,
10:49je le décris pour les gens qui nous écoutent.
10:51Évidemment, il s'agit d'une photo toute simple
10:52d'une dame qui a marqué un tournant
10:54dans notre considération
10:56et dans notre écoute de l'enfant.
10:58C'est la pédiatre et psychanalyste
11:00Françoise Dolto.
11:01On lui doit beaucoup.
11:02– Effectivement, c'est une des figures
11:04qu'on va beaucoup mettre en avant.
11:08Je vous avoue que je ne connais pas très bien
11:11sa pensée.
11:11Ce que je trouve vertueux,
11:13et c'est vraiment ce en quoi j'invite
11:14tous les parents,
11:16c'est la parole dans la famille.
11:18La parole vis-à-vis des enfants
11:20est capitale.
11:21C'est le leg premier qu'on leur fait.
11:25Parce que par la parole,
11:27passe notre pensée, nos valeurs,
11:29beaucoup de choses qu'on transmet,
11:31et puis passe surtout la maîtrise d'un langage.
11:34On ne dit pas assez aux parents
11:35que rien ne va plus déterminer leur enfant
11:37dans la vie,
11:38quelles que soient ses origines.
11:39J'ai des enfants qui viennent
11:41de toutes les origines,
11:42et j'ai des filles,
11:42souvent totalement bluffantes.
11:44J'en ai encore une cette année,
11:46absolument bluffantes à l'écrit.
11:47Mais elle lit.
11:48Mais elle parle.
11:49Mais elle a une maîtrise du langage.
11:52Aimer l'enfant,
11:53le considérer,
11:54lui garantir confiance et sécurité,
11:55c'est précisément ce que votre mère
11:56a fait avec vous.
11:57Vous avez grandi entouré d'amour,
12:00dites-vous.
12:00Votre mère a mis sa carrière,
12:01entre parenthèses,
12:02pendant deux ans pour s'occuper de vous.
12:04Vous dites que ça a été fondateur.
12:06Pourquoi ?
12:07Je dis,
12:08dans le premier livre que j'ai écrit,
12:09qui s'appelait
12:10Maman mourra un jour,
12:11que je voudrais rééditer
12:13sous le titre formidable,
12:16parce qu'elle disait ça souvent
12:17alors qu'elle était assez malade.
12:20En fait,
12:22la présence de ma mère
12:24très proche de moi,
12:25et pas seulement
12:26pendant les deux premières années,
12:27après elle a recommencé à travailler,
12:28mais il y avait vraiment une proximité,
12:29j'étais enfant unique,
12:30c'est comme une bonne étoile.
12:32Et je le vois pour mes propres élèves
12:33et mes propres enfants,
12:35je l'espère.
12:36Quand il y a la théorie de Cyrulnik,
12:38quand il y a la sécurité affective,
12:40il y a déjà beaucoup,
12:41beaucoup, beaucoup.
12:42C'est-à-dire qu'il y a des enfants,
12:43quelles que soient leurs origines sociales,
12:45même quel que soit leur niveau à l'école,
12:47je suis confiant.
12:48Je me dis,
12:49lui ou elle,
12:50ça va aller.
12:50Il est confiant.
12:52Confiant dans les autres.
12:52Pourquoi ?
12:53Parce qu'il ou elle a été aimé,
12:55a eu toutes les manifestations de sécurité
12:58que donne l'amour.
12:59Et ça, ça vous suit toute votre vie
13:00comme une bonne étoile.
13:01Puisque vous vous attendez
13:02à ce que le monde vous revienne
13:04avec amour,
13:05vous n'avez pas eu l'amour.
13:06C'est exactement l'inverse
13:07ce qui se passe.
13:08Vous êtes toujours dans l'insécurité
13:09à vous demander
13:11si on ne va pas vous faire un coup de bas,
13:13si on ne va pas vous lâcher,
13:15si on ne va pas partir.
13:16Je ne sais pas si vous avez vu,
13:17mais l'exécutif crée
13:18un nouveau congé de naissance
13:19qui vient s'ajouter au congé maternité
13:21et paternité
13:21jusqu'à deux mois de plus rémunérés
13:23à 70% du salaire net
13:25le premier mois,
13:2660% le second mois.
13:28Est-ce que ça fait partie
13:28des mesures que vous plébiscitez
13:30à la lueur de ce que vous venez de dire ?
13:31Très, très clairement.
13:33Parce que ça, c'est un point
13:34que j'aborde aussi dans le même livre
13:36qui m'avait fasciné.
13:37Quand on a 100 ans,
13:38un an, c'est un centième de votre vie.
13:40Quand on en a deux, c'est la moitié.
13:43Quand on a un mois, une semaine,
13:45c'est un quart de votre vie.
13:46Quand on a une semaine,
13:47un jour, c'est un septième de votre vie.
13:48Quand on a quelques heures de vie,
13:51les premières heures sont décisives.
13:53Elles donnent votre appréhension au monde.
13:55Donc si vous êtes là
13:56dans les premières heures
13:57pour rassurer complètement l'enfant,
13:59pour lui dire à sa sortie au monde,
14:02tout va bien, on est là, t'en fais pas.
14:04Et que ça dure un peu,
14:06que ça sécurise,
14:07comme c'est les premiers fondements,
14:09je crois que ça peut faire
14:10vraiment que du bien.
14:12C'est beau ce que vous dites,
14:12mais quelle pression sur les parents.
14:14Je poursuis votre histoire.
14:16Vous étiez un élève brillant,
14:18très doué en maths,
14:19ce qui vous mène
14:19à une grande école de commerce,
14:21au monde de la banque, de la finance.
14:23Un univers que vous décrivez
14:24comme étriqué.
14:25Un monde dans lequel
14:26vous vous plongez à corps perdu.
14:27Je bosse à 300%,
14:29je m'éclate, dites-vous.
14:30Et puis vous faites de l'argent,
14:31comme on dit.
14:31Vous faites de l'argent.
14:32L'argent, justement,
14:34vous dites aujourd'hui
14:35qu'il est devenu
14:35le maître étalon de chaque action,
14:37qu'il a remplacé la morale.
14:39Oui, c'est quelque chose
14:41qui m'a poussé à écrire un livre
14:42qui s'appelle
14:42Tout l'or du monde,
14:43pour dire que l'or du monde,
14:45c'était nos enfants.
14:47Et qu'entre autres,
14:48à travers mon métier,
14:49j'avais fait une découverte incroyable.
14:50C'est-à-dire que je vivais
14:52quand même essentiellement
14:53à travers l'argent,
14:54même si je n'étais pas,
14:56je ne roulais pas en Ferrari,
14:57tout ça, du tout, du tout, du tout.
14:58Mais j'étais dans un métier
15:00où l'argent est roi.
15:01Il n'y a que ça.
15:01C'était le cœur du métier.
15:02C'est le cœur du métier.
15:04J'aidais des gens
15:05déjà très riches
15:06à être plus riches
15:08en jouant du trading
15:09sur une partie de leur argent.
15:11Et donc,
15:13c'était très grisant
15:14parce que tout va très, très vite.
15:15Il y a un sentiment
15:16de pouvoir très fort.
15:18Vous avez un peu l'impression
15:18que ça descendait
15:19dans les grands hôtels.
15:20Je travaillais chez JP Morgan,
15:22dans les grandes banques UBS.
15:23Donc, c'est des banques mondiales.
15:25Où tout le monde
15:26se prend très au sérieux.
15:27Où tout le monde
15:28a l'air d'être très important.
15:30Et puis,
15:32et donc,
15:32on est dans cette perspective-là,
15:34mais on est dans une bulle
15:35de cristal,
15:36vraiment,
15:36coupée du monde.
15:37Et quand je découvre
15:39le métier d'instituteur,
15:40où là,
15:40il n'y a plus de filtre...
15:40Mais comment vous y venez ?
15:41Quel est le déclic ?
15:42Comment j'y viens ?
15:43D'abord,
15:44je quitte la finance
15:44parce que ma mère
15:45est gravement malade.
15:47Et vous me disiez
15:47qu'elle m'avait donné beaucoup.
15:49Il était temps
15:50de lui rendre,
15:51pour le coup,
15:51réellement.
15:52Et puis,
15:53c'était quelque chose,
15:54je travaillais quasi
15:55six jours sur sept même.
15:56Et donc,
15:57j'avais zéro temps pour elle
15:58à peu près.
15:59Et là,
15:59j'ai vraiment pris du temps.
16:00Ça m'a amené
16:01à me poser des questions
16:01sur l'existence
16:02parce que la confrontation
16:03à la mort,
16:04puis j'ai en plus perdu
16:05mon père et ma grand-mère,
16:06puis ma mère en trois ans,
16:07donc en très peu de temps.
16:09Donc,
16:09la mort s'est imposée
16:11dans ma vie
16:11comme une réalité.
16:13Or,
16:13c'est une réalité
16:14qui est la réalité
16:15de nous tous.
16:16Et elle est très taboue
16:18aujourd'hui.
16:18On n'en parle pas.
16:19On ne partage pas.
16:20Bouddha disait
16:21quand il y a un mort
16:22dans le village,
16:22précipite-toi
16:23pour aller le voir.
16:24Tu as quelque chose
16:24à apprendre.
16:25De voir le corps mort,
16:27de réaliser
16:27que la vie
16:28a une fin.
16:30Cette conscience
16:31charnelle
16:31de la banalité
16:32de la mort,
16:33elle est très banale,
16:34on ne l'a plus.
16:35Et donc,
16:36elle devient,
16:36on en a peur
16:37puisqu'on perd
16:38l'idée
16:39de sa normalité.
16:40Et donc,
16:42c'est ce à quoi
16:43j'étais confronté,
16:44ça m'a amené
16:44à m'interroger
16:45sur ma vie.
16:46Et le sens.
16:47C'est ce que j'allais dire,
16:47le sens de votre...
16:48Voilà, c'est Confucius
16:49qui disait
16:50on a deux vies
16:51et la deuxième commence
16:52quand on se raperçoit
16:53qu'on n'en a qu'une.
16:54Pourquoi ?
16:54Parce que là,
16:55se pose la question
16:55du sens.
16:56Zut !
16:57J'ai qu'une vie,
16:58ça va s'arrêter,
16:59qu'est-ce que je fais là ?
17:00Je continue
17:00pour amasser
17:02quelque chose
17:02que je ne pourrais pas
17:02emporter.
17:04Voilà.
17:05Et donc,
17:06ça m'a posé
17:07la question du sens.
17:08J'avais des amis
17:09de Louis le Grand
17:09qui étaient devenus
17:10instituteurs
17:11alors qu'ils étaient
17:11des brillants élèves.
17:13Pourquoi alors que
17:16on peut avoir été
17:17un brillant élève
17:18et décider d'être professeur
17:19des épreuves ?
17:19C'est vrai,
17:20mais les gens
17:21qui font ce lycée
17:21en général
17:22ne font pas ça.
17:22Ils vont plutôt
17:23dans des grandes carrières,
17:24etc.
17:25Ce qui est très bien,
17:26mais là,
17:27eux,
17:27ils m'avaient un peu
17:28ouvert la voie.
17:30Et donc,
17:31je me suis engagé
17:32et puis là,
17:33à partir du moment...
17:35Enfin,
17:35pas mon premier jour,
17:36mais dès quelques expériences
17:38de classe,
17:39j'ai tout de suite été...
17:40J'ai adoré ce métier
17:41parce qu'il a un sens
17:42mais d'une profondeur
17:43et le lien qui s'établit
17:45avec l'élève
17:46quand on aime transmettre,
17:47on a l'impression
17:48qu'on transmet
17:49les valeurs de la République,
17:51qu'on transmet
17:51l'histoire de la République,
17:52qu'on transmet les maths,
17:53ma passion des maths
17:55et que ça les sert
17:56parce que je peux vous assurer
17:57qu'il y a une chose
17:57dont je suis sûr,
17:58c'est que ma passion des maths,
17:59je la transmets.
18:00À la lueur de celui
18:01que vous êtes aujourd'hui,
18:01quel conseil donneriez-vous
18:02au petit garçon
18:03que vous étiez ?
18:04Qu'est-ce que vous lui diriez
18:04avant qu'il ne se lance dans la vie ?
18:08– Ne va pas dans la finance ?
18:10– Ah non, non, non,
18:11Arza, pas du tout,
18:12je ne regrette pas du tout
18:12parce que,
18:13alors ça, il y a une chose,
18:14je vous ai dit
18:15que le métier de prof
18:17était peu payé
18:19et si je n'avais pas pu
18:20m'acheter mon appartement
18:22grâce à ce que j'avais gagné
18:23dans la finance,
18:24je serais aujourd'hui
18:25avec un loyer à Paris
18:27qui rendrait les choses difficiles.
18:30La vie est vraiment,
18:31je trouve,
18:32en plus avec ce qui se passe,
18:35il risque d'y avoir
18:35de l'inflation supplémentaire
18:37mais la vie est relativement difficile
18:39pour les classes moyennes
18:40et pour les profs,
18:42ils font partie
18:42des basses classes moyennes
18:44et donc,
18:45moi j'ai la chance
18:46d'avoir eu ça
18:47qui me libère relativement
18:50d'un souci
18:50qui peut amener à l'aigreur
18:52parce que quand on a l'impression
18:53qu'on n'est pas remercié
18:54pour un boulot fondamental,
18:57c'est un peu dommage.
18:59– Qu'est-ce que vous lui diriez
18:59alors à cet enfant ?
19:03– Alors là,
19:04je suis pris de court.
19:05– Ah, vous séchez !
19:06– Je séche !
19:07– Ah, c'est une question rituelle,
19:08tout le monde y a droit,
19:08c'est pas plus bon que les autres.
19:09– Oui, oui, oui, oui, oui.
19:11– Alors, qu'est-ce que vous dites
19:12aux enfants alors ?
19:13Tous les jours peut-être ?
19:17– Elle confiance,
19:18elle confiance.
19:20Mais comme je dirais
19:21que ma mère m'avait beaucoup
19:22donné cette confiance.
19:24Réellement,
19:24quand je vous parle
19:25de cette bonne étoile,
19:26mais ce que j'essaye énormément
19:27vis-à-vis des enfants,
19:28c'est de les armer
19:30pour leur donner confiance,
19:31qu'ils aient confiance,
19:32on va y aller.
19:33Je vous donne les armes
19:34et allez-y,
19:35vous pouvez y aller.
19:36Donc, je le dirais,
19:37ait confiance,
19:38peut-être plutôt lance-toi
19:39dans les activités créatives,
19:41mais j'ai un côté
19:42assez fataliste,
19:42la vie,
19:43elle vient comme elle vient.
19:44– Pas de regrets.
19:44– Et puis,
19:45j'ai la chance,
19:46je touche du bois,
19:47d'être heureux aujourd'hui
19:49avec la vie
19:50que j'ai pu construire
19:51et donc,
19:52je ne veux pas m'en plaindre.
19:54Après,
19:54le chemin,
19:55j'aurais pu prendre
19:55d'autres chemins.
19:58– J'ai des photos
19:59à vous proposer,
20:00Gilles Vernet,
20:00ça fait aussi partie
20:01des rituels de cette émission.
20:02La première,
20:03c'est plutôt un article
20:04de presse d'ailleurs,
20:05une capture d'un article
20:06paru dans Psychologie
20:07sur les bienfaits
20:07de la méditation.
20:09Une étude nous dit
20:10que cela développerait
20:11des capacités cérébrales
20:13spécifiques
20:13et je crois que vous faites
20:14tous les matins
20:15une séance de méditation
20:16avec vos élèves
20:18et je crois même
20:19qu'ils en redemandent.
20:20Qu'est-ce que ça leur apporte ?
20:21Pourquoi cette séance
20:21de méditation le matin
20:22avec les élèves ?
20:23– Ce matin,
20:24on l'a encore faite.
20:25– Oui.
20:25– C'était génial.
20:27Ça dure quatre minutes
20:29et en fait,
20:30j'ai une classe géniale
20:31en plus cette année.
20:33Tout le monde a enquillé
20:34et donc c'est immédiat.
20:36Je dis,
20:36bon allez,
20:36on se pose,
20:37on éteint,
20:38on va se respirer.
20:38Donc on s'avance de la chaise,
20:40on met ses pieds bien au sol,
20:41on relâche les épaules,
20:42les bras sur les genoux,
20:44on tend,
20:45enfin on se redresse
20:46comme si on était tenu
20:47par un fil
20:49et maintenant,
20:49on va aller respirer
20:50par le ventre
20:51et je leur fais
20:52prendre conscience
20:52de tout l'oxygène
20:54qui arrive dans le sang
20:55à chaque inspire,
20:55si vous le faites,
20:56ça marche.
20:58Une inspire profonde,
21:00on sent le flux d'oxygène
21:01et à l'expire,
21:02on sent la détente aussi.
21:03Et donc,
21:04je les guide comme ça
21:05ou j'utilise
21:06d'autres méditations
21:07faites par exemple
21:08le noir,
21:09le flèche de noir.
21:09– Et qu'est-ce que ça leur apporte ?
21:09Comment ils se sentent après ?
21:10Qu'est-ce que vous sentez de mieux ?
21:12Ils sont plus canalisés,
21:13plus concentrés.
21:14J'ai des élèves difficiles
21:15et quand j'arrive
21:16à les emmener là-dedans,
21:17ils changent d'attitude.
21:18Alors,
21:19ce n'est pas éternel,
21:20ça ne dure pas longtemps,
21:21ça dure la matinée.
21:21– Les faits,
21:22vous voulez dire ?
21:22– Les faits,
21:23l'après-midi,
21:23souvent,
21:24ils sont à nouveau agités
21:25mais ça crée
21:26une espèce d'abord
21:27de diapason
21:28parce que quand toute la classe
21:29a les yeux fermés
21:30comme ça,
21:30vous avez une classe,
21:32vous voyez ce que ça fait
21:32comme effet de symbiose,
21:34ensuite tout le monde respire,
21:36ça fait du bien.
21:37Face à un monde
21:37où on est de plus en plus
21:38coupé de notre corps
21:39avec les écrans
21:40et eux aussi,
21:41c'est un retour au corps
21:42à l'intérieur,
21:43à la conscientisation
21:44de ce qui se passe
21:45à l'intérieur de nous.
21:46– Et ça,
21:47vous pensez que ce serait
21:47généralisable
21:48que l'éducation nationale…
21:49il faudrait vraiment
21:49le généraliser.
21:50– Mais l'éducation nationale
21:51est assez ouverte
21:51pour accepter…
21:52– Non,
21:53parce que,
21:53je pense,
21:55franchement,
21:56parce que si on dit
21:57méditation,
21:57les gens disent bouddhiste,
21:58machin,
21:59non,
21:59respiration consciente,
22:01c'est de la respiration
22:02ou si on veut,
22:03on fait à la chinoise
22:04des exercices d'étirements
22:05qui reviennent
22:06à peu près la même chose
22:07avec des étirements
22:08et de la mise en jeu physique
22:10en plus,
22:10ce que je fais parfois.
22:11Mais c'est vraiment important
22:13et juste,
22:14aujourd'hui,
22:14je l'ai fait
22:15et juste après,
22:17c'était génial,
22:17ils étaient extrêmement attentifs
22:19et je leur ai fait
22:20cette citation
22:21que je partage avec vous
22:22de Marc Aurel
22:22qui est
22:23« Mon Dieu,
22:24donnez-moi la sérénité
22:26d'accepter
22:26ce que je ne puis changer,
22:29le courage
22:29de changer
22:30ce que je peux
22:32et la sagesse
22:34d'en connaître
22:34la différence. »
22:35– Waouh !
22:36– On discute de ça
22:37et c'était génial.
22:39– Passionnant.
22:39Marc Aurel,
22:40empereur et philosophe.
22:41– Absolument.
22:42– Une deuxième photo,
22:43alors,
22:43petit clin d'œil,
22:44rien à voir,
22:45mais ça fait aussi partie
22:46de vos activités,
22:47petit clin d'œil
22:47à votre casquette
22:48de scénariste
22:49puisqu'il se trouve
22:49que vous avez écrit
22:50l'un des scénarios
22:52dans des épisodes
22:53de Joséphine,
22:53Ange Gardien
22:54avec Mimi Maty
22:55et d'ailleurs,
22:55je crois que cet épisode
22:56avait cartonné.
22:57– Avec Masha Meryl.
22:58– Ça fait aussi partie
22:59de vos activités scénariste,
23:01c'est terminé ?
23:02– Maintenant que je fais des films,
23:06je travaille à des scénarios
23:08sur Joséphine,
23:09Ange Gardien,
23:10ça a été un très très bon souvenir.
23:11On a fait quasiment
23:119 millions de spectateurs.
23:13– Oui, oui, j'ai vu ça.
23:14– Enfin, on veut dire
23:14qu'elle avait une telle aura
23:16que bon…
23:17Mais c'était un très très bon souvenir
23:20mais on ne maîtrise pas tout.
23:23Là, on doit faire
23:24beaucoup de concessions
23:25à la chaîne,
23:26on réécrit beaucoup de fois
23:27pour arriver au bout
23:29alors qu'on réécrit aussi
23:32le scénario
23:32mais on maîtrise les choses
23:33et puis on peut dire
23:34ce qu'on veut dire.
23:35Voilà.
23:36Aujourd'hui,
23:37c'est par le documentaire
23:37où je m'exprime
23:38mais je ne mets pas de côté
23:40l'activité de scénario,
23:41ça peut revenir.
23:41– De fiction.
23:42– Il faut venir.
23:43– Une dernière photo,
23:44Jérôme Kerviel,
23:44ancien trader au cœur
23:45d'un immense scandale
23:46à presque 5 milliards d'euros
23:47qui a ébranlé
23:48le monde de la finance.
23:50Quand le scandale éclate,
23:51vous êtes encore
23:51dans la finance ou pas ?
23:52– Non, non, c'est après.
23:53– Et quel regard
23:54vous avez posé
23:55sur ce système
23:56qui a rendu possible
23:57un tel scandale ?
23:58– Il y avait la Barings
23:59qui avait rendu possible,
24:01qui s'était même effondrée
24:02jusqu'à fermer ses portes
24:03d'une institution centenaire
24:05parce qu'elle avait
24:06fait trop confiance
24:07à un trader.
24:08Parce qu'en fait,
24:09les traders qui gagnent,
24:10on leur fait confiance.
24:11Ils commencent à représenter
24:13beaucoup de l'argent
24:14que gagne la banque
24:15et donc la banque
24:17surenchérit jusqu'à
24:18prendre trop de risques.
24:19– Donc c'est un système qui…
24:20– Pour lui,
24:20lui, il a été un petit peu
24:21aussi le bouc émissaire
24:23d'un système
24:23à un moment donné
24:25parce que c'était
24:25pendant la crise
24:26et qu'il n'a pas
24:28débouclé des situations.
24:30Cette histoire
24:31est très complexe.
24:32Donc je dirais
24:34qu'il a été à la fois
24:35et c'est un symptôme
24:36surtout c'est un symptôme
24:39assez fascinant
24:39de tout ce monde financier
24:42parallèle qui se construit
24:44sur l'économie réelle.
24:44On parle actuellement
24:46de rapports
24:47de 1 à 100.
24:48C'est-à-dire où,
24:49allez, on va dire,
24:50même en étant très large
24:52de 10,
24:53de 1 à 10.
24:54C'est-à-dire que 1,
24:55c'est l'économie réelle
24:56et sur cette économie réelle
24:58de 1,
24:58vous construisez 10,
25:0010 fois plus
25:01en économie financière
25:03et pour certains
25:04beaucoup plus.
25:05Cette économie financière,
25:06elle est…
25:07c'est du vent,
25:08elle est très immatérielle
25:08mais elle pèse
25:09dans ce qu'elle demande
25:10à la société
25:11de cracher
25:13en termes de rendement
25:14etc.,
25:15elle pousse
25:15à une croissance
25:17qui n'est en plus
25:18pas pérenne.
25:19Je ne suis pas du tout
25:20contre le capitalisme
25:21mais vouloir sans arrêt
25:23que l'entreprise,
25:25la société
25:26crache plus
25:27comme un citron,
25:28il y a quelque chose
25:29qui ne tient pas
25:30sur la durée
25:30parce qu'en plus,
25:31il y a la question
25:31des ressources.
25:33J'ai une dernière question
25:33qui est en lien
25:34avec le décor
25:35qui nous entoure.
25:35Gilles Vernet,
25:36nous sommes entourés
25:36de quatre statues
25:37qui représentent
25:38chacune une vertu.
25:39Il y a la sagesse,
25:40la prudence,
25:41la justice
25:41et l'éloquence.
25:42Est-ce qu'il y a
25:42une de ces vertus
25:43qui vous parle particulièrement
25:44ou que vous auriez
25:45envie de défendre ici ?
25:46Il me parle.
25:47C'est l'éloquence.
25:47C'est l'éloquence.
25:48Oui, oui.
25:49Je fais partie
25:50d'Éducation numérique raisonnée
25:52qui est une association
25:54où est Luce Albert
25:56qui a une chaire d'éloquence
25:57à Angers
25:58et qui travaille
26:00avec ses enfants,
26:01ses élèves,
26:02parce que là,
26:02ce ne sont pas des enfants,
26:03c'est des étudiants
26:04sur l'éloquence.
26:07Alors, l'éloquence,
26:08bien sûr,
26:08bien parler,
26:09mais ce n'est pas ça.
26:10L'éloquence,
26:11c'est bien dire
26:12ce qu'on a à dire,
26:13bien pouvoir communiquer.
26:14Si on pouvait faire comprendre
26:15à quel point
26:15le langage
26:17permet dans le couple
26:18d'arriver à dénoyauter
26:20des situations
26:21si on arrive à passer
26:22l'affect par le langage
26:23avec les amis,
26:25pareil,
26:25avec les ennemis,
26:27pareil,
26:27la diplomatie,
26:28avec le langage
26:30est quelque chose
26:31qu'on est en train
26:32de perdre réellement.
26:33Il n'y a même pas
26:33de discussion
26:34et on nous sort
26:35une intelligence artificielle
26:36qui répond
26:37à cette difficulté,
26:39qui pallie la difficulté
26:40pour les jeunes.
26:41Je n'arrive plus à le dire,
26:42oui, mais Tchad Géputé
26:42le fait à ma place.
26:44Lisez et parlez,
26:45donc merci,
26:45Gilles Vernet,
26:46d'avoir été notre invité.
26:47Merci beaucoup.
26:48Merci à vous
26:49et merci à vous
26:49de nous avoir suivis
26:50comme chaque semaine
26:50l'émission à retrouver
26:51en replay
26:52sur notre plateforme
26:53publicsena.fr
26:54mais aussi en podcast.
26:54A très vite.
26:55Merci beaucoup.
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