00:00Notre invité ce matin c'est Julien Hubert, bonjour, vous êtes directeur général de Nexens,
00:04leader mondial dans les câbles sous-marins notamment.
00:07Vous êtes au cœur du sujet géostratégique, de la reconfiguration énergétique.
00:13Vous devez installer un câble électrique sous-marin entre Chypre, Grèce puis Israël.
00:17C'est ce que nous racontait Jean-Baptiste Bette il y a quelques instants dans le journal,
00:20le fameux Gritzi Interconnector.
00:22Vous avez fait une étape majeure ces derniers jours avec un morceau de câble
00:28qui a été posé très très très profondément.
00:30Racontez-nous.
00:32Alors bonjour, merci de me recevoir.
00:33Effectivement nous sommes dans des câbles sous-marins.
00:37Donc là on est sur de la très haute tension, 525 kV sous-marins.
00:41Et là la particularité de ce projet c'est que c'est des profondeurs très importantes,
00:443000 mètres de profondeur.
00:46Et c'est effectivement un record mondial pour Nexens,
00:49entreprise ancrée en France historiquement, l'entreprise qui a 140 ans.
00:53Donc ce projet on l'a déjà démarré,
00:55on a déjà été financé sur la première partie,
00:58la deuxième partie de ce projet est pour l'instant en attente,
01:00compte tenu des discussions au niveau politique.
01:02En fait ce qu'il faut dire c'est qu'aujourd'hui techniquement vous êtes prêt.
01:04On est prêt, on est prêt, on l'a prouvé avec ce record mondial.
01:09Au préalable c'était la profondeur, c'était 2100 mètres,
01:12là on a atteint 3000 mètres de profondeur.
01:14Donc on est exactement satisfait et content de l'exploit de nos ingénieurs.
01:18Le sujet c'est de pouvoir relier Grèce, Chypre, Israël,
01:21dans les deux sens, en électricité, pour pouvoir décongestionner certaines routes.
01:25Oui tout à fait, en fait ce sont des cadres d'interconnexion
01:27qui relient d'un état à un autre.
01:29On va aller chercher de l'énergie solaire dans le sud des pays chauds,
01:34des pays notamment au Moyen-Orient.
01:36Et on va remonter l'énergie solaire sur l'Europe.
01:39Et inversement, lorsqu'on a du vent sur la partie Europe, éolienne,
01:43on va pouvoir le transiter dans le sud.
01:44À chaque crise de l'énergie, on raconte un petit peu la même chose,
01:47mais là on voit à quel point l'intérêt de la Méditerranée
01:51pour faire remonter de l'électricité des pays chauds, comme vous dit,
01:54revient sur le devant de la scène, on le racontait sur le gaz,
01:56mais c'est la même chose avec l'électricité.
01:58Tout à fait, il y a énormément de projets en cours.
02:00Il y a un projet, on est en train de travailler dessus,
02:02qui est entre la partie Maroc vers la France,
02:04les projets entre la partie Malte et Sicile.
02:08Il y a tout un tas de projets qui sont soit déjà en cours des constructions
02:11et des installations, soit à venir dans les années à venir.
02:15Sauf que les financements sont colossaux,
02:16et on voit que c'est le sujet dans le cap dont on parlait,
02:19c'est qu'à un moment donné, il y a des promesses de financement
02:21qui, dans un contexte aussi de hausse des taux,
02:24qui monte avec le contexte géopolitique, posent problème.
02:27Oui, alors ce projet, typiquement sur la partie Grete-C interconnecteur,
02:31c'est un projet qui est financé par l'Europe, en grande partie,
02:33et là ils sont en train d'ouvrir un peu des nouveaux investisseurs sur ce projet-là.
02:37Ce projet est simplement reporté,
02:38parce que compte tenu de la discussion géopolitique,
02:40il sera mis en place.
02:44Au Moyen-Orient, vous avez deux usines qui fabriquent des câbles,
02:48au Liban pour l'une et au Qatar,
02:51pour l'autre, elles fonctionnent aujourd'hui correctement ?
02:53Oui, tout à fait.
02:54Donc on a effectivement deux usines,
02:55une une au Qatar, une centaine d'employés,
02:57une au Liban, un peu plus.
02:59Les deux usines fonctionnent.
03:00Vous savez, nous, on a fait des choix stratégiques
03:03d'utiliser des fournisseurs locaux pour la partie Qatar et la partie Liban.
03:09Donc elles fonctionnent tout à fait.
03:10J'ai une pensée également pour nos employés qui sont là-bas.
03:12On les soutient évidemment moralement,
03:14mais aujourd'hui, ces usines fonctionnent.
03:15Des usines qui fabriquent pour l'export
03:16et qui vous arrivez à exporter vos produits,
03:19que ce soit par la terre, avec des routes alternatives,
03:22aujourd'hui, autre que le Détroit ?
03:23Effectivement, la logistique est un tout petit peu plus difficile aujourd'hui.
03:26Donc il y a beaucoup plus de transports routiers
03:27que ce qu'on fait auparavant.
03:29Mais les usines fonctionnent
03:30et elles sont orientées sur la partie export,
03:31notamment le Liban exporte sur la partie Europe.
03:33Mais ça vous coûte plus cher aujourd'hui,
03:35en termes de logistique,
03:36ou pas de sortir les produits de ces usines-là ?
03:37Il y a effectivement un impact.
03:38Vous savez, cette crise,
03:41on a déjà connu d'autres.
03:42On a connu la crise de l'Ukraine,
03:43on a connu la crise du Covid.
03:45Donc on sait gérer ces aléas.
03:47Effectivement, ça vous coûte un peu plus cher,
03:48mais on est en discussion aujourd'hui avec nos clients
03:50pour répertorier ces hausses de coût.
03:52Ce qui pourrait avoir un impact,
03:53c'est la hausse des matières premières
03:55pour fabriquer les câbles.
03:57Oui, tout à fait.
03:58Vous êtes sensible à quoi précisément ?
03:59Alors c'est la partie pétrole.
04:00Le prix du pétrole impacte sur les polymères.
04:03Les polymères de l'exence,
04:05nous, on a aujourd'hui sourcé plutôt en Europe.
04:09Et on a travaillé surtout sur la partie polymère,
04:11mais également métaux.
04:11Donc sur la partie métaux, les aluminium.
04:13L'aluminium, on a beaucoup travaillé
04:15sur l'aluminium recyclé,
04:17l'aluminium low carbone.
04:18Donc là-dessus, on est protégé.
04:19Il n'y a pas de soucis particuliers.
04:21Par contre, sur la partie polymère plastique en tant que telle,
04:23il y aura un système d'indexation sur nos prix
04:25dans les semaines à venir.
04:26On racontait ce que vous parliez du recyclage.
04:28On racontait à quel point des acteurs comme Paprec
04:30se frottent un peu les mains en disant
04:31aujourd'hui, puisque le plastique coûte plus cher,
04:34sur le recyclé, on retrouve un intérêt,
04:37ce qui est important pour développer la filière.
04:39Aujourd'hui, vous pouvez-vous prendre du plastique recyclé également ?
04:44Vous parliez de l'aluminium,
04:45mais sur d'autres matériaux, c'est possible ?
04:47Bien sûr, en fait, nous avons démarré déjà il y a quelques années
04:49le recycler sur la partie polymère, les plastiques.
04:52Ça nous permet de vendre à nos clients des produits
04:54qui sont bas carbone.
04:55Donc on a notre propre chaîne en interne de recyclage
04:58sur la partie cuivre.
04:59Et on va chercher des câbles qui sont anciens
05:03lors des rénovations d'appartements.
05:04Et on va complètement les recycler
05:05et les rendre à nos clients version nouvelle technologie.
05:08Et aujourd'hui, il y a une filière pour ça,
05:10pour la récupération des câbles ?
05:12Tout à fait, on a un four à lance
05:15qui nous permet de recycler complètement
05:17la partie plastique et cuivre.
05:20Donc quand on entend par exemple Patrick Pouyanné ce matin,
05:22le patron de Total Energy,
05:23qui dit, même lui qui profite en termes de hausse des cours,
05:27par exemple d'augmentation du prix du baril,
05:29qui dit « il ne faut pas que ça dure »,
05:31vous, vous êtes sur cette ligne-là
05:33ou vous dites « ça va, je peux absorber le coût ? »
05:38Alors aujourd'hui, on absorbe complètement ce coût.
05:41Sachant que Nexan s'est orienté
05:42sur les produits recyclés, bas carbone,
05:44donc quelque part, on arrive à l'absorber.
05:47Le problème, ce sera plus sur le long terme.
05:49Ça va fragiliser l'économie européenne notamment.
05:52C'est là-dessus, à un moment donné,
05:53il va falloir faire attention.
05:54Ce qui est important, c'est que la partie Europe
05:57doit favoriser l'électricité du bien général
06:00pour éviter ces chocs pétroliers
06:01qu'on a à réputation maintenant
06:03sur la partie gaz ou pétrolier.
06:04Et nous, on œuvre vraiment
06:05pour pousser l'électrification du bien général.
06:07Et pour l'instant, on n'avance pas.
06:09C'est-à-dire qu'on est toujours,
06:10quand on regarde les projections de l'ADEME
06:12sur l'électrification,
06:14la demande n'augmente pas en fait.
06:17Alors, elle augmente légèrement,
06:18pas assez vite en tout cas.
06:19On est sur à peu près un point de croissance par année.
06:22On est à 27% de part d'électricité
06:24dans le mix énergétique aujourd'hui en France,
06:2725% en Europe.
06:28Et les projections nous amènent
06:29en 2040 à peu près 40%.
06:31Donc ça avance,
06:32mais lentement, ça devrait avancer beaucoup plus vite
06:33pour se protéger par rapport à ces chocs pétroliers.
06:36Il y a toute la question de la maintenance aussi,
06:37puisque vous avez du service dans votre activité.
06:40Est-ce qu'aujourd'hui,
06:41vous avez la main-d'œuvre qualifiée spécifique
06:43dont vous avez besoin pour l'entretien des câbles ?
06:45On a nos propres équipes,
06:47puisqu'on installe les câbles,
06:48notamment les câbles sous-marins.
06:49Vous savez que nous avons trois bateaux chez Nexans.
06:52Donc effectivement,
06:53on a aujourd'hui la main-d'œuvre.
06:54Il n'y a pas de problème par rapport à ça.
06:55C'est quoi votre enjeu ?
06:56Alors, c'est la sécurisation des câbles sous-marins ?
06:58On a vu que parfois,
06:59il y avait des câbles qui sont sciés,
07:01des câbles...
07:02Notre enjeu, c'est vraiment la croissance,
07:03la croissance sélective.
07:05Vous savez, dans l'électrification,
07:06on a des CAA2C derrière des moteurs de croissance
07:08qui sont structurels.
07:09Vous avez le renouvellement du grid,
07:11moyenne tension dans l'ensemble des pays.
07:1380 millions de câbles vont être installés
07:15dans les 10 prochaines années.
07:16C'est l'équivalent du réseau électrique
07:18au mondial aujourd'hui.
07:19Le deuxième, c'est les data centers,
07:20qui sont fortement demandeurs de câbles
07:23et donc d'électricité.
07:24Ça, c'est des enjeux pour nous.
07:25On a également la partie décarbonisation de l'énergie.
07:28Tous ces éléments favorisent la croissance de naissance.
07:31Pour nous, c'est la croissance sélective.
07:33Et quand vous voyez, par exemple,
07:33Donald Trump attaquer des projets
07:34comme l'éolien offshore,
07:37ça ne doit pas être très bon
07:38pour le développement de vous,
07:39votre activité ?
07:40Alors, il y a aujourd'hui
07:41énormément de projets en Europe.
07:43Donc, quelque part,
07:43on arrive déjà à se focaliser
07:45sur ces projets européens.
07:46Je pense qu'un jour,
07:47les États-Unis,
07:48notamment la côte Est,
07:49reviendront sur l'éolien.
07:50Mais pour l'instant,
07:51il y a suffisamment de quoi faire
07:52sur la partie nord-Europe.
07:53Mais finalement, c'est la hausse des taux,
07:55la plus grosse difficulté.
07:56Ça peut être un problème de financement.
07:58Aujourd'hui, vous savez,
07:59la plupart de ces projets éoliens
08:01dans la partie nordique
08:02sont financés par les États.
08:03Donc, le besoin...
08:04Oui, mais les États qui n'ont pas des poches...
08:06Enfin, on le voit,
08:07qui est une difficulté budgétaire française.
08:09Vous prenez...
08:09Vous montez de 3 à 3,60
08:11sur l'OAT français.
08:13Ce qui est important,
08:14c'est que les États ont pris conscience
08:17de la souveraineté énergétique
08:18pour l'Europe.
08:19Et donc, ils ont besoin
08:20de financer cette électricité
08:22pour ne plus dépendre du gaz russe
08:23et ça, on le savait déjà,
08:24mais également de dépendre du gaz
08:25d'autres pays.
08:26Vous dites que la prise de conscience
08:27est faite.
08:28Parce qu'on a vu des reculs politiques,
08:30notamment sur le plan
08:32de décarbonation européen.
08:35Vous restez optimiste
08:36sur cette question-là ?
08:36Je suis tout à fait optimiste.
08:38La crise en Russie,
08:40avec l'Ukraine,
08:40a vraiment montré
08:41cette prise de conscience.
08:43Maintenant, la crise
08:43qu'on est en train de vivre actuellement
08:44va renforcer cet élément.
08:46L'Europe a besoin
08:46d'être souveraine
08:47sur la partie énergétique.
08:48Merci beaucoup,
08:49Julien Hubert,
08:49d'être venue ce matin
08:51dans la matinale
08:52de l'économie,
08:52directeur général de Nexans.
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