00:01Bonjour, je suis Claudia Prolongeau et vous écoutez Crime Story, le podcast fait divers du Parisien.
00:07Des années à accumuler les haines.
00:09Un jeune garçon de 10 ans a été tué par balle.
00:12Des aveux, 33 ans après.
00:14Son corps a été retrouvé un mois plus tard.
00:17Des hommes cagoulés ont tiré sur les mariés alors qu'il a été tué.
00:19Chaque semaine, je vous raconte une grande affaire criminelle avec le chef du service poli-justice du Parisien, Damien Delsenier.
00:32Bonjour Damien.
00:33Bonjour Claudia.
00:33Aujourd'hui dans Crime Story, l'histoire de Mamadou Traoré, l'enfant du diable.
00:381996, des femmes sont attaquées dans Paris, dans la rue, dans des parkings, avec une barbarie extrême.
00:45Derrière ces agressions sauvages et meurtrières, un homme au parcours semé de drames et de violences.
00:53Jeudi 30 octobre 1996, dans le 12e arrondissement de Paris.
00:58Il est environ 22h.
01:00Le palais Omnisport de Bercy, devenu depuis l'Accor Arena, vibre encore sous les applaudissements des spectateurs venus assister Ă
01:06un match de l'Open de tennis de Paris.
01:08A quelques dizaines de mètres de là , dans le parking d'un immeuble de la rue Corbino, qui fait face
01:13Ă la salle, une femme s'apprĂŞte Ă garer sa voiture.
01:16Elle s'appelle Laurence et elle rentre chez elle.
01:19Diplômée de Sciences Po Paris et titulaire d'une maîtrise de droit des affaires, Laurence a débuté sa carrière 10
01:24ans plus tĂ´t.
01:24Âgée de 35 ans et après avoir travaillé au cabinet de la secrétaire d'État au transport, elle vient de
01:30devenir la chef de cabinet de Jean-Claude Godin, le ministre de l'aménagement du territoire.
01:35Laurence est brillante et mène une carrière dont la suite promet d'être tout aussi florissante.
01:40Après avoir garé sa voiture ce jeudi soir, elle ne se souvient plus de rien.
01:44La suite est racontée par les gardiens du parking.
01:48Le vendredi 31 octobre, à 8h du matin, ils trouvent Laurence, près d'une issue de secours.
01:54Elle présente de nombreuses plaies au crâne et au visage, elle est à demi dévêtue et elle ne bouge plus.
02:00Les gardiens préviennent immédiatement les secours.
02:03Quelques minutes plus tard, ils sont sur place, la police aussi.
02:08La victime est dans le coma mais elle n'est pas morte.
02:10Laurence est transportée en urgence à l'hôpital pendant que les policiers commencent à enquêter.
02:16Violemment frappée, victime d'une tentative de viol,
02:19Laurence a aussi été délestée de 10 000 francs de l'époque par son agresseur, soit environ 2300 euros.
02:26En découvrant la victime, les policiers font immédiatement le lien avec un autre dossier.
02:31Celui d'une agression survenue quelques mois plus tĂ´t dans le 13e arrondissement de Paris.
02:36Le dimanche 25 août 1996, comme tous les matins vers 5h, Nelly Bertrand, une employée de la SNCF de 41
02:44ans, brune, élégante et élancée,
02:47sort son chien dans le quartier de l'avenue d'Italie avant d'aller travailler.
02:50En plein cœur de l'été, il fait déjà jour.
02:53Mais Nelly Bertrand ne revient pas.
02:56Quelques heures plus tard, à la hauteur du 20 rue Caillot, des riverains sont intrigués par la présence d'une
03:01chaussure de femme à côté d'un chien qui semble abandonné.
03:05Ils préviennent la police, qui commence à chercher dans les environs à qui pourrait appartenir cet animal domestique propre et
03:11manifestement bien nourri.
03:13Après une rapide inspection des quelques rues alentours, ils entrent dans l'immeuble du numéro 20 rue Caillot et montent
03:18un à un les étages.
03:20Sur le dernier palier, ils découvrent le cadavre d'une femme.
03:24Elle a été violée et sauvagement frappée au niveau du visage et du crâne.
03:29Il s'agit de Nelly Bertrand.
03:35Damien, ces deux agressions se ressemblent énormément.
03:38Oui, dans les deux cas, il y a eu une agression sexuelle, un viol ou une tentative de viol.
03:43Et surtout, ce sont les blessures, l'endroit des blessures, le crâne, le visage de ces femmes qui est quasi
03:50détruit avec des coups extrêmement violents.
03:53Les lésions sont telles que les enquêteurs pensent d'ailleurs que l'agresseur et le meurtrier, en l'occurrence, a
03:59utilisé une arme de type batte de baseball ou un bâton ou un manche de pioche.
04:04Pour le meurtre de Nelly Bertrand, les enquêteurs ont prélevé des indices.
04:08Alors, c'est-à -dire que l'hypothèse la plus probable, c'est que l'agresseur a traîné la victime
04:13Nelly Bertrand dans ce hall d'immeuble qui n'est pas celui oĂą elle habite.
04:17Donc, a priori, elle ne s'est pas rendue Ă cet endroit-lĂ toute seule.
04:20On l'a dit, en plus, elle promenait son chien à l'extérieur ce matin-là .
04:23Sur place, dans cet immeuble, les enquĂŞteurs vont apercevoir une trace humide sur le sol de l'ascenseur.
04:29Ils se disent que c'est peut-ĂŞtre de la salive et donc ils font venir la police scientifique pour
04:35effectuer des prélèvements.
04:35Les techniciens de la police scientifique déterminent que c'est, en effet, la salive d'un homme.
04:40Donc, ça ne peut pas être celle de Nelly Bertrand, ni celle de son chien.
04:44Et c'est, selon eux, très probablement celle de l'agresseur.
04:47Alors, c'est un élément important, mais c'est à peu près le seul que les enquêteurs ont à ce
04:52moment-lĂ .
04:52Il n'y a pas eu de témoin de l'agression, personne n'a rien vu, rien entendu.
04:56Et l'empreinte génétique qui va être prélevée à partir de cet échantillon de salive ne donne pas le nom
05:02d'un suspect,
05:03puisqu'à l'époque, rappelons-le, nous sommes en 1996, il n'existe pas de fichier centralisé des empreintes génétiques.
05:10Ce FNAEG, ce fichier national, il ne verra le jour dans la loi qu'en 1998,
05:16après l'affaire du tueur en série de l'Est parisien Guy Georges,
05:19et il ne sera véritablement effectif qu'en 2000, deux ans plus tard.
05:24Néanmoins, on le voit à travers cette enquête de 1996,
05:27la génétique fait quand même son apparition, elle fait désormais partie du travail des policiers.
05:35Pour la police, il ne fait pas de doute que le meurtrier de Nelly Bertrand a récidivé en agressant sauvagement
05:41Laurence.
05:43Toujours dans le coma, cette deuxième victime subit plusieurs interventions chirurgicales périlleuses.
05:47Et miraculeusement, elle s'en sort.
05:51Mais Laurence ne se souvient de rien.
05:53Et cette fois-ci, les éléments matériels font défaut.
05:56Sur les lieux du crime, les enquêteurs n'ont pas retrouvé de traces de salive.
06:01Un temps, ils ont eu l'espoir que d'autres prélèvements leur apportent une trace ADN
06:05assimilable à celle de la salive trouvée rue Caillot.
06:08Mais les traces de sang prélevé sont du même groupe que celui de la victime,
06:12et tous les cheveux isolés lui appartiennent à elle.
06:15L'enquête de voisinage, en revanche, se révèle bien plus fructueuse que deux mois plus tôt.
06:20Deux heures avant l'agression, une habitante de l'immeuble qui entrait dans le parking
06:24raconte au policier qu'elle y a aperçu un homme qu'elle n'avait jamais vu auparavant.
06:29En tout cas, elle est certaine que ce n'est pas un habitant de l'immeuble.
06:34Il était noir, grand, jeune, et il traînait dans le sous-sol.
06:38Il lui a dit qu'il était là pour se protéger du froid,
06:40mais il a disparu juste après l'apparition dans le parking de deux autres habitants de l'immeuble.
06:45La description de l'homme est sommaire, mais elle est suffisante pour dresser un portrait robot.
06:50Et puisque ce témoignage constitue la seule vraie piste qu'ils ont pour orienter leurs recherches,
06:55les enquêteurs décident de diffuser ce signalement à tous les policiers parisiens.
07:00Des inspecteurs sont envoyés dans les commissariats
07:02et assistent au briefing qui marque chaque prise de service pour les policiers en tenue.
07:06Dès le début du mois de novembre, tous les agents parisiens commencent donc à surveiller particulièrement les parkings
07:12dans l'espoir de croiser un profil similaire à celui décrit par leurs témoins.
07:17A chaque fois qu'une alerte est donnée, un groupe de la brigade criminelle de Paris se rend sur place
07:21pour cueillir le suspect et l'interroger.
07:24En vain, l'agresseur des parkings court toujours.
07:28Mais les policiers parisiens ne lâchent pas cet objectif.
07:34Damien, leur travail minutieux finit par payer le mardi 17 décembre 1996.
07:41Nous sommes donc 4 mois après le meurtre de Nelly Bertrand
07:44et 2 mois après l'agression de Laurence à côté de Bercy.
07:48Ce jour-là , un policier du 12e arrondissement chargé de surveiller un petit secteur du quartier
07:52repère un homme qui semble être à un sans-domicile fixe et qui surtout ressemble au fameux portrait robot
07:58qui circule depuis plusieurs semaines dans les commissariats.
08:00Il décide de le contrôler.
08:02L'homme s'appelle Mamadou Traoré.
08:05Il a 23 ans et il est déjà recherché.
08:08Il est recherché car il n'a pas respecté un contrôle judiciaire.
08:12Oui, il a été condamné dans une affaire de violence.
08:14Il a été laissé libre sous contrôle judiciaire, ce qui signifie qu'il a un certain nombre d'obligations,
08:19notamment celle de venir pointer régulièrement dans un commissariat
08:23pour donner son adresse, son domicile, en gros, pour qu'on l'ait à l'œil.
08:26Il ne l'a pas fait, donc il est d'office arrêté lors de ce contrôle et présenté aux enquêteurs.
08:32Il va d'ailleurs être placé sous mandat de dépôt.
08:35C'est ce qui se passe quand on ne respecte pas une mesure de contrĂ´le judiciaire.
08:38Et il va être envoyé pour 4 mois de prison à la prison de la santé.
08:42Comme c'est la procédure, là c'est pour le non-respect de son contrôle judiciaire dans cette affaire de
08:46violence.
08:50Avant cela, les policiers prélèvent la salive de Mamadou Traoré pour effectuer des analyses génétiques.
08:55Puis ils attendent les résultats.
08:57Car pour le moment, rien ne permet de relier cet homme Ă l'agresseur des parkings.
09:02Quelques heures plus tard, ils ont la réponse.
09:04Le code génétique prélevé dans la salive trouvée sur le lieu du meurtre de Nelly Bertrand
09:09est similaire à celui de Mamadou Traoré.
09:12L'intuition était bonne.
09:13Cet homme, qui errait dans le 12e arrondissement de Paris, devient le suspect numéro 1 du meurtre de Nelly Bertrand.
09:20Mais est-il aussi l'agresseur de Laurence ?
09:23À part le mode opératoire qui laisse penser que oui, les enquêteurs ne disposent d'aucune preuve tangible.
09:29Seule solution pour espérer le confondre, qui l'avoue ?
09:32Interrogé toute la nuit, Mamadou Traoré est poussé dans ses derniers retranchements
09:36et finit par accepter de reconnaître le meurtre de Nelly Bertrand.
09:40Quelques jours plus tard, il admet aussi ĂŞtre l'agresseur de Laurence.
09:45Présenté comme un homme qui erre d'hôtel en foyer, adepte des arts martiaux et des ménageurs occasionnels,
09:51Mamadou Traoré affirme avoir frappé ses victimes uniquement avec ses poings
09:55et pas avec une batte de baseball ou une pioche, comme l'avaient supposé les enquêteurs.
09:59Il dit aussi qu'il agressait ses femmes autant pour les voler que pour abuser d'elles,
10:04cumulant les mobiles, sans faire de hiérarchie.
10:11Damien, Mamadou Traoré est surnommé à partir de ce moment-là le tueur aux mains nues.
10:17Oui, parce que les enquêteurs, les experts sont sidérés par cette capacité
10:22à causer des dommages irréversibles juste avec ses poings.
10:26Les policiers tiennent donc l'auteur de ces deux crimes,
10:30mais ils se disent que ce n'est peut-ĂŞtre pas tout.
10:32Oui, ils sont assez inquiets, compte tenu du profil de cet homme extrĂŞmement violent,
10:37manifestement peu empathique, et capable de s'acharner Ă ce point sur les victimes.
10:41Ils se disent qu'il y en a peut-ĂŞtre d'autres.
10:44Et donc, ils commencent à fouiller dans les archives récentes,
10:46les affaires de viol, d'agression, de meurtres non élucidés dans Paris,
10:51et mĂŞme autour.
10:52Et c'est comme ça qu'ils se penchent sur le meurtre d'une septuagénaire
10:55commis à Neuilly-sur-Seine, donc juste à côté de Paris,
10:59Ă la fin du mois d'octobre 1996.
11:06Vous venez d'écouter le premier épisode de Crime Story,
11:10Mamadou Traoré, l'enfant du diable.
11:13Suite et fin de ce podcast dans le deuxième épisode,
11:15déjà disponible sur toutes les plateformes d'écoute et sur leparisien.fr.
11:20Crime Story est le podcast fait divers du Parisien.
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