00:01Bonjour, je suis Claudia Prolongeau et vous écoutez Crime Story, le podcast fait divers du Parisien.
00:07Des années à accumuler les haines.
00:09Un jeune garçon de 10 ans a été tué par le bal.
00:12Des aveux, 33 ans après.
00:14Son corps a été retrouvé un mois plus tard.
00:17Des hommes cagoulés ont tiré sur les mariés alors qu'il y a eu.
00:19Chaque semaine, je vous raconte une grande affaire criminelle avec le chef du service polyjustice du Parisien, Damien Delsenis.
00:31Bonjour Damien.
00:32Bonjour Claudia.
00:33Aujourd'hui dans Crime Story, l'affaire Jean-Aprin, complot criminel dans les vignes et flair de gendarme.
00:39La Provence, ses vignes, un décor de carte postale pour un scénario machiavélique.
00:47Dans le calendrier d'un viticulteur, le mois de décembre est une période calme.
00:52On dit que la vigne dort.
00:54La sève est redescendue et c'est le moment de la taille qui va s'étendre jusqu'à la fin
00:58de l'hiver.
00:59En principe, on en profite pour passer plus de temps dans l'éché où la vendange précédente est en train
01:04de mûrir.
01:05C'est aussi un mois de repos.
01:07Mais le repos, Jean-Aprin ne sait pas vraiment ce que c'est.
01:11A 48 ans, cet homme trapu aux cheveux poivres et sel a déjà eu plusieurs vies.
01:16Il a d'abord travaillé dans la grande distribution comme chef de rayon.
01:19Puis sa femme, Nadine, son amour de jeunesse, a hérité d'un domaine viticole à la Roque-Bruçane dans le
01:25département du Var.
01:27Alors, Jean a tout plaqué pour devenir vigneron.
01:30Ici, en plein cœur de la Provence Verte, sur les contreforts du massif de la Sainte-Baume et au pied
01:35du Pic de la Loube.
01:36Le travail lui plaît et l'exploitation tourne bien.
01:40Nadine, elle, a gardé son métier d'aide-soignante.
01:43Mais elle veille sur les comptes et rien de ce qui se passe sur le domaine ne lui échappe.
01:48Dans le village de 2500 habitants, à l'abri des touristes, la famille Aprin est connue et appréciée.
01:54Jean, c'est la bonne patte qui rend toujours service quand le besoin s'en fait sentir.
01:58Un type sympa et bosseur, de la vie de tous.
02:02Sa femme, Nadine, est souriante, très avenante.
02:05Elle est aussi grande et charpentée que son mari est petit et fin.
02:09Ils ont un fils, Cédric, qui est inscrit en CAP.
02:12C'est un ado discret, âgé de 16 ans, plutôt renfermé,
02:16mais qui ne rechigne pas à aller donner un coup de main à son père dans les vignes quand il
02:19a terminé ses cours.
02:21Il s'entend bien avec sa mère aussi, décrite comme très aimante et protectrice.
02:27En ce début du mois de décembre 2012, Jean Aprin est inquiet.
02:33Plusieurs cambriolages ont été signalés dans des fermes et des exploitations agricoles et viticoles de la région.
02:38Les voleurs agissent à la nuit tombée et s'emparent de matériel.
02:42Les préjudices peuvent être très importants et surtout, ils privent ces professionnels de leurs outils de travail.
02:48Les Aprins ne vivent pas au cœur de leurs vignes.
02:51Ils sont installés dans une maison du village, à quelques kilomètres de l'exploitation.
02:55Le soir du mercredi 5 décembre 2012, Jean décide d'aller dormir dans son hangar,
03:00au milieu du vignoble, pour surveiller les lieux et, au cas où, des cambrioleurs se décideraient à agir.
03:06Il dîne avec Nadine et Cédric, puis, vers 22h, il monte dans sa voiture, un break Opel Vectra, et prend
03:13la route vers le hangar.
03:17Le lendemain matin, Nadine se réveille et Jean n'est pas rentré.
03:21Elle essaie de le joindre sur son portable.
03:23Son mari ne répond pas.
03:25Il est peut-être en train de travailler dans les vignes et n'a pas son téléphone avec lui.
03:29Au bout de plusieurs appels sans réponse, Nadine commence à s'inquiéter et décide de se rendre sur place un
03:35peu après-midi.
03:36Elle n'y va pas seule.
03:38Elle emmène avec elle son fils.
03:41Arrivé à l'exploitation, c'est le choc.
03:44Elle aperçoit Jean, allongé dans le coffre ouvert de son break.
03:47Il est inanimé.
03:49Son pantalon est légèrement baissé et son pull relevé.
03:52Elle appelle le SAMU.
03:54Mais en tant qu'aide soignante, elle se rend rapidement compte qu'il est trop tard.
03:58Son mari est mort.
04:00Elle décide alors d'alerter les gendarmes.
04:02Vers 13h30, une patrouille de brigades locales, composée de deux militaires, se rend sur place.
04:10Le corps d'un homme a été retrouvé à la mi-journée sur une exploitation viticole de la Roque, Bruxelles,
04:16dans le Var.
04:17La victime est âgée de 48 ans.
04:19C'est sa femme qui l'a découvert dans le coffre de leur voiture.
04:22Une enquête a été ouverte par le parquet de Draguignan.
04:25Une autopsie doit être pratiquée.
04:27Damien, lorsque les gendarmes arrivent, ils constatent à leur tour le décès de Jean Aprin.
04:33Oui, mais d'abord, ils vont remarquer que contrairement à ce que vient de leur indiquer Nadine au téléphone,
04:38le corps n'est pas à demi allongé dans le coffre, mais qu'il est allongé sur le sol et
04:43qu'il est recouvert d'une couverture.
04:45Nadine leur donne immédiatement une explication à cela.
04:48Elle va leur dire que c'est l'opérateur du SAMU qui lui a conseillé de sortir son mari du
04:53coffre
04:53et de l'allonger au sol pour tenter une manœuvre de réanimation en attendant les secours.
04:58Pour ce qui est de la couverture, elle va expliquer qu'elle voulait préserver son fils, qui est présent avec
05:02elle,
05:03de la vision du cadavre de son père et qu'en attendant l'arrivée des gendarmes,
05:07elle a préféré en quelque sorte masquer le corps.
05:10Évidemment, Nadine comme son fils sont bouleversées.
05:13Nadine ne cesse de pleurer, elle semble complètement dévastée.
05:18Cédric, lui le fils, paraît plus en état de choc.
05:21Un des gendarmes va essayer de calmer un peu Nadine pendant que son collègue, lui,
05:25va procéder à un premier examen visuel du corps de Jean Aprin.
05:29Il va retirer la couverture et tout de suite, il constate que le corps est très rigide,
05:34donc que la mort doit remonter à plusieurs heures déjà .
05:37A première vue, aucune trace apparente de violence, pas de sang, pas d'équimose, aucune trace de blessure quelconque.
05:45Alors comme c'est l'usage dans ce genre de cas, il ne va pas plus loin, ce premier gendarme,
05:49et il contacte un médecin légiste.
05:56Quelques minutes plus tard, un praticien est sur place.
05:59Son rôle est de délivrer ou non un certificat d'essai.
06:03S'il a un doute sur les causes et les circonstances de la mort,
06:06il pose alors ce qu'on appelle un obstacle médico-légal,
06:10ce qui conduit Ă faire pratiquer une autopsie.
06:12Mais son premier examen du corps ne relève rien de suspect.
06:16Comme le gendarme, il ne détecte aucune trace de blessure apparente sur le corps,
06:20pas de plaies récentes ou même anciennes.
06:23Nadine, la femme de Jean, a informé le médecin que son mari souffrait de problèmes cardiaques
06:28et qu'il était traité pour cette pathologie.
06:31L'infarctus ou un accident vasculaire cérébral sont des hypothèses crédibles à ce stade.
06:36Une mort naturelle en somme.
06:38Mais un détail chiffonne un peu un des gendarmes.
06:41Placé légèrement en retrait du médecin,
06:43pendant que celui-ci examine le corps de Jean Aprin,
06:46il constate que la victime est en chaussettes.
06:48Des chaussettes, d'un blanc éclatant.
06:52Est-ce le médecin qui a retiré les chaussures de la victime ?
06:55Non, elles ne sont pas à côté du corps.
06:58En fait, les chaussures de Jean Aprin sont à l'intérieur du hangar, à 25 mètres de là .
07:04À côté d'elles, il y a quelques mégots de cigarettes
07:06et sur une table, deux verres et une bouteille de pastis.
07:10Jean Aprin serait donc sorti du hangar en chaussettes
07:14avant d'aller s'effondrer dans le coffre de sa voiture.
07:17Étrange.
07:18Mais possible s'il a ressenti un malaise
07:21ou qu'il a entendu un bruit suspect dehors
07:23et qu'il n'a pas pris le temps de remettre ses chaussures avant de sortir.
07:27Sauf que dans ce cas,
07:29si Jean a marché 25 mètres entre le hangar et sa voiture,
07:32comment ses chaussettes peuvent-elles être immaculées ?
07:35Pour en avoir le cœur net,
07:37le gendarme décide de retirer ses propres chaussures
07:40et d'effectuer en chaussettes le trajet entre le hangar et la voiture.
07:45L'expertise peut paraître empirique, mais le temps presse.
07:48Et s'il y a un doute,
07:50il faut vite en faire part au médecin
07:51avant qu'il ne délivre son certificat de décès pour mort naturelle.
07:56Le verdict est sans appel.
07:58Après ses 25 mètres de marche,
08:00les chaussettes du gendarme sont souillées
08:01d'un mélange de terre et de sable au niveau de la plante des pieds.
08:05Pour lui, c'est clair.
08:07Jean Aprin n'est pas allé tout seul du hangar à la voiture.
08:11On l'a forcément porté ou déposé.
08:13Et donc sa mort ne peut plus ĂŞtre un accident ou une mort naturelle.
08:18Il s'agit d'un crime.
08:22Damien, Ă partir de cet instant,
08:24l'enquête bascule donc sur une hypothèse criminelle
08:28et de ce fait, une autopsie du corps de Jean Aprin est ordonnée.
08:32Cette autopsie, elle va se dérouler quelques heures plus tard
08:35dans les locaux de l'Institut Médico-Légal de Nice.
08:38Les premières conclusions confirment la cause du décès.
08:42C'est un œdème pulmonaire aigu.
08:44L'origine de cet œdème peut être toxique, selon le médecin,
08:47mais il n'exclut pas une cause naturelle
08:50qui serait liée à la fameuse pathologie cardiaque
08:53dont souffrait apparemment Jean Aprin.
08:55Le corps ne présente aucune autre trace suspecte
08:59à part une très légère érosion cutanée au niveau du cou
09:03qui figure d'ailleurs sur les annotations du spécialiste dans son rapport.
09:07Donc finalement, même après autopsie,
09:09le seul élément suspect reste que Jean Aprin aurait été transporté.
09:13Oui, c'est ça.
09:14C'est l'histoire des chaussettes.
09:15En réalité, l'enquêteur pense que ce corps,
09:18il a été transporté soit antémortem, soit postmortem.
09:21Donc voilĂ , il y a quelque chose qui ne colle pas.
09:23Le médecin légiste date le décès entre le mercredi 5 décembre
09:27en fin d'après-midi et le jeudi 6 décembre vers 4h30 du matin.
09:32Avec une légère préférence pour un décès
09:34qui serait survenu au cœur de la nuit.
09:37Ces conclusions, elles sont partielles
09:38parce que comme il est d'usage pendant les autopsies,
09:41on prélève du sang, des tissus,
09:43afin de pratiquer des analyses anatomopathologiques et toxicologiques
09:48dont les résultats, eux, ne sont pas connus avant plusieurs semaines.
09:52En attendant, le corps de Jean Aprin est rendu Ă sa famille.
09:56Les obsèques sont prévus pour la veille de Noël,
09:59le lundi 24 décembre 2012.
10:01Le jour de la cérémonie est évidemment une date particulière.
10:06Normalement, le village devrait ĂŞtre en fĂŞte,
10:09avec guirlandes et sapins décorés.
10:11Mais en cette fin d'année, c'est une chape de plomb
10:13qui s'est abattue sur la roque brussanne.
10:16Il y a bien sûr la tristesse d'avoir perdu ce viticulteur,
10:19aimable et apprécié de tous.
10:21Mais il y a aussi la peur et le soupçon.
10:24Les gendarmes enquĂŞtent bien sur un crime,
10:26mais aucun suspect n'a été arrêté.
10:29Et si un meurtrier était parmi eux, dans le village ?
10:32Ou est-ce qu'un gang de cambrioleurs est Ă l'origine de la mort de Jean Aprin ?
10:36Et si c'est le cas, alors qui pourrait ĂŞtre la prochaine victime ?
10:40En même temps, peut-on encore croire à la thèse du vol,
10:43puisque rien n'a disparu du hangar de Jean Aprin la nuit du meurtre,
10:47alors même que du matériel flambant neuf y était entreposé ?
10:50Les habitants de la roque brussanne sont perdus.
10:54En cet après-midi du lundi 24 décembre,
10:57l'église Saint-Sauveur est pleine.
10:59Il y a aussi plusieurs gendarmes civils
11:01qui sont venus se mĂŞler Ă la foule
11:02pour observer discrètement l'assemblée.
11:05Nadine est en larmes.
11:06Elle va étreindre longuement le cercueil où repose son mari
11:09et il faut mĂŞme l'intervention de proches
11:11et des employés des pompes funèbres
11:13pour qu'elle accepte de s'en éloigner à la fin de la messe.
11:17Leur fils, Cédric, toujours aussi mutique,
11:20semble traverser la cérémonie comme un robot,
11:22comme au premier jour du décès de son père.
11:25Les jours qui suivent, un fort mistral souffle sur la région.
11:29Le vent est glacial
11:30et les bourrasques finissent par remporter les scellés judiciaires
11:33qui avaient été collés sur la porte du hangar agricole des Aprins,
11:36devenu une scène de crime.
11:38Il faut aller les reposer pour éviter que des intrus
11:40puissent s'introduire dans les lieux.
11:42Le directeur d'enquête et un collègue décident de se rendre sur place
11:46et demandent Ă Nadine de les accompagner
11:48de façon à être témoin de la repose des scellés.
11:50Le rendez-vous est fixé au dimanche 30 décembre dans la matinée.
12:00Damien, ce déplacement est vraiment une mesure de routine
12:04et pourtant, sur place, l'ambiance est curieuse.
12:07Oui, d'abord parce que Nadine n'arrive pas seule,
12:10elle arrive sur les lieux accompagnée de son fils Cédric.
12:13Il y a une discussion qui s'amorce,
12:15alors d'abord on parle un peu de la pluie et du beau temps
12:17et puis Cédric s'approche d'un des deux gendarmes
12:20et Ă voix basse, il lui pose des questions
12:22sur les avancées de l'enquête.
12:24Ont-ils des suspects ?
12:25Ont-ils donné les analyses ?
12:26Alors, ces questions, elles ne sont pas forcément indiscrètes
12:28parce qu'elles viennent d'un adolescent
12:30qui a perdu son père dans des circonstances tragiques.
12:33Néanmoins, le gendarme perçoit une forme de malaise
12:36chez Cédric et il finit par lui dire
12:38qu'ils peuvent poursuivre cette conversation,
12:40cette discussion, mais pas ici,
12:42sous le vent glacial, au milieu des vignes.
12:44Et Cédric accepte la proposition du gendarme ?
12:47Oui, il l'accepte et il promet de venir rapidement
12:49l'après-midi même.
12:50En revanche, il demande au gendarme
12:53de lui faire une très étonnante promesse.
12:55Il dit au gendarme
12:57« Je veux bien venir, mais il ne faut pas
12:59que ma mère soit au courant de cette entrevue. »
13:03Vous venez d'écouter le premier épisode de Crime Story,
13:06l'affaire Jean Aprin, complot criminel dans les vignes.
13:10Suite et fin de ce podcast dans le deuxième épisode,
13:13déjà disponible sur toutes les plateformes d'écoute
13:15et sur leparisien.fr.
13:17Crime Story est le podcast fait divers du Parisien.