00:02Bonjour, je suis Claudia Prolongeau et vous écoutez Crime Story, le podcast fait divers du Parisien.
00:08Décidément, ce sont les faits divers et leurs conséquences qui ont la vedette aujourd'hui.
00:14Des restes humains ont été retrouvés sur la propriété.
00:17Le préfet de la région Corse a été assassiné de plusieurs balles dans la tête ce soir.
00:22Un couple et ses quatre enfants ont donc disparu.
00:24L'enquête se vante aujourd'hui vers un geste criminel.
00:26Chaque semaine, je vous raconte une grande affaire criminelle en m'appuyant sur l'expertise du chef du service police
00:33-justice du Parisien, Damien Delsenis.
00:38Aujourd'hui dans Crime Story, trois jours et deux nuits, l'enlèvement d'un des héritiers Peugeot.
00:43Une famille d'industriels parmi les plus connus de France, un enfant de 4 ans qui disparaît et le début
00:50d'angoissantes tractations avec les ravisseurs.
00:56Le mardi 12 avril 1960, Jean-Pierre Peugeot, 63 ans et président des usines du même nom, s'apprête à
01:03vivre une journée banale.
01:04Il a rendez-vous au Golfe de Saint-Cloud, un club huppé, lieu de la haute bourgeoisie parisienne, dans lequel
01:10il a ses habitudes.
01:11Au début des années 60, la marque Peugeot est à son apogée.
01:14Depuis le début des Trente Glorieuses en 1945, la voiture, objet de luxe que seuls quelques-uns pouvaient s'offrir,
01:21est devenue un outil démocratisé.
01:23Les Français ne connaissent plus le chômage, gagnent de l'argent et vivent une période de grande croissance économique comme
01:29on n'en a pas connu depuis.
01:31Dans la famille et l'industrie Peugeot, on profite largement de ce bonheur généralisé.
01:35En 1954, pour la première fois, l'entreprise a produit en un an plus de 100 000 voitures.
01:43Cinq ans plus tard, en 1959, ce sont 200 000 voitures qui sont sorties de ces mêmes usines sur une
01:49période de 12 mois.
01:50Une croissance exceptionnelle.
01:53Depuis sa création en 1810, la marque Peugeot est toujours restée aux mains de la même famille.
01:59Jean-Pierre Peugeot, qui a pris ses premières fonctions dans l'entreprise à 26 ans, en assume désormais toutes les
02:04responsabilités.
02:07Vers 16h, le mardi 12 avril 1960, Jean-Pierre Peugeot est sur le green du golfe de Saint-Cloud.
02:13Il s'apprête à frapper la première balle d'un nouveau parcours.
02:16Ses deux petits-fils, Jean-Philippe, 7 ans, et Éric, 4 ans, sont juste à côté des terrains, dans le
02:22jardin d'enfants du golfe, réservé à sa clientèle haut de gamme.
02:26Les deux enfants jouent tranquillement.
02:28Leur gouvernante, Jeannine, 19 ans, attend dans la voiture, une Peugeot bien entendu, avec le chauffeur de la famille.
02:35Un peu après 17h, une petite fille de 4 ans et demi s'approche de la voiture et interpelle la
02:40gouvernante.
02:41« Madame, un monsieur a pris Éric », dit-elle.
02:45La gouvernante ne prend pas vraiment l'information au sérieux, mais elle descend quand même de la voiture et se
02:49dirige vers le parc.
02:51Un rapide tour d'horizon lui confirme que le petit Éric a disparu.
02:55Son frère, Jean-Philippe, qui jouait avec lui, n'a rien vu.
02:58La dernière fois qu'il a aperçu son petit frère, c'était avant de se lancer dans la descente d
03:02'un toboggan.
03:03Le temps qu'il arrive en bas, Éric n'était plus là.
03:07Affolée, la gouvernante avertit immédiatement le barman du club, qui saute sur une motocyclette et part prévenir les grands-parents
03:13de l'enfant.
03:15Pendant ce temps, Jeannine ramasse au pied du toboggan une grande enveloppe blanche.
03:19Il est écrit dessus, tapé à la machine à l'encre rouge, exceptionnellement urgent.
03:27Damien, aussitôt prévenu, Jean-Pierre Peugeot, le grand-père d'Éric, décide d'appeler son fils Roland Peugeot.
03:33Oui, Roland Peugeot, c'est donc le père du petit garçon qui vient de disparaître.
03:37Et quand il entend, quand il apprend qu'une lettre a été retrouvée sur les lieux, il ordonne qu'on
03:41l'ouvre immédiatement.
03:43La lettre à l'intérieur de l'enveloppe, elle est écrite avec la même encre rouge que l'enveloppe.
03:47Le texte est le suivant, voilà ce qu'on pourra lire dans les journaux si vous nous faites marron.
03:53Marron, c'est de l'argot, ça signifie en gros si vous nous escroquez, si vous essayez de nous avoir
03:59et si vous essayez de nous tromper.
04:01Et donc, si les ravisseurs considèrent qu'ils sont marrons, comme ils le disent dans leurs lettres,
04:06ils expliquent que dans les journaux, on écrira le lendemain,
04:08le jeune Peugeot est mort dans d'horribles tortures parce que ses parents ont refusé d'allonger 50 millions de
04:15francs.
04:15Éric Peugeot a donc été enlevé.
04:17Oui, et les ravisseurs écrivent dans la suite de la lettre qu'ils entreront en contact avec les parents d
04:23'Éric dans les 48 heures suivant le rapte.
04:26Un élément qui marque pour la famille le début d'une très longue attente.
04:3048 heures, c'est très long.
04:31Alors, c'est une situation aussi assez hallucinante.
04:34On peut avoir l'impression comme ça, 60 ans après, que la gouvernante a un peu manqué de vigilance en
04:40restant dans la voiture un peu à distance du parc où étaient les deux enfants.
04:44Mais il faut quand même savoir qu'on est dans un endroit assez particulier, extrêmement réservé, extrêmement protégé, puisque c
04:51'est une sorte d'enclos pour personnes fortunées dans un golf.
04:55Donc, a priori, plutôt sécurisé, plutôt même très sécurisé.
04:59Personne ne pouvant entrer ou sortir sans passer d'ailleurs devant la voiture où étaient le chauffeur et la gouvernante.
05:05Et surtout, à l'époque, un enlèvement d'enfants avec demande de rançon, c'est quasiment du jamais vu.
05:12Aux États-Unis, en revanche, il y a quelques cas déjà très célèbres.
05:16Le cas le plus célèbre, c'est l'enlèvement du petit Charles Lindbergh, qui est le fils d'un aviateur
05:21très connu.
05:21Il y a aussi un autre enfant qui disparaît qui s'appelle Bobby Greenlees, un autre qui s'appelle Peter
05:25Weinberger.
05:26Il y a une forme de mode, entre guillemets, aux États-Unis, de l'enlèvement de jeunes enfants pour demander
05:31des rançons à leurs parents.
05:32Et ce qui est très inquiétant, c'est que les cas qu'on connaît aux États-Unis se terminent parfois
05:37de manière absolument tragique.
05:38Par exemple, le petit Bobby Greenlees, dont on parlait à l'instant, lui, il a été tué par les ravisseurs.
05:43En France, en revanche, c'est la première fois qu'un tel événement arrive.
05:47On pensait d'ailleurs que la France était une zone privilégiée, que ça ne pouvait pas arriver chez nous.
05:52Évidemment, la famille Peugeot n'a pas été choisie au hasard.
05:55Oui, c'est une famille d'industriels connus, très riches, donc qui a une demande de grosse rançon.
06:01On est clairement dans un scénario de crime crapuleux.
06:05La rançon demandée, elle est de 50 millions d'anciens francs.
06:08Alors, si on fait une conversion avec les euros au cours actuel, ça équivaudrait à peu près à une demande
06:15de rançon de 950 000 euros.
06:17C'est-à-dire presque 1 million d'euros, ce qui est une somme colossale, et surtout une somme colossale,
06:21à rassembler en 48 heures.
06:23Dans leur lettre, les ravisseurs disent aussi qu'ils veulent établir un contact direct avec les Peugeot et qu'ils
06:29le feront donc d'ici 48 heures.
06:33La police se met immédiatement à enquêter sur ce rapte.
06:36Jean-Philippe, le grand frère d'Eric, âgé de 7 ans, n'a rien vu.
06:39La petite fille de 4 ans et demi, qui a signalé à la gouvernante qu'un monsieur avait pris Eric,
06:44a, elle, vu l'enlèvement.
06:46Mais elle est seulement capable de dire qu'un homme s'est approché du petit garçon.
06:49Rien de plus.
06:51Trois autres témoignages, livrés par des habitants de l'impasse jouxtant le golfe, permettent aux enquêteurs de reconstituer le scénario
06:57de l'enlèvement.
06:59Le valet de chambre espagnol d'un diplomate, qui vit à côté du golfe, affirme avoir remarqué vers 17h les
07:05allées et venues d'un homme.
07:07Il regardait par la fenêtre lorsqu'il a vu un homme franchir le mur séparant la rue du golfe.
07:12Il était vêtu d'un complet droit bleu marine, très élégant, et paraissait très pressé.
07:17Interloqué, le valet de chambre l'observe quelques minutes.
07:21L'homme mesure environ 1m75, a les cheveux blonds et paraît âgé d'une trentaine d'années.
07:26Une fois sorti du golfe, il rejoint en courant une voiture noire, une Peugeot 403.
07:31Le même modèle que celui utilisé par la famille Peugeot pour se déplacer et dans laquelle attendait le chauffeur et
07:37la gouvernante.
07:39Le jardinier d'une maison voisine a lui aussi un témoignage intéressant à fournir.
07:44Le jardin qu'il est chargé de surveiller est un terrain à vendre et le jardinier doit s'assurer qu
07:49'aucun bandit, comme il dit, ne le traverse.
07:52Au bout de ce jardin en friche, il y a un mur d'enceinte mitoyen avec le terrain de golfe.
07:57Et dans ce mur, haut de 2 mètres, on aperçoit une brèche.
08:01La direction du golfe savait qu'elle existait et l'avait refermée avec un grillage.
08:06Mais au fil du temps, le grillage a été cassé par les enfants qui jouaient dans le golfe.
08:10De l'autre côté du mur, depuis le terrain de golfe, on n'a pas une vue directe sur la
08:14brèche, qu'on a oublié depuis longtemps.
08:17En voyant deux hommes passer par cet endroit, le jardinier pense que ce sont des clients.
08:21Jusqu'à ce qu'il les voit traverser le jardin en courant pour s'engouffrer à l'arrière d'une
08:26Peugeot 403 noire, garée dans l'impasse.
08:30Est-ce que vous pourriez nous décrire ces deux hommes ?
08:32Ça c'est difficile, vous savez, ils ont passé en trompe, comme quelqu'un s'y savait bien où ils
08:36allaient.
08:37Ils étaient jeunes ?
08:38Vous savez, à travers les glaces, ils ont passé tellement vite, j'avais des arbustes devant moi.
08:42J'ai vu deux têtes, je sais qu'il y avait deux hommes.
08:46Comme le premier témoin, le jardinier n'a pas vu d'enfant être emmené.
08:50Le conducteur, de petite taille, et vêtu d'un pull bleu-vert, a embrayé aussitôt.
08:56Le véhicule s'est éloigné à toute vitesse et quelques secondes plus tard,
08:59le jardinier a vu une femme apparaître dans la brèche en levant les bras et en hurlant « Où est
09:04Eric ? ».
09:08Damien, une étudiante allemande âgée de 17 ans, a également remarqué une agitation anormale aux alentours de 17 heures
09:15dans l'impasse située près du Golfe.
09:17Oui, mais c'était quatre jours avant l'enlèvement du petit Eric.
09:21Elle explique au policier « Jeudi dernier, je revenais de chez le dentiste,
09:25j'allais franchir la porte de la villa où je suis employé en cuisine,
09:28lorsque le manège de deux hommes a attiré mon attention.
09:32Ils se tenaient à côté d'une 403 noire et regardaient en direction du terrain de Golfe.
09:37Quand ils m'ont aperçu, ils se sont enfuis, mais ils sont revenus le lundi.
09:42Je craignais qu'ils ne soient là pour préparer un cambriolage », explique-t-elle au policier.
09:46Elle ajoute « J'allais d'ailleurs me décider à vous alerter ».
09:50Ces premiers éléments ne laissent pas de doute sur les intentions des deux hommes aperçus.
09:55Alors évidemment, parce que ce qu'elle décrit cette étudiante,
09:58c'est clairement un repérage qui a été effectué par les ravisseurs quelques jours auparavant.
10:02On s'aperçoit donc que c'est un enlèvement qui a été préparé de manière assez minutieuse,
10:07qu'au moins deux personnes font partie de l'équipe qui a été chargée d'enlever le petit enfant.
10:12Mais à part ça, la police n'a pas d'éléments beaucoup plus précis,
10:16lui permettant d'identifier plus précisément ces deux ravisseurs.
10:20Le signalement du petit Eric Peugeot est lui diffusé assez largement.
10:24C'est un garçon blond, aux yeux bleus, le visage potelé d'un petit enfant de cet âge,
10:29assez souriant sur les photos qui sont publiées.
10:32Il était vêtu le jour de son enlèvement d'une culotte courte gris foncée,
10:37d'une chemisette blanche et d'un pull sans manche rouge.
10:43Les enquêteurs pensent que les ravisseurs ne sont pas des gens du milieu, comme on dit,
10:47c'est-à-dire liés au grand banditisme.
10:50Ils pensent plutôt que ce sont des amateurs ayant réalisé là un acte isolé.
10:54Et ce n'est pas forcément une bonne nouvelle.
10:57L'affaire prenant tout de suite beaucoup de place dans les médias,
10:59les enquêteurs craignent que les ravisseurs ne se sentent traqués
11:02et que, dans un moment de terreur et de panique, ils se débarrassent de l'enfant.
11:08Rapidement, les journalistes affluent devant le 170 Avenue Victor Hugo,
11:12dans le 16e arrondissement de Paris, où vit la famille d'Eric et où les Peugeot se sont retranchés.
11:17Vers 20h30, un cousin de Roland, le père, sort de l'immeuble.
11:21Il demande aux quelques journalistes présents de ne pas rester aux alentours
11:25et leur confie aussi qu'il est possible que la famille reçoive dans la soirée un coup de téléphone des
11:30ravisseurs.
11:31Le cousin de Roland a vu juste.
11:33À 23h le soir même, un premier contact était habillé.
11:37Le téléphone sonne chez les Peugeot.
11:39Roland décroche et il entend une voix jeune, qui semble être celle d'un homme.
11:49Damien, selon Roland Peugeot, c'est une voix très énervée qui lui parle.
11:53Oui, une voix énervée qui lui dit
11:54« Votre fils vous sera rendu contre 50 millions, soyez raisonnable. »
12:00Roland Peugeot n'a même pas le temps de répondre quoi que ce soit.
12:02La personne à l'autre bout du fil raccroche immédiatement.
12:05À minuit, le téléphone sonne une nouvelle fois.
12:08Et le ravisseur va répéter ses exigences.
12:11Mais cette fois, il précise à Roland que si les Peugeot n'y répondent pas,
12:15le petit Eric va mourir.
12:35Vous venez d'écouter le premier épisode de Crime Story,
12:38trois jours et deux nuits, l'enlèvement d'un des héritiers Peugeot.
12:43Suite et fin de ce podcast dans le deuxième épisode,
12:46déjà disponible sur toutes les plateformes d'écoute et sur leparisien.fr.
12:50Crime Story est le podcast fait divers du Parisien.
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